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Qui est le mort sur votre épaule?

Selon le dernier roman d’Éric-Emmanuel Schmitt, l’homme qui voyait à travers les visages nous aurions tous ou presque un mort sur notre épaule qui nous conseille et nous écoute en permanence… si l’on vous posait la question suivante : qui est le mort sur votre épaule? Que répondriez-vous? Si vous êtes le type de personne à croire à ce genre de choses, vous savez pertinemment de qui il s’agit.

fullsizerenderCe livre commence très fort, avec un gamin djihadiste qui se fait exploser sur la place publique de Charleroi, alors qu’actuellement dans le monde il y a trop de ce type d’événement. Augustin, un jeune stagiaire journaliste est au bon moment au bon endroit, si l’on ne pense pas qu’il sera blessé lors de l’événement et si l’on pense uniquement à sa profession. Cependant, Augustin se retrouvera bien malgré lui au coeur de l’action, car il a vu ce que personne d’autre n’a vu.

Dans ce roman, des morts il y en a plein, causés par le geste du kamikaze. Mais c’est surtout celui qui l’accompagne, celui qui se retrouve près de son oreille et qui lui chuchote des mots au moment de l’action qui nous intéressera dans l’histoire. Pour démontrer à tous qu’il est un journaliste brillant, Augustin décidera de mener sa propre enquête pour découvrir ce qui a mené notre jeune kamikaze à poser ce geste, car contrairement à ce que tout le monde croit, il n’est pas un idiot et possède même un don incroyable. Il voit à travers les visages des gens et voit surtout les morts ange ou démon qui les accompagnent au quotidien. Pour son enquête, il ira très loin, et il deviendra même ami avec le jeune frère du djihadiste s’étant fait exploser au début du roman, pour comprendre tout ce qui peut se passer dans la tête de quelqu’un prêt à tout au nom de la religion. Éric-Emmanuel arrive encore une fois à nous surprendre avec ce roman collé sur l’actualité et en même temps qui fait référence à bon nombre de morts célèbres, voire le plus célèbre d’entre tous, Dieu lui-même. Après La nuit de feu où Schmitt nous faisait part de comment il avait trouvé la foi, c’est à Dieu lui-même qu’Augustin, notre jeune stagiaire journaliste, parlera cette fois via des voies, comment dire… originales!

Éric-Emmanuel Schmitt est lui-même un personnage quasi principal de son dernier roman, ce qui nous fait découvrir une autre facette de l’homme. Intéressant comme roman, mais certainement pas mon préféré, je ne sais pas si c’est la tangente vers la religion de plus en plus présente, mais l’auteur du Sumo qui ne pouvait pas grossir, d’Oscar et la dame rose et des Perroquets de la place d’Arezzo commence à me manquer terriblement… À lire l’esprit grand ouvert, car certains passages nécessiteront beaucoup d’ouverture de votre part. Tout de même un excellent roman de Schmitt qui ne déçoit pas et qui se lit quasi d’un trait.

Le Clochard invisible

Se lever dans un lit propre sous un toit isolant; manger un petit déjeuner; s’habiller et se brosser les dents; amasser ses effets scolaires et franchir la porte d’entrée; prendre le métro; passer prendre un café au Tim Hortons avant le cours de 9:30; s’installer à un pupitre qui appartient à une institution scolaire et apprendre… Toutes ces choses que nous tenons – trop – pour acquises et qui forment notre douillet quotidien sont le plus grand des luxes pour certaines personnes que nous considérons invisibles : ceux qui vivent dans la rue. Dans son livre Clochard, Jocelyn Lanouette positionne le lecteur dans la vie de Serge Comtois « Résidant du Plateau, écrivain de quartier, itinérant ».

« … Je te jure je suis invisible – Je te vois – Toi, oui. Toi tu me connais depuis des années. Mais regarde. Je me place au centre du trottoir et je descends mon pantalon jusqu’aux genoux. Ce n’est pas très élégant, j’en suis conscient, mais comme prévu on passe à mes côtés comme si je n’existais pas. Je crie : — Je suis invisible ! Invisible !… »

Ce que Jocelyn Lanouette présente est un quotidien différent du nôtre, une existence transparente. Serge a troqué la vie de père, de mari et de professionnel contre celle d’itinérant… Mais il n’a rien perdu de sa lucidité. Et ça, c’est très intéressant dans une perspective littéraire puisque nous accédons à des pensées hyper pertinentes d’un être marginalisé. Serge est également écrivain : il rédige les cartes postales de ses confrères, écrit pour le journal L’Itinérant, envoie quelques textes à des journaux… Puis tout déboule : il gagne des prix pour ses mots. Il commence à se faire reconnaître dans la rue et par ses confrères – même par une artiste pour laquelle il va poser nu! –, mais n’espère qu’une chose : se faire voir par son fils Christian.

