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Agatha Christie, intemporelle et captivante

Lorsque j’ai su que Le Crime de l’Orient-Express serait adapté au cinéma, je me suis empressée d’emprunter le roman à ma bibliothèque de quartier. Agatha Christie, surnommée la reine du crime, nous captive depuis des décennies avec ses enquêtes policières et ses personnages connus mondialement tels que M. Hercule Poirot et Miss Maple. Malgré son décès en 1976, elle est toujours l’une des romancières les plus lues du monde.

Le Crime de l’Orient-Express 

Publié pour la première fois en 1934, Le Crime de l’Orient-Express fascine dès le début, devenant l’un des romans ayant connu le plus de succès, avec Dix petits nègres, publié 5 ans plus tard.

1 victime. 13 suspects. 1 train bloqué dans la neige sur une route enneigée. Les marques sur la victime sont bien étranges, révélant une grande agressivité, mais peu de stratégie. Les coups de couteau semblent provenir d’une main gauche et droite, certains d’une grande force alors que d’autres s’enfoncent à peine dans la peau. Le célèbre Hercule Poirot n’en est pas à son premier crime et il compte bien résoudre celui-là avant que les secours arrivent. Les indices se révèlent peu à peu, dont l’arme du crime, le fameux kimono rouge, puis les propriétaires des deux seuls indices trouvés sur la scène du crime : une brosse à pipe et un mouchoir brodé.

Bien sûr, ce n’est pas ici que vous trouverez le coupable! Peut-être découvrirez-vous la réponse avant ce cher M. Poirot, ou, comme moi, serez surpris et choqués par le dénouement pour le moins marquant. C’est en lisant les dernières pages que l’on comprend le succès de cette œuvre traversant le temps.

Sur grand écran

Sortie en novembre 2017, la plus récente adaptation du Crime de l’Orient-Express réunit une impressionnante ribambelle d’acteurs : Johnny Depp, Judi Dench, Penelope Cruz, Josh Gad, et Michelle Pfeiffer, pour en nommer que quelques-uns. Kenneth Branagh réalise le film et incarne Hercule Poirot à la moustache impeccable.

Le film en soi est fidèle au roman et rend justice à l’ingéniosité du détective célèbre. Toutefois, le rythme de l’histoire est lent et les couleurs sont plutôt sombres, il faut s’attendre à un développement de l’histoire axé sur les dialogues et les relations qui unissent les divers passagers du train. Les amateurs d’action et de suspense resteront peut-être sur leur faim. Personnellement, j’ai trouvé l’adaptation satisfaisante et j’ai passé un bon moment au cinéma. J’ai également aimé que le film se termine par la mention d’un crime sur le Nil, sous-entendant qu’une série de films basés sur les romans d’Agatha Christie est très probable!

Vous pouvez visionner la bande-annonce ici.

Et vous, êtes-vous enthousiaste à l’idée que les œuvres d’Agatha Christie soient ramenées au goût du jour et soient peu à peu adaptées au grand écran?

Recommencer à écrire pour soi

Je me suis remise à écrire. Détrompez-vous, ce n’est pas que j’avais arrêté. J’écris régulièrement pour vous, les lectrices et les lecteurs du Fil rouge. Je suis en rédaction de mémoire de maîtrise depuis plus d’un an. Oui, j’achève! Vivement avril 2018! J’écris toutes mes parties de Donjons et Dragons, ce qui équivaut à plus de 10h d’écriture par semaine. Certes, j’écris toujours et partout, mais ce que j’avais oublié depuis quelques années, c’était d’écrire pour moi. Loin de moi l’idée de vous faire croire que tous ces beaux projets ne me procurent aucun plaisir. Ils m’apportent tous, à leur façon, une grande satisfaction. Il demeure que chacune de ces écritures s’accompagne d’un échéancier, d’une date de remise. Récemment, j’ai donc ressenti le besoin de me replonger dans mon être pour aller voir ce qui s’y cachait. Il est si agréable d’être surpris par soi-même.

La poésie

Ce que j’y ai trouvé, c’est la poésie. Il y avait un moment que le genre n’était pas venu se pointer le bout du nez dans mon esprit. Lorsque j’étais adolescente, je ne jurais que par lui. Tous mes écrits étaient en vers. Puis, sans trop savoir pourquoi, j’ai délaissé un peu mon adoré pour me tourner vers autre chose. Les lectures et les travaux scolaires ont grandement contribué à cet abandon. Je me suis mise à intellectualiser tout. J’ai arrêté de me laisser aller. J’analysais chacune de mes phrases que je repassais au peigne fin. Pour être franche, si l’université m’a bien appris une chose, c’est qu’il faut d’abord écrire ce que les professeurs veulent entendre. Comme s’il s’agissait d’une confirmation de notre compréhension et non pas d’un investissement ou d’un prolongement intellectuel. Je dois avouer que cette impression m’a quittée depuis mon entrée au deuxième cycle.

En tombant sur l’un de mes anciens manuscrits, j’ai constaté à quel point l’écriture pour soi me manquait. Dès lors, tous mes vieux souvenirs ont resurgi. Comme si je vivais une mise à jour de ma créativité en tant qu’écrivaine. Je devais m’y remettre, et c’est ce que j’ai fait sans plus tarder. J’ai recommencé tranquillement, à mon rythme et sans me mettre de pression. Après tout, personne n’attendait mes mots. Ils m’appartenaient enfin. Ils étaient mon plus grand bien. J’ai fait de ce moment d’écriture un rite. Lorsque je m’y mets, je me dois d’avoir du thé à portée de main et de bouche. De la musique classique joue en trame de fond. Et surtout, il est primordial que je sois seule.

L’écriture d’observation

Depuis, ma vitesse de croisière a augmenté. Je me surprends à écrire quelques mots sur un bout de papier en plein milieu d’une ruelle. Je tape un titre dans mes notes de téléphone pendant un voyage en métro. Je redeviens l’écrivaine observatrice que j’ai toujours su que j’étais. En effet, je suis de celles qui se laissent submerger par le quotidien et qui ouvrent les valves le soir venu. J’espionne le bruit pendant que le silence se fait en moi. Puis quand l’envie me prend, je relis ces bribes, ces fragments de réalité que j’ai saisis au passage et je tente de me revêtir de l’instant. Qui était donc cette fille à la bouteille de vin bleue? Dans quel état étais-je lorsque j’ai croisé la carcasse de vélo prisonnière du poteau de métal froid? Je n’analyse plus. Je réfléchis. Je vagabonde. J’erre. Loin de vous. Loin de tout.

