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S’il ne fallait en lire qu’un

À l’époque, on disait d’une terre boisée, acquise par les colons français arrivés en Nouvelle-France, qu’elle était de bois debout. Que la forêt était son constituant premier, et que le travail qu’on devrait faire pour défricher la terre et construire sa maison serait gigantesque.

Le père d’Alexandre, protagoniste principal du dernier ouvrage de Jean-François Caron, De bois debout, publié aux éditions de La Peuplade, est de ces hommes qui n’ont pas peur de suer sang et eau pour mener à terme un projet. Il ne craint pas les heures passées à s’arracher la peau des doigts, à se briser le dos pour accomplir la besogne quotidienne. Le père d’Alexandre est un homme de peu de mots, un amateur de silence, un homme qui, toutefois, s’il ne parle pas souvent, ne le fait jamais sans y avoir réfléchi longuement. Un homme qui n’aime pas les livres qui éloignent, dit-il, de la vraie vie.

Et c’est sur la mort de cet homme que s’ouvre De bois debout. Tué à bout portant par un policier, devant son seul enfant.

Pour Alexandre, encore tout jeune, à peine entré dans le monde adulte, il n’y a qu’un refuge possible, la forêt. C’est également là qu’il ira à la rencontre de Tison, le premier habitant qu’il pourra trouver, après avoir fui les lieux de la tragédie. Tison, l’homme au visage terrible et au passé trouble, accueillera Alexandre. Lourds de leurs expériences passées, les deux hommes apprendront à se plonger dans leurs souvenirs et à les partager. Au cœur de la forêt, ils resteront, pour un temps, entourés de livres, ces objets qui, seuls, réussissent à les sauver.

S’il ne faut en lire qu’un

S’il ne fallait en lire qu’un, ce serait celui-là. C’est ce que je me suis dit en refermant De bois debout, les yeux dans l’eau, l’esprit sourd à ce qui m’entourait. Je me suis extirpée de cette forêt envoûtante, de cette cabane de bois abandonnée en me le répétant. S’il ne fallait qu’en lire un. Si l’on cherchait à lire un roman qui parle de mort et d’amour, de livres et de la vie. Si l’on souhaitait respirer l’odeur du bois, de la terre humide, de la rivière qui se déchaîne. Si l’on voulait ressentir les maisons qui brûlent, le papier des livres sous nos doigts et les grandes douleurs qu’on ne dit pas. Si l’on voulait découvrir un ouvrage qui met en place un monde si puissant, si bien mené, si habilement décrit et habité qu’il peine à nous quitter. S’il ne fallait en lire qu’un, ce serait celui-là.

De bois debout est un roman qui hante longtemps, qui habite le lecteur pour sa grande beauté, mais aussi pour sa franchise au sujet de la laideur qui traverse nos existences. L’auteur met en place une prose poignante et envoûtante, des réflexions qui coupent le souffle, qui brisent la gorge. Un parler de l’avant, ou de l’ailleurs, un parler brut, que l’on extirpe de la terre, encore sale et boueux, mais dans lequel on arrive à déceler une poésie tout à fait unique. À la fois dur et magnifique, l’écrit de Jean-François Caron rend hommage à la vie qui s’agite dans toute sa vérité et sa fragilité.

De bois debout restera parmi ces œuvres d’exception qui posent de réelles questions sur la place de la littérature, sur la cohabitation entre les œuvres littéraires et la vie. Sur l’impact qu’elles ont les uns sur les autres. Sur comment les livres peuvent nous éloigner, peut-être, de celle-ci.

Et l’on se demande.

Perdu au cœur des bois, à cœur de jours et d’efforts brisés, au centre du travail des mains, quand la vie s’affole et nous blesse, les mots ont-ils encore un sens?

 

Le fil rouge remercie les éditions La Peuplade pour le service de presse.

#bibliothérapie : les lectures salvatrices des abonné.e.s instagram (partie 2)

Les hashtags concernant les livres et la lecture gagnent en popularité sur instagram : #lefilrougelit, #littqc, #lecturedumoment, #liretv, #instalecture, #bookstagram, #bookish, etc. Une communauté de lectrices et de lecteurs est bien présente afin d’y partager ses coups de cœur littéraires ou simplement afficher ses lectures pour en discuter avec d’autres amoureux des mots. À la mi-mars, j’ai fait un appel de textes sur instagram :

Je suis à la recherche d’utilisateurs instagram qui aimeraient participer à un article sur le blogue littéraire Le fil rouge. Le concept est simple : j’aimerais que vous nous parliez d’une lecture qui fut salvatrice pour vous à un certain moment de votre vie, ou qui vous a fait du bien, tout simplement.

Huit grands lecteurs se sont prêtés au jeu :

Érika Plante (@Rikalechat), 23 ans, Bachelière en études littéraires, étudiante au deuxième cycle en édition et cat lover Processed with VSCO

L’Ombre du Vent de Carlos Ruiz Zafón

J’ai grandi entre les livres, en me faisant des amis invisibles dans les pages qui tombaient en poussière et dont je porte encore l’odeur sur les mains.

L’Ombre du Vent m’est tombée dans les mains quand je devais avoir 15 ans. J’étais une habituée des livres fantaisistes : je visitais régulièrement la Terre du Milieu, Poudlard, Narnia… et l’univers créé par Carlos Ruiz Zafón était quelque chose de nouveau pour moi. Sous sa plume, Barcelone semble presque ne pas appartenir à notre monde, tant elle est imprégnée de mystère. En ouvrant ce livre, on se retrouve plongé dans un univers qui est à la fois réel et fictif. Je me suis beaucoup attachée aux personnages, parce que je pouvais me reconnaître en eux. Comme moi, ils vivaient dans un univers de livres. Le jeune personnage Daniel Sempere se fait introduire au Cimetière des Livres Oubliés par son père. Il doit y adopter un livre, le sauver. Tous les livres ont besoin de lecteurs pour survivre et ne pas tomber dans l’oubli…

Cette lecture a changé complètement la vision que j’avais de la littérature. J’ai compris à quel point les livres que j’avais lus et que j’allais lire avaient le pouvoir de me changer et de teinter ma réalité. J’ai commencé à réfléchir sur ce que je lisais et à voir des liens entre mes livres. L’image de la bibliothèque mystérieuse qui est peinte dans L’Ombre du Vent m’obsède encore aujourd’hui et c’est avec joie que je l’ai retrouvée dans l’écriture de Borges.

Je conseille à tous les lecteurs de lire ce roman. Il est plein de livres, de mystères, de personnages vrais et d’amour. Il m’a fait du bien et il a changé mon regard sur ce qui m’entoure et sur ce que je lis.

