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Bordeline : pour se sentir moins seul.e avec sa folie

Folle. J’ai eu peur de l’être, souvent. Trop longtemps, j’ai eu l’impression de l’être vraiment, aussi. C’est douloureux pour la tête et les émotions quand le mot te traverse de bord en bord. Ça transperce, fort. Ça te balance en bas de ta chaise. Ça te fait pleurer en p’tite boule dans les couvertes, le cœur serré.

Ce mot-là il est resté ancré en moi comme une cicatrice qui n’a jamais voulu s’effacer. Il revenait à la charge, toujours. Folle. Je suis folle. Je suis crissement folle.

Mes instants de paranoïa, mes délires non-justifiés, mon humeur changeante, mes états dépressifs, ça en faisait trop, je me disais : j’suis pas normale. Tout le temps. Ça revenait à la charge, encore. Une p’tite crotte abandonnée sur le bord de la route. Une guenille sale qu’on a oubliée dans le fond de l’évier. Un lapin dans sa cage qu’on n’a pas lavé depuis des jours. Je croyais être seule au monde.

Un jour j’en ai parlé à un psy, puis à des ami.e.s et à ma famille. J’ai compris par le bouche à oreille, par le blabla de ma vie qu’il y en avait beaucoup des comme moi. Des tonnes. On était une belle gang de fous. C’était rassurant. Ensemble on était beaux et grands. Ensemble on s’appuyait dans l’infini des possibilités du t’es-pas-tout-seul. L’univers avait changé de couleur, s’était transformé.

J’étais pas toute seule. Je n’étais pas folle. J’avais juste besoin d’aide, comme beaucoup d’autres, aussi.

Et, en lisant Bordeline de Marie-Sissi Labrèche, il y a quelques semaines de ça, j’ai été traversée par ce même feeling. Ce merveilleux sentiment que d’être appuyée par les mots d’une femme qui me disait à travers son partage : t’es pas toute seule.

Borderline est une lecture essentielle pour comprendre la complexité de ce qui se passe dans la tête d’une personne atteinte de maladie mentale. Pour saisir une réalité différente. Se glisser de manière sensible, à travers les mots crus de Labrèche, dans le corps d’une personne atteinte d’un syndrome bordeline. Une lecture nécessaire, sombre à plusieurs moments, mais qui pointe avec justesse l’incompréhension du regard des autres face à cette bébitte floue qu’est la maladie mentale. Des phrases coup-de-poing qui heurtent, qui font mal beaucoup, qui m’ont valu quelques larmes, mais qui ouvrent à la compréhension de l’autre. Aux réalités déformées, mais bien réelles de ceux qui souffrent dans leur tête. De ceux qui ont mal, mais qui ne peuvent pas caller off à job parce que leur douleur ne se voit pas.

« Moi, mes sentiments, c’est impossible de les retenir. Ils débordent de partout, comme du vomi d’un sac en papier. C’est pour cela que je me contrôle très mal. En fait, je ne me contrôle pas du tout : j’explose. Je suis ma propre bombe. C’est Hiroshima en permanence dans ma tête. »

Bordeline est paru aux Éditions du Boréal en 2000. J’avais dix ans. J’avais des plaques rouges qui me montaient jusqu’au visage, sans savoir que j’étais atteinte d’un trouble de l’anxiété généralisée. De la honte j’en ressentais à tous les jours. J’avais peur de toutte. Je tremblais à l’intérieur et ça transperçait mon corps, beaucoup. Près de vingt ans après la parution de ce classique de l’autofiction québécoise, les choses n’ont pas beaucoup changé, on se cache encore lorsqu’il est question de maladie mentale. De la honte. Trop de honte et si peu de compréhension. En lisant ce roman, je ne pouvais m’empêcher de voir toute la nécessité d’en parler, toujours plus chaque jour, jusqu’à ce que la maladie mentale soit une réalité acceptée et bien comprise au sein de la société.

Ce livre émeut sur tous les points, entremêlant fiction et vérité, cette écriture de l’intime dévoile la vie de l’auteure à travers le personnage de Sissi jeune et adulte. Son enfance, sa grand-mère qui beugle des insanités, qui lui dicte d’ingérer des Raisin Bran, sa mère folle qui ne veut que mourir et ses déboires pour tenter de contenir la folie. On entrevoit cette envie de se faire mal pour mieux supporter la douleur qui tenaille, cette envie de se donner à tous les hommes, à toutes les femmes pour se sentir vivante, enfin. Pour se sentir dans le monde réel, bien ancrée dans le présent, oubliant les pensées qui font déraper, juste un instant.

« Oui, Mémé, ça a du bon sens de boire comme ça. Ça a du bon sens, parce que c’est du vin qui coule dans mes veines présentement. En temps normal, c’est l’hiver qui coule dans mes veines, Mémé. C’est pour ça que mes os neigent, c’est pour ça que j’ai froid, que j’ai les lèvres bleues mal embrassées. J’ai les lèvres aussi bleues que Laura Palmer. Le froid émane de moi. J’ai froid, Mémé. Je n’arrive plus à me réchauffer. Aucune parole ne me réconforte. Rien n’est assez chaud pour moi. »

Peu importe ce qui est vrai ou non. Peu importe si ce qui est relaté s’est réellement produit dans la vie de Marie-Sissi Labrèche ou pas. Peu importe. Ça n’a aucune importance. Parce que d’une manière ou d’une autre cette lecture nous confronte à une perception méconnue qui mérite d’être révélée au grand jour, qui mérite de ne plus être dans l’ombre de l’incompréhension.

