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Les bibliothèques des fileuses

Inspirée par l’article de Marjorie sur nos coins lectures, j’ai décidé de demander aux fileuses de m’envoyer une photo de leurs bibliothèques avec quelques lignes sur la façon de classer leurs livres ou bien de ce que représente cet endroit pour elles. Je trouvais cette petite incursion intéressante puisqu’on sait bien que les bibliothèques sont le miroir de l’âme, non? Peut-être pas, mais reste que la curiosité l’emporte et qu’on se plait tous à zyeuter un peu les bibliothèques d’autres passionnées de livres.

La bibliothèque de Léonie

Au fil de quelques voyages, j’ai conservé les plans des villes bariolés de gribouillis qui m’ont aidée à me rendre aux endroits conseillés. Je les ai disposés, collés et vernis au fond de ma bibliothèque, là où les livres prennent appui.

Mon classement est par genre (policier, guides voyage, romans, dictionnaires, livres d’art). Aussi les livres en anglais sont classés à part, les romans sont divisés par maisons d’édition, et aussi entre ceux qui sont lus et ceux qui sont adorés.

Les livres qui ne sont pas de référence, à lire ou à prêter, sont chez mes parents dans une petite bibliothèque surchargée sous l’escalier.

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La bibliothèque de Marjorie B

J’ai toujours rêvé d’une bibliothèque avec des portes vitrées! Pour moi, la bibliothèque est un refuge, me réconforte, rend la pièce qui me sert de bureau un peu plus chaleureuse. Je classe habituellement mes livres par noms d’auteur(e)s, mais ce n’est pas très long avant qu’un ménage soit de mise! Je reclasse, trie et donne mes livres presque chaque saison! Évidemment, il y a les classiques auxquels je suis profondément attachée et les livres qui évoquent certaines périodes importantes qui demeurent année après année sur la tablette qui leur est réservée! 
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La bibliothèque de Stéphanie

90 % québécois et le reste il s’agit de quelques classiques lus pendant mon DEC en Lettres et mes manuels de sciences infirmières.
Je classe habituellement par ordre de grandeur, seulement pour faire beau. J’adore ça passer du temps à m’asseoir et regarder les titres, le cou un peu cassé.
Je dois me rendre à l’évidence que ça nécessitera plus de rangement dans un futur très proche.

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La bibliothèque de Clara

J’ai eu la chance de grandir dans une maison avec plus de 3000 livres. Une petite maison, remarquez, alors vous pouvez vous imaginer le nombre de bibliothèques qui recouvraient les murs! C’était donc vraiment important pour moi, une fois que j’ai quitté la maison familiale, d’emporter ma portion de livres avec moi pour me sentir vraiment chez moi dans mon nouvel appart. Organisés par langue et ensuite géographiquement (les irlandais ensemble, les québécois ensemble, etc.) mes bibliothèques me donnent le plaisir de me sentir bien chez moi.

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La bibliothèque de Vanessa

Mes bibliothèques sont classées de différentes façons. D’un côté, j’ai les livres policiers, les romans graphiques, les classiques de mon enfance, les romans plus légers et tous les livres d’Amélie Nothomb (elle a une place unique). Ils sont classés par auteur, mais sans ordre particulier. De l’autre côté, j’ai les romans québécois, les romans français et étrangers. Ceux-ci sont classés par maison d’édition et par auteur. Puis, j’ai la tablette du haut d’un garde-robe où je cache les livres restants, parce que je n’ai plus de place! Quand on regarde mes bibliothèques, on voit juste un énorme désordre. Pourtant, j’vous JURE que je m’y retrouve et que cette organisation « incroyable » me permet de mieux conseiller mes amis lecteurs.

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La bibliothèque d’Anne-Marie

Ma bibliothèque est une grande source de fierté et de bonheur pour moi, mais le plus grand cauchemar de mes proches quand je déménage! Les romans sont classés en ordre alphabétique d’auteur, les ouvrages de sociologie et de féminisme sont simplement placés les uns à la suite des autres. Même si je rêve d’avoir un jour un mur couvert d’étagères, qui croulent sous mes livres enfin tous réunis à un seul endroit, j’aime bien l’idée que dans mon petit appartement, peu importe où je pose le regard, je suis assurée de croiser un livre. 

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La bibliothèque de Martine

Je classe mes livres en ordre alphabétique! Mes cinq années en librairie m’ont rendue un peu trop habituée et ça reste la façon la plus facile pour moi de trouver un livre quand j’en cherche un! J’ai donné quand même beaucoup de livres dans les dernières semaines parce que j’en reçois beaucoup et en achète encore trop. C’est quand même super important pour moi de conserver mes livres préférés à ma portée, ne serait-ce que pour les relire ou les prêter! Mes étagères ne sont toutefois pas très utiles, car je manque de place et qu’en plus, le classement est plus ardu que dans une bibliothèque, car j’ai toujours peur que les livres tombent. Bref, un jour je me ferai construire une bibliothèque encastrée dans un mur… c’est sur ma liste de rêve 😉 Avec une échelle bien entendu! 

