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Virginie Despentes et la catharsis littéraire

Récemment, j’ai lu presque d’un seul coup toute la bibliographie de Virginie Despentes, sans aucun doute mon écrivaine française préférée. En lisant Baise-Moi, Apocalypse bébé, les tomes de Vernon Subutex, Les Jolies Choses, King Kong Théorie, je me sentais littéralement exaltée, submergée par un sentiment puissant et libérateur. C’était un véritable sentiment cathartique.

Cathar-quoi? La catharsis, selon le Petit Robert, est une « réaction de libération ou de liquidation d’affects longtemps refoulés dans le subconscient ». Chez les Grecs anciens, la catharsis était le plus souvent véhiculée par le théâtre : les spectateurs se purgeaient de leurs pulsions en voyant les héros tragiques, Œdipe, Antigone, Électre et compagnie, se perdre eux-mêmes dans la libération de leurs affects. À voir les héros tragiques suivre jusqu’au bout leurs passions les plus inavouables et, par le fait même, connaître une fin terrible, les spectateurs n’avaient plus besoin de vivre eux-mêmes ces ardeurs. Ils n’avaient pas besoin de défier l’autorité du roi, de sombrer dans la folie meurtrière — les personnages l’avaient fait à leur place et avaient payé le prix fort pour avoir cédé à leurs pulsions. Les spectateurs rentraient chez eux, le subconscient libéré. Pas mal, quand même.

J’ai constaté que lire d’une traite les livres de Virginie Despentes avait eu sur moi un effet cathartique. Pas besoin de vous dire que l’année 2016 n’a pas été tout rose d’un point de vue féministe. Sans m’en apercevoir, j’avais accumulé en moi de la colère, de la rage face à notre société où l’on retrouve encore du sexisme ordinaire, où l’on blâme encore la victime d’une agression sexuelle, où l’on élit à la tête d’un pays un agresseur sexuel. En suivant les péripéties des personnages de Despentes, ces femmes, le plus souvent complètement fantasques, qui se battent, qui s’habillent en punk ou en nymphette, qui baisent et qui aiment ça, qui sont baveuses et tranchantes, mais qui toutes finissent dans la déchéance, je me suis sentie purgée. Je n’ai pas besoin de détruire le patriarcat avec des fusils et des poursuites en voiture — Nadine et Manu de Baise-Moi l’ont fait à ma place. Je n’ai pas besoin de faire exploser le parlement — Valentine d’Apocalypse bébé l’a fait à ma place. Je n’ai pas besoin de réinventer la féminité en crachant par terre et en portant des Dr Martens — les keupones de King Kong Théorie l’ont fait à ma place.

Les romans de Virginie Despentes prennent généralement place à Paris et mettent en scène des personnages, le plus souvent féminins, marginaux. Plusieurs de ses romans, comme Baise-Moi, Les Jolies Choses, Bye Bye Blondie, Apocalypse bébé, racontent l’histoire de jeunes femmes que la vie a écorchées très tôt : agression sexuelle, maladie mentale, absence des parents, drogue, alcoolisme. Pourtant, ces femmes sont rarement des victimes dans les récits de Despentes : elles parviennent à se faire une place dans la société en contournant la norme, en trashant durant des concerts de heavy metal ou encore en misant sur leur physique pulpeux pour réussir dans le monde de la musique pop. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises femmes chez Despentes, de bonnes ou de mauvaises féministes : il n’y a que des femmes qui font tout pour réussir, voire seulement survivre, dans une société sclérosée.

Les livres de Virginie Despentes sont des livres qui me font du bien, car grâce à eux, j’exulte mes pulsions rageuses avec un véritable plaisir littéraire. Ses romans sont des page-turners dignes des plus grands romans à suspense. L’écriture de Despentes est incisive et efficace. Tout en venant chercher le lecteur (et encore plus spécifiquement la lectrice) au fond des tripes, elle l’invite à réfléchir, à regarder le monde autour de soi avec un nouvel œil. Ça, c’est libérateur.

Et vous, quel est le livre qui vous a libéré à sa lecture?

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Quelques trucs pour lire un peu plus!

C’est difficile de trouver du temps. On agrippe les minutes qui s’envolent plus rapidement qu’une feuille d’automne au mois de novembre. Pour 2017, je me souhaite principalement une chose : arracher à mon horaire hyper trop chargé quelques minutes pour lire. Malgré le fait que je suis une étudiante en littérature, je dois m’avouer que hormis les lectures obligatoires, c’est rare que j’ouvre un livre par simple plaisir, parce que j’ai tellement de choses à faire durant ma journée. Or, y’a beaucoup d’occasions manquées aussi. Et c’est la faute à qui? À moi, juste à moi. À la place de dérouler mon fil d’actualité sur Facebook ad nauseam, je pourrais probablement en profiter pour tourner quelques pages… J’ai donc trouvé quelques petits trucs (sans réinventer la roue, qu’on se le dise) pour que vous, belles personnes, trouviez le temps de lire un petit peu plus.

  1. Métro, autobus, déplacements…

Celui-là, il est classique, mais c’est le truc qui m’a fait renouer avec la lecture pour le plaisir. Avant, je passais mon temps en métro à écouter ma musique, à regarder les gens (héhéhé) et à… juste ne rien faire de réellement pertinent. Maintenant, je traîne toujours un livre dans mon sac à main et je l’ouvre une fois arrivée dans le monde souterrain. Le temps en transport en commun passe bien plus rapidement et je suis plus zen une fois arrivée où je voulais aller. Win-win!

