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Une lecture en famille : Crapule

Mon fils de 8 ans est en train de prendre son indépendance littéraire et commence à lire en toute autonomie. Il ne se laisse plus imposer un titre et choisit ses livres avec beaucoup de précautions.

Dernièrement, nous avons fait une entorse à mes habitudes et sommes allés en librairie au lieu de la bibliothèque. Tout en décidant maintenant seul de ses lectures, il m’a clairement dit que lui, contrairement à moi (qui préfère ne pas en posséder, comme je l’ai déjà raconté), aimerait bien avoir quelques livres rien qu’à lui, qu’il puisse garder « pour toujours ».

Sincèrement, je m’attendais à ce qu’il se prenne un livre « populaire » avec lequel il pourrait faire sensation à l’école. Pas pantoute. Il s’est choisi Crapule, rien que pour lui, hors de toute influence. Il l’a lu au moins 4 fois, a dormi avec pendant quelques semaines, et surtout, il nous a conseillé à son père et à moi de le lire, parce qu’on allait l’adorer, mais aussi pour qu’on puisse en parler avec lui.

Paroles du loulou

« J’ai choisi ce livre parce que le chat sur la couverture ressemble à mon toutou. J’adore les chats, c’est rigolo. La fille dans le livre n’aime pas le chat au début, elle espère qu’il va partir. Mais après elle change d’avis et le garde. J’ai trouvé ça marrant que des fois c’est le chat qui embête la fille, mais des fois c’est la fille qui embête le chat.

Il y a plein de bêtises du chat qui m’ont rappelé des souvenirs de quand j’étais chez Oma (ma grand-mère) ou de quand ma Tata est venue nous rendre visite et qu’on est allés à la montagne.

Il y avait des blagues que j’ai pas comprises, j’ai dû demander à Maman de me les expliquer. Même si j’ai pas tout compris, j’ai aimé les dessins. Le chat est tellement joli ! »

Le papa

« J’ai commencé par le lire par-dessus l’épaule du fiston, et franchement, je n’ai pas compris pourquoi il aimait autant ce livre. Ce ne sont que des tous petits moments du quotidien, ça m’a donné l’impression d’être le genre de livre qu’on fait quand on n’a aucune idée de l’histoire qu’on souhaiterait raconter. J’avais vraiment pas envie de le lire en entier.

Puis Virginie l’a lu, et elle a beaucoup rit. J’ai quand même traîné des pieds pour le lire. Finalement, ça m’a bien occupé aux toilettes. Il y avait en effet quelques blagues drôles, avec le genre d’humour que j’apprécie, mais il n’y en avait pas suffisamment à mon goût. »

Pis moi

Le loulou a été d’abord attiré par le titre, parce que c’est un des surnoms que je lui donne quand il fait des bêtises. Ça a dû le toucher. Ensuite, il a eu le coup de foudre pour le chat sur la couverture. Il est définitivement un « cat-boy » !

Il n’a pas pu attendre qu’on soit à la maison pour commencer à lire : il trouve ça injuste que j’ai le droit de lire dans les transports en commun et pas lui. Alors il a fièrement sorti son livre à peine les fesses posées dans le métro. Il a tout commenté, des images aux textes ; toute la rame a pu en profiter ! Ensuite, il a lu en marchant (son plaisir en ce moment) jusqu’à la maison. Il n’a pas quitté le livre jusqu’au moment du coucher.

Le lendemain, il me l’a tendu en me disant : « Tiens, je l’ai déjà fini. C’était trop bien. Ton tour de le lire. »

J’ai adoré. C’est vrai que ce ne sont que de petites vignettes du quotidien avec un chat, rien de fantastique comme l’aime mon mari. Mais, tout comme le loulou, j’ai trouvé le résultat très juste : la vie avec un chat, c’est parfois tannant, parfois drôle, parfois touchant. On ressent toutes ces émotions dans le livre. Les dessins sont sobres et justes, nous permettant de nous concentrer uniquement sur l’historiette.

C’est la première fois que nous nous réunissons autour d’un même livre. Mon mari ne lit qu’une collection très particulière de science-fiction/fantasy, le loulou ne lit pour le moment que des bandes dessinées humoristiques et moi je lis de tout, sauf la collection préférée de mon mari. Ça a été très intéressant de comparer nos points de vue et de nous rendre compte que nous n’attendons pas du tout la même chose d’une lecture : alors que les garçons cherchent du divertissement, je recherche plus l’intériorité. Crapule a réussi à nous satisfaire tous les trois, ce qui n’est pas une mince affaire.

Je lui ai aussi raconté le club de lecture et mes contributions au Fil Rouge. Cet article est un peu son idée d’ailleurs ; un si joli livre devait être partagé.

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Et vous, quels livres partagez-vous en famille ?

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L’hiver au quotidien chez Réjean Ducharme

Tout ce qui m’effraie me fait grandir

On me répète souvent que je dois à tout prix lire les écrits de l’auteur québécois Réjean Ducharme, qui malgré l’absence physique dans les médias du temps de sa vie, n’a plus besoin de présentation. Alors je traîne avec moi mes exemplaires de L’hiver de force et de l’indomptable roman L’avalée des avalés. Ils me suivent de lieu en lieu, de ville en ville, dans tous mes déplacements nomades et dans toutes mes résidences temporaires. Il m’arrive d’ouvrir L’avalée des avalés et de lire les premières pages, puis de le refermer, prise d’un vertige aux horizons multiples. Je ne sais pas encore comment respirer les mots de Ducharme. Je plonge, mais je n’y trouve plus l’air que j’ai l’habitude de respirer. Je cherche à entendre sa voix et à l’unir à la mienne. Sa voix, ses émotions, sa respiration. Ce que je ne comprends pas m’attire et m’effraie, tout à la fois.

Avec le temps, je comprends que tout ce qui m’effraie me fait grandir. Je sais d’instinct que les choses arrivent au moment où elles doivent arriver (du moins c’est une forme de croyance que je choisis).

J’ai tendance à donner libre cours à mes émotions et à laisser mes passions soudaines exploser et éclabousser tout mon monde pour trouver l’oxygène nécessaire à la suite de ma survie. C’est souvent parce que mon côté rationnel sait qu’il perdra rapidement sa place qu’il me laisse savourer les vertiges. De ces vertiges, je conserve longuement les saveurs diluviennes.

