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« Ce sont des choses qui ne se font pas » Sauf pour Emma!

Je suis une grande amoureuse de l’œuvre de Sophie Bienvenu, je vous en ai déjà parlé ici, ici et ici. Alors lorsque j’ai su qu’elle publiait un premier livre pour les jeunes, j’ai d’emblée voulu le découvrir. Or, en sachant que ce roman jeunesse parlait de stéréotypes de genre, qu’il abordait les questions du féminisme, de la liberté et de l’affirmation de soi, je ne pouvais pas être plus heureuse! Je plaide pour des œuvres jeunesse inclusives, non-moralisatrices et féministes.

Illustré par la Montréalaise Camille Pomerlo, La princesse qui voulait devenir générale est un roman jeunesse qui brise les stéréotypes attachés aux genres. Emma rêve d’être générale, tandis que son frère rêve d’être une reine. Leur père, le Roi Philippe, les empêchera d’être ceux qu’ils rêvent d’être, parce que « ce sont des choses qui ne se font pas ». Cette phrase sera au centre de tout ce que son père dira et croira. Heureusement, Emma croit en ses rêves et en sa volonté d’être ce qu’elle veut vraiment être. Elle quittera donc le royaume sans prévenir personne dans l’espoir de partir en guerre. Elle essaiera de trouver des peuples qui voudront bien se mettre en guerre contre elle, mais cette quête sera plus ardue qu’elle ne le pensait.

J’ai beaucoup aimé le fait qu’au cours du récit, le narrateur nous demande notre avis sur le déroulement du récit :

« Comment aurais-tu fait, toi, pour chasser l’ours ? »

J’ai le sentiment que ces passages pourront mener à de grandes discussions, que ce soit l’enseignant-e avec ses élèves, les parents avec leurs enfants ou bien tout simplement le lecteur-trice seul-e qui se mettra à rêver des nombreuses possibilités du récit. C’est le genre d’ajout qui prône l’imagination des lecteurs-trices et qui ajoute du dynamisme à la lecture.

Le roman est vraiment écrit comme un conte universel avec les rôles préétablis des contes classiques : le roi, la princesse, le royaume, etc. L’histoire est aussi écrite en respectant un peu les codes des contes, mais toujours en la rendant moderne et actuelle. Par exemple, le roman débute ainsi :

« L’histoire se passe il y a très longtemps, bien avant la naissance de l’arrière-arrière-grand-mère de ton arrière-arrière-grand-mère. Tellement longtemps que les voitures n’existaient pas (les gens se déplaçaient à cheval et en carrosse), tellement longtemps qu’on écoutait de la musique sur des objets appelés « disques » et que la télévision était en noir et blanc » 

Choisir son destin 

Il s’agit d’un des romans jeunesses les plus féministes et inclusifs que j’ai lu en littérature québécoise. Le personnage d’Emma m’a particulièrement plu ; j’ai aimé sa détermination, son désir de réaliser ses rêves et de le faire selon ses propres principes et non ceux de son père. Une princesse qui désire devenir générale, pourquoi pas? Le petit frère de Emma, Gigi, de son côté, rêve de devenir une reine et grâce à sa soeur, il le deviendra.

Gigi tombera sous le charme de Simon et voudra devenir une fille pour être une reine et ensuite se marier, mais son père refusera. Or, Emma et sa bande réussiront, ensemble, à se battre et faire changer les choses « qui ne se font pas ».

« -Notre père, Phillipe le Cent-dix-huitième, nous a chassés du château et du royaume. Il refuse que je sois une fille et que nous nous marions, parce que sont des choses qui ne se font pas. Oh! Emma, qu’allons-nous faire ? »

Bref, je conseille ce livre à tous les enseignantes-e qui ont envie de créer des discussions avec les élèves concernant les «choses qui ne se font pas ». Parler de ses rêves, de l’identité de genre, des stéréotypes et des obligations sociales avec les jeunes est un gage d’ouverture face à ces sujets. J’admire et encourage ces œuvres jeunesse féministes, ça fait du bien à lire… Et ça donne envie de voir plus souvent des éditeurs jeunesse se positionner avec des textes ouvertement féministes.

Avez-vous des suggestions de romans jeunesse inclusifs et féministes à me conseiller?


Le Fil Rouge tient à remercier les Éditions de la Bagnole pour le service de presse.

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Le Cercle, du roman au grand écran

Le roman Le Cercle de l’auteur canadien Dave Eggers a été publié pour la première fois en 2013, avant d’être adapté du cinéma en 2017 par James Ponsoldt. Il est question de vie privée, de transparence, de partage, de mensonges, et aussi de ce que devrait être une communauté parfaite. En se basant sur le mode de fonctionnement des grandes compagnies telles que Google, la fiction se mêle doucement à la réalité.

L’histoire de Mae commence par la réalisation d’un de ses rêves, au moment où son amie Annie lui décroche un poste au sein de la compagnie Le Cercle, qui est la meilleure entreprise du monde. Le Cercle a révolutionné le domaine informatique en mettant sur pied TrueYou, le réseau social ultime sur lequel il est impossible de se cacher derrière une fausse identité. En étant relié aux numéros de carte de crédit, au numéro d’assurance sociale et aux autres informations personnelles, l’identité virtuelle de chacun est maintenant impossible à falsifier, dédoubler ou même voler.

D’abord employée au service à la clientèle, Mae découvre rapidement que le Cercle est plus qu’un simple boulot. Après une mésaventure, elle sera remarquée par les fondateurs du Cercle et deviendra la première personne à devenir entièrement transparente, c’est-à-dire porteuse d’une caméra haute-définition en tout temps, exposant ainsi au monde entier la moindre de ses actions en temps réel.

Les secrets sont des mensonges, la vie privée est un vol, partager est prendre soin

Tout d’abord, le roman comporte certaines longueurs qui ont parfois ralenti le rythme de ma lecture. En détaillant avec précision les chiffres et les termes techniques des interactions tant virtuelles que réelles de Mae avec son entourage, l’information cruciale se perd parfois dans l’océan de données, et il m’est arrivé de lire en diagonale. J’ai également trouvé que certains justificatifs utilisés par les fondateurs du Cercle étaient un peu tirés par les cheveux, rendant parfois l’histoire quelque peu irréaliste. Sous prétexte d’enrayer le crime et les abus des forces policières, le Cercle place des centaines de caméras indétectables partout dans le monde. La reconnaissance faciale, connectée à TrueYou, permet ainsi de savoir où chacun se trouve en temps réel. Explication plutôt simpliste, selon moi, pour justifier la violation de plusieurs lois internationales concernant, entre autres, la vie privée. Il ne faut toutefois pas ignorer le fait que le sujet est extrêmement contemporain; il n’est pas complètement impossible qu’on atteigne un tel point…

J’ai malgré tout bien aimé ma lecture. L’auteur soulève plusieurs questions qu’il vaut la peine de se poser dans une société qui tend vers l’omniprésence de la technologie. Ce roman a souvent été comparé à 1984 de George Orwell, mais je ne crois pas que les deux œuvres soient comparables. Pour moi, Le Cercle reste un bon divertissement, mais il ne révolutionne pas le genre dystopique.