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La bibliothèque d’Amélie

Je suis pas mal fière de ma bibliothèque, parce qu’elle a été entièrement imaginée et assemblée par mon copain et moi. Quand on a déménagé dans notre appartement actuel, il y a presque un an, on est passés d’un grand cinq et demi à un petit quatre et demi, et il a fallu revoir la façon de ranger nos livres. Après pas mal de recherches (et d’idées avortées), on a trouvé les planches à Lachine, acheté les briques sur Kijiji(!) et sélectionné soigneusement les coudes de tuyau à la quincaillerie. On a monté la bibliothèque, j’y ai rangé les livres, et l’appart est devenu notre maison.
Je classe mes livres par catégorie (fiction, non-fiction, bédés, poésie, théâtre), puis par ordre alphabétique. J’essaie de garder seulement ceux que j’aurai envie de relire un jour, ou qui ont une signification particulière; le reste, je les donne. Et j’ai toujours une bonne pile de trucs à lire, gardés à l’écart du reste pour me mettre autant de pression que possible.

 

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La bibliothèque de Marion

Emménagée à Montréal depuis un an, je me souviens surtout de mon déménagement, alors que j’avais classé tous les livres que je possédais, donné le superflu, puis emballé mes livres préférés dans des boîtes afin de les amener dans mon nouvel appart (mon frère me rappelle d’ailleurs très souvent le nombre énorme de boîtes de livres qu’il m’a aidée à monter jusqu’au troisième étage). Ayant moins de place que chez mes parents, j’ai réussi à entrer tous mes livres dans deux bibliothèques, qui sont désormais le reflet de mon âme littéraire. 
Je classe mes livres par genre : jeunesse, étranger, classiques français, littérature québécoise, bande dessinée, essais, puis par format (les livres de poche ont leur section à eux). Pendant un moment, ils étaient ensuite classés par ordre alphabétique d’auteurs à l’intérieur de ces sections, mais j’avoue qu’un certain bordel règne depuis quelque temps. Également, ayant beaucoup trop de livres pour la place dans la bibliothèque, je fais des doubles rangées. 
Une de mes bibliothèques retient tous mes livres jeunesses et adolescents que j’ai gardés et que je relie à l’occasion, l’autre, sauf une section jeunesse tout en haut qui ne rentrait pas dans la première, la littérature générale. Mes bibliothèques sont dans ma chambre, surtout par manque de place, mais j’aime leur proximité, ainsi je peux y prendre un livre n’importe quand, lorsqu’une envie de relecture me prend le soir. Dans un futur proche, j’aimerais énormément avoir de la place pour plus de bibliothèques et pouvoir éliminer les doubles rangées, chaque livre ayant une place égale et bien visible, les uns à côté des autres. 
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La bibliothèque de Karina

Ma bibliothèque est rangée comme suit : par genre (québécois avec québécois/BD/horreur/classique français-anglais/fantastique, auteur-e. Voilà. J’essaie aussi de mettre ceux qui ne sont pas encore lus plus en évidence. J’ai également un document Word ou j’entre tous mes livres non lus, comme ça je sais la quantité de livres que je dois encore lire.

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L’Inde littéraire (2e partie) : L’équilibre du monde

Après avoir fini Shantaram, j’étais désormais au Bihar, l’un des états les plus pauvres et les plus peuplés de l’Inde. Un peu plus de 100 millions d’habitants, juste pour vous dire. C’est dans cette région où Bouddha aurait eu son illumination que j’ai poursuivi mes lectures indiennes avec le roman L’équilibre du monde de Rohinton Mistry.

Deux mois après l’avoir lu, je n’arrive toujours pas à m’expliquer ce qui m’a autant choquée et émue; c’est sans doute le livre qui m’a fait vivre le plus d’émotions jusqu’à ce jour. Peut-être est-ce la magnifique plume de Mistry qui rend ses personnages si humains, si attachants, qu’on ne peut supporter qu’une injustice de plus leur arrive. Peut-être était-ce aussi de constater que le récit que j’étais en train de lire pouvait être celui de l’homme assis près de moi dans le train, celui qui regardait curieusement le livre dans mes mains.

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Dans les rues étroites d’Amritsar, au Punjab.

C’est dans une Inde en plein changement, aux lueurs de son indépendance, que se campe L’équilibre du monde. Tout commence avec Dina, une femme qui ne peut se résoudre à abandonner son autonomie aux mains de son frère, un véritable patriarche. Dans sa lutte pour conserver son équilibre, elle en vient à partager son quotidien avec Maneck, l’étudiant venu des montagnes, ainsi qu’avec Om et Ishvar, deux tailleurs intouchables. Tous sont issus de castes et d’univers différents, mais le toit de Dina deviendra un nid familial bricolé de toutes pièces, une sorte de refuge… jusqu’au prochain malheur.

Dans cette vie où chaque instant de quiétude et de liberté est férocement gagné, les quatre personnages sont constamment happés par quelque chose de plus gros qu’eux; ils subissent la douloureuse histoire du XXe siècle en Inde. C’est à un rythme effréné qu’ils se voient bousculés entre la partition de l’Inde et du Pakistan, les affreuses stérilisations forcées par le gouvernement ainsi que l’avènement de la mondialisation peu clémente pour les commerçants locaux. Et au fil des événements, on se dit que c’est trop, qu’une personne ne peut supporter tout cela. Et pourtant, ça continue.

