Derniers Articles

Les blessures d’un fantôme racontées par Ying Chen

Ying Cheng a déjà fait paraître plus d’une dizaine d’ouvrages, mais au moment de lire Blessures, son dernier roman, je n’avais lu aucun de ceux-ci. Maintenant que j’ai fait connaissance avec l’œuvre de Ying Chen, j’ai l’intention de lire davantage de ses romans, car j’ai trouvé ma lecture agréable, et son style et son approche uniques.

Blessures aborde la vie d’un médecin né en Occident qui se rend soigner des blessés dans une guerre révolutionnaire à l’autre bout du monde. L’auteure nous raconte les errements du fantôme de celui-ci plusieurs années après sa mort alors qu’il retourne sur les lieux où, dans des conditions rudimentaires, il soignait des blessés sur le front. Bien que son nom ne soit jamais mentionné, la vie de l’homme dont il est question ressemble à celle de Norman Bethune.

Pour ceux qui ne connaissent pas Norman Bethune, il s’agit d’un chirurgien canadien qui, en 1938, se rend en Chine alors que la guerre sino-japonaise est en cours. Dans une région rurale reculée de ce pays, il forme des soignants, opère des blessés et installe des hôpitaux. Il meurt le 13 novembre 1939 d’une septicémie provoquée par une coupure au doigt. À la suite de sa mort, Mao Zedong fait de lui un héros de la révolution chinoise. En Chine, il est remémoré comme une légende alors qu’au Canada, en raison de son étiquette de communiste, plusieurs années s’écoulent avant que ses accomplissements ne soient reconnus.

Dans Blessures, l’auteure dépeint des scènes qui se sont déroulées au temps où le médecin soignait des blessés sur le front, mais elle suit aussi son fantôme. Ce dernier observe d’un œil critique la modernisation de la Chine, rencontre les personnes qu’il a côtoyées autrefois sur le champ de bataille et revient sur les tourments personnels qui l’ont habité de son vivant. Par l’entremise du fantôme de Bethune, Ying Chen aborde plusieurs sujets à la fois tels que l’évolution de la Chine, le regard que porte l’Occident sur l’Orient, la guerre, l’endoctrinement et les aspirations que porte un individu. Les réflexions sont belles et profondes.

Blessures n’est pas facile à lire, et ce, d’autant plus que le récit transcende les époques. À plusieurs reprises, j’ai dû relire une phrase deux fois pour en saisir le sens, mais heureusement cela n’a pas rendu ma lecture moins agréable. Il faut juste prendre le temps de lire ce roman pour l’apprivoiser, autrement l’on risque de passer à côté de sa beauté. Une fois familiarisé avec le style, on ne peut que se laisser charmer par ce magnifique roman.

cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Les sorcières de la république : Le délire littéraire de Chloé Delaume

Mon premier contact avec Chloé Delaume se fit dans un cours de littérature et psychanalyse avec son livre Le cri du sablier. Un autofiction propre à l’auteure, au style singulier, à la symbolique forte. L’autofiction, c’est vraiment la niche dans laquelle c’est posée Delaume, ayant même écrit des essais sur le sujet. C’est pourquoi plusieurs furent peut-être surpris à la sortie de son tout dernier roman, Les sorcières de la république. Roman qu’elle appelle son premier, puisque, pour la première fois, elle s’extirpe du soi pour plonger tête première dans la fiction.

Avec Les sorcières de la république, Delaume n’a pas fait les choses à moitié. C’est la France entière qu’elle a mise en fiction dans cet ovni littéraire. Pour faire une histoire courte, on y raconte le procès de la Sybille, conseillère des déesses grecques, une cinquantaine d’années après qu’elles aient pris le contrôle de la France. Après une fin du monde qui n’eut jamais lieu (en 2012), les déesses décidèrent de reprendre le pouvoir en créant le parti du cercle, un parti politique féministe qui, après trois ans, implosa. La France entière vota donc ensuite pour un grand blanc, une amnésie collective leur permettant d’oublier ces trois années maudites. Ce n’est que longtemps après qu’on fera le procès de l’entièreté du mouvement, sur le dos de la Sybille, seule figure survivante et prête à raconter l’histoire.

Vous êtes déjà perdu, essoufflé? Ce n’est pourtant pas tout. L’entièreté du roman est construit comme un bulletin télévisuel futuriste où une animatrice fait le point sur des mondanités et dans lequel on nous présente à la fois des pièces à convictions, des échanges de courriels et des « pauses télévisuelles » pour nous relaxer les neurones.

