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Autour des livres : rencontre avec Perrine Madern, autrice

Perrine Madern se décrit elle-même comme une ex-criminologue blasée et une libraire comblée. Son premier roman, Reste encore un peu, a récemment été publié par les Éditions au Carré. Elle a généreusement accepté de répondre à notre questionnaire.

Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

Je pense que c’est Boule et Bill à la maternelle. Dans mon souvenir, on lisait un extrait de la bande dessinée tous les jours, mais est-ce que c’était vraiment ça, ou est-ce ma mémoire qui me joue des tours? Je ne saurais dire. 

Au secondaire, je détestais lire. Les lectures obligatoires en français étaient une corvée. J’ai commencé à aimer la lecture vers dix-huit ans quand j’ai commencé à choisir mes lectures. J’ai toujours eu un problème avec l’autorité, je crois.

Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Enfant, je ne crois pas. Maintenant, je lis après avoir déposé mon garçon à l’école le matin. Dans ma voiture. Ça peut paraître étrange, mais c’est mon moment de solitude et de lecture avant de commencer à travailler. J’en ai besoin. Ça débute bien ma journée. 

Sinon, j’adore faire un feu le dimanche après-midi, pendant la sieste du petit monstre, et m’installer devant le foyer pour lire. Mais c’est plus rare ces temps-ci, il ne veut plus faire de sieste…

As-tu une routine d’écriture, des rituels? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

Il faut que je sois seule, c’est certain, que je sois bien installée. Un beau spot digne d’une photo instagram. Quétaine de même! Pour écrire mon roman, j’allais à la bibliothèque et je m’assoyais toujours à la même place. Ce sont des lieux qui m’apaisent, dans lesquels je me sens à ma place, dans mon petit monde. C’est inspirant. 

Les moments de ma vie où je n’allais pas bien sont sans aucun doute ceux où j’ai écrit le plus et le « mieux ». Je ne peux pas dire qu’il faut toujours que je sois triste pour écrire, mais c’est quand même le chagrin qui m’inspire mes plus beaux passages. Ça sort plus spontanément, c’est plus naturel.

Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit. J’avais un blogue quand j’étais adolescente, à partir de treize ans environ, et je me souviens que j’y confiais mes états d’âme au lieu de publier des selfies de webcam douteuses comme faisaient mes amis. J’étais déjà « étrange » à l’époque. Mais le livre qui a tout déclenché, qui m’a vraiment donné l’envie d’écrire de la fiction, est sans aucun doute La tendresse attendra de Matthieu Simard. Ça a été mon premier gros coup de cœur « littérature québécoise » et même littéraire tout court en fait. Ce livre a été vraiment marquant dans ma vie. 

Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi?

Je pense que c’est Le journal d’Anne Frank. J’ai eu du mal à passer à autre chose après l’avoir fini. Il restait là, comme une présence invisible à mes côtés. Sa voix résonnait en moi et m’envahissait même après l’avoir terminé. J’y pensais constamment. Ça a été une leçon d’humilité. Ça m’a remis à ma place de façon assez sévère. J’étais plus reconnaissante de tout ce qui m’entourait, je m’émerveillais plus facilement pour les choses, les endroits… Je réfléchissais à deux fois avant de me plaindre pour des niaiseries. Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais ça m’a bouleversée. Je pense que l’optimisme et la joie de vivre inébranlable de la jeune Anne vont me hanter encore longtemps. 

Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel?

Je ne serai vraiment pas originale pour cette question-là, mais je dirai Harry Potter. Les deux trois premiers livres surtout, avant que ça devienne trop sombre. 

Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner?

Honnêtement, je ne relis jamais les livres plusieurs fois. À part les albums illustrés. Et je ne saurais dire lequel je préfère entre La grande fabrique de mots (Alice), Le plus beau numéro du monde (la Bagnole), Ma tête en l’air (Fonfon), Le livre où la poule meurt à la fin (Les 400 coups) et L’amour, c’est… (Scholastic)… J’adore les albums illustrés. 

Quel est ton mot de la langue française préféré?

P’tite garnotte. Il y a deux mots et je ne crois pas qu’ils figurent dans le Larousse, mais c’est si beau. 

Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit?

Golden square mille de Maxime Catellier. 

Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre?

Le poids du silence.

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Redéfinition de la masculinité : un territoire encore à explorer

Je serai un territoire fier et tu déposeras tes meubles, quel titre magnifique! Le lire crée dans mon imaginaire la silhouette d’un homme droit, grand, fort et beau. Vous vous l’imaginez sans doute aussi, mais détrompez-vous, je ne parle pas d’une beauté, d’une grandeur ni d’une force physique. Il s’agit plutôt du genre de force qui émane de quelqu’un d’assumé, d’entier, de pleinement confiant. Ce titre me renvoie l’image d’un homme prêt à accueillir l’autre dans tout ce qu’il est, dans toute sa vulnérabilité. Ses réflexions et espoirs pour l’homme d’aujourd’hui m’intriguaient beaucoup. J’ai la chance d’être la tante de trois magnifiques garçons et de voir grandir les enfants de ma sœur, voir leur personnalité se définir, m’amène souvent à me demander quels genres d’hommes ils seront, quels chemins ils emprunteront. Ce court essai, par son titre et son sujet, m’apparaissait comme une continuité de ma réflexion.