« Je me lance à toute vitesse dans mon grand miroir. Mon grand miroir qui me sert quand je fais l’amour. Mon grand miroir qui témoigne de ma présence pendant que je me fais fourrer. Je brise le miroir en mille morceaux. Mon image disparaît, mais je ne suis toujours pas quelqu’un d’autre. Je suis malheureusement encore moi. Rejetée. Rejetée. Rejetée. Rejetée. Rejetée. Rejetée. »

Du mal-être il y en a à toutes les pages, à profusion. Sissi a un problème de limites, elle ne sait pas où elles se trouvent, comment délimiter ce qu’elle peut ou ne peut pas faire. Elle n’arrive pas à saisir où commence et se termine l’intérieur et l’extérieur. C’est flou. Tout est flou. Elle est bordeline.

La réalité devient autre à travers ses yeux à elle.

J’ai lu Bordeline d’une traite. Les mots glissaient. Les mots me faisaient du bien, malgré leur violence. J’ai compris que d’autres personnes que moi avaient cette impression désagréable d’être à la limite de la folie, ne sachant plus où délimiter le vrai du faux, les pensées paranoïaques de la réalité. J’étais pas toute seule. Sissi n’était pas atteinte d’un trouble de l’anxiété généralisée, mais sa tête lui jouait des tours, comme c’était le cas pour moi. On s’étourdissait les deux à se laisser avoir par le noir dans nos méninges qui brouille tout, tout le temps. Malgré le ton tourmenté porté par le récit, de l’espoir s’en dégage, aussi.

Les pages défilent. Les mots s’ancrent. La lecture est difficile, mais une vie est partagée et cette vie nous dit : t’es pas tout.e seul.e avec tes idées qui dérapent.

Avec ta folie. Tes sentiments qui débordent. Ta tête qui perd le cap.

Et, ça, c’est beaucoup.

Un beaucoup qui – même 17 ans plus tard – trouve écho en nous, dans notre propre folie.

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Péter sa coche ou briser le tabou de la maladie mentale

Personnalité connue du web, je suivais Matthieu Bonin depuis un bon bout sur les réseaux sociaux, pour son audace, pour sa sensibilité aussi. Puis, un moment donné, je l’ai trouvé juste, trop. J’ai décroché. Les années ont passé. Jusqu’à ce que dernièrement, mes yeux aient remarqué son nom à nouveau dans une librairie, sur une jaquette de livre. Matthieu Bonin avait écrit : Péter sa coche, publié en février 2017, aux éditions Un monde différent.

Souffrant de trouble d’anxiété généralisée et de maladie affective bipolaire (de type 2 dans son cas), l’auteur doit jongler constamment entre les différents cycles que la maladie lui amène, tout en affrontant les aléas de la vie. Il doit essayer d’apprivoiser ses humeurs, basculant du deep down de la dépression jusqu’à émerger vers une stabilité trop courte et ensuite bifurquer dans l’hypomanie. Les autres peuvent le trouver difficile à suivre, pour lui, ce l’est encore plus. Le livre s’ouvre sur la réflexion qu’après 26 ans à vivre dans le chaos, ayant toutefois reçu l’aide de son médecin de famille et étant déjà médicamenté, il a la possibilité de consulter dans une clinique de santé mentale pour finalement recevoir la confirmation sans surprise du double diagnostic d’anxiété généralisée et de bipolarité. S’ensuit une traversée dans son intérieur. Tout, sauf une mer calme.

« C’est quand même weird. Je n’ai pourtant absolument rien changé. J’ai fait de l’insomnie jusqu’à 3 h du matin, je me suis levé à midi et hop! Tout va bien et je suis heureux, sans raison! Je vais en profiter le temps que ça passe, car j’ignore quand la noirceur me frappera à nouveau. C’est ce qui est le plus difficile, je trouve… de toujours être sur mes gardes. De ne jamais vraiment pouvoir profiter du beau, car je sais que c’est pour une durée limitée. »

Tout au long de son livre, l’auteur Matthieu Bonin nous entraîne dans sa spirale infernale le menant des idées suicidaires aux idées de grandeur. Ce qui le pousse parfois à faire de mauvais choix et à devoir vivre avec les conséquences après, comme il le raconte dans l’épisode sur sa Mazda6. Il nous transporte dans son passé lors de différents moments charnières de son existence, que ce soit la fin de son secondaire, où l’on comprend déjà que la maladie lui fait ombrage, à son début comme blogueur sur YouTube et comme animateur de la défunte directe qui portait son nom, diffusée à Musique Plus. Quand il traverse du côté de la manie, il saute à pieds joints dans des projets d’envergure. D’un côté comme de l’autre, l’anxiété n’est jamais trop loin. Puis, le projet pour lequel il se consume plus qu’il ne carbure vient à se terminer abruptement, et il y laisse presque sa peau. Parce que les risques, il a de la difficulté à bien les calculer.

On sent que Bonin y a mis toutes ses tripes. Il a tenu à écrire les différents chapitres sous ses différents états d’âme. Il espère ainsi aider des gens qui souffrent comme lui, des gens qui manquent assurément de repères autour d’eux, car ces gens souffrent souvent en silence. Les maladies mentales, bien que mieux connues, demeurent un grand tabou de société. Sous le masque d’une sensibilité accrue ou d’une énergie difficile à suivre se cache une réelle douleur de l’âme, et quoi de mieux que la lecture du témoignage d’une personne connue vivant cette maladie, pour se sentir moins seul?