Oui, c’est un roman très étrange. C’est un roman dont j’ai sauté quelques pages qui s’étiraient, dont je n’ai clairement pas tout compris, mais pourtant, j’ai apprécié ma lecture. Bien que, à mon avis, Delaume pousse un peu trop loin son concept et se perd parfois dans ses idées, son roman est en fait une grande critique sociale où se côtoient modernité, politique, culture populaire et féminisme, le tout proposé de manière très dérisoire. Je crois que c’est le type d’ouvrage qu’il ne faut pas trop prendre au sérieux, acceptant le délire qui y fuse de toutes parts.

J’ai apprécié parce que le concept, l’idée et la façon dont l’histoire est apportée et construite sont géniaux et réfléchis, ça déborde d’absurdité, d’humour, d’imagination et c’est justement ce qui rend ce roman divertissant. Je crois qu’il faut faire preuve d’un véritable talent d’écriture pour être capable de divaguer autant tout en offrant, comme produit fini, quelque chose qui se tient et qui frappe.

Pour vous en donner une petite idée, je vous laisse avec deux extraits qui, à mon sens, représentent bien la dualité absurdité/critique sociale présente dans Les sorcières de la république.

Échange de courriels entre Artemis et Jésus Christ :

Mon père ne peut pas se remettre de la disparition d’Allah, encore moins à présent qu’il n’y a plus de plan, de Nouvelle Jérusalem, et que le Jugement dernier s’applique grâce à des algorithmes inventés par Mark Zuckergerg. La semaine prochaine, mon père a rendez-vous avec Raël, le manager de Justin Bieber et les représentants du Pastafarisme, et il dîne vendredi soir avec BHL (Bernard-Henri Lévy)

La Sybille qui parle de la verbothérapie (méthode de coaching développée par le parti du cercle) :

L’objectif, c’est d’utiliser la puissance de la langue pour se réapproprier sa capacité d’action. Modifier le réel par les mots, au-delà du Dire, c’est faire, donc du performatif. Envisager son existence comme une phrase, résumée, épitaphe. Écrite, fixée, figée par d’autres. Envisager sa mutation par la prise en main de cette phrase. Dans cette phrase où vous êtes avant toute chose un adjectif, incapable de conjuguer votre moi comme vous le souhaitez.

Finalement, je crois que ce sont les mots d’autrui qui sauront le mieux mettre un terme à cet article et dire ce que je pense de ce roman, sans détours.

L’auteure épingle avec un humour grinçant les travers de notre société: la politique spectacle, l’info en continu, l’hyperconnectivité, la crise européenne, et surtout, l’éternelle domination masculine et le manque de solidarité entre les femmes. Elle prolonge son questionnement sur l’identité, à l’échelle collective cette fois. […] Hilarant, audacieux et poétique, Les Sorcières de la République s’adresse à celles et ceux qui veulent changer les choses. Pour qui croit au pouvoir des mots, ce roman agira comme un envoûtement.  

http://laregledujeu.org/2016/08/29/29740/les-sorcieres-de-la-republique-la-conversion-de-chloe-delaume/

Le fil rouge tient à remercier Dimédia pour ce service de presse .

cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

31 jours de bibliothérapie, jour 20 : Pour apprendre à se trouver superbe

31 jours de bibliothérapie c’est notre calendrier de l’avent, c’est 31 thématiques et bien plus que 31 suggestions de livres qui font du bien.

Pour apprendre à se trouver superbe

Milk and honey de Rupi Kaur, Suggestion de Marjorie R
« Milk and honey, de Rupi Kaur, est un recueil de poésie et d’illustrations qui frappent et touchent là où ça fait mal, mais qui fait tellement de bien en même temps. C’est le type de recueil dans lequel on s’effondre, pour mieux se reconstruire, dans lequel on se retrouve, on se comprend et on grandit. Pour toutes ces raisons, et pour mille et une autres, Milk and honey est parfait pour se trouver forte et belle, comme nous sommes, tout simplement. »

Lili Klondike de Mylène Gilbert-Dumas, Suggestion de Raph B.Adam
« 
Ce roman en trois tomes raconte les récits parallèles de deux jeunes femmes férocement indépendantes, qui défient les conventions sociales de leur époque pour se lancer dans la ruée vers l’or du Klondike! Impossible de ne pas s’attacher aux héroïnes et de ne pas avoir envie de marcher dans leurs traces… comme dans presque tous les romans de Gilbert-Dumas, l’image de la femme qui décide de reprendre le contrôle de sa vie ne peut que nous inspirer à se trouver “belles, bonnes et capables”, nous aussi! »

