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Griff, une nouvelle collection jeunesse à découvrir

Cette nouvelle collection des éditions l’Isatis, Griff, s’adresse aux jeunes de plus de 14 ans. À travers différentes thématiques, les livres de cette collection voudront briser des tabous, ouvrir la discussion et la réflexion chez les adolescent.es. Positionnée comme féministe, je trouve cette collection plus que nécessaire et lorsque les éditions l’Isatis nous ont envoyé les deux premiers albums de leur collection, je n’ai pu faire autrement que de les découvrir et j’ai été totalement charmée. J’avais donc envie de vous les présenter!

Les quatre saisons d’Elfina

Dans cet album illustré par Christine Delezenne et écrit par André Jacob, on y suit la jeune Elfina qui vit au Paraguay. Un jour, sa grand-mère lui annonce qu’elle ira vivre avec une famille aimante à Montréal et qu’elle pourra enfin aller à l’école. Or, les choses ne se passent pas comme prévu et la jeune fille devient l’esclave de la famille. Elle ne peut aller à l’école et se doit d’effectuer les tâches familiales. Elle sera même victime d’une agression sexuelle de la part du père de la famille. Heureusement, elle osera dénoncer sa situation et l’histoire se terminera avec espoir. Je trouve cela merveilleux que l’histoire aborde le thème de l’esclavagisme chez les enfants et le droit à l’éducation car, comme le dénonce la section référence (très utile pour les animations en classe) à la fin de l’album, 21 millions d’enfants (selon l’Organisation internationale du travail) seraient victimes d’emplois forcés. D’autant plus que l’histoire se situe à Montréal, je crois que les jeunes lecteur.trices seront conscients de cette problématique mondiale et des injustices des millions d’enfants dans le monde. Cet album pourra inciter à la discussion en ce qui concerne les droits des enfants et des adolescent.es.

Les illustrations de cet album sont aussi très réussies, on arrive très bien à ressentir la détresse d’Elfina et la froideur de sa nouvelle famille.

Pourquoi les filles ont mal au ventre 

L’an dernier, lorsque nous avions fait le coffret « féminisme » pour la campagne de sociofinancement, nous avions mis Pourquoi les filles ont mal au ventre, le petit zine de Shushanna Bikini London. Cette année, les éditions de l’Isatis ont décidé de publier une autre version de ce zine, cette fois-ci en album.

Tout d’abord, ce qui capte l’œil de ce magnifique album, ce sont les illustrations de Geneviève Darling. Elles ont un côté très réaliste et engagé qui rend très bien l’importance et la profondeur du texte. J’ai aimé le choix des illustrations avec le texte et c’est ce qui fait de cette version du zine un album qu’on se plaît à lire, à relire et à feuilleter.

Pourquoi les filles ont mal au ventre est un véritable manifeste féministe qui dénonce les inégalités dont les femmes sont victimes. On y aborde le sexisme ordinaire, la violence systématique, les malaises et les pressions ressentis par les femmes, de l’enfance à l’âge adulte. L’auteure Lucile de Pesloüan y aborde de nombreuses situations où les filles ont mal au ventre, où les femmes ne se sentent pas bien, où le féministe prend tout son sens. C’est un texte affirmé qui fait réfléchir et qui donne envie d’encore plus dénoncer ces inégalités.

C’est un album qui pose des questions et qui créera des discussions chez les jeunes. Il aborde les problèmes du sexisme quotidien, mais aussi des inégalités dans d’autres pays. On prend plaisir à lire parce que bien sûr on s’y reconnaît dans certaines situations, parce que cet album dénonce des situations qui se doivent de changer.

Ce livre sera une ressource et une façon pour les enseignant.es de discuter de sujets et de thématiques féministes en classe. L’œuvre se lit rapidement et surtout, ne laisse pas indifférent.e. Le format album est aussi propice à la lecture et aux discussions en groupe.

Et vous, pensez-vous qu’il est nécessaire d’aborder des sujets plus tabous avec les adolescent.es?


Le fil rouge tient à remercier les Éditions de l’Isatis pour les services de presse.

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Un ami lumineux : le plaisir de s’illuminer par la tête

On dirait que tout ce que touche Simon Boulerice se transforme en petits – grands – bijoux littéraires. Je suis certaine qu’il y en a plusieurs qui seront d’accord avec moi. Même si j’ai laissé tomber le projet (à mon grand désarroi) d’être à jour au niveau de toutes ses parutions (cet auteur est si prolifique que ça dépasse l’entendement!), à chaque fois qu’un de ses livres se retrouve dans mes mains, son univers m’enchante à coup sûr. Ça a été le cas, encore une fois, avec Un ami lumineux, album jeunesse paru à La courte échelle en avril 2017, dont les illustrations sensibles et délicates sont signées par Marilyn Faucher.

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L’histoire est en tout point craquante. Ludo doit maintenant vivre à la fois dans une maison à la campagne avec sa mère et dans un appartement en ville avec son père, car ses parents se sont depuis peu séparés. Et « il n’y a rien à faire, leur amour s’est éteint. Parce que l’amour, c’est comme un feu ». Malheureusement, Ludo n’aime pas vraiment la ville, il s’y sent seul et sans amis. Mais il y a une chose qu’il adore plus que tout de ses séjours en ville et ce sont les feux de circulation. Il les trouve fascinants.

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Un jour, il demande à son père : « qui s’occupe de changer la couleur des feux de circulation? » et son père de répondre la plus belle réponse qui soit : « un petit monsieur très patient », qui se trouve à l’intérieur du poteau. De là, Ludo laisse aller son imagination dans tous les sens, se liant d’amitié avec le petit monsieur des feux de circulation – son ami lumineux – en lui offrant des tartines à la fraise (pour le feu de circulation rouge), à l’orange (pour le feu de circulation jaune) et à la rhubarbe (pour le feu de circulation vert).