Je suis nettement plus légère depuis que ma main danse sans qu’on lui impose une chorégraphie précise. Je renoue avec mon être et je découvre pleinement celle que je suis devenue. Nous avons tous droit à ce petit jardin secret. Je me rends compte qu’il n’est jamais trop tard pour le cultiver. Les années d’oubli auront laissé sur leurs sillages putréfaction et décomposition, mais Dieu sait à quel point je ne pouvais renaître que d’un tel lieu. Jusqu’à maintenant, j’ai tout gardé pour moi. Même mon amour n’a pas eu accès à ce monde qui se déploie entre mes lignes. Aujourd’hui, je vous donne la permission d’y jeter un coup d’œil parce que vous le méritez bien.

Je me suis remise à écrire. Ça goûte bon sur la langue. J’ai plus de salive depuis. J’accumule tout ce que je ne dis pas à voix haute dans un minuscule récipient au creux de mon ventre. Un dégueulis se répand de la Majuscule au point. Un nez curieux frôle la substance. Trop proche. Ça sent. C’est subjectif ce que tes narines te disent. Tu peux le garder pour toi. Je veux enfoncer ma main dans ta gorge pour voler ton propre bol. Œil pour œil, organe pour organe. On va se laisser avoir comme le chat qui gobe le régurgité de l’autre. Même ce que j’ai en dedans, ce qui vient de l’intérieur, ne m’appartient pas. Je le donne à qui le veut bien en échange de mieux. Je suis une signature sur une carte de don d’organe.

Et vous, prenez-vous le temps d’écrire pour votre propre bien?

 

Crédit photo : Michaël Corbeil

 

 

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Nord et Sud, un roman social et féministe

La lecture de Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell fut toute une aventure. Le livre a été trimballé pendant plus d’un an dans les bus, et parfois oublié parmi tous les livres que je lisais en même temps. Il a souvent passé en second plan, mais j’ai toujours voulu absolument le finir. Peut-être que le lire dans sa langue originale, dans un anglais du 19e siècle, me rebutait un peu. C’est vrai qu’il est facile d’être distrait dans toutes ces descriptions de paysages et ces longues discussions de la vie quotidienne entre les personnages, mais c’est ce qui fait le charme des livres de ce temps, comme ceux de Jane Austen. L’intrigue tourne souvent autour du pot, mais quand on referme ces livres, nous sommes heureux d’avoir pu partager ces instants avec des protagonistes d’une autre époque. Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell fait  amplement partie de cette catégorie.

Le thème principal est universel: les riches et les pauvres, le nord et le sud, s’affrontent. L’héroïne, Margaret, une jeune fille du sud au tempérament fougueux, déménage avec ses parents à Milton, une ville ouvrière du nord de l’Angleterre. La différence entre sa vie paisible d’avant et celle de Milton va énormément la chambouler, puisqu’en côtoyant des familles ouvrières de son quartier, elle va découvrir toute l’horreur des conditions des usines et la violence des grèves des travailleurs. Et puis, l’intrigue victorienne oblige, un maître d’usine, Mr. Thornton, va tomber sous le charme de Margaret. Leurs valeurs vont se confronter, leur amour/haine envers l’un et l’autre vont alimenter tout le roman, et cela va créer toute la beauté de Nord et Sud. Ce n’est pas du tout un roman d’amour, loin de là; c’est une fiction qui témoigne de cette Angleterre du 19e siècle, avec des descriptions bien détaillées de la condition de la classe ouvrière, et même de celle des femmes de l’époque.

Une héroïne avant-gardiste

Elizabeth Gaskell avait du culot pour son temps. Sa Margaret Hale n’a rien d’une jeune femme soumise et sentimentale comme on avait l’habitude de lire; elle n’a pas peur de dire son opinion haut et fort, elle est toujours prête à l’action et veut absolument être une femme libre de ses choix. Elle aspire à des idéaux féministes, avant même que cette idéologie soit bien connue. Tout au long du récit, elle va tout faire en son pouvoir pour qu’il y ait une certaine égalité entre les riches et les pauvres de sa ville et va toujours défendre son point de vue malgré son statut de femme, au 19e siècle. C’est quelque chose de tout à fait original pour un roman victorien, et c’est cet élément de l’intrigue qui m’a poussée à continuer ma lecture, même si pendant un certain temps, mon temps alloué pour ce livre était très épars et que j’en perdais des bouts parfois.

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La minisérie de BBC

En 2004 il y a eu une adaptation de Nord et Sud, qui se trouve maintenant sur Netflix. J’ai dévoré les 4 épisodes sous la couette, et je n’ai pas été déçue. Tout reste très fidèle au roman, au dialogue près ou presque. Puis Margaret est encore plus fougueuse à l’écran, ce qui m’a réjouie! Ce fut une belle suite à ma lecture, qui m’a permis de comprendre encore plus en profondeur certains détails qui m’avaient échappé.

Je conseille fortement ce roman pour les curieux qui veulent lire une auteure du 19e siècle, ayant un regard de femme sur les conditions de l’époque. Cela se situe entre Orgueil et Préjugés et Germinal, avec une héroïne tout à fait originale!

Et vous, quel est le roman de l’époque victorienne que vous avez le plus apprécié dans votre vie?

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La place de la lecture et des livres quand on a des enfants, toute une histoire!

Que font les enfants quand ils ne vont pas à l’école? Ils jouent, ils expérimentent, ils s’inventent des histoires… et ils lisent. Assis, debout, allongés, par terre, sur le canapé, dans leur lit, aux toilettes, dans leur cabane, dans la voiture, à table… Dans notre quotidien non-scolarisé et dans celui de maman à plein temps, j’aimerais vous parler de la place qu’occupent les livres pour nous.

Je suis une fervente lectrice. Pas depuis toujours, car j’ai découvert la littérature sur le tard, juste au moment de choisir mon cursus universitaire. Je ne me souviens pas avoir passé des heures entières, dans mon enfance, plongée dans un bouquin. Je lisais, oui, mais parce que l’école me le demandait. Je lisais les ouvrages du corpus, ceux qu’il fallait présenter à la fin de mes études en vue d’un diplôme. Je ne me souviens pas d’avoir passé des heures de pur plaisir comme je peux en passer aujourd’hui et comme je vois ma fille de neuf ans en passer devant le huitième tome du Journal d’un dégonflé ou de celui d’Aurélie Laflamme.