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La lessive dans le Gange (Varanasi)

L’équilibre du monde est un livre puissant, il n’y a pas à redire. Entre l’écho des machines à coudre d’Om et d’Ishvar, c’est la plainte de Fantine des Misérables qu’on croirait entendre. À travers Dina, personnage pour qui le travail et le logement seront des combats éternels, on pourrait voir apparaître le spectre des Raisins de la colère de Steinbeck. À leur façon, ces œuvres mettent toutes en scène l’injustice, celle qui traverse les époques et prend sans cesse de nouvelles formes, elle est intarissable.

En refermant le livre, j’étais loin d’en avoir fini avec lui. Je me demandais toujours ce qu’avait voulu dire Mistry avec son titre. L’équilibre du monde, au fond, était-ce celui précaire des personnages, toujours à un centimètre de s’effondrer, oscillant constamment entre de grandes joies et des peines insoutenables? Était-ce celui qui faisait en sorte qu’en me promenant la nuit à New Delhi, en route vers mon hôtel, j’apercevais des centaines de gens dormant dans les rues, parfois entre les deux voies de la route? Et quelle surprise de constater que le matin venu, ces mêmes gens se réveillaient et se lavaient, prêts à se rendre au travail.

C’est dans ces moments que je réalisais l’immensité du pays, un peu plus d’un milliard de vies qui cohabitent les unes collées sur les autres. Et dans ce tourbillon humain, c’est la vie qu’on peut voir surgir à tout instant, parfois dans les recoins les moins habitables. En y repensant, je me dis que c’est précisément là que réside l’équilibre; la survie impose de prendre ce qu’on refuse de nous donner, de fleurir là où l’on voudrait nous déraciner. Et c’est pourquoi L’équilibre du monde est une oeuvre essentielle : elle rend visible la vie invisible de la femme seule, elle raconte le récit indicible de l’intouchable. Une véritable leçon de dignité et d’insoumission.


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D’amour et d’air frais : La mer, trois kilomètres à gauche

Ce n’est plus un secret, une partie de mon cœur est à l’archipel des Îles-de-la-Madeleine, pour ses plages, bien entendu, mais aussi pour sa culture et sa littérature. Parmi mes coups de cœur insulaires se trouve la maison d’édition la Morue verte, qui s’engage à promouvoir et à diffuser les auteur.es des Îles, toutes disciplines artistiques confondues. En ce début d’automne encore doux, j’y ai déniché ma perle rare pour Le fil rouge, c’est-à-dire le livre le plus réconfortant que j’ai eu la chance de lire cette année.

Native de Havre-aux-Maisons, Suzanne Richard publie en 2013 un premier recueil de nouvelles qui a tout pour réjouir. La mer, trois kilomètres à gauche présente une galerie d’individus dans différents évènements qui jalonnent l’existence : le deuil, la maladie, la famille et ses rituels, l’amour naissant comme le couple qui se meurt. Les protagonistes sont d’âges et de caractères bien disparates, même si le ton narratif demeure toujours plus distancié. Usant des expressions locales, toutes les histoires se déroulent aux Îles et dépeignent différentes facettes d’un quotidien contemporain. J’ai eu l’impression que la conteuse s’adressait à nous, gens de la Grand’ Terre, lorsqu’elle suspendait le récit pour expliquer les coutumes et leurs termes qui leur sont associés.

Si la nature règne en maîtresse aux Îles, Richard reflète judicieusement ce rapport au temps et à l’environnement en divisant son recueil en quatre parties portant le nom de chacune des saisons. Ainsi, cycles de la nature et cycles de la vie humaine se font échos, inscrits dans un même engrenage évolutif où la fin laisse place au renouveau. C’est peut-être cette sérénité organique qui imprègne l’écriture de l’auteure et y diffuse une bienveillance. Il y a là un humour doux, lumineux, dans lequel ne pointe aucune trace d’acidité ou d’ironie. Les textes sont humains, inspirants dans leurs imperfections, et témoignent d’une grande empathie envers les personnages, qui sont eux-mêmes solidaires entre eux. À mon sens, une belle réflexion sur l’amitié et les liens qui nous unissent.

Richard, en plus d’un talent certain pour construire des récits courts dynamiques, possède un regard poétique unique aux images particulièrement bien trouvées. La combinaison de ces habiletés offre une lecture qui se dévore d’une traite, mais qui laisse sur l’âme l’impression d’un petit baume confectionné avec amour.

Pendant des heures, le vent vide ce qu’il a sur le cœur. Par moments, il fait mine de perdre son souffle pour reprendre de plus belle. Pendant que dehors le temps rage, le calme se dépose à l’intérieur. Comme si le tumulte de Sandrine renonçait à affronter plus grand et plus fort que lui.

Son premier hiver. Sans François.

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Un feel good book assumé sans forcer la note, aux effets bien ménagés. Autrement dit, un livre qui fait du bien en plus de distiller un petit vent salin. Parce qu’honnêtement, qu’y a-t-il de mieux sur Terre qu’une mer, trois kilomètres à gauche?

Le recueil est en vente en librairie partout au Québec.

Richard, Suzanne. La mer, trois kilomètres à gauche. Gros-Cap : la Morue verte, 2013, 91 p.


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Une bibliothérapie sans même ouvrir un livre…

… dans un salon du livre.

