Derniers Articles

« Il était une fois »… critique enthousiaste de deux contes réinventés pas pour les enfants

Plus que jamais, les contes de fées sont un matériau privilégié dans la création d’oeuvres contemporaines détournées, et je ne peux qu’être surprise de la quantité de romans, de bandes dessinées, de films, qui sont créés à partir de ces récits. Si mon plaisir est de mettre la main sur ces créations de toutes sortes, il est surtout de trouver, à travers la grande masse de publications, des oeuvres réussies, captivantes, bien menées et déconcertantes. C’est ainsi que durant les vacances de Noël, j’ai eu la chance de lire deux de ces livres détournés, et ceux-ci se sont révélés être très réussis.

D’abord, peu de réécritures humoristiques de contes m’ont autant plu que la bande dessinée Tout conte fée, pot pourri éclatant qui mélange les différents contes et récits d’un doigté de maître. L’histoire est construite autour des plusieurs personnages, qui habitent le même immeuble où il se passe des évènements étranges, comme des disparitions, des meurtres. Les policiers mènent enquête, mais se retrouvent face à des personnages rocambolesques, comme le Chaperon rouge, Peter Pan, le loup, il y a également le Père-Noël, coincé dans sa cheminée, Jésus, Freud… et c’est dans un chassé-croisé amusant que nous suivons cette enquête un peu fantaisiste.

20170104_115703 20170104_115750

Ce qui m’a plu dans cette bande dessinée est la maîtrise des dialogues et de l’humour qu’ils proposent. En effet, les jeux de mots et de langue sont partout, ils provoquent des éclats de rire et lancent des clins d’oeil au lecteur. Surtout, ils ajoutent de la saveur à l’histoire et confirment l’esprit joueur des auteurs.

20170104_115624

20170104_115725

Bref, Tout conte fée est décidément une BD à découvrir!

Puis, je me suis plongée dans le roman Cinder, premier tome des Chroniques lunaires de Marissa Meyer. Roman fantastique pour adolescents, je l’ai commencé sans trop savoir à quoi m’attendre au niveau de la qualité de l’écriture, et je me suis retrouvée assez vite captivée par l’histoire.

C’est l’histoire de Cinder, jeune mécanicienne cyborg qui vit dans une communauté futuriste à Néo-Beijing, où se développe une pandémie mortelle. Étant étrangement immunisée, Cinder a un rôle à jouer dans les recherches pour un antidote contre la maladie, mais aussi dans le conflit qui oppose les terriens aux lunaires, et dans la succession du trône.

Mélange de science-fiction et du conte de Cendrillon, on retrouve plusieurs éléments comme le bal, le prince, mais ceux-ci sont détournés et servent l’histoire sans être simplement plaqués. Le plus intéressant, à mon avis, reste le jeu qui se joue autour du pied de métal de Cinder, qui rappelle trop bien le conte, et qui est bien réinvesti dans la nouvelle histoire.

Bref, sans être un chef d’oeuvre du genre, j’ai été impressionnée par le roman et aie été suffisamment conquise pour aller me réserver immédiatement la suite à la bibliothèque (la série compte maintenant plusieurs tomes!).

Décidément, donc, mon temps des fêtes a été rempli de lectures intéressantes et de belles découvertes. Je suis maintenant prête à me remettre aux lectures scolaires. Et vous?

les coffrets le fil rouge, boites à abonnement, les livres qui font du bien,

Ce qu’on a lu comme autobiographie/autofiction en janvier #Jelisunlivrequébécoisparmois

Pour le mois de janvier, l’équipe du Fil rouge vous avait donné comme défi de lire une autobiographie ou une autofiction. Ce défi fut quand même plus ardu que je ne l’avais cru, étant donné que je lis plus de fictions qu’autre chose. Je dis bravo à ceux et celles qui ont relevé le défi!

Je vous invite à partager vos lectures sur le groupe Facebook Un livre québécois par mois. Je suis toujours très curieuse de voir ce que vous lisez et j’aime que vous partagiez vos photos!

Ce que j’ai lu : Borderline

Ça faisait longtemps que le roman de Marie-Sissi Labrèche prenait la poussière dans ma bibliothèque. Avec le thème du mois de janvier, une autobiographie ou une autofiction, lire Borderline allait de soi.

Lors de mes études en travail social, j’ai eu la chance d’avoir un cours qui portait sur les maladies mentales. Comble de chance, le sujet de mon travail de fin de session portait sur les personnes ayant une personnalité limite. Je me souviens qu’avec mon équipe de travail, nous avions utilisé des extraits du roman et d’autres du film (que je n’ai jamais vu au complet). L’univers du roman m’a toujours intriguée. Je connaissais vaguement le personnage de Marie-Sissi, j’étais donc impatiente de la découvrir. J’ai eu affaire à une femme qui a besoin de beaucoup d’amour, à une femme qui choque et qui dérange. J’ai rencontré une jeune femme qui n’a pas eu une enfance difficile et qui a toujours vécu dans la peur de devenir folle comme sa mère. J’ai suivi Sissi dans son angoisse et sa recherche de son bonheur.

L’écriture de Marie-Sissi est franche, tout comme son personnage. Elle ne se cache pas, elle dit ce qu’elle pense et vit dans le moment présent. Le roman peut faire peur, ce genre de personnes dérange parce qu’elles sont souvent très extravagantes. Cependant, elles ont besoin, tout comme nous, d’amour. Elles ont besoin d’avoir un cadre stable et de se sentir en sécurité. Malheureusement, Sissi ne semble pas avoir eu cette chance malgré tous les efforts de ceux qui l’entouraient.

Ce que Martine a lu : La détresse et l’enchantement

« Bonheur d’occasion est un roman que j’ai aimé lire, car il se passait à St-Henri, lieu de l’enfance d’une bonne partie de ma famille, c’est donc depuis cette lecture que je suis curieuse d’en lire davantage sur Gabrielle Roy et sur son oeuvre aussi. Lorsque le mois de janvier a commencé, je me suis souvenue que j’avais eu envie de lire La détresse et l’enchantement, l’autobiographie de Gabrielle Roy. J’ai donc plongé dans cette oeuvre avec délectation et grand plaisir.