Et il en oublie presque que ses parents ne s’aiment plus.

Cet album dessine un portrait magnifique du pouvoir de l’imagination, de cette naïveté si précieuse de l’enfance, et de ses idées grandioses qui dépassent tout. De l’émerveillement propre aux enfants qui permet d’oublier un tant soit peu les égratignures de la vie. Un livre qui, vraiment, illuminera chacun qui s’y plongera.

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Les illustrations de Marilyn Faucher sont d’ailleurs en tout point en concordance avec cette idée d’illumination : colorées, vives et toujours dans les teintes du rouge, du jaune et du vert. Même les pages les plus sombres, où c’est la nuit, il y a toujours un trait de lumière qui éclaire Ludo, comme de la grande espérance. C’est beau et plein de vie. Faucher rend avec justesse, à travers son coup de crayon délicat et doux, l’univers naïf, simple et vrai de ce récit.

Un ami lumineux est un très bel album qu’on peut lire et relire aux enfants au coucher, afin qu’ils s’endorment avec les plus belles fantaisies et un émerveillement sans borne.

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En attente du prochain…

Je suis une grande impatiente. Rien ne m’énerve plus que de devoir attendre, et ce, peu importe dans quelle circonstance de la vie. Or, lorsqu’il s’agit de patienter pour la sortie d’un livre, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une suite, je deviens complètement intenable.

Évidemment, le tout a débuté avec la série Harry Potter. Tout commence toujours avec les aventures du sorcier dans mon cas. Je me rappelle parfaitement l’attente interminable qui me torturait terriblement entre chaque lecture. Quel temps perdu qu’est celui où je ne pouvais me mettre sous la dent les nouveaux mots de J.K Rowling! Dans ces moments pénibles, mon imagination débordante de gamine ne pouvait s’empêcher d’inventer des scénarios improbables pour la suite des choses.

Apparemment, plus nous vieillissons et moins nous changeons. Quinze ans plus tard, je me prête encore au même jeu. D’une part, je revis ce même sentiment d’attente, mais cette fois-ci avec l’oeuvre de George R.R. Martin. D’autre part, je me surprends à émettre moult théories sur ce qui attend les lecteurs dans le sixième livre de la série Le Trône de Fer, comme je le faisais à l’époque pour les péripéties se déroulant à Poudlard. Bref, je prends conscience qu’au fond de moi, je suis encore la petite fille pleine de rêves et d’étoiles dans les yeux qui se perd dans la lecture et ça, c’est bon pour le moral.

C’est que les sagas littéraires offrent de multiples possibilités. Le Trône de Fer met en scène des milliers de personnages (et ce n’est pas une façon de parler) qui s’aiment, qui se détestent, qui s’entretuent, qui se déchirent, et ce, sur des centaines d’années. Le nombre d’intrigues est pratiquement impossible à recenser. De fait, il devient facilement un passe-temps pour les admirateurs de l’oeuvre de s’imaginer les innombrables avenues que pourrait emprunter la plume de l’auteur dans sa folle poursuite. Et franchement, je pense sincèrement que ce loisir nous aide à oublier le fait que nous attendons encore et encore.

De surcroît, cette attente devient à un certain niveau rassembleuse. Elle permet qu’une collectivité se forme. Pensez à tous ces blogues qui voient le jour et sur lesquels des milliers d’individus partagent leur passion pour le sujet. Des pages web, telles que La Garde de Nuit ou Pottermore, deviennent de vraies bibles pour les fans qui sont assoiffés de nouvelles connaissances. Combien de fanfictions se basant sur l’univers du sorcier à la cicatrice en forme d’éclair ont été écrites? On ne peut les compter. Dix ans après la sortie du dernier livre, des théories sont encore imaginées à travers le monde. L’histoire n’a jamais fini de s’écrire. N’est-ce pas un peu magique?

Et même lorsque nous croyons véritablement que l’encre a terminé de couler, les écrivains et les écrivaines de ce monde arrivent encore à nous surprendre. J’ai vécu cela pas plus tôt qu’il y a quelques mois alors que j’apprenais que Philip Pullman, l’auteur de la saga À la croisée des mondes, s’apprêtait à publier une nouvelle trilogie qui s’incrustera à la série précédente. Quelle joie! Quelle surprise! Même quand nous ne pensons plus attendre, finalement nous attendons encore. En fait, nos vies de lecteurs insatiables se résument peut-être à des va-et-vient entre l’attente du prochain et la venue du petit dernier. Nous sommes, à notre façon, des personnages de récits. Nous sommes les passagers du papier, les voyageurs entre les lignes, les seigneurs du temps.

Et vous, qu’attendez-vous comme suite?

Crédit photo : Michaël Corbeil

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Nous sommes belles, avec ou sans cheveux : « D’où je me trouve » d’Alexandra Gendron-Deslandes

J’ai la même coupe de cheveux depuis des années. Ma tentative de les faire pousser est aboutie à un retour à la même tête, car pourquoi changer une formule gagnante? Pourtant, j’ai toujours trouvé ça plate, d’avoir la même coupe, et de ce fait, je me suis souvent entendu dire: « Ah, je me raserais tellement les cheveux, ce serait moins compliqué! » Mais après ma lecture du récit D’où je me trouve, ma réflexion a bien changé.

