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Le féminisme canadien, de A à Z

Abécédaire du féminisme était, à la base, une chronique radiophonique à Plus on est de fous, plus on lit! sur la première chaîne. Ce n’est que trois ans après le début des chroniques qu’a été mis sur pied ce livre, publié aux éditions Somme toute. Au tout début, j’ai trouvé curieux le choix de ne pas mettre de « L » apostrophe. Ça me semblait plus beau, ne serait-ce que pour une question de liaison. Par contre, j’ai vite compris pourquoi. Il n’y a clairement pas que 26 mots et noms qui s’attardent au féminisme, il n’y a pas que 26 choix. Cet abécédaire n’est donc pas L’abécédaire, seul de sa gang, mais bien un parmi d’autres, et c’est bien mieux ainsi.

On y parcourt donc l’alphabet, à travers 221 pages. On y retrouve des textes écrits par la recherchiste de Plus on est de fous, plus on lit!, Noémie Désilets-Courteau, ainsi que l’intervention, sous forme de citations, de plusieurs figures publiques telles que Aurélie Lanctôt, Mélissa Verreault, Judith Lussier, Martine Delvaux, Louise Dupré et plusieurs autres.

Dans ce livre, l’accent est mis sur les femmes canadiennes, celles qu’on connaît parfois moins. J’ai découvert des femmes et des vies qui ont influencé le féminisme au Canada et dont on ne parle évidemment pas dans les livres d’histoire. Le choix des mots est, pour la plupart, original et hors de ce qui pourrait nous venir en tête aux premiers abords. De plus, le choix d’ajouter des citations et des commentaires ajoute vraiment un côté personnel et plus familier aux textes un peu plus informels. La balance entre les deux permet de s’instruire et de se divertir à la fois.

Outre ce jeu de citation, on ne peut passer à côté du graphisme et des magnifiques images, de Sarah Marcotte-Boislard, qui lui confère un caractère unique.

Sans innover, Abécédaire du féminisme est un bel ajout à ma petite collection de livres sur le féminisme. Les faits, les statistiques et les citations en font un recueil intéressant et plaisant à lire, qui vous en apprendra certainement un peu plus sur le  féminisme,  la culture populaire et l’histoire du Canada, d’une toute autre perspective.


Le fil rouge tient à remercier les éditions Somme toute pour ce livre.

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Pleurer à la fin d’un Hemingway

Quand j’étais plus jeune, je pensais que la qualité d’un livre se mesurait par le nombre de larmes que je versais. Plus je pleurais, meilleur le livre était. J’avais un faible particulier pour les histoires d’amour où le gars meurt à la fin, ce qui inquiétait beaucoup ma mère. Avec le temps, mes critères ont changé et je n’ai plus eu besoin de pleurer toutes les larmes de mon corps pour donner le titre de chef-d’oeuvre à un roman, mais il reste toujours une partie de moi qui est profondément satisfaite lorsqu’un livre me fait monter les larmes aux yeux.

Voilà ce à quoi je pensais lorsque j’ai tourné la dernière page de Pour qui sonne le glas, des larmes brûlantes roulant sur mes joues. Ernest Hemingway est l’auteur qui m’a fait comprendre que le simple peut être beau, profondément touchant et même grandiose.

« Dans une tempête de neige, le vent peut souffler en rafales; mais il souffle une pureté blanche et l’air est plein de courants de blancheurs : tout est transfiguré et, quand le vent tombe, alors, c’est la paix. »

C’est sans flafla que l’auteur nous transporte dans la vie de Robert Jordan, dont nous suivons les aventures pendant trois jours, alors qu’il est en mission militaire dans les montagnes espagnoles. Robert Jordan fait la rencontre de gens simples, qui seront prêts, comme lui, à sacrifier leur vie pour une cause plus grande qu’eux. Toutefois, les incertitudes, les peurs, les regrets et les désirs restent et il faut s’empresser de tout vivre avant le jour « J », parce que personne ne peut prévoir l’issue de cette mission.

Il n’y a pas de grande envolée lyrique, ni de phrases interminables, mais certains passages étaient si touchants que je devais faire une pause dans ma lecture pour absorber toutes ces émotions, pour assimiler ces phrases percutantes de beauté.

« Donc, si tu aimes cette fille autant que tu le dis, tu ferais mieux de l’aimer très fort et de regagner en intensité ce qui manquera en durée et en continuité. »

Bref, j’ai fini le livre en pleurant à chaudes larmes, parce que Hemingway a réussi à maintenir l’espoir jusqu’à la fin. Et je me suis dit que j’étais indéniablement devant un chef-d’oeuvre, quelque chose qui fait du bien, parce que si proche des émotions humaines, complexes, mais décrites dans une grande simplicité. Peut-être que la simplicité est la seule façon de parler des émotions sans les trahir.