2018 s’est amené comme un tremplin énergétique et je me suis dit: ça y est, je me lance, je vais ouvrir, lire en entier et refermer mes romans de Réjean Ducharme. Pour me donner une chance, j’ai choisi de débuter par L’hiver de force, qui me semble plus accessible.

Je me suis fait couler un bain avec des huiles essentielles et des bulles et j’ai ouvert le roman pour débuter sa lecture avec une voix en résonance partout dans l’espace de la salle de bain de cette mini maison perchée sur la montagne.

Rencontre avec un monde à contre-courant

C’est la première fois que je vais LÀ. Me voilà face à un monde, tout un monde, campé à même le nôtre, le monde de l’underground, des tassés, des bibittes. Le monde à contre-courant.

Nicole et André, deux personnages qui sont en fait une sorte d’hybride pour n’en composer qu’un seul, avec deux têtes, deux cœurs, mais un seul et même mouvement. Ils vivent à même le quotidien pour l’y dévorer dans ses moindres détails les aspects laissés pour compte, ils sont hyperconscients de tout, au point de s’en faire leur propre idée. L’être hybride décide de s’offrir corps et âme à une tierce personne, une actrice de cinéma, Petit Pois (Catherine). S’il faut, dans la vie, choisir de vénérer quelqu’un ou quelque chose ce sera pour eux cette femme quasi inaccessible. Ils sont prêts pour elle à souffrir, à tout donner, à tout vivre. Si elle les aime, ils sont au paradis, quand elle les ignore, ils meurent et s’enfoncent dans la dépression.

«Là, on est heureux (le bonheur c’est le temps que dure la surprise d’avoir cessé d’avoir mal.) »

Il y a, dans l’écriture de Réjean Ducharme, l’aspect spectaculaire que peut prendre le quotidien si on le regarde sous un nouvel angle. Un grand hurlement identitaire contre ce qui est de mise. Où se trouve le sens dans tout ce non-sens qui parfois nous assommes et nous tire vers le bas ? À quoi s’offrir, pour qui souffrir, pourquoi se battre, comment se définir, qu’est-ce qui réellement a de l’importance, une durée, est une nécessité, une obligation ?

Comment parler de l’écriture de Ducharme sans tomber dans le discours qui vient tout dissoudre du souffle volcanique de l’auteur ? Comment parler avec synthèse et rationalité de L’hiver de force ?

Avec cet ouvrage, j’ai ressenti et vécu quelque chose qui m’est rarement offert lorsque je vais à la rencontre de l’art.

La poésie du quotidien

Je souligne la force de la voix de Ducharme. Un grand constat de la vie sociale contemporaine (avant l’ère virtuelle) et un besoin de dépossession pour enfin s’appartenir. Occuper un lieu. Sortir dans la rue. Faire la révolution. Aimer éperdument. Ressentir très fort les choses.

«Car nous voulons absolument nous posséder nous-mêmes tout seuls, garder ce que nous avons (qui est si fugace qu’il est parti ou qu’il a changé aussitôt que nous croyons l’avoir trouvé, vu, nommé), dont le plus apparent est justement notre haine pour tout ce qui veut nous faire vouloir comme des dépossédés.»

Ducharme, c’est la poésie. Une étincelle qui vient tout illuminer. C’est un grand vent qui déplace tout, pour tout replacer dans un chaos délicieux.

«Mais on a compris que les choses dépendent de notre volonté, qu’elles existent parce qu’on le veut bien, parce qu’on choisit à chaque seconde de ne pas les détruire. Elles existent si peu qu’on peut dire que rien n’existe.»

Point noir

Un seul point vient noircir le tableau presque parfait que je réalise de L’hiver de force. Vers la fin de l’ouvrage, André est violent envers Nicole. Elle retourne immédiatement vers lui, en lui pardonnant. Je ne parviens pas à m’expliquer l’évènement. Peut-être que ça résonne plus fort dans ma tête parce qu’on entend parler de plus en plus d’abus et de violences en tout genre. Mais, j’émets l’opinion que ce n’est peut-être pas nécessaire dans la compréhension de cette histoire. Je comprends la dureté qu’amènent certains des choix de vie des personnages, la ligne sur laquelle ils se tiennent pour ne pas sombrer dans le désespoir, mais ne forment-ils pas une équipe, un couple vivant parmi tous les aléas de la mort? Est-ce un test qu’André fait passer à Nicole ? Est-ce pour lui offrir une réalité physique ou pour affirmer leur personnalité singulière qu’il agit ainsi ? Je ne sais pas. Je reste néanmoins sensible par l’évènement survenu dans l’histoire.

«Je la frappais à tour de bras. Je la frappais, si fort que le sang giclait. Son nez saignait, sa bouche. Quand j’ai vu son chandail plein de sang, j’ai été saisi. Nicole si douce ! Nicole si correcte. […] J’ai eu si peur de perdre ma Nicole que ça m’a comme dégrisé. Quand elle m’a pardonné, qu’elle m’a dit qu’elle ne m’en voulait pas, qu’elle ne pourrait jamais m’en vouloir de rien, je me suis abandonné au silence profond du soulagement, à la bonne chaleur que ça répandait dans tout mon corps.»

Je reste consciente qu’il est difficile, même pour les personnages d’André, Nicole, Petit Pois et tous les autres, de vivre avec force et liberté. N’empêche qu’il est bon d’y goûter par empathie durant la lecture des mots de l’auteur-enfant-fantôme.

L’effet Ducharme

Ce qui s’est passé avec cette lecture : on a corrigé mes yeux à l’aide d’une machine ultra puissante. Avant de lire ce roman, je voyais, mais le monde devant moi restait flou, aujourd’hui, après avoir refermé le livre, je perçois tout avec mes yeux à rayons X. Ma vision va maintenant au-delà de l’objet et de l’image. L’existence même est bouleversée pour donner lieu à une grande mise à jour.