C’était lors de la fin de semaine du 1er octobre 2016 que se tenait le 52e Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Venant de cette région, je ne pouvais manquer cet événement qui enflamme toujours mon cœur de lectrice. La seule différence d’avec les précédentes éditions, c’est que cette fois-ci j’y assistais avec mes yeux de fileuse, ouverte à l’absorption de tout ce qui s’y trouvait.

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L’emplacement des Éditions Alto lors du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean, 2016.

Un salon du livre est le moment de l’année, dans votre région respective, pour rencontrer les auteurs qui vous tiennent éveillés tard le soir, qui vous font rêver, pleurer et réfléchir. Le moment pour aller dénicher des petites perles que vous n’auriez peut-être pas vues en librairie. Le moment pour aller vous emplir de cette ambiance festive où l’on célèbre les livres et où l’on en parle avec passion. Le moment pour aller faire dédicacer vos livres préférés et peut-être vivre des petits moments bouleversants.

Mon moment bouleversant : Larry Tremblay 

Lorsque j’ai vu passer Larry Tremblay derrière moi et que je l’ai vu se rendre à sa séance de dédicaces pour son plus récent livre, L’impureté, je suis devenue stressée : que dire à un auteur qu’il n’a pas entendu maintes et maintes fois?

Il faut juste être soi-même.

Je n’arrêtais pas de parler : je lui ai dit que je l’avais découvert grâce au Christ obèse et que je lisais assidûment tout ce qu’il publiait depuis. Étant enseignante de littérature, L’orangeraie était l’incontournable que je faisais toujours lire dans mes cours de littérature québécoise. J’agaçais même tous les gens de mon entourage pour qu’ils le lisent. J’avais tellement de passion dans les yeux (j’imagine!), qu’il m’a ouvert les bras et nous nous sommes enlacés pendant quelques secondes. Ça m’a apaisée. J’ai reçu un grand élan d’amour et de remerciements d’un de mes auteurs préférés et c’est ce que je considère comme une bibliothérapie sans même ouvrir un livre.

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Je me suis tournée vers mon père, qui m’accompagnait cette journée-là, et j’ai su que mon Salon du livre était complet grâce à cette petite rencontre qui a su me faire « vivre le livre ».


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Le grand marin : la quête de l’aventure au bout du monde

Le grand marin, premier roman de Catherine Poulain, c’est l’histoire de Lili, une Française qui abandonne tout pour aller pêcher à Kodiak, en Alaska.

En moins de deux minutes, ma libraire m’avait convaincue que ce roman était ce qu’il me fallait, mais je n’arrivais pas à m’expliquer mon engouement pour celui-ci, n’ayant jamais eu d’intérêt particulier pour le monde de la pêche hauturière, un milieu d’hommes solitaires, âpre et dur.

Malgré tout, j’étais pressée de me plonger dans ce livre, curieuse de comprendre ce qui peut bien motiver une Française à tout laisser derrière elle pour travailler illégalement sur des bateaux de pêche au bout du monde. Je crois que j’étais attirée par la singularité de l’histoire. Je voulais savoir comment Lili allait faire sa place parmi ces hommes. Je voulais savoir comment elle allait survivre à l’épreuve physique redoutable à laquelle les pêcheurs s’astreignent.

En lisant Le grand marin, il ne faut pas s’attendre à une histoire remplie d’intrigues, puisque ce livre n’est que le récit du quotidien de Lili dans ce lieu isolé du reste du monde. Celle-ci se fait embaucher comme matelot pour la pêche à la morue noire et au flétan sur le Rebel, où elle est la seule femme à bord. Elle fait ses preuves, apprend à la dure les rudiments de la vie sur un palangrier et, de retour au port, elle traîne dans la ville et dans les bars avec ses compagnons dans l’attente de rembarquer sur un bateau. Elle tombe même en amour avec celui qu’on appelle Le Grand Marin.

Bien que la vie d’un matelot soit plutôt répétitive, j’ai lu ce livre avec avidité. Le rythme est soutenu, les phrases sont courtes et chaque mot est bien choisi. J’ai été rapidement happée par le style de l’auteure qui relate avec force l’acharnement au travail des matelots malgré l’épuisement, le sang des poissons, le danger, le froid, le vent et la douleur. En voici un extrait :

Mais chaque matin à présent, le skipper nous réveille en criant. Il nous faut sauter dans nos cirés humides, moi dans mes bottes encore trempées. Pas le temps pour un café, le vent nous gifle, le ciel blanc nous éblouit. On n’a pas le temps de comprendre que l’on se retrouve plongés dans le froid et l’action, on passe d’un sommeil de brute à un demi-sommeil aveugle. Les mains gonflées ont du mal à se déplier, ces bras et poignets qu’il faut réveiller, forcer à reprendre vie. Les gestes sont mécaniques, rien ne compte plus que la ligne qui remonte, à laquelle il faut veiller et qu’il faut délester de sa prise. Pêcher, sans relâche.

Sans aucun doute, la force de ce roman réside dans les descriptions vives et vigoureuses de l’auteure. Elle nous fait ressentir magnifiquement l’exaltation du pêcheur lorsqu’il affronte la mer et sa solitude et sa détresse lorsqu’il pose les pieds au sol.

En prenant connaissance de la biographie de l’auteure, nous devinons que ce roman doit être en partie autobiographique. Catherine Poulain est une aventurière dont la vie est remplie d’expériences hors du commun. J’espère qu’elle continuera à écrire pour nous plonger dans ces univers loin de notre quotidien comme elle a su si bien le faire dans ce premier roman très réussi.

