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3 livres pour accompagner mon projet de vie à la campagne

À la fin du mois d’octobre dernier, j’ai fait le grand saut : j’ai quitté Montréal, ma ville de toujours, pour vivre à la campagne.

Début septembre, mon copain et moi sommes tombés amoureux d’une maison, mais surtout d’un terrain dans les Cantons-de-l’Est, et nous avons fait une offre. Deux mois plus tard, nous avons mis les pieds dans notre nouveau chez-nous et rencontré nos nouveaux amis : les dizaines d’oiseaux qui volent constamment devant nos fenêtres, les petits suisses qui gambadent et les cerfs qui viennent nous dire coucou dans la neige (image qui paraît clichée, mais qui correspond à notre réalité, sans exagération!).

 

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La campagne, nous n’y connaissons pas grand-chose. Je suis née et j’ai grandi en plein cœur de Montréal. Mon copain a quelques souvenirs de sa très jeune enfance passée en région rurale, mais c’est tout.

Par contre, nous avons de beaux projets.

Ainsi, nous avons choisi un terrain relativement grand, car en plus de désirer se rapprocher de la nature, trouver plus de tranquillité et profiter d’une vie active, le but principal derrière notre geste était de démarrer un projet d’autosuffisance alimentaire.

Évidemment, je ne vise pas l’autosuffisance totale. Je suis bien consciente qu’au Québec, c’est un peu difficile et j’aime trop manger des avocats, des bananes ou du riz. Cependant, il y a moyen de s’en approcher en cultivant tout ce qui supporte notre climat.

Il y a une volonté d’économiser derrière ce projet; toutefois, il est surtout motivé par le plaisir.

J’adore la sensation d’avoir créé, produit et réalisé quelque chose seule. J’en ressens une certaine fierté. Enfin, c’est important pour moi de connaître le cycle de vie complet de ce que je consomme.

Bref, c’est un projet de longue haleine.

Cela tombe bien ; en débarquant à l’aube de l’hiver, nous avons plusieurs mois devant nous pour nous préparer à ce qui s’en vient.

Et pour nous assister, il y a évidemment les livres!

Aujourd’hui, j’ai voulu vous présenter trois livres qui m’aident beaucoup à cheminer dans mon projet de vie à la campagne. Et même si vous habitez en ville, vous pouvez vous en inspirer, car il y a beaucoup de choses qui peuvent être réalisées dans un petit espace.

L’autosuffisance alimentaire à petite échelle

À mon anniversaire, on m’a surpris avec Le Guide Larousse de l’autosuffisance. C’est une encyclopédie de tout ce qu’il faut savoir pour cultiver ses légumes, mais aussi pour s’occuper de petits animaux (pour ma part, je compte élever des poules).

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Le livre a été rédigé en France, mais on peut garder les conseils associés aux régions les plus froides ce pays, dont le climat s’apparente beaucoup au nôtre. Sinon, j’aime beaucoup le fait que les principes d’autosuffisance soient illustrés pour des projets de petite taille : pas besoin d’une ferme de plusieurs hectares! Ils expliquent comment maximiser votre terrain et combien de plants vous devez semer si vous êtes deux, trois ou quatre dans une famille. Ils montrent comment tirer parti de chaque mètre carré du jardin ou du potager en bois surélevé. Il y a également des recettes pour utiliser tous ces légumes en hiver.

Ainsi, les explications peuvent servir même si vous habitez en ville. Vous sauterez sûrement les chapitres concernant les chèvres ou les pommiers, mais tout ce qui est légumes et herbes fonctionnera très bien!

Cultiver dans le respect de la nature

Cet été, Marjorie et Martine avaient donné rendez-vous à toutes les collaboratrices au Village au Pied-du-Courant. Je n’étais pas restée longtemps, car je partais en France, le lendemain. Cependant, les filles avaient apporté de nombreux livres reçus par les éditeurs. J’ai été attirée par un petit livre intitulé Manuel de permaculture. À l’époque, je n’avais pas encore déniché de maison; je savais que je comptais partir, mais je pensais que ça allait prendre plusieurs mois, voire peut-être un an pour trouver l’endroit parfait.

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Bref, j’ai emporté le manuel sans trop d’attente. J’ignorais un peu ce que voulait dire le terme « permaculture ». Finalement, j’ai vite compris en le lisant que ça me rejoignait beaucoup! La permaculture, c’est cultiver dans le respect de la nature, en faisant en sorte que tout poussera bien, sans mettre d’engrais ni de stimulants artificiels.

On s’assure d’utiliser la force même de la nature. Par exemple, certains légumes se développent mieux quand ils sont à côté de fines herbes. De plus, il est important d’attirer les oiseaux dans son jardin, d’avoir un cours d’eau pas loin et de respecter les besoins essentiels de chaque plant. Un bon exemple de ce type de culture à Montréal est le projet Les Jardineries du Stade olympique.

C’est dans ce livre que j’ai appris l’importance de mettre des fleurs partout dans son jardin, car elles attirent les abeilles qui vont également butiner les légumes! Or, les fleurs et moi, on s’aime beaucoup!

Mon amour des fleurs

Mon dernier livre n’a rien à voir avec l’autosuffisance alimentaire (même si les fleurs aident à mieux faire pousser les légumes). En fait, j’adore les fleurs, mais je dépensais beaucoup en bouquets (ou j’étais frustrée, car je n’avais pas d’argent pour m’en acheter). Je désire donc devenir autosuffisante de ce côté.