« Hier je fixais le crochet qui retient le punching-bag au plafond chez moi en me demandant s’il allait supporter mon poids, et voilà qu’aujourd’hui je suis en train de parler de beauté. Comment suis-je censé interpréter ça? Quelle leçon dois-je en retirer? Est-ce qu’il y a quelque chose à comprendre : c’est ma bipolarité ou le Seroquel qui fait son œuvre, ou les deux? »

On assiste à ses réflexions, comme on reçoit les confidences d’un ami. Péter sa coche est un touchant livre écrit sans pudeur et avec l’espoir qu’il puisse aider à mettre des mots là où la souffrance est souvent si difficile à exprimer. Que vous ayez reçu un diagnostic de bipolarité, que vous croyez en souffrir, ou que vous côtoyez quelqu’un de votre entourage, Matthieu Bonin vous aidera à comprendre. Il a su fesser dans le mille à nous raconter ses maux. Et puis, il y a de l’espoir après tout. Il s’agit bien du journal d’une vie sauvée.

Connaissez-vous quelqu’un que ce livre pourrait aider?

 

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Prix littéraire des collégiens 2017 : ce que des étudiants ont pensé Des femmes savantes de Chloé Savoie-Bernard

Enseignante de littérature dans un cégep, j’ai motivé un groupe de douze étudiants à participer au Prix littéraire des collégiens 2017 au cours de la session d’hiver. Toutes les deux semaines, nous nous rencontrons pour discuter des œuvres sélectionnées, pour les décortiquer et les critiquer et ainsi en déclarer une gagnante du Prix littéraire des collégiens 2017.

Des femmes savantes de Chloé Savoie-Bernard était la lecture pour la cinquième et dernière rencontre du Prix.

Les étudiants n’ayant que très rarement lu des recueils de nouvelles, ils ont découvert ce genre et accroché par la brièveté de celui-ci. Ils ont trouvé que la nouvelle se prêtait bien au message que l’auteure voulait passer, l’essentiel étant dit directement et sans détour.

La majorité des participants au prix étant des filles, elles ont vécu différentes émotions en lisant : « Ça nous rentrait dedans. » Une lecture simple et facile, mais percutante et très vulgaire : « Ça ne remonte pas l’estime. »

Savoie-Bernard utilise un langage cru, représentatif des actions de ces femmes, toutes aussi crues. Ce sont des femmes en détresse, malades de l’intérieur, obsédées, certaines ayant des déviances, d’autres porteuses de douleurs incomprises et d’estime de soi faible. Les étudiants ont trouvé que ces femmes rappelaient des réalités actuelles : l’hypersexualisation, la femme-objet, l’image et l’utilisation du corps de façon négative.

L’auteure se rend loin, parfois un peu trop, mais suffisamment pour choquer et faire réfléchir.

Une étudiante a soulevé le fait que ces femmes savantes étaient toutes les femmes et aucune en même temps. Des femmes conscientes qui, malgré leur éducation, dévient de cette perfection obligatoire imposée par la société, des femmes imparfaites qui sont bien vivantes, dans leurs succès autant que dans leurs échecs.

Coup de cœur des étudiants pour Liste des raisons pour lesquelles tu devrais m’aimer et Nue.

Un verdict oscillant entre 6/10 et 8/10, les étudiants ayant apprécié la lecture de l’œuvre, son style bien travaillé, mais ont trouvé que l’auteure ne présentait qu’une seule facette de la condition féminine, celle un peu vulgaire, donnant un constat plutôt incomplet.

Résultat du vote

Mon groupe d’étudiants, après avoir voté secrètement, a donc choisi ses trois œuvres préférées : en premier, Le poids de la neige; en deuxième, Des femmes savantes; et ex æquo en troisième place, Mektoub et Les maisons.

Lors de la remise du Prix au Salon du livre de Québec, c’est Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin qui a remporté le grand honneur.

13 lettres pour vous dire qu’on vous aime

Parfois j’ai l’impression de me répéter sur ce blogue (!) parce que j’ai dit à de nombreuses reprises à quel point j’aimais Simon Boulerice. Tant pis, on dit jamais assez je t’aime, comme me l’a rappelé le roman dont je veux vous parler, je le redis, encore et encore, Simon Boulerice, je t’aime. (J’ai quand même eu la chance de lui dire, en vrai lors de notre dernier événement à Arsenal, n’ayez crainte, avec plus de nuance bien sûr!)

Avec ce dernier roman pour adolescents, Le dernier qui sort éteint la lumière, Simon Boulerice nous fait découvrir une famille des plus attachantes. Pour vrai, j’avais presque envie d’être adoptée! Les deux jumeaux, Arnold (pour Schwarzenegger voyons!) et Alia vivent avec leurs deux papas : Papou et Poupa ou plus communément appelés Julien et Édouard.

13 lettres pour vous dire qu’on vous aime

Les parents décident pour le 13e anniversaire de leurs jumeaux de leur offrir une lettre par jour, pendant 13 jours, pour leur avouer qui est entre les deux le père biologique des jumeaux, la mère biologique étant Sandrine, la marraine-sirène des jumeaux.

Au fil de ces lettres, les papas prennent le crayon chacun leur tour pour expliquer à leurs enfants de quelle façon ils se sont rencontrés, aimés, et comment ils ont pris la décision de fonder une famille. Avec beaucoup d’humour, Simon Boulerice nous fait rire et nous fait saisir toute la beauté de cette famille des plus ordinaires, aimantes et touchantes.