L’auteur n’a pas fait de son œuvre quelque chose de lourd ou empreint d’un intense réalisme. Sans rien enlever à la pertinence du récit, il teinte son texte d’un humour vivant au travers d’une écriture tranchée. J’ai particulièrement aimé la justesse du vocabulaire – ni trop trash ni trop littéraire – ainsi que les réflexions du personnage, notamment celles à propos du printemps érable et d’une jeunesse révolutionnaire.

C’est un livre que j’ai lu d’une traite et qui, sans être un livre qui dénonce réellement l’itinérance, nous permet d’enlever ce filtre devant nos yeux qui les rendent invisibles.

  • Le Fil rouge tient à remercier les éditions Stanké pour le service de presse.

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Mourir à petit feu et renaître de ses cendres

Elle laisse rarement de glace. On aime ou on déteste la poésie. Ou on l’évite. Et je comprends qu’elle puisse rebuter certains, surtout si le premier contact avec ce genre littéraire ressemblait à un poème poussiéreux écrit en vieux français que vous deviez décortiquer à l’école. Fait vécu! La poésie, je l’ai donc boudée jusqu’à il y a 4 ou 5 ans. Comme je compte dans mes amis quelques poètes de talent qui m’envoient parfois leurs textes, je me suis ouverte à la chose tranquillement. J’ai pu constater en les lisant qu’inaccessible n’est pas forcément ce qui caractérise le style, comme je le pensais avant.

Il y a les poèmes qui riment, avec structure et tout et il y a ceux sans règle stricte de musicalité, écrits en vers libres, venant souvent avec une figure de style poétique. Comme dans Shrapnels, d’Alice Rivard. L’auteure, née en 1985, sort l’artillerie lourde, sans vers ni rimes. La lecture de son Shrapnels évoque la noirceur d’une existence en mode survie depuis la plus tendre (pas si tendre) enfance.

« Deux ans

Le père mort

Un huissier

La mère en pleurs

La maison vide

La mère ivre

La mère vide

La mère-morte. »

Ça commence raide. Et ça se poursuit. Les bombes sont larguées sur sa tête une après l’autre… Sous un ciel bourré de grosses munitions qui font mal, qui détruisent, mais qui ne touchent juste pas assez pour achever sa victime. J’espérais qu’incessamment viendrait un moment d’accalmie, j’étais dans le champ. Précarité, violence, abus sexuel, automutilation, suicide d’un proche, name it! C’est lourd, mais on n’étouffe pas à la lire. C’est écrit avec doigté. Quelques perles se trouvent tout au long du livre, dont celle-ci:

« Tu étudiais en sémiologie

Les boeu’ ont dit que c’était l’étude des singes

Ils m’ont demandé s’il y avait des signes avant-coureurs

Des bœufs, des singes, des signes qui courent

Quand j’y repense, c’était ironique

Tu étudiais les signes

Mais tu les cachais

Et j’étais trop aveugle pour les voir courir. »

Du gros vécu pas facile qui vient noircir une à une les pages du livre de son existence. Qui peut malgré tout faire sourire, par l’habileté de l’écriture de l’auteure. Ce qui n’est pas peu dire, dans ce contexte d’écorchée décrit à coup de mots crus. Et sa vie continue, de peine et de misère. Une vie qui finit par maganer:

« La docteure était ben gentille

Ben à l’écoute de mes épanchements

Ben soucieuse de ne pas me neyer dans les pilules

Elle me procurait des Kleenex aussitôt que ma valve ouvrait

Comme un pusher à un junkie

Il paraît que j’ai un trouble de la limite »

Aller chercher de l’aide a pu, par chance, donner un peu d’éclaircie à son ombrage, qui a tout au long de ma lecture été teinté d’authenticité. Une qualité que je recherche dans la vie tout comme quand je lis. Je trouve important de sentir le vécu derrière les mots. Ça touche toujours plus. Fiction ou non.

Lire de la poésie ressemble à faire de l’observation de bouts de vie à travers le regard sensible d’une tierce personne. Et ça tombe dans le mille si ce qu’elle écrit fait chavirer, comme cette dernière lecture l’a faite pour moi. C’est peu de mots, mais qui fessent souvent. Un concentré de ressentis. À force d’explorer, on finit par tomber sur une auteure ou une approche qui nous touche plus particulièrement que d’autres. Ce qu’a réussi à faire Alice Rivard avec son livre qui, heureusement, vers la fin, contient sa part d’espoir.

Shrapnels est le premier recueil d’Alice Rivard, tout juste sorti en septembre 2016 sous les Éditions de l’Écrou.