Lire pour son tout-petit

Quand j’ai découvert le bonheur de voyager à travers les mots, d’imaginer un paysage, les traits d’un personnage ou une atmosphère particulière, je n’ai plus été capable d’arrêter. Aujourd’hui, j’ai toujours un livre dans mon sac, même quand je me rends à l’épicerie! (C’est dire la place de la littérature dans mon quotidien). Et quand j’ai eu des enfants, et bien c’était comme une évidence de leur lire des histoires, dès leur naissance…

J’avais envie de les emmener avec moi au-delà de cette porte, là où l’imagination nous transporte!

Je ne me suis donc pas privée. Après les premiers T’choupi, Petit lapin blanc, Loup et multiples imagiers, les enfants ont rapidement entendu les Contes de Charles Perrault, récits d’aventures et romans illustrés. Chaque soir, depuis neuf ans, nous lisons avant d’aller nous coucher. La lecture fait partie intégrante du rituel, comme un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte! Ce n’est pas une ni deux mais trois histoires, voire quatre ou cinq selon notre élan de fin de journée. Les enfants ne se lassent pas, et ce, depuis qu’ils sont tout bébés. Il y a comme une lumière, une capacité d’attention dès-lors que je commence à prendre ma voix de lectrice, celle du narrateur ou du personnage un peu ronchon ou, a contrario, enjoué. Leur intérêt grandit proportionnellement à la façon dont je m’investis dans l’histoire. Et c’est absolument magique!

Depuis cet automne, nous avons commencé la lecture de Harry Potter, de J. K. Rowling. L’idée est venue avec les préparatifs d’Halloween et l’ambiance que nous voulions créer. Nous nous sommes aménagé un petit coin douillet, avec tisane, biscuits et gros coussins. Les enfants autour de moi, je leur ai lu le premier tome de la série, régulièrement, certains jours pendant trois heures durant. Parfois il a fallu arrêter la lecture, car la tension était trop forte ou la lectrice assoiffée (oui, oui!). Mais tout du long, les enfants écoutaient avec beaucoup de patience.

Lire pour apprendre

À la maison, les enfants ont un accès illimité à la bibliothèque familiale comme source d’information et de découverte. Et pour compléter les ouvrages que nous n’avons pas, ils sont abonnés à deux bibliothèques municipales. Nous les invitons à consulter un ouvrage dès qu’ils en ont l’occasion, et leur curiosité prend souvent le dessus.

C’est intéressant de voir quel rapport nos enfants ont avec les livres. J’ai un garçon qui est un vrai poète. Il est très sensible. Son apprentissage de la lecture passe par l’odeur des pages qu’il feuillette, leur texture et la couverture (je crois que c’est dans les gènes!) Il a un rapport très charnel et privilégié avec les livres. Ma fille, en revanche, est une véritable boulimique. Elle lit tout ce qu’elle trouve, que ce soit des romans graphiques, des revues, des récits d’aventure, des BD… Tout y passe. Mon plus jeune, quant à lui, se tanne de ne recevoir «que des livres» en cadeau. Mais il est un fidèle auditeur et c’est le premier à nous réclamer des histoires.

Malgré tout, la lecture est omniprésente. Qu’elle passe par le livre, le dictionnaire, l’encyclopédie, le livre de recette, la notice explicative, le magazine, le mode d’emploi du dernier Lego Technik ou la petite note laissée sur le tableau par maman ou papa…

Un livre, ça sert à quoi?

Je reprendrais la question posée par Chloé Legeay dans son histoire Un livre, ça sert à quoi? Finalement, un livre, c’est à la fois un compagnon, un lieu où l’on peut se retrouver pour vivre des aventures, voyager, trouver des solutions, comprendre la vie, éprouver des émotions, des moments que l’on partage et qui nous font grandir!

C’est tout cela et tellement plus!

Lire, c’est aussi regarder. C’est contempler, interagir, apprendre à se connaître à travers une histoire, une image. Et cela passe par tous les sens à mon avis. Toucher, regarder, sentir, écouter…

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Nous avons à la maison un livre que nous avons rapporté d’une escapade à Boston. Une petite librairie italienne, toute simple et tellement chaleureuse… C’est un superbe livre pop-up, magnifiquement ouvragé dont le titre Brava Strega Nona! de Tomie dePaola invite à la découverte. Les enfants ne le lisent pas car il est en anglais, mais ils aiment en déplier les pages comme on déballe un cadeau, délicatement. Les pages en 3D donnent forme à tout un monde des possibles, comme par magie! Il n’y a qu’à contempler la lumière dans leurs yeux…

Donner le goût de lire, ça passe par ça, selon moi: être attentif et ouvert aux multiples possibilités d’un ouvrage, d’une histoire. Être attentif à chacun des sens qu’il éveille en nous.

Il y a les livres que l’on écoute, les livres que l’on regarde, ceux que l’on sent, ceux que l’on imagine écrire aussi… et puis il y a les livres qui accompagnent chaque étape du développement de l’enfant. Ceux qui aident aux différents apprentissages de la vie, depuis celui de la propreté à la séparation des parents, en passant par le déménagement, l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur, la puberté… Ces livres-là font tellement de bien! On se sent moins seul alors.

Il y a tant d’occasions de lire, de partager autour de la lecture et de découvrir des histoires qui nous rappellent les nôtres, nous font rêver, rire ou pleurer. C’est pourquoi, quand je ne fais pas la lecture à mes enfants, quand ils sont plongés dans un jeu, dans une activité ou chez des amis, vous savez ce que je fais?

Et oui… je lis! Encore et toujours.

Et chez vous? Quelle place occupent les livres pour vos enfants ?

(Crédits photos: Sabrina Lucas)

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Les buveurs de lumière : une dystopie chaleureuse

Jenni Fagan, auteure écossaise couronnée de nombreux prix littéraires, nous amène en 2020, dans la communauté fictive de Clachan Fells, en Écosse. Le monde entier est plongé dans une ère glaciaire; la température, en mars, atteint -56 degrés. Je ne me sentais donc pas trop déboussolée, après le temps que nous avons eu récemment! 😉

L’histoire se déroule dans un quartier de caravanes, où vivent Constance Fairburn et sa fille Stella, transgenre. C’est là que débarque Dylan MacRae, jeune homme qui a vécu toute sa vie dans un cinéma indépendant de Londres avec sa grand-mère et sa mère. Cette dernière lui a, à son plus grand étonnement, légué une des caravanes dans ce coin de pays. Entourés d’autres personnages excentriques, ces êtres tentent de survivre. Car il s’agit bien de survie : l’école est fermée, on empile les vivres, et on ne se balade pas à n’importe quelle heure du jour, et surtout pas habillé.e.s n’importe comment.