L’écriture de Gabrielle Roy nous entraîne et nous fait voyager, toujours avec une grâce et une douceur infinie. J’ai adoré la liberté, la belle et grande naïveté de Gabrielle. J’ai l’impression que cette femme m’a donné des leçons de vie, simples, mais qu’on oublie parfois. Profiter des petits moments, admirer ce qui nous entoure et surtout, aimer les humains. J’ai la profonde conviction en lisant ce livre que Gabrielle Roy était une femme de coeur qui devait réellement toucher tous ceux qu’elle rencontrait. Sa liberté et son esprit curieux et créatif en font, à mes yeux, un être inspirant. Tout cela sans parler de son talent d’écriture et de son oeuvre si importante à la littérature québécoise, canadienne et française.

Bref, je ne peux que vous recommander cette lecture, on y suit Gabrielle Roy de son enfance jusqu’à son retour au Canada après le décès de sa chère mère. C’est un des livres les plus beaux et touchants que j’ai lu de ma vie… L’année 2017 commence fort! »

Ce que Marjorie a lu : Désordre et désirs
« En janvier, j’ai lu Désordre et désirs. Ce n’est ni une autobiographie, ni de l’autofiction, mais ça reste quand même un peu tout ça. Ce sont de courts textes, entre essais et réflexions, sur une multitude de sujets personnels et universels à la fois. La quatrième de couverture peut se lire ainsi : Réagissant aux propositions culturelles qu’elle croise, réfléchissant aux choix qu’elle fait, mais aussi aux aléas de son parcours, Catherine Voyer-Léger offre de courts textes où l’intime est fait d’expériences partagées. Et je n’aurais pas su mieux le décrire. C’est vraiment un ouvrage qui est venu me toucher, qui m’a fait du bien et qui m’a fait réfléchir. J’aime beaucoup cette idée de « l’intime fait d’expériences partagées » qui est partout dans les textes de Catherine Voyer-Léger. C’est le type d’écrits qui te fait sentir moins seule, comprise, qui décomplexe et qui ne s’excuse pas d’être vulnérable, d’avoir parfois tort, de ne pas être parfait, bref, c’est très humain. »
Ce qu’Amélie Panneton a lu : Prague de Maude Veilleux

« L’histoire d’une fille qui se construit une histoire, qui la calque sur le réel sans la reproduire tout à fait. Le personnage expose la mécanique du récit dans un roman qu’elle donne l’impression de construire en temps réel, au fil de notre lecture. C’est ce que j’ai le plus aimé : la façon dont l’auteure met en mots la relation obsédante qui existe entre écrire et vivre. Dans une langue dépouillée, mais texturée, elle raconte la place immense que la narratrice donne à la littérature, la manière dont elle sert à la fois de filtre et de baume pour tout le reste.

Un récit de soi d’une belle férocité, corrosive, mais juste assez fragile pour être bouleversante. L’histoire se déploie dans une poésie graphique où les bouts de phrase, contenus dans des boîtes, se répandent sur les pages. Ils façonnent des rythmes et des structures, déjouent nos habitudes de lecture. C’est aussi hypnotisant que surprenant. »

Ce que Louba-Christina a lu : Drama Queens

16358893_882355355240767_208555963_nLa vie est aussi fatale pour les princesses

« Je frenche, je meurs, je fais les deux. »

L’histoire de Vickie Gendreau est unique. À 23 ans, cette jeune femme pétillante et libre apprend qu’elle a un cancer en nuage dans la tête, impossible d’opérer, elle va mourir, c’est certain, mais elle ne connaît pas encore la date de sa mort. Elle doit laisser une trace pour ne pas être oubliée.

Elle écrit Testament, paru en 2012. C’est à la suite de la sortie de son premier roman autofictionnel qu’elle se fait connaître. J’ai lu Testament alors qu’elle vivait toujours.

En 2014, peu de temps après sa mort, paraissait Drama Queens (« Drama Queens, c’est comme le nom de danseuse du livre. ») et il m’aura fallu quelques années avant de me sentir capable de replonger dans l’univers de la jeune auteure. Alors que dans Testament Vickie s’adresse à tous les gens qui forment son cercle de vie pour les préparer à sa mort, dans Drama Queens c’est toute autre chose, mais c’est tout aussi puissant, autant du côté de l’écriture que de l’énergie vitale de l’auteure, que de la souffrance qu’elle partage avec nous, ses lecteurs, sans aucune retenue. Si elle était une femme ultra-vivante de son vécu, cela se ressent partout dans ses mots, ses paragraphes, ses phrases, dans ses images. Vickie (ou Victoria Love Gendreau) est vivante partout quand on parcourt Drama Queens.

Son corps la lâche, son corps qu’elle aimait. Elle devient une Drama Queens, elle a besoin d’aide, de se faire entendre, de mettre des paillettes, des couronnes, du rose et du brillant sur toute cette merde qu’elle subit tellement malgré elle.

« On m’a prescrit la fiction. On m’a dit que ça pourrait être bon pour moi. Je cache mon pilulier derrière mon ordinateur. On m’apporte mon déjeuner au lit. Sur un plateau d’argent. […] La vie ça court vite, et la mort, ça s’attrape. La vie c’est une expo compliquée, et la mort, une pièce de théâtre. Je vais être très sincère dans ces carnets. Je vais tout te dévoiler. Te donner des indices avec mes œuvres. Même essayer la fiction pour te sortir toi aussi de ton quotidien. Je vais te parler de Facebook, de Google, de relations, de cette fameuse génération, encore de maladie et encore de fennecs.  »

Ce roman est d’une beauté sans mesure. Il faut par contre s’y préparer, à sa vérité. Durant la lecture, j’ai vraiment eu la sensation que l’auteure était là en train de me donner accès aux premières loges de ses toutes dernières scènes. C’est une chance, un cadeau, un moment de vie réelle, même dans la fiction. Elle ose aborder la mort, parce qu’elle est au bord de celle-ci. Elle le fait avec franchise et force. J’ai eu l’impression très forte de partager un bout de mon présent avec elle. C’est l’une des plus grandes forces de l’écriture fragmentée et vive de Vickie Gendreau : sa présence.

Pour Drama Queens, Vickie Gendreau se fond dans son personnage de Victoria Love. La maladie fait d’elle une princesse. Mais il est parfois difficile d’assumer sa princesse. Elle élabore des plans pour devenir tueuse de princesses. Certains passages penchent davantage vers la fiction et d’autres carrément dans l’autobiographie. On sent vers le milieu du roman que le temps presse, qu’elle a besoin de s’exprimer, de tout laisser sortir et c’est là que son corps devient de plus en plus difficile à gérer. Ses jambes flanchent, il lui est de plus en plus difficile de s’occuper d’elle-même. Son esprit vif, son corps brisé. C’est avec force et humanité, colère et sensibilité, que Vickie nous invite à la regarder en pleine face et à franchir le cap avec elle.

