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L’inéducation : manifeste pour une éducation renouvelée et populaire

Vous souvenez-vous de cette douce époque où nous allions à la petite école sans nous soucier du monde extérieur? On vous appelait affectueusement par votre prénom et on s’attardait sur votre cas s’il y avait la moindre difficulté. L’école débordait de ressources et si, par malheur, on avait oublié notre boîte à lunch pour manger ce midi, on nous en fournissait une. Il y avait des professeures dévouées, des éducatrices soucieuses et des spécialistes prévenantes. L’école est une institution fondamentale pour l’instruction et l’éducation, et pourtant.

Aujourd’hui, il est pressant — ou urgent — de parler du futur de notre système d’éducation. Celui-ci se retrouve dans un étau qui se resserre dans la succession des gouvernements. L’éducation est en train de suffoquer pour diverses raisons : coupes budgétaires, précarité des enseignants, industrialisation de l’éducation. Pour ne nommer que ces causes, car elles sont nombreuses. Depuis cette vague d’austérité, nous avons vu des chaînes humaines pour protéger les écoles primaires. Comment en sommes-nous arrivés là? La professeure en philosophie Joëlle Tremblay démystifie toute cette confusion collective dans L’inéducation.

Libre d’apprendre, à condition de sacrifices

Nous avons un choix à faire de nos jours : dettes ou ignorance. Cela fait environ 15 ans, peu importe le parti au pouvoir, que le Ministère de l’Éducation asphyxie le système public. À force de recevoir successivement des coups de hache, le démantèlement du système éducatif se produit. Lentement et sûrement. Joëlle Tremblay met en lumière certaines conséquences de l’idéologie utilisateur-payeur :

Les budgets d’enseignement du nombre d’inscriptions dans un programme. En d’autres mots, plus un programme aura un nombre élevé d’inscriptions, plus le budget pour le programme sera avantageux. Une somme sera accordée à un établissement pour chaque inscription ainsi que pour chaque diplôme obtenu. Pendant ce temps, les institutions publiques se retrouvent à faire des choix de gestionnaires : la fermeture des postes d’enseignants et de professeurs après le départ pour la retraite, la perte de ressources structurelles et matérielles, les nouvelles conditions qui entretiennent la précarité de nos pédagogues. Tout cela nous mène à l’industrialisation du savoir. Dorénavant, l’éducation n’est plus une priorité pour le gouvernement et ceux qui l’ont précédé, comme souligne l’auteure, nous assistons au désengagement de l’État. Du côté du secteur privé, celui-ci est subventionné à la hausse, d’année en année.

Les contribuables ne peuvent pas payer plus pour l’éducation — déclaration du ministre de l’Éducation en septembre 2015 pour justifier les coupes, qu’ils nommeront la rigueur des temps actuels.

Notre pouvoir pour le futur

Nous l’avons constaté, le Ministère de l’Éducation brandit sans cesse l’état de notre système éducatif avec un drapeau rouge, un état d’urgence pour répondre aux besoins du marché. Nous avons assisté à ces coupures, ce serrage de ceinture collectif, le démantèlement d’un de nos tissus sociaux. Joëlle Tremblay fait un drôle de constat sur ce fameux marché en perte de ressources constante, car ce dont nous avons besoin dans les années à venir, ce sont des esprits rigoureux et souples qui peuvent répondre rapidement à des enjeux complexes. Sans discréditer la formation technique et spécialisée, elle ne doit pas devenir une hyperspécialisation se refermant sur elle-même. La culture générale est un point d’ancrage dans la complexité.

La qualité de l’enseignement doit reprendre ses couleurs d’autrefois. Il est temps que nous revenions à une formation de l’enseignement en hausse avec une forte culture générale et que nous offrions de nouveaux outils techniques à utiliser en classe, selon l’auteure, sans forcément se replonger dans un enseignement rigide et classique.

Pour préserver l’éducation pour nos enfants, les futures générations, il est temps de passer à l’action. Se poser la question : « Quel avenir souhaitons-nous pour notre système éducatif? » Il faudra agir dès maintenant, ensemble. Parents, enseignants, étudiants et membres de la direction. L’éducation est un pilier, il en va de la survie de notre société.

L’importance de s’informer et de réagir

Cet essai a été une véritable révélation pour moi. En tant qu’étudiante dans une quelconque discipline, la réflexion de Joëlle Tremblay m’a poussée à réfléchir à mon rapport avec le système scolaire. En lisant (pour ne pas dire dévorer) ce petit ouvrage, j’ai été heureuse de voir que nos professeurs sont prêts à prendre la parole et à se battre au front pour le droit à une meilleure éducation. Cela m’a infligé un sentiment de révolte, un sentiment d’urgence et le devoir d’agir rapidement avant que toutes les solutions soient épuisées. Je me suis sentie désemparée et choquée de l’indifférence que nous éprouvons au regard des réformes robotiques pour nos futures générations, qui seront peu cultivées et ainsi ne feront que répondre à des services précis. En ce moment, la mission de notre système éducatif est de former de futurs travailleurs pour des services particuliers, tout en se désengageant dans la connaissance de culture générale, qui semble inutile. À mon avis, le premier message qu’on devrait recevoir, c’est d’étudier dans ce que nous aimons. Il faut redonner la place à la culture générale, briser l’élitisme intellectuel et donner accès à la connaissance à ces gens sur les bancs de l’école.

Si le gouvernement poursuit sa douce destruction du système éducatif, quel serait l’intérêt de lire? Notre rôle, en tant que collaboratrices de ce blogue, n’aurait plus d’importance. Notre mission au Fil rouge est d’offrir des lectures qui font du bien. Alors, lire cet essai est un indispensable pour ouvrir notre esprit et comprendre ce qui se trame dans ces fameuses lois qui ont des impacts sur les citoyens. Il est temps que nous ramenions les actions sur la table, dans les discussions, et avec enthousiasme. Ce livre m’a invitée à mieux comprendre ce qu’on couvre par des termes compliqués pour exclure le public peu familiarisé avec la novlangue du système, une des grandes problématiques de notre société. Il est toujours possible de se donner une parole dans ces débats.

