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Tout ce qui se dissimule dans Nos silences

Les femmes, en raison de leur genre, subissent la guerre de manière toute particulière. C’est ce que l’auteure Wahiba Khiari raconte, en libérant son propre vécu, dans Nos silences.

Ce court roman, paru en 2018 aux Éditions XYZ après avoir été publié en Tunisie il y a quelques années, entrelace fiction et autofiction pour faire le récit de la guerre civile algérienne du point de vue des femmes. En composant un roman à deux voix, l’auteure brise le silence des femmes happées par le conflit armé.

S’y alternent donc le récit d’une enseignante d’anglais ayant fui le conflit et les violences à leurs débuts et celui de son étudiante plongée dans l’épouvante de ce qui sera baptisé la «décennie noire». La première, tenaillée par les remords et l’impuissance, n’arrive pas à se défaire de l’idée que son élève traverse le pire là-bas.

 «Je suis loin, mais pas elle. Ils l’ont eue, j’en suis douloureusement convaincue. Des années qu’elle m’habite comme une deuxième possibilité de moi-même.»

Par l’écriture, elle la fait exister et elle fait exister l’histoire de toutes les femmes ciblées par des violences spécifiques à leur genre qui se déploient avec une brutalité inouïe en temps de guerre.

Écouter leurs voix

L’ouvrage est court ‒ à peine 90 pages ‒ mais ce qu’il raconte hante longtemps. Bien après en avoir terminé la lecture me parvenait encore, en écho, le récit de ces femmes dont l’histoire n’a été que très peu entendue jusqu’à aujourd’hui. Les décisions politiques qui ont suivi la guerre ont empêché les femmes d’être publiquement entendues quant aux violences terribles dont elles ont été victimes et à justice de leur être rendue. Sans compter le traumatisme, la honte et les tabous auxquels ont dû faire face les survivantes.

«Écrire, c’est aussi entailler la chair pour tatouer l’indélébile mémoire.»

Dans ce contexte, la narratrice se donne le projet de faire entendre la voix des femmes qui ont vécu, de près ou de loin, la guerre civile algérienne. Elle se livre ainsi à un exercice de libération de la mémoire pour conjurer sa culpabilité d’avoir eu accès à l’étrange tranquillité d’une vie exempte des horreurs qui se sont déroulées dans son pays d’origine. Malgré cette sensation persistante, elle parvient à révéler le vécu des femmes en temps de guerre pour éviter qu’il ne tombe à jamais dans l’oubli.

La nécessité de se souvenir

Dans ce contexte, Nos silences est une œuvre douloureuse mais nécessaire. Vie et mort se frôlent continuellement par la juxtaposition, au fil des pages du livre, de deux expériences radicalement différentes de la guerre. Pourtant, ces deux histoires de survie n’en sont finalement qu’une seule : celle de la survie de la mémoire de ces femmes dont le corps et l’existence même ont été instrumentalisés pour triompher du conflit.

Et vous, quelles sont les œuvres qui vous ont fait connaître un aspect méconnu de l’histoire des femmes?

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Sébastien Bérubé: Détruire et refaire le monde

Crédits photo: Daniel Aucoin

C’était en janvier dernier, à l’occasion de la journée de l’alphabétisation familiale. La bibliothèque publique d’Edmundston (Nouveau-Brunswick) avait organisé une table ronde avec des auteurs de la région. J’y ai fait la connaissance de Sébastien Bérubé, poète engagé et artiste aux multiples talents. Il m’a tout de suite interpellée par son discours sur l’importance de la lecture ainsi que son engagement communautaire auprès des jeunes; il leur transmet sa passion pour la littérature, mais surtout, il leur ouvre un univers rempli de possibilités!

Après avoir lu ses recueils de poésie, j’avais envie d’en connaître un peu plus, mais aussi de vous le faire découvrir. Je l’ai contacté et il a accepté avec plaisir de répondre à mes questions:

Parfois, on comprend mieux la poésie quand on connaît l’histoire derrière. Parle-moi de ton background. D’où viens-tu, que fais-tu dans la vie?

Je suis originaire du Restigouche, plus précisément de St-Quentin, mais j’ai passé presque la totalité de ma vie au Madawaska (à Edmundston). Je suis artiste multidisciplinaire. De la poésie à l’aquarelle en passant par la musique, je touche un peu à tout. Comme s’amusait à dire mon père, en riant : «Bon à rien, mais pôpire dans tout!» Six mois par année, je suis Agent de développement culturel et communautaire pour la Première Nation Malécite du Madawaska au District scolaire francophone du Nord-Ouest.

D’où te vient l’intérêt pour la poésie?

Ça me vient surtout, je pense, du fait que se sont présentés à moi des poètes qui me parlaient – et au bon moment. Quand j’étais jeune, je détestais lire. Je ne voulais pas perdre mon temps dans un livre. Encore moins dans un livre de poésie. Pourtant, un jour, une enseignante m’a donné un bon livre au lieu d’une retenue… et c’est là que tout a commencé. J’ai découvert des poètes québécois qui me parlaient très fort ensuite (Denis Vanier, Gérald Godin et compagnie), avant de découvrir qu’au Nouveau-Brunswick aussi on avait des plumes qui pouvaient donner envie de détruire et de refaire le monde.

J’ai décidé d’embarquer dans ce projet-là moi aussi.

À vrai dire, c’est probablement cette enseignante-là qui a tout déclenché. Brigitte Sirois, vous avez créé un monstre!!! Haha!

Tes poèmes renferment souvent une critique sociale et environnementale. Est-ce que tu cherches à faire passer un message quand tu écris?