  1. Vive les romans fragmentés!

Les romans fragmentés, c’est la vie. Pourquoi? Parce que ça se lit super bien, tu peux prendre les pauses que tu veux sans perdre le fil de ta lecture (parfait pour les pauses de quinze minutes pendant ton cours du mardi soir) et que ce sont des livres généralement rapides à lire. Bref, tu dévores un livre sans même t’en rendre compte! Vite de même, je te conseille de lire Déterrer les os, de notre fileuse étoile Fanie Demeule, qui traite des troubles alimentaires d’une façon sincère et prenante.

  1. Ne pas sous-estimer les lectures de chevet.

À la place de surexciter ton cerveau à coup de Netflix ou d’Instagram avant d’aller au lit, pourquoi ne pas calmer ton corps surmené en glissant tes yeux sur les pages blanchâtres et rassurantes d’un bon vieux roman? (Ou d’une bande dessinée, ou d’un recueil de poésie…) En plus du sentiment valorisant d’avoir bien utilisé ton temps, tu vas doucement préparer ton corps au sommeil.

  1. Réserver une case « lecture » à son agenda.

On note bien nos rendez-vous obligatoires dans notre agenda, alors pourquoi ne pas se donner un rendez-vous lecture, hein? De cette façon, tu priorises quelque chose que tu aimes tout en te donnant le droit de décrocher un peu de la vie éreintante que tu mènes sans même t’en rendre compte, bien souvent.

Et voilà mes quelques trucs qui me permettent de lire un peu plus pour le plaisir (malgré le fait que je dois lire en moyenne deux livres/semaine pour mon BAC en littérature, hiiii!), en espérant que toi aussi, tu ouvres un peu plus souvent tes bouquins! Et si vous en avez, quels sont vos trucs?

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Les mots seront toujours amplement suffisants

Je suis de celles qui préfèrent les mots. Malgré l’émergence des médiums promouvant l’image, je suis de celles qui croient en l’invisibilité, en la puissance de ce qui est seulement écrit, dit et parfois, tu. À mes yeux, les mots seront toujours amplement suffisants et le visuel, jamais à la hauteur. Le livre ne mourra pas tant que moi je vivrai. Vous ne pouvez pas rivaliser avec le pouvoir de mon imagination et la justesse d’une plume. C’est la première raison pour laquelle j’ai eu peur lorsqu’il a été annoncé qu’un film serait fait sur l’écrivaine Nelly Arcan.

Rappelez-vous, je vous avais fait part de mes impressions sur le Fil Rouge il y a quelques mois juste ici. En cet après-midi, plongée dans l’obscurité presque totale d’une salle de cinéma, mes doutes et mes inquiétudes se sont confirmés. Le long métrage Nelly n’avait pas raison d’être. Les meilleures séquences de l’oeuvre cinématographique demeurent les moments où Mylène Mackay lit des passages des écrits de la défunte auteure. Car les mots seront toujours amplement suffisants.

Je ne reproche rien au film. Esthétiquement magnifique. Accompagné d’une musique spécialement créée pour le film par Dear Criminals. Performance grandiose de l’interprète de Nelly. Or, vide. Et pas comme celui que peut laisser flotter la lecture de l’oeuvre de cette femme. Il ne m’a rien appris. Je n’y allais pas pour apprendre. Je m’y suis rendue de reculons. La boule dans la gorge avant même d’entrer. J’avais l’impression de la trahir. Fais-je partie de ces ingrats qui ont toujours voulu savoir? Je me convins que non.

« C’est votre histoire?

C’est important?

[…]

Certaines choses sont vraies. D’autres non.

[…]

En dehors de l’écriture, je ne suis rien. »

N’étais-ce pas assez clair? Pourquoi les mots n’étaient-ils pas suffisants? Pourtant, ceux-ci avaient et ont toujours une telle capacité à nous introduire dans l’intimité même de ce qui devait être vécu. Je ne comprends toujours pas ce désir de l’exposer à nouveau. Même après sa mort. Tout posthume n’est pas bon, ni beau. Comment se permettre cela alors qu’on fait dire à l’actrice « Forcer le monde à devenir public » ? Alors qu’on soulève le fait que l’exposition n’a pas été bénéfique pour elle. Ce qu’elle voulait par-dessus tout, c’est que son oeuvre soit lue. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait et ce que je ferai jusqu’à la fin.

« J’ai vécu des choses pour les écrire. »

« J’ai l’impression que tout me tue. Les mots me tuent. »

« Publier a été pour moi une perte. »

« Il y a trop de regards. »

Les regards. Ce qu’elle a toujours désirés. Et, à la fois, ce qu’elle a toujours craints. C’est dans les yeux des autres qu’elle se voyait être. Dans ceux des hommes qui la «baisaient». Dans ceux des femmes à qui elle se comparait. Et lorsqu’elle ne s’y voyait pas, c’était la déchéance. La peur de ne pas être aimée, de ne pas être désirée la hantait. C’est ce que les mots laissés nous disent. Pourtant, il fallait montrer la putain, l’amoureuse. Beaucoup plus que l’écrivaine qui demeure mystérieuse, sous-exploitée.