Et vous, que pensez-vous de l’avenir de notre système éducatif?

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À l’époque du choléra, Florentino était malade d’amour

J’ai découvert cet auteur alors que je cherchais désespérément un personnage notable ayant beaucoup apporté à la culture hispanophone, afin de faire une présentation orale pour mon cours d’espagnol. Le nom de Gabriel García Márquez revenait très souvent, mais je ne me souvenais pas avoir déjà entendu parler de lui. J’ai eu assez honte  de moi lorsque j’ai découvert qu’il était le récipiendaire d’un prix Nobel de littérature et que son livre Cent ans de solitude avait été placé parmi les cent meilleurs livres de tous les temps alors que son auteur était encore vivant. Impressionnant, vous dites?

Un roman poétique

J’ai préféré le roman L’amour aux temps du choléra à celui qui a fait la renommée de l’auteur à cause de la quatrième de couverture. Étant donné que je venais tout juste de terminer ma session au cégep, je voulais un livre qui se lirait facilement, un livre pour relaxer un peu. Bien que j’aie apprécié ma lecture, je ne peux pas dire que ce fut une lecture reposante. Ce n’est pas tellement l’histoire qui est essoufflante, mais plus le style d’écriture, qui est lent et détaillé. Les descriptions ne sont pas barbantes, disons plutôt qu’elles sont pleines de fioritures. Cela fait en sorte qu’on peut facilement se perdre dans ce roman où certains passages ne sont pas absolument essentiels à l’avancement de l’histoire. Par contre, ces extraits sont si poétiques et bien écrits qu’on les apprécie quand même.

Une histoire d’amour de plus d’un demi-siècle

Le résumé de la quatrième de couverture de L’amour aux temps du choléra me laissait entrevoir une histoire d’amour dite classique entre un jeune poète pauvre et une éblouissante étudiante, riche en plus d’être complètement inatteignable. Pourtant, l’histoire entre Florentino Ariza et Fermina Daza n’a rien d’une courte idylle entre deux jeunes gens encore au tournant de l’enfance. C’est plutôt un entichement du jeune garçon pour sa belle, qui reste le même durant plus de cinquante ans, même après qu’elle lui ait préféré un médecin bien nanti. Lorsque les deux anciens amoureux se retrouvent, alors qu’ils sont devenus de vieilles personnes, ils peuvent enfin vivre ce qu’ils avaient à vivre ensemble. On assiste alors à un amour différent de ce que l’on a l’habitude de lire. Un amour différent, mais touchant, pour des raisons différentes.

Un vrai artiste tourmenté

Le personnage de Florentino Ariza est la représentation parfaite de l’artiste tourmenté, ou de l’écrivain incompris, personnalité-type présente dans plusieurs œuvres. Au début du roman, on le rencontre alors qu’il réitère à son amour de jeunesse la promesse qu’il lui avait jadis faite, c’est-à-dire de lui vouer un amour et une fidélité éternels. Après qu’il se soit fait rejeter une deuxième fois par Fermina, maintenant veuve, l’histoire est rembobinée jusqu’au début, et on peut alors comprendre dans les détails ce qui s’est passé dans la vie des deux personnages principaux. On lit d’abord à propos de leur passé commun, où ils s’échangent quotidiennement des lettres enflammées dans lesquelles ils se répètent leur amour inconditionnel et réciproque. On est touché par la passion de Florentino, qui s’installe bien souvent à un endroit stratégique de la ville où le vent porte la musique jusqu’à la chambre de Fermina, pour y jouer au violon le morceau qu’il a composé expressément pour elle. Puis, plus tard dans le roman, on assiste avec déception au moment où leurs chemins se séparent.

Par la suite, tandis que l’héroïne gravit les échelons sociaux avec son mari qu’elle apprend tranquillement à aimer, le poète vit très mal sa vie sans la femme de ses rêves. Sa mère, qui le voit s’enfoncer dans une profonde dépression, le qualifie de malade d’amour. Alors, pour combler un manque qui est flagrant dans sa vie, il s’entoure de plusieurs femmes avec des histoires très différentes. On s’attache bien vite à cet amoureux éploré dont toutes les décisions, même les plus insignifiantes, sont prises en pensant à celle qui ne quittera jamais la place bien singulière qu’elle occupe dans son cœur.

Il n’avait jamais parlé d’elle à personne parce qu’il se savait incapable de prononcer son nom sans qu’on remarquât la pâleur de ses lèvres.

Ce roman de Gabriel García Márquez raconte l’histoire d’un amour qui ne s’apaise pas avec les années qui passent. Une telle passion fait certes rêver, mais peut par contre sembler invraisemblable, tant elle est forte. Malgré tout, les thèmes de l’amour impossible et de l’amour éternel demeurent très souvent exploités dans les romans, et sont présents plus souvent qu’autrement dans ceux ayant traversé les époques sans perdre de leur popularité.

Les éternels romantiques tels que Florentino Ariza sont-ils des personnages qui attirent votre sympathie?

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Vieillir donne le vertige

Les regrets. Plus on vieillit, plus on se demande si on a fait les bons choix. On regarde comment on a agi dans les dernières années. On scrute les diverses avenues qu’on aurait pu prendre. On juge le chemin qu’on a fini par emprunter.

Il est toujours facile de se laisser emporter par les regrets et de se lamenter sans cesse en soupirant après le passé.