Je ne crois pas que j’essaie de faire passer un message ou de faire la morale. Je crois seulement que je reste honnête face à mon point de vue et aux non-sens (je mets l’accent sur le pluriel ici) dans lequel on vit. J’ai été élevé dans une famille où la protection de l’environnement était très importante et où on apprenait à relever le voisin lorsqu’il tombait.

C’est pas que j’essaie de faire la morale, mais les profiteurs, les bien-pensants et le capitalisme sauvage, ça me met en câlice… pis dans ces moments-là, j’écris.

Tu fais aussi de la musique. Est-ce que pour toi le processus est différent entre la musique et la poésie?

Je n’aime pas vraiment faire la distinction entre les formes d’art que je pratique. Je vois ça un peu comme un tout. Tout dépend de ce que j’ai envie de dire et de la façon dont je veux le mettre de l’avant. Tantôt ce sera une chanson, tantôt un texte, tantôt un dessin. Je ne sais jamais où je vais et c’est correct comme ça. Je me donne le droit d’errer.

Par contre, c’est vrai qu’il y a des distinctions marquées entre ce que je fais en musique et ce que je fais en poésie ou en art visuel. Mais je ne m’interroge pas trop là-dessus. J’ai envie de créer et je le fais. Le reste ne m’appartient pas.

Parle-moi de ton expérience avec les jeunes. Comment tu leur partages ta passion? Qu’est-ce que ça t’apporte? Qu’est-ce que ça leur apporte?

Avec les jeunes, ce que j’aime, c’est que si tu es plate et que ça ne les intéresse pas ils te le font savoir. J’adore ce contact brut, presque sauvage. Qu’est-ce que ça m’apporte? Peut-être simplement la certitude que je fais mon possible pour que ces jeunes découvrent la littérature et pas seulement les livres qui se retrouvent au programme, en classe. De leur côté, je crois que ça peut les sensibiliser que ce n’est peut-être pas le fait qu’ils n’aiment pas lire, mais plutôt qu’ils n’ont pas trouvé le bon livre.

Faut se le dire aussi, si j’écris aujourd’hui ce n’est sans doute pas à cause des livres qu’on lisait en classe… J’ai dans la tête que les jeunes sont capables d’en prendre beaucoup plus qu’on le pense et c’est pourquoi je n’ai pas peur de parler du Clitoris de la fée des étoiles (livre de Denis Vanier) à des jeunes de 15 ans. Ça choque et ça pique la curiosité. En plus, avec l’accès à l’information aujourd’hui, je ne crois pas qu’un livre comme ça ne les ébranle pour vrai. J’ai plus de chance de traumatiser l’enseignante que les élèves! Haha!

Lors de la table ronde sur l’alphabétisation familiale, tu racontais une anecdote par rapport au fait qu’on t’avait demandé de ne pas réciter le début de ton poème Ma Terre devant des élèves. Peux-tu raconter comment ça s’est passé?

Je l’ai tout de même récité… Je n’ai jamais été réinvité dans cette classe. Je me demande pourquoi.

Travailles-tu présentement sur un projet d’écriture?

Oui! Je suis sur mon troisième recueil de poésie et j’ai débuté le travail sur un recueil de nouvelles un peu weird (à mes yeux, en tout cas, si je me fie à ce que je fais d’habitude). J’ai aussi un projet qui mariera écriture et dessin dans la tête, mais c’est pas mal juste là qu’il est pour l’instant.

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Un artiste à découvrir!

Les poèmes de Sébastien Bérubé nous portent à réfléchir et sont parfois crus. Mais le rythme de ses mots impose une certaine allégresse. J’aime cet équilibre entre le beau et le méchant. Pour comprendre de quoi je parle, je vous invite à mettre la main sur ses recueils Sous la boucane du moulin et Là où les chemins de terre finissent.

Je trouve que ces recueils font du bien à l’âme. Ça fait du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls dans notre barque. Ses poèmes sont criants de vérité et reflètent la réalité de nos régions. Car même si une frontière sépare le Témiscouata et le Madawaska, nous venons tous deux d’un pays de forêts où l’appât du gain et les emplois passent trop souvent avant la santé de nos lacs et rivières.

La table ronde qui a eu lieu à Edmundston m’a aussi amené à me questionner sur la littérature canadienne francophone hors Québec. Ici, on a mis en place des initiatives pour faire rayonner les livres québécois. Le français est notre langue officielle et la censure n’existe que très peu. Mais qu’en est-il dans le reste du Canada?

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Breakfast of Champions, du jamais vu

Après avoir terminé sa lecture, mon copain m’a fortement suggéré de livre Breakfast of Champions de Kurt Vonnegut, car il avait adoré cette œuvre littéraire. Vu son enthousiasme, je n’ai pas hésité et je me suis lancée dans cette aventure qu’est ce livre, m’éloignant de ce que je lis habituellement.

 

Dessin de Kurt Vonnegut

 

 

 

 

La rencontre de deux opposés

Ce livre a été écrit en 1973 et est encore très populaire de nos jours. Breakfast of Champions, c’est l’histoire de deux hommes dont les chemins vont se croiser par un, mais pas le meilleur des hasards. Kilgore Trout est un auteur pas très apprécié ou très populaire du public. Il est un personnage récurrent des fictions de Vonnegut. Ses histoires de science-fiction farfelues parsèment l’histoire principale.  Dwayne Hoover, un concessionnaire d’automobiles dont son seul compagnon de vie est son chien va perdre de plus-en-plus la raison à la suite du suicide de sa femme et de la découverte d’une fausse réalité. Lorsque les deux hommes se rencontrent dans le cadre d’un festival, l’œuvre de Trout va perturber pour toujours le personnage de Dwayne.