À travers tout ça, c’est le récit de ces trois personnages qui habite le roman. D’abord, Stella, la préado en quête identitaire de genre, et qui n’a pas la langue dans sa poche, livre ses pensées de manière authentique et avec une grande vivacité. Elle-même est entourée de l’amour de sa mère Constance, fervente survivaliste et femme indépendante, qui fume des joints les soirs et qui a deux amants. Puis, il y a Dylan, un citadin barbu et tatoué, qui, au fil des pages, vit le deuil des deux femmes qui l’ont élevé. Il tente tant bien que mal de comprendre sa place à Clachan Fells, mais aussi dans ce monde, dans lequel il est désormais seul. Le gin qu’il décide de distiller dans sa caravane lui tient compagnie, un peu comme celui que faisait sa grand-mère.

Elle se concentre, tentant d’absorber l’énergie des soleils au plus profond de ses cellules et ainsi, lorsqu’ils s’enfonceront dans l’hiver le plus sombre depuis deux cents ans, aux minutes les plus calmes, quand le monde entier connaîtra une absence totale de lumière — elle se mettra à briller, briller, briller.

– Les buveurs de lumière, Jenni Fagan, p. 11

La catastrophe naturelle mondiale que le livre met en scène est donc en filigrane. Le temps froid permet de rapprocher les gens, dans la vie comme dans la fiction. En effet, la tendresse vient tisser les liens entre ces personnages, qui, au final, montrent ce qu’il y a de plus humain en temps de crise. Il faut boire la lumière, comme le faisaient les buveurs de lumière d’un autre temps, dit Stella, car il faut l’emmagasiner le plus possible avant qu’elle ne disparaisse avec les glaciers. Il faut faire des réserves de chaleur, en somme, puisqu’il fera bientôt trop froid pour sortir voir la lumière du jour… Or, à mes yeux, ce sont les protagonistes eux-mêmes qui dégagent cette lumière dont ils ont tant besoin. Car si l’écriture est parfois un peu trop dense, car truffée de métaphores, le récit est d’une beauté et d’une humanité qui, ironiquement, réchauffe nos cœurs.

Connaissez-vous des romans qui réchauffent?

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Les romans graphiques, un nouvel amour est né

L’hiver, temps qui s’allonge

L’hiver est officiellement installé depuis le 21 décembre. Une nouvelle année débute. Dans mon coin du pays, presque chaque matin, au réveil, après le museau de mon chat, je vois tomber la neige sur Percé. Ailleurs, ce sont les grands froids qui perdurent.

Depuis quelques années, je m’associe à la saison hivernale. Le paysage blanc, immaculé et pur, qui se renouvelle chaque jour, me touche et me rejoint dans ma personnalité. J’ai besoin d’un silence nouveau pour apprendre à me recomposer. J’ai l’impression que le temps prend son temps et qu’il me laisse le saisir, le regarder et l’habiter. J’aime sortir dehors et marcher entre les arbres ou sous la lune brillante et vive en pleine nuit. Je sens le vent pousser mon corps et le froid pointer mes joues. J’habite le paysage, je suis entourée et traversée par lui. Enfin.

Avec l’hiver, de nouvelles lectures

Avec l’hiver, de nouveaux projets, de nouvelles lectures et de belles découvertes. Même si je lis des bandes dessinées depuis quelques années, les romans graphiques, c’est quelque chose de tout à fait neuf dans ma vie. Je sens que quelque chose germe et s’ouvre en moi. Tout comme le début de mon histoire d’amour pour le genre littéraire de la poésie, qui poursuit son chemin en moi, me voilà saisie d’un besoin de consommer des romans graphiques et même de m’y mettre moi aussi.

Je retrouve dans les romans graphiques un grand nombre de trucs que j’aime profondément ou qui font partie de ma manière de vivre et de survivre depuis l’enfance :

– le besoin d’illustrer le quotidien pour le marquer

– la manière de remplir les silences de l’écriture par des images (et vice versa)

– le mariage de l’écriture et du visuel

– le journal intime, parfois très intime, et la nécessité de partager avec autrui parce que c’est totalement humain de le faire

– une sorte de bilan de la vie, de recherche, de compréhension de certaines choses et surtout, surtout de questionnements sur l’existence

Les romans graphiques, un nouvel amour est né

Ils semblent parler aux parties frêles de nos âmes. Ces espaces qui frissonnent sans cesse au-delà des vertiges superficiels de la vie quotidienne. Mais cette manière d’être frêle, ces frissons ne disent, en fait, que la fragilité, la sensibilité, la grandeur et la richesse de notre monde intérieur sont notre plus beau trésor.

Je trouve dans cette forme de langage, alliant arts visuels et littérature, récits et traces de journaux intimes, une intimité du silence en suspens, cette impression que le temps s’arrête pour mieux se recomposer, pour que je le sente, comme l’hiver, me passer à travers.

Les arts visuels, le journal intime, la littérature, cette forme de poésie du quotidien, cette singularité dans le trait de chacune des illustratrices et dans les mots sont justes, ils questionnent et nous transcendent.

Moi aussi je voulais l’emporter par Julie Delporte, un coup de cœur nécessaire

L’automne dernier, une amie, que j’aime beaucoup pour sa sensibilité et sa présence humaine sincère, m’a montré le nouveau livre-objet qu’elle venait d’acquérir. Il s’agissait de Moi aussi je voulais l’emporter de Julie Delporte. J’ai tout de suite été curieuse par le travail, d’abord visuel, de l’artiste. La liberté dont Julie Delporte a fait usage dans la présentation de ses images me fascine. Je ne connaissais encore rien de cette artiste. Peu de temps après, je suis tombée sur le livre à la librairie et je me le suis offert. Je ne savais pas ce jour-là que je me faisais un aussi beau cadeau!

Je l’ai lu une première fois, avec la tête préoccupée. Puis une deuxième fois dans une nécessité de fuite, et une troisième fois. Même si j’ai grandement aimé mes deux premières lectures, c’est la troisième que j’ai trouvé la plus marquante. C’est incroyable à quel point j’avais besoin de ce livre dans ma vie.