Quand j’ai atteint la trentaine, il y a deux ans, je me suis posé beaucoup de questions. J’ai regretté certains choix. J’ai essayé en vain de m’imaginer une autre vie. Que se serait-il passé si j’avais continué ma maîtrise en littérature pour devenir prof? Et si je m’étais accrochée à mon premier petit copain et travaillé pour faire durer notre relation? Et si après mes études en communication, j’avais persévéré et décroché un job en événementiel mal payé au lieu de prendre un job de bureau plus routinier?

Est-ce que je serais plus heureuse?

Après des mois à me poser ces questions, je me suis enfoncée dans la tristesse et la peur de l’échec : je n’avançais plus.

J’ai fini par sortir de ce gouffre de regrets et j’ai recommencé à faire ce que j’avais toujours fait de mieux : foncer.

Parce que finalement, c’est impossible de prédire l’avenir et chaque fois qu’on prend une décision, il faut bien essayer de croire qu’elle sera la bonne.

Le premier roman d’Étienne Cardin-Trudeau : le vertige d’exister

Je me suis replongée dans toutes ces réflexions pendant le temps de fêtes en découvrant Le vertige, le premier livre d’Étienne Cardin-Trudeau. J’avais été attirée par le titre. J’ai toujours trouvé la vie vertigineuse. Et puis, le roman commence par une citation de Milan Kundera. C’est toujours facile de me séduire en citant un extrait de l’Insoutenable légèreté de l’être.

« Le vertige, c’est autre chose que la peur de tomber. C’est la voix du vide au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute dont nous nous défendons ensuite avec effroi. »

Je n’ai pas été déçue.

On y suit Éthan, un professeur de français dans une école secondaire en région. Il y vit une petite existence de banlieue : maisons presque toutes identiques, pelouses bien propres, la bière du dimanche, les voisins envahissants, le quotidien bien réglé. Mais Éthan n’avait pas rêvé de ce décor. Il voulait écrire, faire la fête et vivre d’excès.

Et puis, il est tombé fou amoureux d’une fille, Amélie, qui recherchait la tranquillité et la paix pour calmer ses angoisses et pour elle, il a accepté d’emprunter une voie plus paisible.

Plusieurs années plus tard, il trouve que la monotonie de la vie de région lui rappelle trop sa mort et il s’assombrit dans la nostalgie de sa folle jeunesse.

Le roman nous fait voyager entre les histoires du passé; les études en littérature, les partys, la drogue, l’insouciance, et celles du présent; l’enseignement à des étudiants blasés et peu intéressés par la lecture, les amis qui vieillissent, la peur de devenir père, les BBQ du dimanche.

Et puis, il y a cette fille : Eugénie, une amie d’enfance, blonde, intense, douée et déséquilibrée, avec qui il connaitra une histoire passionnelle, se promettant mutuellement de tromper la mort et de devenir de grands écrivains névrosés et dissipés.

Éthan échouera le pacte et se réfugiera dans les bras apaisants d’Amélie. L’amour est-il plus fort que le désir de grandiose?

L’emploi du « Tu » dans un roman

Le vertige, c’est finalement un livre qui fait réfléchir et qui donne envie de prendre en main sa destinée pour ne pas sombrer dans les regrets…

Par contre, j’ai une petite critique à faire. Le livre est écrit au « tu », ce qui est assez déroutant. En même temps, c’est innovant et cela pousse d’autant plus le lecteur à la réflexion. Peut-être est-ce vraiment ta vie que l’auteur est en train de décrire : une vie de regrets, une vie d’échecs? Cependant, je pense que cela rend la lecture un peu plus ardue.

Et vous, avez-vous lu dernièrement un roman qui vous a fait réfléchir sur votre passé et les choix que vous avez faits?

 

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Le pape a donné un nouveau souffle à ma ferveur environnementale

Est-il pertinent que je précise d’entrée de jeu que je suis athée ?

Peu importe, voilà qui est fait.

Un collègue a glissé ce livre sur mon bureau en me disant que ce dernier traitait d’environnement. Mes yeux ont été aussitôt attirés par le visage souriant du pape François qui couvrait l’exemplaire. Ma curiosité a aussi été immédiatement piquée car, pour moi, il n’y a pas de relation possible entre la religion et la science. Comment le Saint-Père arrivait-il à en créer une ?

J’ai grandi dans une famille chrétienne pratiquante, mais je n’ai pas la foi. Je suis aussi en désaccord sur plusieurs points de vue avec l’Église. De plus, jamais je n’y avais entendu quoi que ce soit sur la protection de l’environnement, encore moins sur la science ou sur la lutte aux changements climatiques, des valeurs incontournables pour moi.

Or, le nouveau pape – de son vrai nom Jorge Mario Bergoglio – est plein de surprises. Je dois avouer qu’il est un personnage fascinant, et que je suis du coin de l’œil la réforme de l’Église qu’il a amorcée depuis son élection. Qu’a-t-il donc à dire à propos de l’environnement ? Est-ce que la plus grande communauté religieuse du monde passera à l’action pour « sauvegarder la maison commune » ?

 

Écologie intégrale et bien commun

Une encyclique est une lettre écrite par le souverain pontife. Elle est destinée à renseigner les évêques du monde entier sur le point de vue de l’Église à propos d’un sujet en particulier. C’est grâce à ces derniers que les propos du pape se rendent ensuite jusqu’au 2,3 milliards de fidèles catholiques. Dans Laudato si’ (Loué sois-tu) publiée en 2015, le pape François lance un message à toute la planète, peu importe les principes spirituels de ses occupants : « À présent, face à la détérioration globale de l’environnement, je voudrais m’adresser à chaque personne qui habite cette planète » (p. 6).

Si vous êtes déjà préoccupé par la protection de l’environnement, vous n’apprendrez rien de nouveau dans la section où le Saint-Père fait l’état des lieux de la crise écologique actuelle, en prenant en considération « les meilleurs résultats de la recherche scientifique disponible aujourd’hui ». (p.14) L’intérêt de cet ouvrage est plutôt dans le concept d’écologie intégrale qui est proposé par son auteur.