 

Les filles de Caleb: un incontournable

Quand on parle de classique québécois, je pense tout de suite aux nombreuses sagas familiales que l’on retrouve en librairie. Ce sont généralement des trilogies, un livre pour chaque génération, où l’on suit l’histoire d’une famille québécoise à travers le XXe siècle. Drame, amour et Révolution Tranquille sont au rendez-vous et le destin du Québec se retrouve mêlé de façon indissociable à celui des héroïnes de la saga. Ma saga familiale préférée est sans doute Les filles de Caleb, d’Arlette Cousture. À travers ces trois livres, on suit le destin de trois femmes, Émilie, Blanche et Élise, qui tentent de faire leur place dans un Québec en pleine transformation et qui cherchent l’amour envers et contre tous.

Je me souviens très bien de ce moment, en secondaire 3, où j’étais débarquée dans la bibliothèque de mon école et que j’avais demandé to the go à la bibliothécaire un bon livre à lire, parce que j’étais sur le point de mourir d’ennui. Elle m’avait répondu en prenant à peine une seconde pour y réfléchir: «Tu devrais lire Les filles de Caleb, c’est un classique. Et puis, une histoire de femmes fortes, tu devrais aimer ça.» Elle pouvait difficilement avoir plus raison: une histoire d’amour, de bébés et surtout de femmes qui veulent aller au bout de leur rêves, j’étais déjà conquise. En trois jours, j’avais fini le premier volume et je me suis empressée d’aller chercher le suivant avant le congé de Pâques. J’ai passé quatre jours dans ma chambre à dévorer les aventure de Blanche Pronovost.

À travers Les filles de Caleb, j’avais un peu l’impression de suivre le destin des femmes du Québec à travers le XXe siècle, suivre leur combat pour faire et devenir ce qu’elles voulaient vraiment et pas seulement ce que la société attendait d’elles. J’avais l’impression de mieux comprendre la vie de ma grand-mère et les combats de ma mère. Plus encore, j’avais l’impression de faire partie d’un tout, d’être l’élément suivant d’une longue lignée de femmes fortes et entêtées. À la fin de ma lecture, il n’en tenait plus qu’à moi d’emprunter cette voie, celle où l’on refuse de se soumettre et où l’on choisit de faire ce qui nous passionne.

Je suis revenue souvent à cette histoire au cours de mon adolescence, particulièrement celle de Blanche, parce que je sentais ces héroïnes proches de moi, de mon histoire. Elles étaient déterminées et passionnées. Elles me donnaient le courage de continuer à me battre pour faire ce que j’aime et devenir qui je suis vraiment.

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Nos suggestions d’essais pour le mois de novembre du défi #jelisunlivrequébécoisparmois

En cet avant-dernier mois de l’année, nous lirons des essais! Voici ce qu’on vous propose de découvrir :

Vanessa
« Je conseille de lire comme essais : Le sel de la terre de Samuel Archibald et Je serai un territoire fier et tu déposeras tes meubles de Steve Gagnon. Deux livres qui présentent un portrait pertinent de notre société et qui permettent de se questionner sur la classe moyenne et la place de l’homme au 21siècle. »

Karine
« Pour le mois de novembre, je voudrais lire le livre d’Alain Deneault, Une escroquerie légalisée. Cet ouvrage traite de la question des paradis fiscaux. Cela peut paraître technique et non attrayant de prime abord, mais je crois que nous devons nous faire un devoir de nous y intéresser. Depuis les révélations des Panama Papers, je suis plus sensible à cette question et j’ai bien le goût d’en apprendre davantage en lisant le livre d’Alain Deneault. »

Clara

« Le défi de ce mois-ci m’a rappelé que ça fait un moment que je n’ai pas lu d’essai. C’est une occasion de me botter le cul un peu! Je pense me plonger soit dans Étouffer la dissidence : vingt-cinq ans de répression politique au Québec par la Commission populaire sur la répression politique, son titre est assez indicateur du sujet, ou dans le très populaire La médiocratie d’Alain Deneault, qui parle de comment la société actuelle tend à promouvoir la médiocrité à un tel point que ce sont les médiocres qui ont pris le pouvoir. Les deux titres sont publiés chez Lux, une maison d’édition qui propose souvent des essais assez brefs et faciles d’accès. »