Il est si difficile de tracer les lignes de son identité, en fait c’est presque impossible puisque nous, comme le monde dans lequel nous évoluons, sommes en constant changement. Mais, se retrouver chez quelqu’un d’autre aide beaucoup, sentir cet effet de communauté par le fait de ne plus être seule. Julie Delporte ouvre les portes de son univers intime, de ses questionnements en tant que femme et de sa sensibilité. Comme je sais que force et fragilité s’allient pour nous permettre d’être toujours plus près de notre intégrité, j’ai été extrêmement touchée! Dans Moi aussi je voulais l’emporter, il y a une multitude de silences nécessaires, qui semblent tomber sur moi comme les flocons de neige légers, je les sens sur ma peau, je les vois et je les laisse m’habiter même s’ils ont fondu depuis longtemps.

*

C’est aussi ce que j’ai ressenti en traversant les ouvrages de Mélodie Vachon-Boucher, Le meilleur a été découvert loin d’ici et Le dernier mot de Caroline Roy-Element et Mathilde Cinq-Mars.

Il y a, dans ces deux ouvrages, cette capacité de saisir le temps, de le sentir ralentir. Personne n’a le pouvoir de réellement ralentir le temps et même s’il est vécu différemment par chacun, il y a des manières, on dirait, de sentir son passage dans son corps et dans sa vie. Comme s’il s’effectuait un léger, mais aussi grandiose changement le temps de la lecture.

Le meilleur a été découvert loin d’ici par Mélodie Vachon-Boucher, un voyage en noir et blanc

Le meilleur a été découvert loin d’ici, nous amène aussi sur les traces d’un voyage identitaire, celui de l’artiste. La complexité des rapports à l’amour, à la famille, à la spiritualité, à l’art et à l’autre est mise de l’avant. Dans la force des traits de crayons de Mélodie Vachon-Boucher et dans l’absence de couleurs, on sent qu’il y a parfois une nécessité de retourner dans le passé, d’aller creuser en soi pour se relever et continuer; le besoin de s’isoler, d’aller se confronter ailleurs, cette nécessité de se rejoindre quelque part.

Ouvrage d’une grande intimité et d’une douceur parfois déchirante.

Le dernier mot par Caroline Roy-Element et Mathilde Cinq-Mars, la beauté du langage

La famille est au cœur du roman graphique Le dernier mot de l’auteure Caroline Roy-Element et de l’illustratrice Mathilde Cinq-Mars; la famille, oui, mais encore plus, et une fois de plus, l’identité et ce besoin d’appartenance. La narratrice nous confie un moment marquant de sa vie, l’instant où elle et toute sa famille (parents, oncles, tantes, cousins et cousines) se rendent compte que le pilier, le grand-père, est analphabète. Toute leur réalité en est alors ébranlée. Pour tous ces gens, le temps semble s’arrêter et ils rebroussent le chemin de leurs souvenirs. Dans un univers marqué par le rêve, la poésie, la création et l’amour, nous sommes amenés à avoir une vision différente du langage.

La poésie comme mixte des langages  

Pour moi, le roman graphique renferme une forme de poésie très puissante en alliant mots, images et espace, beaucoup d’espace, pour laisser le temps à la respiration de prendre son propre rythme. C’est un langage nouveau et personnel qui trouve en même temps une résonance universelle. Tout n’a pas à être nommé, mais tout se ressent et se retranscrit dans les souvenirs des lecteurs et des lectrices.

 

– Moi aussi, je voulais l’emporter, par Julie Delporteé, Éditions Pow Pow

– Article de Martine Latendresse Charron sur le blogue : https://chezlefilrouge.co/2018/01/09/survivre-a-novembre-grace-a-moi-aussi-je-voulais-lemporter/

– Rencontre avec l’artiste, ici : https://editionspowpow.com/2017/10/25/rencontre-avec-julie-delporte/

– Le meilleur a été découvert loin d’ici, Mélodie Vachon-Boucher, Mécanique Générale

– Le dernier mot, écrit par Caroline Roy-Element et illustré par Mathilde Cinq-Mars, Mécanique Générale

 

Êtes-vous aussi amoureux fous ou amoureuses folles de romans graphiques? Quels sont donc vos coups de cœur? Je suis bien curieuse d’en lire davantage. 😉

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Quand les philosophes s’invitent à la table

Commencer 2018 avec une œuvre aussi intéressante et originale que ce que Normand Baillargeon propose dans son tout dernier essai À la table des philosophes est le signe d’une année prometteuse. Enrichissant, instructif et vulgarisé, ce livre est un véritable coup de cœur!

Normand Baillargeon, professeur de philosophie à l’Université du Québec à Montréal,  aborde le thème de la nourriture d’un point de vue philosophique et historique et ce, d’une manière divertissante. On ne peut le nier, l’alimentation est parmi l’un des sujets les plus discutés dans notre société. Outre qu’elle est essentielle à la survie de l’être humain, l’alimentation est liée aux divertissements (émissions et livres culinaires), aux traditions culturelles (la cabane à sucre) ou encore elle participe à créer des bons moment entre amis et en famille.

Plus sombrement, la croissance démographique, les changements climatiques et la destruction de nombreux écosystèmes forcent l’être humain à réfléchir sur son rôle en tant qu’acteur de changements vis-à-vis ces problématiques majeures. Bien sûr, le sujet de l’alimentation ne peut échapper à toutes ces réflexions. En effet, les choix de cultures, les manières de cultiver mais aussi toutes les décisions que l’on prend en tant que consommateurs peuvent engendrer des impacts importants sur l’environnement. Ce sont pour ces raisons et bien d’autres, évidemment, que l’on observe un nombre grandissant de personnes qui décident d’apporter des changements dans leur façon de consommer, comme les végétariens et les végétaliens.

Le végétarisme, nouvelle tendance ?

Si l’on croit que le végétarisme est une tendance moderne, Normand Baillargeon nous démontre que non. Déjà 500 ans avant Jésus-Christ, si Pythagore (eh oui, le père du fameux théorème) défend le végétarisme pour des raisons mysticoreligieuses, les questions d’éthiques sont rapidement abordées dans l’Antiquité chez des philosophes comme Plutarque ou Porphyre. On voit par la suite le végétarisme perdre de sa popularité en raison de la  forte présence du christianisme.

C’est en effet le christianisme, qui inscrit une coupure radicale entre les animaux et les êtres humains, que le végétarisme cesse d’être une pratique importante en Occident. On lit par exemple dans la Bible : « Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. »

Intéressant non?