Et vous, avez-vous déjà été pris par surprise par un livre qui traitait d’un sujet plutôt rebutant aux premiers abords?


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Lectures d’horreur pour se préparer à l’Halloween

Le mois d’octobre est un peu comme le mois de décembre pour moi. Malgré l’impopularité de la fête de nos jours, j’adore l’Halloween. J’aime décorer mon appartement dès l’arrivée de l’automne, acheter des citrouilles, écouter les classiques de films d’horreur et aussi évidemment, lire des livres à thématique d’horreur. Il n’y a rien comme une lecture un peu creepy pour se mettre dans l’ambiance de la fête et de l’automne en général. Je vous propose donc quelques histoires dont j’ai apprécié la lecture.

Le chat noir d’Edgar Allan Poe

Illustration d’Aubrey Beardsley de la nouvelle Le chat noir

Le chat noir est une petite nouvelle parue en 1843. C’est l’histoire d’un homme qui adore les animaux, mais avec le temps son tempérament change et sa dépendance à l’alcool augmente, il développe un caractère agressif et commence à détester ses animaux et à les maltraiter. Un jour, il tue son chat d’une façon plutôt atroce. Peu de temps après ce meurtre, d’étranges évènements se produisent. C’est une nouvelle mélangeant la réincarnation, la vengeance, et bien sûr, pour une bonne histoire d’horreur, un fantôme.

« Une plainte, d’abord voilée et entrecoupée, comme le sanglotement d’un enfant, puis, bientôt, s’enflant en un cri prolongé, sonore et continu, tout à fait anormal et antihumain, un hurlement, un glapissement, moitié horreur et moitié triomphe, comme il en peut monter seulement de l’Enfer. »

La peur qui rôde de H.P. Lovecraft

La peur qui rôde est également une nouvelle, celle-ci est parue en 1923. C’est l’histoire d’un chercheur qui se rend au Mont des tempêtes où il y a une maison hantée depuis de nombreuses années. Il y a une créature qui hante la maison et les villages proches, créant plusieurs morts et un peuple hanté. Le chercheur se donne comme mission d’en apprendre davantage, et de même voir la bête dans d’atroces conditions stressantes, autant pour le protagoniste qui les vit, que les lecteurs. Sous un thème très nébuleux, une atmosphère lourde et bourrée d’orages atroces, on est plongés au cœur d’une chasse effrayante.

« Un homme, perdu dans les entrailles de la terre, avançait en se tordant, respirant avec peine, grattant le sol comme un fou, dans les détours ensevelis de cette obscurité sans âge. »

Avec Poe, H.P. Lovecraft est reconnu comme une influence majeure pour les générations futures en terme d’écriture d’horreur. C’est donc un bon duo pour vous plonger dans des lectures effrayantes avant l’Halloween. Évidemment, les deux auteurs ont une panoplie d’œuvres à découvrir qui vous plairont autant.

Voici d’autres suggestions de lecture d’horreur : Cujo, ou encore Carrie, de Stephen King et The woman in black de Susan Hill.

Et vous, quel est votre roman d’horreur préféré? Avez-vous hâte à l’Halloween?


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L’écho de leurs voix : combattre le silence

J’étais très contente quand Remue-Ménage nous offrait de lire L’écho de leurs voix, car j’avais été très heureuse de me plonger dans un roman qui traitait de l’histoire d’Haïti et de la dictature et de la chute de Duvalier. L’hiver dernier, j’avais lu Femmes au temps des carnassiers de Marie-Célie Agnant qui m’a beaucoup informée et conscientisée. J’adore le fait que la fiction nous permette de mieux comprendre un peuple, un pays et son histoire. Encore un merveilleux pouvoir des livres!

Dans ce dernier roman de Jan J. Dominique, on y suit des membres d’une famille haïtienne qui vit à Montréal. La jeune Claire, étudiante du cégep qui se cherche beaucoup, est un peu le personnage central qui relie tous les autres personnages qui parcourent l’oeuvre. Cette jeune fille reçoit un carnet en cadeau et c’est ainsi qu’elle se met à écrire et à se confier par le biais de l’écriture. Elle tombe aussi très amoureuse, de Hans, un homme très près de sa grand-mère qui lui fera vivre ses premiers grands émois amoureux. Elle ira jusqu’à perdre le fil de sa vie, respirant que pour se retrouver blottie dans les bras de cet amour.

C’est aussi cet homme qui l’incitera à se questionner sur son passé familial, sur le parcours de ses parents à Haïti. Il tente de doucement la manipuler et l’informer des horreurs qui dorment dans les albums de photos familiaux. Très près de la grand-mère du jeune homme, Claire sera pourtant avertie ; il ne faut pas s’attacher à Hans.

Ce portrait de famille est extrêmement touchant et l’écriture de la journaliste et auteure Jan J. Dominique rend parfaitement l’émotion de ses personnages. On sent dans le coeur des enfants d’immigrants le conflit qui existera toujours entre eux et leurs parents, mais ce désir pourtant si fort de comprendre d’où ils viennent et par où sont passés leur famille et leurs ancêtres. Le silence et les non-dits viendront cependant poser des questions tout au long du roman. La chute de la dictature de Duvalier ayant apporté plusieurs Haïtiens à Montréal, bourreaux inclus, vient questionner les notions de taire ou de nommer. D’expliquer ou bien de cacher. La culpabilité se mélangeait à une détresse.