Dessin de Kurt Vonnegut

 

 

 

 

 

Un livre qui contourne le quatrième mur

Dans un genre de science-fiction, Vonnegut construit un récit en crescendo où plus on avance dans la lecture, moins les «règles» de l’écriture sont appliquées. L’auteur brise même le quatrième mur, un peu comme au cinéma en changeant complètement le discours du livre. Il s’adresse au lecteur pour lui signifier qu’il pourrait faire n’importe quoi avec ses personnages, pour démontrer son pouvoir d’auteur, de narrateur «dieu». On rencontre l’auteur au sein même du récit, quand il s’assoit non loin de ses deux protagonistes, les observant de loin. C’est un roman purement unique et l’écriture de l’auteur est humoristique, mais avec un fond profond, ce qui devient forcément sa signature.

Dessin de Kurt Vonnegut

 

 

 

 

Qu’est-ce qui pousse un homme à être violent ?

Ce roman possède une allure prophétique où la folie du monde est exploitée de façon unique. C’est également un livre tout en transparence où, dès le début, l’auteur annonce la fin. Ce qui est particulier avec ce spoiler, c’est la façon dont on arrive à cette fin que l’on connait déjà. Comment un rien peut tout faire basculer, comment notre équilibre mental ne tient qu’à un fil, comment tout peut changer, c’est ce qui est exploité dans ce livre.

Lorsque je dis que c’est unique, c’est véritablement le cas du type d’écriture de Vonnegut touchant à l’humour noir et à la satire, tout en débordant d’une imagination énorme. C’est un roman profondément singulier et vous dire trop de détails sur l’histoire serait tout vous dire. Mais disons que la folie, l’écriture, l’humain et le non-humain règnent dans cette œuvre de Vonnegut.

Quels romans vous ont chamboulé autant au niveau narratif que formel ?

Prendre corps ou comment le déconstruire pour mieux l’habiter

J’attendais Prendre Corps de Catherine Voyer-Léger comme certains attendent la prochaine saison de Games of Thrones, c’est-à-dire avec beaucoup  d’impatience. C’est que j’ai été marqué par ma lecture de ces deux premiers recueils de textes: Détails et Dédales ainsi que Désordre et Désirs. Pour reprendre les mots de Fanie, qui a su si bien décrire ce que j’ai aussi ressenti durant ma lecture;

L’écriture de Voyer-Léger, nourrie d’humour et d’autodérision, dégage une énergie survoltée; on embarque volontiers dans son rythme soutenu et on la suit avec une grande fluidité et un enthousiasme renouvelé. […] Sans nous prendre par la main, la maîtrise de ses moyens littéraires permet à l’écrivaine de capter notre attention et de l’entraîner dans un dédale de réflexions s’entrecroisant, se répondant autour d’une sorte d’armada de désirs. Désirs d’observer, d’interroger, de sentir, de comprendre; désir d’investir le corps, de nommer les choses, de les voir se déployer autrement, de vivre; mais peut-être surtout, désir d’être lue, et donc d’interagir, de voir son avion de papier se faire cueillir par des mains, inconnues peut-être, pour être relancée dans la foule sans nom. 

Si ces deux livres vous sont inconnus, je vous les conseille fortement. Ils sont bien différents de Prendre corps, mais on y retrouve la même essence empreinte d’intimité, d’ouverture et d’humanité.

Prendre corps est la mise sur papier d’un projet web appelé Corps dedans/dehors, que l’autrice décrit ainsi sur le site;

Le projet corps dedans / dehors s’intéresse au rapport que l’écriture et la lecture entretiennent avec les objets non-linéaires. Le corps – organisme non-linéaire s’il en est un – m’apparait terrain fertile pour explorer une autre organisation de la pensée, de la parole écrite et, je le souhaite, de la communication.

Déconstruire le  corps

C’est donc dans cette même non-linéarité que se structure Prendre corps. Divisé en quatre parties, chaque page touche à une partie du corps, à un sens, à une sensation. Le corps est déconstruit, tourné et retourné sous toutes ses coutures avec une sensibilité qui n’a pour égal que tout l’humour qu’utilise Catherine Voyer-Léger pour en parler.

Entre micro-récit, poésie en prose et réflexions, c’est par un scan entier du corps que passe l’autrice. Des recoins à ces morceaux qui semblent prendre trop de place, l’autrice ne fait pas seulement l’étalage du corps mais en questionne l’importance, les fonctions et, surtout, le ressenti, les souvenirs qui s’y raccrochent, les empreintes qu’on y laisse, les mots qui le marquent.

S’habiter 

Habiter son corps, bien qu’on le fait 24h sur 24h, n’est pas une tâche facile. L’interroger pour mieux se comprendre, oser y vivre l’inconfort, prendre le temps de le regarder, de s’y ancrer, d’y être bien, peut-être… C’est un peu tout ça que propose Prendre corps.

Tout passe par le corps dans ces micro-récits. Le désir, évidement, mais aussi l’angoisse, la vulnérabilité, la féminité, la force, la douleur et, bien sur, le poids du regard de l’autre. Avec Prendre corps, on apprend, page après page, fragment après fragment, à s’asseoir avec son propre corps, à l’observer et à l’habiter, d’un bout à l’autre, sans ordre, sans guide, intuitivement, au gré des émotions.

J’arrive mal à rendre en mots l’expérience de ma lecture car c’est, justement, un livre qui se vit plus qu’il ne se lit.

Un livre qui « pense le langage pour mieux panser la chair »

Quel livre vous a  prendre fait conscience de votre corps de la sorte ?