Alexandra Gendron-Deslandes avait initialement l’intention de faire un documentaire sur les femmes ayant subi une perte de cheveux, ou celles qui ont pris la décision de se raser la chevelure. C’est après avoir elle-même traversé cette réflexion, puis avoir décidé de passer à l’action, que l’auteure a voulu rencontrer d’autres femmes afin de connaître leurs sentiments, leurs perceptions et leurs questionnements pour, écrit-elle, « sonder comment l’absence de cheveux avait fait événement dans [leur] vie ». Alexandra a ensuite reconstitué ces entretiens sous forme de fragments, par séquence, tel un montage documentaire. Or, ce montage est demeuré papier, est devenu un « documentaire littéraire », pour reprendre ses mots.

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« Sans avoir à ouvrir la bouche, ça permet tout de suite à la réflexion sur l’identité sexuée de surgir »

Avoir ou ne pas avoir de cheveux, là est la question

Le livre d’Alexandra est un objet hors du commun, et c’est là que réside sa force. Nous n’avons pas entre les mains un essai, ni un roman, ni un récit, mais bien un documentaire. Les paroles des femmes sont restées intactes, et, dès lors, authentiques. Rassemblées, elles dégagent un propos fort intéressant, mais aussi très touchant. En effet, si ces témoignages portent à la fois sur le choix de se raser les cheveux aussi bien que la perte de cheveux des suites d’une maladie, cela se confond dans la profondeur des propos, qui nous confrontent nous aussi à toutes sortes de pensées et de remises en question: à plusieurs reprises pendant ma lecture, je me suis demandée si je ne le ferais pas, moi aussi. Mais après, qui suis-je pour choisir de perdre mes cheveux face à toutes ces femmes qui voudraient tant les ravoir? Par ailleurs, les réflexions des femmes recoupent celles des lectrices elles-mêmes: de quoi j’aurais l’air? Qu’est-ce que les autres penseraient? Comment me percevraient-ils?

Plusieurs extraits m’ont particulièrement marquée, notamment l’histoire de la coiffeuse qui a choisi d’offrir sa coupe à la femme qui est passée sur sa chaise, au salon. La femme raconte qu’elle a cru que la coiffeuse lui offrait la coupe gratuitement parce qu’elle était atteinte du cancer, alors que ce n’était pas le cas, et qu’elle a cru bon rebrousser chemin pour lui dire la vérité et insister pour payer… Ou encore celle qui s’exclame, après s’être vue la tête rasée dans le miroir: « C’est weird en tabarnak! » Et je pourrais retranscrire tant de passages des mots de femmes malades. Mais la réflexion de l’une d’entre elles m’a émue. Elle parle de se raser comme d’une forme de résistance à son cancer :

« Et c’était la première étape, pour dire au cancer tu m’auras pas. C’est correct, je comprends que tu vas venir gruger, mais tu ne m’auras pas. Je te contrecarre en état proactive. »

Le sujet est, certes, original, mais il est surtout d’une grande importance dans la vie des femmes, à qui l’on impose des standards de beauté. Ils remettent également en question notre perception des femmes malades, celle des relations que nous entretenons avec elles, mais aussi le rapport à notre propre image. Ce que c’est d’avoir des cheveux, ou pas, ce que c’est d’être une femme; est-ce que c’est d’avoir des cheveux?

À celles qui n’ont pas choisi de perdre leurs cheveux: vous êtes belles, avec ou sans perruque. À celles qui ont troqué le peigne pour le rasoir: je salue votre résistance face à ce monde qui nous dicte à quoi on doit ressembler. Nous sommes toutes belles. ❤

 

Le fil rouge remercie l’auteure pour le service de presse.

Larguer les amours; la rupture sous toutes ses coutures

En juin, j’ai vécu une rupture plutôt difficile – lesquelles ne le sont pas, tsé – quoi que nécessaire. Depuis, mes lectures semblent teintées par celle-ci. J’ai le goût de lire des essais qui parlent d’indépendance, de désir, de vie, de liberté. De me plonger dans les histoires des autres pour mieux comprendre la mienne. De lire les opinions et réflexions de femmes qui m’inspirent pour me sentir un peu moins seule, me comprendre un peu mieux et, bien sur, mieux comprendre le monde qui m’entoure.

Larguer les amours, c’est un peu tout ça.

Ce sont 20 textes sur le thème de la rupture, mais d’abord et avant tout sur la beauté et sur la complexité des rapports humains.

Vingt femmes couchent sur papier leurs déboires amoureux. Elles sont écrivaines, poétesses, scénaristes, dramaturges, journalistes. Elles ont l’écriture dans le sang, et le sang qui s’enflamme pour des amours foutus d’avance.
 
Larguer les amours, ce sont des variations sur le thème de la rupture, l’exploration de cet instant cru, brutal, fou, de cette fois où elles ont planté quelqu’un là, de cette impulsion saine ou salope, douce ou violente, de cette décision irrémédiable, ou non…

Universalité et unicité 

Ensemble, les textes dressent un portrait de la rupture, au sens large, aux sens multiples. On y parle de celles qui sont provoquées, de celles qu’on subit malgré nous, les imminentes, les inévitables, celles qui sont plus que mûres, celles qui sont mortes dans l’oeuf et tout ce qui peut bien se trouver entre les lignes. La liberté de style qu’on retrouve dans chacun des textes permet véritablement de laisser place à toutes les émotions et à la force de celles-ci. Répartis sous quatre sous-thèmes, chacun des textes prend vie sous nos yeux. Ils sont uniques et se tiennent seuls, fièrement.