 

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Le magnifique livre L’atelier des bouquets est parfait pour m’accompagner dans mon projet. En plus de présenter des idées de composition de bouquets, il apprend, pour chaque mois de l’année, comment trouver des fleurs dans la nature et lesquelles doivent être cultivées dans son jardin pour s’assurer d’avoir de beaux bouquets pour la période d’avril à novembre! La philosophie de l’auteure est de s’émanciper des fleuristes traditionnels et de retrouver le goût des fleurs au naturel.

Cela fait du bien d’avoir un but, un point à atteindre devant soi. Avancer à l’aveuglette, c’est toujours plus effrayant. Une chance que les livres existent pour nous accompagner!

Et vous, avez-vous déjà rêvé de partir habiter à la campagne?

 

Le fil rouge remercie les Éditions Ulmer pour le service de presse.

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Le dernier mot : un magnifique et touchant roman graphique

L’analphabétisme n’est pas un sujet facile à aborder. Pourtant, Caroline Roy-Element en a fait la toile de fond de ce brillant roman graphique qu’est Le dernier mot. Illustré avec grande finesse par Mathilde Cinq-Mars, cet ouvrage a attiré mon attention dès les premières pages. J’aimais déjà beaucoup les réalisations de Mathilde, mais je ne connaissais pas les mots de Caroline. Et on remarque bien vite, en tournant les pages, que les deux femmes ont collaboré en parfaite symbiose, leur travail respectif s’imbriquant l’un dans l’autre de manière tout à fait naturelle. Certains messages sont transmis par les mots alors que d’autres sont communiqués par les illustrations.

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Un sujet tabou

Le propos n’est pas banal : un lettreur retraité annonce à sa progéniture lors de son 82e anniversaire de naissance qu’il ne sait ni lire ni écrire. Tout un choc pour cette famille, tenue dans l’ignorance depuis tant d’années. À travers les yeux d’un des petits-enfants, une jeune femme dans le début vingtaine, on assiste aux réactions des enfants du vieil homme analphabète, de l’avocate au professeur de français, en passant par le journaliste. Comment ces gens si bien éduqués et lettrés ont-ils pu se laisser berner durant tant d’années? Comment le quadragénaire a-t-il pu être lettreur pendant 50 ans à la Iron Ore Compagny? N’avait-il pas tous les soirs le nez dans son journal? Et ces cartes de Noël avec du texte imprimé qu’il offrait chaque année, en connaissait-il la teneur?

Remises en question

J’ai été très touchée par cette histoire, allant moi-même jusqu’à me questionner sur ma propre vie. Des secrets comme celui-là, il doit bien en exister dans toutes les familles. Comment fait-on pour reprendre le dessus après une telle révélation? Alors qu’on croit connaître ses proches, ça doit devenir difficile de garder le même regard sur les autres. Impossible d’arrêter le hamster une fois qu’il s’est activé. Je me sentais percutée par les mots, autant les écrits que les dessinés. Car tout au long de l’histoire, les mots prennent une place importante. La grand-mère qui passe le balai et qui ramasse, en fait, des mots dactylographiés comme « libéré », la tempête de neige qui s’avère être une tempête de phrases, etc. J’ai vraiment eu l’impression de vivre les réflexions de la jeune narratrice, au fur et à mesure qu’elle les décrivait. Jusqu’à ressentir de l’apaisement. Non pas d’avoir tout compris, mais de savoir que la vie se révèle parfois différente de ce qu’on croyait, mais qu’elle n’en est pas moins belle et fascinante.

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Je lève mon chapeau à Mathilde Cinq-Mars pour toute la sensibilité qu’elle a su insuffler à ce récit par d’incroyables illustrations, parfois d’un réalisme désarmant, parfois d’un symbolisme saisissant. Quant à Caroline Roy-Element, ses mots m’ont bouleversée et ont changé ma perception des autres et des motivations que chacun peut avoir.

J’ai adoré la finale qui disait tout : des mots effacés qu’on devine sans même être capable de les lire.

Et vous, quels récits vous ont touchés profondément?

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Favoriser le bien-être… par l’écriture aussi

L’année dernière, j’ai vécu une période pas drôle de ma vie. Rien n’allait comme je le voulais, ni personnellement ni professionnellement. J’avais le sentiment d’être prisonnière d’une toute petite pièce et de me heurter à un mur dès que j’essayais d’aller dans une direction.

Alors, comme je n’arrivais pas à prendre de petites décisions, j’ai décidé d’agir de manière plus radicale : changer de job, changer de ville, changer de pays. J’ai donc quitté Montréal pour aller travailler à Mexico, en pensant naïvement que le changement d’air et les tacos allaient régler tous mes problèmes. Étonnamment (not!), ce n’est pas vraiment ce qui s’est passé.

Par contre, ça m’a permis d’ouvrir les yeux sur le fait que j’avais besoin de mener une réflexion un peu plus profonde sur les causes de mon insatisfaction permanente, dans le travail et dans la vie. J’ai donc commencé un petit travail d’écriture quotidien pour réussir à mettre des mots sur mes frustrations.

Cet exercice m’a fait tellement bien que j’avais envie de le partager, en espérant que ça puisse être utile à certains d’entre vous.