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Manœuvre délicate : relire Du bon usage des étoiles

C’est de plus en plus difficile pour moi de me donner le droit de relire un roman, même un roman aimé. Je me laisse prendre. Je me laisse happée par les piles de livres qui attendent, fébriles, dans les recoins de mon appartement. Par les listes que j’écris dans ma tête, après chaque rentrée littéraire. Par la nébuleuse de noms d’auteurs qui agacent le coin de l’œil, tout le temps, en périphérie des titres prioritaires – qu’est-ce que je lirai quand j’aurai lu ce qu’il faut absolument lire cette année, qu’est-ce que je lirai quand la pile du salon aura diminué de moitié, qu’est-ce que je lirai quand j’aurai vraiment le temps?

Et il y a aussi que la relecture est une manœuvre délicate, plus hasardeuse qu’une première lecture : ce qu’on y retrouve parle du passage du temps, le long de nos os et jusque dans nos méninges. Elle révèle l’écart entre ce qu’on était et ce qu’on est arrivé à devenir entre deux lectures – et ça, c’est épeurant.

Quand j’ai lu Du bon usage des étoiles pour la première fois, le roman venait d’être publié. Je me traînais à travers une fin de session particulièrement pénible. À part étudier, je faisais tout à la va-vite : manger des toasts au beurre de pinottes, me brosser les dents avec un tube de Crest ratatiné, passer de l’eau froide sur mes paupières fatiguées. Et lire des romans par bribes, presque sans reprendre mon souffle.

Ce n’est probablement pas surprenant que Du bon usage des étoiles, à ce moment-là, ne m’ait pas accrochée plus que ça.

Sept ans plus tard, je suis retombée dessus dans un aréna de Rosemont, envahi pour l’occasion par la grande vente des Amis de la Bibliothèque de Montréal. J’ai décidé de lui donner une deuxième chance. Je l’ai acheté pour la modique somme d’une piasse et je lui ai fait une place dans la pile du salon.

Le roman suit le voyage des navires Terror et Erebus, qui partent en 1845 pour l’Arctique et ses passages secrets. Le commandant du Terror, Francis Crozier, tient son journal tandis que l’expédition s’englace dans un lent désastre; en Angleterre, celle qui l’a rejeté continue sa vie mondaine, papillonnant d’un engagement à un autre. Tandis que Sophia (de son petit nom) s’étourdit dans une série de réceptions et de grandes conférences à saveur scientifique, l’équipe du navire de Crozier étouffe sous un ciel trop vaste, lourd d’immobilités. Le récit de Fortier, comme construit à partir de retailles et de moments effilochés, alterne entre ces deux pôles. Ça pourrait être un fourre-tout qui ne ressemble à rien, mais la plume est tellement maîtrisée qu’elle se tricote une cohésion fine, jamais forcée.

Difficile de ne pas tomber en amour (et en pâmoison) devant des passages comme celui-là :

Il me semble impossible, en contemplant ces forteresses de neige et de glace, de ne pas être pénétré du sentiment de sa propre insignifiance, de ne pas se savoir minuscule et superflu au milieu de tant de beauté majestueuse et sauvage. J’ai pourtant du mal à trouver chez les officiers l’écho de ce sentiment, puisqu’ils semblent pour la plupart insensibles à cette nature qui nous entoure, et dont ils ne parlent que comme si elle était quelque animal particulièrement rusé que l’on s’efforce de déjouer et de prendre au piège. Je ne peux m’empêcher de songer aujourd’hui que, s’il y a vraiment un chasseur et une proie en ce pays de glace, c’est bien davantage nous qui sommes le gibier, traqués, pris au piège, aux abois. (p. 44)

À la deuxième lecture, j’ai tout aimé de Du bon usage des étoiles : la beauté subtile et parfaite des phrases alambiquées de Fortier; les intrigues parallèles qui se parlent de façon diffuse; le dosage, la retenue, cet effort pour tout embrasser sans jamais tout dire; les travers et les douceurs, les fièvres et les naïvetés des Victoriens. L’humour, aussi – les clins d’oeil (Mr Bingley et Mr Darcy en petits chiens d’intérieur!) et le ridicule qui ne sont jamais bien loin, malgré le tragique de l’intrigue. Et surtout, surtout, le plaisir manifeste que prend l’auteure à faire roucouler ses mots d’un format à un autre, sans jamais s’enfarger dans la distance qui existe entre le journal intime, la narration à la troisième personne et la recette de plum-pudding.

Dominique Fortier. Du bon usage des étoiles. Alto, 2008, 348 pages.


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Ouvrir un nouvel onglet dans sa vie

Thomas est perdu. Il ne voit plus l’utilité de son travail comme concepteur de jeux vidéo. Il ne sait plus à quoi il sert. Il fait un retour aux études à temps partiel en littérature et vit en colocation avec des jeunes très fêtards et fuyant la vie rangée. Il ne comprend pas vraiment où il s’en va. Il est en transition, mais ne sait pas comment embrayer vers la prochaine étape. Alors, il ne fait que sortir constamment et boire trop de bières avec ses nouveaux colocs.