Dès les premières pages, on ressent l’indignation de l’auteur, Steve Gagnon. L’homme du 21e siècle est emprisonné dans les carcans imposés par la définition des genres, et sans les références aux stéréotypes, il est complètement perdu sur le chemin de la réalisation et de l’épanouissement personnel. Voilà la prémisse de cet essai au titre si poétique, dans lequel les hommes sont appelés à se redéfinir.

Un territoire si vaste; un essai si court

Très court essai, Je serai un territoire fier et tu déposeras tes meubles m’a un peu décontenancée. On y retrouve un véritable cri du cœur de l’auteur, qui souhaite réveiller les consciences, brasser les cages, briser les moules et permettre aux jeunes hommes de s’épanouir dans un cadre plus ouvert et moins façonné par la fameuse « virilité ». Cependant, les réflexions et les idées qui viennent appuyer ce cri du cœur ne l’égalent pas, ne le nourrissent pas suffisamment. On sent bien que l’auteur a beaucoup réfléchi sur sa propre image, son rôle d’« homme », ses modèles, les stéréotypes auxquels il a été confronté, mais j’ai le sentiment qu’on ne fait que survoler les différents thèmes, alors que j’aurais aimé m’y plonger.

Personnellement, j’aime lire des essais pour apprendre, m’interroger, élargir mes horizons et sortir de ma zone de confort, ce que cet ouvrage ne m’a pas vraiment permis de faire. J’ai été davantage touchée par l’écriture de l’auteur que par l’ensemble de ses réflexions sur la masculinité. Le texte est très imagé et intime. Le style est assez littéraire, les phrases sont souvent longues et le vocabulaire recherché.

Nous sommes nés pour être grandioses. Accepter la médiocrité qui menace nos vies est un reniement facile de nos responsabilités, une désertion catastrophique de notre profonde croyance.
[…]
Et j’écris ici que je n’accepte pas cette interdiction absurde à l’émerveillement et au grandiose, sous prétexte que mon appétit devrait être rudimentaire. Je ne réprimerai jamais ma curiosité sans bornes ni mon attraction pour ce qui soulève nos vies inexpliquées, je ne me contenterai en aucun cas de désirs archaïques dont le relief est usé.

Poésie exaltante, mais pour qui?

Ce style très littéraire m’a beaucoup surprise. Je ne prétends pas comprendre toutes les intentions et les visées de l’auteur avec ce texte, mais je trouve qu’il y a une rupture entre le message que l’on cherche à transmettre et la façon de le faire. Je ne peux que me questionner sur le public cible de l’essai. Les idées qui s’y trouvent ne sont pas vraiment originales et peu approfondies, dans le sens où, pour moi, elles correspondent à un début de prise de conscience, à un éveil sur la définition des genres. J’aurais donc envie de faire lire cet essai aux adolescents et aux jeunes hommes (aux filles aussi, bien sûr) pour leur permettre d’amorcer une réflexion. Cependant, et sans vouloir généraliser, le style littéraire et le vocabulaire recherché risquent d’en décourager plusieurs et diluent le message pourtant fort et puissant que l’on souhaite leur transmettre. Au fond, je crois que l’auteur a beaucoup à dire sur la masculinité, que son propos est intéressant et pertinent, mais que la forme et le format choisis ne lui rendent pas nécessairement justice.

Au départ, j’étais curieuse de lire cet essai, non seulement pour nourrir mes propres réflexions, mais aussi parce que nous vivons présentement un mouvement où les genres tendent à se redéfinir, voire même à s’effacer, et ce texte me proposait une perspective masculine sur le sujet. J’admets être restée sur mon appétit concernant les réflexions entourant la masculinité et la virilité, mais j’ai découvert la plume de Steve Gagnon que je trouve particulièrement riche. Ce premier contact avec l’auteur me donne envie de découvrir ses œuvres de fictions, dont le recueil de nouvelles Chaque automne j’ai envie de mourir, co-écrit avec Véronique Côté, ainsi que ses pièces de théâtre. J’avoue me réserver la surprise des thèmes abordés, mais je me doute déjà que l’écriture risque fort de me plaire.

Et vous, de quelle façon allez-vous découvrir Steve Gagnon? Par sa fiction ou ses réflexions?

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Pourquoi je ne possède pas de livres

Pour les gens qui me connaissent, la chose la plus étonnante en arrivant chez moi est l’absence de bibliothèque. En effet, alors qu’ils sont ma grande passion, j’ai décidé de ne plus posséder de livres. Cette façon de vivre la lecture a été le fruit d’une longue réflexion, combinée à des événements qui ont jalonné ma vie, qui est, à vrai dire, assez difficile à résumer.