-Dis-moi la vraie histoire, maman…

Mina soupira.

-Vous croyez qu’il m’a été facile d’oublier les atrocités commises avant ma venue au monde, ces drames que je n’avais pas vécus et qui me tourmentaient ? Je les ai rejetés. Mais je suis née avec ce bagage incrusté dans mes organes, soudant mes os, coulant dans goutte de mon sang en une flux immonde qui m’empoissonne.

Publié aux éditions Remue-Ménage, ce roman pose la question essentielle de l’écart entre deux générations. Les parents ayant vécu la dictature haïtienne doivent-ils raconter à leurs enfants? La transmission de la mémoire domine-t-elle toute l’horrible souffrance que procure le fait de se souvenir, de nommer, de mettre en mots? C’est un peu ce qui traverse l’entièreté de ce roman, avec des personnes qui ont immigré à Montréal et qui essaient de recommencer, même si on n’oublie jamais la douleur des souvenirs.

Mention spéciale à la superbe couverture du roman qui a été illustré par Mathilde Corbeil.

Je tiens aussi à souligner que les Éditions du Remue-Ménage célèbrent leurs 40 ans cette année et que c’est totalement essentiel qu’une maison d’édition féministe publie des ouvrages, des romans et des essais qui donnent parole aux féministes et aux préoccupations du mouvement. Pour tout ça et beaucoup plus, merci! Je continuerai de vous lire avec ardeur!

J’espère que vous avez eu la chance de visiter leur exposition 40 ans deboutteL’édition féministe selon Remue-ménage qui était présentée jusqu’au 2 octobre dernier à L’Écomusée du fier monde.


Le fil rouge tient à remercier les éditions du Remue-ménage pour ce service de presse
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Ces filles qui en savent trop

La vie n’est pas un paragraphe et la mort n’est pas une parenthèse.

 

Je ne lis pas de romans policiers.

La réponse logique pourrait facilement se traduire par le fait que je suis peureuse, que la simple idée qu’un livre trônant sur ma table de chevet contienne un tueur en série prêt à découper son voisin en julienne puisse être l’objet de mes cauchemars anticipés.

Mais la vraie réponse est que je n’y connais rien.
L’horreur s’offre à nous dans les journaux, à la télévision et au cinéma. Certains diront que c’est assez, que les bains de sang et les tueurs de masses ont été abordés assez souvent dans notre culture, qu’il faut arrêter de leur donner toutes ces attentions. Je n’ai jamais pu me faire une opinion éclairée sur la situation, puisque pour moi, la théorie abordée dans le roman policier du meurtrier en fuite reste un mythe. Même si le sujet paraît évident pour certains, il n’en demeure pas moins que quelque chose m’a toujours attirée, comme un fruit défendu.

Si je m’exalte et angoisse devant mon écran, l’idée de me plonger dans une histoire de 756 pages est parfois difficile à concevoir. J’ai souvent jugé le roman policier. Le qualifiant de prévisible, de facile ou de mauvais goût. Mais avec la lancée d’adaptations cinématographiques américaines de bon goût (plus particulièrement le dernier Fincher, brillant Gone Girl), je n’ai eu choix que de me confronter à la réalité : la littérature policière est plus que jamais en vogue.

Ainsi, courage en mains, un oeil mi-clos par peur d’avoir peur (j’ai toujours été très fataliste), j’ai décidé de m’attaquer au thriller policier.

Et je réalise que ce style, parfois pointé du doigt comme étant le vilain canard de la littérature, est un des genres les plus sous-estimés.

Car oui, la littérature policière est pertinente. Elle exige une précision indéniable, un sens du récit instinctif, mais surtout un esprit vif qui, chaque fois, surprend son lecteur.

Nous voici donc en octobre. Et quelle meilleure saison que l’automne pour se donner froid dans le dos et se réconforter auprès d’une tasse de café? Avec deux motifs très valables, je me suis donc attaquée au très médiatisé THE GIRL ON THE TRAIN, de Paula Hawkins.

La fille du train, roman paru en 2015, est considéré comme un des meilleurs ouvrages de l’année. Plus de cinq millions d’exemplaires vendus, traduit en 14 langues en plus d’une adaptation cinématographique sortie début octobre 2016, ce premier roman est un énigmatique thriller qui ne laissera aucun de ses lecteurs indifférents.

Il s’agit de l’histoire de trois femmes (Anna, Rachel, Megan) et de leurs trois points de vue sur le mariage, la fidélité et leur perception du futur. Chacune des femmes est reliée par un élément.
Plus précisément, c’est le récit de Rachel, femme de 32 ans, se remettant très mal du divorce de son mari qui vient de refaire sa vie avec sa maîtresse et leur enfant dans la maison que jadis, Rachel et lui habitaient. Depuis, elle sombre dans un alcoolisme brutal. Pour occuper ses journées et bien cacher son chômage à sa colocataire, elle entretient la même routine qu’avant, soit prendre le train de 8 h et faire l’aller-retour Londres. En chemin, elle s’affectionne pour un couple habitant le même quartier que son ex-mari. À la fenêtre du train, elle leur imagine une vie. Mais le jour où cette femme disparaît, Rachel se voit mélangée à leur affaire.
À quel prix doit-on savoir la vérité? Doit-on se craindre soi-même avant de faire confiance à qui que ce soit?