Je sais, je suis intense, mais n’est-ce pas exactement de cette intensité à vivre dont il est question dans l’œuvre de Ducharme ? N’est-ce pas ce que l’auteur veut faire naître chez le lecteur de son texte, ce degré incontrôlable de ressourcement à même la vie ?

J’ai refermé L’hiver de force, après l’avoir dévoré en deux jours. Puis j’ai ouvert L’avalée des avalés et je ne me suis pas rendu très loin dans ma lecture. Le rendez-vous n’aura pas lieu une fois de plus. Chaque chose en son temps ! Et le temps viendra où j’y ferais face.

L’auteur

«Réjean Ducharme, né en 1941 à Saint-Félix-de-Valois (Québec), a fait les métiers les plus divers et a voyagé aux États-Unis et au Mexique. Il a publié six romans, fait jouer quatre pièces, a écrit des scénarios de films et des chansons.»

 

Quelle est ton expérience vis-à-vis l’œuvre de Ducharme ?

Quel est ton roman favori de l’auteur ?

Partage avec nous ta citation fétiche de l’auteur.

 

DUCHARME, Réjean, L’hiver de force, Gallimard, Folio, 1997.

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Nan Goldin. Guerrière et gorgone : récit photographique

L’œuvre photographique de Nan Goldin aura tôt fait de me conquérir. Un visuel qui peut brusquer par sa franchise, c’est la réalité sans filtre qui émane des portraits, paysages et scènes de vie que l’artiste aura sélectionnés pour créer expositions et recueils. La photographe américaine issue de la middle-class de Washington, où elle grandit dans les années 50, saisit son appareil photo dès l’adolescence et ne s’en sépare plus. Il s’agit pour elle d’un besoin vital de collectionner les instants représentatifs de son quotidien assez houleux.

De son côté, Martine Delvaux est une écrivaine québécoise féministe contemporaine, connue du public à travers quatre romans et deux essais.

Qu’ont à voir ces deux femmes ensemble? Pas grand-chose et beaucoup à la fois.

Nan Goldin et la souffrance

Martine Delvaux se décrit dans son essai Nan Goldin. Guerrière et gorgone comme une admiratrice de Nan; elle fut inspirée par la photographe qu’elle dit regarder métaphoriquement en contre-plongée.

Comme Goldin, je suis une fille du Nord, une fille de l’Amérique froide et métallique, des gratte-ciel immenses et des banlieues miniatures, des choses créées de nulle part et d’autres fabriquées à la chaîne.

À travers ce fanatisme naissent donc des atomes crochus entre les deux femmes dans leur manière de concevoir les relations avec les autres, le présent et le passé, les souvenirs… L’une ayant saisi l’appareil photo et l’autre, les mots pour exprimer tout ça.

Cet ouvrage est un hommage à Nan Goldin. On tomberait rapidement dans le dithyrambique si ce récit n’était pas fortement imprégné dans le réel et la souffrance, comme l’est d’ailleurs la photographie de Nan.

Bien que la photographe soit le sujet consacré du récit, la sœur aînée de Nan Goldin, Barbara Goldin, brille de mille feux. Son suicide à l’adolescence semble l’événement déclencheur de cette urgence chez Nan de photographier tous les gens qui l’entourent et qu’elle aime dans le but d’en avoir les traces, traces qu’elle n’a su produire pour sa propre sœur.

La banlieue est un espace vierge où on peut se forcer à croire au bonheur, jusqu’au jour où quelqu’un meurt. Et c’est la sœur de Nan Goldin.

Entre l’image et le mot

L’écrivaine réussit bien à nous camper dans l’époque et le milieu de vie de Nan Goldin, tout comme elle réussit à nous faire voyager dans l’œuvre de la photographe. C’est ainsi que, grâce à la plume de Delvaux, on se promène dans l’exposition photos de Sœurs, Saintes et Sybilles, on plonge dans la mise en forme des séries photographiques Tokyo Love et The Ballad of Sexual Dependancy. On en apprend aussi sur les dédales de la vie troublée et troublante de Nan, sur ses rencontres, son ancien copain violent et ses amis devenus sa famille, amis qualifiés de marginaux par les critiques, au regret de Nan.

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L’essai de Martine Delvaux s’ouvre sur cet autoportrait de Nan Goldin à Berlin en 1991

Ayant en tête les images de The Ballad of Sexuel Dependancy, l’une des œuvres photographiques de Nan Goldin, je me suis lancée avec mon cœur dans le récit de Martine Delvaux, parce qu’on ne va pas dans ces zones-là avec sa tête. J’aime imaginer que c’est pour cette raison que Martine Delvaux utilise la carte de la dame de cœur comme couverture de son ouvrage littéraire.

De l’histoire personnelle de Martine Delvaux dans la construction de son lien presque spirituel avec Nan, à la démarche et aux inspirations de Nan, on ressort avec un portrait littéraire assez précis de cette artiste visuelle qui alla un jour jusqu’à se photographier elle-même après avoir été battue, presque à en devenir aveugle, par son ancien amoureux.

Apesanteur du présent. Perte de repères. Le tour de force de la photographie consiste à séparer en même temps qu’elle fait le lien. C’est un frôlement, une caresse.

De courtes phrases bien ressenties, tout au long des cent pages. Impossible de lire Nan Goldin. Guerrière et gorgone sans aller fouiller dans les bibliothèques pour trouver un album photos de Nan. En ce sens, l’hommage de Martine Delvaux nous prouve sa pertinence et sa réussite.

Et vous, un récit comme celui de Martine Delvaux vous a-t-il déjà fait naviguer entre différentes formes d’art?

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Un Jane Austen dont vous êtes le héros

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais moi, quand j’étais jeune, il y avait toute une série de « livres dont vous êtes le héros », que j’ai dévorée! J’adorais ce genre d’histoire où je devais être une lectrice active, prendre la bonne décision. Ma lecture en était que plus surprenante, parce que deviner la fin devenait pratiquement impossible! Vous imaginez donc ma joie lorsque je suis tombée sur Lost in Austen, Create Your Own Jane Austen Adventurequi s’inspire évidemment des romans de Jane Austen (pour laquelle j’ai déjà établi mon amour inconditionnel dans d’autres articles, notamment ici) pour créer une version pour adulte d’un livre dont vous êtes le héros, ou dans le cas qui nous occupe, l’héroïne!