C’est pas facile être une fille tomes 1 et 2 de Bach Illustration, Suggestion de Camille

Ariel, de la poésie envoûtante

Sylvia Plath, ce nom. Ce nom qui, dès qu’il est évoqué, nous envoûte dans la beauté de son art. Ariel est sans doute le recueil de poésie le plus connu de l’auteure et poétesse. On y retrouve ses poèmes les plus populaires. Bien qu’écrit de son vivant, ce recueil a été publié en 1965 à titre posthume, soit deux ans après son suicide en février 1963. Il est évident que Sylvia Plath a su laisser sa marque dans le monde littéraire par une écriture sincère et symbolique.

Ted Hughes, son mari, a fait le travail d’assembler et de choisir les poèmes à inclure dans le recueil afin de donner un résultat authentique à l’image de l’auteure tourmentée. En effet, Sylvia Plath, très bonne étudiante, était considérée suicidaire pendant une grande partie de sa vie. Elle aura essayé à maintes reprises de s’enlever la vie, en vain, pour finalement y arriver un triste jour de février. C’est à travers ce recueil et ses œuvres littéraires, comme La Cloche de détresse, un roman autofictionnel, que se développe une certaine relation avec la poétesse défunte. C’est à travers ses écrits que l’émotion se dégage et se comprend. Les poèmes de Sylvia Plath sont emplis d’une véritable authenticité et sincérité, c’est d’ailleurs ce qui en fait une œuvre remarquable et partagée chez les amoureux de la poésie.

Bien que beaucoup de poèmes soient d’une certaine lourdeur, les pensées noires de l’auteure y étant extrêmement reflétées, il reste que c’est un pur bonheur à lire, on partage les bons et moins bons moments de la femme, de la mère et de l’auteure. On y ressent une certaine détresse, une paix intérieure, un adieu, un avertissement, une menace, de l’amour, mais surtout, une véritable voix humaine. Les mots de Sylvia Plath sont beaux et nous font vivre pleins d’émotions, on aurait aimé la sauver, mais en même temps on la laisse partir, on la comprend et l’on est content pour elle.

Sylvia Plath est, depuis ma première lecture de La Cloche de détresse, sans doute mon auteure préférée et il me tarde de tout lire et de tout savoir de cette femme remarquable qui avait un don pour l’écriture et qui savait comment enchaîner les mots pour leur donner une véritable essence et une beauté sublime.

Voici le poème The Hanging Man pour vous donner un avant-goût :

By the roots of my hair some god got hold of me.
I sizzled in his blue volts like a desert prophet.

The nights snapped out of sight like a lizard’s eyelid :
A world of bald white days in a shadeless socket.

A vulturous boredom pinned me in this tree.
If he were I, he would do what I did.

cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

31 jours de bibliothérapie, jour 19 : Pour célébrer le pouvoir de l’amitié

 

31 jours de bibliothérapie c’est notre calendrier de l’avent, c’est 31 thématiques et bien plus que 31 suggestions de livres qui font du bien.

Pour célébrer le pouvoir de l’amitié

Quatre filles et un jean d’Ann Brashares, Suggestion de Marjorie et Anne-Marie)
« À notre avis, Quatre filles et un jean est un incontournable lorsqu’il est question de livres qui parlent d’amitié. Quoi de mieux pour célébrer les pouvoirs de l’amitié que celle de ces quatre amies d’enfance, si différentes mais qui, envers et contre tous, se serrent les coudes. C’est une série qui transcende les générations et dont la fin, le cinquième tome, clos l’histoire de manière forte, émouvante et parfaite, tout en étant si triste. »

Les filles bleues de l’été de Mikella Nicol, Suggestion de Laurence L

L’amie prodigieuse et la suite, Le Nouveau nom d’Elena Ferrante, Suggestions de Gabrielle

Tous les Harry Potter, Suggestion de Vanessa

Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini, Suggestion de Camille

GUÉDAILLES : ce zine féministe tellement nécessaire

Chaque mois, je salis tout ce qui touche à ma vulve. Mes bobettes blanches, vertes, roses sont tachées de rouge, comme si je les avais embrassées avec la plus grande passion. – Les Panthères rouges, GUÉDAILLES, p. 8.