« Puisque tu ne me regardes pas, je me suis placée moi-même dans ton regard. »

« Est-ce que tu me trouves belle? Est-ce que tu as envie de moi?

« M’aimes-tu? »

Or, que se passait-il lorsqu’elle croisait son propre regard? L’éternel poursuite dans le miroir. La quête d’une perfection physique sans fin. L’obsession d’un corps, celui qui ne sera jamais tel que voulu. Et la cinéaste a bien tenté d’offrir le tout à nos yeux trop avides de savoir, mais comment donner ce qui ne nous appartient pas? Comment donner à voir ce qu’elle ne percevait pas elle-même dans sa chair et dans son âme?

« Je pourrais vous décrire la beauté du monde si je pouvais la voir. »

Rien n’est fait avec maladresse. Pourtant, tout est interprété et présenté sous un certain angle, et ce, malgré les multiples facettes qui ont été largement acclamées (l’écrivaine, la putain, l’amoureuse et la star). Sous un certain angle, certes, mais jamais celui de Nelly. Pourquoi? Parce qu’elle-même ne savait où se situer. Notre identité est insaisissable. Elle se veut mouvante et malléable. Cette quête est propre à chacun et tenter de s’approprier celle d’un autre ou d’une autre est excessivement délicat. D’autant plus, lorsque celle que l’on désire aborder est morcelée et éparpillée de par le monde micro et macro. D’autant plus, lorsque celle dont l’on veut traiter est empreinte d’une fragilité de glace et qu’elle se laisse manipuler comme le verre sous le souffle de l’artiste.

« J’avais besoin d’appartenir à quelqu’un. J’appartiens à ceux qui me prennent. »

« Tout ce qui m’arrive concerne quelqu’un d’autre que moi. »

« Je suis à côté de moi. »

« J’ai besoin d’être vue, mais ce n’est pas moi que je montre. »

Et c’est encore ce que nous faisons d’elle, de son corps, de son oeuvre, de sa mémoire. Et quoi encore? Nous lui inventons une vie. Nous collons des passages de ce qu’elle nous a légué ici. Nous réécrivons là. Nous jouons à être Dieu en prétendant savoir alors qu’elle savait ignorer. Un film librement inspiré de la vie et de l’oeuvre de Nelly Arcan nous dit-on depuis des mois. Nous nous faisons créateur d’une liberté à laquelle nous n’avons pas accès. Nous sommes des voleurs d’existence, mais apparemment libres de le faire.

Je dirai cette chose triste et sombre, mais je ne peux la mentir ou la nier. Je continue de penser que nous avons participé à la fin de cette femme qui se cherchait à travers les multiples sillons la constituant. Elle s’est perdue en chemin. Et je pense que ce n’est pas notre devoir de tenter de la retrouver. Après tout, ce n’est qu’une autre sorte de voyage dans lequel nous n’avons été invités qu’entre les lignes. Car les mots seront toujours amplement suffisants.

Les extraits choisis proviennent directement du scénario du film Nelly ou de l’oeuvre écrite de l’auteure Nelly Arcan.

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Espièglerie et sensualité : découvrir Colette un siècle plus tard

Jean Cocteau, célèbre dramaturge et grand ami de Colette, a affirmé que cette dernière était inapte à distinguer le bien du mal. L’œuvre de Colette (1873-1954) s’intéresse au bon, au tangible, et surtout, au sensuel. Célèbre pour ses écrits controverses et sulfureux comme Le blé en herbe (1923), un roman sur une relation incestueuse entre un jeune garçon et sa belle-mère, et Le Pur et l’Impur (1932), sur l’homosexualité, Colette étonne toujours, un siècle plus tard.

Mais c’est depuis la parution de son tout premier roman, Claudine à l’école (1903), que la romancière a cette réputation. Ainsi, « plusieurs ligues pour la défense de la morale publique ne cessent de dénoncer Claudine à l’école » (d’après la biographie de Colette par Francis Gonthier) à la suite de sa parution. Claudine est plus dangereuse que les suffragettes, selon certains, puisqu’elle revendique le droit au plaisir. Par sa représentation positive de plusieurs formes de désir jugées immorales à l’époque (l’homosexualité, l’attirance pour un homme d’âge mûr, etc.), Colette choquait plusieurs de ses concitoyens.

Femme à la vie rocambolesque pour l’époque (et même pour aujourd’hui!), Colette a entamé sa carrière d’écriture sous le regard menaçant de son premier mari, Willy. En effet, les quatre premiers tomes de la série des Claudine ont été publiés sous le nom de ce dernier. Puis, à la suite de leur séparation, Colette publiera le cinquième tome, La retraite sentimentale, sous son propre nom. Elle aura deux autres maris et de nombreuses amantes dans les années après Willy, en plus d’être tour à tour mime, journaliste et propriétaire d’un salon de beauté. En 1954, elle sera la première femme à avoir des obsèques nationales en France. Bref, une femme absolument hors du commun!


Si Colette est plutôt reconnue aujourd’hui pour ses écrits plus ouvertement sulfureux parus plus tard dans sa carrière, je vous recommande néanmoins d’aller jeter un coup d’œil à ses premiers écrits, la série des Claudine. Un voluptueux plaisir de lecture vous attend!