Le concept est plutôt simple, vous commencez l’histoire dans le rôle d’Élizabeth Bennet et votre mission est de faire un mariage d’amour tout en vous assurant une bonne position socio-économique. Tout au long de la lecture, vous tenez une liste de vos défauts et de vos qualités ainsi que de vos échecs et de vos succès, ceci vous permet de gagner ou de perdre des points qui donnent accès à des options « privilèges ». Avoir des relations avec des gens de la bonne société, même la détestable Lady Catherine, donne de meilleures chances de faire un bon mariage, alors qu’avoir déjà eu confiance en Wickham peut vous mener à la ruine!

Si dans les premières pages on a l’impression de suivre l’histoire d’Orgueil et Préjugés, les nombreuses décisions qui doivent être prises nous amènent rapidement ailleurs et rien ne peut garantir la fin heureuse! L’autrice introduit les personnages des autres romans de Jane Austen, comme le très charmant Mr. Knightley, en plus d’ajouter Mr. Lefroy, qui aurait été le prétendant le plus sérieux de Jane Austen. Les décisions sont parfois déchirantes à prendre et, comme les personnages d’Austen, il faut trouver notre propre équilibre entre nos sentiments et la prudence. Moi qui pensais que le mariage et la fin heureuse étaient des éléments incontournables des histoires de Jane Austen, j’ai eu peur d’échouer ma mission à plusieurs reprises et de ne jamais faire ce mariage d’amour! L’autrice, Emma Campbell Webster, maîtrise parfaitement le style d’écriture exigé par les romans dont vous êtes le héros, et je dois avouer qu’à plusieurs reprises je suis allée lire toutes les variations, pas seulement celle que j’avais choisie, parce qu’elles étaient toutes bonnes!

Bref, j’ai adoré le divertissement offert par ce livre! D’ailleurs, il me semble qu’il serait encore plus drôle de faire une soirée Jane Austen avec plusieurs de mes amies pour lire ce livre toutes ensemble et débattre sur la meilleure attitude à adopter.

Le héros de quel roman célèbre aimeriez-vous devenir?

P.-S. Le livre a été traduit en français sous le titre de Jane Austen et moi.

Toutes ces vagues qui passent

La mer…

Celle de Trenet, celle des îles perdues ou des pays submergés. Celle de mes premières vacances, celle de mon premier voyage en solo, celle où je tente à chaque occasion d’écrire le courant de ma vie. 

Ce sentiment étrange qu’elle nous inspire, la mer. À chaque moment où nous la retrouvons, nous sommes subitement plongés dans un état de nostalgie totale et d’émerveillement. Car si la mer s’offre à nous plusieurs fois dans une vie, notre perception de celle-ci peut changer selon le lieu où nous la redécouvrons. Elle définit à la fois notre rapport au temps et à notre culture. La mer, c’est cette sensation sans égale, cette vague d’amour et de peur qui nous brusque et réussit à nous calmer en même temps. C’est le plus beau spectacle qui s’offre à nous d’une certaine part, mais aussi le spectacle auquel autant de gens différents peuvent assister. Elle est l’hôte de nos vies. Habité par la tristesse de l’hiver et de tous les maux qui peuvent l’accompagner, j’ai été prise en charge par des amis qui m’ont parlé longuement et passionnément de Océan mer d’Alessandro Baricco. Portrait fascinant que d’observer l’émoi commun d’étrangers pour une seule et même œuvre. À chaque témoignage, j’ai pu voir le même regard dans les yeux de différentes personnes ; ce regard rempli de compassion et de tendresse.

Là où la mer commence et passe

Sept personnages aux passés et aux ambitions complètement différents se retrouvent à la résidence Almayer. À l’autre bout du monde, un spectacle étrange et fascinant s’offre à eux ; la mer dans toute sa beauté. On ne sait où elle commence et où elle se termine, et pourtant, ces sept personnages trouveront en elle le courage dont ils ont besoin pour affronter les histoires qui les définissent. Ode à la vie et à l’amour, Océan mer est de loin un des plus beaux romans qui m’ait été permis de découvrir.

«Tu sais ce qui est beau, ici ? Regarde : on marche, on laisse toutes ces traces sur le sable, et elles restent là, précises, bien en ligne. Mais demain tu te lèveras, tu regarderas cette grande plage et il n’y aura plus rien, plus une trace, plus aucun signe, rien. La mer efface, la nuit. La marée recouvre. Comme si personne n’était jamais passé. Comme si nous n’avions jamais existé. S’il y a, dans le monde, un endroit où tu peux penser que tu n’es rien, cet endroit, c’est ici. Ce n’est plus la terre, et ce n’est pas encore la mer. Ce n’est pas une vie fausse, et ce n’est pas une vie vraie. C’est du temps. Du temps qui passe. Rien d’autre. »

À la fois fantaisiste, absurde et poétique, Océan mer s’offre à nous avec énormément de générosité. Récit d’aventures où la mer tient le rôle principal, on nous plonge dans différents états qui finissent tous par se relier et se compléter les uns aux autres. C’est une œuvre empreinte d’une beauté sans égale qui réussit à capter chaque parcelle marquante dans le courant d’une vie. On passe par une vague complètement diversifiée d’émotions tout au long des deux cents et quelques pages et ce, toujours avec beaucoup d’intensité et de délicatesse. Alessandro Baricco parvient à nous surprendre par la diversité de son propos et par son éloquence. Abordant des thèmes aussi larges que la mort, la passion ou bien la maladie (pour ne nommer que ceux-ci), on joue avec l’imaginaire du lecteur pour l’amener sur une voie étrangère et pour ne pas le laisser sombrer dans l’ennui. Tout est surprenant dans cette lecture. C’est un changement de direction constant et réussi avec brio. Ainsi, le tout nous semble léger, doux, mais surtout paisible. On a parfois l’impression que l’auteur découvre lui même ses fascinants personnages au fur et à mesure, même s’il sait très bien où il s’en va. Et là réside la plus grande force de l’auteur : son talent de conteur. Les yeux grands ouverts, les larmes aux yeux ou le sourire accroché aux lèvres, on ne peut se passer de ces mots et de la courbe vers laquelle ils nous amènent. Comme quoi l’enfant en nous est toujours bien présent lors d’une lecture captivante.