Cynthia Massé (@Cyntichat), 23 ans, étudiante à la maîtrise en littérature, profil recherche-création (UdeM) Cynthia Massé

Folle : Ce roman m’a sauvée parce qu’il m’a fait tomber en amour avec l’écriture de l’intime. Parce qu’après l’avoir terminé, je me suis enfin donné le droit de créer. On m’avait toujours dit que les femmes qui racontent leur propre histoire en dehors de leur journal intime se font taper sur les doigts. On m’avait toujours dit d’éviter ce genre d’affront. On m’avait parlé de l’obligation d’être drôle, surtout. J’ai écouté pendant longtemps parce que je ne voulais surtout pas entretenir le stéréotype de la femme larmoyante qui a un besoin vital de partager ses émotions. Je gribouillais des histoires d’amour à garder pour soi, mes traumatismes personnels relayés au tiroir. Puis, il y a eu Nelly qui a frappé fort avec son deuxième roman (que j’ai étrangement découvert avant le premier). Il y a eu Nelly pour me montrer la force d’un vécu et la forme que cela peut prendre. Avec elle, j’ai enfin compris le sens du mot « happée », et je n’en serai plus jamais la même. 

Valérie Rioux (@valerioue), 27 ans, bibliothécaire professionnelle Valérie Rioux

The WORN Archive: A Fashion Journal about the Art, Ideas and History of What We Wear, Drawn & Quaterly, 2014

Je me suis offert cette anthologie sans n’avoir jamais lu une seule édition de ce magazine né à Montréal et publié entre 2004 et 2014. Passionnée depuis longtemps par la notion d’archives comme témoignage, j’ai tout de suite été intriguée par ce livre. The WORN Archive s’intéresse à la mode comme phénomène culturel et la décortique sur les plans historiques, philosophiques et politiques, tout en laissant une place importante aux discussions sur l’expression de genre et la diversité corporelle. Il ne nie pas la relation que la mode entretient avec la consommation, mais apporte des nuances qui se rattachent aux expériences des individus avant tout.

« Fashion is WORN » écrit-on d’ailleurs, dans les premières pages.

La signature visuelle du livre est magnifique. Mon exemplaire, par contre, est élimé et porte les cicatrices du séjour prolongé à l’hôpital que j’ai dû subir il y a quelques années. En y repensant, il m’apparaît particulièrement singulier que j’aie lu un ouvrage sur la mode comme outil de résistance alors que je livrais quotidiennement mon corps aux soins d’inconnus.

The WORN Archive appartient à la catégorie de ces lectures rares qui sont aussi intelligentes qu’elles font du bien et occupera toujours une place spéciale dans ma bibliothèque.

Joelle Rivard (@joelanriv), 30 ans, machiniste dans un atelier d’usinage Joelle Rivard

Noël 2001. Je venais de survivre au pire automne de ma vie. Je transitais prématurément vers l’âge adulte. Je commençais à comprendre les discussions des grandes personnes et ça m’écœurait. Je cherchais une issue de secours. Je devais la trouver au plus vite.

Ce Noël-là, j’étais loin de chez moi. Loin des Noëls de mon enfance. Mon oncle a proposé d’aller voir le film. C’est au cinéma de Lévis que j’ai fait ma première incursion en Terre du Milieu.

Les trois mois qui ont suivi, j’ai lu les quelque mille quatre cents pages du Seigneur des Anneaux. Je lisais pour fuir le monde réel, pour l’oublier. Mais un parallèle s’est imposé à mon esprit. La trilogie parle de quitter son nid et d’acquérir de l’expérience. Frodon avance vers les terres sombres du Mordor, comme chacun doit avancer dans la vie, car c’est la seule chose à faire.

Au fil de ma lecture, j’acceptais mieux les changements qui s’imposaient dans mon quotidien. Voilà pourquoi l’œuvre de Tolkien détient une place spéciale dans mon cœur. J’ai trouvé refuge en Terre du Milieu, mais j’y ai aussi appris à affronter la vraie vie.

 

 

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Mon fol amour de Dominique Demers ou comment se retrouver à vivre des mésaventures en suivant les élans de son coeur

Dominique Demers est mon auteure presque-préférée. « Presque », parce que j’ai plusieurs auteur.e,s préféré.e.s et que je ne pourrais jamais choisir vraiment celui ou celle que je préfère. C’est toujours la même chose à chaque fois qu’on me pose la question: « Mais tsé, genre, l’auteur.e préféré.e de tes préférés, c’est qui?» (Soupir!) En bref, en tant qu’auteure presque-préférée, Dominique Demers se trouve sur mon top dix des voix qui ont marqué mon imaginaire littéraire et a une place privilégiée sur la liste de ceux et celles qui ont participé à nourrir mon amour pour la lecture depuis que je suis petite. Grande auteure prolifique à l’oeuvre incommensurable, je suis également envieuse de la façon dont elle a réussi à se tailler une place comme auteure québécoise, l’écriture ayant toujours été, comme c’est le cas pour moi, fondamentale dans sa vie.

Son petit dernier, Mon fol amour, est un roman pour adultes à forte saveur autobiographique qui raconte l’histoire de Dominique (elle-même), une femme fonceuse et indépendante qui, suite à l’achat impulsif d’un chalet pour lequel elle a un coup de coeur, s’engage de mésaventures en mésaventures dans des projets de rénovation et de bricolage complètement abracadabrants. Ce chalet, qu’elle aménage pour être son lieu d’écriture, sera également le théâtre dans lequel elle tentera de reconstruire son coeur usé et malmené par le temps, en tentant la chance par des rencontres sportives et amoureuses par internet. Rempli d’humour, d’autodérision et de légèreté, le roman nous propose de suivre les hauts et les bas de l’auteure au fil de ses coups de coeurs et aventures, amoureuses et immobilières.

Au terme des 379 pages de Mon fol amour, je crois que je peux dire que j’ai aimé, du moins pas détesté, le dernier roman de mon auteure presque-préférée (même si les 50 dernières pages m’ont semblé un peu longuettes). Au fil de l’histoire, j’ai fini par m’attacher aux personnages et ai trouvé un petit quelque chose dans l’écriture qui m’a divertie, peut-être dans les mots de la nature, dans le paisible du lac qu’elle décrit, dans l’amour dont ce livre est plein, bref dans des petites choses qui m’ont fait poursuivre ma lecture jusqu’au bout, alors que, je l’avoue, c’était quand même mal commencé.

Dès les premières pages, j’ai été agacée. D’abord par la légèreté du ton, par les phrases parfois banales ou parfois clichées, par le propos léger, mais aussi par l’histoire un peu quétaine que présente l’auteure en se mettant elle-même en scène. L’ouverture du livre est tirée par les cheveux, le rôle donné au chien Timothée m’a fait plus d’une fois lever les yeux au ciel, les dialogues me paraissaient peu crédibles et, surtout, je n’y croyais pas. Pantoute.