Je vous vois venir avec des « J’écris pas bien » ou « Mais je fais plein de fautes ». Cet exercice ne nécessite aucun talent particulier en écriture. Le but est simplement de prendre le temps de faire un point sur votre journée. Vous pouvez même le faire à l’oral si ça vous rend plus à l’aise.

Écrire sans se juger

J’ai donc commencé par prendre quelques minutes chaque soir pour noter toutes les petites choses qui m’avaient contrariée pendant la journée, de manière très laconique, sous forme de liste, sans effet de style, sans jamais effacer une ligne après l’avoir écrite.

Le fait d’extérioriser ces frustrations a rapidement eu un effet libérateur. Exprimer mes contrariétés, sans me juger pour celles-ci, me permettait de prendre de la distance avec elles, de les regarder de plus haut. Ça m’a aussi permis de noter une récurrence dans mes sources de frustration, notamment dans le travail, et ça m’a aidée à définir des priorités dans les enjeux que je devais adresser.

Le négatif, mais pas que…

Et puis naturellement, au bout de quelques jours, j’ai eu envie d’opposer une autre liste à celle de mes contrariétés : la liste des choses qui m’avaient rendue heureuse pendant la journée. Comme si mon côté positif était jaloux d’être exclu de l’exercice, comme si lui aussi voulait son espace d’expression dans ma journée.

Alors, j’ai commencé à faire deux listes quotidiennes :

  • Ce qui m’a fait plaisir aujourd’hui
  • Ce qui ne m’a pas fait plaisir aujourd’hui

Je commençais toujours par la liste positive. Je me suis ainsi rendu compte de toutes les petites choses agréables qui m’entouraient et que j’avais alors tendance à oublier. Ça changeait mon attention et mettait en lumière la beauté des choses simples. Ça m’a aussi permis de déceler des patterns dans ce qui me rendait heureuse, et de consacrer plus de temps à ces activités ou à ces personnes qui avaient un impact positif sur moi.

Garder une trace du chemin parcouru

Alors voilà, pas besoin de savoir écrire, pas besoin de ne pas faire de fautes : le fait de s’arrêter un instant à la fin de la journée pour verbaliser ces petites choses, ça ne règle pas tout d’un coup, mais ça permet d’avancer.

Je me suis tenue à cette routine pendant 3 mois. J’ai arrêté progressivement, sans vraiment m’en rendre compte, parce que je n’en ressentais plus le besoin. J’aime me replonger dans ces petites listes une fois de temps en temps. Certaines lignes sont encore douloureuses, d’autres me rappellent des moments de bonheur. Certaines me montrent que je suis sur le bon chemin, d’autres me rappellent à l’ordre quand je m’en éloigne. Globalement, elles me laissent toujours une impression de richesse et un sentiment que tout ça valait la peine d’être vécu.

Et vous, avez-vous des petites routines d’écriture qui vous font du bien?

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Matricide de Katherine Raymond : la relation mère-fille au-delà du deuil

Les relations mère-fille représentent un sujet foisonnant dans la littérature, qu’on pense à Borderline de Marie-Sissi Labrèche, à Une femme d’Annie Ernaux, ou à la pièce de théâtre Tout comme elle de Louise Dupré. Avec Matricide, Katherine Raymond s’inscrit dans la lignée des autrices qui ont abordé ce sujet avec brio.

Dans ce premier roman au titre frappant, Katherine Raymond raconte le suicide de sa mère, suicide qui bouleverse l’autrice en sa qualité de fille, mais également en sa qualité de médecin-psychiatre. De psychiatre professionnelle, elle passera à patiente psychiatrique, car ce suicide maternel l’amènera à tenter de mettre fin à ses jours, sans succès. La vraisemblance qui se dégage des propos de l’autrice laisse facilement deviner le caractère d’autofiction du récit.

Rarement ai-je vu autant de thèmes m’interpeller dans un même roman. Les exigences de la maternité, les traitements de la maladie mentale, les déficiences de la relation médecin-patient, l’acceptabilité sociale de la souffrance personnelle, ainsi que le poids de l’image chez les femmes sont tous des sujets abordés au cœur d’une relation mère-fille quasi fusionnelle.

Exploration des contraintes imposées aux femmes

Katherine Raymond aborde de nombreux aspects de la condition féminine à travers son roman. À l’instar de Nelly Arcan, l’autrice est très critique envers le poids de l’image chez les femmes, et présente la beauté comme une sentence dont on ne se libère jamais totalement. Autant la beauté de la mère que de la fille leur est reprochée lors de leur passage à l’acte suicidaire; la nature les ayant dotées d’un beau physique, leur entourage ne comprend pas « pourquoi de si jolies filles voudraient-elles mourir », pour reprendre les mots de l’autrice.