C’est sous le crayon d’Arnold qu’on se fait raconter l’histoire. On le suit dans ses questionnements, ses doutes, ses remises en question dignes du plus classique des adolescents. On s’attache tout de même à ce jeune artiste né, amoureux et très sensible.

Avec beaucoup de délicatesse et de douceur, on se laisse entraîner dans cette belle famille et on y croise des thèmes fondamentaux qui doivent être abordés avec les adolescents. Par exemple, le fait que la finale du roman est l’annonce du père biologique, mais qu’au fond cela n’a pas tellement d’importance rappelle, sans être moralisateur, que l’amour parental n’a rien à voir avec les liens de sang. De plus, on y représente certaines réalités d’une famille homoparentale, telle que l’intimidation que subissent parfois les jeunes qui viennent d’une famille différente ou le regard d’une société conçue pour la classique famille : 2 enfants, 1 maman et 1 papa.

Humour, références pop & pertinence

L’humour de Simon Boulerice comme ses références populaires font de lui un auteur adoré autant chez les adolescents, les enfants et les adultes. Il le dit lui-même, il a envie de parler à tout le monde et c’est un des rares qui sait si bien le faire. C’est vraiment sa plume, son ton, ses références qui font de ses œuvres (et Dieu sait qu’il en a) des plaisirs à découvrir et à partager. Au final, j’ai passé un tendre moment de lecture où je me suis surprise à sourire et à être émue par cette lecture et surtout par cette magnifique famille avec laquelle j’avais envie d’aller jouer à des jeux de société le jeudi soir. Un roman important à mettre dans les mains des étudiants au secondaire qui seront émus, divertis et grandis par cette lecture et par cette attachante famille!

Et vous, avez-vous déjà lu un roman de Simon Boulerice? Qu’en avez-vous pensé?


Le fil rouge tient à remercier les éditions Québec Amérique pour ce service de presse.

Amélie Nothomb, Marika Guilbeault-Brissette, Rencontre, Séance de signature, Renaud-Bray

Entre chapeau et champagne

Je partage mon quotidien avec l’œuvre de cette femme depuis plus d’un an et je dois vous avouer que je me considère depuis une experte en la matière. Lorsque nous sommes plongés aussi profondément dans le travail d’un écrivain ou d’une écrivaine, il nous arrive de penser que nous connaissons de fond en comble la personne qui se cache derrière les lignes et ce, dans tous ses recoins les plus sombres et les plus secrets. Or, la rencontre des corps suffit souvent à nous prouver le contraire.

Il y avait déjà sept ans que la prolifique auteure belge, Amélie Nothomb, n’était pas venue nous rendre visite au Québec. Étant invitée d’honneur au Salon du livre de Québec, cette dernière n’avait d’autre choix que de faire un passage obligatoire par Montréal. Le jeudi 6 avril, j’ai donc eu la chance de faire la file au Renaud-Bray de la rue Saint-Denis pour faire signer son petit dernier, Riquet à la houppe, et par le fait même, de rencontrer ma majestueuse sorcière bien-aimée.

Arrivés bien en avance, nous étions dans les premiers impatients de la ligne. Nous pouvions sentir la fébrilité dans l’air. Les lectrices (en grande majorité) ne pouvaient plus attendre. Il pleuvait à grosses gouttes. Cela dit, le mauvais temps n’a pas empêché les admiratrices de Nothomb d’envahir la librairie. À 18 h 30, je ne voyais plus la fin de la file. J’étais au bon endroit, au bon moment, entourée de son œuvre qui compte plus d’une vingtaine de romans. Bref, comme à la maison.

La belle est arrivée une vingtaine de minutes en retard sous les applaudissements de la foule. Elle portait comme à son habitude un de ses extravagants chapeaux. Pas question que le personnage quitte la dame. Elle s’est excusée de son arrivée tardive et a spécifié avoir amené avec elle le temps gris de son pays, la Belgique. Vêtue de noir de la tête aux pieds, les lèvres rouge sang et le teint d’une blancheur pure, elle était exactement comme je me l’étais imaginé. Intimidante, mais timide. Nothomb et ses éternels paradoxes.

Après quelques photographies avec les organisateurs de la soirée, elle s’est assise au joli bureau vintage qu’on avait installé pour elle sur lequel figurait un magnifique bouquet de fleurs qu’on lui avait offert. Connaissant bien à qui ils avaient affaire, les organisateurs de l’événement avaient pensé à la fameuse bouteille de champagne, élixir de prédilection de l’auteure. Elle prit un instant de délectation lorsqu’elle savoura sa première gorgée. Elle ferma les yeux et leva le menton vers le haut. C’était orgasmique à voir, cette satisfaction dans ce visage épanoui sous les bulles qui roulaient dans sa gorge offerte à la vue de tous. Pas question que le personnage quitte la dame.