Des valeurs familiales

Si un livre entre dans la maison, tout le monde le lira, il n’appartiendra à personne en propre. Chez nous, le livre a toujours été considéré comme un simple support permettant de partager des idées. L’histoire qu’il contient nous est prêtée par l’auteur, qui l’a mise sur papier pour la diffuser auprès du plus grand nombre. Donc un livre, ça circule, ça se partage, et comme ce n’est pas un boomerang, ça revient rarement.

Le livre, c’est un autre univers, un autre temps, d’autres personnes; je ne me sens pas le droit de les posséder et de les empêcher d’aller toucher d’autres gens.

Des raisons pratiques

Les livres, ça prend de la place, beaucoup de place. Pas de chance, j’en ai souvent manqué dans ma vie d’adulte. J’ai passé de nombreuses années à passer d’une chambre minuscule à un petit appartement, pour ensuite déménager d’une ville à une autre, puis carrément changer de pays. Alors qu’ils n’étaient pas nombreux, mes livres étaient régulièrement triés pour être prêtés, donnés, revendus, et surtout ne pas s’entasser dans mes rares mètres carrés.

À défaut de place, j’ai beaucoup de temps à offrir à la littérature. Alors, comme je lis en moyenne trois livres par semaine, la lecture est pour moi un loisir pour le moins dispendieux. Comme j’ai d’autres rêves à accomplir dans ma vie que d’entasser des livres, je préfère mettre cet argent de côté pour voyager par exemple, et aller m’approvisionner en pages à la bibliothèque.

Un engagement personnel

En fait, en ce qui concerne les livres (et la culture de manière générale), je suis personnellement convaincue que cela ne devrait pas être monétisé. Je ne remets absolument pas en question la nécessité de rémunérer un auteur ou un artiste pour son travail, au contraire. Par contre, je pense que les œuvres devraient être publiques, accessibles à tous. C’est un élément fondateur de toutes les sociétés, auquel il est scandaleux de conditionner l’accès de quelque manière que ce soit.

De plus, quand je dois payer un livre, j’ai le sentiment de me retrouver emprisonnée dans une espèce de contrat : « Par le fait de choisir ce livre, je m’engage à le lire en intégralité, à l’apprécier, puis à en prendre soin physiquement jusqu’à ce que le tri nous sépare. »

Et ça, je ne le veux pas. Je veux pouvoir m’arrêter si je n’aime pas le style de l’auteur, si je trouve l’histoire trop niaise ou si je lis l’expression « silence assourdissant ». Je veux avoir le droit de m’être trompée dans mon choix, et de pouvoir le reconnaître sans regret. Je veux aussi lire un nouveau livre par jour pendant tout un mois, sans y faire passer toute ma paie. Je veux m’enthousiasmer pour un livre et m’en séparer douloureusement, pour pouvoir en parler autour de moi.

Des raisons personnelles

Mes lectures me construisent, elles sont mon intimité. Elles reflètent mon état et mes envies à un moment particulier de ma vie. Elles me marquent et laissent des traces sur ma personnalité aussi durablement que mes tatouages le font sur mon corps. C’est pourquoi, à l’époque où j’avais quelques livres, je les cachais des regards indiscrets – tout le monde a connu le coup d’œil soutenu d’un inconnu sur le contenu de ses étagères.

Je n’ai pas envie d’avoir à m’excuser d’avoir lu et aimé tel livre, d’avoir eu une phase pendant laquelle j’adorais tel courant, ou encore de ne pas posséder tel classique.

Un autre rapport au livre

Certains choisissent leur appartement en fonction de la proximité des transports en commun ou d’un supermarché. Moi, je le choisis en fonction de la bibliothèque municipale. Cette dernière est une extension de mon appartement.

Pour moi, elle représente tout ce que devrait être le rapport à la culture en général : la gratuité, la démocratie, l’accessibilité.

Elle me permet d’avoir le rapport parfait au livre (selon moi) : spontané et naturel. J’aime me promener dans ses allées en regardant les tranches des livres, en prenant celui qui a attiré mon regard par sa couleur, son titre ou le nom de son auteur. Tout est très facile : Je connais l’auteur? Je prends. J’aime la couverture? Je prends. On m’en a parlé? Je prends. Parfois, je vais jusqu’à lire la quatrième de couverture, mais sincèrement, j’évite. Je veux découvrir ce qu’il a à me dire en le lisant, pas sur la quatrième.

J’aime que ça reste simple, sans réflexion. C’est une pulsion de curiosité. Le livre m’attire, ou pas; nous verrons ensemble plus tard quel genre de relation nous entretiendrons.

Le partage, tout simplement

Depuis son plus jeune âge, j’ai habitué mon fils à la fréquenter. Nous avons ensemble eu des phases camions, dinosaures, monstres, créatures marines, Harry Potter… Nous nous sommes forgé des souvenirs incroyables pendant ces moments de choix de livres et de lecture.