Autre aspect de la condition féminine, la maternité est aussi explorée par l’autrice. Cette dernière dénonce les exigences imposées aux femmes en tant que mères, et l’idéal de perfection maternelle que la société leur impose. Katherine Raymond critique aussi sa propre incapacité à concevoir l’existence de sa mère en dehors de son rôle strictement maternel :

Je ne sais plus parler d’amour sans parler de meurtre, j’ai de plus en plus de mal à nous pardonner, à me pardonner surtout. J’ai aimé la mère alors qu’il aurait fallu aimer le tout. La femme aussi, avec tes nécessités qui étaient parfois plus grandes que les miennes. Qui n’étaient pas celles d’une mère. Je t’ai vue t’assécher en famille. Je t’ai vue souffrir de ne plus être désirée par mon père. D’être oubliée dans cette maison trop grande. Aimer mal, vouloir plus, vouloir mal. Je n’ai pas bronché, j’ai même été satisfaite que ta beauté se ternisse enfin un peu. (p. 128)

Il y a également au cœur du roman une réflexion très intéressante sur les contraintes sociales liées au deuil. À la suite du décès de sa mère, l’autrice refuse d’embellir sa souffrance pour la rendre socialement acceptable aux yeux des autres. Sa douleur peut être crue, virulente, parfois même troublante, mais elle demeure vraie, et c’est ce qui importe pour l’autrice. À travers la dure réalité de sa souffrance, c’est toute la question du regard des autres et des attentes que les autres nous imposent qui est analysée ici.

Une critique acerbe du milieu médical

À la fois professionnelle et patiente du milieu psychiatrique, l’autrice nous livre une grande diatribe contre ce milieu où l’absence d’empathie envers les patient.e.s est perçue comme une pratique exemplaire, et où le traitement des maladies mentales se limite à trouver la combinaison gagnante de différentes pilules à coup d’essais et d’erreurs — une pratique qui amènera l’autrice à mentir à son médecin sur l’efficacité de ces médicaments.

Katherine Raymond remet également en question la prétention des médecins psychiatriques à considérer qu’ils.elles possèdent la vérité, en avouant elle-même qu’il n’y a pas toujours de remède à une maladie et que le.la psychiatre est parfois complètement dépourvu.e à l’égard de certains cas.

Écriture thérapeutique

On sent vraiment le caractère thérapeutique que peut avoir l’écriture dans la plume de l’autrice. L’écriture lui permet d’exorciser ses démons et d’exposer sa souffrance comme elle la sent et la vit, et non pas comme il est socialement acceptable d’exposer sa souffrance. Contrairement à Nelly Arcan, l’écriture permettra à Katherine Raymond de survivre.

En accord avec la lourdeur des thèmes abordés, l’écriture est à la fois percutante, tout en demeurant accessible et simple dans sa compréhension. Le récit n’est pas linéaire; le.la lecteur.lectrice se retrouve propulsé.e à différents moments de la vie de l’autrice, moments dont la temporalité chronologique est difficile à définir. Malgré ce mélange de périodes temporelles, la construction narrative ne génère pas de confusion; le sens du récit se construit à travers ce désordre qui reflète bien l’entremêlement des pensées tourmentées de l’autrice.

Bref, un premier roman fort bouleversant qu’est Matricide de Katherine Raymond. Ce n’est d’ailleurs pas le dernier qu’on lui souhaite d’écrire.

Et vous, avez-vous découvert des premiers romans qui vous ont chamboulé?

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Fête de l’amour : quels livres offrir aux êtres aimés?

Ceux et celles qui me connaissent bien le savent : je n’aime pas trop donner ou recevoir des biens matériels en cadeau, exception faite des besoins essentiels. Je préfère offrir des expériences… ou des livres. Parce que non, pour moi, les livres ne comptent pas comme des objets comme les autres.

La St-Valentin est une fête qui divise beaucoup les gens : certains l’adorent et d’autres la détestent, c’est comme si il n’y avait pas de juste milieu. Mais vous savez ce qui rassemble les gens (oui oui, plus que le chocolat, le champagne ou les fleurs)?… Vous l’aurez deviné ; les livres! On les lit, on les partage, on en parle, on les échange. Et y-a-t-il un plus bel acte d’amour que d’offrir un moment de détente, de voyage et de découverte… Sans que la personne aie besoin de bouger du confort de sa demeure?

Voici donc quelques suggestions de livres à offrir aux êtres que vous aimez.

Pour votre meilleur(e) ami(e) : I think I am in friend-love with you, de Yumi Sakugawa
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Ce petit livre illustré sait mettre en mots ce sentiment que l’on peut parfois éprouver vis-à-vis notre âme soeur platonique. Les illustrations comme le texte sont simples, mais viennent réellement mettre un baume sur le coeur du lecteur ou de la lectrice. D’ailleurs, Marjorie nous avait déjà parlé de l’effet bienfaiteur des livres de Yumi Sakugawa ici .

Pour un membre de votre famille  : son livre favori dans une belle édition.

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Si vous avez un livre préféré, il est probablement usé et racorni, prouvant qu’il a du vécu. Bien sûr, on ne s’en départirait pour rien au monde! Mais une édition de collection est souvent une bonne idée de cadeau, que ce soit une première édition, une édition illustrée ou un La Pléiade, cela prouve que vous êtes attentif et que vous connaissez les goûts du ou de la destinataire.

Pour votre amoureux ou votre amoureuse : Je n’ai rien à te dire sinon que je t’aime, Correspondances amoureuses.

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Qu’avaient en commun Piaf, Cocteau, Prévert et… Napoléon? Ils entretenaient des relations épistolaires enflammées avec leur tendre moitié. Comme on vit à l’époque des textos instantanés, parfois, cela fait du bien de se rappeler une époque plus romantique où il fallait souvent faire preuve de patience. Pourquoi ne pas en profiter pour envoyer une missive par la poste?