Elle prit le temps d’échanger quelques mots avec chacun de ses lecteurs malgré le fait que les échanges soient d’assez courte durée dans l’ensemble. Je dois vous avouer que je ne suis pas une grande habituée des séances de signature, que je trouve plutôt conventionnelles et robotiques. Malheureusement, celle-ci ne m’a pas prouvé le contraire. Rien de bien personnel, mais bon…

Cependant, une chose s’est confirmée pour ma part : Amélie Nothomb est une obsédée des corps. Je le dis déjà dans mon mémoire alors que je traite de l’imaginaire du corps dans son œuvre, mais notre rencontre aura servi à confirmer que le sujet de l’énonciation et la dame au stylo bille ne sont pas si loin l’un de l’autre. D’emblée, elle m’a abordée de la façon suivante :

« Quels jolis tatouages! »

Avant de rencontrer mon copain et de s’exclamer stupéfaite :

« Vous êtes immense! Vous mesurez combien? »

Je concède, un homme de 6 pi 6 debout devant vous alors que vous êtes assise à une table, cela a quelque chose d’impressionnant. Ce qui est certain, c’est que les apparences ne demeurent pas indifférentes pour l’écrivaine. Comme je le mentionnais précédemment, la rencontre des corps est parfois très révélatrice. D’ailleurs, même l’acte d’écrire est pour elle un processus physique. Cette dernière n’arrive pas à créer à partir d’un clavier. Tout doit être inscrit à la main.

2017

Notre rendez-vous aura servi à confirmer mon hypothèse des corps et des apparences. En somme, j’avais bien su lire entre les lignes, mais son regard dans le mien aura été le sceau de la confirmation.

Rien de tel qu’une rencontre des corps.

« Qu’on le veuille ou non, nous vivons dans le monde platonicien des apparences. On a beau vouloir s’attacher à la profondeur, ce sont les apparences qui mènent le monde. Le physique d’une personne, c’est ce qu’on voit en premier et c’est de prime abord ce sur quoi nous la jugeons. »

— Amélie Nothomb en entrevue avec Nathalie Petrowski dans La Presse +

Crédit photo : Michaël Corbeil

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Françoise et Marie-Reine

L’amitié est un thème courant dans plusieurs romans, mais rarement est-elle le cœur d’une histoire, la raison d’être de deux personnages qui ne partageront qu’une amitié pure, simple et parfois cruelle. Françoise de Luca nous rappelle l’importance et l’influence des amitiés de notre enfance sur le reste de nos vies grâce à son roman Reine.

Son écriture est fluide comme une longue rivière sur laquelle je me suis laissée glisser doucement.

Notre amie Françoise

Ce roman est écrit à la première et deuxième personne, la narratrice s’adresse au lecteur comme s’il s’agissait de son amie d’enfance : Marie-Reine. Cela ajoute une sensibilité et une pureté au texte, car l’auteure crée un espace intime et privé entre deux personnes, oubliant le reste du monde.

Je ne sais pas à quel point l’auteure et le personnage de Françoise sont différents, mais la Françoise que j’ai appris à connaître dans ce roman est charmante. Douce, généreuse et fondamentalement gentille, elle vit la majeure partie de son enfance à travers les yeux de son amie Reine, qu’elle idolâtre. J’y ai retrouvé la pureté et la naïveté de l’enfance, Françoise serait prête à tout pour son amie. Parfois, c’est crève-cœur de réaliser que Françoise vit à travers son amie, qu’elle se perd dans cette relation qui la consume.

Malgré le passage des années, elle conserve une profonde admiration et un amour indéniable pour cette femme qui a marqué sa vie.

Notre amie Marie-Reine

Marie-Reine est fougueuse, enflammée, intense. Elle est insaisissable. Sa vie est parsemée d’embûches dès sa plus tendre enfance. Ces épreuves façonnent sa personnalité qui la pousseront à s’éloigner de ses proches et de son enfance dans laquelle Françoise fait partie.

Toute sa vie, ses histoires de cœur, ses ruptures, ses jobines, ses autres amitiés sont racontées à travers le regard de son amie. J’apprends alors à la connaître, mais aussi à m’imaginer qui elle est sans Françoise. J’essaie de décrypter ses motivations, ses intentions, ses gestes. Aurait-elle raconté la même histoire que celle racontée?

Après

Ce roman nous ramène à l’essentiel : deux femmes, l’épreuve du temps, les épreuves de la vie. La simplicité et l’efficacité des mots nous transportent dans un univers délicat et privé. Les phrases sont poétiques, simples et poignantes.

Elle m’a fait sourire, grimacer, mais surtout, elle a ramené en moi de lointains souvenirs d’enfance. J’ai repensé à ces amitiés effacées par les années, brisées par des chicanes parfois purement puériles ou encore simplement en dormance. J’ai songé à ma définition de l’amitié, de ce que je cherche dans ces relations qui ne deviendront jamais amour, mais qui marquent malgré tout mon parcours. Car l’amitié que décrit l’auteure n’est pas parfaite. Bien au contraire, et c’est ce qui en fait une histoire extraordinaire et belle.

Poésie moderne ou journal intime? Un nouveau phénomène sur Instagram!

J’ai découvert récemment un phénomène qui commence à prendre de l’ampleur sur Instagram. Peut-être l’avez-vous remarqué aussi? Je parle de pages de petites phrases pleines d’émotions qu’on retrouve tantôt avec tout un franc-parler, ou se rapprochant d’une douce poésie moderne. Fait intéressant : la plupart des propriétaires de ces pages ne le font pas dans le but d’être connus et, au contraire, se complaisent dans l’anonymat. La majorité des comptes que j’ai contactés m’ont avoué être une fille derrière l’écran et avoir entre 17 et 25 ans. J’ai listé une dizaine de ces pages (que je vous invite à découvrir!), et voici ce qui les a poussées à participer au phénomène du moment :

@lestoutespetiteschosesJ’écris depuis que je suis toute petite, mais je n’avais jamais osé laisser qui que ce soit lire mes trucs.