Claudine est une jeune héroïne espiègle qui dévore la vie! D’abord, dans Claudine à l’école (1900), Claudine n’arrête pas de jouer des tours à ses camarades de classe. Puis, déménagée à Paris, Claudine s’amuse avec son petit-cousin Marcel et tombe amoureuse du père de ce dernier, Renaud, qu’elle finira par épouser. Puis, dans Claudine en ménage (1902), sans doute le plus érotique des cinq tomes, on est toujours à Paris avec Claudine et Renaud, mais une troisième figure, Rézi, prend une partie du cœur (et du corps!) de Claudine.

Le quatrième tome, Claudine s’en va (1903), est le seul qui n’est pas écrit du point de vue de notre héroïne, mais plutôt du point de vue d’Annie, une nouvelle amie qui se retrouve dans le cercle de Claudine à Bayreuth. J’ai particulièrement aimé celui-ci parce qu’il permet de jeter un regard extérieur sur Claudine et ainsi de voir toute la force du personnage. Annie est quasiment sans volonté propre, surtout au début du roman, et donc Claudine éblouit par sa force de caractère et son « je-m’en-foutisme » inspirant. Ce n’est donc pas surprenant que Claudine fasse l’objet d’un interdit de fréquentation dans Claudine s’en va puisqu’Alain, le mari d’Annie, reconnaît le potentiel subversif de la sensualité de Claudine : « une seule visite à Renaud et Claudine, ménage réellement trop fantaisiste pour une jeune femme dont le mari voyage au loin » (p. 11). Alain craint Claudine parce qu’elle revendique un droit qu’il nie à sa femme : le droit au plaisir.

Déplié grâce à une plume voluptueuse qui fait sans cesse l’éloge de la nature, particulièrement dans La retraite sentimentale, qui voit Claudine retrouver Annie à Casamène en campagne alors que Renaud est dans les alpes suisses en train de soigner une tuberculose, l’écriture de Colette est ce qui accroche d’abord le lecteur, avant même la merveilleuse et subversive Claudine. Ainsi, l’appréciation sensuelle de la vie de Claudine est illustrée par un style d’écriture riche et figuratif qui présente un plaisir exubérant dans la sensualité de la langue. La plume de Colette est avide de sensations et de plaisirs. Employant abondamment des phrases exclamatives et des interjections, l’écriture de Colette traduit parfaitement la volupté et la jeunesse de Claudine, surtout dans les descriptions de la nature, comme ceci : « Un froissement doux, un chuchotement monotone, mais expressif, presque syllabé, contre les volets clos, m’éveille progressivement… je reconnais le murmure soyeux de la neige. Déjà la neige! » (La retraite sentimentale, p. 161).

La série des Claudine est un véritable bonheur de lecture qui émoustille par moments et surprend à coup sûr!

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L’infini mémoire de notre temps

Rafaële Germain s’intéresse, dans cette petite plaquette jaune, à la mémoire, à l’oubli et aux nouvelles technologies qui ont modifié l’entièreté de nos rapports humains, mais pas que.

Sous forme de petits fragments adressés à son père, la quête de Rafaële Germain est bien évidemment propre à elle-même et à son rapport intime avec la mémoire, les technologies et l’oubli. Elle touche cependant une société entière, me questionnant moi-même sur ces thèmes. Elle s’y attarde toutefois de façon très sincère et vulnérable en s’adressant à son père et en nous dévoilant des parts intimes de ce dernier et d’elle-même. Ainsi, elle s’interroge sur la transmission, l’importance d’avoir des racines, des ancrages réels et concrets.

Inspirée par le décès de son père, l’auteur Georges-Hébert Germain, Rafaële Germain nous raconte comment son père était un homme qui aimait l’histoire, la recherche et comprendre les choses et qu’il l’a inspirée à faire de même. Dans une ère où l’on recherche de moins en moins et l’on oublie de plus en plus (car de toute façon, les données y sont si facilement trouvables), il y a un clash assez important entre cette période Facebook et Google et celle des ouvrages poussiéreux des bibliothèques qu’on devait consulter.

« J’essaie de structurer ma pensée, de ne pas la laisser s’éparpiller — parce que malgré mon rechignagne, je reste une enfant de mon époque, j’ai l’éparpillement naturel et spontané.

J’essaie, malgré moi, de lui faire pousser quelques racines. »

Depuis quelque temps, je regarde de temps en temps la série Black Mirror sur Netflix. Cette série remet en question les changements et les rapports à la technologie qui nous entoure. Que ce soit dans le futur ou le présent, chaque épisode donne un regard unique sur les conséquences que peuvent avoir les technologies sur nos vies. Un présent infini en parle un peu et cela me confirmait ce questionnement criant qui nous hante un peu tous : est-ce que tout ce qui change est toujours pour le mieux? Les technologies nous éloignent-elles de nos vraies valeurs, de nos racines, comme le dit Rafaële?

La même semaine, j’ai vu passé sur mon Facebook (eh oui, comble de l’ironie!) un fabuleux article publié sur The Guardian, Technology is diminishing us, écrit par Jonathan Safran Foer, un auteur formidable, qui se prononce sur les effets dévastateurs que peuvent avoir les technologies et nos nouvelles façons de fonctionner qui frôlent la normalité. On se doit de questionner nos rapports un peu fous avec les technologies et savoir se réapproprier des gestes si sains tels qu’ouvrir un livre pour effectuer une recherche au lieu d’utiliser Google.