Pour TOUT LE MONDE : un coffret personnalisé Le Fil Rouge
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Vous ne savez toujours pas quel livre choisir? Laissez les filles du Fil Rouge choisir pour vous. Envoyez-leur un petit courriel décrivant la personne à laquelle vous désirez offrir un livre (ou deux!) et elle vous feront des suggestions parmi lesquelles vous pourrez faire votre choix. Elles glisseront également dans la boîte des items qui viendront bonifier l’expérience lecture de l’être cher ; un calepin, du thé, une bougie aromatisée… chaque coffret est personnalisé de manière toute spéciale !

Ce que j’ai également toujours aimé faire, personnellement, c’est de donner à un être cher ma copie d’un livre qui m’a récemment bouleversé, en prenant soin de rédiger un petit mot personnalisé sur la deuxième de couverture.

Et vous? Quel livre avez-vous adoré donner ou recevoir?

 

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Mes découvertes théâtrales à l’université (partie 3)

Comme je me sentais inspirée et que mon amour pour le théâtre – surtout le théâtre québécois – croît de jour en jour, j’ai décidé de faire une troisième partie à ma suite d’articles portant sur mes découvertes théâtrales. Ces découvertes se sont produites dans le cadre de mes cours universitaires, qui à mon plus grand bonheur m’ont permis de développer une véritable passion. Vous pouvez lire la partie 1 ici et la partie 2 ici. Laissez-moi tout d’abord vous expliquer que le théâtre québécois est en pleine effervescence en ce moment. Les scènes sont remplies d’inspirantes créations. Parmi celles-ci, on retrouve des créations des « Trentenaires », une catégorie regroupant les jeunes dramaturges québécois.e.s dans la trentaine ou qui en sont près. Le travail des auteur.e.s est de plus-en-plus reconnu; il n’est désormais plus seulement question des metteur.e.s en scène. Ces artistes sont très d’actualité et s’inspirent de la société dans laquelle ils grandissent pour créer leurs œuvres dramaturgiques. Marianne Dansereau, Sarah Berthiaume et Olivier Choinière sont des auteur.e.s que je connais depuis peu, mais dont le travail m’inspire et me réjouit énormément. Je vous présenterai donc trois pièces coup de cœur de ces auteur.e.s.

Hamster

Marianne Dansereau écrit sa première pièce, intitulée Hamster, alors qu’elle est encore aux études. Je vous ai déjà parlé de sa pièce Savoir compter, une œuvre qui n’a pas peur de confronter. La pièce Hamster est forcément dans la même veine. L’histoire se déroule dans une ville de la Rive-Nord de Montréal, une banlieue assez riche où on peut retrouver plusieurs grosses maisons bien alignées. Les personnages sont confrontés à eux-mêmes, mais également à autrui. On mêle la découverte de la sexualité et ses conséquences, un travail minable à temps partiel et un supérieur gossant qui-se-prend-pour-plus-qu’il-est et un vieil homme qui passe la balayeuse sur sa pelouse qui tente de se lier d’amitié avec jeune fille à un arrêt d’autobus. Le temps d’une soirée de jour férié, le temps semble s’arrêter. Les personnages sont dans l’attente, une attente qui ne mène à rien. Le hamster devient personnage et métaphore dans cette pièce casse-tête habilement construite et fort divertissante.

Ennemi public

Écrite par Olivier Choinière, cette pièce mêle le drame familial à l’actualité québécoise. Autour d’un repas, dans une maison typique, les conversations s’entremêlent entre les membres d’une famille. On parle d’actualité et de problèmes entourant le frère et la mère; les problèmes des enfants s’immiscent à la conversation des adultes. Des fois on se demande : « Qui sont réellement les enfants? ». Ce qui est intéressant dans l’écriture de Choinière, c’est qu’il écrit en ayant en tête une conversation dans son essence même, soit en s’entrecoupant sans cesse. C’est une pièce qui cherche l’ennemi public, celui qui est la source du mal de la société; il faut trouver un coupable, et c’est peut-être même un proche de la famille.

©Valérie Remise

 

 

 

 

 

Yukonstyle

Cette pièce, qui est un vrai bijou du théâtre québécois, a été écrite par Sarah Berthiaume. Au Yukon, quatre personnages semblent perdus à travers les tourments de la vie. Chacun cherche sa voix/voie et le Yukon n’est pas la destination finale, mais un parcours à mi-chemin. Yuko, Garin, Dad’s et Kate se rencontrent malgré leurs envies d’être seul.e : l’unisson n’est pas forcément ce qui réjouit les personnages. Sur des terres ancestrales, la collectivité s’impose dans chaque individualité. Ces solitudes sont confrontées à elles-mêmes, au milieu de nulle part, et au froid du pays, mais loin des regrets de chacun.

©Valérie Remise

 

 

 

 

 

 

Ce qui me plaît avec ces pièces est que l’individualité et la collectivité vont toujours de pair, que l’entraide semble s’imposer et qu’une étude sur la société actuelle est évidente. C’est un théâtre qui questionne et qui répond à nos inquiétudes. Je recommande à tous de voir, si possible, ou de lire ces histoires merveilleuses.

Et vous, quels sont vos coups de cœur théâtraux?