Éthique, esthétique, gourmandise, etc…

Au-delà des considérations éthiques, l’auteur traite de la question d’esthétique, de l’importance de la couleur des assiettes dans certaines cultures jusqu’à l’arrangement méticuleux des articles sur les tablettes des supermarchés qui nous incite à consommer davantage ou à choisir des produits plus luxueux. Il questionne la gourmandise, les progrès technologiques reliés à l’alimentation, les régimes alimentaires, le fait de manger local ou non et bien d’autres sujets aussi passionnants les uns que les autres et ce, en les appuyant d’écrits, d’idées et de réflexions développés par des philosophes de différentes époques.

Un livre utile et divertissant

Non seulement l’idée du livre est originale mais sa structure l’est aussi. Au cours de la lecture vous trouverez des recettes telle que la fondue de Brillat-Savarin du philosophe et écrivain Jean-Jacques Rousseau, ou bien encore des anecdotes et des informations explicatives de certaines traditions culturelles entourant l’alimentation. Par ailleurs, à la fin de chaque chapitre dont chacun traite d’un thème en particulier, vous trouverez une section dans laquelle on vous propose des sujets de conversation à la table ainsi que des lectures suggérées. Et comme si ce n’était pas déjà suffisant, le livre est également rempli de belles photographies!

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Vertummus, tableau de Giuseppe Arcimboldo,1590

En ce début d’année, À la table des philosophes de Normand Baillargeon s’ajoutera-t-il à votre liste de lecture de 2018 ?

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Nos vies parallèles

L’amour. Ou plutôt cet ardent désir de posséder, de donner et de désobéir à notre conscience pour laisser nos maux nous guider. Cet état qui nous enivre ou nous envenime, qui désamorce tous nos processus de défense et nos convictions les plus creuses. Cette emprise qui réchauffe chaque parcelle de nos corps, qui fait de nous des êtres à la fois puissants et vulnérables. Ce drôle de sentiment qu’est l’amour… Lorsqu’on l’accepte, on sait déjà qu’il n’y aura plus aucune chimère semblable. Car l’amour n’est pas une continuité, c’est une histoire unique. Le passé, le présent et le futur ne s’appliquent plus. L’amour est intemporel.

Et puis il y a aussi le premier. Celui qui nous définit, qui nous semble impossible à affronter. C’est celui qui nous hante encore aujourd’hui, à moitié éveillé de ce mélange d’émotions. On ne s’en remet jamais complètement.

Bien que conscients du pouvoir de cet éloge, nous refoulons souvent notre élan sentimental. De peur d’avouer mes faiblesses, j’ai très longtemps boudé les romans pouvant susciter ce genre d’éveil en moi. Car la peur d’aimer en soi est bien pire que celle du geste. S’embraser, s’entrelacer et se séparer ne nous inspire plus. Comme si tout avait été dit et écrit sur l’amour. Comme s’il n’y avait plus d’espoir de lire un jour un roman sans pudeur sur ce qui, au quotidien, nous inspire.

Et pourtant, à mille lieues de nos préjugés se trouvent souvent ces petites perles bien cachées, déterrées pour nous par certains génies de la littérature et du septième art. Intriguée par les critiques élogieuses du roman et de son adaptation cinématographique, je me suis laissée bercer par Call me by your name, de André Aciman. Portée à l’écran par Luca Guadagnino, l’œuvre risque de faire couler beaucoup d’encre durant la prochaine saison des prix du cinéma les plus prestigieux. J’y ai découvert un roman violent de vérité, porteur d’une beauté sans égale. Hymne à la passion, à l’art et à l’Italie, Call me by your name est un roman sur le passage de l’enfance à l’âge adulte, mais surtout sur la fin de l’innocence.

We are not written for one instrument alone ; I am not, neither are you.

Elio, Elio… Je me souviens de tout.

Les années 80. Au nord de l’Italie, le jeune Elio, dix-sept ans, passe l’été en compagnie de ses parents dans la villa familiale. Ils sont beaux, intelligents et accueillants. Vient s’installer à son tour Oliver, jeune universitaire américain de 24 ans, pour y travailler un manuscrit. Au cours des six semaines qu’ils vivront ensemble, Elio et Oliver tomberont sous le charme l’un de l’autre et vivront la plus belle saison de leurs vies.

Perhaps we were friends first and lovers second. But then perhaps this is what lovers are.

Si, aux premiers abords, l’histoire nous semble être un roman léger sur la passion qu’entretiennent deux hommes d’âges différents, on réalise vite que Call me by your name défie les stéréotypes et les convictions. Non, il ne s’agit pas d’un roman Harlequin, ni d’une œuvre de chick-lit. C’est un récit rempli de beauté, magnifiquement porté par la plume unique et poétique d’André Aciman. Proposant un récit séparé en quatre chapitres, on ne réussit guère à délaisser cette lecture de quelque 200 pages, à la fois intrigante et troublante. Happé par le vent d’Italie, par la légèreté de l’état humain, on sent qu’on peut donner tout l’amour du monde à ce roman, sans aucune pudeur. Valsant entre la relation qui lie Elio et Oliver, la vie familiale d’êtres érudits, les étés chauds et langoureux de l’Italie et le passage obligé à l’âge adulte, Call me by your name est un roman abordant plusieurs thèmes très différents, qui au final, se relient tous l’un à l’autre.

Time make us sentimental. Perhaps, in the end, it is because of time that we suffer.

Là où les fantômes dorment

La grande force du roman d’André Aciman réside dans la trame narrative et les personnages complexes et nuancés. L’auteur préférant mettre l’emphase sur peu de personnages, on assiste à la vie quotidienne du cercle fermé de la famille d’Elio. Accompagné au quotidien par un père savant (dit El professore), d’une mère aimante d’une grande beauté physique, d’une cuisinière qui sait tout, d’un homme à tout faire plutôt discret, d’une jeune femme éperdument amoureuse du protagoniste principal et du bello americano, on se concentre sur ces rapports très privés, tous entrecroisés par cette ouverture face aux tabous bien communs de l’époque.