L’essai de Rafaële Germain n’a pas de réponse, il soulève toutefois des questions fascinantes, bien propres à notre époque et ce, qu’on y soit connectée (telle que moi, dont le travail relève entièrement du web) ou comme Rafaële, qui se considère déconnectée de son époque. Ce qui est bien de sa quête, c’est qu’il n’y pas de jugement ni de constatation. Elle ne condamne pas les technologies et c’est tant mieux. Sa quête révèle une part de vérité intime, de la douleur d’avoir perdu son père, en premier, par la mémoire, après de corps. Elle y rencontre aussi des experts de la question tels que Jean-Francois Blanchette, professeur à l’Université de Californie à Los Angeles, ce qui vient ajouter à sa posture et développer les questionnements.

« C’était une chose douloureuse et fascinante que de voir ta mémoire se défaire en lambeaux. L’adjectif fascinante semble mal choisi et plutôt déplacé, mais il reste exact : il se passait quelque chose dans ta tête de platement biologique, mais dont les répercussions étaient en grande partie abstraites. 
Mille questions sans réponses surgissaient qui semblaient soudainement d’une pertinence absolue. » 

Je terminerai en disant que je me suis beaucoup reconnue dans cette quête, étant moi-même souvent à la recherche d’un équilibre parfait qui, je crois, n’existe pas. Combien de temps par jour devrais-je regarder mes courriels, y répondre et être sur Instagram? Je ne le sais pas très bien, mais j’essaie tout de même de garder mes racines bien profondes et pour moi, cela passe par la lecture. Cette activité qui ne se démode pas et qui ne sera jamais à améliorer, parfaite est-elle déjà! Un essai qui nous fait réfléchir à son propre rapport aux technologies et qui nous ramène à l’essentiel.

À lire si la question vous intéresse et si vous vous sentez parfois un peu trop enseveli sous les technologies…

Si vous sentez que vous vous « éparpillez » un peu trop…

P.-S. : Allez lire le sublime Racines de Marianne Ferrer en complément à cette lecture!
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Entre fragilité et hostilité : l’intime

Paru en octobre dernier aux Éditions Poètes de brousse, Amélia est le deuxième recueil de poésie de Laurence Lola Veilleux, son premier étant Chasse aux corneilles (2014). Je n’ai pas tendance à choisir un livre seulement par instinct, je m’informe et je m’inspire des lectures des autres (#lefilrougelit), puis je choisis ce que je vais lire. Au Salon du livre de novembre dernier, je me suis laissé guider quasi aveuglément à travers les publications de Poètes de brousse. Amélia a été choisi par sa couverture envoûtante et son titre énigmatique. Qui est Amélia?

Amélia est cette fille prise dans les bois, hors du temps, comme la décrit l’auteure du recueil. Elle y habite, elle y apprend à chasser, à pêcher, à dépecer, à faire ce qu’elle doit faire et non ce qu’elle veut faire. À travers les métaphores puissantes, Amélia se dévoile comme mise à nu devant nous, elle est l’animal pris au piège de sa propre vie, celle où l’issue semble inexistante, celle gardée par son père dans un monde qui ne lui appartient plus.

Je suis

l’animal qui gruge sa patte au piège

c’est interdit de me toucher le ventre.

Dans une cohabitation entre symboles et imageries, la forêt se déclare puissante, puissante d’étouffer un désir lointain et de maintenir Amélia prisonnière d’une vie, prisonnière de son père. C’est entre la fragilité de sa vie et l’hostilité englobante de celle-ci que l’intime surgit de l’abysse dans lequel il semble enfoui. Les mots apaisent une blessure et la poésie éclectique la guérit.

Facile d’avaler la forêt entière

la recracher dans mes mains

se retourner vers le ciel

moi seule derrière

trop de chemin

devant.

Les mots crus éclatent le recueil et alimentent la violence de l’intime qu’on partage avec cette Amélia radicale et captivante. Parfois écrit au « je », parfois écrit à la 3e personne, on partage un accès direct aux pensées d’Amélia, tout en maintenant habilement une certaine distance par la 3e personne, ainsi nous sommes Amélia et nous regardons celle-ci de plus loin, d’un regard presque intrus. D’une façon bien originale, l’auteure rappelle les complexes des relations à caractère protecteur excessif et la façon de s’en libérer qui, bien que tant désirée, n’est pas si agréable.

J’attends

je n’espère rien du désordre

 

je parle pour parler

parle de qui parle de rien pour personne

 

je suis tombée souvent

à trouver le nombre de lampes à huile

qui me séparent du soleil

 

ça ne rapporte pas grand-chose.  

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Quiet, the power of introverts in a world that can’t stop talking: l’introversion dans l’oeil de Susan Cain

Comment percevez-vous l’introversion?

Pour ma part, elle fut cette amie bienveillante m’ayant tendu la main lors de ces soirées plus tristes où, en pyjama, emmitouflée sous la couette, les pages de mon roman se tournaient pratiquement au même rythme que les conversations et les rires cantonnés à tue-tête par mes amies qui, vêtues de leur plus beaux apparats, participaient non loin de chez moi à ces soirées (dont les invitations et les propositions furent presque à coup sûr déclinées poliment par ma personne, n’appréciant guère ces conversations anodines (et bien souvent forcées, il faut dire) entretenues gaiement auprès d’inconnus dont les visages et les noms disparaissent rapidement à la lueur de l’aube).