En même temps, le thème rassemble. L’expérience commune unie et les textes sont encore plus puissants lorsqu’ils sont mis ensemble, d’où l’idée du collectif, j’imagine. Comme tout bon collectif/recueil de nouvelles, il est possible de le lire de manière éparse, éparpillé à travers le temps. Par contre, j’ai trouvé qu’une lecture continue et soutenue n’était pas étouffante, ni éreintante, mais plutôt émancipatrice et rassembleuse.

Parce que s’il y a bien un sentiment universel qui se rapporte aux ruptures, c’est la solitude. J’avais un peu peur de me sentir seule et d’être sans cesse rapportée à ma propre solitude en lisant les textes, mais non, ce fût plutôt le contraire.

En ce sens, j’ai eu l’impression de trouver une certaine continuité entre Larguer les amours et Nous sommes bien seules. Un peu comme deux facettes d’une même médaille, ces deux livres se répondent sans cesse et, comme dans le recueil de Julie Bosman, c’est d’abord et avant tout l’impression d’être supportée, comprise et un peu moins seule avec laquelle on ressort une fois la lecture terminée.

Des émotions et beaucoup de drôle 

Parmi toute la gamme d’émotions par laquelle je suis passée, j’ai été surprise de m’entendre rire à voix haute et c’est, je crois, ce que j’ai le plus apprécié. Le fait de ne pas me retrouver devant quelque chose qui me ferait revivre que des émotions négatives, mais qui réussit plutôt à trouver un peu d’humour dans toutes situations. Comme l’a toujours dit mon père :  » l’humour sauve le monde » .

De plus, au début de chacun des segments, on y retrouve quelques paroles des chansons de Lisa Leblanc, qui donne le ton au chapitre à venir. C’est un petit plus value qui donne une particularité à l’oeuvre, tout comme les quelques illustrations qu’on y retrouve. D’ailleurs, avez-vous remarqué le doigt d’honneur sur la couverture ? C’est ce type d’humour qui, à mon avis, parsème ce collectif et lui donne une touche bien particulière.

Et c’est pour qui ? 

En parlant de ce livre, j’ai eu à quelques reprises cette question. Est-ce pour ceux qui vivent une rupture ? Pour ceux qui y pensent ? Je pense que c’est simplement pour tout le monde. Parce que le thème est universel, que les textes parlent d’abord et avant tout de relations humaines et, évidement, parce que c’est beau, bon, bien écrit et que ça fait du bien.

 

L’avez-vous lu ? Quelle est la nouvelle qui vous a le plus touché ? 

Le fil rouge remercie Tête Première pour le service de presse

photo : Martine Latendresse-Charron

 

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Lire et voyager léger : le principe des livres-nomades des auberges d’Europe

L’été 2017 a été, pour moi l’occasion de faire un super voyage. En effet, commençant ma route à Bayonne (en France), j’ai marché le chemin de Compostelle tout le long de la côte atlantique de l’Espagne jusqu’à Santiago et ensuite jusqu’à Finisterre, qui est le « boutte du boutte » de la terre, comme on dit si bien au Québec. En tout, j’ai marché un peu plus de 1000 km, traversé l’Espagne à pied en 44 jours et fait travailler un grand nombre de muscles de mon corps qui se la coulaient douce depuis que ma routine rédaction de mémoire se résumait en ordi et lectures toute la journée. Bref, j’ai profité de la nature au jour le jour (belle ou mauvaise, on oublie que la côte espagnole est « frette » et souvent pluvieuse), fait des rencontres formidables et appris à voyager léger.

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Gijon, Espagne

Un pack-sac pesant maximum 8 kg (sans calculer l’eau), que je devais traîner sur mon dos 6 à 10 heures par jour, c’était ça le plan. Donc, j’allais manifestement porter les trois mêmes kits de vêtements tout l’été et être extra limitée dans tout le reste. Et, donc, bien sûr, dans les lectures.

Épais et touffu, mais en format poche, facile à lire, mais captivant et surtout, PAS TROP LOURD, voici les quelques critères que devait posséder le livre que j’allais amener avec moi. Ou LES livres, mais le plan était vraiment d’essayer (très fort) de se limiter à un seul. Et dernier critère, je ne voulais pas avoir à le traîner avec moi une fois qu’il était terminé, alors le livre devait pouvoir être laissé dans les auberges sur la route sans aucun problème (donc, je ne pouvais pas apporter des livres que je voulais garder après les avoir lus ni le livre de Ferrante que ma mère m’a prêté et qui ne m’appartenait pas). OUF!

Voici donc finalement le (les…) livre que j’ai amenés avec moi.
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Comme je passais quelques jours à Paris et à Nantes avant d’arriver à Bayonne, et qu’on avait de la route à faire, j’ai terminé le premier livre très vite. Je l’ai laissé discrètement dans la bibliothèque de Niko, qui nous accueillait à Nantes.

Le deuxième livre, je l’ai d’abord trouvé chouette, je l’ai d’ailleurs lu au bord de la plage pour me relaxer, puis il a fini par me lasser. Je suis donc partie à la recherche d’un autre livre à me mettre sous la dent. En Europe, rien de plus facile.

Le phénomène des livres-globe-trotteurs

Si vous êtes déjà allés en Europe, vous avez dû voir ce fantastique phénomène que sont les bibliothèques dans de nombreuses auberges de jeunesse où on peut soit prendre un livre ou en laisser un en toute liberté. Ces bibliothèques mouvantes accueillent donc les livres terminés par les voyageurs, les livres finalement trop encombrants ou des coups de cœur inattendus. Inutile de vous dire que ce qu’on y retrouve est parfois très farfelu et pas toujours des choix de premier ordre, mais la plupart du temps, en fouillant un peu (et dépendamment de l’endroit où on se trouve, bien sûr!), on trouve de quoi se sustenter. Voici quelques photos de deux bibliothèques croisées sur ma route :

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À l’hôtel de la Gare, à Bayonne (France).