Et au grand écran?

Emma Watson, Karen Gillan, Tom Hanks et John Boyega font partie de la distribution du film. Des grands noms qui sont à la base de mon intérêt pour le film, car je l’avoue, Le Cercle n’est pas un film de science-fiction très novateur.

Plusieurs détails du roman ont été abandonnés dans la transition au grand écran. Par exemple, les deux intérêts amoureux de Mae sont totalement ignorés, pour ne garder que sa relation houleuse avec son ex petit-ami. Cela allège sans doute l’histoire principale, mais les liens qu’elle crée avec les membres du Cercle semblent légèrement forcés, voire invraisemblables. Il est difficile de comprendre toute l’ampleur et l’influence du Cercle sans comprendre les relations que Mae forme avec les autres.

Le physique des personnages est également grandement modifié. Dans le roman, Mae a les cheveux noirs et ressemble un peu plus à Krysten Ritter, selon moi. Et Kalden (Ty dans la version anglophone) est décrit dans le roman comme étant d’origine russe, avec la peau pâle et les cheveux blonds, alors qu’il est interprété par John Boyega. Ce sont des détails qui peuvent sembler plutôt sans importance, mais pour ceux et celles qui aiment les adaptations exactes, c’est plutôt difficile à ignorer.

Pour conclure, j’ai bien apprécié ma lecture et j’ai été légèrement déçue de son adaptation. Cette œuvre plaira sans doute aux amateurs de dystopies et de science-fiction!

Et vous, quel film adapté d’un livre avez-vous vu récemment?

Merci à Ariane pour la photo!

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Gabrielle Roy, au-delà de Bonheur d’occasion

Plusieurs d’entre nous avons lu Bonheur d’occasion, le roman le plus connu de Gabrielle Roy. Toutefois, j’ai l’impression que, contrairement aux générations qui précèdent la mienne, les personnes de ma génération connaissent moins le reste de l’œuvre de cette grande écrivaine. Du moins, c’était mon cas et c’est pour remédier à ce constat que je m’étais procurée dans une librairie usagée le dernier ouvrage de Gabrielle Roy, son autobiographie inachevée, La détresse et l’enchantement. 

J’ai profité de mes vacances pour me plonger dans ce livre, et de retour au pays, je n’ai qu’une seule envie, lire le reste de l’œuvre de Gabrielle Roy, car en plus d’avoir adoré sa plume, j’ai trouvé le parcours de cette femme accomplie particulièrement remarquable. En lisant ce livre où l’auteure franco-manitobaine revient sur sa jeunesse et ses années de jeune adulte, j’ai senti qu’il m’était inévitable de parcourir son œuvre maintenant que j’avais eu accès aux personnes, aux événements et aux lieux qui l’avaient inspirée.

La Petite Poule d’Eau

Pour commencer mon incursion dans l’œuvre de Gabrielle Roy, j’ai arrêté mon choix sur son deuxième roman, La Petite Poule d’Eau. Ce livre est paru en 1950, trois ans après le grand succès de Bonheur d’occasion. Je l’ai choisi car dans La détresse et l’enchantement, Gabrielle Roy revient souvent sur celui-ci. Alors qu’elle relate son périple estival dans une région éloignée du Manitoba en tant qu’institutrice, elle explique que cette expérience fut la source de son inspiration pour l’écriture de La Petite Poule d’Eau. En effet, à l’été 1937, alors qu’elle prépare un long séjour en sol européen, l’écrivaine accepte un dernier contrat d’enseignement afin d’économiser en prévision de son voyage et elle se rend dans la région de la Petite Poule d’Eau, région plus difficile d’accès le reste de l’année.

La Petite Poule d’Eau est un roman qui comporte deux parties, dans lequel Gabrielle Roy raconte la vie des habitants de la région des lacs du Manitoba.

La première partie raconte le quotidien de la famille Tousignant et plus particulièrement de Luzina, la mère de cette famille nombreuse vivant sur une île de la rivière de la Petite Poule d’Eau. En dépit du fait qu’ils vivent dans une région reculée, Luzina souhaite que ses enfants puissent avoir accès à une éducation scolaire. Elle entreprend donc des démarches auprès du gouvernement manitobain pour qu’une école soit établie sur son île. Nous assistons donc aux péripéties et chamboulements reliés à l’instauration de cette école.

La seconde section raconte le quotidien du père Joseph-Marie. Dans cette partie, nous retrouvons les personnages de la première partie à partir de la perspective de ce personnage. Nous retrouvons surtout la famille Tousignant chez qui le capucin se rend une fois par année pour officier une messe et bien sûr écouter les confessions de tous.

Sachant le contexte ayant mené Gabrielle Roy à écrire sur cette région, ce roman m’a beaucoup plus. En raison de la géographie de la région de la Petite Poule d’Eau, la réalité dépeinte par Gabrielle Roy est assez singulière, et ce, encore plus pour des lecteurs de notre époque. Les aléas, les joies et les dilemmes qui accompagnent cette réalité sont bien racontés par l’auteure et les personnages, les situations ainsi que les paysages qu’elle met en scène sont décrits avec une finesse touchante et parfois avec une pointe d’humour.

Si vous êtes à la recherche d’une lecture réconfortante qui met l’humanité et la bonté davantage en lumière que la noirceur et la désobligeance, vous saurez apprécier La Petite Poule d’Eau.

Et vous, quels romans de Gabrielle Roy avez-vous lus?

*Fait intéressant pour ceux qui aiment que les différentes formes d’art se combinent: Le peintre Jean-Paul Lemieux a réalisé une sérigraphie inspiré du livre La Petite Poule d’Eau. La page couverture du roman édité par Boréal, dont une photographie se trouve au début de cet article, est une image d’une lithographie de Lemieux intitulée L’arrivée de Mademoiselle.

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L’unE pour l’autrE : ensemble, envers et contre tous

Il y a quelques mois, nous avions reçu, en service de presse, un roman graphique bien intrigant. D’un trait foncé, gras, au plomb, l’œuvre de l’auteure et illustratrice Hilding Sandgren m’avait alors transportée dans l’univers de trois pré-adolescentes aux sens éveillés qui ne savaient pas encore faire la différence entre jeux d’enfants, caresses non-désirées et limites. C’était fort et doux à la fois, violent et touchant. J’ai donc été agréablement surprise lorsque nous avons reçu la suite de Ce qui se passe dans la forêt, L’unE pour l’autrE.