 

 

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Nos clubs de lecture mai 2018 : Souffler dans la cassette, Moi aussi je voulais l’emporter et Journal d’un réfugié de campagne

En mai, c’était le début de nos trois clubs de lecture de l’été à Montréal. Nous avons lu trois livres complètement différents pour ce premier mois, les avis ont été mitigés et c’est ce que nous préférons, car cela créé des discussions excessivement riches! C’était aussi un grand plaisir de retrouver d’anciennes participantes et d’en rencontrer des nouvelles. On sent déjà que cette session estivale sera riche en inspirantes discussions autour des livres. Voici donc les comptes rendus de nos rencontres :

Groupe #1, Rencontre au café Sfouf, lecture : Journal d’un réfugié de campagne de Jean Bédard

Il s’agissait, pour toutes les participantes, de la première immersion dans l’oeuvre de Jean Bédard. De notre côté, deux participantes d’un autre de nos clubs de lecture ont adoré les romans de cet auteur, donc nous avions quelques attentes pour cette lecture. Or, ce livre-ci est bien loin d’être un roman.

Comme le titre l’indique, il s’agit vraiment du journal de l’auteur qui vit à la campagne et qui partage son temps à entretenir sa terre et à enseigner à l’université. Entremêlé d’explications philosophiques et biologiques sur l’agriculture, l’auteur partage ses pensées face à cette vie écologique qu’il est fier et heureux d’avoir choisie.

Malheureusement, le livre est loin d’avoir fait l’unanimité. La plupart des participantes ont trouvé leur lecture confuse, principalement parce qu’on avait l’impression que l’auteur écrivait davantage pour lui que pour ses lecteurs et qu’on ne savait pas trop où se positionner en le lisant.

Journal est définitivement le bon mot à afficher sur un livre comme celui-ci. Néanmoins, le terme réfugié nous a un peu fait réfléchir et nous n’étions pas tout à fait en accord avec son utilisation. Bien qu’on saisisse l’idée de « refuge », le titre aurait gagné à faire une nuance compte tenu de ce que veut réellement signifier réfugié à une époque comme la nôtre.

Bref, en général, nous avons été émues devant certains passages de l’oeuvre. Par exemple, lorsqu’il explique comment faire pousser des patates ou la scène avec la petite fille. Il y avait véritablement un amour de la terre qui transcendait cette oeuvre et c’est ce qu’on décide d’en garder. La sensibilité de l’auteur vis-à-vis la beauté des saisons a aussi plu à quelques lectrices.

Ce n’était malheureusement pas une lecture marquante, ni un gros coup de coeur, mais nous avons passé un très beau samedi matin à en discuter au lumineux café Sfouf, alors, somme toute, nous gardons un joli souvenir de cette matinée à rêver de campagne…

On retrouve donc notre groupe en juin pour discuter de Quelques lieux de Constance de Catherine Lavarenne. À suivre!


Groupe féministe, Café Zoha, Lecture : Moi aussi je voulais l’emporter de Julie Delporte

Pour cette première rencontre, nous avions lu Moi aussi je voulais l’emporter de la bédéiste Julie Delporte et toutes les participantes ont affirmé avoir aimé leur lecture. Toutes se sont entendues sur la beauté des illustrations et sur la richesse du propos.

Bien que ce n’était pas commun pour de nombreuses lectrices de lire des romans graphiques, elles ont su apprécier celui-ci. Ce sont surtout les thématiques liées à la maternité qui ont suscité des discussions lors de notre rencontre. Comme Julie Delporte aborde la difficulté pour les femmes de conjuguer vie artistique et maternité, la discussion nous a amenées à parler de charge mentale, du magnifique La femme qui fuit d’Anais Barbeau Lavalette et à s’ouvrir les unes aux autres sur ces thématiques. Et, avouons-le, à parler de beaucoup d’autres choses aussi!

Nous nous sommes aussi attardées au titre qu’on trouvait toutes très évocateur du propos de l’oeuvre. Cette injustice de la langue française a mené aussi vers une discussion sur celle-ci. Certaines participantes ont partagé des souvenirs d’enfance dans lesquels elles apprenaient qu’en français, et bien, le masculin l’emporte sur le féminin. Cette première injustice à été, sans le savoir, un premier par vers le féministe : « Et pourquoi nous ne sommes pas égales ? » Question posée par de nombreuses petites filles apprenant à écrire qui ne saisissent pas cette inégalité de la langue.

Bref, nous avons passé une magnifique première séance qui a duré plus de deux heures! C’est avec grand bonheur qu’on retrouvera en juin cette belle cohorte de femmes allumées, curieuses et éloquentes pour discuter de La guerre n’a pas un visage de femme de Svetlana Alexievitch, une oeuvre racontant la Deuxième Guerre mondiale du point de vue des femmes, chose malheureusement trop peu faite dans l’Histoire.


Photo : Vanessa Coutu

Groupe #3, Café Sfouf, Lecture : Souffler dans la cassette de Jonathan Bécotte

Minuscule petit livre qui se lit en quelques minutes à peine racontant l’histoire entre deux amis d’enfance, Souffler dans la cassette a su créer de bonnes discussions autour de notre table. Bien que ce n’est pas tout le monde qui a adoré sa lecture, la plupart ont adoré la nostalgie qui se dégageait de l’oeuvre.

Cette lecture nous a menées à discuter de ce que sont l’amour et l’amitié quand nous sommes enfants, de la pureté des émotions et des désirs des enfants, mais aussi de la brièveté des amitiés et des amours. Cette lecture nous a aussi plongées dans une certaine forme de nostalgie et plusieurs participantes nous ont raconté des souvenirs d’enfance. Sans le savoir, c’était une lecture parfaite pour faire connaissance entre les nouvelles participantes et les anciennes.