Crédit de la photo de couverture : https://www.theatredaujourdhui.qc.ca/yukonstyle

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Voyage hivernal dans deux romans jeunesse

Nous sommes ensevelis sous la neige. Je pourrais rêver de soleil et d’exotisme et pourtant j’ai envie de me faire bercer par l’hiver. Je veux me plonger dans des récits où il fait froid. Mais l’imaginaire autour de l’hiver est souvent inquiétant et engendre des personnages effrayants. Pensons à La Reine des Neiges d’Andersen. Loin de la version rose bonbon de Disney, la Reine des Neiges est un personnage terrifiant, dont le baiser glace le cœur et fait sombrer sa victime dans l’oubli. Pensons aussi au premier tome de la série des Chroniques de Narnia, Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire magique, dans lequel la méchante Sorcière Blanche inflige un hiver éternel au royaume de Narnia.

L’hiver crée une frontière plus nette entre l’intérieur – chaud, réconfortant, douillet – et l’extérieur – glacial et parfois hostile. Mais l’hiver, loin de n’être que du froid, comporte différentes facettes. Les Royaumes du Nord, premier tome de la série À la croisée des mondes de Philip Pullman, et Le chagrin du roi mort, de Jean-Claude Mourlevat, nous transportent dans des univers riches où l’hiver se déploie sous de multiples aspects.

Les Royaumes du Nord : Le Nord mystérieux

Dans un monde parallèle au nôtre, tous les humains sont liés à un « dæmon », compagnon sous forme animale qui représente une partie de l’humain en question et dont il ne peut être séparé. Avant la puberté, le dæmon se métamorphose sans cesse, mais à l’âge adulte il prend une forme permanente. Lyra, fillette de 11 ans, vit à Oxford en Angleterre, au Jordan College. Lorsque des enfants sont enlevés et que l’oncle de Lyra planifie une expédition parce qu’il s’intéresse à une mystérieuse poussière, Lyra se trouve mêlée dans une aventure qui la mènera dans le Nord. Dans le roman, le Nord représente un lieu mystérieux où on voit des villes inconnues à travers les aurores boréales et où les ours polaires en armure forment un peuple bien singulier.

– Ta place est ici, répondit finalement son oncle.

– Pourquoi? Pourquoi ma place est-elle ici? Pourquoi ne puis-je pas aller dans le Nord avec vous? Je veux voir les Lumières du Nord, les ours et les icebergs, et cette ville flottante. Est-ce un autre monde?

Au même titre que d’autres romans du genre « heroic fantasy », Les Royaumes du Nord nous transporte dans une aventure dont on veut toujours connaître la suite. Nous aussi, comme Lyra, nous voulons monter vers ce Nord mystérieux et y découvrir tous ses secrets. Cet univers est ingénieux et les thématiques du récit sont riches. La saga s’intéresse notamment à la frontière qui existe entre l’enfance et l’âge adulte.

Le chagrin du roi mort : hiver et mélancolie

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Le récit du Chagrin du roi mort se déroule dans un univers inconnu, mais où plusieurs éléments comme les noms des personnages et les récits mythologiques évoqués rappellent la Scandinavie. Au début du roman, le roi mort est exposé dans la ville afin que les habitants du royaume puissent lui faire un dernier adieu. Aleks et Brisco, deux frères inséparables, assistent à l’évènement. Mais tandis que Brisco défile comme tous les autres, Aleks reste, fasciné, devant la dépouille du roi. C’est là que le roi mort se réveille tout à coup, le confond avec son frère et, prophétique, lui dit de se méfier du feu.

Alors le roi Holund, qui était mort pourtant, venait d’ouvrir ses yeux bleus comme de la glace. Ses longs cils blancs étincelaient de givre.  Il se redressa lentement et s’assit sur le bord du lit de pierre. La neige glissa de son manteau royal et tomba en douce avalanche autour de lui.

Ce début exploite à merveille la symbolique de la mort liée à l’hiver alors que le cadavre inerte du roi gèle dans le froid.

Les flocons de neige qui voletaient tout autour donnaient un peu le vertige et faisaient croire à un rêve, et pourtant c’était vrai : le roi était mort, et son corps reposait là, dans le froid, au milieu de la Grand-Place.

Suite à cet avertissement, un terrible drame bouleverse la famille d’Aleks et Brisco. Ce livre est magnifique. Il échappe à l’habituel clivage entre le bien et le mal – qu’on retrouve si souvent en littérature jeunesse – pour nous donner un portrait nuancé et poétique des émotions des personnages. Le chagrin du roi mort ne préserve pas le lecteur, ne lui donne pas ce qu’il attend, mais le surprend et le convainc.

Deux romans à lire emmitouflé dans une doudou. Et vous, quels récits hivernaux avez-vous aimés ou comptez-vous lire quand tout est figé par le froid?

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Ici, ailleurs : Fuir pour oublier

J’ai découvert Matthieu Simard un peu par hasard, sur les tablettes de ma librairie de quartier de l’époque. J’ai commencé avec La tendresse attendra et je n’ai pu m’empêcher de lire sans attendre tous les autres livres de sa bibliographie, les uns après les autres, en un court laps de temps, dans mon petit appartement de Verdun. J’attendais Ici, ailleurs comme j’ai pu attendre mes Moon Shoes, bien entourés au stylo dans le catalogue Sears, en ’94.