Dans cette suite, on retrouve les trois mêmes personnages, quelques années plus tard. Aïda, Marlène et Tess ont 16 ans et font l’expérience de la vie, ensemble ou chacune de leur côté. Encore plus que dans le premier tome, c’est l’amitié qui a le rôle principal.

Une continuation 

J’avais quelques réticences, sachant que la mauvaise traduction très franchouillarde m’avait déplu auparavant. Ce fût aussi le cas dans l’unE pour l’autrE. C’est destiné à un public très européen et ça parait. Mais bon, une fois qu’on s’y attend, on est un peu moins déçu et même un peu amusé par la grossièreté de certaines expressions.

On retrouve bien entendu le style bien à elle de Hilding Sandgren. Du plomb gras, du noir et blanc, des traits fous, de l’ombre plus que de la lumière, des visages expressifs et une grande attention aux petits détails. C’est très brut et pourtant, très travaillé. Ça m’a fait un peu penser à certains traits utilisés par Mélodie Vachon Boucher dans La chamade. C’est à la fois calculé et libre.

Dans le cas de L’unE pour l’autrE, on reste tout de même dans une formule plus classique de cases qui fonctionne bien puisque chacun des chapitres est un fragment. On ne connaît pas trop la temporalité exacte. On sait que le temps file et qu’il s’arrête lors de certains évènements, mais nous n’avons accès qu’à certains moments qui semblent parfois banals ou qui touchent directement à l’événement majeur du roman graphique ; le viol.

De plus grandes violences

Les trois adolescentes de 16 ans grandissent bien vite et font l’expérience de situations qu’on ne souhaite à personne; l’agression, le viol.  En plus des problèmes familiaux, de violence conjugale et de la découverte de certains sentiments confus, entre elles, c’est surtout autour du viol que se construit la seconde partie de l’histoire.

Du refus qui ne se fait pas entendre, aux questionnements, à la dénonciation. C’est très vrai et les émotions y sont si bien mises en images. Marlène se questionne à savoir si c’est vraiment un viol  » mais il est quand même..sympa » dit-elle. C’est aussi dans l’internalisation de certains comportements, comme cette question à savoir si elle doit dénoncer l’agresseur qui lui demande de se mettre à sa place,  que se trouve une grande violence. En la mettant de l’avant, Hilding Sandgren ouvre la porte bien grande aux discussions et à la réflexion sur nos propres comportements, réflexes et questionnements.

À travers tout ça, on retrouve donc aussi le début de sentiments amoureux confus, de grands désirs d’indépendance,  de  « l’importance des liens d’amitié indéfectibles entre ces trois jeunes femmes » et ça, on le ressent tout au long du roman graphique. Les trois amies sont là l’une pour l’autre, comme le titre le veut, et ce, peu importe les épreuves. Elles se tiennent debout, ensemble, envers et contre tous.

La fin, très symbolique et émancipatrice démontre bien l’importance de ces liens, tout comme le désir de se choisir, soi, malgré tout. L’unE pour l’autrE est un roman graphique qui, encore plus que le premier tome, raconte l’adolescence de manière vraie, crue et sans artifices.

Quels sont vos recommandations de roman ou roman graphique qui traite de l’adolescence de manière sobre et vraie ? 

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La romance moderne, selon Aziz Ansari

Il est difficile de ne pas aimer Aziz Ansari; avec plusieurs spectacles humoristiques à son actif, un rôle dans Parks and Recreation et le succès des deux saisons de sa série Master of None sur Netflix, le monde entier semble unanime dans son appréciation collective d’Aziz.

Et je n’y échappe pas!

Lorsque je me suis plongée dans son livre Modern Romance, je m’attendais simplement à retrouver plusieurs éléments récurrents abordés préalablement dans ses one man shows : le monde difficile du dating à l’ère de la modernité, les difficultés engendrées par l’omniprésence de la technologie, les réticences éprouvées par les gens face à l’engagement, etc. Je ne pensais aucunement avoir affaire à des éléments de recherche aussi étoffés, à des graphiques, à des statistiques et à un historique méticuleux. Le tout est écrit avec brio, avec l’équilibre parfait entre l’humour déjanté du comédien et les résultats des recherches de plusieurs experts. J’ai donc été agréablement surprise.


Aziz Ansari a su dresser, avec l’aide du sociologue Eric Klinenberg, un portrait juste et précis de la romance moderne et ce, sans sombrer dans les préjugés ou les clichés. Même si de nombreuses comparaisons sont listées entre la génération des milléniaux et celle, par exemple, de leurs parents, le tout est dénué de jugement ou de parti pris. Il dresse l’évolution des rendez-vous galants (et du chemin parsemé d’embûches qui y mène) depuis le temps où, plusieurs décennies plus tôt, les gens rencontraient la plupart du temps leur flamme dans leur quartier et devaient avoir l’accord de leurs parents pour se fréquenter.

Les temps ont bien changé, et, maintenant, rien ne nous empêche de nous lier d’affection avec des gens de régions plus éloignées, en quelques clics… pour le meilleur et pour le pire. L’auteur sait très bien décrire l’angoisse que l’on peut ressentir dans diverses situations qui ne pouvaient simplement pas exister il y a de cela quelques années : le ghosting, le FOMO engendré par les applications de rencontres en ligne, le sexting…tout y passe!

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Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que l’auteur soit sorti des grandes métropoles pour aller sonder les banlieues et les villes éloignées afin de dresser un portrait équitable des difficultés rencontrées par les célibataires. De Wichita à Tokyo, en passant par New York et Buenos Aires, on se rend vite compte que même avec des obstacles bien différents d’un pays à l’autre ou d’une ville rurale à une grande métropole, tout le monde est à peu de choses près dans le même bateau. Nous nous marions de plus en plus vieux, nous engageons de moins en moins dans des relations stables et nous avons des ordres de priorités qui diffèrent grandement de ceux de nos parents.

Il est également intéressant de voir que le portrait de la situation n’est ni noir ni blanc dans ce bouquin de science sociale à saveur humoristique. On peut rapidement constater que même si trouver l’amour est toujours auss
i ardu, il reste de l’espoir! Et Aziz ne lésine pas sur les conseils, comme le prouve un extrait du chapitre judicieusement nommé « Our boring-ass date s» :

How do we go about analyzing our options? On dates. And most of the time, boring-ass dates. You have coffee, drinks, a meal, go see a movie. We’re all trying to find someone who excites us, someone who makes us feel like we’ve truly made a connection. Can anyone reach that high bar on the typical, boring dates we all go on?

S’ensuivent des suggestions de rendez-vous galants atypiques et intéressants, ponctuées de blagues qui m’ont fait rire à gorge déployée.