Il y a 2 ans, je me suis décidée à faire le certificat en création littéraire à l’UQAM et ça m’a aidée à sortir de ma coquille (…). Il y a presque un an, j’ai décidé de sortir de ma zone de confort et de commencer une page Instagram. (…) La réaction des gens m’a complètement déstabilisée. Je suis rendue à plus de 8000 followers et je capote. Je reçois tellement de messages de la part de jeunes filles qui me disent que mon écriture les aide à passer à travers toutes sortes d’épreuves (…). Savoir que mes p’tits mots niaiseux peuvent faire du bien a des inconnu(e)s, c’est la meilleure affaire du monde. Bref, je suis une émotive. Je suis impulsive et j’ai BESOIN d’écrire dans ma vie.

@coeurambiguLa vérité c’est que j’ai débuté @coeurambigu parce que j’ai souvent échoué

 

à transmettre mes émotions clairement en paroles. Je déteste être vulnérable et je crains l’échec, comme beaucoup d’entre nous. J’ai toujours été plus douée à l’écrit parce qu’utiliser des points et virgules me permet de faire des pauses contrairement à ma respiration qui n’y arrive jamais lorsque le moment de m’exprimer est venu. (…) et je ne suis pas la seule à avoir un cœur ambigu, qui m’épuise à changer d’idée à chaque instant de la journée.

@VomidemotsC’est un peu un ramassis de choses que j’aurais aimé dire à certaines personnes qui ont fait partie de ma vie (…). C’est l’anonymat derrière la chose qui est intéressant, ça me permet de dire ce que je veux sans censure et sans avoir peur du jugement. Le phénomène est fascinant, je pense qu’on grandit, du moins ma génération (j’ai 21 ans) dans une ère où on a tellement peur de parler de nos sentiments et de nos envies dans la vraie vie, mais derrière un écran, ça passe mieux

@quandjepensetropJ’ai toujours eu un peu de difficulté à exprimer mes sentiments donc, il y a un p’tit bout, je me suis mise à écrire un peu tout c’qui me passait par la tête afin de m’en débarrasser. Puis, j’ai vu qu’il y avait des gens qui publiaient le genre de pensées que j’avais donc j’me suis mise à les publier aussi pour permettre aux autres de se sentir moins seuls dans ce qu’ils vivent.

@lafolleassumeeCe qui m’a poussée à faire ça est un peu flou pour moi-même. (…) je trouvais que c’était une belle façon de se vider la tête et passer des messages! Même si je n’écris pas sous forme poétique et que je n’utilise pas un français impeccable, je travaille beaucoup mon imagination! J’affiche mes blessures comme j’affiche mes beaux moments et certains se sentent concernés par ceux-ci.

@2trotteuxdanstete Nous sommes 2 étudiantes en littérature au cégep. Il y en a une de nous deux qui écrivait déjà de la poésie (V).  On aimait ce que d’autres faisaient, (V) m’a lancé l’idée et j’ai accepté tout de suite parce que ça m’aidait à passer à travers des moments plus difficiles qui se passaient dans ma vie à ce moment-là. (K)

@coeuresilient Il y a 2 ans, je suis tombée amoureuse au premier regard d’un gars. J’ai raconté notre histoire sur mon blogue puis alors que je vivais ma peine d’amour, j’ai décidé de créer une page Instagram avec des extraits de mes textes pour faire connaître mon style d’écriture. J’ai remarqué que d’autres filles ont commencé à me répondre et à « repost » mes textes. Certaines me remerciaient, d’autres me disaient se reconnaître dans mes écrits. Ça m’a inspirée à continuer. Ça m’aidait dans mon deuil et ça aidait toutes ces jeunes filles au cœur amoché. Je commence même ma propre compagnie de t-shirt avec « quote » et j’espère que ça fonctionnera.

@desmotspasdouxJ’ai commencé @desmotspasdoux sur un coup de tête. Ayant quelques phrases poético-cutes sauvegardées en secret dans les notes de mon cellulaire, j’ai rapidement inventé un nom sorti de nulle part, choisi une œuvre de Gaston Chaissac et créé une page. (…) Je publie en moyenne 3 textes par jour, l’inspiration vient de tout autour de moi. J’aime appeler ce que j’écris de l’autofiction, je parle surtout d’amour, et ce n’est pas toujours rose, mais pour ma part, je suis heureuse depuis 4 ans avec une femme. (…) Écrire cette poésie moderne me détend et me libère.

@aproposdetoiNous sommes 2 jeunes femmes remplies d’émotions, c’est un peu de là que ça part, de l’amitié pis du trop-plein d’émotion! On écrivait pour un blogue, et on faisait des articles qui sortaient du style du blogue. Nous avons réalisé qu’on devrait commencer quelque chose, nous avons donc quitté le blogue. Quelques semaines plus tard, je suis tombée célibataire, ma complice aussi. On avait plein de choses à dire, ça fait qu’on s’est lancées. On a eu 1000 abonnées en 1 semaine, ça a vraiment explosé. Ça fait du bien, t’sais, de voir que notre travail, non seulement est apprécié, mais, est compris aussi. (…) On reçoit plein d’inbox de personnes qui nous suivent et qui se sentent concernées par nos textes, que ça les touche, que ça les aide.