La fille du train porte bien ses allures. Ce thriller psychologique est d’une intensité rare qu’on ne peut concevoir de le mettre en pause. Il faut tout le lire, tout de suite. On est transporté par ses détails, par ses trois points de vue qui nous posent toujours la question essentielle : « Ai-je oublié un détail? » C’est un roman captivant, intense, engagé et extrêmement féministe.

La force du roman réside en sa critique sociale. Paula Hawkins a visé juste en misant sur une héroïne déchue. L’alcoolisme est un personnage phare du récit, si bien qu’il joue sur nos neurones. Affectant le vrai, cachant le faux. Il est à la fois le témoin, l’alibi et le joker du récit. Jamais un lecteur ne se sentira aussi confronté aux problèmes reliés à l’alcoolisme. Honte, mensonges, dégoût, peur… L’alcoolisme du personnage principal affecte son jugement, sa perception, si bien qu’on ne sait plus quoi croire. Cette remise en question globale captive le lecteur, le pousse à bout, si bien qu’on a peur que toutes ces pages lues et relues ne s’avèrent être qu’un simple mensonge.

Même dans toute sa laideur, Hawkins trace un portrait très féministe dépeignant trois images de femmes qu’on admire, vénère et qui en viennent à nous effrayer.
Le fait que chaque chapitre appartienne à une de ces femmes rend le récit plus constructif, plus captivant puisque, malgré leurs contradictions, elles en viennent aux mêmes réflexions générales sur leurs rôles de femmes, de mères ou d’amantes.

On mise beaucoup sur les procédés de répétitions et d’énumérations pour installer une certaine routine. On sent cette roue tourner tout au long du livre, sans pour autant savoir quand la brèche s’est faufilée. C’est une incursion dans la réalité, un livre voyeur, troublant et franc.

Si la fin m’a déçue, le roman n’en demeure pas moins surprenant et ébranlant. On nous dépeint le portrait de femmes extrêmement différentes, qui vivent selon les mêmes standards et qui sont, d’une certaine façon, prisonnières de l’image que le sexe masculin leur a infligée.

C’est un sordide jeu de chat et de souris que nous offre Hawkins. Un jeu qui persiste depuis des centaines d’années, et qui reste encore aujourd’hui, un sujet tabou de notre société.
La fille du train s’attaque aux enjeux modernes partagés par les femmes de notre génération. Soit l’émancipation, l’indépendance et l’égalité.

Le roman policier est là pour jouer sur les nerfs. Et THE GIRL ON THE TRAIN remplie complètement son mandat. Je crois que l’avantage de lire ce genre d’œuvre plutôt que de la regarder, c’est d’avoir une sorte de contrôle. Si tu n’en peux plus, tu peux toujours décider de prendre une pause, ou même de tricher et d’aller t’alimenter des dernières pages. La descente en enfer se veut plus lente, plus sordide. Et au final, on en ressort plus émerveillé, plus curieux du procédé.

J’ai peut-être été hautaine de regarder ce style de haut. En fin de compte, c’est le type de livre qui me chamboule le plus, me surprend d’une manière que je ne croyais pas possible. Le thriller est un art. Mais avant tout, c’est le fruit d’un esprit vif qui sait nous captiver dès les premières lignes.

La seule angoisse qu’il me reste, c’est de ne plus être aussi charmée, aussi captivée par un roman.


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Charlotte et la mécanique des gens

Charlotte ne sourit pas, Charlotte n’aime pas lire, ni donner son opinion sur la politique, Charlotte joue au charme dans les cafés.Par-dessus tout, Charlotte ne s’aime pas beaucoup. Elle n’est pas comme Mireille, sa coloc, sa meilleure amie. Celle à qui elle ressemble si peu.

Le narrateur, bien présent, bien ancré, suit Charlotte; il a un petit faible pour elle, prend pour elle, la place au centre du roman. C’est grâce à lui qu’un huis clos et qu’une histoire d’amitié aussi fusionnelle qu’explosive prend tout son sens et sa forme.

Le récit  suit  Charlotte dans sa relation avec Mireille, alors que celle-ci commence à fréquenter Alain, ténébreux anarchiste qui tente de terminer un doctorat en philosophie. Simple mise en scène qui, grâce à l’implication du narrateur omniscient, devient une véritable incursion dans la mécanique humaine des personnages.

En permettant au narrateur de jouer avec l’histoire de la sorte, on se trouve face à un roman qui dépeint des personnages qui sont trop analysés pour être aimables, mais qui restent pourtant si humains. J’ai eu l’impression, malheureusement peut-être, de me retrouver un peu dans  le personnage de Charlotte, elle qui se croit un peu mieux, mais à la fois si moindre, qui s’attarde trop au regard des autres, qui se construit et joue à travers les autres, Charlotte qui s’attaque elle-même pour ne jamais pouvoir subir pire attaque de la part d’autrui. Charlotte qui, finalement, se définit un peu trop par l’opinion des autres, prisonnière des premières impressions. Par contre, j’ai aussi l’impression que tout le monde peut se retrouver dans ce personnage, même si on ne la trouve pas particulièrement aimable, étant ainsi confrontée à tout son attirail de pensées, il n’en reste pas moins qu’elle démontre aussi une certaine vulnérabilité, qu’elle se construit des barrières pour éviter d’avoir trop mal et que tout ça, on peut tous s’y rapporter, s’y retrouver et comprendre.