À mille lieues d’ici


Dès le départ, on ne sait trop où se situer. Abordant un ton absurde dès les premières lignes, on a l’impression que les personnages se moquent de nous, procédé qui rappelle le style de Beckett. Et pourtant, selon les chapitres et les personnages, les styles varient et évoluent. Si bien qu’on plonge parfois dans la prose, l’anecdote ou dans le dialogue. Il y a aussi ce non-lieu, maison de personnages diversifiés et mystérieux. En effet, la résidence Almayer s’offre à nous comme une maison des fous, mais comme des fous qui connaissent tout ce dont nous avons trop peur d’aborder. Il y a quelque chose de complexe et de foudroyant dans ce lieu de rencontre, habités par ces sept personnages tous plus attachants les uns des autres et par ces enfants magiques, présentés comme les anges gardiens de la résidence. Aucune histoire ne passe inaperçue ou ne semble déteinte d’intérêt. Si on est touché par la fragilité de Elisewin ou l’absurdité de la vie de Bartelboom, on est également happé par la foudroyance de la deuxième partie du livre. En effet, l’œuvre étant séparée en trois chapitres, elle nous permet de découvrir les personnages, leur évolution et d’accéder au moment où la mer les séparera les un des autres.

«Tourne ton regard vers la mer. Moi, je ne suis plus rien. Elle ne m’appartient plus, mon âme, elle ne m’appartient plus, ma vie, ne me vole pas, avec ces yeux-là, ma mort.»

Le dernier chapitre est particulièrement marquant par sa forme, son engagement et sa sensibilité. Les larmes aux yeux, on voit la résidence s’ensevelir sous l’océan, ne nous laissant plus que l’immensité du monde et de l’humanité à observer. Océan mer nous amène une perspective différente sur notre rapport humain et sur notre relation avec la nature qui nous entoure. C’est une «claque» en pleine face, un appel à l’éveil pour enfin accepter le beau qui nous entoure et ses répercussions sur les passages sombres de nos vies.

«Le destin n’est pas une chaîne mais un envol.»

Encore mi-éveillée par ce songe, je garde précieusement cet œuvre comme lecture de chevet spontanée. L’impact des mots d’Alessandro Baricco est unique et universel. Si bien que j’ai la certitude que chaque individu peut y trouver une manière de consolider sa tristesse éphémère et l’espoir qui se dégagent de l’œuvre. On termine la lecture avec l’impression d’être partie en voyage avec ses personnages, chamboulé par l’impact qu’ils ont eu sur nos vies de lecteurs. Océan mer est une œuvre philosophique et nostalgique qui réussit à capter parfaitement l’importance du moment présent et son impact sur le courant de nos vies. C’est un livre qu’il faut chérir et partager secrètement. Car une fois qu’on tombe sous le charme d’Océan mer, on réussit à trouver dans le regard de celui ou celle qui l’a lu le même émerveillement qui nous a habités lors de notre lecture.

Le printemps est maintenant bien installé et les douleurs de l’hiver s’évaporent à force de voir les journées s’allonger. Les livres nous sauvent à leur manière, ils nous permettent de nous évader, de trouver réconfort dans une réalité différente de la nôtre. Parfois mieux, parfois pire. Mais c’est grâce à eux que nous réussissions, une fois le livre terminé, à nous réfugier dans la réalité et à trouver la force de l’affronter. 
Océan mer, tu fus mon éveil du printemps.

Et vous, quels livres vous ont réconfortés en période de bouleversement ?

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Les écorchés de Montréal-Nord

J’explorais les dernières sorties littéraires sur le site des Libraires et j’ai été subjuguée par cette illustration de Stephen Mackey représentant une jeune fille sous un voile blanc. Tout était énigmatique. Et définitivement intéressant. Je n’ai pas pu résister à l’achat du recueil.

Sixième recueil de nouvelles de Suzanne Myre, L’allumeuse livre les récits de la survivance d’enfances étranglées et vécues par des personnages écorchés mais bien vivants.

Suzanne Myre m’était tout à fait inconnue. Très prolifique nouvelliste, elle a huit livres publiés en moins de quinze ans où elle explore l’homme sous toutes ses facettes. Elle a d’ailleurs remporté de nombreux prix et été finaliste au Prix des libraires du Québec. Dans ce dernier ouvrage, Suzanne Myre nous fait visiter Montréal-Nord, quartier où elle a grandi, quartier qui n’est pas suffisamment exploré dans notre littérature.

L’allumeuse

Parmi les douze nouvelles du recueil, la nouvelle éponyme est définitivement la mieux ficelée, la plus touchante et la plus satisfaisante. L’allumeuse donne le ton à l’œuvre entière : elle met en scène « Montréal-Mort » et elle dépeint l’enfance dysfonctionnelle de la petite Annabelle, douze ans, qui est abusée par le bedeau de son église. Cet homme refait surface dans sa vie lorsque sa mère lui présente son nouvel amoureux; elle ne pense plus qu’à se venger au point de mettre le feu à l’église. La langue est très poétique et permet d’absorber ce sujet plutôt difficile, voire choquant.

Cet asile était devenu comme une île mouvante produisant une nausée de pensées délétères. 

Je me sentais comme une automate, une marionnette taillée dans la culpabilité, dont il tirait les ficelles. 

Ma mère me voyait bien m’étioler dans un silence éloquent.

Malgré la lourdeur des propos, la lecture est un pur plaisir et la finalité ne déçoit pas. Des références à cette nouvelle reviennent d’ailleurs à quelques reprises ponctuer le recueil.

Bébé à jeun & Une enfance de petit Frigo

Deux autres nouvelles, diamétralement opposées, m’ont marquée. Bébé à jeun donne la parole à une future maman coincée dans les griffes de la violence conjugale occasionnée par la boisson. Un petit moment de tendresse bien dosée, un baume espéré, où les promesses faites à l’enfant à naître rassurent sur la bonté de l’espèce humaine. La nouvelle Une enfance de petit Frigo, quant à elle, séduit par son personnage principal, un chat. Un chat abandonné qui a droit à une seconde famille affectueuse qui comblera le manque de ses premières années de vie, plutôt difficiles, à vagabonder.