J’ai pensé « Ma gueule de bois est la seule chose qui me tient en vie. »

J’ai tout de suite connecté avec son spleen, vivant moi-même une période de transition. Mais je ne pense pas être la seule. J’ai l’impression qu’on est tous un peu comme ça autour de moi. En tout cas, beaucoup d’entre nous. Nous nous cherchons. Nous avons, pour la plupart, étudié dans le domaine de notre choix (contrairement à des générations antérieures qui se voyaient imposer des choix d’études par leurs parents). Mais nous nous rendons vite compte que les jobs offerts à la fin des études choisies ne correspondent pas à ce que nous attendions de la vie. Ou alors ils y correspondaient peut-être à vingt ans, mais dix ans plus tard, ce n’est plus le cas. Et c’est normal, non? Évoluer, changer. Se rendre compte qu’on n’a plus les mêmes valeurs ou les mêmes désirs. Mais pourquoi devrions-nous toujours nous contenter de la même situation alors que nos goûts et choix changent tant au cours d’une vie?

On devrait tous avoir le droit de s’ouvrir un nouvel onglet.

Thomas se cherche. Il veut donner un sens un peu plus grand à sa vie que seulement gagner de l’argent et développer des jeux vidéo que tout le monde finit par oublier. Guillaume Morissette n’aime pas qu’on lui dise que son livre est le portrait d’une génération. Pourtant, c’est bien le cas. Évidemment, c’est parfois énervant de se rendre compte qu’on n’est pas tant unique qu’on le pensait. Mais je dois bien constater que les personnages qu’on retrouve dans le roman ressemblent à tant de gens autour de moi, y compris à moi-même. Dans la dernière année, j’ai eu beaucoup de conversations avec des proches qui, même s’ils semblaient avoir trouvé leur voie, dans des domaines pourtant considérés attrayants (Web, marketing, jeux vidéos, graphisme…), n’étaient plus aussi satisfaits et se demandaient bien à quoi cela pouvait bien servir d’aller travailler le lundi matin. Et puis, on passe tant de temps au travail dans une semaine et encore plus dans une vie entière. Alors que faire quand celui-ci ne nous apporte plus rien ou ne correspond plus à la personne qu’on est devenue?

Thomas est non seulement incertain face à son avenir professionnel, mais il est aussi une personne constamment mal à l’aise en société. Il a perdu toute confiance en lui. Il ne supporte pas de parler aux autres, par peur de toujours dire quelque chose qui ne plaira pas. Il craint constamment de se faire juger.

Je suis nul, ma personnalité est nulle, il faudrait que je puisse modifier ma personnalité avec Photoshop.

Il est beaucoup plus anxieux que je ne le suis et je ne me reconnais pas dans son extrême, mais il m’est souvent arrivé d’avoir le même genre de pensées; cette sensation de ne pas me trouver à la bonne place et le besoin constant de me comparer beaucoup trop aux autres.

C’est très thérapeutique d’avoir accès aux pensées si intimes et sarcastiques du personnage; il réussit à décrire parfaitement sa solitude, son malaise et son absence de motivation. Guillaume Morissette a assurément le sens des jeux de mots (mais mention aussi au traducteur qui a réussi à transférer en français la poésie percutante de chaque phrase de l’anglais original).

Mais pour finir, je vais laisser l’auteur illustrer lui-même parfaitement, ce que j’ai ressenti en lisant son livre :

Je lisais de la fiction contemporaine pour trouver des réponses à mes questions. Ça me faisait du bien de constater que d’autres gens étaient habités par mes préoccupations : des problèmes de communication et d’anxiété, des problèmes d’Internet. Il y a un avant et un après les livres, dans ma vie. Ken Baumann a déjà écrit sur Twitter : “Books will fuck you up”, et c’est vrai! Les maisons d’édition devraient l’utiliser comme slogan.

À boire avec une bière en se sentant un peu moins seul. Nous sommes tous un peu perdus.
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Autour d’elle : ces instants qui forgent la vie

Les admirateurs de Sophie Bienvenu ont été conquis cet automne, car l’auteure publiait un roman, Autour d’elle, chez Cheval d’août, mais aussi son premier recueil de poésie chez les Éditions Poètes de brousse sous le titre Ceci n’est pas de l’amour.

D’emblée, je dois le mentionner, je suis une adoratrice de Sophie Bienvenu, c’est une de mes auteures contemporaines préférées. Son premier roman, Au pire on se mariera, m’avait fouettée de plein fouet et m’avait sidérée. Rares avaient été les premiers romans qui m’avaient autant frappée et émue. J’en avais même parlé ici. Son deuxième roman m’a fait le même effet, dans Chercher Sam Sophie Bienvenu réussissait à démontrer toute l’humanité de son oeuvre, et surtout, elle avait un talent fou pour donner des voix si singulières à ses personnages. Elle maitrise l’art du dialogue à merveille, en lisant ses romans, je me surprends à entendre ses personnages dans ma tête, tellement les dialogues sont empreints d’authenticité et de réalisme. J’avais parlé de Chercher Sam juste ici, aussi.