@crachezdesmots (mon seul garçon trouvé au moment d’écrire ces lignes) – J’ai écrit mon premier livre l’an dernier, pour le faire publier cette année, cependant n’ayant toujours pas de correcteur ni de maison d’édition j’ai mis ça en « stand-by ». (…) J’ai toujours trouvé plaisir à écrire avec des gens qui font partie de ma vie, et récemment avec une amie la phrase qui revenait souvent était « crachez des mots ». De plus, j’ai eu un parcours disons très féminisé. J’ai appris à vivre de l’idéal plus féminin. J’ai toujours aimé, de par mes dessins ou mes mots, ramener mes sujets à la femme. (…) J’écris seul, je suis un gars et j’ai 19 ans. 

@douleurs.exquises Je dirais que j’avais trop de choses à raconter, trop de trucs sur le cœur que je voulais partager. Je pense que les filles de mon âge peuvent s’identifier dans mes textes, surtout ceux sur l’amour et l’échec. L’amour est ce qui occupe le plus nos vies selon moi. Notre tête est consacrée à ça beaucoup trop souvent et, si tu veux mon avis, parfois ça devient malsain, mais c’est ce qui nous garde en vie (ou morte dans certains cas, haha). 

Merci aux gentil(le)s inconnu(e)s derrière ces pages d’avoir accepté de vous livrer à moi. Merci de publier vos écrits/pensées comme vous le faites si bien, vous donnez beaucoup de bonheur aux gens quand on voit vos petits bouts de phrases sur Instagram entre 2 photos parfaites. Vous êtes aussi une belle petite communauté qui semble se donner beaucoup d’amour entre vous et ça, je trouve ça franchement beau dans cette ère de haine virtuelle qu’on côtoie trop souvent.

Voici d’autres suggestions de comptes que je vous invite à découvrir aussi, qui auraient très bien pu se trouver dans l’article ci-haut :

Suivez-vous des comptes de ce type sur Instagram? Avez-vous adhéré au mouvement? Ne vous gênez pas pour partager votre compte ou vos découvertes dans les commentaires de l’article.

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Le problème avec les femmes

Je suis tombée par hasard sur ce roman graphique alors que j’errais dans la section bd adulte de ma librairie de quartier. Le titre m’a d’abord intriguée, puis je l’ai feuilleté rapidement et j’ai décidé de me le procurer. Je n’ai pas été déçue de cette décision, puisque je l’ai lu deux fois de suite.

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Le problème avec les femmes de Jacky Flemming nous explique pourquoi les femmes ne se retrouvent pas dans nos livres d’histoire et pourquoi aucune femme ne s’est démarquée à travers les siècles. Plusieurs éléments sont en cause : leur tête est trop petite, elles vivent dans une bulle domestique, leur chevelure les empêche d’entendre et elles sont trop émotives pour comprendre les mathématiques, entre autres choses. Vous l’aurez compris, la totalité de cette histoire est basée sur l’ironie et le sarcasme.

En utilisant un ton qui se rapproche du mansplaining, Flemming nous explique pourquoi les femmes, arrivées dans le monde bien après les hommes, n’ont pas les capacités physiques et mentales d’exercer les métiers masculins. Elle y insère même de fausses citations de vrais génies tels que Darwin et Einstein qui auraient analysé le cerveau féminin, beaucoup plus petit et vide que le leur.

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Le seul petit bémol, selon moi, se trouve au niveau de la traduction. D’abord écrite en anglais, la version française, bien que très juste la plupart du temps, est parfois surprenante de par ses choix de mots. L’ensemble du récit présente bien ce but d’infantiliser la lectrice (d’où l’effet de mansplaining), puis tout à coup se glisse des mots scientifiques qui brisent l’ambiance, des mots que j’avais moi-même du mal à déchiffrer, peut-être parce que je suis une femme, mais peut-être aussi parce qu’ils ne sont pas accessibles à un large lectorat. Après avoir fouillé Instagram de son hashtag #thetroublewithwomen (titre original), j’ai réalisé que le niveau de langage utilisé m’aurait tout à fait été accessible, même si l’anglais est ma deuxième langue. (J’ai encore peur de me lancer dans une lecture complexe en anglais, mais ça, c’est une autre histoire!)

Si ce genre de roman graphique féministe vous intéresse, il faut absolument ajouter ce livre-ci à votre Pile à lire, juste à côté de Culottées, dont le deuxième tome a été publié en janvier dernier!

Avez-vous d’autres suggestions de roman graphique à caractère féministe?

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Le coup de coeur à retardement

À partir de quel moment considère-t-on un simple objet comme une toile ou une feuille de papier comme un livre ? Où se situe la ligne entre l’objet et l’art ? À mon avis, c’est à partir de l’instant où celui-ci engendre une réflexion, pousse l’observateur à des questionnements.

À notre époque, une ère de consommation rapide et abusive, notre perception de l’art se transforme petit à petit et notre approche vis-à-vis celle-ci en fait de même : notre niveau de concentration a baissé, nos occupations se font de plus en plus nombreuses, le temps accordé à l’art se fait plus restreint. Or, les artistes et les amateurs sont encore très présents.

#littérature

Du côté de la littérature, plus spécialement, on voit partout sur les réseaux sociaux des #bookaddict et des #booklover qui possèdent l’équivalent d’une bibliothèque complète chez eux et qui lisent un roman tous les deux jours. En naviguant sur ces plateformes, je me suis demandée : est-ce que ces personnes prennent vraiment le temps de savourer tous ces livres et de les comprendre afin de s’en faire une réelle opinion ? À ce jour, il est désormais facile de se faire un avis complet sur un roman que l’on n’a jamais lu avec toutes les ressources qui sont disponibles sur le web.