Si Oliver représente la beauté et l’engouement, Elio quant à lui est la clé même du récit. Jeune homme mi-confiant, et pourtant empreint d’une grande sensibilité, il est confronté par son désir d’aimer un homme plus âgé et son désir pour une jeune fille de son âge. Le personnage se définit au courant de l’été par l’éveil de sa sexualité. Sans pudeur, c’est un personnage spontané, habité par un élan de jeunesse et une témérité sans égale. Si l’un est plus méthodique, l’autre laisse ses émotions et ses pulsions lui dicter le chemin. Si l’un n’a rien à regretter, l’autre a tout à perdre. Elio et Oliver se complètent à merveille, et malgré la différence d’âge qui les sépare, ils sont égaux. Chacun offre et prend ce que l’autre peut lui apprendre. Ce sont deux personnages curieux, intelligents et ludiques. De plus, le personnage du père occupe une place très importante. On est ému, presque jaloux de cette relation triangle qu’entretient Elio avec ses parents et qui se résume par le respect de chacun envers l’autre. Car Elio n’est jamais un enfant, c’est l’égal de ces figures qui l’ont mis au monde. Ces sentiments, réussites et échecs ne sont jamais montrés du doigt, on les accueille comme de vieux amis.

Il faut le mentionner, sans aucun doute, la plus belle scène du livre réside en la scène finale, celle qui unit le père et le fils, enfin réunis après le départ d’Oliver. Encore trois semaines après la lecture, je suis prise de frissons par la manière dont le père rassure son enfant sur la nécessité de souffrir, de laisser l’élan amoureux s’effectuer, mais surtout sur l’importance de l’amitié qui n’est jamais bien loin de l’amour. Bien qu’au centre de toutes les intrigues, le personnage d’Oliver réussit à nous impressionner par ses manières, ce mystère qui l’entoure et ses connaissances personnelles si bien exploitées tout au long de l’œuvre. L’assurance transpire de ce personnage, mais tout au long de l’œuvre, on apprend à découvrir une facette différente d’Oliver. On le sent plus sensible, moins rationnel qu’à ses débuts. C’est un personnage respectueux empreint d’une grande maturité et d’une grande sagesse, surtout par cette manière de savoir ce qui est bon et mal et de ne jamais porter ombrage à ses décisions. Les scènes entre Elio et Oliver sont empreintes d’une grande sensualité. C’est la rencontre entre deux âmes destinées l’une à l’autre qui, au final, n’auront jamais trouvé la façon de s’accorder dans cette vie présente. Sans jamais verser dans le « quétaine » ni dans le trop dit, on nous propose des moments envoûtants, où l’imagination du lecteur prend toute la place, si bien qu’on est hanté par ces scènes torrides, sans pudeur et sans préjugés.

We had the stars, you and I. And this is given once only.

Il y aussi toutes ces petites choses si importantes qui captent notre attention. À commencer par l’art italien. Ces sculptures et peintures sont cette métaphore qui unit l’attirance entre les deux protagonistes principaux. Même chose pour la musique et la lecture, au cœur des intérêts qui unissent les deux hommes. Car même s’il est sept ans plus jeune qu’Oliver, Elio est empreint d’une grande sensibilité artistique : il s’intéresse au piano, aux langues, à la lecture de poèmes et aussi à la musique de son époque. On arrive ainsi à mieux capter sa personnalité par la manière dont il nous livre son regard sur l’art en général. Se moquant généralement du jeune homme, Oliver lui demande à plusieurs reprises « Y’a-t-il quelque chose que tu ne sais pas? ». Dès lors, on sent l’engouement de l’Américain pour ce jeune Italien. Tous deux liés par leur religion juive, on sent qu’ils sont fascinés l’un pour l’autre, puisqu’ils sont chacun le reflet de l’autre. Et là réside toute la beauté de l’œuvre; Call me by your name n’est qu’une image, une façon d’affirmer que nous sommes l’autre, et que l’amour nous donne le pouvoir de devenir celui devant nous.

Du livre à l’écran

La plus grande force des deux œuvres est cette poésie qui se dégage autant de la plume d’André Aciman que de la lentille de Luca Guadagnino. Tourné entièrement en 35mm (y compris le générique du début et celui de la fin), le film dépeint avec brio tous ces états et ces lieux qu’on nous décrit avec beaucoup de mystère tout au long du roman. Et pourtant, tout nous semble identique. La villa, les personnages, la musique (encore plus présente dans le film, où on est tout doucement accompagné de chansons originales de Sufjan Stevens) et la description du mythique Oliver. La seule chose qui semble évoluer entre le roman et l’œuvre cinématographique est le personnage principal, celui d’Elio. Porté par Timothée Chalamet, le personnage prend une ampleur différente, encore plus impressionnante à voir qu’à lire. Extrêmement bien maîtrisé, le jeu en nuance de Chalamet s’articule beaucoup à travers les mouvements du corps et la spontanéité de celui-ci. Que ce soit ces accolades qui se transforment en batailles, ou cette tension sexuelle si lourde que les larmes deviennent plus fortes que les mots, on tombe sous l’emprise de cet acteur brillant et de cette spontanéité difficilement captable par caméra. Du pur génie.

Bien que l’adaptation cinématographique rende justice au livre, il vaut vraiment la peine de s’attarder au roman d’André Aciman. Car ce qui pousse Elio à agir, à s’émouvoir et à s’ouvrir n’est pas extrêmement bien démontré au bout du compte. La mince ligne entre l’obsession et le désir est la trame principale de ce personnage, et le voir évoluer au courant du roman nous permet de constater à quel point rien n’est plus fou que d’aimer et d’accepter de souffrir en retour.

Le visuel est aussi sensuel qu’émouvant. L’Italie présentée sous son meilleur angle nous offre ces après-midi où tout semble être sur pause. On a envie de déambuler dans cette belle villa et de rester assis jusqu’aux petites heures pour écouter Elio improviser du Bach. Et même si la fin du film n’est que l’intermède littéraire, soit le début de la fin du livre, on reste tout de même happé et frappé par cette scène finale du jeune Elio assis devant le feu. On ne peut sortir de la salle qu’à la toute fin, obnubilé par la sensibilité du comédien et l’énorme respect que porte Luca Guadagnino pour l’œuvre.

He came. He left. Nothing else had changed. I had not changed. The world hadn’t changed. Yet nothing would ever be the same. All that remains is dreamaking and strange remembrance.

C’est le cœur gros qu’on termine Call me by your name, habité par ce chagrin du dernier baiser. On se demande à quand notre prochaine lecture coup-de-poing, car rares sont ces coups de cœur, ces livres qui nous transpercent et nous bouleversent. M’ayant plongé dans le même état lors de ma lecture et de mon visionnement, j’en conclus que Call me by your name n’est rien de moins qu’une des plus grandes œuvres modernes sur le désir et sur la passion. C’est un livre empreint d’une beauté comatique, qui nous plonge dans un état unique et qui nous enfouit dans ce mélange d’émotions que nous inspirent l’amour, la peur et la nostalgie.