Alors lorsque j’apprenais que Sophie Bienvenu préparait un nouveau roman pour cet automne, j’étais folle de joie et, sans aucune surprise, je me suis rendue à la Librairie de Verdun le jour même de sa sortie pour me le procurer. Quel beau weekend j’ai passé en compagnie de Florence Gaudreault et de son fils Adrien!

Le roman choral donne la voix à plus de 20 personnages en plus de Florence, la narratrice principale. On y suit Florence dans les 20 années suivant la naissance de son fils Adrien, qui a été adopté par la suite. Ce roman, c’est la courtepointe de leurs vies, séparées. On y suit des gens qui ont connu soit Florence soit son fils, Adrien. Ces narrateurs ont tous une voix qui leur est propre et chaque fois, on arrive à croire à leur identité. J’ai toutefois trouvé difficile le changement constant de narrateur. La plupart du temps j’en aurais pris des dizaines d’autres pages d’une seule personne et d’autres fois, je ne comprenais pas très bien ce que ce passage venait apporter au récit.

C’était moins facile de s’attacher aux personnages secondaires, mais il en reste que pour les personnages de Florence et d’Adrien, j’étais conquise. Florence est une femme si forte et si sensible et tout son parcours, de l’adolescence à l’âge adulte, vient démontrer la profondeur émotive du personnage. Quoique je n’aie pas été subjuguée comme ses deux premiers romans à chacune des pages, j’ai adoré ma lecture et je n’ai pas pu faire autrement que de terminer le roman les larmes me coulant sur les joues.

Du grand Sophie Bienvenu avec des fins qui lui ressemblent et qui viennent donner toute la profondeur au récit et au message qui s’y glisse.

Dans ses chapitres, on y fait de petites incursions dans la vie de Florence et d’Adrien, sur toutes les conséquences et les effets collatéraux d’un seul événement, d’un seul geste, parfois même d’un seul mot. Un roman qui donne envie de ne plus attendre de ne plus avoir peur, d’oser, d’écouter son coeur.

J’ai encore plus hâte en terminant Autour d’elle de me rendre en salle de cinéma pour voir l’adaptation cinématographique d’Au pire on se mariera dirigée par la superbe Léa Pool.

Devenir adulte à 12 ans

La ballade de Baby (version française de Lullabies for Little Criminals) de Heather O’Neill suit le quotidien de Baby, une jeune fille de 12 ans élevée par un père toxicomane dans les quartiers malfamés de Montréal.

J’ai tout de suite été accrochée par ce livre en le voyant sur une des tables à l’avant de ma librairie préférée. Une couverture magenta montrant une petite fille en train de sauter à la corde à danser, difficile de résister! C’est en lisant la quatrième de couverture qui parlait de prostitution juvénile et de proxénétisme que j’ai conclu que ce livre n’était vraiment pas pour moi. J’ai beau étudier en psychoéducation et savoir très bien que tout n’est pas rose, je reste très sensible à la misère et à la souffrance. C’est après avoir vu à quel point une amie sur Goodreads avait aimé ce livre que j’en ai entamé sa lecture.

Some guardian angels did a terrible job. They were given work in the poor neighborhoods where none of the others wanted to go. Every delinquent kid had one of these miserable angels who made sure that they made the worst of every situation. These angels loved when people did the wrong thing or took risks. You can’t have that many bad things happen to you without some sort of heavenly design.

Entre nous, j’avoue que j’ai eu envie à quelques reprises d’enterrer mon exemplaire du livre dans le jardin ou de le mettre dans le congélateur à la manière de Joey dans Friends (cliquez ici pour un extrait dudit épisode). Certains passages étaient particulièrement difficiles à lire et brisaient mon cœur sensible. J’aurais tant aimé pouvoir prendre Baby dans mes bras et la protéger des événements qui ont volé son innocence d’enfant. J’avais beau me répéter que ce n’était qu’un livre, je pouvais facilement m’imaginer que la réalité de Baby était aussi celle de plusieurs jeunes adolescentes.

Avec du recul, je réalise maintenant que j’avais une grande incompréhension par rapport aux enfants négligés. Comme beaucoup de personnes, j’avais inconsciemment tenu pour acquis que les parents négligents devaient forcément n’être que mauvais, mais la réalité est tellement plus complexe que ça. En effet, même si Jules, le père de Baby, s’absente pendant plusieurs jours à la fois, on voit bien que Baby aime son père comme n’importe quel enfant aime le sien.