Les livres deviennent-ils de simples bibelots qui font jolis dans un décor ? Ont-ils perdu leur valeur artistique ? Prenons-nous le temps de laisser leur message se rendre jusqu’à nous ?

« Page turner »

Avec la surdose de lectures imposées au cégep et à l’université (souvent des textes importants et qui se doivent d’être lus proprement), un phénomène que j’ai surnommé le coup de cœur à retardement a fait son apparition. En effet, le rush que vivent les étudiants lors de leurs études supérieures les amène souvent à lire les livres imposés en quelques heures seulement, parfois même une journée avant la date d’échéance, et à voir ceux-ci comme une tâche plus que comme une œuvre à apprécier. Leur lecture est brève, leur compréhension minimale et l’effet presque inexistant. Le projet en lien avec le texte terminé, le livre est mis de côté, parfois même oublié.

Pourtant, il arrive quelques fois qu’une œuvre marque, pénètre, mais que l’effet ne se fasse ressentir que plus tard, lorsque le message est prêt à être accueilli. Et c’est à ce moment que l’on réalise qu’un livre nous a marqué et qu’il a influencé notre vie à sa façon.

Mon expérience

Ce sentiment m’a habité quelques fois notamment lors de ma lecture du classique Jane Eyre de Charlotte Brontë. Le livre terminé, j’étais exténuée. Ces 600 pages avaient été lourdes et longues par moment. Une fois fini, j’ai même eu le réflexe de pousser ce livre loin de moi, de le ranger hors de ma vue. Quelques semaines plus tard, hors de tout doute, j’ai réalisé à quel point je revenais tout le temps à cette histoire d’amour et à cette force de caractère incroyable du personnage principal. Non, cette œuvre ne m’avait pas laissée indifférente comme j’en étais persuadée.

La littérature se savoure.

Prenez le temps de déguster les œuvres qui tombent entre vos mains.

Laissez-les décanter. Leur effet viendra.

À la suite de cet article, pensez-vous avoir déjà vécu coup de coeur à retardement ? Si c’est le cas, on veut savoir quel livre vous a fait cet effet!

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Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent : un deuxième tome tout aussi pertinent

Il y a quelques mois déjà, je vous parlais du premier tome de Culottées, une bande dessinée de Pénélope Bagieu qui nous fait découvrir des femmes exceptionnelles, culottées, qui auraient dû, elles aussi, marquer l’histoire. Tout comme notre fileuse Laurence, je suis une admiratrice du travail de Pénélope Bagieu, une bédéiste fascinante qui depuis quelque temps, prend position comme féministe dans son œuvre.

Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent 

Voilà le sous-titre de cette série et ça résume parfaitement bien le contenu. On y découvre la vie de femmes inspirantes, très souvent à contre-courant de leur époque et fondamentalement culottées, déterminées et inspirantes. Dans ce deuxième tome, on y croise 15 nouvelles femmes, toutes plus fascinantes les unes que les autres.

Ce que j’aime le plus de ces bandes dessinées, c’est le côté féministe de l’œuvre. Pénélope Bagieu veut nous faire découvrir des femmes qui n’ont pas été reconnues, ou du moins, pas beaucoup, pour diverses raisons. Elle prend la parole en dénonçant l’invisibilité des femmes vis-à-vis les hommes et, du fait même, révèle des femmes extraordinaires qui méritent d’être connues et reconnues pour leur talent et leur acharnement.

On y croise dans ce tome :

– Sonita Alizabeth, rappeuse

-Katia Krafft, volcanologue

-Hedy Lamarr, actrice et inventrice

-Temple Grandin, interprète des animaux

C’est avec plaisir et admiration que je me suis plongée dans ces planches de 10 pages où l’on rencontre des femmes de divers époques et pays, dans les embûches de leurs vies, mais surtout dans leur détermination d’atteindre leurs buts. C’est parfois frustrant, voire complètement bouleversant. Phulan Devi, jeune Indienne qui a dû se marier lorsqu’elle était encore une enfant, a eu une vie des plus déchirantes, violentes (des viols à répétition et un déshonneur), mais aussi révoltantes. Cette femme, qui malgré toutes les horreurs vécues, décide de donner une voix aux opprimés, se présente aux élections et se trouve en lice pour le prix Nobel de la paix. J’ai terminé cette planche le cœur en miettes d’apprendre que cette femme plus que résiliente a été tuée, à l’âge de 38 ans.

Culottées, c’est un livre coloré, magnifique, avec des illustrations toujours aussi jolies de Pénélope Bagieu. C’est aussi un discours féministe fort qui questionne et dénonce une société qui met de l’avant beaucoup plus les hommes que les femmes, et ce, dans tant de domaines : musique, science, littérature, politique et j’en passe. Nombreuses sont les femmes absentes de nos cours d’histoire qui ont révolutionné à leur façon leur époque et leur domaine. Je vous conseille vraiment cette lecture, non seulement parce que ça se lit très facilement, mais surtout parce que le propos est indispensable et dénonce une inégalité qui perdure dans le temps.

Des femmes oubliées, il y en a trop-plein. Heureusement que Pénélope Bagieu nous offre avec sa série Culottées, ces portraits inspirants et nécessaires pour ne plus les tenir dans le silence et le noir. J’espère vraiment que l’auteure nous prépare un tome trois parce que, malheureusement, des femmes culottées oubliées, qui ne font que ce qu’elles veulent, il en reste des milliers à découvrir.

Avez-vous lu le tome 1 ou 2 de Culottées? Quels portraits vous ont le plus interpellé?