En célébrant le corps féminin et en détabouisant ses fluides, le premier fanzine du collectif subversif non mixte Les Panthères rouges, sauvagement intitulé GUÉDAILLES, nous offre une belle raison de faire gicler notre rage sur le patriarcat d’une voix forte et solidaire. D’une quarantaine de pages, ce zine réunit les voix et les images d’une quinzaine d’artistes désireuses d’essuyer du revers de leurs griffes les litres de male tears qui ne cessent de couler sur nous toutes. Dans le cadre d’une courte entrevue virtuelle, les Panthères – trio composé de Catherine Dupuis, Kim Venn et Stéphanie Roussel – expliquent que l’élément déclencheur derrière la création de leur collectif fut l’Ostie de grosse soirée de poésie subversive organisée par la revue littéraire Main Blanche dans le cadre de la grève de 2015. Mais depuis, pourquoi ce nom les Panthères rouges?

S : Comme nous n’avions pas non plus envie de revendiquer un nom, que nous voulions seulement en parler à travers une voix qui nous serait commune, nous avons choisi de nous surnommer, pour l’occasion, les Panthères rouges. Pourquoi ce nom? Il y a une part d’animalité, de sauvagerie (d’humour aussi) dans la façon dont nous désirons aborder ces thèmes. On veut s’approprier la posture de la folle, de l’hystérique, une désinvolture farouche (qui nous représente aussi hors de la scène). On aime aussi particulièrement la figure du félin : son indépendance, son rapport avec la vulve (la chatte), le fait qu’on est de fières crazy cat lady. 

12987051_784316931699702_7807280401752061314_n

Crédit photo : Kim Venn

 

Au début de leur aventure et à la suite d’une performance au Bistro de Paris, plusieurs messages de femmes furent envoyés aux filles afin de les remercier pour leurs mots. Elles se sont alors dit qu’il y avait un réel besoin de prise de parole au niveau du féminisme et des tabous corporels féminins. Comme Stéphanie le précise : Ça l’a fini par former la belle bête dont nous sommes fières, et à laquelle Kim s’est jointe pour offrir un rendu visuel. On veut s’ancrer dans la monstration, accompagner le texte d’une image ou d’une voix et d’un corps.

capture-decran-2016-11-18-a-20-58-52

Crédit photo : @la.racine/Instagram

 

Derrière ce besoin criant de dénoncer la sacralisation du corps féminin, les Panthères ont voulu faire de leur zine un immense porte-voix permettant à d’autres d’enfin sortir leurs crocs. Puisqu’aucune femme ne possède un vécu similaire, Catherine explique que : Ce zine n’est pas le nôtre. C’est celui des artistes qui l’ont bâti avec nous. Nous voulons continuer à faire des performances et autres projets à trois, à jouer avec nos propres limites. À nous défier. Mais nous voulons aussi être inclusives. Nous ne pouvons pas (et ne devons pas!) parler au nom des autres. C’est pour ça qu’au travers de nos projets plus personnels, nous voulons en faire de plus communautaires. Alterner l’intime et le collectif. Que ce soit le zine, nos cartes de St-Valentin, de futurs ateliers d’écriture. Notre inclusivité reste encore imparfaite, trop collée à notre réseau sans doute. Nous n’avons pas encore collaboré (et c’est une honte) avec des artistes racisées. Nous réfléchissons aux façons de construire des ponts entre les communautés, c’est-à-dire à construire un projet qui leur parlerait, dans lequel elles auraient véritablement envie de s’impliquer. C’est une aventure assez difficile à vivre tou-tes ensemble, à vivre toujours sur la limite, mais dans le respect des autres. C’est une aventure nécessaire toutefois qui doit se bâtir sur une confiance mutuelle et un dialogue constant. Nous ne voulons pas prendre une position autoritaire par rapport à ces autres voix. Pour nous, le zine est un projet qui prend part à ce que nous faisons à trois, sans lui être subordonné. Stéphanie complète immédiatement : Les Panthères rouges n’existeraient pas sans le soutien des autres, si on care pas pour l’autre.