Depuis ma lecture, je suggère ce livre à tous mes amis (célibataires ou non), car, personnellement, je me suis immédiatement sentie moins seule avec mes dilemmes amoureux et mon amour-haine des nouvelles technologies… et surtout, je suis tombée follement amoureuse d’Aziz Ansari.

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La mémoire du temps, une enquête brillante et hors du commun

Virginie Constantineau, écrivaine à l’existence tranquille, voit sa vie chamboulée lorsque, au terme d’une rencontre avec un vieil ami bouquiniste, elle se retrouve en possession d’un très vieux texte dont l’aura de mystère semble attirer les indésirables… et semer la mort. Intriguée, la romancière s’extirpe de ses Cantons-de-l’Est chéris pour se lancer sur les traces de Nicolas Gustave, un ancien professeur d’histoire du christianisme qui semble lié au passé du fameux manuscrit. Au même moment, à Ottawa, le gouvernement ultra-conservateur qui est en place tente de faire adopter une loi visant à criminaliser l’avortement au Canada…

En quoi ces trois trames bien distinctes sont-elles reliées? Voilà ce que Mylène Gilbert-Dumas nous propose de découvrir avec son roman La mémoire du temps, un ambitieux projet que j’ai pris plaisir à dévorer en quelques jours à peine. Ayant plus d’une quinzaine de romans de genres divers à son actif, l’auteure s’est attaquée cette fois-ci à l’écriture d’un thriller politico-religieux. Elle a, à mon sens, relevé le défi avec brio en produisant un suspense enlevant, différent et fort intelligent, qu’il conviendrait de relire plusieurs fois pour en saisir toutes les nuances! L’auteure, fidèle à son habitude, a su me happer dans son univers crédible et bien campé, me transporter avec sa plume efficace et me rendre sympathique des personnages qui ne devraient pas nécessairement l’être (ce qui, ma foi, constitue parfois tout un exploit!).

J’ai rencontré Mylène Gilbert-Dumas à son « deuxième bureau », Le Tassé café de quartier (à Sherbrooke), pour discuter de son œuvre. J’ai donc réuni pour vous quelques fait intéressants concernant La mémoire du temps et son auteure.

  1. Bien que le roman ait été publié en mai dernier, l’idée initiale derrière le projet date de 2006 (il y a déjà 11 ans!). Le point de départ de l’auteure a été de visualiser, lors d’un événement plutôt formel auquel elle participait, deux personnages qui détonnaient dans le décor (qui s’avéreront devenir, peu après, Virginie et le bouquiniste Régis). Elle a par la suite retrouvé un livre sur le gnosticisme dans sa bibliothèque (un ouvrage de Jean Doresse) et a décidé d’en faire le point central de son intrigue, qu’elle a bâtie au fil de ses recherches sur le sujet.
  2. Elle a consacré deux années entières à ce roman (elle est romancière à temps plein): un an de recherches approfondies, et un an d’écriture. Elle s’est énormément renseignée sur les gnostiques et leur doctrine, afin d’être bien solide pour aborder le sujet, et pour trouver comment bien le vulgariser. La rigueur de son travail et de ses recherches est impressionnante!
  3. Anecdote cocasse à ce propos: elle a dû commander certains livres rares pour ses recherches, dont deux études traitant de l’Égypte, obtenues chez le même bouquiniste en Roumanie. Le libraire était tellement persuadé qu’elle était une vraie mordue du sujet qu’il s’est entêté à lui réécrire pour lui proposer toutes sortes d’ouvrages reliés à l’Égypte… mais qui n’avaient rien à voir avec les véritables motifs de ses recherches!
  4. L’histoire est constituée de trois trames parallèles, présentées en alternance. Mis à part les quelques premiers chapitres, chaque trame a été rédigée de manière indépendante, et tous les chapitres ont par la suite été insérés les uns à la suite des autres pour former le roman tel qu’il est. Le « premier jet » mis dans l’ordre était ahurissant: les chapitres se répondaient entre eux, poursuivaient ce qui avait été proposé dans les précédents (reliés à d’autres trames), venaient renforcer une idée qui commençait à être exploitée… Un résultat presque surréaliste! Peu d’ajustements ont été nécessaires à ce niveau.
  5. Le roman possède une fin non conventionnelle, qui surprend car on ne s’attend peut-être pas à ce genre de résolution. Néanmoins, la conclusion et le commencement sont parfaitement en symbiose, et quand on s’y attarde, on réalise qu’au fond, « tout est dans tout ».

Mylène Gilbert-Dumas est en préparation de son prochain roman, et a déjà entamé ses recherches préliminaires. On peut supposer qu’elle y mettra encore au moins deux bonnes années! Peu importe la date de sortie de sa prochaine œuvre, je serai à coup sûr au rendez-vous.

Et vous, aviez-vous la moindre idée de tout le temps et le travail nécessaires pour obtenir un roman à caractère historique de qualité?

Le fil rouge voudrait remercier VLB éditeur pour le service de presse!

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La mémoire du temps, Mylène Gilbert-Dumas

VLB éditeur

544 pages

ISBN : 9782896497294

375e Montréal Le fil rouge Le fil rouge lit bibliothérapie littérature lecture livres les livres qui font du bien Plateau-Mont-Royal La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette Marchand de feuilles Le plongeur Le quartanier Stéphane Larue Nelly Arcan À coeur ouvert Seuil Chloée Savoie-Bernard Des femmes savantes Tryptique Testament Vickie Gendreau

Que reste-t-il du Plateau-Mont-Royal dans la littérature actuelle?

L’histoire littéraire du Plateau-Mont-Royal est assez simple à aborder. Il faut inévitablement commencer par visiter les univers de Michel Tremblay, de Mordecai Richler ou de Dany Laferrière, qui ont habité et écrit le quartier. Ces Grands ont marqué les lieux et la littérature en campant leurs œuvres principales sur le « Plateau ouvrier » des années 40-60, sur le « Plateau juif » de la même époque ou encore sur le « Plateau de l’immigrant » des années 70. On peut aussi continuer la visite en faisant un détour par l’œuvre de Nelligan et de Miron, d’illustres résidents de l’arrondissement.

À quoi ressemble le Plateau-Mont-Royal contemporain, dans la littérature? À l’ombre de ceux cités précédemment, quels auteurs le mettent en scène? Quels écrivains le vivent, s’en inspirent et l’animent, aujourd’hui? Voici un petit résumé de mes découvertes sur cet arrondissement de Montréal, très riche au point de vue littéraire, culturel et historique.

Commençons cet humble article de « géolittérature » en délimitant le territoire exploré. J’ai choisi de me pencher sur l’ensemble de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, ce quadrilatère appuyé sur le flanc est de la montagne. La rue Sherbrooke en trace la limite sud, alors que la ligne sinueuse des rails du Canadien Pacifique en dessine les bordures nord-est. Cela inclut donc les districts du Mile-End, de Jeanne-Mance et de De Lorimier. L’arrondissement est aussi traversé du nord au sud par la « Main », l’emblématique boulevard Saint-Laurent, qui a longtemps tracé la frontière entre le Montréal anglophone (à l’ouest) et celui francophone (à l’est).