Je veux qu’il vive le livre librement : comme il n’y a jamais d’acte d’achat qui condamnerait le livre à rester chez nous durablement, il n’y a pas non plus de bon ni de mauvais livre. Il n’y a que ce qu’il a envie de lire ou même simplement regarder en ce moment. Si il aime, nous prolongeons ou réempruntons quelques semaines plus tard.

Je trouve ça extrêmement important pour lui, cette liberté de s’intéresser à un livre sans s’inquiéter du jugement que je pourrais porter sur son choix. Il faut de tout pour faire une personne, et ainsi j’ai le sentiment qu’il peut se construire selon ses propres aspirations, sans avoir à se confronter à des contraintes qui lui sont extérieures.

Bref, j’aime les livres, passionnément, et c’est justement pour mieux les aimer que je ne veux pas les posséder. Il m’arrive évidemment d’en acheter de temps en temps… pour les offrir, systématiquement. Quant à ceux qui me sont offerts, ils sont destinés à continuer à transmettre leur message après ma lecture, et ne resteront chez moi pas plus longtemps que nécessaire.

Et vous, quel est votre rapport aux livres?

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7 raisons pour lesquelles je suis heureuse de m’être (enfin) acheté une liseuse

Je suis une personne un peu « archaïque ». Je n’ai jamais été très technologique ni souhaité être à la fine pointe. Au contraire. Les gens qui me connaissent le savent : cela me prend toujours beaucoup de temps avant de me décider enfin à accéder à un niveau supérieur de technologie et, disons-le, de facilité. J’ai si souvent entendu les commentaires de mes proches à propos de mon légendaire néophisme technologique : « Marion, franchement, tu perds ton temps en faisant [telle chose] à la main! Avec [tel] ou [tel] logiciel/objet/façon de faire, ce serait tellement plus facile! » Disons que, pour ce qui est des objets que je possède, je suis un peu récalcitrante aux changements. Je n’aime pas remplacer pour rien ce qui fonctionne déjà, et surtout, je n’aime pas m’encombrer d’objets trop intelligents, préférant de loin la simplicité des trucs mille fois éprouvés.

Quant aux livres, j’aime les tenir dans mes mains, j’aime voir la progression de ma lecture. J’aime y mettre des signets. J’aime ouvrir un livre. J’aime aller dans les bibliothèques. Cependant, avec mes études en littérature (mais aussi par mon insatiable curiosité et mon organisation parfois dysfonctionnelle), j’ai un peu perdu le contrôle. Ma chambre est un véritable débarras de livres, et non seulement j’en traîne énormément sur mon dos chaque jour, mais en plus il arrive que j’oublie de les renouveler. Je participe donc — malgré moi — à financer les bibliothèques. Bref, j’ai longtemps hésité. Pesé le pour et le contre. Mais l’achat d’une liseuse commençait à me titiller, d’autant plus que j’avais constaté l’utilité qu’elle pourrait avoir en voyage. Et moi, j’aime voyager. Et c’est utile, une liseuse, on ne se le cachera pas.

Bref, je me suis lancée. J’ai acheté une liseuse Kobo avec ma somme astronomique de points accumulés chez Indigo. Et… j’adore.

VRAIMENT.

Tout d’abord, fermons les yeux et retrouvons-nous au septième tome des aventures de Harry Potter, au moment où Harry, Ron et Hermione décident de disparaître de la circulation pour leur propre sécurité. Vous vous souvenez probablement de ce fabuleux petit sac en perles que possède Hermione, qui peut contenir un nombre incalculable de choses, incluant une tente, une garde-robe et… une bibliothèque (avec les livres « classés par ordre alphabétique » bien sûr!). J’ai souvent rêvé de posséder un tel objet. En fait, si j’avais le choix parmi tous les objets magiques de la littérature, ça aurait été celui-ci. Il m’aurait tellement simplifié et allégé (c’est le cas de le dire!) la vie. Eh bien, je vois un peu ma liseuse comme le sac d’Hermione. C’est un petit sac en perles rempli de livres qu’on peut traîner sur soi sans en avoir le réel poids sur les épaules. Pour moi, et malgré mon amour de l’objet-livre, c’est un alléluia.

Trêve de babillage.