Le pontificat de Bergoglio est inspiré du Saint Patron de l’écologie, François d’Assise, de qui il a emprunté le nom. L’homme ayant vécu au tournant du 13e siècle aurait en effet démontré un grand intérêt envers la nature (« la création de Dieu »), mais aussi envers « les pauvres et les abandonnés ». (p.10) Le pape actuel se distingue d’ailleurs de ces prédécesseurs par son mode de vie modeste et ses efforts pour lutter contre la pauvreté. Il s’inspire donc de François d’Assise pour inciter les lecteurs à ouvrir leur regard au-delà du défi scientifique et technique que représente la dégradation de la terre :

« Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature. […] Aujourd’hui, l’analyse des problèmes environnementaux est inséparable de l’analyse des contextes humains, familiaux, de travail, urbains, et de la relation de chaque personne avec elle-même qui génère une façon déterminée d’entrer en rapport avec les autres et avec l’environnement. » (p.100 à 102)

Selon lui, les réponses sont à la fois dans les richesses culturelles des peuples — un propos lourd de sens lorsque l’on se rappelle l’histoire des peuples autochtones canadiens —, dans l’art et la poésie ainsi que dans la spiritualité : « Si nous cherchons vraiment à construire une écologie qui nous permette de restaurer tout ce que nous avons détruit, alors aucune branche des sciences et aucune forme de sagesse ne peut être laissée de côté, la sagesse religieuse non plus, avec son langage propre. » (p. 47)

Il critique entre autres les systèmes politiques et les gouvernements pour leur lenteur et leur manque de vision : « La myopie de la logique du pouvoir ralentit l’intégration de l’agenda environnemental aux vues larges dans l’agenda public des gouvernements. » (p. 126) Il soutient aussi que la politique et l’économie doivent se mettre au service de la vie humaine, plutôt qu’au service du développement financier, surtout si ce dernier « ne laisse pas un monde meilleur et une qualité de vie intégralement supérieure ». (p.137)

 

Relire et réinterpréter le sacré 

Ce qui m’a happée en lisant cette lettre, c’est que le chef d’État de la Cité du Vatican invite les croyants à mieux interpréter certains textes tirés de la Genèse. Il aborde les récits de Caïn et Abel ainsi que celui de Noé du point de vue de l’écologie intégrale.

« Il est important de lire les textes bibliques dans leur contexte, avec une herméneutique adéquate, et de se souvenir qu’ils nous invitent à “cultiver et garder” le jardin du monde (cf. Gn 2,15). Alors que “cultiver” signifie labourer, défricher ou travailler, “garder” signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l’être humain et la nature. » (p.50)

Tout ce qu’il voulait démontrer, depuis le début, a pris tout son sens lorsque j’ai lu l’extrait suivant :

« [L]es évêques de Nouvelle-Zélande se sont demandé ce que le commandement “tu ne tueras pas” signifie quand “vingt pour cent de la population mondiale consomment les ressources de telle matière qu’ils volent aux nations pauvres, et aux futures générations, ce dont elles ont besoin pour survivre”. » (p. 69)

 

Quels sont les impacts d’un tel message ?

Même si un pape est à la tête de la plus grande communauté religieuse du monde, il faut reconnaitre que son pouvoir est limité. Autrefois aussi puissant que les rois (qu’il pouvait destituer), son rôle actuel est plutôt d’autorité morale et spirituelle. Son mandat vise à faire circuler le message du Christ et à assurer l’unité de la foi par des discours, des lettres, des homélies et des audiences ou encore des encycliques. Selon moi, s’intéresser à ce genre de messages — peu importe la confession — est incontournable, si l’on veut comprendre le monde dans lequel on vit.

Certains prédécesseurs du pape François se sont déjà illustrés sur la scène internationale. Le pape Jean-Paul II (1978-2005) est intervenu pour la chute du mur de Berlin et contre l’intervention américaine en Irak. Benoit XVI a aussi discouru à propos de la question des droits et des libertés devant l’assemblée générale des Nations Unies réunie à New York en 2008.

La démarche de François semble être empreinte d’humilité et d’ouverture :

« Encore une fois, je répète que l’Église n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique, mais j’invite à un débat honnête et transparent, pour que les besoins particuliers ou les idéologies n’affectent pas le bien commun. » (p. 132)

Bien que j’apprécie le ton de cette lettre, je dois avouer que je suis en désaccord avec certains des éléments qu’elle contient. Entre autres, malgré l’ouverture du pape envers la science, il est selon moi erroné de croire qu’il puisse y avoir un « dialogue intense et fécond » entre cette dernière et la religion (p.47). Sans vouloir trop m’étendre sur le sujet, je préciserais tout de même mon propos : les deux domaines s’intéressent à des objets complètement différents et utilisent aussi un langage et une méthodologie qui leur sont propres, ce qui les rend difficilement conciliables. Cependant, je concède que les deux domaines peuvent être complémentaires, et cohabiter. Malgré tout, le message du pape François me remplit d’espoir, et j’espère sincèrement que son message de « conversion écologique » trouvera écho dans les églises du monde. J’ai maintenant des arguments de plus pour faire valoir mon point de vue d’écologiste, car « même le pape le dit ».

« La grande richesse de la spiritualité chrétienne, générée par vingt siècles d’expériences personnelles et communautaires, offre une belle contribution à la tentative de renouveler l’humanité. Je veux proposer aux chrétiens quelques lignes d’une spiritualité écologique qui trouvent leurs origines dans des convictions de notre foi, car ce que nous enseigne l’Évangile a des conséquences sur notre façon de penser, de sentir et de vivre. » (p. 151)

Quel est le point de vue des autres grandes religions du monde à propos de la sauvegarde de l’environnement?