L’écriture de Jonathan Bécotte a aussi été globalement une belle découverte, on a apprécié la forme du roman très près des poèmes et surtout le talent de l’auteur pour arriver en si peu de mots et de pages à démontrer toute la richesse et la beauté de la relation entre les deux garçons.

Bien que plusieurs ont trouvé leur lecture trop courte, c’était néanmoins une lecture qui a plu à la majorité et qui, surtout, a fait de cette première rencontre de la session, un moment fort agréable. On se retrouve donc au Café Zoha en juin pour discuter de La crue d’Ariane Béssette, un roman beaucoup moins lumineux.

Le fil rouge le fil rouge lit bibliothérapie littérature lecture livres les livres qui font du bien Delphine de Vigan Jours sans faim No et moi Rien ne s'oppose à la nuit D'après une histoire vraie

Une autrice et son œuvre : Delphine de Vigan

J’ai découvert Delphine de Vigan alors que je cherchais un roman qui allait m’attraper et dont je ne pourrais plus m’échapper, ce genre de livre qu’il faut finir d’une seule traite sans reprendre son souffle. J’ai aperçu en librairie Rien ne s’oppose à la nuit, l’un de ses romans, et j’ai été immédiatement séduite. Deux jours plus tard, j’avais fini le livre et, la tête pleine des mots de l’autrice, je m’attaquais à une autre de ses œuvres. J’avais trouvé exactement ce que je cherchais et découvert une écrivaine remarquable.

Jours sans faim (2001)

Delphine de Vigan est une romancière et réalisatrice française. Mère de deux enfants, elle vit avec le critique littéraire, journaliste et animateur d’émissions culturelles François Busnel. Elle se fait d’abord connaître avec un premier récit d’inspiration autobiographique intitulé Jours sans faim, qu’elle publie d’abord sous le pseudonyme de Lou Delvig.  Jours sans faim, délicat jeu de mot pour un texte intense qui aborde la complexité de l’anorexie, cette maladie dont l’autrice a elle-même souffert. L’héroïne, Laure, jeune fille de 19 ans et 36 kilos, est hospitalisée pendant trois mois dans un service de nutrition. Son chemin vers la guérison est raconté au lecteur sans omettre de détails et sans ajouter de fanfreluches.

Comme cela arrive parfois avec les premières publications, le style de l’autrice semble, dans ce roman, moins fort qu’il ne le deviendra, moins décidé, travaillé. Le ton y est inégal, avec des images très fortes par endroits, telles des signes de ce que la plume de l’écrivaine deviendra. Et De Vigan a justement ceci de particulier que l’on grandit vraiment avec elle à travers ses livres.

Rien ne s’oppose à la nuit (2011)

Jours sans faim apparaît comme une sorte de préambule à Rien ne s’oppose à la nuit, bien que ce dernier ne paraisse que dix ans plus tard. Pour ce roman dont le titre s’inspire de la chanson Osez Joséphine d’Alain Bashung, l’auteure choisit cette fois sa mère, Lucile, comme sujet de narration. Après la fille, on découvre la mère. Le livre s’ouvre sur la découverte de son corps. Lucile s’est suicidée à l’âge de 61 ans, épuisée par un traitement contre le cancer et par une vie de lutte contre son trouble bipolaire.

De Vigan entreprend de raconter son histoire depuis l’enfance. Georges et Liane, les parents de Lucile, étaient des bobos d’avant-garde, qui menaient un train de vie bourgeois et rocambolesque tout en élevant sept enfants. Ils formaient une famille impressionnante, sur laquelle un documentaire aura été réalisé. Lucile posait même pour des publicités exposées dans les métros de Paris. Mais toute cette joie de vivre sera rapidement entravée par les drames et les deuils. Lucile, enfant au visage impassible qui encaisse tout en silence, se fissure peu à peu jusqu’à craquer complètement, jusqu’aux crises de paranoïa, jusqu’aux internements. De Vigan tente de remonter la trace de sa folie pour en trouver la source. Elle analyse le vieux documentaire, écoute les cassettes vidéo où son grand-père a raconté sa vie juste avant sa mort, interroge les membres encore vivants de la famille et leurs proches. Une démarche complexe et parfois douloureuse, qu’elle nous raconte en parallèle de son récit.

Ses réflexions sur sa démarche littéraire la dévoilent pleine d’angoisses, de doutes : elle voudrait raconter sa mère d’un point de vue intérieur, mais cela lui sera toujours inaccessible. De Vigan désire aussi aller au-delà des apparences et de la mythologie familiale, tout en conservant une pudeur respectueuse à l’égard de ses proches. Elle appréhende leur réaction, se demande si ce roman vaut la peine de se brouiller avec sa famille, et s’il sera vraiment l’hommage qu’elle désire ou plutôt une trahison.

Ce questionnement sur les rapports entre l’écriture et la vie rend son récit encore plus touchant ; il y a quelque chose d’exceptionnel dans cette découverte simultanée de l’histoire intime de l’autrice et de son intériorité d’écrivaine. Si, comme De Vigan le dit elle-même, des dizaines d’auteurs ont tenté d’écrire leur mère avant elle, peu d’entre eux auront réussi à se livrer autant à leurs lecteurs. J’ai toujours eu un penchant pour les romans où l’auteur.trice mélange récit et essai, et celui-ci se détache vraiment du lot. Rien ne s’oppose à la nuit est une œuvre hypnotisante que j’ai eu bien de la difficulté à délaisser, et dont l’écriture vivante est restée en ma mémoire bien longtemps après.