Ce serait faux de dire que je sais maintenant ce que des adolescentes dans la même situation que Baby vivent tous les jours. Par contre, être confrontée à une réalité aussi inconfortable que la majorité d’entre nous ne vont jamais vivre m’a certainement permis de mieux comprendre cette problématique et de grandir comme future intervenante.

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Ceux qui font les révolutions : la poète-volcan derrière l’actrice

Gabrielle B. Tremblay s’est révélée à l’œil public en jouant un des premiers rôles dans Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau (2016). Ma découverte d’elle s’est plutôt faite par la lecture de son recueil de poésie Le ventre des volcans. Je suis fascinée par la façon dont son jeu d’actrice et sa plume se nourrissent l’un l’autre.

Ce n’est pas par hasard que je suis tombée sur son livre, c’est pour ma propre bibliothérapie que j’ai cherché des écrits de femmes trans au Québec, pour m’aider à comprendre toutes les sensations issues de ma transition. J’ai trouvé en l’œuvre de Tremblay la réunion de thèmes que je sentais près de moi sans pouvoir les identifier : la quête de féminité mêlée à un déménagement en ville, « ta vie se refait et rue Saint-Denis / ce soir comme tous les autres / des dragons mangent des femmes »; le rapport ambivalent avec les hommes qui sont aussi menaçants que désirés et désirants, « vous dormez déjà / vous êtes beaux à voir / quand vous n’êtes pas remplis de haine »; une relation de dépendance inévitable au monde médical, « dans le tas de jambes de la foule / mon sexe éclaté fraîchement sorti / de la manufacture ».

À propos du personnage

Dans Ceux qui font les révolutions, le personnage de Klas Batalo joué par Gabrielle B. Tremblay incarne une muse de la dissidence politique, un être animé d’une mission presque trop grande pour être vraie. Surtout, c’est une des représentations trans qui marquera l’histoire du Québec par sa richesse et sa justesse. Klas se nourrit de littérature, comme lorsqu’elle récite du Josée Yvon en se mouvant dans une chorégraphie endurante et vulnérable. Son travail, dans un salon de massage, est raconté avec respect : les relations avec les clients ne sont pas sexualisées par la caméra. Les scènes savent même mettre à nu des tensions invisibles, comme quand l’un de ses clients est assez effronté pour lui réciter du Rosa Luxembourg :

« Il faut travailler et faire ce que l’on peut, et pour le reste, tout prendre avec légèreté et bonne humeur. On ne se rend pas la vie meilleure en étant amer. »

Des poèmes qui reprennent le flambeau

Ce que le film oublie de mentionner de la vie trans, le recueil le dit. Le ventre des volcans fait de la place à la ville, mais aussi à la région : « il y a eu une plaine / et un garçon qui s’occupait de ses chevaux / on rentrait tard le matin sur la pointe des pieds / morts de fatigue / on rentrait dans nos vies comme un accident ». Alors que Les révolutions ne nous offre qu’un personnage trans singulier dans sa condition, les poèmes donnent un aperçu de la sororité trans :

« elle a beaucoup plus de sœurs que vous pensez / vous avez à certaines enlevé leur linge / leur avez crié dessus / avant de défoncer leurs côtes dans une toilette / parce que vous pensiez qu’on s’était joué de vous ».

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Et pour l’avenir…

Finalement, le film et le recueil montrent que ma mission est prometteuse : en voyant deux œuvres impliquant Tremblay, j’ai une vision criante de vérité des réalités trans. Son recueil se conclut mystérieusement sur le seul poème titré, « Broadway brûle ». Est-ce l’annonce de la lave qui jaillira de toutes les strates identitaires pour faire émerger la femme volcan? Peut-être que son prochain livre, un roman selon les rumeurs, nous le dira.

Références

Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau
Denis, M. et Lavoie, S.
art & essai, sortie en salle en février 2017

Le ventre des volcans
Gabrielle Tremblay
Les Éditions de l’étoile de mer, 2015
112 p.

Vous pouvez vous procurer le livre
sur le site internet des éditions de l’étoile de mer
ou à la librairie de La Flèche Rouge.

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Entrevue avec Le bruit des plumes

Le bruit des plumes c’est une nouvelle entreprise de services linguistiques cofondée par Gabrielle Rousseau et Vickie Vincent. Toutes deux installées à Trois-Pistoles, c’est à partir de ce village mythique bas-laurentien que les deux jeunes femmes pilotent leur projet depuis 2015. Une « entreprise mi-sérieuse mi-givrée, qui partage son temps entre suivre avec bonheur le régime rigide de la langue et contourner les règles sans scrupule, mais avec tout autant de plaisir. »

Image result for le bruit des plumesLE FIL ROUGE : Pourquoi Le bruit des plumes?
GABRIELLE : Lorsqu’on le décortique, on peut déceler plusieurs sens. D’abord, les « plumes » font autant référence à Vickie et moi, à notre écriture, qu’à celle de nos clients, des textes sur lesquels on travaille. Le « bruit », quant à lui, peut renvoyer au message d’un texte qui se propage, au retentissement d’une courtepointe de mots qui fonctionne, qui entraîne l’effet escompté. Parce que c’est ce qu’on cherche à faire lorsque l’on rédige; on veut convaincre, accrocher, percuter. Le « bruit », au contraire, peut aussi être ce que l’on doit chasser, soustraire d’un texte, ce qui lui nuit. On s’affaire donc à débruiter les textes de ses indésirables.