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À l’auberge municipale des pèlerins, Deba (Espagne).

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Hôtel de la Gare, Bayonne.

Dans la petite auberge de Santillana del Mar, la petite bibliothèque était remplie de livres religieux. Ailleurs, c’était plutôt des revues datant des années 80. À Getaria, il y avait beaucoup de dictionnaires de langue, on était au début du voyage, peut-être les pèlerins réalisaient-ils le poids qu’ils devaient transporter et se débarrassaient-ils plus facilement des kilos superflus?

Avec ces bibliothèques aléatoires qui se nourrissent des allées et venues des voyageurs, j’avais la tranquillité d’esprit de me dire que je ne pourrais pas manquer de lecture ni devoir trouver des librairies pour en acheter. Surtout que dans les petites villes ou les petits villages, peu d’endroits proposaient des livres dans d’autres langues que l’espagnol. C’est donc au fil des auberges que j’ai fréquentées que j’ai déniché, d’abord, le livre Avant toi de Jojo Moyes (je l’avais déjà lu, mais c’était exactement le genre de lecture dont j’avais envie à ce moment-là). J’ai laissé, en échange, le livre de Mélissa Bank que j’avais marre de lire (et de traîner). Puis, dans un café-restaurant rempli de livres à Lisbonne, même si j’en étais presque à la fin de mon voyage, j’ai mis la main sur une version anglaise du premier tome de Hunger Games.

Les voyageurs les plus aventuriers décideront même de partir sans aucun livre dans leurs bagages, laissant les aléas du voyage décider à leur place quelles seront leurs lectures pendant leur périple. Dans mon cas, j’avais besoin au moins d’un livre de départ. Ensuite, j’ai pu profiter de ces bibliothèques mouvantes, rigolotes. Dans ces espaces livresques se reflétait aussi la richesse culturelle du chemin de Compostelle. En effet se côtoyaient des livres en espagnol (bien sûr!), mais aussi en français, en anglais, en allemand… je me souviens même avoir essayé de déchiffrer un livre en grec, une fois (sans succès!).

Les inconvénients? Bien sûr, quand on voyage dans les grandes villes, on trouve généralement facilement quelque chose. Dans les petits patelins, et sur le chemin de Compostelle, il y en avait constamment, on doit souvent attendre plusieurs jours avant de trouver un livre qui nous convient. Et le choix est maigre. Et bien sûr, il y a la question du poids. J’ai refusé de prendre avec moi un livre, une fois, parce qu’il était trop lourd. Quand on traîne son sac sur soi toute la journée, chaque gramme compte. C’est dire, car déjà, moi et mon amie on déchirait les pages de notre guide au fur et à mesure qu’on en franchissait les étapes, car il était vraiment lourd (arracher les pages d’un livre, je n’ai jamais fait ça avant, honte à moi!).

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À Mendata, pour quelques heures de lecture tranquille en après-midi alors que tout le monde fait la siesta.

Bref, le premier constat de cette histoire est que j’ai aimé la façon dont les bibliothèques dans les auberges participaient au rythme lent et spontané du Chemin. On y trouve, ou on n’y trouve pas ce qu’on cherche, ça dépend. J’ai aimé fouiller et tomber sur des trucs intéressants, ou faire des trouvailles amusantes. Le second constat est qu’au final, je n’ai pas eu tant le temps de lire. J’avais bien mieux à faire, soit marcher (on va se le dire, c’est pas rapide-rapide comme moyen de transport) ou passer du temps avec les autres pèlerins, visiter un peu les endroits où on logeait, jouer à des jeux de société, préparer à manger, soigner mes pieds et mes jambes, discuter de tout et de rien, bref, vivre pleinement l’expérience. Les livres demeuraient plus un « en cas », un objet rassurant, qui m’assuraient une possibilité en cas de temps mort. Le dernier constat, je l’ai eu dans les dernières étapes du chemin en voyant mon compagnon de route sortir la sienne, c’est qu’au final, je crois que la tablette numérique de genre Kindle ou Kobo est vraiment, mais vraiment un bon plan. Côté poids, nombre de livres, variété… même si j’ai adoré vivre la lecture nomade du voyageur, je crois vraiment que je vais l’essayer pour la prochaine fois.

 

Et vous, avez-vous expérimenté les bibliothèques des auberges d’Europe? En voyage, êtes-vous plus du type préventif ou spontané pour vos lectures? Voyagez-vous avec des livres papier ou des tablettes numériques?

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Oh, Billie

Je lis en marchant.

Ça fait toujours réagir les gens. On m’arrête souvent pour me demander comment je me débrouille ou si je n’ai jamais eu d’accident en pratiquant cette activité controversée.

Vous serez peut-être surpris de l’apprendre, mais j’arrive à lire tout en anticipant la présence des obstacles, les feux rouges ou les gens à ne pas bousculer. Lire en marchant, sans jamais faire d’accident, j’en étais plutôt fière.

Jusqu’à Maxime.

Par trois fois, lors de ma lecture, j’ai failli. Un poteau d’arrêt, un cycliste et un piéton qui marchait dans ma direction ont risqué un face à face malheureux avec ma personne, trop captivée par les mots que je dévorais.

Parce que je n’arrivais pas à détacher mes yeux de ce roman aux couleurs vives et attrayantes — le troisième, et dernier, de la trilogie de Beauchesne, qui met de l’avant le personnage attachant de Billie Fay — mes superbes statistiques sont tombées à l’eau.