D’après une histoire vraie (2015)

Après le succès de Rien ne s’oppose à la nuit, nommé au Goncourt, De Vigan a voulu pousser la réflexion entreprise dans sa dernière publication, soit la question du vrai dans l’écriture. L’autrice a remarqué chez les lecteurs d’aujourd’hui cette tendance à s’attacher à la véridicité d’un récit, à chercher des « histoires vraies ». Elle s’y attaque avec D’après une histoire vraie, thriller psychologique où réalité et fiction sont entremêlés à un tel point qu’on ne les distingue presque plus l’un de l’autre.

Au commencement du récit, on retrouve l’écrivaine au lendemain de la parution de sa dernière œuvre, dont elle ressort éreintée et vulnérable. Elle peine à se remettre à écrire, cherche à retourner vers la fiction, aux personnages tout droit sortis de son imagination. C’est alors qu’elle rencontre L., une jeune femme charismatique qui semble la comprendre à merveille. L. va rapidement commencer à s’immiscer dans son quotidien, jusqu’à envahir sa vie et son esprit. L. l’exhorte à ne pas régresser vers les contes, mais de plutôt suivre la voie du « vrai », qui confère à l’œuvre sa valeur et sa dimension. Son emprise augmente au fil du récit, qui devient de plus en plus inquiétant. Selon l’autrice, il est impossible de distinguer le faux du vrai, et c’est l’expérience qu’elle tente de montrer à ses lecteurs en les entraînant dans la spirale de son livre.

Ici encore, De Vigan nous livre conjointement au récit ses réflexions sur sa démarche et ses difficultés, donnant à son œuvre une apparence de travail inachevé, encore en chantier. Elle poursuit cette habitude si singulière de dire l’intime tout en conservant le recul nécessaire pour l’analyser et le décortiquer. Et cette habitude, ajoutée à la finesse de son jeu sur la mise en abîme, fait de son livre une œuvre captivante dont la réflexion littéraire est nécessaire.

Delphine de Vigan a aussi publié plusieurs fictions, telles que No et moi, roman touchant qui traite des liens profonds entre humains et de ce qu’on peut vraiment faire pour son prochain. Elle semble être retournée dans cette direction, avec la récente parution du roman intitulé Les loyautés, qui se penche sur les violences invisibles à travers le personnage d’un jeune garçon pris au cœur du divorce de ses parents. Un livre que je n’ai pas encore lu, mais qui attend impatiemment son tour dans ma pile à lire.

Écrivaine aux longues phrases envoûtantes, Delphine de Vigan marque par son écriture simple mais puissante. Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, j’ai eu un gros coup de cœur pour Rien ne s’oppose à la nuit, qui occupe une place de choix dans le palmarès de mes lectures les plus marquantes de l’année dernière.

Et vous, quels sont vos plus récents coups de cœur littéraires?

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La chute d’une société : Maître Glockenspiel de Philippe Meilleur

Lauréat du prix Robert-Cliche en 2017, Philippe Meilleur présente un premier roman digne du journaliste satirique en lui. Fondateur du site Le navet, il possède une facilité déconcertante à parodier le monde qui l’entoure. Son œil aguerri de journaliste lui permet de critiquer socialement, dans son roman qui tend vers l’allégorie, l’univers dans lequel nous vivons.

Créé en 1979 pour honorer la mémoire du grand avocat, juge et homme politique disparu l’année précédente, le prix Robert-Cliche, le plus prestigieux de la relève du roman québécois, a aidé à lancer de brillante façon la carrière de plusieurs auteurs importants de notre littérature.

Maître Glockenspiel est plus qu’un miroir sociétal, c’est une dystopie totalitaire qui a la capacité de nous faire réfléchir sur notre monde. Dès les premières lignes, on se demande dans quel univers on vient d’atterrir.

« Si Maître Glockenspiel rêvait depuis longtemps d’être assassiné, l’envie n’avait jamais été aussi forte qu’aujourd’hui. Perché au balcon du dernier étage de son palais, l’empereur astiquait sa bombe nucléaire préférée, Klaria. »

Maître Glockenspiel…

Personnage plus grand que nature, gorgé de tous les clichés du haut dignitaire, Glockenspiel règne sur son pays avec une main de fer, en bon despote mégalomane qu’il est. Néanmoins, je me suis attachée d’une certaine façon à ce personnage haut en couleur, un anti-héros qu’on prend plaisir à détester. De plus, le portrait dressé du pays lors de la lecture est bien inquiétant: vers où Glockenspiel mène-t-il son monde?

Les usines sont créatrices de richesses en extrayant des litres de sueur des employés écrasés dans des machines à pression; les décisions importantes sont prises lors de combats de lutte scénarisés sur lesquels la population désabusée n’a aucun pouvoir, combats beaucoup moins honnêtes et intègres que dans le passé; l’armée surveille les frontières et est menée au front dans des combats de nature douteuse.

Évidemment, on rêve de le destituer et un plan pour renverser cet empereur colérique se prépare donc.

… et les autres

Atout intéressant du roman, la multiplicité de la narration nous permet d’obtenir différents points de vue sur la façon dont vivent une panoplie de personnages dans ce pays au bord du gouffre. Tyler, agent de notification mortuaire qui devient lutteur pour les prolétaires, qui en a assez d’être un rouage dans une machine à broyer; Adélaïde, un caillou spatial; John R. T.S. Smithson Sr, un riche industriel qui ne se sent en sécurité que lorsqu’il est dans un meuble recouvert de miroirs qui projettent son reflet à l’infini; Ursula, une artisane légendaire, confidente du Maître et créature du fond des mers;  El Diablo et Valentina, des soldats ennemis qui s’allient;  Rufus Z., intellectuel, ancien professeur d’éthique.