VICKIE : J’ajouterais que le « bruit », c’est aussi notre côté fougueux, éclaté, créatif, hors norme. C’est notre volonté de sortir des sentiers battus, de se faire remarquer, de se faire entendre. Alors que les « plumes » représentent notre côté plus tendre, sensible, élégant. C’est celles qui s’exercent à raffiner les textes, à en faire jaillir la beauté. C’est celles qui façonnent le « bruit » pour le rendre mélodie.

FR : Est-ce qu’il y a des choses particulières à considérer lorsqu’on part une entreprise en région? Si oui, lesquelles?
G : Ce qui est beau d’un projet entrepreneurial en région, c’est que lorsque le créneau choisi est peu exploité, on a le champ libre. Il y a peu de compétiteurs, on fait sa marque plus facilement. Mais le bassin de clientèle étant plus petit, il faut savoir tirer son épingle du jeu.

Les projets d’entreprise sont très encouragés en région où se créer du travail devient une nécessité parfois.

V : Le bouche-à-oreille est un de nos plus grands alliés, tout comme il pourrait devenir une menace. Étant donné que les communautés sont plus petites et rapprochées, que « le monde est petit » (ou que la famille est grande, si l’on préfère!), le mot se passe plus facilement. Les gens se parlent, nous recommandent. Il est fréquent de se faire référer d’un client satisfait à un autre. Mais l’inverse pourrait être tout aussi possible. Il faut donc s’assurer que notre travail répond aux standards de qualité et que nos relations avec nos clients restent clémentes.

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FR : Aujourd’hui, quel est votre plus grand défi? Votre plus grande fierté?
G : Après un an d’existence, nous avons encore beaucoup d’éducation à faire sur l’importance des services linguistiques, sur l’apport considérable qu’ils peuvent apporter à l’image d’une entreprise. Ce sont souvent des services considérés « de luxe », pour lesquels les entreprises n’ont pas de budget ou qui sont plutôt confiés à quelqu’un à l’interne qui n’est pas un expert. Alors, on continue d’user de stratégies pour attirer l’attention vers nos services et l’on s’efforce pour chaque contrat d’entraîner le plus de répercussions positives.

Sinon, il y a un an, on se lançait tellement dans l’inconnu! Je suis donc simplement fière que le projet soit encore bien vivant, plus fort que jamais. On en apprend encore tous les jours, et heureusement, ça n’arrêtera pas là. Et lorsque ton outil principal, la langue, est en constante évolution, c’est quasi impossible de ne plus apprendre.

FR : Quels sont vos projets pour l’avenir? Vos rêves linguistiques?
G : Nous sommes en train de bâtir une clientèle solide dans le Bas-Saint-Laurent et l’Est-du-Québec, nous faisons notre place auprès de différents types d’entreprises de notre région. Nous tenterons de développer plus vers l’ouest, voir ce que les grands centres ont à nous offrir.

Nous regardons aussi à ajouter des services complémentaires. Pour ma part, les arts visuels font beaucoup partie de ma vie. J’aimerais beaucoup développer une expertise qui allie l’illustration, le graphisme, la typographie et l’écriture. Ça mijote!

FR : Quelles sont vos inspirations littéraires?
G : Je suis pas mal cordonnière mal chaussée là-dessus. Je ne lis pas beaucoup de romans. Je suis une dévoreuse de bandes dessinées, de recueils, une amatrice de magazines, de blogues, de chroniques. Rares sont les romans qui ont réussi à m’hypnotiser du début à la fin. Je me rabats sur le court, mais percutant, je me réfugie dans les formats qui offrent de l’émotion en concentré. J’aime beaucoup une écriture franche qui fait fi de ce que tout le monde pense.

V : Il y en a tellement! Je suis, au contraire de Gabrielle, une très grande lectrice de romans. J’ai toujours aimé les romans qui jouaient beaucoup sur la langue, sur la syntaxe. J’ai besoin de me faire happer par un style d’écriture, par un langage. Vickie Gendreau et Mathieu Arsenault ont une place de choix dans mon coeur. Pour leur style éclaté, leur cynisme, leur mordant. Je trouve leur écriture brillante. Sinon, si je veux une valeur sûre, je vais piger chez Le Quartanier, Alto, La Peuplade ou les Éditions de Ta Mère. Je sais que je ne serai pas déçue.