Marjorie R

14958780_10209173477828022_279134455_n« En novembre je lirai Cerveau, hormones et sexe : des différences en question sous la direction de Louise Cossette. Cet essai m’attend patiemment dans ma bibliothèque depuis bientôt un an. En plus, en 2016, j’avais comme résolution de lire plus d’essais et pourtant, ce sera presque mon premier de l’année. Mieux vaut tard que jamais. C’est un essai qui parle des questions de différences entre l’homme et la femme, au niveau neurobiologique et psychologique, et ce, d’un point de vue féministe. Comme l’indique le quatrième de couverture, la question principale qui englobe cet essai est : « Il ne s’agit plus de savoir si le cerveau a un sexe, mais si cette question est pertinente et, surtout, pour qui? » J’ai bien hâte de m’y plonger et de lire un essai féministe qui touche aux stéréotypes de genres et au fonctionnement de nos cerveaux. Ça promet d’être intéressant. »

Roxanne
Comme Essai, je conseille Acheter c’est voter : le cas du café de Laure Waridel. Une excellente porte d’entrée pour comprendre les enjeux du commerce équitable et de la consommation responsable. Cette lecture a définitivement changé ma vision sur mon quotidien, mon rôle en tant que consommatrice et sur notre société en général.

Martine
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Ce mois-ci, je lis Sous la ceinture, un collectif dirigé par Nancy B. Pilon sur la culture du viol. C’est un sujet tellement d’actualité qui mérite d’être questionné et ce collectif le fait avec brio. La multitude d’auteur-es invité-es rend l’essai encore plus riche et démontre toutes les problématiques sociales qui découlent de cette culture du viol. Un ouvrage nécessaire à lire, jeune ou vieux, femme ou homme.

Et finalement, voici quelques autres suggestions d’essai dont on a déjà discuté sur le blogue :

Sucre, vérités et conséquences

La langue rapaillée

La vie habitable

La dictature du bonheur

Sauver la planète une bouchée à la fois

Manuel de résistance féministe

Soeurs volées

Second début

Ce qu’on a pensé de nos lectures classiques québécois #jelisunlivrequébécoisparmois

En octobre, nous lisions des classiques québécois. Voici ce qu’on a pensé de nos lectures!

Vanessa
« J’ai relu Le libraire de Gérard Bessette. Publié en 1960, Le libraire raconte l’histoire d’Hervé Jodoin qui exerce le métier de commis-libraire à la librairie Léon à St-Joachim, petite ville ennuyante de province. Le roman fait le portrait de la société québécoise d’avant la Révolution tranquille : « C’est pas bon pour la santé icitte de contrer les curés. Les ficelles, c’est eux autres qui les ont. » Une société soumise et dépossédée de toute forme de liberté, censurée, tournée vers le passé, dominée par le clergé qui considère les livres mis à l’Index dangereux. Une lecture rafraîchissante grâce au cynisme du personnage (qui n’est pas sans rappeler Meursault de Camus), qui nous fait se questionner sur l’évolution de la place des livres dans notre société. »

Karine
« 
Pour le défi du mois d’octobre, j’ai lu Une Saison dans la vie d’Emmanuel de Marie-Claire Blais. Au départ, j’ai trouvé cette lecture assez sombre, mais dans la mesure où l’auteure dépeint la pauvreté et la misère d’une famille du début du XXsiècle, il ne pouvait sans doute pas en être autrement. Quelques jours plus tard, avec un peu de distance, je réalise qu’il y avait également de la lumière et une touche d’humour dans ce livre. Je suis contente d’avoir lu ce classique et de comprendre maintenant les réactions qu’il a pu provoquer à sa sortie en 1965. »

Clara

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« J’ai décidé de lire Filles-missiles (1986, Les Écrits des Forges) par Josée Yvon pour le défi du mois. Certaines reconnaissent peut-être le titre du recueil de poèmes à cause du blogue/zine féministe qui lui a pris son nom et dont Martine a parlé ici. Subversive dans ses propos, Josée Yvon écrit violemment en utilisant un langage à la fois cru et littéraire. Filles-missiles est dédié « aux petites filles dont on se souvient qu’elles n’ont pas de nom » et c’est ces filles et femmes qu’Yvon met en poèmes dans le recueil. Sans doute pas l’image qu’on se fait d’une auteure « classique » québécoise. J’ai quand même choisi de vous parler d’elle, car elle fait grande figure dans le monde de la contre-culture littéraire. Elle a, ce que Julien Lefort-Favreau a décrit dans son article à son sujet dans la revue Liberté, un « féminisme hétérodoxe [qui] vient couper l’herbe sous le pied de la domination masculine » et un style littéraire hors du commun. À découvrir, pour sûr! »

Roxanne

« Comme classique québécois, j’ai lu Volkswagen Blues de Jacques Poulin. J’étais moi-même surprise de ne jamais avoir lu ce roman, pourtant au plan de cours de plusieurs cours de littérature québécoise au cégep. J’ai beaucoup apprécié ce moment de lecture et j’ai compris pourquoi c’est un livre si souvent lu et relu. Les personnages sont attachants, même s’ils se veulent distants les uns des autres, et l’histoire est bien construite. Les références à l’Histoire de l’Amérique sont pertinentes et réussies, elles font partie du récit, le font avancer, tout en nous en faisant découvrir toujours un peu plus. »