Mes deux préférés sont définitivement Xanoto et l’Artiste. Xanoto, le sous-fifre de l’empereur et inquiet de la tournure des événements, décide de prendre les choses en main. L’Artiste nous rappelle le rôle de l’écrivain:

« En tant qu’écrivain, son rôle était d’absorber les rêves et les préoccupations de sa société pour l’aider à se comprendre elle-même. Il devait être le témoin vers qui l’Histoire se tournerait pour analyser son époque. »

Philippe Meilleur, par l’Artiste, nous livre l’effet désiré de l’oeuvre: analyser notre époque, la comprendre pour mieux la repenser. De cette lecture, on en ressort certainement amusé de l’absurdité des situations, mais surtout empli d’un éclairage nouveau sur notre sort entre les mains de nos dirigeants.

Connaissez-vous d’autres œuvres dystopiques qui vous ont amené à réfléchir sur notre société d’aujourd’hui?

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Escapades au Québec : un guide de voyage idéal pour pantouflards ou aventureux

Chacun a sa propre conception du voyage. Pour certains, il s’agit du pays à l’autre bout du monde. Pour d’autres, c’est la roulotte familiale à 15 minutes de route. Il existe autant de visions qu’il y a d’individus. Mais une chose est sûre : l’idée du voyage fait rêver et nous emmène loin dans nos pensées. Il y a des gens qui, à défaut de pouvoir se l’offrir, vont voyager dans leur imaginaire en s’évadant par les livres. Souvent ce sont des romans, parfois il s’agit de guides touristiques. Toutes les méthodes sont valables pour échapper au quotidien. Pour ma part, voyager au Québec est au cœur de mes choix. Je prends un malin plaisir à découvrir mon coin de pays au compte-gouttes. C’est ce goût du Québec qui m’a amenée à mettre la main sur Escapades au Québec, les coups de cœur de La Presse.

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Photo par Anaïs Beaudet

Coup de foudre instantané

En voyant le livre sur les tablettes d’une petite librairie de quartier, la couverture m’a immédiatement sauté aux yeux. La Belle Province m’apparaissait sous son meilleur angle. Il faut aussi dire que les photos à l’intérieur donnent vraiment envie de sillonner les routes du Québec des jours durant pour découvrir les petits bijoux qui y sont cachés. Ce sont les coups de cœur du cahier Voyage de la Presse rassemblés sous forme de guide. Je me suis emparée de mon (futur) précieux bien et suis allée illico payer afin de commencer à le feuilleter le plus vite possible. Assise à quelques pas de la librairie, je dévorais les pages telle une ado lisant Twilight. Ce guide et moi étions faits pour nous entendre.

Un guide pour voyager dans nos pensées

Il y a maintenant un peu plus de trois ans que j’en ai fait l’acquisition et je ne me lasse pas d’en faire la lecture. Quand l’hiver nous colle aux basques en mars et n’en finit plus de finir, je sors mon guide et je m’y plonge toute la soirée. Souvent, je ne songe même pas à choisir une destination, je ne fais que tourner les pages en regardant les images et je lis les descriptions. Je m’évade, quoi! J’ai l’impression de lire de courts récits de voyage, ça m’inspire et me donne des idées.

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photo par Anaïs Beaudet

Transmettre aux autres

Je dois dire qu’ils écrivent drôlement bien, les journalistes de la section voyage de La Presse. Le choix des mots permet de bien visualiser les destinations présentées et apporte une part de rêve et d’émerveillement. On a vraiment envie d’y être ou du moins d’imaginer y être. On se sent privilégié d’avoir accès à de petites découvertes (lieux, festivals, restos, campings, activités, etc.) et on sent vraiment l’amour du Québec à travers les textes. La sélection des coups de cœur est faite avec finesse et donne un superbe tour d’horizon des beautés de notre province, en allant chercher des idées pour découvrir le Québec sous un nouveau jour.

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Photo par Anaïs Beaudet

Mes coups de cœur

Impossible pour moi de passer sous silence ce qui m’a accrochée le plus dans cet ouvrage. Étant une adepte du camping, j’ai adoré le chapitre Tout le monde en camping. C’est d’ailleurs de là que vient mon obsession de faire un jour la Via Ferrata au Parc du Mont-Tremblant, de l’escalade à flanc de montagne. L’amatrice de bouffe que je suis a craqué pour le chapitre Par ici les foodies! J’ai d’ailleurs visité déjà une bonne partie des établissements cités. Et le chapitre Si vous êtes amoureux est pour moi au sommet puisqu’il présente des endroits qui ont un petit quelque chose de plus (dont les Jardins de Métis, un bijou du Bas-St-Laurent). J’ai aussi une petite mention pour le chapitre Un long week-end à Montréal pour (re)découvrir la ville : même si on y habite, ça vaut la peine.

En résumé, cet ouvrage est un incontournable, même s’il date un peu et que le milieu du tourisme change à une vitesse fulgurante. Ce guide est précieux et il s’agit d’un objet à mettre en valeur dans une bibliothèque. Il donnera le goût du voyage, c’est garanti.

De votre côté, lisez-vous des guides de voyage pour le simple plaisir de vous évader? Si oui, quelles destinations vous font rêver?

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L’aphélie des amours

J’ai une confession à faire : je n’ai pas lu Les filles bleues de l’été, malgré l’immense succès que ce roman a eu à sa sortie en 2014. Pourtant, je n’ai pas hésité une seconde lorsque j’ai vu le nom de Mikella Nicol à la librairie. Je savais qu’Aphélie allait me plaire.