« J’écris des petits paragraphes en vert sur fond noir. Des petits morceaux de quotidien. Des aspirations. Vent vert sur fond noir. Je me dis que c’est mieux d’être intéressant pour le monde entier, les affres de mon quotidien, puisque c’est tout ce que je réussis à écrire. Mon quotidien. Le mien. Pas celui d’un personnage. »

Bousculant, nécessaire. Vérité vibrante. Vickie habite chacune des pages. Elle vit partout. Infatigable. Sans se soucier du temps.

« Je suis tellement pressée par le temps que tout ce que je dis doit être littéraire. »

Merci Vickie Gendreau, pour ta confiance et ton inspiration! xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

P.-S. À découvrir en douceur.

Publiés chez Le Quartanier :

Queens, roman, coll. Écho, 2017 [2014]

Drama Queens, roman, Série QR, 2014

Testament, roman, Série QR, 2012

Entrevue à Tout le monde en parle : http://www.tagtele.com/videos/voir/90146/

Nos suggestions d’album ou roman jeunesse pour le mois de février du défi #jelisunlivrequébécoisparmois

Pour le mois de février, l’équipe du Fil rouge aurait très bien pu choisir l’amour comme thème, mais nous avons voulu être originales. C’est pourquoi la contrainte du mois est un roman ou un album jeunesse. Comme vous avez sûrement pu le constater, cette littérature est tout de même assez populaire chez les fileuses. Que voulez-vous, elle nous rappelle tant de souvenirs auxquels nous sommes accrochées. Personnellement, je vous dirais que c’est souvent mes achats les plus compulsifs, parce que rares sont mes déceptions.

Je vous invite à partager vos lectures sur notre groupe Facebook Un livre québécois par mois.

Les lectures ou suggestions des fileuses :

  • Je compte lire L’enfant mascara de Simon Boulerice.
  • Vanessa Coutu : « Je vais lire Le facteur de l’espace de Guillaume Perreault comme album jeunesse et Souffler dans la cassette de Jonathan Bécotte comme roman jeunesse. Je recommande L’enfant mascara de Simon Boulerice. »
  • Amélie Panneton : « Je vais lire Louis parmi les spectres d’Isabelle Arsenault & Fanny Britt! Je recommande Fé M Fé d’Amélie Dumoulin, où on retrouve une famille bordélique, une histoire d’amour entre deux adolescentes, et le Mile-End. »
  • Ariane Gagnon : « Je relis la série La lumière blanche d’Anique Poitras. Cette série m’avait vraiment marquée, étant préado, et j’ai eu beaucoup de peine en apprenant la mort d’Anique au mois de décembre dernier. »
  • Clara Lagacé : « Je suggère Le ciel tombe à côté de Marie-Hélène Hébert. On suit Mona qui essaie tant bien que mal de finir son année scolaire tout en s’occupant de sa plus jeune soeur Angélique, qui n’arrête pas de se prendre pour un oiseau. Ça se passe dans un petit village où la vie est parfois servie toute crue comme de la viande. Touchant et bien écrit, ce petit roman m’avait beaucoup émue quand j’avais 12 ans. »
  • Marjorie Rhéaume : « L’an passé, j’avais prévu lire Marie-Tempête, mais je ne l’ai pas fait. Je me reprends donc cette année avec ce classique de la littérature jeunesse québécoise qui m’avait tant marquée durant ma jeunesse, mais dans lequel je ne me suis jamais replongée. J’ai bien hâte de voir si je vais être aussi chamboulée que je me rappelle l’avoir été, ou si je vais un peu mieux comprendre cette fin qui m’avait laissée perplexe. »
  • Martine Latendresse Charron : « Pour ce deuxième mois de l’année, je vais enfin prendre le temps de lire un roman jeunesse qui m’attire depuis longtemps. Fé M Fé d’Amélie Dumoulin. Ce roman qui raconte l’histoire d’amour entre deux jeunes filles m’a été conseillé à plusieurs reprises. J’ai bien hâte de m’y plonger et je vous en reparle lors de l’article de fin du mois réunissant toutes nos critiques. »
  • Alexandra Girard : « Je propose Frida, c’est moi de Sophie Faucher et Cara Carmina pour son côté autobiographique, ses illustrations colorées et magnifiques et son écriture sensible qui touche droit au coeur. »

D’autres suggestions de lectures :

La singularité de l’oppression

 

On a tous vécu une première fois.

Si on y pense bien, notre quotidien est rempli de première.
Le premier café, le premier deuil, la première faille. Cette faille nous appartient, et bien qu’elle nous angoisse, nous soit secrète ou nous rende honteux, elle est en nous. On ne peut la dénier.

Il y a aussi le premier roman.
Celui qui lève le rideau sur les écrivains d’aujourd’hui et de demain.
Je n’écris pas de roman, mais je les lis. Surtout les points de départ. Ceux qui façonnent notre relève, qui frappent par leur sincérité et leur témérité. L’honnêteté du premier roman n’a pas d’égal. L’œuvre parle d’elle même et ne tente pas de prouver, ou d’égaler quoi que ce soit. On ne peut que s’émerveiller devant cette nouvelle découverte.

Si la rentrée littéraire de l’automne 2016 nous a autant émerveillés, c’est en grande partie par la présence de nouveaux auteurs qui élèvent leurs jeunes voix et se démarquent par la clarté de leurs propos.
Parmi ces auteurs, un en particulier se démarque par sa voix franche et enlevante. Oeuvrant dans le milieu de la restauration depuis plus d’une quinzaine d’années, Stéphane Larue fait une entrée remarquée dans la cour des grands avec son premier roman unique; Le plongeur.

Le Quartanier frappe encore une fois. Le plongeur s’avère être une œuvre d’une grande profondeur, qui marquera sans aucun doute la littérature québécoise.

Le plongeur, c’est un narrateur sans nom, un jeune homme à peine âgé de 20 ans et étudiant au cégep du Vieux en Graphisme. C’est le début des années 2000. Il aime la lecture, le dessin, les bands de heavy métal, mais surtout, le jeu. Celui qui mène à sa propre perte et lui fait perdre argent, amour, amis et respect. Endetté par-dessus la tête, il saisit l’opportunité de travailler dans un restaurant italien de l’avenue Mont-Royal, lui qui n’a jamais travaillé en restauration. Il y deviendra le plongeur.