La lecture sur plateforme numérique est de plus en plus populaire. Par exemple, il y a environ un an, la fileuse Émilie Ratté a elle aussi craqué pour une liseuse. Dans son article, elle compare les avantages des livres en format numérique à ceux des livres en format papier. Maintenant, c’est à mon tour. Je vous présente mes sept raisons, celles pour lesquelles je pense qu’avoir une liseuse peut un peu, beaucoup ou énormément changer votre vie :

  1. Avoir une liseuse permet de traîner plus de livres avec soi sans en ressentir le poids réel. Comme d’apporter, par exemple, le dernier Ken Follet de 811 pages pour lire quelques minutes dans le métro sans se défoncer l’épaule.
  2. Avoir une liseuse permet la diversité de la lecture. Elle permet, pour les personnes qui sont comme moi et qui aiment la variété, d’avoir plusieurs ouvrages à leur disposition afin de diversifier leurs lectures. Personnellement, j’ai toujours un roman entamé, et je laisse sur ma liseuse des ouvrages généraux, des livres critiques ou des bandes dessinées à lire selon mes envies, pour les déplacements ou pour les moments de moindre concentration.
  3. Avoir une liseuse facilite l’emprunt des livres. En effet, il est possible de remplir la liseuse d’ouvrages de la bibliothèque sans se déplacer de chez soi, par l’entremise du site internet de la BAnQ, par exemple. En plus (point bonus!), les livres qui arrivent à échéance se remettent d’eux-mêmes, donc adieu les dettes liées aux frais de retard!
  4. Avoir une liseuse permet de pallier les maux courants de lecture. Cette fameuse liseuse est la solution miracle à ceux qui souffrent de peur de manquer de lecture (quelle éventualité désastreuse! Clin d’œil à ma mère). Plus jamais vous n’aurez à traîner de livres supplémentaires dans votre sac pour palier à l’éventualité d’une panne de métro majeure, ou la fin d’un livre dont il ne vous reste que quelques pages.
  5. Avoir une liseuse permet la spontanéité. Cette raison rejoint le numéro 2. Avec une liseuse, je peux pallier les bookcraving et recommencer à lire ma série littéraire préférée en rentrant en métro chez moi juste parce que j’en ai envie.
  6. Avoir une liseuse permet la discrétion. Pas envie que tout le monde sache que vous dévorez le dernier opus de Outlander? La liseuse permet la plus grande des discrétions et vous soulage des regards en biais de vos voisins (tout en vous évitant de devoir leur expliquer que Outlander, même si ça a l’air d’un livre quétaine, c’est vraiment bon!)
  7. Avoir une liseuse permet de lire plus. Dans mon cas, oui, réellement. Parce que je suis souvent surchargée en poids, je ne traînais plus de livres sur moi pour pallier les temps morts. Maintenant, j’ai toujours quelque chose à lire, partout où je suis. 

Évidemment, la liseuse n’est pas la nouvelle trouvaille parfaite. Elle a aussi quelques inconvénients :

  1. D’abord, même pourvue d’une batterie ultra-longue durée, on n’a pas le choix de la recharger de temps en temps. Cela nous astreint, en voyage, par exemple, à nous trouver momentanément en présence d’électricité (ça se gère, je crois, ce qui n’en fait qu’un tout petit inconvénient).
  2. La sélection d’ouvrages disponible en format numérique est encore restreinte et se concentre principalement sur les romans et les ouvrages pratiques récents. Cela dit, l’offre augmente tous les jours, autant du côté de l’achat de livres que de l’emprunt. Et bien que je ne puisse pas trouver tous les livres que j’utilise dans le cadre de mon programme académique, j’ai quand même pu en consulter un grand nombre et j’en ai été très satisfaite. Il est intéressant de savoir aussi que la liseuse permet la lecture de documents en formats « pdf » de tous genres, ce qui me permet d’y glisser de nombreuses thèses de doctorat ou documents que j’utilise pour mes recherches et les lire, sans traîner mon ordinateur.
  3. Et finalement, le dernier inconvénient que j’y vois est que manifestement, par son immense espace de stockage, la liseuse encourage la possession en grand nombre et peut devenir facilement un objet d’accumulation si on n’y prend pas garde. La publicité de Kobo insiste d’ailleurs sur la capacité de stockage qui nous permet d’y mettre 6 000 livres numériques! Mais si une telle profusion va un peu à l’encontre de mes valeurs de consommation, je ne peux nier qu’elle est surtout avantageuse sous plusieurs aspects.

Bien sûr, personne n’est obligé d’acheter une liseuse et cet article ne servait aucunement à vous créer des besoins ou à vous faire sentir cheap. Et le livre reste sans hésiter un objet que je vais continuer d’acheter régulièrement pour garnir ma bibliothèque. Malgré son utilité, jamais ma liseuse ne va réellement remplacer le sentiment d’avoir à la main un livre aimé, lu et relu.

Et vous? Quelles sont vos préférences en termes de lecture? Quelles applications ou quels objets utilisez-vous/préférez-vous pour lire?

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Paper Girls : les filles d’hier pour les enjeux de demain

Depuis peu, je me suis découvert une nouvelle passion pour le genre de la bande dessinée. J’ai toujours été une lectrice de manga, mais depuis l’automne, je me laisse surprendre par des bandes dessinées aux styles différents et aux provenances diverses. À ce propos, je vous ai déjà parlé de Rat Queens, véritable révélation littéraire pour moi. Je me suis aussi plongée dans Bitch Planet un peu avant Noël. En ce moment, j’hésite à me procurer le deuxième tome puisque la lourdeur de la trame narrative me demande une certaine volonté. Disons que je cherche présentement des lectures de détente, des lectures qui font du bien. Comme la vie est bien faite, je suis tombée sur la bande des Paper Girls et laissez-moi vous dire que ces filles ont comblé le sentiment de béatitude que j’espérais obtenir à travers la lecture d’un tout nouveau récit.