Si le Plateau est reconnu aujourd’hui pour son côté branché (et hispter), ses premiers pas se sont plutôt faits dans la poussière de pierre calcaire et dans l’odeur des peaux de vaches. De petits villages puis des paroisses se sont développés autour des carrières et des tanneries; ils se sont ensuite étendus sur l’ensemble du territoire décrit plus haut. Après la Seconde Guerre mondiale, le Plateau devient une terre d’accueil pour de nombreux immigrants : à partir de ce moment, l’espagnol, le portugais et le yiddish résonnent aussi dans ses rues, en plus de l’anglais et du français.

Selon l’historien et professeur émérite de l’UQAM Jean-Claude Robert, la période d’après-guerre en est aussi une de déclin économique pour le Plateau parce que les plus riches le quittent pour s’installer en banlieue.

En connaissant ces quelques lignes d’histoire, il est facile de comprendre ce que veut dire Ginette Michaud, dans une analyse de la topographie et de la typographie du lieu : « Il y a toutes sortes de Plateaux, et s’il n’y en a pas mille, il y en a tout au moins une bonne dizaine […] ». La professeure de l’Université de Montréal fait référence aux Plateaux « les plus connus » : celui de Tremblay (coin Fabre et Gilford), celui de Réjean Ducharme dans l’Hiver de force (Avenue du Parc et parc de l’Esplanade) et celui qui loge la binerie du Matou d’Yves Beauchemin. Elle aurait tout aussi pu parler de celui de Mordecai Richler (le quartier juif, autour de la « Main » et de la rue Saint-Urbain), et de bien d’autres…

Effervescence culturelle autour du parc La Fontaine et du carré Saint-Louis

La diminution de la population s’arrête au tournant des années 70, lorsque jeunes artistes et intellectuels — étudiants et enseignants — choisissent de s’y installer, attirés par la proximité du centre-ville et le faible prix des loyers. Les logements ceinturant le parc La Fontaine sont particulièrement prisés.

Dans La femme qui fuit (Le Marchand de feuilles, 2015), Anaïs Barbeau-Lavalette raconte la rencontre de sa grand-mère, Suzanne Meloche, avec un groupe d’artistes regroupé dans l’atelier de Paul-Émile Borduas, niché sur le Plateau. C’est avec certains d’entre eux qu’elle élaborera plus tard le manifeste Refus global (sans le signer, toutefois). Bien que cela se déroule préalablement aux années 70, l’extrait qui suit (entre 1930 et 1946) laisse tout de même envisager l’effervescence culturelle de l’époque à venir :

Dans le salon d’un petit appartement, rue Mentana, quelques jeunes fument et discutent. Par terre sont étalés quelques dessins. […]

Ils sont une dizaine, surtout des garçons, mais tu regardes d’abord les filles. Elles sont trois. Tu les trouves simples et distinguées. Claude te les présente tour à tour. Il y a Marcelle Ferron, Françoise Sullivan, puis Muriel Guilbault. Elles lèvent un bref regard vers toi, ne feignent pas la chaleur, t’invitent tout simplement à t’asseoir.

Les hommes sont captivés par une discussion animée, autour des encres qui gisent pêle-mêle sur le plancher. Les dessins étalés ne ressemblent en rien à ce que tu connais. Ils sont une invitation à s’y perdre. Tu comprends qu’à l’extérieur de ces murs, on y voit une offense. Tu te sens soudainement privilégiée de traîner avec les offenseurs. (p. 82)

Tout près de là vivait aussi le poète Gaston Miron. Ce dernier eut de nombreuses adresses sur le Plateau-Mont-Royal, louant d’abord une chambre sur Duluth, puis sur Saint-Hubert, Saint-Denis et Saint-Christophe. Plusieurs des poèmes de L’homme rapaillé ont été écrits au 4451, rue Saint-André, où l’auteur a habité 11 ans. Il ira ensuite s’installer juste au-dessus de la librairie Gutenberg, devenue aujourd’hui la librairie du Square, juste en face du carré Saint-Louis. Nombreux artistes, écrivains et intellectuels ont arpenté ce secteur : Michel Tremblay, Gérald Godin, Pauline Julien, Gilles Carle ainsi que Dany Laferrière. Gaston Miron finira sa vie sur le boulevard Saint-Joseph, juste au nord du parc La Fontaine.

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Le buste de bronze à la mémoire d’un célèbre résident de l’avenue Laval, située tout près du carré Saint-Louis : Émile Nelligan. Photo : Marie-Lou Beaudin

À partir des années 80, le caractère recherché du Plateau favorise la flambée des prix des logements. La population est de plus en plus aisée et les commerces s’adaptent à cette nouvelle clientèle : les cafés-terrasses, les galeries d’art, les restaurants chics et les boutiques spécialisées font leur apparition sur certaines artères.

L’ancien quartier ouvrier est aujourd’hui branché et créatif. Cet arrondissement de Montréal dont la moyenne d’âge est la plus faible héberge en son sein les quartiers les plus artistiques au Canada selon une analyse effectuée en 2010. « Le Plateau est dynamique, autant au niveau de l’imaginaire que de la pensée, m’a expliqué Éric Blackburn, copropriétaire de la librairie Le Port de tête, ayant pignon sur rue sur Mont-Royal. Il est aussi plein de nuances. »

Plateau-bars

Est-ce que cela suffit pour inspirer les auteurs contemporains? Mes lectures me permettent de constater que les bars du Plateau constituent la trame de fond de plusieurs romans. Le premier de Stéphane Larue (Le Quartanier, 2016) en est un excellent exemple. En fait, l’auteur recense les établissements de l’arrondissement que fréquente le personnage principal. Ce dernier court les lieux de jeux et d’alcool avoisinant le restaurant où il est plongeur : le Zinc, le Bistro de Paris, la taverne Laperrière, le café Chaos, la Brasserie Cherrier, le Roy Bar… Certains d’entre eux sont toujours accessibles sur Mont-Royal, Rachel, Roy et Saint-Denis; d’autres sont aujourd’hui fermés :

Notre petite bande a débarqué dans un bar que je ne connaissais pas. Ça s’appelait le Roy Bar. On a franchi une lourde porte et une dizaine de clients ont salué mes nouveaux compagnons, comme s’ils les attendaient. Notre arrivée était un peu trop remarquée à mon goût, je ne savais pas où me mettre, je me sentais de trop. […] L’endroit me faisait d’ailleurs penser au skatepark. Les murs étaient abondamment graffités et des haut-parleurs cabossés jouaient du Pennywise. Un énorme requin-marteau en plastique pendait au-dessus de la table de billard. (p. 89)

En 2007, Nelly Arcan campe entièrement l’histoire de À ciel ouvert (Seuil) dans le quartier qu’elle habitait avant sa mort, deux ans plus tard. Les gens, les rues et les lieux du Plateau-Mont-Royal contemporain y sont omniprésents. Les personnages se rencontrent encore et encore sur la terrasse du Plan B, située sur Mont-Royal E, ou encore à une table du Java U sur Saint-Denis.