Plus qu’agacée, j’ai rapidement été un peu fâchée. Fâchée que mon auteure presque-préférée me donne à lire quelque chose qui n’avait rien à voir avec l’histoire tellement extraordinaire, poétique, essoufflante, magique, voire parfaite de Maybel dans Là où la mer commence. Fâchée que celle qui m’avait fait pleurer et rire avec Marie-Tempête, chavirer avec Ta voix dans la nuit, explorer mon imaginaire tant de fois avec Mademoiselle Charlotte, celle que j’avais relue et relue parce qu’elle arrivait à mettre en mots de manière si juste les sentiments que j’avais ressentis adolescente, se permette d’écrire comme ça. J’avais beaucoup d’attentes, me diriez-vous. Et bien oui. Dominique Demers a participé à faire de moi une lectrice exigeante, m’a habituée à une écriture complexe et je n’attendais pas moins d’elle qu’elle soit à la hauteur de mes attentes littéraires.

Mais attendez, le dernier roman de Dominique Demers n’a pas que des défauts. On y retrouve la femme forte et déterminée qu’il y avait dans Chronique d’un cancer ordinaire, celle qui n’en fait qu’à sa tête et qui, surtout, n’écoute que son coeur et surtout pas les conseils des autres quand vient le temps de prendre une décision. Une femme de coeur, de coups de coeur même, qui est inspirante par sa façon d’aborder la vie, vient nous rejoindre et nous donne envie, nous aussi, de tout lâcher pour aller vivre en forêt et respirer les arbres, les montagnes, faire des rencontres étonnantes, croire en l’amour… Tout cela est une force du roman, mais malgré tout, l’obstination de Dominique est telle qu’elle en devient parfois agaçante, surtout lorsqu’il est question des nombreux et nombreux problèmes qui surgissent dans son chalet, pour lequel elle est tombée amoureuse sans conditions, mais surtout, rappelons-le, qu’elle a acheté sur un coup de tête, sans écouter personne et sans s’occuper de faire la moindre inspection. Elle tarde même à lire les rapports qu’on lui fait par la suite, en rejetant un peu du revers de la main les gens qui veulent lui venir en aide. Ainsi, lorsque, au long de l’histoire, l’auteure récolte les fruits de ses désirs obstinés, on a plutôt envie de lui dire: Ben là, tu l’avais un peu cherché, quand même!

Ensuite, je dois dire que la plus grande beauté de l’écriture de Dominique Demers est sûrement cette si grande adéquation des mots avec cet imaginaire de la nature qui peuple ses phrases et qui nous donne envie de quitter la ville pour un chalet dans le bois. J’irais même jusqu’à dire que Dominique Demers porte la nature en elle, et qu’elle nous amène à l’aimer de tout notre coeur, nous aussi. Cependant, si cette force a fait de quelques uns de ses romans antérieurs des pures merveilles avec un style travaillé jusqu’à produire une évocation parfaite et dosée, le ton léger, exagéré, voire quétaine ne produit pas ici le résultat espéré et laisse trop souvent voir une écriture que je qualifierais plutôt de « facile », avec une façon d’écrire qui me laisse, et c’est dommage, de glace.

L’histoire principale du roman tourne autour de ce fameux chalet, mais on retrouve, en parallèle, une farandole de rencontres amoureuses qui se succèdent, la plupart non concluantes, mais surtout humoristiques. C’est que si Dominique est indépendante, n’a pas besoin d’hommes et se contente très bien de la compagnie de son petit « chien deux kilos » comme compagnon de vie, elle ne dirait pas non à goûter de nouveau à l’amour. C’est donc par l’intermédiaire du site « rencontresportive.com. » qu’elle explore le potentiel amoureux des hommes de la région. Si c’est divertissant au début, cela devient quand même un peu lassant, à la longue. Car la ribambelle d’hommes qui conviennent aux « critères » de Dominique sur le web et qui en viennent à dépasser l’étape du téléphone et de l’échange de courriel, se révèlent tous inadéquats dans la réalité, devenant assez caricaturaux des rencontres sur les sites de ce genre. Et ces hommes ne sont pas les seuls, d’autres personnages sont également présentés comme extrêmement caricaturaux, que ce soit les voisins casses-pieds qui finissent par se montrer aimables, les nombreux architectes-mécaniciens-etc. qui l’aident sur sa maison ou quelques uns de ses amis qui lui prodiguent des conseils…

Et si le texte semble être soulevé par un ton enjoué et féroce de l’auteure qui croque dans la vie à pleines dents, je n’ai pas pu m’empêcher de lever les yeux au ciel à quelques moments de l’histoire quand j’ai trouvé que c’était un peu « too much », par exemple la façon dont elle trouve son merveilleux-chalet (un hasard tellement hasardeux qui arrive miraculeusement dans les deux premières pages, alors que « rien ne le laissait prévoir »), les moments où l’auteure donne à son chien des caractéristiques un peu trop poussées (il « sentirait les choses » et aiderait Dominique dans certaines prises de décision) ou certains élans poétiques qui, malheureusement, ne sont pas venus me chercher, pas une miette. Plusieurs épisodes dramatiques ponctuent également le récit, mais ceux-ci étant circonscrits dans quelques pages sans qu’on en reparle trop plus tard, je les ai trouvé quand même légers et fades.

Il y a peut-être dans l’écriture pour les adultes de Dominique Demers un quelque chose qui ne m’atteint pas autant que son écriture pour les adolescents (j’étais malheureusement venue à bout avec peine et misère de son roman précédent, lui aussi pour adultes). Pourtant, Mon fol amour n’est pas dépourvu de tendresse, de joie, de beauté. Je dirais même que plusieurs personnes risquent probablement d’adorer ce récit léger et comique, traversé d’aventures rocambolesques de la vie et d’amours parodiques. Car malgré tout, et c’est ce que j’ai ressenti une fois le roman terminé, on se laisse finalement bercer facilement par cette histoire qui nous emporte au-delà de nos vies stressées, dans un nid douillet construit au coeur d’une nature apaisante. Face à sa carrière longuissime et aux différentes épreuves que la vie lui a réservées, peut-être cette grande auteure avait-elle aussi besoin d’un roman qui respirait la vitalité, la légèreté et la nature estivale à plein nez.

Le fil rouge aimerait remercier les éditions Québec Amérique pour le service de presse.

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Le rouge vif de la rhubarbe: la détermination d’une adolescente islandaise

Lorsque je voyage, j’aime beaucoup lire des auteur.e.s du pays de la destination en question. J’ai l’impression de baigner dans leur culture, de me mettre au diapason du peuple qui m’accueillera sur son territoire, de m’imprégner des lieux que je visiterai. Récemment, j’ai voyagé en Allemagne et j’avais lu Une femme à Berlin, en plus de voir la pièce de théâtre. Quand je suis partie en Islande l’an dernier, j’ai lu un roman policier d’Arnuldur Indridasson et Rosa Candida d’Auður Ava Ólafsdóttir, que j’avais beaucoup aimé. C’est donc avec enthousiasme que j’ai appris que cette dernière visiterait Montréal en mars!