FR : Comment procurez-vous vos livres en région?
G : Il a plusieurs librairies indépendantes par chez nous! Que ce soit à Trois-Pistoles, Rivière-du-Loup ou Rimouski, on peut trouver toutes les nouveautés et avec un peu de patience, les libraires peuvent toujours nous dénicher ce qu’on cherche, suffit de demander! Là-dessus, nous n’avons rien à envier à la grand’ ville!

V : En plus de fréquenter les librairies, j’aime bien aller à la bibliothèque. Je peux toujours faire venir un livre qui n’est pas disponible grâce au système de prêts entre bibliothèques. En plus de m’aider à économiser, le livre reste un certain temps à la bibliothèque de Trois-Pistoles et peut être découvert par d’autres usagers!

FR : Quel est votre coup de cœur littéraire le plus récent?
G : Hiroshimoi, de Véronique Grenier.
V : La femme qui fuit, d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

FR : Quel est votre mot préféré de la langue française?

G : Merveille.

La vie m’offre souvent des merveilles, au bon moment. Ce mot me rappelle justement de faire confiance à la vie. La merveille, ce p’tit éclat vital dans l’œil.

V : Empreinte.
D’abord, allez savoir pourquoi, j’aime la sonorité du mot. Ensuite, je suis toujours soucieuse de l’empreinte que je laisse quelque part, que ce soit écologiquement ou par mes mots, mes actions. Mais, surtout, le mot « empreinte » me rappelle que nous sommes tous uniques, et que cela explique pourquoi nous faisons tous des choix différents. Cela m’aide à relativiser les choix et actions des autres.

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P.-S. Les dessins sont de Gabrielle Rousseau, fille de nombreux talents! Et je vous conseille fortement d’aller faire un tour sur leur page Facebook pour y découvrir, entre autres, les coquineries du vendredi!

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S’approprier ce qui nous appartient déjà

En tant que biologiste, je croyais que la seule façon de sensibiliser les gens à l’importance de protéger la nature, c’était d’énumérer les faits scientifiquement prouvés : « Un nombre X d’espèces est disparu dans le golfe du Saint-Laurent depuis cette année-là. » Ou encore « Après un déversement, un nombre Y de Québécois pourrait ne plus avoir accès à l’eau potable. » Le recueil J’écris fleuve m’a prouvé qu’on pouvait faire autrement : faire ressurgir nos sentiments pour la nature grâce à la beauté des mots et à la force de la littérature.

Trente-cinq textes sur le même thème, mais sous des angles complètement différents. Certains abordent des souvenirs d’enfance sur les rives du fleuve, les châteaux de sable, les pique-niques et la première sortie de pêche père-fils. D’autres traitent de l’importance du Saint-Laurent dans leur processus d’écriture et leur vie d’auteur. Certains dénoncent ce qu’on lui fait subir avec ironie et insolence. On fait souvent référence à son histoire, à ses explorateurs et à ses appellations, mais on est loin du manuel scolaire. On a parfois affaire à de la prose, du récit ou encore de la fiction. Peu importe le contenu ou la forme, l’amour pour le fleuve émane de tous les textes. Pierre Ouellet écrit :

« Ce grand cours d’eau, c’est le cours de notre vie : la veine émissaire de notre histoire, l’artère coronarienne de notre terre, la jugulaire d’un peuple qui sent à chaque instant le couteau du temps prêt à trancher dans son destin… »

Difficile de ne pas nous questionner sur le développement de notre territoire en lisant ce recueil.

Militer avec des mots

Créé dans la foulée des projets d’exploration et d’exploitation de pétrole comme Old Harry et Anticosti, ainsi que des pipelines de TransCanada, J’écris fleuve se veut d’ailleurs un livre-intervention. Isabelle Miron et Vincent Lambert, qui ont dirigé sa création, veulent qu’on se réapproprie le cours d’eau pour mieux le protéger. Le Saint-Laurent, c’est la porte d’entrée de l’Amérique. C’est aussi un réservoir de vie, où viennent se nourrir baleines, poissons et oiseaux marins. Pourtant, on l’oublie, on l’ignore, « on le laisse couler tout seul », disent-ils.

Mes coups de cœur? D’abord le texte de Jean Bédard intitulé Tenir au fleuve comme à la vie. L’essayiste, philosophe et romancier rappelle comment notre santé est liée à cette eau :

« Celui qui tient à la vie tient à ce que l’air soit vif et pur; l’eau, limpide; la nourriture, bonne pour la santé; le climat terrestre, stable; les conditions sociales, favorables à la paix. Il y tient. Alors, il surveille le fleuve. […] Car s’il est malade, nous le sommes tous. »

Loin de s’apitoyer ou de culpabiliser le lecteur, il recommande plutôt de faire preuve d’humilité et d’accepter d’être dans la nature, et non pas au-dessus d’elle. J’aurais eu envie de citer à peu près toutes ses phrases tellement elles sont puissantes. Je vous laisse plutôt le loisir de le lire et de vous laisser prendre, vous aussi, par l’envie de militer pour la défense du cours d’eau.