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Paper Girls, ça raconte quoi?

Paper Girls est une bande dessinée américaine de Brian K. Vaughan, Cliff Chiang et Matt Wilson. Elle est traduite par la maison d’édition Urban Comics qui fait des petits miracles. À ce jour, la série compte trois tomes publiés. Pour ma part, je ne traiterai que du premier puisque mon aventure avec les camelots ne fait que commencer. Le lecteur est plongé dans la modeste ville de Stony Stream dans l’état de l’Ohio, au lendemain de la fête de l’Halloween. Nous assistons au réveil des courageuses qui se lèvent avec l’aube afin d’entamer la tournée traditionnelle de livraison de journaux. Erin, fraîchement arrivée dans le quartier, commence son nouveau boulot en ce matin du 1er novembre 1988. Elle fait donc la rencontre des autres livreuses que sont Mac, KJ et Tiffany. Entre le bavardage qui permet à la récente recrue de faire connaissance avec ses collègues et les attaques d’intimidation des derniers adolescents déguisés qui traînent encore dans les rues, une rencontre inattendue surprendra le quatuor de jeunes filles. Leur itinéraire à vélo les mènera beaucoup plus loin que prévu puisque la découverte d’une machine venant d’un autre temps ainsi que la rencontre d’une troupe d’étrangers à l’allure extraterrestre et au langage indéchiffrable viendront bouleverser leur monde.

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Les filles à l’honneur

Le fait que les quatre protagonistes principales soient des filles est la première raison pour laquelle j’ai choisi de me plonger dans cet univers. Après tout, j’avais encore le quatuor de Rat Queens en tête. Et comme les héroïnes de Kurtis J. Wiebe et de Roc Upchurch, je vous assure qu’il ne s’agit pas de n’importe quelles filles. La petite nouvelle, Erin, est probablement la plus rationnelle et la plus intellectuelle du groupe. À plusieurs reprises, elle tente de calmer les ardeurs de ses copines en les invitant à réfléchir avant d’agir. Tiffany est pleine de courage et de détermination. Elle ne recule devant rien. Elle a en sa possession le dernier gadget de l’heure, le talkie-walkie. Pour sa part, KJ est indéniablement l’impulsive du quatuor. Elle prend énormément de risques pour sauver ses amies d’une mort certaine. Or, elle incarne à la fois celle qui présente la plus grande ouverture d’esprit face à la différence. La dernière et non la moindre, Mac, qui est ma préférée, est la première fille à avoir obtenu un poste comme camelot dans la ville de Stony Stream. Pour cette raison, elle est grandement admirée des autres filles de la bande. Erin dira même que c’est elle qui a ouvert la porte à toutes les adolescentes qui aspiraient à cet emploi. Elle incarne la leadeuse rebelle à la cigarette au bec qui ne s’en laisse pas mener.

Les quatre filles développent très rapidement un lien affectif et la sororité qui les unit en si peu de temps est magnifique à voir. Pendant ma lecture, je voulais être l’une des leurs. C’est qu’il est si bon de voir des personnages féminins centraux dans de la science-fiction, genre qui boude bien souvent les filles et les femmes. Du moins, lorsqu’elles ne sont pas rejetées, elles sont souvent caricaturées et réduites à des attributs que l’on pourrait qualifier de « typiquement féminins ». Ici, tout comme dans Rat Queens d’ailleurs, on nous offre des jeunes filles nuancées et crédibles autant dans leurs défauts que dans leurs qualités. Elles possèdent toutes une véritable identité et une personnalité distincte. Je souhaite donc sincèrement que les prochains tomes continuent dans la même lignée.

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Entre le passé et le futur

L’œuvre de Vaughan, Chiang et Wilson mélange la nostalgie des années 80 et l’anticipation d’un certain futur. Les admirateurs de la série Stranger Things reconnaîtront des ressemblances entre les deux histoires. D’emblée, l’esthétique propre à cette époque marque les images du dessinateur et s’impose dans les détails du quotidien, notamment dans la présence des objets en vogue durant ces années tels que le baladeur, par exemple, et dans les références cinématographiques qui parsèment les dialogues entre les jeunes filles. Qui plus est, comme dans la série télévisée mettant en scène Will, Mick, Dustin et Lucas, il sera également question de voyage dans d’autres dimensions dans Paper Girls. En fait, à la lumière du premier tome, il est encore difficile de déterminer s’il s’agit uniquement de voyage temporel ou si le voyage à travers différentes strates de mondes parallèles est aussi à prendre en compte. Une chose est certaine, Erin, Mac, KJ et Tiffany ont fait une découverte révolutionnaire. Tout reste donc à voir…

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Des propos qui portent à réfléchir

Plusieurs sujets abordés déclencheront probablement de belles discussions tant chez les jeunes lecteurs que chez les plus vieux à la suite de leur lecture. Les créateurs y abordent l’homosexualité, la place des femmes dans les milieux d’hommes, la mort, l’intimidation et l’alcoolisme. Alors que certains pensent encore que la science-fiction ne sert qu’à divertir, une œuvre telle que Paper Girls vient démentir ces dires et redonne ses lettres de noblesse à ce genre si cher à mon cœur.