Fidèle à mon habitude, je n’ai pas réservé de place suffisamment d’avance pour l’entendre parler de son travail d’écrivaine, mais aussi, j’imagine, de sa belle Islande. Quelle déception! Je suis toutefois mitigée quant à son rapport au féminisme, elle qui donne une grande place aux personnages masculins et à la valorisation de la paternité dans certains de ses romans, comme Rosa Candida… Et son prochain roman s’annonce comme un questionnement sur la virilité. Elle affirme d’ailleurs, dans une entrevue accordée à La Presse, que

« [l]’image de l’homme que reflètent les médias, la publicité et les films est unilatérale. Ça peut être difficile de s’y identifier. Avec Rosa candida, j’ai voulu montrer qu’il y a d’autres types d’hommes. »

Pourtant, son écriture me touche particulièrement; elle a quelque chose de singulier qui a à voir avec l’Islande, à mon humble avis. Des romans qui inspirent de grands espaces, qui font respirer, qui sont zen, on dirait! Ils portent également un humour tout particulier, que nous ne reconnaissons pas vraiment chez d’autres scandinaves, voire d’autres européens. Son écriture originale, ses personnages un peu loufoques et les familles spéciales qu’elle met en scène dans ses histoires me permettent donc de faire fi de quelques désaccords politiques.

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Une soirée cocooning, pendant laquelle j’ai dévoré le roman d’Olafsdottir!

 

Ce rendez-vous manqué du mois de mars ne m’a pas empêchée de plonger dans son dernier roman, Le rouge vif de la rhubarbe. La narratrice, Àgustina, est une jeune adolescente à qui il manque les deux jambes. Or, cela ne l’empêche pas de vouloir grimper « la Montagne » et d’avoir beaucoup d’autres ambitions dans la vie.

Elle est élevée par sa grand-mère, Nìna, également une femme colorée : elle organise des soirées de couture et cuisine beaucoup de plats qui sentent bon, juste à les lire. En effet, sa mère est elle aussi partie étudier les oiseaux dans un pays où il fait chaud alors qu’Àgustina était toute jeune, mais elles échangent des lettres depuis sa tendre enfance, correspondances poétiques qui ponctuent le roman.

Mais pourquoi la rhubarbe? Je n’en avais pas pris conscience lors de mon voyage, mais apparemment, les champs de rhubarbe abondent en Islande et Olafsdottir a choisi de les mettre en valeur. Àgustina a une vue sur celui dans lequel elle aurait été conçue par sa mère et son père, absent depuis la naissance.

« Personne ne soupçonnerait qu’elle soit là, à la recherche de son origine, creusant pour trouver ses racines dans les ténèbres de la forêt de rhubarbe. » (p. 18)

Le roman est bourré de phrases absolument magnifiques. Les descriptions poétiques côtoient les phrases philosophiques, qui, bien souvent, reflètent la personnalité d’Àgustina. Celle-ci est d’ailleurs un modèle de résilience et de détermination: armée de ses béquilles, elle souhaite gravir les 840 mètres qui la séparent du sommet de la Montagne, sans oublier qu’elle chante dans un groupe de rock et aide sa grand-mère à faire du boudin de mouton. L’adolescente, forte de caractère, est un personnage vraiment intéressant, qui, je le pense, pourrait inspirer d’autres jeunes femmes à ne pas se laisser abattre par leur handicap.

« C’est sage d’économiser les mots. Beaucoup gagneraient à fermer leurs oreilles aux bavardages pour mieux se servir de leurs yeux » (p. 27)

dit Nìna, alors qu’Àgustina lui explique qu’elle ne trouve souvent pas les mots qui vont avec les images qui se trouvent dans sa tête. Cet extrait incarne pour moi l’écriture d’Auður Ava Ólafsdóttir: des mots simples, mais qui, loin d’être banals, créent des images qui évoquent toute la beauté de l’Islande, et la force de celles et ceux qui y habitent.

Et vous, lisez-vous des romans des pays où vous partez en voyage?

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Une année noire dans l’est de Montréal

La lecture est au cœur de ma vie depuis toujours. J’ai parfois l’impression que je lisais avant de savoir lire. Lire m’apporte beaucoup de choses intangibles que je peux difficilement décrire. Cela me permet entre autres de passer à travers les différentes épreuves de la vie un peu plus facilement.

Mais la lecture peut aussi me faire mal. Surtout lorsque j’arrive à la fin d’un livre qui m’a habitée pendant plusieurs jours. J’arrive même à regretter d’avoir commencé à lire ce bouquin tellement je ressens un vide soudain. Un peu comme si on me forçait à sortir dehors, dans le vent glacial, en plein party, et qu’on me fermait la porte au nez violemment alors que tous mes amis continuaient à s’amuser à l’intérieur. Je voudrais n’être jamais venue. Alors que je me suis attachée à tous ces personnages, que j’ai appris à les connaître, à croire que toutes ces péripéties leur arrivaient, à m’imaginer leur univers aussi clairement que si j’y vivais, ils partent tous d’un coup et me laissent dans ma froide solitude.

Le pire c’est qu’en ouvrant pour la première fois Les Inquiétudes, le 1er tome du nouveau roman L’année noire de Jean-Simon DesRochers, je savais bien dans quoi je m’embarquais. J’avais beaucoup trop aimé La canicule des pauvres et j’étais trop contente de recevoir son nouveau livre avant sa sortie, directement dans ma boîte aux lettres. Je savais que j’allais aimer son nouveau livre; j’en avais l’intuition. J’allais forcément souffrir en arrivant à la fin, car j’allais finir de lire le roman trop rapidement et être abandonnée par les personnages sans préavis.

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L’année noire ne ressemble pas à La canicule des pauvres même si on retrouve quelques mêmes personnages, plusieurs années plus tard. L’intrigue se passe cette fois-ci dans l’Est de Montréal. Cet autre décor apporte un ton beaucoup plus noir. Les personnages sont tristes. Leur vie est grise et monotone. Et surtout, l’histoire principale est tragique. Parti faire un tour de vélo dans son quartier, Xavier, huit ans, n’est pas rentré souper. L’hypothèse de la fugue est rapidement écartée, le petit garçon s’est fait kidnapper. Commence alors une année noire pour ses parents, Diane et Alexandre, mais aussi pour l’ensemble du quartier. Pendant six mois, on suit la vie d’une vingtaine de personnes habitant le même coin et la noirceur s’étend sur la vie de tous ces gens.

Dans la chronique que j’avais faite pour La canicule des pauvres, j’avais déjà fait une référence à Bret Easton Ellis. La comparaison pour Les inquiétudes est encore plus flagrante. Non seulement les scènes de sexe sont très crues, mais en plus, la violence est très visuelle et détaillée comme dans American Psycho. Je préfère prévenir pour les gens qui sont facilement choqués : ce roman n’est vraiment pas pour vous. Certaines scènes sont très traumatisantes, car on y parle de sévices subis par des enfants. Jean-Simon DesRochers ne cache pas la part très obscure de l’être humain. Ces histoires terribles de pédophiles, on préfère parfois se fermer les yeux et ne pas les imaginer. Ici, pas le choix d’être au courant, l’auteur nous décrit tout sans retenue.