Deux petites nouvelles pures qui désamorcent le chaos engendré par les autres.

L’enfance

Thématique clé qui parcourt la majorité des nouvelles de l’œuvre, l’enfance est représentée dans un dysfonctionnement familial, parfois venant des parents, parfois des enfants. L’alcoolisme, la violence verbale, physique et sexuelle, l’obsession, le regret, témoignent de la suffocation des personnages de ce petit coin de Montréal; Suzanne Myre nous fait passer par une multitude d’émotions. Une nécessité sombre pour mieux réfléchir à l’aisance avec laquelle nous menons nos vies.

Ne connaissant pas l’auteure avant cette sortie littéraire, j’ai maintenant le goût de découvrir les nombreuses nouvelles de son univers et ces deux recueils m’intéressent particulièrement : Le peignoir et Humains aigres-doux. Les connaissez-vous? Avez-vous déjà lu Suzanne Myre?

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C’est pas toi, c’est eux

Faire sentir quelqu’un infiniment petit pour se sentir infiniment grand. C’est ce qu’on a tous fait, de façon volontaire ou non, à un moment ou à un autre de nos vies. Il y a trois ans de ça, je suis tombée sur ce tout petit livre, écrit pour des adolescents, mais que tout le monde devrait lire. Un petit livre rempli de puissance, de rage, de trahison, de peur et finalement, d’abandon. Eux, de Patrick Isabelle, saura vous déranger et vous déstabiliser, que vous soyez un adolescent, un adulte dans la fleur de l’âge ou à la retraite. Je parle en connaissance de cause parce que même si je l’ai lu il y a longtemps déjà, ce livre me hante encore. Je me revois, tournant la dernière page dans un autobus bondé, la larme à l’œil, me demandant comment un livre pouvait m’avoir tant touchée.

« J’ai vu la peur dans ses yeux.

Ça m’a fait du bien.

Alors j’ai tiré. »

Je vous rassure, je ne viens pas de vous donner un extrait de la toute dernière page, mais bien de la toute première. On connait d’emblée comment cette histoire finit. Il n’y a pas de secrets, pas de suspense, pas de chute finale. Il n’y a que l’angoisse, la peur, la rage du personnage principal, lui, de vivre jour après jour sous le joug de ses bourreaux, eux. Il s’engouffre dans un trou sans fond qui l’amènera à commettre l’irréparable, à devenir le monstre qu’ils ont tant voulu qu’il soit.

Entre eux et lui

On suit l’histoire d’un jeune adolescent victime d’intimidation. Victime de gestes de plus en plus ignobles qui, de jour en jour, le transforme en quelqu’un qu’il n’est pas. De page en page, on en apprend un peu plus sur ce qu’il était et sur ce qu’il est devenu. Un peu plus sur ce qu’il aurait pu être.

Eux est un livre bouleversant. Un arrache-cœur, non seulement parce que lui, c’est nous, mais qu’eux aussi, c’est nous. La frontière entre le bien et le mal, le bon et le méchant est floue, autant dans le livre que dans la réalité. On essaie de se convaincre qu’on est fondamentalement bon, qu’on ne veut que du bien à ceux qui nous entourent. Mais pourtant, chacun de nous fait le choix conscient de ne pas blesser l’autre. Chacun de nous retient cette insulte, ce coup, cette hargne lorsque nos émotions semblent prendre le dessus sur notre raison. Mais qu’arrive-t-il lorsqu’on n’arrive pas à se retenir? Qu’on pose un, deux, trois gestes regrettables, de plus en plus impardonnables, pour finalement devenir la personne que nous ne pensions jamais être? Et si je vous disais qu’une fois devenus cette personne, vous ne vous en rendriez même pas compte? Vous passeriez chaque matin devant votre miroir, insouciants de votre reflet qui change sous vos yeux.

Et si je vous disais que des gens blessés, meurtris, il y en a partout? Qu’il faut, encore et toujours, faire le choix conscient d’être bon, gentil, de porter attention, d’écouter et d’aimer. Un simple geste pourrait tout changer. Parce qu’il ne faut pas l’oublier, les gens heureux ne sont pas méchants.

Et vous, avez-vous déjà lu un livre si bouleversant qu’il a changé votre perception des gens qui vous entourent?

 

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Désirer jusqu’à en perdre l’équilibre

Dans la dernière année, j’ai fini mes études universitaires et depuis, j’essaie de prendre un pas de recul sur ma vie, de me questionner : « qu’est-ce que je devrais faire maintenant? » vs « qu’est-ce que j’ai envie de faire maintenant? » C’est angoissant un peu, parce qu’il faut trouver la bonne réponse, mais surtout choisir la question à laquelle on veut répondre. Dans le fond, je sais que mes désirs seront toujours plus forts et que même si je choisis la mauvaise réponse, je finirai par bifurquer vers mes vraies envies. Je dois juste arrêter de me sentir coupable.

Eh bien, quand j’ai lu Danser au bord de l’abîme, de Grégoire Delacourt, j’ai commencé à mieux respirer (image pour dire que j’ai commencé à me sentir moins mal).

***

Leur vie va basculer « comme dans les romans »

Emma est à l’aube de la quarantaine. Si elle mène une vie bien paisible avec son mari, ses trois enfants dans sa grande maison blanche près de Lille, elle n’a plus l’impression de vivre dans le présent. Le couple s’aime beaucoup, mais le désir n’est plus là. Alors qu’elle dîne à la Brasserie André, comme tous les midis, elle a le coup de foudre pour cet homme mystérieux et élégant dont elle ne peut résister au regard envoûtant, aux lèvres charnues, à la peau chaude et aux manières polies. L’attirance est palpable. Elle désire tellement cet homme, mais elle est par-dessus tout accro au sentiment de se sentir désirée en retour. C’est plus fort que tout, son attirance est si puissante qu’elle quittera sa vie parfaite pour vivre l’aventure de ses rêves avec cet homme. Bien vite, ses plans changeront…

Ne penser qu’à soi

Emma doit abandonner sa vie ordonnée et sa famille bien-aimée pour vivre son désir. C’est d’abord crève-cœur de quitter ceux qu’elle aime, ceux qui comptent sur elle, mais elle est convaincue que son désir est tellement puissant et que cet homme la rendra heureuse comme elle ne l’a jamais été. Elle a avant tout besoin de sortir de sa zone de confort pour vivre des aventures, car elle tourne présentement en rond dans sa vie et c’est ce qui l’ennuie. Elle veut s’écouter, écouter ses désirs personnels. C’est égoïste de ne penser qu’à soi : c’est ne penser qu’à son propre bonheur. Ça vient avec le jugement des autres qui feront toujours des commentaires. Mais elle ne veut pas passer à côté de cette chance de se sentir revivre et surtout, désirée.