Résumé

Marie et Simon ont fui la ville en espérant renaître à la campagne. Ils ne le savent pas encore, mais ils sont destinés à une fin tragique; ils seront le couple du « meurtre suivi d’un suicide ».

Fisher dira qu’il ne l’avait pas vu venir, les Lavoie diront que nous étions pourtant « du ben bon monde », Alice ne dira rien et nos sangs se mélangeront dans les craques du plancher de la maison centenaire que nous venons d’acheter.

Nous sommes invités à les suivre dans leur quête d’oublier le drame qui les a poussés à fuir, à travers des bribes d’espoir, au cœur d’un village fantomatique aussi mal en point que nos deux protagonistes.

Nous survivons en échangeant nos mensonges comme les enfants échangent leurs jouets. Dans ce village qui ne nous ressemble pas nous apprendrons à inventer les vérités qui nous feront le plus de bien. Je sais maintenant que nous ne pourrons jamais oublier le passé, mais c’est ce que nous essaierons de faire malgré tout. Oublier le passé et nous aimer aujourd’hui. Isolés loin d’ailleurs, nous masquerons nos cicatrices à coups de fausses espérances.

Un village étrangement captivant

Matthieu Simard nous offre une histoire et des personnages qui créent une ambiance étrange, quasi ensorcelante. J’ai été hypnotisée par ce court récit à deux voix, doté d’une atmosphère mystérieuse, presque irréelle. Bien que les personnages principaux et leurs non-dits ont su capter mon attention, ce sont surtout les personnages secondaires qui ont su créer une espèce de magie qui opère sur moi. Dans ce village en décrépitude et rempli de secrets que le.la lecteur.trice découvre petit à petit, personne n’est banal, que ce soit Fisher l’homme à tout faire, la famille Lavoie ou bien la jeune fille sourde et muette. Et il y a le parc sans enfants et l’antenne dont tout le monde parle sans donner de réelles explications, symbole des malheurs qui ont touché les habitants… J’ai été conquise par ce court roman et surtout imprégnée de son atmosphère puissante, pour ne pas dire poétique, lyrique.

Une écriture renouvelée 

J’ai été agréablement surprise par le renouvellement de l’auteur. Tout en changeant de maison d’édition (de Stanké à Alto), il a osé sortir de sa zone de confort, de sa formule gagnante, et le résultat est magnifique. En prime, la version non corrigée que j’ai reçue m’a donné la possibilité d’encadrer la face de mon auteur adoré; n’est-ce pas fantastique? 😉

matt

Quel.le.s auteur.e.s ont continué de vous charmer après avoir renouvelé leur plume?

Le fil rouge remercie les Éditions Alto pour le service de presse.

 

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Ce qui nous tue dans Le bleu de la nuit

Petite femme, mais on le lui a déjà trop dit, Joan Didion possède une prose incontournable pour tous les fervents de littérature.

Pour ma part, Le bleu de la nuit fut mon initiation à l’auteure. J’ai aimé d’amour son premier chapitre, un genre d’introduction au roman. Il s’agit de définir ce qu’est « le bleu de la nuit ». Un moment particulier : l’approche de la nuit, qui n’est pas tout à fait la fin de la clarté… il s’agit plutôt de son annonce.

La Femme Cassée

Je dirais que, curieusement et bien que ce soit loin d’être un roman de suspense, j’étais maintenue en haleine tout au long de ma lecture. Le bleu de la nuit et son histoire m’intriguaient inexplicablement. En terminant la dernière page, j’ai réalisé qu’en fait, j’attendais des réponses. Joan Didion pose tellement de questions dans son livre, qu’on a l’espoir qu’elle y réponde jusqu’à la toute fin du roman. Cependant, elle n’en fait rien. Mais en fait, qui peut répondre à ces questions?

Qu’est-ce que la perte? Comment y survivre?

Faut-il se souvenir? Faut-il oublier?

Qu’est-ce qui fait peur dans la vieillesse?

Le roman nous laisse donc seul.e avec nous-même. Face à des réflexions et des souvenirs douloureux qu’on voudrait peut-être éviter. Évidemment, cela nous fait grandir, forcés que nous sommes alors de penser au passé, à comment recomposer un avenir malgré notre finitude et malgré les pertes.

En fait, le cœur du roman, c’est Quintana, la fille adoptive de Joan Didion, décédée du vivant de l’auteure et après la mort du mari de Joan; je vous recommande d’ailleurs à cet effet son roman L’année de la pensée magique.

Dans Le bleu de la nuit, les fleurs sont à l’honneur parmi les mots choisis; un hommage à la délicatesse, à la fragilité, plus qu’à la beauté, à mon avis. La vieillesse, l’enfance et la vie ont ça de commun : ce sont des choses délicates, il faut en prendre soin. Les fleurs donc, s’agencent à la mélancolie qui demeure en nous après qu’on ait refermé le livre.

Sans – jamais – verser dans le quétaine, ni le déjà-vu.

J’ai lu ce livre d’un trait. Impossible de faire autrement pour moi.

Ce qui nous tue

Ce qui nous tue dans ce livre, c’est la capacité de l’écrivaine à rapporter un bout de vie anodin et à glisser ensuite une phrase coup de poing, qui semble sortir de nulle part, mais qui pourtant se devait d’être là :

Il y eut une saison pour que j’aie un enfant. Cette saison est passée.