À l’été 2017, la rue Saint-Denis s’est transformée, à l’honneur de la littérature montréalaise. Une cinquantaine d’artistes du Plateau-Mont-Royal ont été sélectionnés. Leurs textes ont été affichés sur les immeubles ou sur les trottoirs. Le projet a été réalisé par la Société de développement commercial rue Saint-Denis, en collaboration avec l’Union des écrivains du Québec. Photos : Marie-Lou Beaudin

Le Plateau-Mont-Royal : le repère d’un cancer

Plusieurs des nouvelles de Chloé Savoie-Bernard, dans son recueil Les femmes savantes (Tryptique, 2016), sont aussi bien installées sur le Plateau. Dans Être une chatte, la narratrice est amoureuse d’un homme qui la trompe. Leur relation est sauvage et violente. Le Plateau est son repère à lui, son territoire :

J’ai rejoint docilement la fille indienne des plottes prêtes à se faire déchiqueter le cœur par ses dents trop droites, des autres filles j’avais vent, Montréal ce village dans lequel rien ne reste tu très longtemps, et les autres filles, il ne les cachait pas vraiment, elles jaillissaient sur son cellulaire quand j’étais avec lui, poppaient sur Facebook quand on regardait un film sur le laptop, ding, le son d’une nouvelle notification, les autres filles le saluaient partout où nous allions, il marchait dans les rues du Plateau comme un prince dans son fief, comme un pacha dans son harem avec moi, sa concubine préférée, à son bras. (p. 37)

On croise aussi quelques bars du Plateau avec Vickie Gendreau, dans sa dernière œuvre intitulée Testament (Le Quartanier, 2012). Atteinte d’un cancer du cerveau, elle met en scène la fin de sa vie et la réaction de ses proches, passant de son expérience dans son lit de l’hôpital Notre-Dame (juste au sud du parc La Fontaine) à ses souvenirs, rue Mont-Royal.  

En faisait ces lectures, j’ai eu quelques réponses à ma question de départ : le Plateau-Mont-Royal littéraire contemporain se vautre dans les bars de l’arrondissement. Cependant, je sais que je n’ai fait qu’effleurer le sujet. J’aurais bien aimé continuer, parler du quartier de Monique Proulx ou de Patrice Desbiens, présenter l’arrondissement par ses libraires ou ses lecteurs, visiter le quartier portugais ou retourner sur Saint-Urbain. Cela se fera peut-être dans un autre billet ou un mémoire de maîtrise (qui sait?). Il y a assurément de quoi faire tout un travail de recherche et d’analyse sur la place du Plateau dans la littérature, que ce soit en géocritique ou en géopoétique. Avis aux intéressés.

D’ici là, suggérez-moi de nouvelles œuvres campées sur le Plateau-Mont-Royal afin que je puisse continuer ma visite de l’arrondissement!

 

 

Autres références (consultées le 29 septembre 2017): 

 

BUSSIÈRES, Ian. « L’écrivaine Nelly Arcan s’est suicidée », Le Soleil, 25 septembre 2009, http://www.lapresse.ca/le-soleil/arts/livres/200909/25/01-905443-lecrivaine-nelly-arcan-sest-suicidee.php

COMITÉ LOGEMENT DU PLATEAU MONT-ROYAL. « Plus le Plateau est in, plus les locataires sont out – Portrait de la gentrification sur le Plateau Mont-Royal», 2015, Comité Logement du Plateau Mont-Royal http://clpmr.com/wp-content/uploads/2016/04/PlateauIN_locataireOUT2015.pdf

CNW TELBEC. « Une étude de Hill Stratégies Recherche – Le statut de métropole culturelle de Montréal est confirmé », CNW, 9 février 2010, http://www.newswire.ca/fr/news-releases/une-etude-de-hill-strategies-recherche—le-statut-de-metropole-culturelle-demontreal-est-confirme-539271911.html

COUTU, Simon. « La vague « hipster » déferle à Montréal », 24 mai 2012, L’actualité, http://lactualite.com/culture/2012/05/24/la-vague-hipster-deferle-a-montreal/

GRIFFITHS, Sian. « Mordecai Richler’s Montreal », The Guardian, 11 janvier 2011, https://www.theguardian.com/travel/2011/jan/11/montreal-mordecai-richler-literary-guide

HILL STRATÉGIES. « Les quartiers artistiques au Canada », 27 octobre 2005, Hill Stratégies, http://www.hillstrategies.com/fr/content/les-quartiers-artistiques-au-canada

LALONDE, Catherine. « Les adieux d’une libraire (presque) mythique », Le Devoir, (13 juin 2015), http://www.ledevoir.com/culture/livres/442669/les-adieux-d-une-libraire-presque-mythique

LAVOIE, Jocelyne. « Gaston Miron », septembre 2016, Société d’Histoire du Plateau-Mont-Royal, http://histoireplateau.org/personnages/gastonMiron/gastonMiron.html

MICHAUD, Ginette. « Mille plateaux : topographie et typographie d’un quartier », Voix et Images, Vol. 14, no 3, (printemps 1989), p. 462-482, https://www.erudit.org/fr/revues/vi/1989-v14-n3-vi1364/200800ar.pdf

MUSEUM OF JEWISH MONTREAL. « Mordecai Richler », 2015, Museum of Jewish Montreal, http://www.mimj.ca/location/1126

ROBERT, Jean-Claude. « L’identité historique du Plateau », 10 mars 2014, Mémoire du Mile-End, http://memoire.mile-end.qc.ca/fr/lidentite-historique-du-plateau/

RUE ST-DENIS. « St-Denis Littéraire : un projet à saveur littéraire sur la Rue Saint-Denis pour le 375e anniversaire de Montréal », 2017, Rue St-Denis, http://www.ruesaintdenis.ca/nouvelles/festivites/un-projet-a-saveur-litteraire-sur-la-rue-saint-denis-pour-le-375e-anniversaire-de-montreal/

SOCIÉTÉ D’HISTOIRE DU PLATEAU-MONT-ROYAL. « Émile Nelligan », 2015, Société d’Histoire du Plateau-Mont-Royal, http://histoireplateau.org/personnages/emileNelligan/emileNelligan.html