Mis à part ces scènes un peu trop brutales pour moi, le livre ne m’a pas déçue. Il nous immerge complètement dans la tête de ces hommes et femmes ordinaires qui tentent jour après jour de ne pas sombrer. Comme le tout se déroule à Montréal, à quelques pas de chez moi, et que la plume de l’auteur est encore une fois si vive et réelle, je n’ai pu que m’attacher, comme si j’étais moi-même une voisine qui observait le tout de ma fenêtre.

J’ai essayé de le lire doucement. Me forcer à ne lire qu’un chapitre par jour. Rien à faire. J’étais incapable d’arrêter de le dévorer.  Alors forcément, le moment fatidique est arrivé : la dernière page.

Heureusement, ce n’est que le tome 1. Le tome 2 arrive à l’automne 2017. Le printemps et l’été sont mieux d’être plaisants pour me faire patienter!

Et vous, pour quel livre avez-vous eu le plus de tristesse en arrivant au mot Fin?

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Le fil rouge tient à remercier les éditions Les Herbes rouges pour le service de presse.

Mettre un terme à la Bête

Je l’ai enfin entre mes mains, Abattre la Bête le p’tit dernier de David Goudreault! Quelle surprise quand Martine et Marjorie m’annonçaient qu’elles me le réservaient! C’est qu’il faut savoir que ma réputation est faite. Tout mon entourage connaît mon amour pour le travail de l’auteur, slameur, poète, travailleur social : David Goudreault. Cet homme m’impressionne par le pouvoir de sa plume qui me percute chaque fois. Il a le talent de me choquer, de me déranger, de me faire haïr au plus profond de mon être de féministe son personnage qu’est la Bête. Ce qui est surprenant, c’est que l’auteur réussit à rendre son personnage misérable dans un paragraphe et à faire en sorte dans le suivant que j’ai envie de le prendre dans mes bras pour le réconforter.

C’est après La Bête à sa mère et La Bête et sa cage que j’ai retrouvé la Bête dans ce dernier et troisième tome tant attendu et qui a comblé mes attentes. La Bête est un personnage méprisable, et il le reste. On le retrouve cinq ans plus tard, évadé de Pinel, l’hôpital psychiatrique. On y retrouve une Bête pas tellement changée, malgré ses cinq ans entourés de « fous » et d’intervenants psychiatriques. Ses idéaux et concepts restent les mêmes, très douteux. Il est resté toujours aussi égocentrique, malsain et imbu de lui-même. Il a cependant une chose que ses années en prison et dans les systèmes gouvernementaux lui ont apportée : la débrouillardise. Je ne peux pas le nier, malgré que je trouve ses idées complètement connes, on y retrouve une certaine intelligence, car il réussit toujours à se débrouiller.

La Bête, une fois en liberté dans les rues de Montréal, doit se cacher. Il le sait, c’est documenté, il est recherché. C’est pourquoi il décide de modifier son apparence physique en devenant un punk. Quel étrange mélange, un pseudo « rappeur » déguisé en punk qui sera bien évidemment accompagné d’un chihuahua. Dans ces rues, il trouvera du réconfort dans les bras de Bébette, une jeune anarchiste punk dont il se persuadera qu’elle est amoureuse de lui (parce qu’il pense être un Don Juan). C’est par contre dans les bras de celle-ci que j’ai pu faire la rencontre d’une Bête sensible et qui commence à faiblir. Son impulsivité se fait encore plus sentir, parce qu’il sent sa fin, il sait que son histoire est bientôt terminée. Il se liera également « d’amitié » avec une vieille pute et ensemble ils tenteront de retrouver sa mère.

Goudreault a le pouvoir de faire rire les gens. Il a le talent de traiter de sujets importants avec humour et ridicule et c’est pourquoi j’admire son écriture. Il réussit chaque fois à me faire vivre diverses émotions et ses livres me font du bien.

C’est donc avec regret que je dis au revoir à la Bête. Heureusement, tout est documenté.

Connaissez-vous des personnages tellement détestables que vous commencez à les aimer?

*

J’ai eu la chance de poser quelques questions à David Goudreault.

1. Comment vous sentez-vous de dire « au revoir » à la Bête? Est-ce que cela se vit comme un deuil? Oui, il y aura un deuil à faire. On s’attache à cette petite bête-là. Je devrai surtout vivre sans la possibilité d’utiliser sa voix pour dire certaines énormités. C’était thérapeutique.

2. D’où vous est venue votre inspiration pour créer ce personnage autant haïssable qu’attachant? C’est de la fiction, rien d’autobiographique, ou presque. C’est inspiré de ce que j’ai vu et vécu professionnellement, en tant que travailleur social.

3. Je vis un sentiment d’amour/haine avec la Bête, mais, vous, quel est votre lien avec votre personnage? Que de l’amour! Et de la compassion. Les individus de ce genre m’exaspèrent dans la réalité, mais en littérature, j’adore!

4. Pourquoi la Bête n’a-t-elle pas de nom? Elle en a un, il faut lire la trilogie jusqu’aux dernières pages pour le découvrir.

5. Pourquoi n’en avoir fait que trois tomes? C’est déjà beaucoup! Et je veux explorer d’autres univers, poursuivre mon exploration avec d’autres personnages. Même si ces romans connaissent un grand succès, je veux passer à autre chose.

6. Je considère vos romans comme une critique de divers systèmes gouvernementaux (la DPJ, la prison et maintenant les hôpitaux psychiatriques). Ai-je raison de le croire? Et si oui, pourquoi est-ce important pour vous de critiquer ses systèmes à travers vos romans et recueils de poésie? Vous avez absolument raison. Je considère ces livres comme des romans engagés. La dénonciation par l’absurde, par l’exemple extrême, me paraît plus efficace qu’une campagne de sensibilisation.

7. Pouvons-nous nous attendre à d’autres romans de votre part? Tellement! J’y travaille déjà.

8. Qu’est-ce que vous a apporté l’écriture? Rien, c’est l’écriture qui m’a beaucoup apporté. On n’invente rien, on redit à notre manière. Tous les écrivains sont de grands voleurs, que ce soit conscient ou pas. On s’imprègne du quotidien, de la vie de nos proches, de nos jobs, et on le met à l’écrit. Simple et complexe à la fois, comme la vie.

9. Comment se déroule votre processus d’écriture? Beaucoup de notes préparatoires, un long plan détaillé par chapitres et des centaines d’heures d’écriture, le matin de préférence.

10. Est-ce difficile de passer de la poésie au roman? J’ai des phases d’écriture dans un genre ou l’autre. Des chroniques pour les journaux se sont ajoutées cette année, pour ajouter à la tâche. Je donne l’impression de faire plein de choses différentes, mais c’est toujours le même geste : écrire!