D’une grande générosité et sans pudeur, ce Le bleu de la nuit de Joan Didion.

Avez-vous déjà lu Joan Didion?

 

Club de lecture : Les désordres amoureux

Mardi, 12 décembre, café Zoha

Ce mardi en est un de tempête. Une douce tempête qui couvre tout sur son passage, les arbres deviennent lourds, tout comme nos pieds qui essaient tant bien que mal de se frayer un chemin sur les trottoirs qui n’ont toujours pas été déneigés. C’est donc avec nos tuques enneigées et de la brume dans nos lunettes qu’on entre dans le café Zoha. Tout est calme, l’ambiance des fêtes est bien installée dans la place. Ce sera parfait pour notre rencontre.

Finalement, la tempête aura eu raison de quelques participantes, c’est donc à cinq qu’on débute notre discussion sur le dernier livre du mois; Les désordres amoureux de Marie Demers.

Alors que certaines ont passé un bon moment de lecture parsemé de rires à voix hautes, d’autres sont loin d’être friandes du style de l’auteure.

Le rythme et l’écriture

 » le rythme est intéressant » mentionne l’une des participantes.

Par contre, on se tanne vite des anglicismes, je ne pense pas vraiment être le public cible pour ce type d’ouvrage.

On se questionne donc sur le style de l’auteure. Ça fonctionne pour certaines, moins pour d’autres. C’est vrai qu’on ne lésine pas sur les anglicismes, ils sont intrinsèques au texte, à la plume de l’auteure, tout comme les dialogues, les jeux de mots, le langage commun. Certaines trouvent aussi que l’écriture est froide, qu’il y a un certain détachement face aux émotions, d’autres rient par moments. Il faut se le dire, Les désordres amoureux ne manque pas de situations loufoques et d’anecdotes croustillantes.

On s’interroge aussi sur les va-et-vient et les sauts dans le temps qui structurent le roman. Alors que le style ne fait pas l’unanimité, on s’accorde pour dire que la non-linéarité du texte est intéressante, qu’elle apporte quelque chose de plus à l’histoire et à notre lecture.

Outre l’écriture même, nous nous attardons aussi à la place de l’écriture dans le récit. Ouvertement écrit comme une autofiction, on retrouve le personnage de Marianne qui, suivant plusieurs désordres amoureux, s’exile quelques mois en Colombie pour écrire son premier roman. L’écriture prend donc une place importante dans le texte de Demers et les réflexions qui en ressortent trouvent écho chez nous. Il y a quelque chose d’intéressant dans son rapport à l’écriture, dans ses réflexions sur les premiers jets, sur le travail derrière la création, sur la question du talent. C’est d’ailleurs cet aspect qui raccroche quelques participantes au récit.

 

La littérature  jeune adulte au Québec, c’est quoi ? 

Il faut avouer que, tout au long de la séance, nous avons discuté beaucoup plus longuement du concept de littérature jeune adulte que du roman même. Pourquoi? Parce qu’en écoutant une entrevue avec l’auteure, à Plus on est de fous, plus on lit,  nous avons appris que la littérature jeune adulte au Québec, est justement le sujet de son doctorat.

Sans pour autant en arriver à une réponse claire – outre l’intérêt à un jour lire ce qu’a écrit Marie Demers à ce sujet – on se questionne sur la pertinence d’une telle catégorie, sur sa tendance castrante et/ou rebutante, sur les barèmes qui la structurent.

Il nous semble qu’entre 18 et 35 ans – c’est la catégorie d’âge que donne l’auteure pour définir les lecteurs touchés par le jeune adulte- il y a tellement d’évolution, de changements, qu’il est difficile de définir ce que constituerait une littérature qui touche à un si vaste public.

Et puis si quelqu’un de 40-50-60 ans aime ce type d’oeuvre, est-il « castrant » de donner une catégorie d’âge et un titre un peu infantilisant à un style littéraire? N’avons-nous pas déjà assez de genres qui portent parfois avec eux des préconceptions (romance, chick- litt, science-fiction)

En même temps, peut-il être intéressant de regrouper sous un même titre ces récits qui racontent le passage à l’âge adulte, sous toutes ses formes ? Peut-il être aidant de les catégoriser, pour mieux les retrouver ?

Finalement…

Autour de chocolats chauds, c’est  surtout de cette grande balise qu’est la littérature jeune adulte qu’on discute. Aux États-Unis, le genre est plus que populaire, communément appelé Y-A, on y retrouve souvent des récits mélangeant romance, aventure, science-fiction, fantastique mais ici, au Québec, on semble parler d’écrits qui parlent à notre génération, écrit par notre génération. Bref, c’est un grand flou qui entoure ce terme.

On ne peut pas dire que Les désordres amoureux a fait l’unanimité chez les participantes. Par contre, il nous a permis de discuter longuement de sujets qu’on ne prend que très rarement le temps d’aborder – sauf, peut-être si c’est justement notre sujet d’étude-  et de se questionner sur la catégorisation des oeuvres, que ce soit en librairie, en bibliothèque ou bien même dans nos têtes.

Ce fut bien intéressant de se pencher sur ce sujet durant cette dernière rencontre et de se retrouver, une dernière fois, autour d’un bon breuvage avant de remettre les pieds dehors, sous la douce tempête qui contraste fortement avec la Colombie dépeinte dans l’oeuvre.