Le plongeur, c’est une insertion dans la triste réalité de la dépendance d’un jeune homme qui a à peine entamé sa vie. Mais c’est surtout le rythme effréné de la restauration, un récit sur l’adrénaline et le dépassement exigé, même si on s’y perd parfois.
C’est un livre brillant, une œuvre maîtrisée qui se dévore tout au long de ses 600 pages. On ne peut arrêter de le lire, happé par cette nouvelle rumeur, cette histoire bien ancrée dans la réalité, mais qui prend des allures de thriller, flirtant même avec le polar.

S’étourdir pour oublier

Rares sont les romans consacrés au milieu de la restauration. On le sait, ce qui se passe dans un restaurant va bien au-delà des apparences.
C’est un monde unique, où chaque employé parle le même langage, vit sur le même degré d’adrénaline, le temps d’un rush ou deux. Cette affluence est bien argumentée par Stéphane Larue. Même si on sent l’urgence, chaque mot est bien choisi et bien posé.
On arrive à visualiser si bien cette jungle qu’on devient rapidement hypnotisé. Les va-et-vient d’une cuisine dépassent bien souvent la réalité.
L’auteur nous en dépeint l’univers avec beaucoup de rythme et d’engagement. Si bien que lorsqu’on lit sur l’après-shift, on est happé par le lâcher-prise commun de ses employés. Les pétages de face, la paye dépensée en alcool, l’amour du heavy métal, le speed, toute la drogue nécessaire pour te garder éveillé et fonctionnel pour affronter un autre 12 heures en ligne, ne sont que le point virgule d’une journée de travail.

C’est d’ailleurs en quoi réside la force de ce premier roman; malgré l’urgence du moment, l’adrénaline et les sueurs froides, Stéphane Larue arrive à bien déposer ses éléments et ne précipite rien. Les yeux et les oreilles d’une cuisine, c’est le plongeur. Et de sa position, l’auteur nous livre le tout sans artifice, tout en étant maîtrisé. On prend le temps de décrire les lieux, les tâches à exécuter, l’effet routinier. Ainsi, on plonge dans les patterns des cuisines, mais surtout dans ceux de la dépendance.

Car malgré son jeune âge, ce narrateur nous plonge dans un univers sombre, sans équivoque et surtout autodestructeur. Se détachant de tout concept le reliant à la réalité, le narrateur ment sans cesse pour sauver sa peau et pour trouver le plus d’argent possible. Cette dépendance à l’étourdissement se présente à nous pour nous faire oublier qu’on existe. Pour chasser l’ennui, le vide, et pour oublier qu’au fond, nous sommes dépendants.

On se répugne de la dépendance. Ne tardant pas à juger ces gens et à les accuser. Pourtant, le plongeur nous donne un tout autre goût. On est fasciné par ce garçon déterminé et talentueux au penchant autodestructeur.
On n’arrive pas à porter de jugement sur cette faille. Bien au contraire, on s’attache à lui, comme si on souhaitait que ce soit nous, cette bouée de sauvetage.

Jamais un roman n’aura autant dépeint un portrait aussi juste de la restauration, de la dépendance et des particules malsaines flottant tout autour.

Être à la bonne place au bon moment

Sous ses allures quelque peu candides, ce jeune narrateur nous fascine par son écoute. Le plongeur s’empreint des états, des histoires des autres.
Il est le personnage caméléon, celui qui cherche encore les réponses, conscient que l’avenir est devant lui, même s’il ne choisit pas la bonne porte.

Ainsi, les personnages qui croisent sa route ne sont pas accessoires. Leur présence est nécessaire à l’œuvre et la fait évoluer à un rythme effréné. Que ce soit Bébert (ce cuisinier soûlon et grande gueule), Malick (le cousin S.O.S. toujours là) ou Mohammed (ce chauffeur de taxi zen qui en quelque sorte ouvre et ferme le roman), ils amènent le personnage principal à se repositionner, à faire une différence entre passé et futur.
Ils sont l’une des grandes forces du roman. Car même si leurs rôles sont bien établis, il n’en demeure pas moins qu’ils traînent avec eux un aspect de suspense, ne sachant jamais si l’un d’eux pourrait découvrir le pot aux roses, ou faire sombrer le plongeur.

Le plongeur et Stéphane Larue ne sont pas si loin l’un de l’autre.
Oui, c’est un roman. Fictif, mais pas tout à fait. Surtout avec les dernières pages, où l’auteur joue sur la temporalité, se mettant lui même en scène, parlant de son livre à paraître.
Ce n’est pas une surprise, ce narrateur se manifeste à la toute fin au prénom de Stéphane.

Dès son dévoilement d’identité, le récit prend une tournure différente. C’est le processus du changement qui s’engage. Comme si la réalité venait tout juste de le happer.

On ne termine pas le roman sur une fin. Ce qui est vrai ou faux ne nous appartient pas. C’est une porte qui s’ouvre sur on ne sait quoi, mais on est happé par cette plume unique et captivante.
Le plongeur est de loin mon grand coup de cœur 2016. Un roman aux allures d’un polar qui nous tient en haleine tout au long de ses 600 pages. Une œuvre unique, troublante et prometteuse.

Stéphane Larue nous ouvre une porte sur cette faille, et on ne peut que le remercier devant toute cette générosité. Même s’il s’agit d’un récit fictif, on est chamboulé dès les premières pages, conscients de la gravité du propos et de la mince ligne qui nous relie, nous aussi, à ce récit.

Comme quoi il y a toujours un peu de lumière dans chaque faille.

les coffrets le fil rouge, boites à abonnement, les livres qui font du bien,

Raconter le Vietnam

Dans l’univers des mots, rien n’est plus difficile que de raconter un voyage. Essayer de faire comprendre aux autres ce que nous avons vécu à plusieurs milliers de kilomètres de là, dans des situations qui dépassent parfois l’imagination, semble être un combat perdu d’avance.

Lorsque je suis revenue du Vietnam, je suis restée coïte les premières fois qu’on m’a demandé « Alors, c’était comment ton voyage? Raconte! » Transcrire autant d’émotions en quelques secondes parait si vain et inutile, que je ne pouvais que répondre un simple et vide « C’était super! », accompagné d’un sourire de malaise.

Quand on revient d’un voyage aussi enrichissant, on a l’impression d’avoir fait un gigantesque bond dans l’évolution; on a tant appris, tant découvert; forcément, le temps a dû avancer vite pour tout le monde! C’est vite décevant de voir que ceux qui sont restés au Québec ont continué la même petite routine et on se sent vite gêné d’avoir tant à raconter.