Karina
« J’aurais pu choisir un Michel Tremblay comme classique québécois, mais j’ai voulu y aller avec l’ambiance du mois d’octobre : l’horreur. De plus, lorsque je parle de Patrick Senécal, tout le monde me dit comment son roman Hell.com est excellent. Étrangement, c’était le seul que je n’avais pas lu. Déjà que je n’ai pas apprécié ma lecture de sa série Malphas, je me suis dit que ça ne pouvait que me faire du bien, que de retrouver un bon vieux Senécal.

J’ai apprécié ma lecture. J’étais contente de retrouver l’univers de Senécal. Un univers qui dérange par ses idées et propos. Certains passages m’ont marquée par leur violence et leur brutalité, tellement que même jusqu’au coucher j’en avais les images en tête. Je serais très curieuse de voir jusqu’où le roman pourrait aller avec la technologie d’aujourd’hui, car le roman se passe autour de l’année 2008. J’imagine que le roman serait encore plus horrible avec les nouvelles possibilités. Ce que j’ai apprécié de ma lecture, c’est l’évolution du personnage, malgré que je l’ai détesté du début à la fin! Peut-être est-ce le fait que je suis intervenante dans la vie, mais sa relation avec son fils me faisait tant de peine. Je ne voulais qu’aider le pauvre Simon.

Finalement, malgré que Hell.com est souvent le préféré de ses fidèles lecteurs, il ne l’est pas pour moi. Je crois que rien ne pourra battre 5150, rue des Ormes, mon premier amour. »

Et vous, qu’avez-vous lu le mois dernier?

Marie Curie : une femme de science, mais aussi une femme de cœur

Les livres qui, à partir de notes, de correspondances, de photos ou encore de lieux, nous racontent la vie d’une personnalité d’une autre époque me fascinent. Je les apprécie encore plus lorsqu’ils portent sur des femmes qui ont eu à défoncer des portes qui leurs étaient fermées du fait qu’elles n’étaient pas des hommes. C’est pour cette raison que le livre d’Irene Frain, Marie Curie prend un amant, m’a interpellée. Non seulement pour son titre qui pique la curiosité, mais aussi parce que j’avais envie d’en savoir plus sur Marie Curie, une pionnière qui est devenue une figure importante de la science à une époque où il était très difficile pour une femme de faire sa place dans ce domaine.

Au début du livre, Irène Frain explique avoir trouvé dans une librairie un ouvrage comportant des coupures d’un journal d’extrême-droite de 1911 qui dénonçaient la relation adultère de Marie Curie, veuve depuis 5 ans, avec Paul Langevin, un homme marié, lui aussi scientifique de renom. De cette trouvaille a émergé l’idée d’écrire un livre relatant cette période de la vie de la scientifique. Irène Frain a fouillé les archives de Marie Curie et elle nous explique la teneur de ses découvertes, nous raconte la vie de la savante et nous fait part de ses hypothèses sur la manière dont ont pu se dérouler les événements lorsque les archives sont silencieuses. C’est passionnant!

Le livre revient sur l’ensemble de la vie de Marie Curie – son enfance, ses études, son mariage avec Pierre Curie, ses filles, ses découvertes scientifiques et ses rencontres avec d’autres grands noms de la science – mais la grande partie de celui-ci porte sur sa liaison avec Paul Langevin. Malgré tout, l’intérêt de l’ouvrage ne réside pas dans le récit de cette histoire d’amour (et c’est correct ainsi!), car de l’intimité des deux amants, nous en savons peu, mis-à-part quelques correspondances et le fait qu’ils se rencontraient en cachette dans un petit appartement de Paris loué sous un prête-nom. Je crois que ce qui a retenu mon attention, c’est plutôt la manière dont l’auteure s’y prend pour reconstituer l’histoire de la scientifique.  Irène Frain décortique le carnet de comptes de Marie Curie dans lequel cette dernière notait minutieusement chacune de ses dépenses, les coupures de presse et les correspondances avec son entourage, elle examine les photos et elle visite les lieux. Au fil de la lecture, j’avais l’impression de prendre part à une enquête.