Lorsque l’introversion ne s’amuse pas à façonner mes dimanches pluvieux, passés en solitaire, loin des soubresauts et des brouhahas de la vie quotidienne, celle-ci devient alors cette amie impitoyable qui, assise auprès de mes pairs, ricane malicieusement devant ma voix chevrotante et la pâleur de mon visage, lors d’exposés oraux, séminaires, ou tous autres événements nécessitant une prise de parole devant une cinquantaine (et même plus dans certains cas!) de paires de yeux (pour ma part, les discours prononcés dans des mariages sont pour moi de véritables cauchemars!).

En somme, si l’introversion est à bien des égards une partie intégrante de moi-même, qu’en général il m’est plutôt facile d’accepter, il y a de ces moments où l’envie me prend de la laisser sur le perron d’une maison voisine, balayant du revers de la main ces instants de culpabilité ressentis face aux excuses préfabriquées, nombreux malaises (ah, ces fameux moments où une amie m’annonce à la toute dernière minute qu’elle se présentera à notre rendez-vous accompagnée d’un ami que je ne connais pas du tout) et sourires forcés.

L’Introversion, cette mal-aimée 

Ainsi, il est inutile de vous dire que la parution de l’ouvrage Quiet, de l’américaine Susan Cain, a bien évidemment suscité mon intérêt. Véritable ouvrage de référence en la matière, Quiet offre l’examen minutieux de l’introversion. Désirant redonner les lettres de noblesse de cette dernière (largement sous-estimée dans une société où l’extroversion est extrêmement valorisée, que ce soit au sein du milieu professionnel, académique ou personnel: les passages traitant de la Harvard Business School et du fonctionnement académique de certaines écoles américaines, où l’extroversion est littéralement un pré-requis dans la réussite universitaire, en sont des exemples flagrants), Cain dénote les nombreux atouts et qualités que possèdent les gens introvertis, et ce par l’entremise d’exemples tirés de l’Histoire (l’auteure établit entre autres de courtes chroniques sur quelques figures marquantes (et introverties!) tels que Rosa Parks et Chopin) , d’anecdotes personnelles, d’observations dans les milieux scolaires et professionnels, et de diverses études effectuées dans le domaine de la psychologie. De ce fait, la lecture de Quiet s’avère nécessaire, dans la mesure où celui-ci offre un éclairage nouveau (ou méconnu par plusieurs!) sur le sujet (par exemple, le concept biologique de la  »sur-stimulation » explique en quoi plusieurs, suite à des événements sociaux, ressentent l’absolue nécessité de s’isoler au sein d’endroits plus calmes). Aussi, Cain défait de nombreux mythes, présents dans la pensée populaire (par exemple, celle-ci établit la différence entre la timidité et l’introversion, deux traits de personnalité très souvent associés/confondus l’un avec l’autre).

Pari réussi? 

D’un point de vue plus personnel, j’ai grandement apprécié le regard anthropologique que pose Cain lorsque celle-ci aborde la vision et la valorisation (parfois différente) de l’introversion-extroversion au sein d’autres sociétés. Brillamment vulgarisé et savamment raconté, Susan Cain réussit donc son pari haut la main: son ouvrage apaise nos doutes (combien de fois me suis-je trouvé anormale, face à mon besoin croissant de solitude?), et nous réconcilie en quelque sorte avec nous-mêmes. Enfin, si l’ouvrage brille notamment par la qualité de l’argumentation et de la pertinence de certaines anecdotes personnelles, il fut à certains moments plutôt difficile de conserver mon intérêt face aux nombreux témoignages et à l’explication de certaines recherches effectuées par de nombreux psychologues: si la partie plus « technique » (où certaines thématiques tirées de la biologie et de la psychologie sont abordées) est essentielle, il aurait été tout aussi intéressant d’approfondir davantage les aspects sociaux-culturels touchant de près l’introversion.

L’introversion dans la littérature (liste établie par Susan Cain) 

Si l’introversion est un sujet qui vous intéresse, voici une petite liste exhaustive que propose Cain, si vous désirez la retrouver au sein d’œuvres de fiction et biographies:

  1. Jane Eyre (Charlotte Brontë)
  2. Le vilain petit canard  (Hans Christian Andersen)
  3. Gandhi: An Autobiography 
  4. le personnage de Margaret Schlegel dans Howards Ends (Edward Morgan Foster)
  5. Une étude en rouge (Arthur Conan Doyle)

(d’autres recommandations sont disponibles en annexe de l’ouvrage)

Et sinon, connaissez-vous d’autres titres où l’introversion est à l’honneur?

*Quiet, est également disponible en français (« La force des discrets: le pouvoir des introvertis dans un monde trop bavard ») publié chez JC Lattès.