11. Comment décrivez-vous votre style d’écriture? Imagé et généreux. Je suis encore impressionné que des lecteurs acceptent de se pencher sur mes livres pendant plusieurs heures. J’en suis reconnaissant et j’essaie de leur offrir le meilleur livre possible.

12. Quel est votre roman préféré? La vie devant soi, de Romain Gary

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Je tiens à remercier la maison d’édition Stanké de m’avoir permis de lire le tout dernier Goudreault!

#bibliothérapie : les lectures salvatrices des abonné.e.s instagram (partie 1)

Les hashtags concernant les livres et la lecture gagnent en popularité sur instagram : #lefilrougelit, #littqc, #lecturedumoment, #liretv, #instalecture, #bookstagram, #bookish, etc. Une communauté de lectrices et de lecteurs est bien présente afin d’y partager ses coups de cœur littéraires ou simplement afficher ses lectures pour en discuter avec d’autres amoureux des mots. À la mi-mars, j’ai fait un appel de textes sur instagram :

Je suis à la recherche d’utilisateurs instagram qui aimeraient participer à un article sur le blogue littéraire Le fil rouge. Le concept est simple : j’aimerais que vous nous parliez d’une lecture qui fut salvatrice pour vous à un certain moment de votre vie, ou qui vous a fait du bien, tout simplement.

Huit grands lecteurs se sont prêtés au jeu :

Delphine Larose (@delphiii22), 26 ans, Muséologue Delphine Larose

À l’aube de mes 21 ans, j’ai décidé de partir pour la première fois de ma vie seule en voyage, à l’autre bout de l’océan. Je me suis donc envolée vers la Grande-Bretagne, où j’allais passer trois semaines à visiter les musées et m’imprégner de la culture anglaise. Les premiers jours ont été particulièrement difficiles; en plus du décalage horaire, je vivais un genre de peine d’amour et la fuite vers l’Angleterre ne m’aidait pas nécessairement à m’en remettre. Dans ma valise, j’avais amené L’amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder, que mon amie m’avait prêté juste avant mon départ. J’ai passé au travers du roman en moins de quelques heures, n’étant pas capable de déposer ma lecture. Beigbeder était la claque au visage que j’avais besoin pour continuer, pour passer un des plus beaux voyages de ma vie. Même encore, je n’ai jamais trouvé un livre qui m’a autant bouleversée que celui-ci. Il existe tellement de passages de « L’amour dure trois ans » que j’aurais aimé avoir écrit, et je me console en les relisant régulièrement, pour assimiler chaque mot, chaque syllabe, chaque marque de ponctuation. La poésie brutale et moderne de Beigbeder représente probablement ce côté inconnu de moi-même, bien enfoui quelque part au fond de mes tripes.

Amélie Lapierre (@atheroc), 26 ans, présentement en congé de maternité Amélie Lapierre

Il y a 6 ans, j’ai perdu mon père. Il avait le cancer. J’ai toujours été très proche de lui et nous avions beaucoup d’intérêts communs comme la pêche et la musique. Mais surtout la musique. Encore aujourd’hui, il y a une multitude de chansons qui représente des moments importants de ma vie. Récemment, j’ai lu le livre Un mixtape en héritage de Marie-Lyse Paquin. Ce court roman a été pour moi un genre de révélation. Le livre relate les moments importants d’une vie à travers des chansons. Même si le départ de mon père remonte déjà à un certain temps, la lecture de ce livre a mis un baume sur ma peine. Il m’a permis de me replonger dans mes souvenirs, les bons comme les mauvais, et pendant le temps qu’il en faut pour lire 136 pages, je me suis sentie près de mon père.

 

Jean-François Peereman dit Georges D. (@legeorgesd), 44 ans, fonctionnaire à tendance humoristeJean-François Peereman

« Le corps » de Stephen King dans Différentes saisons

J’ai découvert Stephen King par le biais d’un film : Stand By Me, de Rob Reiner. Intrigué par la citation au générique d’après la nouvelle de…, je me renseigne chez un libraire (eh oui, je vous parle d’un temps où Internet n’existait même pas) et me procure le recueil de nouvelles Différentes saisons. Quatre novellas constituent le livre avec, ce qui deviendra la marque de fabrique de King, des préfaces sur la conception desdites histoires. Une sorte de making of littéraire. Intéressant quand vous vous intéressez vous-même à l’écriture.

Cette lecture a été un choc. Je suis tombé amoureux du style Kingien. De son efficacité. De sa faculté à explorer la face sombre de la psyché humaine. J’ai dévoré l’œuvre du maître de l’horreur. Et je continue de le lire. Car je m’y retrouve. Je me sens proche de Carrie, des gamins dans ÇA, d’Annie Cunningham dans Christine. J’ai même fait deux travaux de fin d’études sur l’écrivain. Pour moi, Stephen King est l’équivalent d’un coup de foudre.

Une évidence.

Gaëlle Graton (@gaellegraton), 20 ans

J’aurais pu faire de n’importe quel essai féministe l’élu de mon cœur. En choisir un aurait été une tâche ingrate, voire incomplète. J’aurais tenté de mesurer la profondeur de la marque qu’ils ont singulièrement laissée sur ma vie, la liste aurait très peu maigri et ma culpabilité envers les écartés, elle, aurait grandi. Un tue-monde, je vous dis. Je salue et remercie alors celles qui ne sont pas demeurées engourdies par le bruit du gong de Kim qui attendait nos retours et qui sont gracieusement parvenues à faire le choix d’un essai.

Mon mea culpa terminé, je me suis rapidement rappelé l’importance du roman Le comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas lu en troisième secondaire. Réflexion faite, cette impressionnante brique littéraire aura eu le mérite de remplir ma jauge de confiance en moi plus qu’elle m’aura été une lecture jubilatoire. Je ne me reconnaissais dans aucun personnage – masculin –, mais je dois admettre que tenir ce classique entre mes doigts, laisser mes yeux filer sur ces mots inconnus fut en soi salutaire pour l’adolescente que j’étais : celle qui malgré toute sa bonne volonté s’avouait bien loin d’être performante dans ses cours de français.

Il y a deux ans, quelques semaines après que l’été ait cessé de jouer à cache-cache avec la neige, j’ai empoigné Le rayonnement des corps noirs né de nulle autre que Kim Doré. J’ai lu, relu et j’ai fondu avec les restants de scepticisme de ceux qui flânaient, avenue Mont-Royal, convaincus qu’une autre tempête tirerait la langue à l’asphalte. Cette véritable œuvre, entière et terrassante que je visite sans cesse, travaille ardemment sur mes émotions. Je ne compte plus les heures supplémentaires. La beauté des images minutieusement créées par la poète me bouleverse et me rappelle cet amour pour la littérature. C’est sans doute dans mon inaptitude à expliquer adéquatement l’importance de ce recueil que se campe toute sa puissance. Et je resterai toujours fascinée, admirative même vis-à-vis l’art de celles et ceux qui écrivent. Donner l’impression, devant une infinité de mots possibles, que ceux choisis semblent préférables tellement ils font oublier tous ceux qui ne figurent pas sur papier, mérite courbettes et révérences.