Le livre devient encore plus passionnant et bouleversant vers la fin lorsque la relation de Marie Curie et Langevin éclate au grand jour. C’est passionnant, car l’on découvre un pan méconnu de la vie de cette femme que l’on décrit souvent comme une personne sérieuse et austère. Par contre, c’est aussi bouleversant puisque l’on mesure la misogynie de l’époque en apprenant le scandale provoqué par la révélation de cette liaison. Alors même que Marie Curie est pressentie pour remporter un deuxième prix Nobel, la presse l’accable de propos injurieux et, traquée, elle doit s’isoler et cacher ses filles. Elle est même cité à comparaître devant un tribunal pour avoir été complice d’un adultère.

Avant tout, ce livre m’a beaucoup touchée, car il dresse le portrait d’une grande femme. Il m’a aussi captivée par sa description de la France du début du XXe siècle, un monde très conservateur à l’égard des femmes. Pour ces raisons, je le recommande chaudement. Mon seul bémol est le style de l’auteure qui est parfois décousu. Toutefois, une fois accroché à l’histoire, on réussit à en faire fi et à se laisser emporter par l’histoire de la brillante Marie Curie.

Le livre où tous se noient

J’ai déniché ce petit roman entre deux plus gros dans une grande bibliothèque de bois franc dans une librairie usagée. Le titre, Concerto pour petite noyée, m’a rapidement interpellée et la couverture représentant un beau poisson blanc crée un paradoxe entre le titre et la pureté que dégage cet animal de la mer. Et que dire de la poésie qui naît du titre, elle donne juste envie de lire tout le reste et de s’envelopper de ses mots.

Concerto pour petite noyée est le cinquième roman d’Annie Loiselle, il est sorti en 2015 aux éditions Stanké. Le roman est une mosaïque de personnages, on y rencontre différents personnages colorés, mais qui partagent tous quelque chose de commun, le désespoir. Ce sont différents récits qui s’emboîtent merveilleusement, partageant les différents tracas des personnages, tout en laissant reposer l’histoire, passant d’un récit à l’autre. Malgré le désespoir des histoires, on s’attache aux personnages qui sont tous reliés, rendant la création d’une mosaïque encore plus puissante et on espère le mieux pour ceux-ci.

Les personnages

Agnès est une maman qui ne veut plus en être une. La folie et les tourments prennent momentanément le dessus, c’est une femme aux allures fortes, mais le ‘’dedans’’ rempli de faiblesses, qui tente de continuer sa vie du mieux qu’elle le peut malgré la douleur.

Antoine est le mari d’Agnès, il partage sa douleur, mais est plus fort et plus courageux. Il sait comment avancer dans la vie, il sait comment être heureux. Leurs chemins vont se séparer longtemps, pour finalement se retrouver un moment.

Pervenche est la fille d’Agnès et d’Antoine, son père a toujours été là pour elle, mais elle a toujours souffert à cause de sa mère. Elle avait une vie prodigieuse devant elle, jusqu’au moment où tout bascule. Sa vie est malheureuse et elle cherche le réconfort et l’action. C’est une jeune femme qui ne veut pas ressembler à sa mère, effacer toutes traces d’avant sa naissance.

Valentine est une grande musicienne grandement reconnue et populaire pour son talent incroyable. Succès et richesse ne suffisent pas à combler sa vie, mais elle souffre d’une relation injuste et non comblée. Son piano reflète son âme et ses émois.

Greg est le partenaire de Valentine, fou amoureux de celle-ci, son amour ne l’empêche pas de multiplier les amantes, jusqu’au moment où sa vie prendra un tournent fatal.

Frédéric est le copain de Pervenche, il souffre aussi d’un amour insatisfait et de manque d’inspiration à l’écriture. C’est la douleur qui lui permettra finalement d‘écrire, mais à quel prix ?

Valérie, c’est les souvenirs du passé, ceux que l’on veut enterrer, mais garder au plus profond de nous.

Valencia c’est la mère de Valentine, elle vit en campagne, loin de toutes ses espérances, loin du bonheur dont elle pourrait connaître, prise dans une relation malheureuse, mais stable. Sa fille est sa fierté, mais représente tout ce qu’elle n’aura jamais eu.

« Elle laisse sa fille s’inventer un personnage  pour l’impressionner, elle, la mère qui n’est pas très impressionnante. » (Page 82)

Concerto pour petite noyée semble être une histoire plutôt dramatique où deuils du passé et éloges à la passion s’entremêlent.  Les chapitres courts se lisent bien et participent parfaitement à la chorégraphique de l’écriture et la narration chorale créant une belle mosaïque où les voix des personnages s’harmonisent, tel un chant a capella. C’est un livre triste, mais Ô combien beau et vibrant.

Connaissez-vous d’autres romans où il existe une mosaïque et une telle complexité entre les personnages?