Il y a tant à dire sur le Vietnam et même si ça fait maintenant presque 4 ans que je suis allée, je reste très nostalgique de cet endroit merveilleux. C’est tout simplement le pays le plus riche que j’ai jamais visité. Tout y est incroyable.

 

Du coup, lorsque je découvre des romans qui font référence au pays, je me sens toujours obligée de les lire. Dernièrement, je suis tombée sur Un été à Provincetown de Caroline Vu (traduit de l’anglais).

L’auteure est née au Vietnam, mais s’est exilée avec sa famille à Montréal, où elle a vécu une bonne partie de sa vie. Dans ce deuxième roman, elle raconte l’histoire de quatre générations d’une famille vietnamienne, de la Seconde Guerre mondiale à leur exil au Canada, en passant par la guerre pour se libérer de la France et de celle par la suite, entre le Nord (communisme) et le Sud (capitalisme) du pays. Chaque chapitre présente un membre de la famille différent. L’élément central étant le cousin Daniel, mort du Sida dans un hôpital montréalais et dont personne n’a le droit de prononcer le nom, par peur du scandale. Mais on y aborde surtout le sujet de la guerre, omniprésente au Vietnam, pendant des décennies, et comment une famille en subit le contrecoup dans son quotidien.

On se perd un peu dans les personnages. Certains passages sont un peu redondants (chaque chapitre commence par un retour sur la mort du cousin Daniel). Mais dans son ensemble, ce roman est à lire pour comprendre une autre vision de l’histoire du Vietnam, très éloignée de celle des films américains. Et puis, j’ai vraiment senti le pays que je connaissais en le lisant.

Quand je suis allée au Vietnam, j’en ai profité pour me documenter un peu sur cette histoire que j’avais apprise à l’école. Je voulais en apprendre plus sur le point de vue des communistes. 

Les autorités vietnamiennes jouent beaucoup sur le pathos pour passer leur propagande anticapitaliste, mais certains faits restent inchangés, peu importe les croyances politiques de chacun, et il est incontestable que les américains ont provoqué une véritable boucherie dans ce pays qui avait déjà souffert de l’invasion française. Le Musée des souvenirs de guerre à Saigon peut choquer et les âmes sensibles doivent s’y préparer; les photos des civils touchés par l’Agent orange, gaz mortel qui fut lâché sur les terres sans égard pour sa population, donnent envie de pleurer constamment.  Une visite dans les tunnels Cu Chi, où vivaient des familles entières pendant les années de lutte, est un bon complément pour essayer de mieux se renseigner.

Il est impensable de prétendre connaître le Vietnam sans tenter de saisir l’horreur de ces guerres interminables qui ont façonné la profondeur et la richesse de ce pays. 

Mais à défaut de pouvoir voyager et de se cultiver sur place, il reste les livres pour s’ouvrir à une autre culture et se faire raconter le Vietnam.

les coffrets le fil rouge, boites à abonnement, les livres qui font du bien,

Patti Smith et Mapplethorpe: deux grands enfants

Si on m’avait demandé il y a 2 mois dans quel univers littéraire je voudrais habiter, j’aurais sans doute répondu celui de Paris est une fête, pour être entourée de Gertrude Stein et Zelda Fitzgerald. Si on me le demandait maintenant, je répondrais le New York de Patti Smith et Robert Mapplethorpe. Même après avoir fini ma lecture, j’ai l’impression d’y habiter encore.

15726171_10154616845105659_731298313_o

C’est une amie qui m’a refilé le livre autobiographique Just Kids, ça avait été sa lecture marquante de l’année. Pendant plusieurs semaines, il est resté sagement sur ma table de chevet, bien en vue. Je l’ouvrais pour contempler les photos, ou bien pour lire quelques extraits au hasard, sans vraiment m’investir.

Un soir, je me suis installée, j’étais prête. J’ai mis le CD Horses de Patti Smith et j’ai plongé. Dès les premières pages, j’étais déjà attachée à cette enfant portée vers l’art, qui invente d’interminables histoires pour ses frères et sœurs. J’aurais aimé la connaître à l’adolescence pour passer des nuits entières à écouter ses albums préférés, à parler de ses poètes qui la bousculent de l’intérieur.

Mais c’est lorsqu’elle décide de partir pour New York que j’ai ressenti un réel engouement pour Just Kids. Ses premières semaines dans la ville sont celles d’une survie solitaire, elle dort à son travail et mange la nourriture laissée par ses collègues. C’est un collier perse qui permet la rencontre entre Robert Mapplethorpe, qui deviendra un illustre photographe, et Patti. À l’image de leur relation, le bijou mauve est une promesse de toujours prioriser l’art, peu importe ce qui arrive.

Pour atteindre la renommée, le nombre de sacrifices qu’ils font ne se compte plus sur les doigts d’une main. Parfois au détriment de leur bien-être et de leur santé, ils se concentrent sur leur but ultime: devenir les grands artistes auxquels ils aspirent. Au milieu de leur appartement froid et en ruine, Robert et Patti écrivent, peignent, sculptent, photographient: c’est le ciment de leur vie.

C’est toutefois lorsqu’ils décident d’emménager au célèbre Chelsea hotel que tout déboule. Ils fréquentent désormais le studio d’Andy Warhol, reçoivent des conseils d’Allen Ginsberg, boivent au même bar que Janis Joplin et Jimi Hendrix. New York devient leur ville, celle de leur amour, celle de leur inspiration. Si leur vie est dorénavant plus artistique, elle n’est pas plus facile pour autant. Au travers de la drogue, des amis morts trop jeunes, de la difficulté de se faire connaitre et de l’apparition du sida, une chose demeure inébranlable : Patti et Robert. Même après la mort prématurée de ce dernier, Smith continuera de le faire vivre à travers ses poèmes et ses créations : Just kids en est la preuve. Avec l’existence de ce livre, leur promesse de pérennité peut être tenue.

C’est un roman profondément tendre que nous livre l’artiste américaine. Au fil des années, Robert ne cessera jamais d’aimer sa compagne, sa fidèle amie, son artiste préférée, Patti. Le contraire est également vrai, la chanteuse et écrivaine n’arrêtera pas un instant de croire au talent de Mapplethorpe et d’entretenir leur lien, même lorsqu’ils seront loin, avec d’autres conjoints. À leur façon, ils réussissent à garder toute leur vie leur sensibilité et leur soif de créer qu’ils avaient dès l’enfance. Ce livre est l’histoire de deux grands enfants qui ensemble, ont su laisser leur marque.

Patti Smith et Robert Mapplethorpe, je vous aime.

les coffrets le fil rouge, boites à abonnement, les livres qui font du bien,

Productivité et Créativité : The fire starter sessions

*Ce livre n’est malheureusement pas traduit en français.