Dans ce troisième tome, Billie déménage avec sa meilleure amie, poursuit le Cégep, vend des grilled-cheese dans un petit restaurant du Plateau. Elle grandit aussi, du corps et du cœur, alors qu’elle fait de nouvelles rencontres. Elle pense encore parfois aux garçons qui lui ont égratigné le passé, mais elle change, se connaît mieux, s’amourache moins. Avec sa petite expérience de femme, elle apprend à mieux comprendre son cœur et ce pourquoi il s’emballe.

Elle veut écrire, oublier que sa sœur se fracasse le cœur avec le même garçon depuis longtemps, faire comme si ses parents n’avaient pas rencontré de nouvelles personnes, suivi des chemins différents. Elle veut trouver un équilibre entre ce qu’elle devient et ce qu’elle a toujours été. Mais surtout, elle tente de comprendre ce corps de femme qui est le sien, ce cœur de femme aussi.

Maxime, c’est aussi l’histoire d’un grand amour, un vrai. Un amour qu’on espère encore et qui arrive avec un chandail trop grand, un air détaché et des tatouages un peu absurdes. Un amour qui se perd parfois dans les doutes des débuts, qui prend son temps, qui ne gâche pas les choses avec les étapes que l’on saute. Maxime, c’est aussi l’histoire de Billie qui rencontre Maxime et qui ensemble, décident de s’aimer, en faisant fi de tout le reste.

On découvre avec Maxime un amour plus puissant que celui des autres, celui qui vient effacer les premiers heurts de la vie à deux. Celui qui fait rire, faire des folies, celui qui fait briller les yeux, le corps, le cœur et tout le reste. C’est beau d’assister à ces débuts qui prennent toute la place, qui éclairent les regards, qui éclipsent les autres. C’est beau comme l’auteure arrive à mettre en place et en mots cet émoi qui grandit, qui fait se sentir unique et spécial.

Qui donne le goût d’être grand, à deux.

Il ne suffit que de quelques instants pour reconnaître le style de Sarah-Maude Beauchesne qui parle à la tête comme au cœur avec ses détails, ses couleurs, et ses expressions qui remplissent d’odeurs et d’images chaque page que l’on tourne.

Étonnant comme la plume de l’auteure est à la fois intime et inclusive. On a l’impression de plonger au cœur des tourments de Billie, de ses soubresauts, de ses jeunes émotions, tout en visitant les nôtres. Comme ils sont bien expliqués et exprimés, ces regrets, ces émois, ces petites douleurs qui viennent parfois abîmer le cœur. Comme on ressent les doutes, les essais, les espoirs dans les mots de Maxime.

Et comme ils sont honnêtes, surtout, les écrits de Sarah-Maude Beauchesne.

Rarement j’ai eu la chance de lire un ouvrage aussi vrai sur le passage de l’adolescence au monde adulte. Maxime ne met pas de l’avant une histoire qui sonne faux ou qui manque de réalisme. Au contraire, ce roman parle avec justesse de ces moments, sans mentir, sans faire croire aux rêves insensés. Il donne le ton de ce que peut être la vie de jeune adulte.

Maxime, c’est pour moi le meilleur des trois. Le plus fini, le plus émouvant aussi, celui qui vient clore d’une belle et grande façon la vie que nous avons eu la chance de partager avec Billie.

 

Le Fil rouge remercie les éditions Hurtubise pour le service de presse.

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Si j’avais un perroquet je l’appellerais Jean-Guy (parce que Coco c’est déjà pris)

Je n’ai pu utiliser un autre titre que celui du roman pour cet article : il est trop bon! C’est bien ce titre accrocheur qui m’a attirée vers ce roman. Je me suis dit que ça devait être le livre d’une auteure avec l’esprit un peu fou, et cette perspective m’a aussitôt séduite.

À tous les chats qui s’appellent Luc

Dès la première page, la dédicace donne le ton du roman.

Résumé

Catherine, enseignante de français et célibataire, nous fait part de son quotidien pour le moins rocambolesque.

Jean-Philippe 514 555-2062

Appelle quand tu veux.

Un jour, elle a l’audace de répondre à la proposition écrite sur un petit papier trouvé dans un roman de Françoise Sagan qu’elle a emprunté à la bibliothèque. Sans occuper toute la place dans son histoire, ce mystérieux Jean-Philippe contribuera à apporter un vent de changement dans sa vie.

Quelqu’un l’a écrit, c’est à la deuxième personne du singulier de l’impératif présent, je tombe dessus : je me sens concernée.

Un ton humoristique

Le personnage de Catherine n’est pas caricatural; elle a une forte personnalité qui la rend attachante. Ses réflexions et ses histoires sont farfelues, mais très « vraies ».

L’auteure, Blandine Chabot, a un style d’écriture bien à elle, usant de répétitions et de plusieurs reformulations des idées de son personnage, ce qui crée souvent un effet comique. Elle réussit à rendre l’histoire de Catherine très drôle. Pas seulement dans ses péripéties de vie, qui peuvent sembler invraisemblables, mais surtout dans la personnalité du personnage principal. Catherine a un humour très prononcé, mais le lecteur saura voir ses failles et la tristesse qu’elle porte, entre deux rigolades. La narratrice (Catherine) fait des clins d’œil aux lecteurs. Elle nous parle parfois directement, ce qui crée un sentiment de proximité avec elle, comme avec une amie. Le roman est composé de courts chapitres qui donnent toujours envie d’en lire un de plus, et un autre encore.

Fraîcheur et divertissement

Si l’histoire semble partir dans tous les sens, il s’agit bien ici d’une qualité. J’ai suivi avec intérêt les péripéties de vie du personnage principal et de ses proches, que celles-ci soient de véritables drames ou des anecdotes comiques de la vie quotidienne.