Pour un corps céleste, l’aphélie représente le point de sa trajectoire le plus éloigné du Soleil. (Épigraphe)

Ce roman intime sur fond de canicule nous présente la complexité des relations humaines.  Le personnage principal, narratrice sans nom, nous fait entrer dans son univers de solitude. Au travers de ses interactions avec les gens qui gravitent autour d’elle, on découvre son mal-être constant, sa volonté de plaire tout en s’éloignant des autres. Il ne s’agit pas d’un roman d’action, plutôt d’un récit de compréhension de soi.

Réécrire le déjà-vu

L’amour, au centre de toutes les réflexions et pourtant le point tournant de toutes les déceptions, ce sujet inépuisable et pourtant raconté mille et une fois, est ici présenté comme l’inaccessible constellation. On suit les journées chaudes et les nuits blanches d’une jeune femme qui cherche à plaire à tout le monde, mais à personne à la fois. Dans sa quête d’amour d’autrui, on comprend un mal d’amour propre qui ne s’assouvit jamais. Alors qu’elle tient bien en place, elle tente de se rapprocher du Soleil, continue d’espérer mieux sans jamais profiter de ce qui s’offre à elle.

La solitude de son emploi et sa ressemblance avec les autres filles lui permettent l’anonymat, mais ce sont dans ces moments de réclusion qu’elle voudrait être vue et surtout entendue. J’ai trouvé ce roman très touchant dans sa compréhension de l’être humain, cette petite boule d’atomes perturbable. Ce personnage principal me ressemble sans être moi, ses relations avec les autres ressemblent aux miennes sans être les mêmes. Nicol transcrit remarquablement bien le mal-être qui découle de la trop grande volonté d’être à sa place.

Un simple ouvrage que je conseille à quiconque aurait besoin d’une pause dans sa vie effrénée, le temps de se recentrer, de respirer, puis de revivre, comme au court moment de l’après-pluie au milieu de la canicule.

Aimez-vous les romans lents, qui ne présentent pas beaucoup d’actions, mais plutôt une réflexion sur l’être humain?

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À toi : le témoignage d’une survivante

Témoignage d’une survivante de la violence conjugale, ce texte À toi, c’est l’histoire de l’autrice elle-même, Alice Fontaine.

Dès les premières pages, je me suis laissé entraîner dans l’histoire d’Alice. Rapidement, j’ai eu envie de voir jusqu’où cette relation irait, je désirais comprendre comment une relation entre des enfants, car leur relation a commencé vers l’âge de 13 ans, a su devenir celle de trop nombreuses années. Les premières pages sont précises, claires, on sent la délivrance qu’a nécessairement besoin l’autrice pour se libérer un peu de cette histoire qui a contrôlé bien trop son existence d’adolescente et de jeune femme.

Courageuse et résiliente, ce sont les mots qui me viennent en tête en écrivant ces mots. L’autrice est une survivante de la violence et c’est sans doute ce qui m’a interpellée dans ce texte, le sentiment dès les premières pages de l’importance de ce texte pour elle, de l’importance de guérir par l’écriture d’une histoire douloureuse. Je n’ai pu faire autrement que de faire des rapprochements avec l’œuvre d’Ingrid Falaise, Le monstre. Ces textes de survivantes me touchent et me chavirent, ce ne sont pas des lectures faciles, rapidement on devient enragées de lire la violence avec laquelle ces femmes sont traitées, mais ce sont des œuvres qui montrent qu’il y a plus que ça, qu’on peut s’en sortir, que la violence conjugale n’est jamais la faute de la victime, qu’il y a de l’espoir… Ce sont des œuvres nécessaires, tout simplement.

J’avoue néanmoins avoir quelques bémols avec le style de l’autrice. On sent quelques fois l’autrice perdue dans ses pensées, dans ses souvenirs qu’elle tente de raconter de façon chronologique. Bien que l’émotion ait toujours là et que j’ai rapidement désiré dévorer ce livre, j’y ai aussi perçu de nombreuses répétitions et des images mille fois utilisées.

Se sauver par l’écriture 

Vers les dernières pages du texte, on ressent toute la détresse que cette relation a eue sur l’autrice autant lors de son adolescence que lors de son début de vie d’adulte. Heureusement, on y voit aussi une grande luminosité, que ce soit par les gens avec qui elle s’entoure, la naissance de sa petite fille et sa relation amoureuse qui semble saine et respectueuse, on referme le livre rassuré. Réécrire cette histoire a dû être un exercice douloureux pour l’autrice. Or, je suis persuadée des effets libérateurs de cette écriture. Écrire pour mieux vivre, pour ne plus survivre.

Texte à fleur de peau, je ne peux que conseiller ce livre à celles et ceux qui aiment lire des témoignages. Celui-ci en est un vrai touchant, courageux, lumineux. Le mouvement #moiaussi est mentionné par l’autrice et effectivement, j’y vois dans la publication de cette lettre à celui qui l’a tant fait souffrir, un désir d’ouvrir les discussions sur les violences psychologiques et physiques dont sont victimes de trop nombreuses femmes.

Je ne peux terminer cet article sans mentionner la beauté de l’illustration de la couverture réalisée par Mathilde Cinq-Mars, une artiste que j’affectionne particulièrement. Je salue d’ailleurs la pertinence des Éditions au Carré de faire appel à des illustratrices québécoises pour les couvertures de leurs livres.

Bref, À toi, c’est un texte nécessaire qui s’inscrit dans ce mouvement plus que pertinent de dénonciation, d’entraide et de solidarité, un mouvement qui révolutionne et transforme cette culture du silence.

Et vous, avez-vous des lectures à me suggérer qui s’inscrivent dans le mouvement #moiaussi ?


Le fil rouge tient à remercier les Éditions au Carré pour le service de presse.