 

Références (consultées du 1er au 15 février 2018):

Loué sois-tu: lettre encyclique Laudato si’ sur la sauvegarde de la maison commune (183 pages) a été publié chez Médiaspaul, en 2015.

 

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La lecture s’invite dans nos rituels de voyage

On dit souvent que les livres sont les meilleurs moyens de s’évader. Il n’est donc pas étonnant de découvrir que les actions de lire et de voyager sont plus intimement liées qu’on pourrait le croire.

Ces livres qui guident tes pas…

Au commencement, il y a ce lieu mythique qui jaillit d’une histoire, comme une étincelle. Je me mets à rêver de cet endroit, à regarder où ça se trouve sur une carte, à calculer le nombre d’heures que ça prend pour s’y rendre…

La première fois, c’était la faute d’Anne, la maison aux pignons verts si j’ai choisi la merveilleuse Île-du-Prince-Édouard comme destination. C’est la faute de Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem, si je prépare cette année une escapade en Nouvelle-Angleterre. Et c’est encore la faute de Dracula si mon voyage de rêve consiste à aller marcher dans le cimetière de Whitby en Angleterre…

Compagnons de route

Emporter de la lecture dans nos bagages est un incontournable pour tous les amoureux des livres. Cela peut même causer un problème lorsqu’on doit faire un choix parmi la pile à lire. Avant mon départ, je choisis soigneusement l’unique livre qui m’accompagnera. Un seul, car je préfère voyager léger pour ne pas être encombrée par mon bagage. J’ai même déjà sorti la balance pour trancher entre deux choix!

Dans les boutiques de souvenirs, je me dirige automatiquement vers les rayons de livres à la recherche des auteurs locaux. C’est comme ça que j’ai découvert Lucie Marceau avec sa poésie et ses magnifiques peintures de L’Isle-aux-Coudres.

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Recueil de poésie déniché dans une boutique de L’Isle-aux-Coudres

Au retour, prolonger l’aventure…

Quand je reviens à la maison, c’est là que la véritable magie opère. Je peux prolonger mon périple pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, confortablement assise chez moi. Je retourne à l’Île-du-Prince-Édouard chaque fois que je lis Lucy Maud Montgomery. J’ai sillonné à nouveau les routes de la Côte-Nord à travers Les murailles d’Erika Soucy, Les cendres de Sedna d’Ariane Gélinas et chaque histoire qui me rappelle cette nordicité.

Il existe un nombre infini de rituels de voyage liés à la lecture. J’imagine que chacun d’entre nous a une petite habitude qui lui est propre.

Je vous invite à lire cet article écrit par Marion qui nous parle d’un autre type de rituel. Et tant qu’à y être, découvrez le splendide voyage littéraire de Majorie B. Et vous, dites-moi, de quelle façon voyagez-vous avec les livres?

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Les figures de l’ombre, un hommage à la reconnaissance des femmes noires scientifiques

Je ne sais pas par où commencer cet article tant j’ai de choses à dire sur ce livre, sur ce film mais surtout, sur ces femmes mathématiciennes extraordinaires que sont Dorothy Vaughan, Mary Jackson, Katherine Goble Johnson et Christine Darden.

Margot Lee Shetterly raconte l’histoire exceptionnelle, longtemps restée inconnue, de ces quatre femmes noires qui ont permis d’envoyer le premier homme américain dans l’espace grâce à leur rôle de «calculatrice humaine».

Étant très impliquée dans la progression des femmes dans les professions reliées aux sciences et au génie, qui encore aujourd’hui sont des milieux très masculins, Les figures de l’ombre était sur ma liste de livres à lire depuis un bon moment. Peut-être avez-vous surtout entendu parler du film qui est sorti en 2016 et qui a reçu plusieurs nominations aux Oscars, dont pour la catégorie «Meilleur film» . Pour ma part, je vous conseille de lire le livre avant de visionner le film et si vous l’avez déjà vu, prenez le temps de vous plonger dans l’histoire écrite par Margot Lee Shetterly.

Le livre versus le film

J’ai lu le livre avant de visionner le film et je ne l’ai pas regretté car je considère que j’aurais passé à côté d’une grande partie de l’histoire de ces femmes et de toutes les injustices qu’elles ont vécues, non seulement à cause de leur sexe mais également à cause de la couleur de leur peau dans des années où la ségrégation raciale dans certains États des États-Unis dépasse tout ce que j’avais pu m’imaginer.  En effet, le film porte sur la moitié du livre et donc, on ne présente pas tout le chemin qu’elles ont traversé pour aboutir à la NASA. On ne présente pas non plus l’implication de nombreuses femmes noires à titre de «calculatrice de couleur» et qui ont joué un rôle très important, par exemple, lors de la deuxième guerre mondiale.

Par contre, le film vaut aussi la peine d’être regardé. Même s’il se concentre uniquement sur la partie où les Américains et les Soviétiques se font compétition pour celui qui enverra le premier homme dans l’espace, le film est très touchant et constitue un bon outil pour apprécier toute l’ampleur de l’implication de ces femmes mathématiciennes, car je dois avouer que l’on peut se perdre assez rapidement parmi toutes les personnes mentionnées dans le livre et certaines explications plus techniques. En effet, le livre n’est pas une histoire narrative, il correspond plutôt à un long travail de recherche pour reconstituer l’histoire de ces femmes et leurs implications dans les travaux scientifiques d’envergure qu’elles ont effectués.

Double hommage

En mon sens, ce livre est un double hommage. Dans un premier temps, il rend hommage aux femmes et à la reconnaissance de leur apport dans le monde scientifique qui, à cette époque (le livre fait référence aux début des années 40 jusqu’aux années 70), était presque exclusivement masculin et blanc. Dans un deuxième temps, c’est un magnifique hommage qui permet de reconnaître l’ingéniosité, la détermination et le savoir-faire de la communauté noire dans l’histoire, malgré la discrimination raciale quotidienne qui existait.