Dans Charlotte ne sourit pas, un événement  tel que l’implosion d’une amitié devient le prétexte à une fine étude des comportements humains. On se trouve à l’intérieur, à l’épicentre d’un conflit, détaillant les pourquoi et les comment, mais surtout les perceptions et entêtements de Charlotte face à ce conflit.

J’ai été agréablement surprise par la justesse et l’intelligence derrière ce roman. Peut-être est-ce justement parce que des échos de Charlotte ont résonné en moi, peut-être parce que le récit est moderne et actuel, qu’il me semble bien dépeindre une facette de notre génération et de l’humain en général, qu’il est à la fois un peu cynique, presque ironique, philosophique, n’en reste pas moins que c’est, à mon avis, un roman autant créatif qu’intelligent. De plus, donner une voix au narrateur donne un caractère unique au roman. Ce double jeu du récit permet de percevoir non seulement la mécanique des personnages, mais aussi celle du roman lui-même, dans la construction du récit, entre les mains du narrateur, malgré lui.

J’ai passé un bon moment en lisant Charlotte ne sourit pas, cette histoire dans laquelle il ne se passe pas grand chose mais qui raconte tout de même de grandes choses. Je crois bien me plonger bientôt dans le tout premier roman de Thomas O. St-Pierre, Même ceux qui s’appelle Marcel, auquel il fait intelligemment référence dans son second roman.

Ah et en plus…Charlotte sourit à la fin !

Le fil rouge tient à remercier Marc-Olivier et  Léméac  pour ce service de presse .

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Avant toi, ou comment j’ai fait la paix avec les livres romantiques

Lorsque je suis sortie de la salle de cinéma, les yeux pleins de larmes, mon amie m’a dit : « Si tu veux te torturer encore plus, lis le livre! » Je me suis donc jeté cœur et âme dans cette aventure une seconde fois, au beau milieu de la campagne anglaise froide et magnifique, pour revivre cette histoire qui m’a réconciliée avec le romantisme.

Publié d’abord en anglais en 2012, ce roman de 480 pages arrive sur le marché francophone en 2014. Écrite par Jojo Moyes, une ancienne journaliste britannique, cette histoire soulèvera une polémique importante, durant laquelle les protestataires iront même jusqu’à demander le boycottage de l’œuvre, affirmant qu’elle traite d’un sujet sensible (le handicap physique) avec légèreté, voire avec pessimisme et sans réelle connaissance du sujet. Toutefois, cela n’empêche pas Thea Sharrock d’adapter l’histoire au grand écran dans un film mettant en vedette Emilia Clarke et Sam Claflin, sorti à l’été 2016.

J’ai un peu honte de dire que j’ai toujours été snob quant aux romans d’amour. Je trouvais que ce genre d’histoire pigeait toujours dans le même registre facile quelque peu limité et rose bonbon. Avant toi n’est pas non plus totalement l’exception : un homme (Will) et une femme (Lou) se rencontrent et ne vivront jamais tout à fait l’histoire d’amour que tous les lecteurs souhaitent. Ils sont beaux, riches, jeunes, charmants jusque dans leurs défauts et ils sont placés dans un décor majestueusement romantique. Par contre, l’amour est en fait un prétexte, un tremplin pour parler d’un sujet beaucoup plus complexe et peu exploité, car le thème central du livre est le handicap physique. En effet, Will est tétraplégique et confiné à un fauteuil roulant pour le reste de sa vie. Lou est embauchée pour l’accompagner au quotidien, l’aider à se nourrir et finalement, devenir son amie. Bon, je n’en dis pas plus…

Jojo Moyes arrive à nous transporter dans une aventure contemporaine et cruellement actuelle, au cœur d’un débat sociétal de plus en plus critique. Son écriture est juste et va droit au but. Le rythme nous emporte dans le quotidien de ces deux personnages sans que l’on ait envie de s’arrêter. Elle nous tire dans un univers à la fois familier et lointain, nous obligeant à remettre en question notre système de valeurs.

Pour avoir moi-même travaillé trois étés en compagnie de gens présentant des handicaps physiques lourds, j’ai reconnu beaucoup de leur quotidien dans celui du jeune Will. L’auteure parle de la brutalité de l’isolement, des regards et des murmures qui, en plus des douleurs physiques, sont un rappel constant de leur condition. Avec respect et humilité, ce roman nous permet d’ouvrir nos horizons et de mieux comprendre ces gens qui demandent qu’à être intégrés dans notre société, sans toutefois devenir moralisateur ou cliché. Jojo Moyes ne cherche pas à nous dicter une voie précise et c’est sans prétention qu’elle nous présente Will, un homme comme il en existe des millions en Grande-Bretagne. Bien qu’il soit difficile d’être d’accord avec ses décisions, le dénouement nous pousse à nous questionner et à voir plus loin que ce qui nous est présenté.

Ce roman m’a fait comprendre que le romantisme ouvre la porte à plusieurs autres sujets et peut devenir à la fois complexe et introspectif.

Et vous, avez-vous un livre qui vous a réconcilié avec un genre en particulier?


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