Encore quelques semaines plus tard, j’ai le cœur léger et lourd par toute la beauté du monde relatée dans cette œuvre. Comme quoi les maux du cœur ne sont pas simplement habités par une grande tristesse, mais par une bouffée d’espoir qui nous ronge le cœur, même après l’avoir vu se briser à plusieurs reprises.

Et vous? Quels livres vous ont bouleversés?

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Homo Sapienne: du territoire intérieur

Le Groenland. Lorsque j’entends son nom, je pense à l’immensité brute de ce territoire, à sa blancheur, à son opacité. Ce n’est pourtant pas ce qu’aborde Niviaq Korneliussen, jeune auteure groenlandaise, dans son premier roman, Homo Sapienne. Depuis sa parution originale en 2014, ce livre a fait couler tellement d’encre, que je me suis longuement demandé « pourquoi diable ai-je choisi d’en parler pour mon premier article au Fil Rouge?». Au cœur de mon doute, toutefois, subsiste quelque chose qui me rattache aux personnages peuplant les (trop courtes) 213 pages du roman: l’importance de la subjectivité, et le discours intérieur comme réalité première.

De l’enfermement

Homo Sapienne est un de ces livres qu’on entame, la tête pleine d’attentes bâties par toutes les critiques qui nous préviennent: vous ne pouvez qu’être chamboulée par cette lecture. Pourtant, les premières pages se font dures. Sous la plume tranchante et inventive de Niviaq Korneliussen, rien n’est filtré ni embelli. Si, dans l’imaginaire populaire, le Grand Nord se charge de romantisme, il en est autrement dans le quotidien de ceux qui y vivent. Le caractère insulaire des lieux n’est cependant pas le propos central du roman, il le cloisonne. Pour Fia, Inuk, Arnaq et Sara, le Groenland est à la fois témoin et acteur de leurs bouleversements identitaires. On sent les protagonistes tenter de se définir et de se libérer des lieux qui les enferment. Toute la difficulté se trouve justement là, et le Groenland leur rappelle sans cesse l’impossibilité d’appréhender le monde autrement que par ce qu’on connaît.

Je ne reviendrai jamais au Groenland. Je ne veux plus jamais être emprisonné. Je ne veux plus jamais être emmuré entre de hautes montagnes. Je ne veux plus jamais appeler un Groenlandais «mon compatriote». Je ne veux plus jamais habiter au même endroit que les captifs de la prison. (p.75)   

De l’émancipation

Bien qu’au départ, j’ai été surprise par le ton du roman, j’en ai vite apprécié la franchise. Il me semble que je les connais, ces personnages qui prennent vie et qui grandissent sous mes yeux: ils/elles sont mes ami.e.s, et je suis dans leur intimité. Homo Sapienne est plus qu’un livre sur la genralité, il nous parle des frontières de l’intime, à l’envers du social. Comme le dit si bien Daniel Chartier dans la préface, Niviaq Korneliussen a réussi avec brio à faire transparaître «le désir universel de choisir pour soi-même, de retrouver le goût de prendre des risques et d’avoir la force de refuser l’influence sociale pour définir son identité et ses relations.» (p.14)

Il m’a fait du bien, ce livre. Il m’a rappelé l’importance du récit personnel et la beauté de la quête intérieure. Je le recommande à quiconque veut se rappeler l’universalité du caractère humain.

Et vous, y a-t-il des romans dont les personnages vous habitent encore?

 

Le fil rouge tient à remercier les éditions La Peuplade pour le service de presse.

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Toucher les collégiens par des essais québécois

Étant enseignante de littérature au collégial, je devais intégrer à mon corpus du cours de Littérature québécoise un essai québécois. Étant incapable de n’en choisir qu’un seul, j’ai décidé de créer un recueil comprenant près d’une dizaine d’extraits d’essais québécois. L’essai n’étant pas toujours un genre littéraire accessible pour de jeunes adultes ou même intéressant, le fait d’en lire plusieurs sur des sujets variés ne pouvaient que leur donner un aperçu du genre et, ainsi, leur ouvrir les portes de celui-ci. Mon but n’était vraiment pas de le leur faire aimer nécessairement, mais bien que l’« essai » soit maintenant un concept tangible et démystifié.

Le blogue tient d’ailleurs à initier notre communauté littéraire à l’essai de façon annuelle par le biais de notre défi littéraire #jelisunlivrequébécoisparmois : vous trouverez les recommandations des fileuses ainsi que leurs lectures ici, ici, et .

Un recueil qui choque

Durant l’été, j’avais fait un blitz de lecture d’essais québécois, ayant des coups de cœur pour plusieurs d’entre eux. Ces lectures ne m’ont pas laissée de marbre et j’ai tenté de couvrir un large panorama culturel.

Mon recueil contenait des extraits (pas plus d’une dizaine de pages) de chacun d’eux. Chaque essai faisait le pont avec le suivant, un fil conducteur logique les reliait tous, d’une certaine façon. Parler de la littérature dans les séries télé, de la technologie, de la place de l’Homme dans la société, du culte de la beauté, des produits genrés, de l’éveil à la sexualité, de la culture du viol… quand le fait-on dans nos classes de littérature? Aussi librement, rarement. Grâce à ce recueil, je me suis permis d’avoir de longues discussions sur le sexisme, le féminisme, la virilité, l’obsession de la minceur et j’en passe… Ils ont trouvé incroyablement pertinente cette lecture et certains m’ont même remerciée d’avoir été aussi ouverte avec eux sur certains sujets.

Définitivement une expérience à réessayer!

Commentaires d’étudiants:

  • Je l’ai lu rapidement et j’ai apprécié que l’on parle de la vraie vie, des vraies choses.
  • Merci beaucoup pour ce recueil, pertinent et enrichissant!
  • Démontre réellement comment est la société.
  • Le contenu était très intéressant et faisait réfléchir.

 

Bref, il est extrêmement pertinent d’amener les étudiants vers une réflexion sur la société dans laquelle ils vivent, qu’ils puissent être critiques et se forger leur propre opinion. Même si ce n’était que conçu pour des étudiants, je considère que l’essai est un genre à privilégier, autant pour les jeunes que pour les adultes, et surtout, les essais québécois qui sont un reflet de notre belle société en ébullition.

Quel est votre essai québécois préféré, votre incontournable?

Quelles œuvres conseilleriez-vous d’intégrer dans un cours de littérature québécoise au collégial?