En commençant ma série Productivité et Créativité (1 & 2), je savais que je voulais lire The fire starter sessions. Pourtant, j’ai attendu presque un an avant de m’y mettre. Avoir su que j’allais autant apprécier et être motivée par cette lecture, je l’aurais lu avant. En même temps, je crois que la lecture que j’en ai faite est arrivée à un bon moment, à l’aube de 2017, alors que Le Fil rouge entrera dans sa première année complète en tant qu’entreprise.

The fire starter sessions, de Danielle Laporte, est un mélange bien équilibré entre entreprenariat et développement personnel. Ce que l’auteure propose est un guide pour définir le succès selon ses propres valeurs et besoins, le tout envisagé sous une perspective entrepreneuriale.

À travers 3 parties et 16 modules, Laporte propose exercices et questionnements qui vous pousseront à vous mettre en action, à repenser votre système de valeurs et à vous déculpabiliser. En gros, l’approche de l’auteure est axée sur les émotions, sur ces sentiments qu’on identifie parfois mal, mais qui nous poussent à poser tel ou tel geste, à avoir tel ou tel but. Laporte propose de tourner le tout à l’envers et de fixer ses buts à partir de ces émotions et sentiments que l’on veut ressentir et qui nous portent à être le plus authentique possible.

Tout ça vous semble un peu trop près d’un livre de développement personnel qui vous offre une solution miracle? En fait, ça ne pourrait être plus faux. Le ton de l’auteure est moderne, personnel, et très loin du mysticisme. Ses exercices sont concrets et pertinents et ils vous pousseront vraiment à passer à l’action, à repenser votre vision de l’entreprenariat et vos méthodes. C’est un ouvrage autant pratique que théorique.

Ce livre est vraiment venu éclairer mon cheminement en tant qu’entrepreneure qui cherche à faire grandir Le Fil rouge de manière organique, qui ne cherche pas qu’à faire de grosses sommes d’argent et qui est souvent perdue dans le jargon des grosses entreprises et de leurs méthodes requins.

C’est une lecture des plus inspirantes, qui vous fera sentir bien. L’auteure déconstruit, entre autres, le mythe de la parfaite balance qu’on cherche toujours à atteindre; de tout ce qu’on surestime pour une simple question d’image. Elle parle de passion, d’authenticité, de travail, de buts et de l’importance d’être franche envers soi-même.

Il est clair que je trimbalerai ce livre avec moi durant l’année, me pencherai plus grandement sur les exercices proposés et sur les autres ouvrages de Danielle Laporte. J’ai l’impression, et j’ose le dire, que ce livre changera bien des choses pour moi dans l’année à venir.

Knowing how you actually want to feel is the most potent form of clarity that you can have. Generating those feelings is the most creative thing you can do with your life.

 

Aime comme Montréal, aime comme le Monde

Vous le savez, Montréal fête ses 375 ans cette année. Vous pourrez d’ailleurs lire chaque mois un article hommage à l’un des quartiers de la ville, sur Le fil rouge!

Notre métropole fête en grand et ses artistes aussi. C’est dans le cadre de cette célébration que Marie-Christine Ladouceur-Girard a voulu présenter, dans un recueil de témoignages, les valeurs que portent Montréal et ses habitants : l’amour, le bonheur et la diversité.

16106859_10155625822889256_963454266_o

Aime comme Montréal offre le portrait de 60 couples interculturels qui ont choisi cette ville comme lieu d’ancrage pour vivre leur histoire. Certains se sont rencontrés au Québec, d’autres ont vu leurs chemins se croiser dans d’autres pays et ont décidé d’immigrer ici. Ces couples d’horizons différents se sont approprié Montréal à leur façon et y ont élu domicile parce qu’ils s’y sentent à la maison.

De la diversité, Aime comme Montréal en est rempli : diversité dans les cultures, bien sûr, mais aussi dans les tranches d’âges et dans les sexes. J’avais bien peur au départ qu’on me présente des couples entre 25 et 35 ans, papa-maman-deux enfants, tous hétérosexuels sauf un, juste pour dire qu’on y a inclus un couple gai. Mais ce n’est pas le cas; toutes les tranches d’âges sont représentées (à partir de l’âge adulte, disons), il y a plusieurs couples homosexuels qui sont traités comme des couples normaux (c’est la moindre des choses!) et ils n’ont pas tous des enfants ou l’envie d’en avoir. On peut dire que pour la diversité des portraits, c’est réussi!

16010438_10155625819494256_1425444852_o

Les photos prises par Jacques Nadeau et Mikaël Theimer sont magnifiques, tout en simplicité et en joie de vivre. On y ressent toute la complicité des couples et elles inspirent le bonheur. Pour ce qui est des textes, Marie-Christine Ladouceur-Girard campe très bien son rôle de raconteuse : les textes ne sont ni trop longs, ni trop courts et nous présentent l’essentiel de ce qu’il est nécessaire de connaître, c’est-à-dire l’origine de chaque individu, le lieu où les membres du couple se sont rencontrés, pourquoi ils ont choisi Montréal comme berceau de leur complicité et comment ils envisagent l’avenir malgré leurs différences d’opinion ou de philosophie.

Je crois que l’on peut dire que Diversité Artistique Montréal (DAM) a réussi son pari en présentant ce livre. C’est rafraîchissant, ça donne envie de célébrer la différence et d’encourager la diversité et le mélange des communautés. C’est un magnifique portrait de Montréal et de ses habitants, tellement diversifiés et pourtant si rassembleurs! Bref, c’est un beau livre qui fait du bien.

Psst! Le Musée des Beaux-Arts de Montréal présente une exposition de style photoreportage directement tirée du livre et vous avez jusqu’au 19 février pour la voir! Il y a même des capsules vidéo. Pour plus de détails : https://www.mbam.qc.ca/education/aime-comme-montreal/


Le fil rouge tient à remercier Les Éditions Fides pour le service de presse.

Et si la beauté rendait heureux ?

J’ai reçu ce magnifique livre aux coins ronds le jour de Noël. Je l’avais demandé quelques semaines avant, donc impossible de me l’offrir et de m’y plonger, et j’avoue que l’attente en valait thumbnail_fullsizerenderla peine. Je l’ai lu pratiquement d’un trait cet essai, entre Montréal et Québec, et je me disais que c’était franchement parfait d’être sur la route à contempler le paysage hivernal québécois en lisant ce livre.