Lire GUÉDAILLES, c’est lire des femmes qui s’expriment sur des sujets comme la sexualité, la pilosité, les menstruations, la masturbation, le rapport au corps, etc. Évidemment, l’entièreté de l’œuvre repose sur une vision féministe, puisque terriblement nécessaire. Selon Stéphanie, Le féminisme, c’est entamer une réflexion sur soi et sur ses privilèges. C’est le début d’une déconstruction […] nous avons tou-tes été socialisé-es à normaliser certaines agressions sexuelles [et] il y a des gestes violents que nous posons inconsciemment (et d’autres consciemment, mais c’est une autre histoire). Avoir une pensée féministe, c’est travailler à les questionner, à les pointer, à les call out pour dénouer tout ça. Elles savent qu’elles dérangent, mais elles savent également qu’il est essentiel – plus que jamais! – de remettre en question les comportements misogynes, sexistes, homophobes, transphobes que nous avons. Et ça, comme le précisent les Panthères, ça ne passe pas seulement dans l’idéal d’une égalité, ça passe dans la valorisation et l’écoute de ces communautés.

Évidemment, je vous invite fortement à encourager ce magnifique collectif en vous procurant le zine. Pour une critique plus axée sur l’œuvre, je vous conseille de lire le billet de Marie-Pier Lauzon pour L’Artichaut Magazine. Et si vous voulez suivre les Panthères rouges, c’est ICI.


cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Le plaisir de ne rien faire. Rien du tout!

Tu as 6 ans.

Fais un trou dans un banc de neige, reste assis dedans.

Prélasse-toi au soleil, ressens la chaleur sur tes petites joues crémées par papa.

Regarde vivre les écureuils.

Ressens le sable se faufiler entre tes doigts.

Reste immobile sur le divan, le chat au creux du ventre.

Fais des films dans ta tête.

Dis que ça ne te tente pas.

Ne pense pas.

Ne fais rien.

Rien du tout!

La vie à toute allure : On accélère. Go! Go! Go! Lève-toi à 5 h, mange vite, habille, déshabille, concentre-toi, apprend, joue, dépêche-toi, apprend encore, le cours de ci, le cours de ça. On se surpasse. On remplit l’agenda, soccer, chant, hockey, flûte à bec, on fait ça vite.

Vite.

Vite.

Trop vite. Surchargé. Fatigué.

Et si on prenait le temps d’observer que le poids, sur les petites épaules de l’enfant que vous aimez, n’est pas trop lourd à porter?

rien-du-tout

L’histoire

Clara a envie de ne rien faire. Elle ne veut que se prélasser dans l’herbe et regarder les nuages. Être attentive à la douceur qui l’entoure. Prendre le temps d’être et de ressentir.

Mais son papa ne comprend pas.

Papa voudrait que je sois occupée du matin au soir. Mais aujourd’hui, ne rien faire, c’est exactement ce que je veux faire!

Rémi, lui, n’a pas cette chance : il a toujours une leçon de ceci ou de cela.

img_0042

Clara a besoin de se détacher de cette vie un peu trop trépidante et elle s’en donne le droit.

Ode au calme et au repos

img_0047

Rien du tout est un beau message pour nos petit.e.s fatigué.e.s, pour ceux et celles qui ont l’impression de ne jamais en faire assez, qui ont peur de décevoir papa ou maman. Cette histoire leur apprend qu’ils ont le droit au repos et à la paresse et que cela peut même être amusant. Évidemment, certains parents, embourbés dans le chaos de notre époque y vivront probablement une prise de conscience. Une belle leçon pour les grands.

Accompagné des illustrations — d’une douceur infinie — d’Amélie Dubois, Rien du tout, écrit par Marie-Hélène Jarry, est un album pertinent, beau et reposant.

img_0052

IMG_9999.JPG

Le fil rouge remercie les Éditions de l’Isatis pour ce livre.
cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

31 jours de bibliothérapie, jour 18 : Pour être dérangé

31 jours de bibliothérapie c’est notre calendrier de l’avent, c’est 31 thématiques et bien plus que 31 suggestions de livres qui font du bien.