 

Nos suggestions de romans graphiques/bandes dessinées pour le mois de mai du défi #jelisunlivrequébécoisparmois

Lorsqu’il est question de bande dessinée ou de roman graphique, je suis complètement impulsive dans mes achats. J’attendais avec impatience ce mois où j’allais enfin pouvoir me permettre sans culpabiliser et m’acheter, encore une fois, une nouvelle bande dessinée! Ce défi est parfait pour découvrir de nouveaux-elles auteurs-es/illustrateurs-trices.

ÉVÉNEMENTS À NE PAS MANQUER : 

De plus, comme la vie est bien faite, le mois de mai est « le mois de la BD dans les bibliothèques de Montréal »! Vous trouverez aussi l’événement du Festival de la BD qui se déroulera au Parc La Fontaine la fin de semaine du 26 au 28 mai. Et le 6 mai, il y aura plusieurs librairies qui participeront au « Samedi de la BD : GRATUITE »! Il y aura la superbe librairie L’Euguélionne qui accueillera l’artiste D. et qui offrira la fameuse BD gratuite, dont cette même artiste fait la couverture!

Je vous invite à partager vos lectures sur le groupe Facebook de l’événement : Un livre québécois par mois.

Vous pouvez aussi voir les suggestions de bandes dessinées et de romans graphiques que nous vous proposions l’année dernière juste ICI, où l’on retrouve d’excellents choix.

Les suggestions et lectures des fileuses 

Ma lecture sera Vil et misérable de Samuel Cantin. Ça faisait un petit bout que je voulais découvrir cet auteur/illustrateur. C’est grâce à la booktubeuse MH, la lectrice que je suis sur Instagram que je l’ai fait. C’est lors du visionnement de sa vidéo et de son enthousiasme que je me suis dit que je me laisserais tenter par Cantin. Et qui sait, peut-être que tout comme elle je ne pourrai pas lire qu’un seul livre de cet auteur et que je lirai les autres par la suite!

La suggestion de Martine
« En mai, je lirai Journal de Julie Delporte. L’an dernier, j’avais découvert l’œuvre de cette bédéiste avec Je vois des antennes partout que j’avais beaucoup aimé. Journal est la première œuvre autobiographique de l’auteure. Dans celle-ci, elle y raconte une rupture amoureuse et toutes les questions qui découlent d’une peine de cœur. Comment y survivre et revenir soi-même? La thématique de la solitude semble aussi y être abordée. J’ai donc vraiment hâte de me plonger dans cette BD ce mois-ci. »

La suggestion de Marjorie

« Pour avril, je crois bien lire Apnée de Zviane. Je ne connais pas beaucoup son travail, mais j’ai souvent entendu parler de ce roman graphique et ça fait déjà un petit moment que j’avais le goût de le lire. »

La suggestion de Stéphanie

« Une belle découverte en cette touchante Roxane Desjardins avec son récit graphique qui m’a réellement séduite. Il s’agit de petites phrases encadrées, toutes simples, mais qui fessent. Ça parle de mort, d’amour de l’autre et de soi. Et en boni, on y trouve des clins d’œil à Desrosiers (Fourrons la mort), au grand Desjardins d’Abitibi et à Nelligan. »

D’autres suggestions de lectures

  • Hiver nucléaire de CAB : je l’ai rencontré au festival de la BD à Montréal l’année dernière grâce à mon amie bédéiste, D. Parfait pour les nostalgiques de l’hiver!
  • La chamade de Mélodie Vachon Boucher : juste pour la beauté de ses mots et de ses dessins qui nous touchent à tout coup. Ou encore Trois carrés de chocolat : une lecture qui fait mal et qui fait du bien à la fois.
  • La Petite Suceuse de D. : une bande dessinée parfaite pour les amoureux-ses des causes sociales, qui aiment le changement et les vampires.
  • Le duo Fanny Britt & Isabelle Arsenault vaut le détour. Louis parmi les spectres ou encore Jane, le renard et moi (qui est mon préféré).
  • Zoothérapie de Catherine Lepage : qui sait parfaitement mettre des images sur des mots qui peuvent parfois faire mal.

 

Et vous, que lirez-vous?

Ce qu’on a lu comme roman de la littérature migrante pendant le mois d’avril #Jelisunlivrequébécoisparmois

Le parcours migratoire de tous ces gens, familles, amoureux-ses, qui prennent la décision de partir et de quitter tous leurs repères pour changer de vie me fascine. C’est souvent dans ces romans écrits par des auteur-e-s immigrant-e-s que nous pouvons avoir accès à leur histoire et c’est ce que j’affectionne tout particulièrement.

Je vous invite à partager vos lectures sur notre groupe Facebook : Un livre québécois par mois.

Ma lecture :

Il y a deux ans, j’ai découvert Abla Farhoud grâce à ce même défi. Ma première lecture fut Toutes celles que j’étais et à la suite de ma lecture de Bonheur à la queue glissante, je peux faire le pont entre ses deux romans. Toutes celles que j’étais est l’histoire de la jeune Abla alors que Bonheur à la queue glissante semblerait être l’histoire de sa mère. Sa mère, Douina, cette femme courageuse, cette femme silencieuse qui a une histoire fascinante. Douina a six enfants, tous bien différents. Elle est maintenant grand-mère, chose qu’elle ne croyait pas possible. Et malgré le fait qu’elle ne parle pas parfaitement la langue de ses petits enfants qui parlent le français, elle est une grand-mère remarquable.

L’une de ses filles, Myriam, est auteure (hum, Abla?) et souhaite écrire l’histoire de sa mère. Elle tentera par tous les moyens de faire parler sa mère, cette femme si discrète, cette femme qui a fait le choix d’accepter le rôle qu’on lui imposait : être une mère soumise à son mari.

Si c’est le cas et que c’est réellement l’histoire de la mère d’Abla, je peux vous certifier que c’est une femme courageuse. Pas seulement parce qu’elle a dû faire plusieurs parcours migratoires ou parce qu’elle a dû faire face à des rôles qui lui étaient imposés, mais tout simplement parce qu’elle a une très grande capacité d’adaptation et un très grand cœur.

Je suis impatiente de me retrouver une nouvelle fois dans les aventures d’Abla avec son tout nouveau roman qui est sorti le 24 avril : Au grand soleil cachez vos filles. Je crois que nous allons la retrouver cette fois à leur retour au Liban.

C’est justement ce que j’aime le plus de ses romans, l’histoire de son parcours migratoire.