Parmi mes textes préférés, il y a l’irrévérencieux de Bernard Émond et celui sur l’appréhension de la mort et du temps pendant l’enfance, par Stéphanie Pelletier. Et l’extrait du prochain roman d’Yvon Rivard, où l’on arrive à entendre les pas du personnage sur les rives, dans les traces de Gabrielle Roy. Et aussi…

Vous voyez ce que je veux dire?

Si certains auteurs ont pris la plume spécialement pour cet ouvrage, on y retrouve aussi un extrait d’une lettre de Gatien Lapointe, écrite en 1962 pour ses amis français, dans laquelle il tente de justifier l’écriture de la poignante Ode au Saint-Laurent (à lire absolument). L’auteur dévoile ses doutes et son besoin d’approbation face à ce qui deviendra pourtant une œuvre majeure de la littérature québécoise.

Les lieux et l’ambiance importent peu

J’ai découvert ce recueil lors d’une soirée de lecture publique bordée par des notes de piano à queue et de contrebasse. J’ai été émue à de nombreuses reprises. J’ai pleuré quelques fois. J’ai acheté le recueil et l’album du groupe jazz en me disant que je voudrais bien reproduire l’expérience à la maison. Ironiquement, J’écris fleuve est devenu ma bouée de secours dans le métro. Il me fait oublier où je suis et me ramène là où j’ai grandi, sur le bord de l’eau. Le vrombissement constant des systèmes d’aération devient le bruit des vagues et les courants d’air, la brise marine. Je sens le sable sous mes ongles.

Tout au long de la lecture, j’ai tenté de définir, moi aussi, quel était mon lien avec le majestueux cours d’eau : si j’avais eu à écrire pour ce livre, qu’aurais-je raconté? Probablement une histoire de traversier. Et vous, quels sont vos souvenirs du fleuve?

Frères : Un tout inclus dans l’aventure

Vous n’êtes pas du genre à lire des romans d’aventures, vous considérez la lecture de Moby Dick plutôt fastidieuse et celle de L’Odyssée d’Homère inaccessible? Ce qu’il vous faut, c’est Frères, le premier roman de David Clerson.

Considéré comme un roman d’aventures, Frères parle avant tout de la relation entre deux frères, l’un manchot et l’autre avec des bras trop courts :

Le premier, manchot, marchait devant, d’une démarche incertaine, comme si son membre manquant nuisait à son équilibre. Le second le suivait quelques mètres plus loin avec ses bras d’infirme, trop courts pour son corps. Tous deux avaient de l’eau jusqu’au ventre et la sueur coulait le long de leurs visages, si semblables avec leurs regards noirs et leur air de dieu étranger, primitif. (p. 9)

Ils vivent à l’écart de la société dans une petite maison qui s’autosuffit avec leur mère, une femme qui devient de plus en plus sénile. L’écriture de Clerson est simple et sans superflu; chaque mot est pesé, chaque phrase est significative. Elle reflète cette simplicité de l’enfance qui parfois rappelle celle du Grand cahier d’Agota Kristof.

Frères réussit un exploit : être le parfait mélange de romans d’aventures classiques. Chasser la baleine de Moby Dick, rencontrer le père de Pinocchio, s’animaliser comme dans Sa majesté des mouches, vivre L’Odyssée, aimer un frère du Grand cahier en s’inspirant de la Bible et de la mythologie.

En lisant ce roman, vous partez à l’aventure : vous avez un frère à qui vous tenez comme à la prunelle de vos yeux, vous devenez manchot, vous vous faites intimider par les enfants-sangsues et êtes prisonniers d’un cirque d’enfants-porcs, vous construisez un bateau, vous voguez en mer pendant des jours, vous portez une tunique faite en peau de chien, votre confident est Pantin le pantin, vous vous vengez des gens qui vous font du mal, vous vous battez pour être en paix avec vous-mêmes. Votre quête identitaire vous anime : chercher ce « chien de père » qui vous a abandonnés et a rendu malade votre mère, « une momie morte-vivante ».

Et il riait et lui parlait sans cesse, lui racontant sa mère, son frère, l’histoire de leurs origines, et surtout de son chien de père, lui qui venait comme lui de l’océan, et qui avait navigué, « tu sais, dans une barque de bois, comme le bois de tes bras, et qui a vu des monstres, et qui les a combattus, comme toi. » (p. 30-31)

Un récit sur l’enfance, l’initiation, la place des rêves, la cruauté et la violence, bien équilibré par son atmosphère autarcique qui permet d’y croire. Un monde différent du nôtre, mais tellement juste.

143 pages pour s’interroger sur les aventures de notre enfance à l’aide de la puissance des mots utilisés et la justesse des images de Clerson. 


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