Février : célébration de l’histoire des Noirs

L’origine de cette célébration, qui débuta par une Semaine des Noirs, fut initiée par le  Dr Carter G. Woodson en 1926. Le mois de février fut choisi en l’honneur du mois d’anniversaire de naissance de deux grands abolitionnistes de l’esclavage, Frederick Douglas et Abraham Lincoln.

La volonté du Dr Carter G. Woodson était d’intégrer l’histoire africaine dans les programmes d’études dans les écoles. De cette façon, il espérait également réduire le racisme et les préjugés et favoriser le respect de la diversité.

Depuis 1976, les Américains ont dédié le mois de février à l’histoire des Noirs dans le but de la commémorer d’une manière plus importante. Aujourd’hui, les célébrations sont soulignées en Amérique du Nord, en Afrique, en France, aux Caraïbes, en Amérique centrale et en Amérique du Sud.

Dans le livre Les figures de l’ombre, l’histoire nous met également en contact avec la réalité de la communauté noire aux États-Unis dans les années 1940-1970 et celle-ci m’a énormément bouleversée. En ce mois de commémoration de l’histoire des Noirs, ma lecture est tombée à un moment clé, ce qui m’a permis de porter une attention très particulière aux célébrations.

C’est avec un énorme respect que je souligne l’histoire empreinte de courage et de solidarité de ces femmes noires mathématiciennes!

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Dorothy Vaughan, Katherine Johnson, Mary Jackson

Et vous, est-ce que vous avez profité de la célébration de l’histoire des Noirs pour explorer quelques ouvrages de la littérature à ce propos ?

 

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Célébrer les traditions littéraires : commencer l’année avec Gabrielle Roy

Je trouve que les traditions sont des belles façons de célébrer les petites choses. Mes plus beaux souvenirs d’enfance sont souvent reliés avec des traditions et des rituels que je me faisais avec ma famille ou mes amies. Je ne vois rien de routinier ou de redondant à refaire des choses de façon cyclique. Au contraire, j’essaie de voir cela comme des piliers dans mon existence. Peu importe ce qui se passe, j’aurai toujours ces petites choses pour définir ma vie, et, souvent, le passage du temps.

Effectivement, plusieurs de mes traditions et de mes rituels sont en lien avec le temps et son passage. J’ai envie de vous parler d’une de mes nouvelles traditions (est-ce que si je l’ai instaurée et vécue seulement deux fois, je peux appeler ça une tradition? Bonne question, mais je crois que oui, car j’ai l’intention de la faire durer dans le temps, au fil du passage des années) qui est en lien avec la littérature et la nouvelle année.

Commencer l’année en lisant Gabrielle Roy

2017 a été une année forte en émotions littéraires. J’ai beaucoup lu, et ce, chaque jour ou presque. Sans me forcer ou presque (n’oublions pas qu’une partie de mon travail est de lire!), j’ai lu avec plaisir et délectation des œuvres merveilleuses qui ont su mettre la barre haute pour cette nouvelle année 2018. Je suis sans doute un peu superstitieuse sans le savoir parce que j’ai décidé de lire la même auteure en 2018 qu’en 2017 pour commencer l’année : Gabrielle Roy.

Je m’explique. La détresse et l’enchantement de Gabrielle Roy a été ma première lecture l’an dernier, et j’ai eu un énorme coup de cœur pour ce livre, qui est depuis un incontournable de ma bibliothèque. Ce livre, j’y repense souvent, comme s’il avait marqué mon cœur et ma sensibilité à jamais. J’ai été émue, chavirée, touchée, impressionnée, envieuse de la vie comme de la plume de cette mirifique auteure.

Cette lecture a été comme un porte-bonheur et a fait de 2017 une année littéraire totalement renversante et difficile à battre. Je me suis donc dit que je commencerai chacune de mes années avec Gabrielle Roy. Je suis bien chanceuse, car je n’ai pas beaucoup lu de ses œuvres. J’ai lu Bonheur d’occasion au cégep – que je me ferai un heureux plaisir de relire – et j’ai lu Rue Deschambault – que je le relirai aussi une fois toute sa biographie terminée, ce qui sera d’ici une dizaine d’années si mes calculs sont bons! Je serai sans doute enthousiaste à les relire, pareil pour La détresse et l’enchantement.

L’idée de lire en cycle l’œuvre de Gabrielle Roy pour amorcer chacune de mes années me réjouit. Fin décembre est toujours un moment d’introspection pour moi, un mois au cours duquel je tente de faire le point, de ralentir mon rythme de vie et de me poser, me réfugier un peu plus, en moi. Je sens donc que c’est tout indiqué que de me plonger une fois par année dans l’œuvre d’une femme et écrivaine que j’admire, qui me motive et m’impressionne.

2018

Le 1er janvier 2018, j’ai donc lu la suite non achevée de sa biographie, Le temps qui m’a manqué. J’ai encore une fois adoré ma lecture, et ce, même si je savais que ce n’était pas la version finale dont aurait été satisfaite Gabrielle Roy, car elle est malheureusement décédée avant d’avoir achevé la rédaction de la suite de son autobiographie. Elle avait d’ailleurs réécrit certains passages, et l’éditeur chez Boréal a noté les modifications en bas de pages, ce que j’ai trouvé aussi vraiment pertinent et intéressant. Cela m’a permis de voir tout le travail, la minutie derrière l’écriture de Roy. Dans ce dernier tome, Gabrielle Roy apprend le décès de sa douce mère, et c’est le cœur brisé que j’ai lu ces quelques pages qui résonnent fort. Les passages dans lesquels elle est dans le train, en direction pour rejoindre sa famille, où elle se lie d’amitié avec deux autres femmes qui la soutiennent, l’épaulent et tentent du mieux possible de la consoler, de la consoler d’un deuil insurmontable, m’ont touchée droit au cœur.