– Et tu y es allée avec du vernis sur seulement un pouce? C’est la nouvelle mode?

– Ah! Non, non, ça c’est parce que tout à l’heure je me suis fait un smoothie aux légumes et je voulais mettre une photo de ma main qui tient le verre sur Instagram.

Je ne suis pas certaine que ce soit de la chick lit, mais si c’est le cas, c’est bien la plus jolie couverture que j’ai vu pour le genre. La lecture de ce roman m’a fait un immense bien; je ne me suis pas pris la tête, je me suis laissée porter par son dynamisme, j’ai souri souvent et j’ai même ri franchement. Cette lecture si divertissante m’a amenée à me poser une question : pourquoi ne lis-je pas davantage de romans drôles?

Et vous, quel est le dernier roman québécois qui vous a fait rire?

Le fil rouge remercie les Éditions au Carré pour le service de presse.

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Deux lignes, un coït et ainsi de suite

Écrit par Anne Archet, une anonyme anarchiste écrivant sous un pseudonyme, Amants se trouve à être un joli livre rose et grand comme ma main, de 202 pages, imagé par moment par la talentueuse Mathilde Corbeil (googlez-la!). Il est paru en avril 2017, sous les Éditions du remue-ménage. Sous la couverture se révèlent beaucoup de souvenirs coquins de coïts. Sept cent quarante et un ébats pour être exacte. Faites le calcul vite vite, pour que ce nombre de coïts puisse entrer dans 202 pages, on comprend que la quantité l’emporte sur les détails des expériences en soi. Sans toutefois que l’auteure ait lésiné sur la qualité d’écriture. En fait, c’est sérieusement tout un exercice de style que renferme ce livre. Amants nous propose une lecture simple et efficace : deux lignes : un coït. Répétez. Et c’est ainsi pour la quasi-totalité du livre. On passe de Uldéric à Amaury et par Télesmond (mention spéciale au choix des prénoms de ses amants!). On a droit à un défilé d’une ligne, un punch, carrément.

Ce livre s’adresse vraiment aux adultes, mais ne vous trompez pas, il n’émoustille pas, il fait plutôt écarquiller les yeux, sourire et même rire. Autant par l’utilisation des prénoms empruntés à une époque révolue que par les propos trop gras pour goûter le miel.

À vous de voir (cachez les yeux trop chastes, quoiqu’ici ne sont pas les plus grivois) :

Usiris m’a accompagnée à la noce et a fait le bouffon avec ma tante;

Je l’ai entraîné aux toilettes des dames et il a léché le bouton de ma fente.

– ou —

Célestin a tenté de me séduire en me slammant des vers qu’il avait composés;

Quand il a fait rimer « noune » avec « bisoune », je lui ai donné son congé.

– ou —

Uthman avait une coupe Longueuil et faisait jouer du U2 chaque fois qu’on baisait;

Moi, je fredonnais I still haven’t found what I’m looking for quand il se rebraguettait.

– ou —

Tony me faisait fondre avec sa gueule de fauve et sa grosse queue orange;

Pourquoi le gestionnaire de communauté de Kellogg’s m’a-t-il bloquée sur Twitter?

 

Voyez-vous le genre d’approche un peu?

Amants, c’est divertissant et fera plaisir à vos ami.e.s pour qui la lubricité attire. Le genre de livre léger qu’on lit à coup de deux, trois pages avant de dormir. Et pourquoi pas à deux, à voix haute, ça peut être plaisant. On y trouve des tournures de phrases habiles et étonnantes, sur un sujet toujours fascinant à lire, on va se le dire. Dans ces pages, on y trouve des perles écrites et elles en valent assurément la lecture.

Aussi d’Anne Archet, paru en 2014 sous les Éditions du remue-ménage, Le carnet écarlate : Fragments érotiques lesbiens.

Aimez-vous vous plonger parfois dans ce genre de littérature égrillarde?

Le bruit des vagues

Je l’avoue, je suis éprise des histoires d’amour. Elles me fascinent par leur complexité, mais aussi par leur temporalité. Qu’elles soient destructrices ou émancipatrices, ces histoires occupent la plupart de nos pensées et nous font évoluer en tant qu’êtres humains, à une vitesse incroyable. Ces histoires nous brisent, nous forgent et nous rendent plus fort.

Les épopées amoureuses sont omniprésentes dans la littérature. De Musset à Anna Gavalda, elles ont façonné les classiques d’hier et ceux d’aujourd’hui. Si les récits romanesques peuvent sembler, à bien des égards, porteurs de légèreté et d’insouciance, il n’en demeure pas moins que certains personnages trouvent en l’amour une manière de déjouer les préjugés et de dénoncer la société dans laquelle ils évoluent.

C’est le cas précis de l’auteur anglais Ian McEwan. Ses œuvres s’articulant autour de l’amour, de la dérision et du mensonge, on est happé par ses romans psychologiques et sa plume unique. D’Amsterdam à Expiation, on lui doit une quinzaine de romans et plus de 15 millions de livres vendus à travers le monde. Parmi les œuvres que j’ai pu explorer, une a particulièrement retenu mon attention en raison de son format atypique. Sur la plage de Chesil est un ouvrage brillant qui s’articule autour de l’amour et de ses conventions, du désir et de l’abandon, mais aborde aussi les difficultés qui viennent avec l’héritage et la fidélité. Adapté en film et présenté en première mondiale au TIFF (Toronto International Film Festival) cette année et mettant en vedette Saoirse Ronan, Sur la plage de Chesil est un roman qui risque d’en émouvoir plus d’un.