L’album jeunesse Mazort Fugus. Pour l’amour de la musique

L’amour et la pratique de la musique étant au coeur de ma famille depuis mon enfance, j’ai offert à ma mère pianiste et professeure le magnifique album pour la jeunesse Mazort Fugus, écrit par Perrine Joe et illustré par Élice. Il s’agissait d’un cadeau pour son anniversaire, mais il s’est avéré être un cadeau pour tous les petits pianistes qui l’ont lu par la suite, découvrant le superbe univers musical proposé par Mazort et sa musique enchantée.

L’histoire commence alors que le grand Mazort Fugus doit donner un concert. Il est en retard, toujours en train de perfectionner sa dernière composition quelques minutes avant sa prestation, mais doit se préparer hâtivement.

Les notes voltigent devant lui. Il observe leur chorégraphie.

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C’est que les concerts du célèbre Mazort Fugus sont loin d’être ordinaires. Sa musique, fantastique, transporte les spectateurs ailleurs… mais vraiment «ailleurs». Elle fait voyager… mais vraiment «voyager». C’est ainsi que lors de son dernier concert, une partie du public avait disparu, entraîné dans un autre univers, accessible par la musique elle-même. Mais où étaient-ils?

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Ce soir, le maestro présentera son dernier morceau. Il travaille dessus depuis des années! Quel effet aura-t-il sur le public? Où l’emmènera-t-il cette fois?

Tout le pouvoir de la musique, sa magie, sa puissance d’évocation, est mis en mots et en images dans le récital de Mazort. L’album illustre avec justesse ce qui nous touche et nous transporte à l’écoute d’une pièce, et ce que celle-ci nous fait vivre en imaginaire, en émotions.

Là-bas, c’est un endroit magique où l’on entend battre le coeur de la terre. Un lieu féérique où le ciel danse avec la mer. Le vent ne siffle pas, il chante avec les arbres, les plantes, les fleurs… Les nuages portent dans leur ventre des parfums frais et des couleurs.

Enchanteresse, la musique ne cesse jamais de jouer. Comme des enfants, elle nous berce, et nous étions comblés de joie. 

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Le public est impatient. Ils ont hâte d’entendre Mazort. Où l’emmènera-t-il cette fois?

Mazort s’installe au piano. Il se met à jouer. Le public est sous le charme. Quelle beauté! Telle une caresse, les notes touchent, éblouissent, bouleversent. Lorsque soudain…

Mazort a disparu. Où es-t-il? L’opéra entier est fouillé, mis sans dessus-dessous. Mais Mazort est introuvable.

Il se trouve quelque part, dans un pays lointain, sûrement, voyageant avec sa musique…

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Mazort Fugus est un album à découvrir, un hommage à la musique, à sa beauté, à mettre entre les mains des petits et des plus grands. Et il permet de comprendre, avec sa juste illustration, en quoi celle-ci est si importante.


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Autour des livres: Rencontre avec Antoine Charbonneau-Demers, récipiendaire du prix Robert-Cliche 2016 pour son roman Coco

Jeune prodige de la plume ayant vu le jour à Rouyn-Noranda en 1994, Antoine Charbonneau-Demers voit son premier roman, Coco, se faire publier sous les éditions VLB en septembre 2016. L’auteur se voit aussi décerner par la même occasion le prix Robert-Cliche du premier roman paru. Lorsqu’on sait que Robert Lalonde et Chrystine Brouillet ont eu ces mêmes honneurs en début de carrière, on a de quoi vouloir porter une curiosité à ce nouvel auteur.

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture ?

Je pense que c’est un livre qui s’appelait Pourquoi les gens sont-ils tous différents ? C’était un livre vraiment pas très excitant et surtout long, mais je voulais seulement repousser l’heure du coucher, alors quand mes parents me demandaient ce que je voulais qu’ils me lisent, je choisissais toujours celui-là. C’est devenu un running gag parce qu’on se faisait chier, mais on le lisait tout le temps quand même. C’était une lecture ironique, j’ai d’ailleurs appris l’ironie très tôt grâce à mes parents.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture ?

Le rituel, c’était que mes parents me fassent la lecture. Les livres étaient au cœur de notre quotidien, vraiment. Je pouvais demander tous ceux que je voulais, on ne comptait pas l’argent dépensé pour ça, c’était très important. Curieusement, quand je suis devenu adolescent, j’ai arrêté de lire, ou je commençais des livres pour l’école, mais je ne les finissais jamais. C’est terrible de faire lire aux jeunes des crisses de romans plastifiés pour les ados des années 70 et de leur faire trouver l’adjuvant de Christiane F. dans le schéma actanciel. Ça ne donne pas le goût. Moi, je pense que la littérature pourrait être aussi glamour que le cinéma. C’est au cégep que j’ai recommencé à lire. Aujourd’hui, je n’ai pas de rituel particulier. Ça relève plus de la discipline, mais j’avoue qu’acheter des livres, chercher les plus belles éditions, c’est un rituel que j’aime bien.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire ?