SOCIÉTÉ D’HISTOIRE ET DE GÉNÉALOGIE DU PLATEAU-MONT-ROYAL. La naissance du Plateau Mont-Royal, Panneau d’interprétation historique, 2011, Montréal, http://histoireplateau.org/plaques_historiques/villages_fondateurs/images/plaque_naissance_plateau. jpg

SOCIÉTÉ D’HISTOIRE ET DE GÉNÉALOGIE DU PLATEAU-MONT-ROYAL. Le Square Saint-Louis, Panneau d’interprétation historique, 2011, Montréal, http://histoireplateau.org/wp-content/uploads/2014/09/square_saint_louis. jpg

VILLE DE MONTRÉAL. « Activités du 375e », Ville de Montréal, http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=7297,142718089&_dad=portal&_schema=PORTAL

VILLE DE MONTRÉAL. « Arrondissement du Plateau-Mont-Royal – Ma carte interactive », 2015, Ville de Montréal, http://www1.ville.montreal.qc.ca/CartesInteractives/plateau/CI_PMR.html

VILLE DE MONTRÉAL. « Montréal à la carte – Arrondissement du Plateau-Mont-Royal », Ville de Montréal, 2015, http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/lib_arr_fr/media/documents/carte_arr_pmr.pdf

VILLE DE MONTRÉAL. « Statistiques – Un bref profil du Plateau-Mont-Royal », 2011, Ville de Montréal, http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=7297,74739592&_dad=portal&_schema=PORTAL

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Paris et le paradis des livres

Paris et la littérature. Il y a tant de choses à en dire. La Ville Lumière ne laisse indifférent aucun amoureux des livres. D’abord, parce que de nombreux romans dans l’Histoire y font référence, mais surtout parce que c’est un carrefour culturel par excellence.

J’ai eu la chance d’y retourner quelques jours à la fin du mois d’août. Je vais à Paris tous les 2-3 ans depuis mon enfance.  C’est toujours de joyeuses retrouvailles pour moi. C’est la ville d’origine de mon père; ma sœur y vit depuis 10 ans et certains de mes cousins y habitent également. Chaque fois, mon séjour est marqué de beaux repas familiaux (bien copieux et arrosés!).

Par contre, dans mon cœur, j’y ai surtout rendez-vous avec ma chère littérature.

Il y règne une ambiance qui pousse à la création; un je-ne-sais-quoi qui donne envie de se nourrir uniquement d’écriture, d’art et d’eau fraîche (avec un peu de vin aussi). C’est sûrement dû aux terrasses invitantes qui foisonnent partout, à l’architecture somptueuse qui a inspiré tant d’artistes et aux sublimes musées et généreuses salles d’exposition.

 

librairie paris

Mais cet élan est surtout, dans mon cas, provoqué par la présence de centaines de petites et grosses librairies.

À Paris, des livres, il y en a partout.

Alors forcément, ça donne envie de plonger dans tous ces bouquins, de s’inspirer de ces univers littéraires et de créer à son tour.

 

Difficile de savoir combien de librairies compte Paris.  Environ 550 (en 2011) pour le Motif, observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France, 756 (en 2014) pour l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR). On en croise dans chaque quartier. Des librairies ultras spécialisées comme des librairies grand public. Des librairies polonaises, québécoises, italiennes, mythiques, révolutionnaires. On en trouve qui proposent des livres anciens, des livres d’arts, des livres de voyage, des livres grand format, des livres historiques…

Impossible de séjourner à Paris sans passer par la fameuse et gigantesque librairie de livres usagées : Gilbert Joseph. Ce magasin fait tout un carré de rue et s’étale sur plusieurs bâtiments. On peut y trouver de tout à prix d’or.

 

Si vous êtes férus de livres usagés, les petits kiosques du bord de scène vous charmeront aussi à coup sûr.

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De mon côté, mes préférées restent les petites librairies dans une petite ruelle qui ne paient pas de mine, mais offrent un choix merveilleux.

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Ainsi, dans mes choses essentielles à faire à Paris : flâner dans une librairie de quartier. Puis, alors qu’on pensait acheter seulement un livre, ressortir finalement avec « un peu trop » de bouquins.

Cette année, j’y étais pour le début de la rentrée littéraire.

Je me suis procuré La chambre des époux d’Éric Reinhardt. L’écrivain est surtout connu pour son roman Cendrillon sorti en 2007 et dans lequel il croisait les destins de quatre personnages dans une histoire inspirée du conte. Je ne l’ai pas lu, mais cette fois-ci, la quatrième de couverture de son nouveau roman m’a plus inspirée.

 

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Nicolas, compositeur de musique, apprend que sa femme Mathilde est atteinte d’un grave cancer du sein. Mathilde lui demande de finir de composer sa symphonie pendant qu’elle se bat contre sa maladie. Sa femme guérit et la symphonie est un succès mondial. Nicolas doit apprendre à vivre avec une nouvelle réalité : la peur que sa femme rechute, la crainte de la perdre pour toujours, les enjeux de célébrité dans le monde, la nécessité de se remettre à créer alors qu’il a produit une pièce musicale sans précédent dans un contexte très spécial.

L’écrivain compare l’histoire de ce compositeur de musique avec la sienne, puisque c’est une situation similaire qu’il a vécue lors de la création de Cendrillon. Le roman jongle donc constamment avec l’autobiographie et la fiction. C’est vraiment intéressant de lire au sujet du processus de création : comment recommencer à écrire après avoir créé le roman de sa vie. L’auteur est épuisé et ne désire que s’effacer de la vie sociale et de celle de l’écriture. Il a tout donné pour sauver sa femme avec son roman et ne sait plus quoi faire maintenant, mis à part avoir peur du vide de l’avenir.

Par contre, je me suis rappelée à la lecture pourquoi ces dernières années, je m’étais plutôt tournée vers la littérature québécoise. Beaucoup des écrivains français contemporains ont tendance à abuser de phrases sans fin et d’explications un peu trop prononcées, ce qui donne une certaine lourdeur au récit.

Cependant, c’est une histoire très touchante et captivante qui traite de questions très dures, mais importantes : la maladie et le couple, continuer à aimer après avoir vu sa femme dans un contexte terrible, s’épuiser dans la création, la dépression des artistes…

À lire sur une terrasse parisienne!

Et vous, avez-vous déjà bouquiné à Paris? Avez-vous des adresses préférées?