Ce fut un début d’année sous le signe des larmes aux yeux, mais surtout une lecture qui m’a confirmé que je n’avais pas rêvé l’an dernier en tombant vertigineusement amoureuse de la plume de Gabrielle Roy, ma nouvelle tradition littéraire des débuts de calendrier.

Et vous, avez-vous des traditions littéraires comme celle-ci?

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De drôles d’images pour illustrer une réalité moins gaie

J’ai commencé ma lecture de L’écume des jours avec quelques appréhensions. J’avais entendu dire qu’il s’agissait d’un roman classique assez particulier à lire, plutôt difficile à saisir. Après avoir reçu tous ces commentaires, j’avais un peu peur de m’y plonger, mais un classique est toujours une œuvre qui mérite d’être lue. C’est donc ce que j’ai fait, je me suis plongée dans l’univers de Boris Vian et je n’ai pas été déçue.

L’univers

Ce roman raconte l’histoire d’amour de Colin et Chloé, deux personnages qui évoluent entourés de leurs amis Chick, Alise, Nicolas et Isis. Colin est persuadé d’avoir trouvé en Chloé ce qui lui manquait pour avoir une belle vie, lui qui a déjà une vaste maison et assez d’économies pour vivre paisiblement sans avoir à travailler. Par contre, lorsque Chloé tombe malade, la situation dégénère rapidement. Quand le nénuphar est découvert sur le poumon de la jeune femme, c’est le début de la fin, autant pour le couple principal que pour les autres personnages orbitant autour de lui.

Plus j’avançais ma lecture, plus je comprenais pourquoi les gens ayant déjà lu le livre avaient un peu de difficulté à s’y retrouver. Vian fait interagir ses personnages dans un univers merveilleux, où les expressions sont prises au pied de la lettre et où les choses les plus déroutantes sont décrites avec désintérêt et détachement. Il faut donc tenir pour acquis que tout cela constitue la norme, sans trop se poser de questions. Une fois que cela est chose faite, il est alors possible de réellement apprécier ce style d’écriture, qui diffère assez de ce que j’ai l’habitude de lire.

Une histoire d’amour parmi bien d’autres choses

L’histoire, bien qu’intéressante et touchante, n’est pas ce qu’il y a de plus impressionnant dans L’écume des jours, à mon avis. Pour moi, c’est plutôt la façon dont l’auteur aborde certains thèmes qui rend ce roman saisissant. Comme il a été écrit en 1946, soit tout juste après la Deuxième Guerre mondiale, la société de l’époque, qui est en plein changement, y transparaît beaucoup. Vian étant un auteur engagé, il critique la société dans laquelle il vit à l’intérieur de ce qui s’avère être son œuvre la plus connue. Il banalise la mort et la guerre, il dénonce les dures conditions de travail, il s’attaque à la bourgeoisie, et se moque de la place qu’occupe la religion dans la vie des gens afin de faire réagir, ou du moins de faire réfléchir les lecteurs. Les images utilisées par l’auteur sont peut-être déroutantes, mais elles réussissent à passer de forts messages. Par exemple, les hommes travaillant à l’usine d’armement ne fabriquent pas les fusils, mais les font pousser avec leur chaleur corporelle, en s’étendant sur la terre. Le fait que la chaleur humaine permette de créer les armes amène l’idée que l’Homme est à l’origine de la guerre. Vian pousse l’idée encore plus loin, en montrant que les fusils qui sont ratés, inutilisables, sont en fait synonymes de paix.

« Sous un linge blanc, il y avait la production de Colin pour le dernier jour. Le linge se soulevait à l’un des bouts. Cela n’aurait pas dû se produire avec des canons parfaitement cylindriques et Colin se sentit inquiet. […] Il souleva le linge. Il y avait douze canons d’acier bleu et froid et au bout de chacun, une jolie rose blanche s’épanouissait, fraîche et ombrée de beige au creux des pétales veloutés. » 

Les situations sont peut-être décrites de façon plutôt loufoque, mais les thèmes traités ne perdent pas de leur sérieux pour autant. L’histoire d’amour est presque un prétexte pour permettre à l’auteur de passer des messages d’une grande importance. C’est ce qui m’a le plus marquée et surtout impressionnée dans ce roman. J’aime bien lorsqu’un livre me permet d’en apprendre plus sur l’époque dans laquelle il a été écrit, ou sur l’époque dans laquelle l’action se déroule, et ce roman répond clairement à ce critère.

En terminant, L’écume des jours est un roman difficile à catégoriser. Il est un mélange de merveilleux, d’existentialisme et de surréalisme, sans pour autant s’inscrire seulement et entièrement à l’intérieur de l’un de ces courants ou styles littéraires. Je ne veux pas trancher, je vais donc choisir l’option sûre en énonçant que ce roman de Boris Vian se classe certainement chez les classiques à lire. De votre côté, aimez-vous en apprendre plus sur les différents contextes sociohistoriques lors de vos lectures?

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La série Portrait : Austen, Chanel, Kahlo et Woolf en miniatures!

Il y a quelque temps, j’ai découvert la série « Portrait », de Zena Alkayat et de l’illustratrice Nina Cosford. Devenus de véritables coups de cœur, voici donc quelques points en rafale sur ces très jolis petits livres!

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C’est quoi?

La série « Portrait » contient de petites biographies de femmes célèbres (de toutes époques confondues) ayant marqué l’histoire à travers l’art. Pour le moment, les portraits disponibles sont ceux des auteures britanniques Jane Austen et Virginia Woolf, de l’artiste Frida Kahlo et de la créatrice de mode Gabrielle Chanel. La particularité de ces biographies? Ces dernières sont contenues dans de tout petits livres illustrés!