Petite note: L’illustration est une réalisation d’Élodie Trudel, étudiante en graphisme à Montréal. Pour jeter un œil sur son univers, ses illustrations et photographies (charmantes et super jolies!) c’est par ici: instagram.com/oh.elo
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Lire à l’ère numérique

Après plusieurs semaines à peser le pour et le contre, j’ai acheté une liseuse avec l’argent que j’ai reçu en cadeau pour ma fête en mars dernier. J’avais pris la résolution de recommencer à lire en 2016 — j’avais arrêté de lire pour le plaisir au secondaire — et une liseuse me semblait être un gadget pratique dans la réalisation de mon défi personnel.

Avec les livres numériques qui sont maintenant très accessibles et le nombre grandissant de personnes que je vois utiliser une liseuse dans les transports en commun, j’ai pensé qu’il serait intéressant de comparer les avantages des livres en format numérique avec ceux des livres en format papier. Ce ne sont pas des listes exhaustives et il se peut très bien que j’oublie de mentionner certains points. Alors, n’hésitez pas à partager votre opinion sur le sujet dans les commentaires!

Les livres numériques

  • Le poids des liseuses est, selon moi, leur plus grand avantage en comparaison avec les livres papier. Grâce à elles, il est maintenant possible de trimbaler l’œuvre complète de Victor Hugo ou les sept tomes d’Harry Potter — c’est au choix — dans son sac sans jamais avoir mal au dos.
  • Elles sont très pratiques pour lire dans les transports en commun. On peut tenir la liseuse et changer de page à une main, ce qui permet de garder l’autre main libre pour s’agripper au poteau du métro.
  • En parlant de transports en commun, les liseuses permettent d’éviter les regards gênants que garantit la lecture de livres comme Caresses magiques ou Faire l’amour.
  • On peut surligner les passages qui nous ont marqués (ou ceux qui étaient simplement très bien écrits) sans avoir un petit pincement au cœur à l’idée d’écrire dans un livre; surtout si le livre ne nous appartient pas, car tout le monde sait qu’une place spéciale est réservée en enfer pour ceux qui abîment les livres empruntés!
  • Les liseuses facilitent aussi la lecture dans d’autres langues avec leurs nombreux dictionnaires téléchargeables qui permettent de chercher un mot ou une expression en maintenant son doigt sur le mot inconnu.
  • Plusieurs modèles viennent avec une lumière qui éclaire le texte à partir des côtés de l’écran. Ainsi, il est possible de lire peu importe l’éclairage ambiant, et ce, sans subir les effets néfastes de la lumière bleue.

Bien que les livres numériques soient moins chers que ceux en format papier, je ne considère pas leur prix comme un avantage puisqu’il faut prévoir une centaine de dollars pour l’appareil. Emprunter le livre à la bibliothèque sera toujours l’option la plus économique!

Les livres papier

  • Télécharger un roman sur sa liseuse n’égalera jamais le sentiment de pur bonheur que l’on ressent en sortant de notre librairie préférée, un nouveau roman à la main.
  • Bien que certaines bandes dessinées soient disponibles en format numérique, je préfère de loin les lire dans leur format original. Puisqu’elles sont majoritairement composées d’illustrations, l’option de modifier la taille du texte n’est pas disponible pour les bandes dessinées, contrairement aux romans.
  • Ce n’est probablement pas le premier avantage qui vient à l’esprit, mais les livres papier sont les seuls qui peuvent être dédicacés. À ce sujet, j’ai récemment acheté un exemplaire papier de Station Eleven malgré le fait que je le possédais déjà sur ma liseuse. C’est un de mes romans préférés et je ne pouvais tout simplement pas passer à côté de l’occasion de rencontrer son auteure lors du dernier Salon du livre de Montréal!
  • Notre imposante collection de livres sera toujours beaucoup plus impressionnante en étant disposée avec soin dans une bibliothèque bien remplie qu’en étant cachée dans notre liseuse.
  • Finalement, les maisons d’édition portent une grande attention à l’esthétique et à la mise en page des livres qu’elles publient. Depuis quelques années, elles redoublent d’efforts pour offrir des livres aussi agréables à feuilleter qu’ils sont à être lus. Bien souvent, les couvertures de ces livres sont si belles qu’ils finissent par être mis en évidence dans nos bibliothèques personnelles, telles de véritables œuvres d’art.

Même si elles sont en vente depuis maintenant plusieurs années, les liseuses gardent une réputation quelque peu controversée. Alors que certains ont été conquis par le virage numérique, d’autres se montrent plus sceptiques. Une chose est sûre, l’amour des mots est ce qui nous amène à lire et l’histoire sera toujours la même, peu importe le format.

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L’amour, cette imparfaite amitié

D’emblée il faut que j’avoue; je n’ai pas su faire comme Amanda, personnage principal du tout dernier roman de Mylène Bouchard. Je n’ai pas su résister, je n’ai pas eu le temps de désirer, je l’ai consommé, je l’ai consumé même, rapidement. Je n’ai su le déposer que lorsque mes yeux ne voulaient plus que dormir, pour mieux le reprendre le matin suivant.

L’imparfaite amitié, c’est une incursion dans la vie d’Amanda, mère, femme volage, femme de culture, amoureuse; à travers une série de lettres, de documents, de bouts de papier mis dans une boite destinée à sa fille. On y découvre sa vie et surtout, ses réflexions et ses questionnements sur le désir et sur l’amour, dans toutes ses pluralités et, par dessus tout, sur la consommation de celui-ci.