Une routine, oui. Un rituel, non. Le rituel m’a tellement tué. Quand j’ai commencé à écrire, je cherchais le bon rituel. Ça me semblait évident : un auteur devait avoir un rituel. Tant mieux si ça peut aider certains auteurs. Moi, j’écris sérieusement quand j’écris n’importe quand, n’importe comment. Mon téléphone est devenu un outil de prédilection. J’écris avec dans le métro, quand j’attends quelque part en file, pendant que mon lunch est au micro-ondes, etc. C’est évident que j’apprécie les journées de vacances que je passe devant mon ordi pour écrire longtemps et plus confortablement, mais je ne peux pas toujours attendre ces moments-là. Je me donne le défi de faire 500 mots par jour. Je ne le respecte pas toujours, je fais des X dans un calendrier, et je me couche frustré si je ne l’ai pas fait, et le lendemain, je suis encore plus frustré, donc je n’écris pas, c’est loin d’être la bonne attitude à adopter, mais c’est ça. C’est l’insatisfaction qui me pousse à écrire de toute façon.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?

J’ai commencé à aimer lire en arrêtant de m’acharner à lire des classiques. La littérature québécoise contemporaine a été une bonne porte d’entrée. Je dirais que Et au pire, on se mariera de Sophie Bienvenu a été le premier livre qui m’a fait comprendre que j’avais envie d’écrire. Plus tard, il y a eu toute l’œuvre de Jeanne-Mance Delisle, Testament de Vickie Gendreau, The First Bad Man de Miranda July, Richard Yates de Tao Lin et L’Amant de Marguerite Duras.

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?

Il y en a trois. D’abord, Richard Yates de Tao Lin. Parce qu’il a créé, à mon avis, la relation humaine la plus réaliste que j’ai rencontrée dans un livre. C’est cruel, douloureux et pathétique. Ensuite, King Kong Théorie de Virginie Despentes. Je suis devenu, le jour où je l’ai lu, un homme différent. Ma vision du monde, des sexes, des genres, du rapport dominant-dominé n’a plus jamais été la même. Cet essai féministe devrait être la Bible d’aujourd’hui. Je l’achète à tout le monde, tout le monde doit le lire. Et finalement, Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, qui m’a fait comprendre pourquoi j’avais besoin de m’exprimer à travers l’art. Je n’avais jamais réalisé pourquoi j’écrivais avant.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?

Un monde littéraire dans l’action, pas trop contemplatif, mais quand même pas un monde où j’aurais une mission. Au fond de moi, juste avant le Antoine authentique, je voudrais être un mannequin fils de riche à Los Angeles qui fume des clopes sans jamais avoir le poumon qui souffre, n’avoir jamais rien à faire même si c’est déprimant, et porter du beau linge. Un monde d’image et de consommation, je le dis en toute culpabilité. Mais je pense être encore assez lucide pour ne pas me perdre dans cette idée-là, et laisser ça à la littérature. J’aime mieux ma vie que celle que je voudrais, je pense. Ce que je veux, c’est toujours trompeur. Peut-être aussi que je me trompe continuellement et que je vais me perdre quelque part. Tant mieux, ça fera des meilleures histoires.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?

L’Amant de Marguerite Duras. Parce que c’est un des premiers livres qui m’a appris que l’auteur avait une voix. Et je retourne toujours à Marguerite Duras pour retrouver cette voix. (Ça, c’est ce que j’aime me dire, mais la vérité c’est que je n’ai toujours pas compris l’histoire.)

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?

Flétri.

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?

Un livre pratique que tout le monde achète, qui devient un New York Times Bestseller, pour savoir que tout le monde applique mes conseils. Ça doit être très valorisant. The Clean Program de Alejandro Junger, par exemple, qui propose une espèce de cure de l’intestin et qui rétablit la capacité du corps à se guérir lui-même. Ou encore The Life-Changing Magic of Tidying Up de Marie Kondo qui suggère de tout jeter dans sa maison, de remercier ses objets et de plier ses vêtements sans les stresser, ce qui est une source de frustration parce que je n’applique que rarement ses conseils. Ce sont des livres que j’aime autant que mes romans préférés.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?

Il y a une phrase dans mon roman qui fonctionnerait peut-être : Pourquoi la vie s’est-elle terminée si souvent pour moi, alors qu’elle commence tous les jours pour ceux que j’aime ? Sinon, il y a mille titres que je voudrais, mais encore là, ce que je voudrais n’est pas ce que je suis, et quelqu’un finirait par me suggérer d’appeler ça Le petit gars cute.


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