Et si la beauté rendait heureux, de François Cardinal, éditorialiste en chef à la presse, et Pierre Thibault, architecte reconnu, est un véritable hymne à la beauté qui nous entoure. Le genre de livre qui nous fait tellement bien ressentir les lieux dont on parle qu’on a l’impression d’y être. C’est pas mêlant, je crois que Pierre Thibault risque d’avoir des milliers de gens qui lui écriront suite à la lecture de ce livre et ne manquera pas de projets fascinants, ce qui devait déjà être le cas à mon avis. Mais je crois surtout que ce sont les moines de l’abbaye Val Notre-Dame qui ne sauront plus quoi faire de tous les gens qui voudront visiter leur incroyable monastère car François, Pierre et le frère André nous en parle tellement avec amour qu’il est impossible de ne pas vouloir visiter un lieu aussi magique.

Ce livre qui se divise en 5 lieux, illustré par les dessins à l’aquarelle de Pierre Thibault, nous raconte, en suivant le dialogue entre François et Pierre, l’importance dans la beauté des lieux et dans l’architecture qui nous entoure. Et si celle-ci contribuait vraiment à notre bonheur et à nous rendre heureux ?

Et si la beauté rendait heureux se divise donc en 4 lieux réalisés par Pierre Thibault, que je vous garantis vous « googlerez » assurément en faisant votre lecture, pour vous imprégner encore thumbnail_fullsizerender-1plus de ceux-ci et pour en découvrir la magnificence du travail de Pierre. Copenhague est le cinquième lieu, le dernier chapitre, et difficile de ne pas tomber amoureux de cette fameuse ville. C’est tellement bien écrit qu’il vous sera impossible de ne pas penser à tout lâcher et partir vivre dans cette ville danoise qui semble parfaite en tout point. Après tout, Copenhague est la capitale du pays le plus heureux au monde selon les classements internationaux actuels. Et à suivre nos 2 auteurs nous parler de cette ville splendide, impossible de ne pas être conquis à notre tour. thumbnail_img_1999Comme le dira Pierre, et c’est ce que je retiens de pleins de passages de ce livre, la beauté des lieux fait ressortir la beauté des gens de cette ville, mais pas uniquement là; partout dans les endroits que nous trouvons nous-même beaux. François nous dira qu’il a ressenti en arrivant à Copenhague la même chose qu’en arrivant à l’abbaye Val Notre-dame, de la douceur, un mot qui nous suit tout au long de notre lecture et qui nous amène à justement prendre conscience des lieux que nous aimons et dans lesquels nous nous sentons le mieux, le tout avec une grande douceur.

À lire dans un lieu public que vous aimez ou dans un endroit où vous pourrez lever les yeux de temps en temps pour en apprécier la beauté.

Un cadeau magnifique à s’offrir pour apprendre à être émerveillé à nouveau par tout ce que nous ne voyons plus mais que nous nous amusons à prendre en photo pour mettre sur nos réseaux sociaux… beau livre, belle leçon, bonne lecture !

les coffrets le fil rouge, boites à abonnement, les livres qui font du bien,

Le passage de 2016 vers 2017

Qu’ont en commun les bande-dessinées Louis parmi les spectres (Fanny Britt – Isabelle Arsenault) et S’enfuir (Guy Delisle), les essais Les superbes (Léan Clermont-Dion – Marie Hélène Poitras) et le Manuel de résistance féministe (Marie-Eve Surprenant), le roman Okanagan de Sara Lazzaroni et finalement l’ouvrage scientifique Une brève histoire du temps écrit par Stephen Hawking ? Ce sont les six livres qui m’ont aidé à faire le pont entre 2016 et 2017.

15935670_869367356539567_106836344_nBien qu’il n’y ait de réel changement que dans un chiffre de l’année inscrite sur le calendrier, nous avons pris l’habitude de réfléchir les douze derniers mois juste avant d’entrer dans la prochaine année. Nous résumons nos vies sur plusieurs plans sous forme de bilan et nous dressons la liste de ce que nous aimerions accomplir et améliorer dans le futur proche. C’est en quelque sorte un droit, une possibilité de se recommencer, d’entamer une nouvelle étape sur de meilleures bases. Le passage vers une nouvelle année, c’est toujours un peu étrange, un sentiment qui mélange nostalgie, soulagement et euphorie. On soupire enfin, on attend une seconde et on reprend notre souffle.

Quelqu’un m’a souhaité <<la continuité>> cette année. Oui, la continuité, dans le sens de prendre tous mes acquis jusqu’ici et de créer quelque chose en y rassemblant tous les morceaux, poursuivre le développement de ma curiosité et l’effervescence de toujours entamer le jour comme neuf, sans oublier le précédent et celui qui viendra. Continuer de rire, de lire, de peindre, d’écrire, de désirer, d’apprendre, de vouloir connaître, de découvrir, d’apprendre, de développer mes habiletés, de voir, d’entendre, de sentir, de bouger, de danser, de faire des folies, de vivre. Continuer de vivre en étant chaque jour un peu plus moi.

Durant les deux semaines encerclant les fêtes de Noël (et de ma nièce (1 an)) et du Jour de l’an, j’ai ressenti le besoin de disparaître quelques temps ici et là pour lire et je me suis lancé dans des lectures très diversifiées. J’ai beaucoup absorbé d’informations, de réflexions, de frustrations, d’exclamations. On dirait que j’avais besoin de tout ça pour traverser d’une année à l’autre et de le faire avec un bagage qui me ressemblait et qui me permettrait de m’ouvrir encore plus au monde, à notre humanité.

Je ressens une urgence et une nécessité de laisser le temps aux choses d’acquérir une âme, un besoin d’affirmation de mon être intime qui a depuis toujours appris à se taire, à marcher droit, à penser comme ci et à dire comme ça, une envie grandiose d’engagement envers les autres (la nature, les animaux, la planète, les humains, l’amour, la créativité sous toutes ses formes), l’importance de nuancer, de tout critiquer, de se forger une opinion, de nous permettre de nous tromper, d’écouter ce que l’autre a à dire et d’attendre la même chose de lui (d’elle), de questionner, d’amener toujours plus loin mes idées, mes pensées, mes connaissances.

Le féminisme (sa définition, toutes ses formes, ma manière d’être féministe), la science (tenter de répondre à des questions universelles sur l’existence, d’où est-ce que je viens ? Je suis là pourquoi ? Je fais quoi de ma vie ? (Relativité Générale, Mécanique Quantique) aller beaucoup plus loin, en réfléchissant le monde, du Big bang à aujourd’hui), l’amour, les batailles que l’on doit mener dans la vie. Trouver une cause, des causes dans lesquelles employer ma couleur et mon énergie créative.