Pour être dérangé

La déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen, Suggestion de Karina

Filles en série de Martine Delvaux, Suggestion de Karina

Ce qu’il en reste de Julie Hivon, Suggestion d’Alexandra G :
« Ce roman de Julie Hivon met de l’avant une histoire d’amour entre un frère et une soeur, des jumeaux, des amoureux. Ça choque, c’est dérangeant, c’est intense, mais il y a quelque chose dans ce livre qui est de l’ordre du magnifique. On met des mots sur un amour improbable, incestueux, mais inconditionnel. »

Putain de Nelly Arcan, Suggestion d’Alexandra G. :
«
Putain frappe par cette haine tellement violente envers les hommes, mais également envers les femmes. Un récit autofictionnel qui dérange par ses propos durs, francs et empreints d’une grande franchise sur le désir et le besoin d’être désiré. »

L’ensemble de l’oeuvre d’Amélie Nothomb, Cosmétique de l’ennemi par exemple, Suggestion de Geneviève G.L

Borderline de Marie-Sissi Labrèche, Suggestion de Geneviève G.L

Anima de Wajdi Mouawad, Suggestion de Raphaëlle B
«Pour lire en entier les raisons qui me poussent à mettre ce livre dans cette catégorie, consultez la critique que j’ai faite à ce sujet»

Testament & Drama Queen de Vickie Gendreau, Suggestion de Caroline

L’ensemble de l’oeuvre de Christine Angot, Suggestion de Gabrielle.

La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafond, Suggestion d’Anne-Marie

La cité de verre de Paul Auster, Suggestion de Camille

Lorsque j’étais une oeuvre d’art Eric-Emmanuel Schmitt, Suggestion d’Andréanne

La canicule des pauvres de Jean-Simon Desrochers, Suggestion de Marion

Même le silence a une fin d’Ingrid Betancourt, Suggestion de Marion

L’aveuglement de José Saramago, Suggestion de Marion

Série Écrire l’indicible de Gabrielle Doré sur le blogue :
Et si nous étions ensemble
Je suis une femme adultère
Une semaine de vacances 

Les murmurantes; Découvrir la Mauricie en 6 novellas fantastiques

 

Le collectif de novellas LES MURMURANTES, paru aux éditions Les six brumes, vous entraînera dans l’atmosphère mystérieuse de la Mauricie et vous fera découvrir les lieux de la région sous leurs aspects les plus sombres et surréels.

Laissez-vous ensorceler par la plume envoûtante des Mauriciens :

LES HEURES INDOLENTES, Ariane Gélinas

Damiane, une adepte de l’exploration urbaine et rurale, s’intéresse au village fantôme de Clova. À son arrivée, elle rencontre un des rares habitants de l’endroit qui lui intime de partir et de revenir quelques mois plus tard puisque le village est fermé à cette période de l’année. Refusant de rebrousser chemin, elle décide obstinément de passer la nuit dans sa tente. N’ayant pas écouté la mise en garde, elle découvre peu à peu quel événement dramatique a poussé les gens à fuir le village et pourquoi, étrangement, 36 résidents n’ont pas quitté l’endroit…

Le contexte d’un village fantôme est assurément un terrain fertile pour la littérature fantastique et l’auteure l’exploite à merveille. L’écriture d’Ariane Gélinas a eu le pouvoir de stimuler mon imagination; j’ai été absorbée par les images sinistres qui se créaient et défilaient facilement dans ma tête. Le mystère entourant l’abandon a su créer en moi un sentiment trouble, tout au long de ma lecture.

LES CHUTES, Mathieu Croisetière

Mathieu se remémore des souvenirs troublants. À l’époque du cégep, il avait l’habitude de traîner dans les bars du coin avec ses amis, mais aussi au vieux couvent et au Parc des Chutes de Sainte-Ursule. Il nous raconte les étranges phénomènes qu’ils ont vécus à l’époque et qui les ont marqués à jamais.

Le fait que le narrateur nous décrit un endroit touristique comme les chutes, nous amenant jusque dans les détails de son histoire, fait en sorte que les événements sont bien ancrés dans le réel, les rendant davantage plausibles… et inquiétants. J’ai accroché à cette lecture en grande partie dû à sa narration efficace et entraînante.

LE CLUB DES 4 CONTRE LES DISCIPLES DE THÉO, Michel Châteauneuf

Dans les années 50, à l’époque où ils font leur cours classique au collège de Trois-Rivières, les jumeaux Jean et Réjean Saint-Jean se lient d’amitié avec Jaques, un garçon plus vieux qui, accompagné de sa copine du collège voisin, les entraîne dans les lieux secrets du bâtiment où ils sont confinés. Curieux de ce que leurs enseignants peuvent manigancer dans ces lieux reclus, ils les espionnent et découvrent que les activités secrètes des religieux sont tout autant étonnantes que choquantes…

J’ai été conquise par le style d’écriture de Michel Châteauneuf, par son vocabulaire riche et ses mots habilement choisis. Le contexte captivant, l’interdit, a su faire travailler mon imaginaire. J’ai adoré ma lecture, excepté la fin qui m’a rebutée; pour le sentiment d’inconfort, on peut dire que c’est réussi!