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Et vous, lisez-vous des bandes dessinées? Aimez-vous le genre de la science-fiction lorsqu’il est exploité au sein de ce médium?

 

Crédits photos : Michaël Corbeil

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Journal d’une insomniaque

Que la personne qui n’a jamais fait d’insomnie lève la main! Pour ma part, comme j’ai déjà dit souvent ici, je suis une grande insomniaque, depuis le plus loin que je me souvienne. Évidemment qu’un livre nommé Journal d’une insomniaque allait me taper dans l’œil. Catherine Fouron signe ici son premier roman, compilation de son blogue Journal d’une insomniaque – conversation avec mon hamster qu’elle a alimenté pendant 8 ans. 8 ans à raconter ses nuits blanches passées avec Guy, son drôle de hamster, qui lui parle sans arrêt pendant la nuit. Ce fameux hamster Guy joue dans ce roman le rôle de psychologue, de parent, de fidèle ami et peut parfois être franchement bien emmerdant avec elle.

Le roman de Catherine Fouron fait sourire souvent et vous amènera surtout à vous questionner à outrance sur divers sujets de votre vie. Les discussions avec Guy sont souvent loin d’être banales, et il en va de questions existentielles fort importantes qu’on se pose tous un jour ou l’autre dans nos vies. Les sujets de Guy sont variés mais il pose des questions et parle surtout avec notre insomniaque de relations homme-femme, de rencontres, d’amitiés, d’enfants, de famille et surtout de la recherche du bonheur qui, selon l’auteure, passe par les petites choses simples de la vie.

Je dirais que, dans l’ensemble, il s’agit d’un roman léger et bien intéressant. Il m’a paru un peu long par moment avec son rythme de dialogues constant mais qui également, selon moi, fait son charme. Je me suis bien évidemment reconnue dans ce personnage sans nom ni visage avec ses nombreuses nuits blanches, même si mon hamster, lui, n’a pas de nom… Ce livre est parfait pour les dernières journées grises de l’hiver qui ne semble jamais se terminer, et surtout pour vos nuits blanches comme les miennes.

Le blogue de l’auteure est maintenant inactif depuis quelques mois. Elle dit cependant qu’elle travaille actuellement sur d’autres projets. Elle est donc, décidément, une auteure à suivre dans les prochains mois / années.

Voici un petit extrait pour vous mettre en haleine :

« 0h12. Je suis presque apaisée, confortable. L’inventeur de la couette en duvet est un bienfaiteur de l’humanité. (…) Le mari et son souffle profond à ma gauche, tout est en place… Que le sommeil m’emporte !

Dis donc, la chipie au bois dormant, comment se porte ta relation conjugale ?

J’essaie de dormir, Guy. Tu devrais essayer des fois.

Ton couple va bien ?

Très bien, merci et le tien ? Ah ! j’oubliais, tu n’as personne dans ta triste vie. Pauvre raton, mais qui voudrait de ta présence nuisible ? 

Êtes-vous insomniaque ? Avez-vous comme le personnage de ce roman un hamster dans la tête qui semble ne jamais se fatiguer ?


*Le fil rouge tient à remercier Tête Première pour le service de presse.

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Chroniques d’une anxieuse : ils disent

Ils disent que mon sens de survie est plus accru que la moyenne des gens.

J’suis toujours en panique. Prête à sacrer une volée. À casser des yeules. Prête à prendre la fuite. Comme si le danger se trouvait à chaque tournant.

En prenant ma pression artérielle, ma médecin de famille m’a dit : « ben voyons donc, calme toi, on dirait qu’un ours te court après! ». C’est peut-être son sarrau blanc qui m’inspirait pas confiance. Ou que j’avais la chienne qu’elle me trouve un cancer. Mais mon pouls disait que j’étais prête à courir le marathon, drette là. Et je savais pas comment faire pour le slow down un peu.

J’avais l’impression qu’à force de me démener comme une malade, mon cœur allait lâcher. Qu’il allait me laisser tomber dans le métro à force d’imaginer que tout était sur le point d’exploser. Que c’était pas bon pour ma santé d’être sur le qui-vive de même en attente d’une catastrophe-pas-belle-qui-fait-revoler-des-affaires-avec-des-explosions-pis-toutte. Une catastrophe qui me priverait de tout.

Pas de break, jamais.