Amanda s’attache, elle aime souvent, plein de gens. C’est après que sa fille l’ait découverte, au milieu de la nuit, revenant d’une balade avec un amant, qu’elle prendra une décision, celle de résister.

Pour s’y tenir, elle fait un pacte: celui de quitter son mari. Elle entrera dans une galerie de Prague, tombera en amour avec un tableau, le désirera, en apprendra les formes et les couleurs par coeur, mais jamais elle ne le possèdera. C’est pas l’entremise de cette relation avec l’oeuvre d’art qu’elle apprendra à résister. Le jour où quelqu’un d’autre entrera dans cette galerie et achètera son tableau, elle quittera son mari, sa vie, ses fantômes, pour se reconstruire.

L’imparfaite amitié est à la fois une ode à la correspondance, à l’amour, à l’amitié et à toutes les failles et contraintes qui rédigent les relations et liaisons entre deux humains. L’imparfaite amitié, c’est aussi très beau, puissant, émouvant. C’est introspectif et contemplatif, plein de sensibilité et de réflexions sur les relations, les possibilités qui se trouvent, ou ne se trouvent pas, entre l’amour et l’amitié.

À travers les positions et réflexions d’Amanda, c’est un univers quelque peu philosophique qui s’ouvre au lecteur. C’est un besoin criant de se comprendre, de s’accepter, d’être libre et de faire la paix. C’est le besoin d’être seule, envers et contre tout, pour résister, aimer très fort et ne plus consommer ainsi les relations, les amitiés, les humains.

Aimer très fort, résister, choisir.

Je me suis retrouvée dans les réflexions d’Amanda et je suis convaincue que je ne serai pas la seule, il est difficile de ne pas faire dans l’universel lorsque l’on parle d’amitié et d’amour. Il aurait par contre été facile de tomber dans les clichés, ce que Mylène Bouchard ne fait aucunement. L’écriture est trop belle, les réflexions sont trop profondes, touchantes et vraies pour que ce soit cliché.

Finalement, je ne pourrais outrepasser le travail de typographie et de mise en page de ce roman qui ajoute, sans aucun doute, à sa beauté.

C’est un livre que je relirai parce que c’est le type de récit qui prend le sens qu’on lui donne, un sens parfois différent, au fil des lectures.

Et vous? Quel est votre roman « valeur sure » qui aborde les thèmes de l’amitié et de l’amour? 


P.S :Si vous voulez découvrir un autre roman de Mylène Bouchard, voici la critique qu’a faite Marie-Hélène du roman La Garçonnière. 

Le fil rouge remercie les éditions La Peuplade pour le service de presse.

Crédit photo: Martine Latendresse Charron

Rénovations

Lorsque Martine m’a mis dans les mains le premier roman de Renaud Jean, je n’avais pas de réelle attente. Souvent, lorsque je choisis un roman, c’est par sa page couverture, son titre, son auteur, ou parce que j’en ai entendu beaucoup de bien. Il est rare que je lise la quatrième de couverture, comme si je voulais me garder la surprise.

Aller chez Martine se résume souvent à ressortir avec un nouveau livre en main. Cette fois-là, ce fut Rénovation de Renaud Jean, roman des Éditions du Boréal. Bien que je juge souvent le roman par sa couverture, j’ai décidé de ne pas le faire cette fois-ci, parce que je dois vous l’avouer, elle ne m’inspirait pas. Je n’avais jamais entendu parler de l’auteur, ni de son roman. C’est donc sans arrière-pensée que j’ai entamé ma lecture. Rénovation est très court.

On y fait la rencontre d’un personnage plutôt casanier qui aime sa routine, son appartement, que j’imagine totalement blanc. Le personnage semble sans couleur, sans personnalité, en fait il semble surtout pris dans une peur, une peur que nous ne connaissons pas encore. Et c’est alors que la première péripétie arrive. Deux hommes viennent s’installer chez lui et commencent à rénover son appartement.

Malgré tous ses efforts pour les faire disparaître, ils restent chez lui. Essayant de s’en sauver, il se construit sa chambre sous sa table de cuisine, à l’abri des rénovations. Malgré sa peur, il réussit à se créer des liens d’amitié avec ces deux personnages. Plus tard, il déménagera dans un « centre », qui l’amènera à travailler pour « YOLO Aventures », qui se trouve à être un parc d’attractions. Enfin il se sentira valorisé, car il aura un poste à sa juste valeur : chef des monorails.

L’environnement créé par l’auteur me laisse croire à une grande métaphore sur un homme qui vit d’anxiété sociale. Cette anxiété devenant trop envahissante, il est alors amené dans un centre et les deux hommes qui « rénovent » son appartement représenteraient des intervenants. L’emplacement du parc d’attractions pourrait représenter la réinsertion sociale du personnage. Le personnage semble vivre avec divers problèmes d’habiletés sociales et grâce à l’aide de ces deux intervenants (les hommes qui ont envahi son appartement), il a pu avoir ce travail. Ou peut-être est-ce moi qui vais un peu trop loin dans ce que l’auteur souhaitait nous raconter. Reste que j’aime m’imaginer l’histoire de cette manière. Pour moi, Renaud Jean fait une critique de notre société d’aujourd’hui et de ses services gouvernementaux.

Rénovation fut une belle découverte. Je suis très curieuse de savoir où l’auteur pourrait nous emmener dans un futur roman.
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