SILVESTRIS, Raphaëlle B. Adam

Lorsque sa grand-mère décède, Marie-Chloé hérite de la maison familiale, située à Saint-Adelphe. Sa mère étant décédée à sa naissance, son père a aussitôt quitté l’endroit, refusant d’y remettre les pieds. C’est donc en omettant d’aviser ses proches qu’elle se rend seule là-bas. Peu de temps après son arrivée, un nouveau-né disparaît. Lors de la battue organisée pour retrouver l’enfant, Marie-Chloé trouve que la petite communauté s’implique bien peu dans les recherches et manque d’empathie face à un événement aussi tragique… Troublée par les comportements étranges des habitants, elle décide de mener sa propre enquête afin d’élucider les mystères de son village natal.

J’ai lu d’une traite cette histoire intrigante qui surprend par sa finale étonnamment féérique. Deux mondes différents, mais combinés à la perfection. La plume de Raphaëlle B. Adam réussit habilement à transporter le lecteur dans son monde sombre, mystérieux et étrangement enchanteur à la fois.

TEMPS DOUBLE, François Martin

Au cœur des années 90, à La Tuque, un garçon de 10 ans reçoit une vieille montre en cadeau. Son grand-père, qui lui a offerte, lui demande de toujours la garder précieusement et lui explique qu’elle a un usage bien particulier qui peut régler ses problèmes… Simon découvre bien assez tôt qu’il y a un prix à payer, que le processus semble réveiller le mal.

J’ai aimé le contraste entre le début plus enfantin, où l’on croit davantage avoir affaire à l’imaginaire débordant d’un enfant et le côté plus glauque, où spectres menaçants et violence se côtoient.

LE SALOON DES DEUX CRÂNES, Frédérick Durand

Un couple visite de la famille à Saint-Tite, en plein cœur du Festival western. Lors d’une promenade en soirée, ils découvrent un mystérieux saloon où ils décident d’aller prendre un verre. L’univers des cowboys de l’Ouest semble plus que réel… et aussi sinon plus violent qu’un film western! Les deux concubins, chez qui la communication semble venir en option, voient soudainement leurs problèmes s’effacer, remplacés par une autre vie fantasmagorique. Le réveil sera brutal.

J’ai adoré l’idée du contexte du Festival western de Saint-Tite et comment l’auteur a su utiliser la culture western et l’irréalité du festival pour amener le lecteur dans un autre monde. On apprend beaucoup à connaître les personnages avant d’entrer dans le côté surréel de l’histoire, ce qui rend l’histoire très crédible : j’y ai cru!

Ces six novellas nous démontrent que l’imaginaire des Mauriciens, en plus d’être foisonnant, est très diversifié; si le style de chaque auteur.e entre dans le registre de la littérature fantastique, les histoires n’en demeurent pas moins singulières et surprenantes.

LES MURMURANTES, Les six brumes, collection frontière

Collectif sous la direction d’Ariane Gélinas avec la collaboration de Frédérick Durand

Avec des textes de :

Raphaëlle B. Adam, Michel Châteauneuf, Mathieu Croisetière, Frédérick Durand, Ariane Gélinas et François Martin

Illustré par Joanie Gélinas


cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

31 jours de bibliothérapie, jour 17 : Pour apprendre à aimer passer du temps avec soi-même

31 jours de bibliothérapie c’est notre calendrier de l’avent, c’est 31 thématiques et bien plus que 31 suggestions de livres qui font du bien.

Pour apprendre à aimer passer du temps avec soi-même

Wild de Cheryl Strayed, suggestion de Marjorie Rhéaume

« Dans Wild, Cheryl Strayed part seule dans les montagnes de l’ouest des États-Unis et est confrontée à elle-même, aux limites de son corps et de son esprit. C’est un roman qui nous confronte aussi, en tant que lecteur, à la nécessité de passer du temps avec soi, de s’accepter et, surtout, de se pardonner. »

Farö de Marie-Christine Boyer, suggestion de Gabrielle Doré 
« Un homme a perdu sa femme et sa fille est partie. Il vit seul sur une île, puis il réfléchit au sens de la vie, mais aussi à la solitude. Un premier roman magnifiquement bien écrit. »