Dans ces livres, je suis partie à la recherche de moi, d’un moi multiple, d’un moi soudé, comme Léa, l’héroïne d’Okanagan. Je me suis laissée inspirer par le courage du petit Louis qui tente de déclarer son amour à la belle Billie, ainsi que par celui de Christophe André qui n’a eu d’autres choix que d’oser pour échapper à sa condition d’otage.

Tous ces livres se sont inscrits en moi pour m’armer, m’aider à prendre les rames de ma vie et pour savoir encore une fois et encore mieux me définir et me relever devant chaque vague qui tenterait de venir me briser, me bousculer.

*

15934426_869367709872865_1416032183_nOkanagan (Sara Lazzaroni, publié chez Leméac en 2016) raconte les quelques mois que passe Léa, en compagnie d’autres jeunes comme elle, à cueillir des cerises et d’autres fruits dans la vallée d’Okanagan (sud de la Colombie-Britanique). Elle tente alors de fuir Québec et le souvenir d’un amour qui s’est douloureusement terminé.

<<Je n’avais plus faim, mais j’aurais mangé encore tout ce qu’il y avait sur la table. Je n’avais plus soif, mais j’aurais bu cette bouteille jusqu’au coma éthylique. Je voulais ouvrir ma bouche assez grand pour tout prendre, pour avaler le vertige. >>

15909619_869367816539521_767216329_nLouis parmi les spectres (publié chez La Pastèque, 2016) signe le deuxième projet collaboratif entre l’écrivaine et dramaturge Fanny Britt et l’illustratrice Isabelle Arsenault. Il raconte l’histoire d’un jeune garçon amoureux, pris dans un triangle familial peu évident (ses parents s’aiment mais son père est alcoolique, son petit frère a une belle lucidité). D’une grande beauté et d’une douce sensibilité, cette bd touche des sujets aussi difficiles que l’alcoolisme et l’amour (sous diverses formes).

<<Je ne savais pas que l’amour c’est comme une roche qui explose le cœur, qui fait mal autant qu’il fait vivre, et qu’il nous donne envie de fuir en même temps qu’il nous empêche de le faire. >>

15942440_869371523205817_36250352_nS’enfuir, récit d’un otage (Guy Delisle, Dargaud, 2016) narre les semaines que vivra Christophe André, membre d’une ONG médicale dans la région de Caucase, en tant qu’otage. La prise d’otage se déroule entre le 2 juillet et le 20 octobre 1997, date où un évènement minime viendra changer le cours des choses pour André.

15910249_869367836539519_1888053571_nLes superbes (vlb éditeur, 2016), signé par les superbes Marie Hélène Poitras et Léa Clermont-Dion est d’abord une correspondance entre les deux femmes, avant de s’ouvrir sur des portraits de plusieurs autres femmes influentes au Québec. Elles nous parlent de succès, de la place de la femme publique et de tout ce que nous ne devons pas prendre pour acquis dans cette <> féministe, mais plutôt comment nous pouvons continuer de faire évoluer les consciences. <- Lecture nécessaire, selon moi.

15935858_869384623204507_2120066914_nManuel de résistance féministe (Marie-Eve Surprenant, les éditions du remue-ménage, 2015) m’explique ce qu’est le féminisme, me fait prendre conscience de ma place dans le combat (l’éveil de conscience) et m’offre la cartographie de ce qui a été accomplie, ce qui doit être accompli et de tout ce que l’on doit protéger pour une meilleure condition de la femme, une meilleure condition humaine, pour une vie plus saine, équilibrée et vraie.

<<Pour les féministes, tous les humains sont fondamentalement égaux.  […] Il y a en réalité autant de manières de vivre et d’exprimer son féminisme qu’il y a de femmes dans le monde ! […] RÉSISTONS ET CRÉONS, ENSEMBLE, POUR L’ÉGALITÉ ! >>

15909867_869367739872862_741008528_nStephen Hawking, physicien, a signé Une brève histoire du temps – Du big bang aux trous noirs, en 1988. C’est en fait le tout premier ouvrage écrit pour les non-spécialistes, il est donc accessible à tous. Comme moi, vous êtes peut-être fasciné par les étoiles depuis votre petite enfance, Hawking explique dans un langage simple et sans formules mathématiques, les mystères du monde dans lequel nous grandissons. (Exemplaire publié chez Flammarion – Champs sciences – en 2008)

<<Nous menons notre vie quotidienne sans presque rien comprendre au monde qui est le nôtre. Nous accordons peu de pensées à la machinerie qui engendre la lumière du Soleil, rendant ainsi la vie possible, à la gravité qui nous colle à la Terre qui, autrement, nous enverrait tournoyer dans l’espace, ou aux atomes dont nous sommes faits et dont la stabilité assure notre existence. À l’exception des enfants, peu d’entre nous passent beaucoup de temps à se demander pourquoi la nature est telle qu’elle est […]. >>

*

Goûter les possibilités, ouvrir nos horizons, visiter tous nos champs d’intérêt, ouvrir la porte à l’ouverture d’esprit, à la responsabilisation, à l’histoire et à la curiosité, voilà ce que je nous souhaite à toutes, à tous pour la nouvelle année et pour celles qui suivront encore et encore et encore.

Je ne veux de réponse ni d’absolu nulle part, je veux continuer de déguster les mots, d’être surprise, de m’entendre rire aux éclats, je veux grimper des montagnes et je veux voir qu’à l’horizon, il en reste à perte de vue, que je puisse ou non les grimper.

Bonne année, bonne lecture, Louba. xx

Liens vers d’autres articles des superbes fileuses.

Okanagan -https://chezlefilrouge.co/2016/12/26/la-fuite-qui-mene-a-soi/

Louis parmi les spectres -https://chezlefilrouge.co/2016/12/04/un-duo-des-plus-merveilleux-fanny-britt-et-isabelle-arsenault/

Les superbes -https://chezlefilrouge.co/2016/11/15/les-superbes-quand-le-succes-et-lambition-derangent/

Manuel de résistance féministe -https://chezlefilrouge.co/2016/02/28/manuel-de-resistance-feministe-a-mettre-entre-les-mains-de-toutes-les-femmes/

Une brève histoire du temps -https://chezlefilrouge.co/2014/12/25/tant-quil-y-a-de-la-vie-il-y-a-de-lespoir/

les coffrets le fil rouge, boites à abonnement, les livres qui font du bien,