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Pourquoi on aime : 

  • Les biographies sont claires et concises : bien que courtes (contrairement à des biographies de plus grande ampleur), celles-ci offrent justement une belle prémisse à ceux et celles qui aimeraient en savoir davantage sur ces héroïnes. Après tout, c’est une manière intéressante de contourner les fameuses pages Wikipédia! Bref, ces ouvrages rejoignent autant les petits que les grands!
  • Le juste équilibre entre les descriptions de la vie personnelle de ces artistes et de leurs œuvres.
  • L’esthétisme général des livres : les illustrations douces et délicates de Cosford ajoutent une touche spéciale qui nous donne envie d’en découvrir davantage au fur et à mesure que l’on tourne les pages! Si vous devenez de grands admirateurs de ces œuvres, vous pouvez en voir plus ici.
  • Les figures choisies! Je dois avouer que le choix de ces héroïnes tombait pile-poil avec mes intérêts… Aussi, c’est super qu’Alkayat ait choisi des figures féminines issues de divers domaines des arts et de la culture!
  • Personnellement, mon coup de cœur va au livre dédié à Frida Kahlo! Le livre est tout aussi bien réussi que les trois autres de la collection, mais c’est une artiste que j’ai toujours aimée et admirée. Donc, chaque fois que je tombe sur un documentaire, un film ou un livre sur sa vie et son œuvre, c’est toujours un réel plaisir!
  • Bref, après la lecture de ces quatre petits livres, j’attends impatiemment ce qu’Alkayat et Cosford nous réservent pour la suite!

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Et vous, avez-vous découvert des ouvrages portant sur des figures féminines célèbres (ces dernières issues de n’importe quels domaines : culturel, intellectuel, scientifique, etc.)? Vos suggestions sont les bienvenues!

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Corps flottants : poésie et art abstrait plein notre champ de vision

Avec sa verve et ses monologues colorés, Amélie Prévost me fait, à tous les coups, sourire, réfléchir et beaucoup rire. Elle possède une excellente maîtrise du rythme et du punch. Ce n’est pas pour rien qu’elle a remporté la Coupe du monde de slam en 2016. Sa vision de ce qui l’entoure et sa façon de la partager me charment complètement et chaque fois que je l’entends, je sais que je vais me régaler. J’étais donc très emballée par la sortie, à l’automne dernier, de son recueil de poésie Corps flottants paru chez Neige-Galerie et illustré par l’artiste Steve Poutré. Avec la lecture de cette œuvre, c’est un véritable recueil d’art que j’ai découvert. Un livre où les mots et les images sont d’une force, d’une beauté et d’une nécessité égales.

Les mots d’Amélie Prévost

Corps flottants renferme 60 courts poèmes, de quelques mots à une page tout au plus, nous parlant de solitude, de cassure, de tristesse, d’abîmes, mais aussi de force, d’acceptation et d’au revoir. J’ai été un peu déstabilisée par le choix des thèmes de l’autrice qui est généralement tout en humour et en dérision. Moi qui m’attendais à sourire, j’ai rapidement été bouleversée. Les mots de l’autrice sont forts, mais remplis de finesse. Ils racontent, pour moi, une séparation amoureuse et le deuil d’une vie à deux, des affrontements et des désillusions entre deux personnes qui s’aiment.

« Essayer toujours

D’avoir le cœur léger

D’un bonheur sans faille

Qu’on ne m’a pas volé

Puisqu’il était à toi »

L’autrice a su rendre une certaine beauté à des émotions vives et douloureuses qui m’ont déjà habitée. Ces mêmes mots qui ont résonné fort d’amour pour moi, pourront cependant résonner autrement pour d’autres. La richesse de ces poèmes réside, je crois, dans les nombreuses interprétations qu’ils nous offrent et dans tout ce qu’ils viennent éclairer.

Les images de Steve Poutré

Je dois avouer que je n’avais jamais vraiment lu un livre comme celui-ci, où les mots et les images se nourrissent autant l’un et l’autre tout en laissant une si grande place à la subjectivité et aux interprétations de celui qui lit et qui regarde. Ce recueil fait de nous plus qu’un simple lecteur, on devient le spectateur privilégié d’une exposition d’art sur laquelle sont littéralement apposés des émotions, des réflexions et des ressentis. Les dessins et peintures abstraites à l’encre de Chine ou à l’acrylique, dans les teintes de rouge, de noir et de gris sont d’une grande puissance. Ils ont été produits par Steve Poutré après sa lecture des textes de l’autrice et nous font tantôt ressentir une pesanteur, une urgence, tantôt une angoisse ou une absence. La mise en page réfléchie et soignée de chacun des éléments ajoute aussi à l’ensemble du recueil où rien n’est laissé au hasard.

J’ai été charmée par ce premier recueil d’Amélie Prévost, qui touche à plus d’une forme d’art et qui me donne envie de m’ouvrir à d’autres médiums. J’ai trouvé particulièrement intéressant de voir la façon dont une œuvre peut en inspirer une autre tout en lui donnant de la grandeur et de la profondeur, en lui ajoutant des dimensions. Je ne peux donc pas passer sous silence l’un des poèmes qui a été transformé en chanson par Nini Marcelle, chanson que j’ai découverte après ma lecture. C’est doux. C’est joli. C’est à écouter avant ou après la lecture et pourquoi pas pendant!

De mon côté, cette chanson a adouci la perception que j’avais des poèmes. Elle a ajouté une touche de légèreté, en venant balancer le côté plus tourmenté des images. Avec toutes ces facettes, Corps flottants mérite vraiment que l’on s’y arrête.

Dans ce genre d’œuvre, qu’avez-vous le plus hâte de découvrir? Les mots ou les images?