Goûter à la vie et à tous ses plaisirs

Ça arrive quand on est dans un tournant, une période d’entre-deux dans sa vie. Cette urgence de vivre, de sortir des sentiers battus et de suivre nos envies. C’est aussi la peur de passer à côté de quelque chose (vous savez, cette fameuse expression FOMO, fear of missing out). Cette révolte intérieure, qui peut se traduire par la crise de la quarantaine d’Emma, peut aussi résonner à n’importe quelle période de la vie. Et c’est aussi ce qui m’a beaucoup rejointe. Je ne veux pas me réveiller à quarante ans avec des engagements et des responsabilités et me dire que je n’ai pas assez goûté à la vie. Que je ne me suis pas encore réalisée pleinement. Je veux m’écouter.

Finalement, c’est le message que j’ai décidé de m’approprier dans le livre, parce que l’histoire prend un grand tournant qui fera en sorte que le désir d’Emma ne prendra pas forme comme elle l’avait imaginé. Mais j’ai trouvé beau ce courage de s’écouter et de se jeter dans le vide en faisant fi des commentaires des autres.

Et vous, quels sont les livres qui vous ont marqué au tournant de votre vie?

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S’éloigner du chaos moderne en vivant plus simplement

Une de mes premières constatations d’adulte, ça a été de ressentir un énorme vertige vis-à-vis la frénésie de la vie dite « ordinaire » : courir après son temps, trouver du temps pour se nourrir, voir sa famille, s’offrir du temps pour soi comme s’il s’agissait de quelque chose d’exceptionnel. Ce vertige est venu perturber ce besoin de flâner que j’ai toujours ressenti. Flâner dans le sens de rêver, dans le sens de profiter du silence, des riens qui m’entourent, mais qui forment un tout.

Vivre simplement est devenu rapidement une nécessité dans ma façon de voir la vie. C’est cette constatation qui m’a amenée à chercher des inspirations et des modèles un peu plus hors normes qui me montraient qu’il n’y avait pas une seule façon de vivre sa vie et qu’il existait des façons plus « alternatives » d’être adulte.

À une époque comme la nôtre, je ne suis pas la seule devant cette constatation. Cela a mis sur mon chemin de nombreux blogues et livres inspirés de cette philosophie du Slow living. Or, je reproche à énormément de livres que j’ai lus au sujet de cette vie lente et minimaliste d’aborder le sujet de façon superficielle. On n’y parle trop souvent que d’objets, de matériel, de biens physiques.

À mon sens, l’intérêt et la richesse de ce choix de vivre simplement se trouvent plutôt dans des sujets tels que le temps, les finances, l’alimentation, l’environnement, la spiritualité, l’entrepreneuriat, la créativité. J’y vois clairement un enjeu social et un mouvement politique éloigné de la société capitaliste qui nous encourage à toujours plus consommer et travailler. L’enjeu est plus grand que de seulement discuter de façons de trier ses vêtements ou décorer sa cuisine (même si je suis la première à m’intéresser aussi à ce genre de chose).

Voilà pourquoi cette nouveauté des éditions Guy Saint-Jean m’a positivement plu. Vivre simplement d’Élisabeth Simard, autrice du blogue Ruban cassette, aborde de nombreuses facettes de ce que c’est pour elle et sa famille que de vivre simplement. Sortir du chaos moderne pour s’offrir une vie plus douce, dans cette petite phrase qui apparaît sur la couverture, il y a l’idée de sortir, de prendre un autre chemin que ce que la société détermine pour nous. J’ai apprécié la franchise et la vulnérabilité avec laquelle l’autrice nous apporte dans ses réflexions et ses constats.

Simplicité, douceur, calme

Il y a plusieurs sujets dans ce livre que j’ai été heureuse de trouver dans un tel ouvrage : les finances, l’environnement, les relations avec les autres, le travail, l’importance de prendre soin de soi. Ces sujets sont plus ancrés dans le réel et permettent à celles et ceux qui se trouvent devant leurs questionnements d’y trouver un genre de guide d’accompagnement. Et pour ce qui est de celles et ceux qui ont déjà emprunté le chemin de la simplicité, cela vient qu’approfondir et inspirer à nouveau. Bien que l’attention du livre soit souvent portée vers la parentalité, j’ai trouvé que son entièreté pouvait inspirer quiconque, même ceux sans enfants, comme moi.

Refuser la rapidité de la vie, s’éloigner du système capitaliste et repenser notre lien avec l’environnement, l’argent, le temps, avec ce qu’est la vraie définition du succès et du bonheur, sont des gestes qui peuvent améliorer notre vie comme individu; des gestes qui nous font repenser à la notion de collectif, ce « nous » trop souvent oublié.

Je crois sincèrement que la simplicité volontaire vient en continuité avec l’idée de repenser son rapport aux autres, à ce qui nous entoure, à faire preuve de plus de compassion et de respect avec les humains, les animaux, la nature et l’environnement. J’y vois dans ce désir de vivre simplement un positionnement positif (qui peut être politique) pour désamorcer le non-sens que représente ce chemin tout tracé de travailler pour consommer tout en contribuant à la destruction de la planète terre.

Bref, c’est un ouvrage inspirant qui m’a permis de repenser à ma définition de ce que c’est que de vivre simplement. Si l’envie de ralentir, d’avoir une vie qui a plus de sens, de changer les choses vous interpelle, je ne peux que vous encourager à découvrir ce livre qui saura vous inspirer et contribuer à mener une existence plus harmonieuse avec ce qui vous entoure.