Il s’agit du récit de Florence et Edward, qui, à l’été 1962, décident d’unir leurs vies à tout jamais. Jeunes, instruits, tous les deux vierges, ils évoluent au sein de la société anglaise. Elle vient d’une famille bourgeoise et est une violoniste exceptionnelle aux aspirations grandioses pour sa carrière. Lui vient d’une famille modeste, brisé par la maladie et la pauvreté. Il rêve d’histoire, de musique rock et d’un avenir brillant pour lui et sa jeune femme. Dans une société encore épargnée par la révolution sexuelle, les deux jeunes amoureux se retrouvent dans une vieille auberge du Dorset pendant leur nuit de noces avant de consumer leur union. 
Mais la pudeur, la peur et les mensonges viendront vite transformer cette première nuit où rien ne se déroulera comme prévu, laissant plutôt place à un affrontement entre le désir et le devoir.

Empreint d’une magnifique poésie, Sur la plage de Chesil nous berce comme une mélodie. Les lieux, la musique et le torrent qui sont décrits nous soufflent aux oreilles comme le bruit de la mer. Rien n’est plus apaisant et déconcertant à la fois.

Destins incertains

D’emblée, il faut l’admettre, la plume de Ian McEwan est unique et complètement surprenante. Marquée par la nostalgie, son œuvre explore à plusieurs reprises les regrets et les différentes manières de voir un événement. Et c’est d’ailleurs ce qui caractérise le roman. Alternant les points de vue des deux personnages, leur laissant énormément d’espace pour exprimer leurs désirs, leur soif d’avenir et leurs différences, on est happé par ce vent de fraîcheur, par ces deux jeunes gens si brillants à qui l’avenir appartient, et qui pourtant, n’arrivent pas à s’entendre sur ce que la vie est, ou plutôt ce qu’elle devrait être. 

Portés par deux personnages forts, hésitants entre l’avant-gardisme et le passé, on assiste à un combat de coqs entre deux visions complètement opposées de l’amour.

Edward, quant à lui, est un personnage plus romantique qui attend beaucoup de l’avenir. Les enfants, la femme et le travail représentent un désir profond de s’évader de la vie qu’il a connue étant plus petit. Prêt à maints sacrifices pour celle qu’il aime, il est impatient à l’idée de perdre sa virginité avec Florence. C’est un homme amoureux, habité par le désir et fasciné par la suite du monde. Quant à Florence, elle est plus conventionnelle, rêvant d’un amour sans désir, sans devoir. Le personnage de Florence ne trouve aucune satisfaction dans l’amour, et encore moins dans le sexe. Cet acte la répugne au point d’accepter sa condition de vierge et de vouloir la maintenir pour le reste de sa vie. Elle blague sur le fait qu’elle préférait évoluer dans les années 1800, mais on finit par y croire tellement sa pudeur la caractérise. C’est une femme forte et élégante, qui rêve de devenir une des plus grandes violonistes au monde.

Et malgré leurs tempéraments et aspirations différents, ils s’aiment d’un amour profond. Ayant énormément de respect et d’affection l’un pour l’autre, ils s’apprécient sincèrement. C’est le manque de communication et de compréhension mutuelle qui les pousse à se haïr le temps d’une promenade sur la plage. Leurs besoins différents les déchireront à un point tel qu’ils se retrancheront sur eux-mêmes, préférant la solitude aux beaux jours heureux. 

La dernière scène sur la plage est d’une grande beauté. Difficile à lire certes, car on assiste à l’embrasement des deux figures du livre, mais aussi à leur émancipation, où chacun laisse tomber les masques. Pris dans une société qui se questionne elle-même sur ses valeurs, on sent que les deux amoureux ne savent plus ce qui est juste et ce qu’il faut faire pour se tenir droit.

 

Malgré ses 150 pages, on est plongé dans un tourbillon d’émotions où la nature occupe une importante place. C’est un livre doux, qui malgré sa violence et son déchirement, nous fascine et nous émeut. C’est une œuvre qui se questionne sur la nécessité d’être sincère, sur le devoir amoureux et sur la société qui nous définit. Devons-nous lui être redevant, ou au contraire, accepter de vivre sans gêne et ne plus respecter les idéaux de celle-ci? 

Sur la plage de Chesil est un huit clos prenant et cruel mettant en scène deux personnages prisonniers de leur société. C’est une œuvre magnifique qui dégage une force incomparable. C’est un récit d’amour à bien des égards, mais c’est avant tout l’histoire des destins brisés de deux jeunes personnages brûlés par l’espoir. Un roman qui nous berce, nous émerveille et nous rappelle ce chaos que peut être l’amour lorsqu’il est incompris. Ian McEwan nous prouve que quelques mots, quelques gestes suffisent à changer le cours d’une vie.

J’ai lu et relu Sur la plage de Chesil à plusieurs reprises. Encore aujourd’hui, cette œuvre demeure l’une des plus importantes et des plus marquantes de ma bibliothèque. Les histoires d’amour me fascinent, certes, mais ce ne sont pas toujours des contes de fées. Ces histoires qui nous sortent de notre zone de confort, qui nous prouvent que l’amour, qu’il soit bon ou mauvais, nous permet d’apporter une perspective différente à notre vie. Ce sont ses histoires qui nous permettent de nous arrêter, de nous questionner pour ensuite mieux aller de l’avant. 

Comme quoi, il n’y a pas de bonne façon de s’aimer ou de se déchirer. Il y a simplement ce qui est vrai et juste pour soi.

Et vous, quels sont vos romans d’amour préférés?