Hôzuki, Aki Shimazaki

La lecture de Martine :

C’est sans aucune attente que je me suis mise à lire Hôzuki de Aki Shimazaki. Cette douce lecture m’a bercée le temps d’une centaine de pages. On y découvre Mitsuko, une jeune mère qui tient une librairie d’occasion et qui travaille aussi dans un bar le vendredi soir. Cette dernière est la mère d’un petit garçon sourd, très adorable. Elle vit avec sa mère et ce trio semble vivre dans la plus parfaite des sérénités, et ce, malgré le passé noir autant de Mitsuko que celui de sa mère. C’est lorsqu’elle rencontra, dans sa boutique, une femme avec qui elle a beaucoup plus en commun qu’on le croit que sa vie sera mise à l’épreuve. Abordant avec délicatesse les thèmes du lien maternel et de l’amour parental, je suis vraiment tombée sous le charme de l’écriture simple, douce et sans fioritures d’Aki Shimazaki. En finissant ma lecture, j’ai découvert qu’il avait un premier tome à cette série, Azami. Or, je pense qu’on peut très bien les lire dans le désordre et tout saisir, du moins c’est l’impression que m’a donnée la lecture de Hôzuki. Je vais clairement me plonger davantage dans l’œuvre de cette auteure et vous la conseille sans aucun doute si vous avez envie d’une lecture rapide tout en tendresse et en lenteur.

La lecture de Marjorie: 

Au moment où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore fini le livre dont je vais parler. J’ai tout de même décidé d’écrire quelques lignes parce qu’il ne me reste que 60 pages et que je compte bien le finir. Pour avril, j’ai donc décidé de me lancer dans mon premier Laferrière : L’énigme du retour. Je ne pourrais dire si c’est semblable à ses autres romans, je n’ai pas de point de comparaison, pas plus que je ne sais si c’est un bon premier roman pour découvrir l’œuvre de cet auteur, mais bon. Je trouvais que, pour lire sous le thème de « littérature migrante », Dany Laferrière était un incontournable et j’ai bien l’impression que L’énigme du retour entre bien dans ces écrits de l’exil. L’auteur y raconte son retour en Haïti, après être parti à l’âge de 23 ans. Suivant le décès du père, exilé à New York, on y retrouve un personnage qui fait le point sur le pays qui l’a vu grandir, dans lequel il n’est plus vraiment « de la place ».

Bien que le mélange de poésie et de prose m’a prise par surprise au début, je ne cesse de corner les pages dans lesquelles se trouvent de beaux passages. Les réflexions, la forme et le récit sont touchants et tellement bien mis en mots. Je me surprends moi-même à être émue par de petits passages, d’une simplicité désarmante, mais si vrais et lourds de sens. Bref, ça me donne certainement le goût de me plonger dans l’œuvre de l’auteur et, premièrement, de finir ce roman.

Et vous, quelle a été votre lecture du mois d’avril?

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Atteindre les étoiles en pleurant un peu

Un bain poétique

Depuis quelques semaines, j’ai pris l’habitude de lire en prenant un bain (c’est une activité que je suggère fortement, quel bonheur que de vivre ce moment de lecture et de relaxation). Je tamise la luminosité dans la petite pièce en allumant une seule chandelle, elle suffit à éclairer les pages du livre que je tiens au-dessus de l’eau parfumée aux essences de menthe et d’eucalyptus, mes favorites. L’eau, très chaude, crée une légère brume au-dessus de mon corps qui n’est jamais entièrement submergé.

C’est là que j’ai commencé la lecture du recueil de poèmes Pleurer ne sauvera pas les étoiles de François Guerrette, paru aux Éditions Poètes de brousse en 2014. À haute voix, bien sûr. La poésie lorsqu’elle trouve une voix pour la prononcer est vivante, elle se délie sur la langue et se fait échos contre les murs bétonnés, elle les transperce. Elle flotte, elle fuit, elle danse.

J’ai emprunté le recueil à une amie, après qu’elle ait partagé avec moi un extrait qui se situe au début du recueil. Entre mes lèvres la nuit déborde, il fait noir comme à l’intérieur d’une école en feu. Je devais plonger, moi aussi, au cœur de l’univers de ce poète originaire de Rimouski. J’entendais qu’il y avait là une voix qui saurait me parler, une voix différente.

À voix haute

En lisant à voix haute, en entendant les mots sortir ainsi de leur caverne creuse et assombrie par la vaste solitude, cette voix, comme mon corps à moitié dans l’air ambiant, je prenais de longues pauses pour goûter les images et les souvenirs qui montaient, propulsés par les mots de mes émotions à ma tête. Qu’il n’est donc pas nécessaire de tout comprendre lorsqu’on lit de la poésie, comme lorsque l’on se retrouve face à une œuvre d’art. Il s’agit simplement de ressentir et de laisser monter ce qui vibre à l’intérieur de nous.

Ce recueil m’a touchée d’une telle manière que je suis rapidement passée chez le libraire pour m’en commander un exemplaire. Je préfère quand les livres m’appartiennent, ça me permet de m’exprimer à travers le texte. J’esquisse des cœurs à la mine de plomb, je trace des étoiles près de ce qui me semble important à retenir, je souligne, j’encadre et je m’exclame!

Il y a longtemps que je n’avais pas parcouru une poésie aussi belle.

Écrits intemporels

L’écriture de François Guerrette a cette puissance des poètes intemporels où les mots, les images dépassent les années et le simple quotidien. Son écriture nous projette aux racines mêmes du Monde et nous font frôler les étoiles, tout en traversant l’Histoire, celle qui nous crée.

Divisés par lettres, les chapitres nous parlent des femmes, des hommes, des enfants et de ce Monde que nous laissons derrière, de celui que nous construisons pour celles et ceux qui seront là demain.

La poésie rend certainement la vie plus riche, elle me semble capable de tisser des liens entre les âmes qui autrement, auraient tendance à s’évaporer dans le brouhaha des jours. La poésie fait resurgir un amalgame d’émotions et d’images en provenance des rêves, des souvenirs, des possibles…

J’ai toujours voulu voir le monde que les aveugles voient. Et raconter aux autres enfants les rêves que faisaient leurs ancêtres les yeux ouverts : des histoires d’amour et d’épouvantails au milieu d’une guerre d’éoliennes. Je suis prêt. Entre mes lèvres la nuit déborde, il fait noir comme à l’intérieur d’une école en feu.

Dans un café où règne une cacophonie inégale, où la musique n’a rien de la fréquence qui me brasse à l’intérieur, je relis certains passages du recueil et mes yeux s’assujettissent aux larmes.

La beauté, la justesse, la mélancolie.

Je ne ferai pas ici l’analyse du recueil, laissant à d’autres le loisir de s’y glisser, je me contenterai de ressentir.

Je n’apprends plus à marcher mais à tomber longtemps, la tête première, le cœur à l’air, les veines dures, je deviens l’appareil de ma peur. Je tremble de toutes les couleurs, comme une bête je souffre d’idées magiques.

Et toi, quel est ton tout dernier coup de cœur poétique?

GUERRETTE, François, Pleurer ne sauvera pas les étoiles, Les Éditions Poètes de brousse, 2014.