Avez-vous d’autres lectures qui inspirent à « sortir du chaos moderne » à me conseiller?


Le fil rouge tient à remercier Les Éditions Guy Saint-Jean pour le service de presse.

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La deuxième personne heurte plus que la troisième

La femme qui fuit (un autre article à propos de ce roman ici), c’est un roman qui m’a tout de suite bousculée dans mes habitudes de lectrice, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, le format du roman n’est pas habituel. Les chapitres sont courts et les phrases sont succinctes. Pour moi qui venais tout juste de terminer Raison et sentiments de Jane Austen, disons simplement que le contraste était grand. Sinon, les premiers chapitres traitent d’une mère qui a abandonné ses enfants et qui, plusieurs dizaines d’années plus tard, ne souhaite toujours pas les revoir. Lire tout cela, sans connaître l’historique de la mère en question, m’a remuée et même un peu contrariée. Une dernière chose que je n’ai pas souvent eu l’occasion de croiser lors de mes lectures: une narration à la deuxième personne du singulier.

L’histoire derrière cette histoire

Il m’a fallu un certain temps pour m’habituer à cette narration particulière, et encore plus longtemps pour comprendre les raisons faisant en sorte que c’était en fait un très bon choix. Avant de commencer, il faut savoir que l’autrice de ce roman, Anaïs Barbeau-Lavalette, est la petite-fille de Suzanne Meloche. Cette dernière était l’épouse de Marcel Barbeau et faisait avec lui partie du groupe des Automatistes, groupe d’artistes québécois derrière la publication du Refus Global, en 1948. Les signataires ont eu bien des problèmes après leur affiliation à cet écrit. Suzanne et Marcel ont abandonné leurs enfants alors qu’ils étaient encore très jeunes. L’aînée, alors âgée de trois ans, est la mère d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Cette dernière sait donc l’impact que cette séparation a eu sur l’existence de sa mère et sur sa propre existence. Le roman débute avec des chapitres plutôt crus, qui montrent bien la colère que l’autrice ressent toujours pour cette femme qui a fait du mal à sa mère.

«Le téléphone de ma mère sonne. C’est toi. Tu lui dis de ne plus faire ça. Tu lui dis que tu ne veux plus nous revoir, jamais. Ma mère raccroche. Elle en a mangé, des rejets, et ils sont tous là, coincés dans sa gorge. Elle a tout juste appris à ne pas s’étouffer avec.»

Détester, puis comprendre

Après cet épisode débute une longue épopée, permettant de comprendre la vie qu’a vécue Suzanne. En lisant, j’ai pu mieux m’expliquer les diverses actions posées par Suzanne,  en en apprenant plus sur les événements qu’elle a vécus de son enfance à sa vieillesse. Plus je progressais dans le roman, plus j’adoucissais mon jugement à propos de cette femme. J’ai aussi senti que l’autrice faisait de même, en retraçant l’histoire de sa grand-mère. C’est là que l’utilisation de la deuxième personne du singulier entre en scène.  L’œuvre entière semble être une longue lettre à cette grand-mère qui a toujours été absente.  Elle s’adresse à elle, met des mots sur ce qu’elle a dû ressentir. Les nombreuses phrases débutant par le pronom «tu» semblent parfois attaquer la dame et parfois, au contraire, lui faire réaliser qu’elle est comprise. Ce choix de narration m’a d’abord étonnée, puis impressionnée.

L’autrice explique souvent les sentiments du personnage principal de façon très détaillée, et le fait qu’il s’agisse d’une narration au «tu» laisse sous-entendre que la personne qui a écrit ces phrases comprend exactement ce qui se passe dans la tête et le cœur de Suzanne, alors qu’il a en fait longtemps dû s’agir du contraire.  En réfléchissant un peu, on se rend bien compte que l’écriture de ce roman a dû être tout un défi.

La forme du texte permet une belle prise de conscience.  Les premiers chapitres m’ont fait détester cette femme que je ne connaissais pourtant pas le moins du monde. Mais ensuite, en en apprenant plus sur son passé, sur le contexte historique de l’époque dans laquelle elle vivait et sur sa vision du monde et d’elle-même, j’ai mieux compris.  J’ai mieux compris cette Suzanne que j’ai, un peu malgré moi, détestée dès la lecture de la quatrième de couverture, car personne ne comprend facilement comment une mère peut abandonner ses enfants.  Mais après avoir tout lu, tout vécu avec ce personnage pour lequel j’ai fini par éprouver de la compassion, je me suis sentie mal de l’avoir ainsi jugé.

Sinon, il est impossible de discuter de la forme de ce livre sans mentionner les nombreuses figures de style employées tout au long du récit.  Elles sont à la fois jolies et déroutantes.  L’autrice a certainement hérité des talents d’écrivaine de sa grand-mère poète, qui a publié le recueil Aurores fulminantes.

«Tu prends enfin la main de Mousse dans la tienne et y déposes la promesse brûlante de ton envol.  En espérant qu’un jour, elle s’y abreuvera.  Mais Mousse a trois ans et c’est dans tes jupes et tes chansons qu’elle existe.  C’est dans l’effluve rassurante de ton cou et l’antre de tes bras refermés sur elle qu’elle trouve son souffle.  Ce matin-là, sur une route de terre sans fin, tu lui passes la corde au cœur, tu lacères ce qui la relie au monde.»

En terminant, La femme qui fuit est un roman dont la forme est sans contredit l’une des grandes forces.  Les courtes phrases sont déconcertantes et les images sont poignantes.  Le fait que cette histoire soit celle de la grand-mère de l’autrice la rend plus spéciale encore, considérant le nombre de péripéties qu’elle contient. Finalement, j’ai particulièrement apprécié de lire à propos des artistes québécois de l’époque. J’ai aimé en apprendre plus sur leur processus créatif et leurs motivations, car ce sont des choses qui ne sont pas souvent traitées et qui sont pourtant très intéressantes.

Avez-vous d’autres romans dont la forme singulière du texte a influencé et marqué votre lecture?