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Faire fi de la couverture : Quelque part entre toi et moi, d’Annie Quintin

           Pour souligner les trois ans du Fil rouge, une partie des fileuses ont décidé de se rejoindre au Village au Pied-du-Courant pour célébrer les livres; pour s’aimer et aussi pour s’échanger des livres (obviously). Comme je suis arrivée la dernière, ben il n’y avait que les restants sur la table à pique-nique. Martine me tend les délaissés, et je tombe sur le roman d’Annie Quintin, Quelque part entre toi et moi. Pour vrai, la couverture m’inspirait zéro, bitch de même. J’ai presque envie de dire qu’on avait l’air d’une petite gang de witches à ricaner d’une couverture un peu lame (selon nos goûts de fancy, hein), mais ce serait (presque) une exagération, alors je ne le dirai pas. Bref, personne ne le voulait, ce livre. Je commence à lire la quatrième de couverture : Quotidien, relations amoureuses, trouble obsessionnel compulsif. Je trouvais que ça avait l’air bon, moi. J’étais super inspirée. J’ai décidé d’affronter leurs regards pleins de jugements (ben non, j’en mets un peu, mais quand même!) et je suis repartie avec.

      Et j’ai vraiment, vraiment, VRAIMENT (!!!) aimé ma lecture. L’illustration en couverture me donnait l’impression que j’allais plonger dans quelque chose d’hyper quétaine — bref, pas trop mon genre. Mais l’écriture d’Annie Quintin n’a absolument rien de kitsch. En fait, on a vraiment l’impression de partager la routine d’Ève et de Louis. Ce livre raisonne beaucoup chez moi puisqu’il est question de la place qu’une maladie mentale peut prendre au sein d’un couple. Bien que le partenaire revêt bien souvent le rôle de soutien émotionnel, il ou elle ne doit pas s’oublier à travers tout ça. La santé mentale est importante, et ce, des deux côtés. Je trouve ça vraiment pertinent et important de parler de l’envers de la médaille : comment se sent la personne qui cohabite avec quelqu’un.e vivant avec une maladie mentale.

         Ève est consciente que son trouble obsessionnel compulsif prend beaucoup de place dans sa — et leurs — vie. Louis se sent impuissant et perd tranquillement le contrôle lorsque sa copine, voulant à tout prix s’évader de la routine, commence à flirter avec un homme (trop-ark-gossant) presque parfait (mais pas pantoute finalement, on le devine rapidement).

      Ève et Louis décident de faire appartement à part, malgré qu’ils habitaient ensemble depuis plusieurs années déjà. Pour se protéger, se respecter, pour sortir de la routine. Bref, un choix qui leur appartient. Noble, selon moi.

 Comment est-ce qu’on a pu en arriver là, Louis et moi? Plier les lingettes. Repasser les lingettes. Replier les lingettes. Aligner les lingettes. 

        Il y a quelque chose de très sincère dans Quelque part entre toi et moi. On n’essaie pas d’enjoliver la maladie mentale ni d’en faire le thème central du roman. Le trouble fait partie de la vie d’Ève, mais ne la définit pas (trop).

     Je ne regrette aucunement d’avoir pris ce livre, même si je cachais un peu sa couverture quand je le lisais dans le métro, hihi. Morale : l’habit ne fait pas le moine, lolol.

Sinon, est-ce votre genre de choisir un livre par sa couverture?

*Le Fil rouge tient à remercier VLB Éditeur pour le service de presse.

Club de lecture Le fil rouge : Phototaxie

Mardi soir, le 19 septembre.

Pour notre première séance de l’automne, on se retrouve au café Saint-Henri, sur Émery, près de l’UQAM et, comme à chaque début de session, on ne sait pas trop à quoi s’attendre.

Est-ce que la discussion coulera facilement? Faudra-il guider les lectrices? Chaque groupe est différent. Par contre, une chose ne change pas : nous avons toujours bien hâte de faire la rencontre de nouveaux visages et de retrouver les participantes qui se sont réinscrites.

Comme à l’habitude, on commence par un tour de table avant de plonger directement dans le roman choisi. Ce mois-ci, nous avons lu Phototaxie de Olivia Tapiero.

À chaque fois, on débute la session avec une question générale, toujours la même : Comment avez-vous trouvé votre lecture?

Déjà-là, on voit qu’il y a un flou, une incertitude. Tout le monde, Martine et moi comprises, se demande si nous avons assez compris pour apprécier… Personne ne semble trop savoir quoi en dire! Mais avec quoi allons-nous meubler l’heure et demie de rencontre sans avoir compris le livre?

Nous trouvons toujours, il y a d’infinies possibilités.

Phototaxie suit trois personnages dans un contexte socio-politique assez flou. On y parle de guerre,de violence, de mort, de mal-être. On ne sait pas trop où ils sont ni ce qu’ils font vraiment, ni contre quoi ils semblent se battre. Ce grand flou nous a toutes donné un peu de difficulté à embarquer dans le récit. Les participantes semblent avoir trouvé que l’auteure était beaucoup dans sa tête et dans l’intellectualisation des propos, ce qui rendait l’identification et la connexion aux personnages plus difficiles. Par contre, certains chapitres suivant le personnage de Narr ont rendu la lecture plus agréable pour certaines.

« On embarque vraiment plus, on comprend un peu mieux. J’ai l’impression que l’auteure a mis de côté les deux autres pour se concentrer sur Narr et ça fonctionne, on accroche » dit l’une d’entres elles.

Par contre, s’il y a une chose sur laquelle nous nous sommes toutes entendues, c’est le talent d’écriture de Tapiero. Elle a un talent indéniable, une plume originale et forte. Phototaxie  est un roman très visuel, imagé, rythmé et poétique.

Puisque personne n’était véritablement sûre de comprendre l’histoire, nous nous sommes amusées à proposer nos propres théories. Sachant que l’auteure cherchait à parler d’engagement et que la vision de l’engagement qu’elle dépeint dans son troisième roman semble plutôt cynique, l’une des participantes a proposé une théorie qui nous a plutôt amusées.

Peut-être qu’en fait, chacun des trois personnages représente une facette de l’engagement, différents types d’engagement dans le monde. Il y a Théo, qui devient un peu bourgeois et finit par perdre tout élan d’engagement envers le monde. Zev, qui semble être cette figure mythique mais dont on ne sait rien, ni qui il est, ni ce qu’il fait. Et Narr, qui ne semble pas trop savoir quoi faire, ni comment; qui se sauve et abandonne le navire.

Malgré tout, l’écriture de Tapiero nous a presque toutes donné le goût de découvrir ses autres romans qui, aux dires de certains, sont plus accessibles. Puisque nous en étions toutes à notre première incursion dans l’univers de l’auteure, peut-être aurait-il été plus intéressant de commencer par un autre de ses romans.

Parfois, les romans font l’unanimité, parfois moins et c’est ce qui rend chacune des rencontres intéressantes. Ce fut une belle rencontre, une discussion sur un roman qui nous a un peu laissées sur notre faim, mais qui nous a permis de discuter de philosophie, d’écriture et de ce qu’on recherche dans nos lectures.

Notre prochaine lecture : Les faux mouvements de Emmanuel Bouchard.