Ils disent que l’anxiété c’est comme être sur les nerfs tout le temps.

Ils disent que c’est comme si on avait de l’adrénaline qui nous courait dans les veines même quand on est étendu bien peinard dans notre hamac sur notre balcon (mais qu’on pense qu’un avion va s’écraser sur notre appartement pendant qu’on est bien peinard dans notre hamac).

Ils disent qu’un trouble de l’anxiété généralisé, c’est être en état de peur presque 24 heures sur 24. Fun fact en criss leur affaire.

Après un mois de consultation, monsieur M. m’a dit que je ne pourrai jamais devenir une personne pas-anxieuse-pantoute. Ça m’a fait chier. Ça m’a scié le cœur en deux avec une hache pis des échardes. J’étais là pour quoi debord à l’écouter déblatérer ses théories cognitivo-comportementales?

Il s’est levé, a traversé son bureau vers un petit tableau blanc, a pris un crayon et a dessiné un graphique rudimentaire. Il y avait un petit point très haut dans le graphique qui me représentait et une ligne très basse qui désignait le reste du monde.

« Toi t’es là, en haut. Tu ne pourras jamais être là, en bas. Être une personne qui vit sans anxiété. Il te manque de quoi dans ton cerveau, c’est chimique. Tu seras toujours une femme anxieuse. Par contre, tu peux te rapprocher de la ligne le plus possible en travaillant sur toi et c’est pour ça que je suis là. On va travailler ensemble à te rapprocher de cette foutue ligne. »

Cette journée-là, il y a comme de quoi qui s’est débloqué. Un rouage qui s’est mis à tourner dans le bon sens. Un engrenage rouillé qui a compris son utilité. Un mécanicien m’a réparée. Je ne peux pas être autre que moi. Fallait que j’apprenne à vivre avec mon anxiété. Monsieur M. me l’a dit, c’était chimique, il me manquait de quoi, c’tait toutte. C’pas compliqué. Je ne pourrai jamais faire partie de la ligne. De la masse. Je me devais d’apprivoiser mon état. Je serai toujours anxieuse, peu importe. Mais je pouvais l’être moins.

Il y avait de l’espoir, maintenant.

Fallait apprivoiser la bébitte noire. Pis l’aimer beaucoup.

Ils disent que l’anxiété c’est comme être sur les nerfs tout le temps, mais ils ont oublié de dire qu’on peut s’en sortir, aussi.

En travaillant les engrenages rouillés. En les entraînant d’aller du bon côté.

Un jour à la fois.

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Impoésies des beaux parleurs

Le projet « Dérapages poétiques » a démarré en 2013 avec une page Facebook se décrivant comme « De grands dérapages repris en poèmes ». Dérapages poétiques, volume 1, livre publié aux éditions Atelier 10 en novembre 2017, est un collectif qui présente, découpées sous forme de poèmes, des citations venant de gens de la politique ou du milieu artistique, ou encore de gens vus dans les médias d’ici ou d’ailleurs. Et pas n’importe lesquelles. Des citations de la catégorie qui fait rouler des yeux, très souvent. Il y a d’ailleurs un chapitre uniquement consacré aux Trumperies. C’est pour vous dire.

D’ailleurs, une Trumperie digne du président lui-même :

We need guns

We need guns

Whether

We like it

Or not

Donald Trump

Président des États-Unis

Cette citation a été énoncée dans le contexte d’une législation en faveur du port d’armes dans les écoles et collèges. 8 janvier 2016.

Roulement des yeux en règle. Et c’est ainsi qu’on lit ces fourberies qui défilent, exposées en prose, durant tout cet irrévérencieux mais ô combien divertissant ouvrage. On y lit donc des citations qui sont apparues plutôt récemment dans les médias et qui ont retenu l’attention des gens soit par leur maladresse ou leur éloquente bêtise.

En voici une autre :

Des patates en

flocons

ce n’est pas

des patates en

poudre

 Gaétan Barrette

Ministre de la Santé

Cette citation fait référence à l’usage des flocons de pommes de terre dans les CHSLD. Radio X, 22 novembre 2016.

Gâtons-nous, voici une petite dernière :

Le pétrole

est une substance

naturelle

alors s’il y a

déversement dans

l’environnement

la terre va

l’absorber

Sabrina Zuniga

Candidate, Parti conservateur

Cette citation provient d’une entrevue donnée en octobre 2015.

Le livre, qui se dévore comme un bonbon un peu surette, comporte 214 citations et est séparé en 19 chapitres, qui ciblent l’environnement, le féminisme, les forces de l’ordre et l’austérité, pour ne nommer que ceux-là. En plus des citations affichées en prose à chaque page, on nous offre à la fin de Dérapage poétiques, volume 1 le contexte et la date à laquelle elles ont été dites, ou écrites. Aussi, on nous explique l’origine du projet, disons-le un peu douloureux, mais nécessaire, ainsi que les règles qui permettent aux citations de se retrouver à juste titre comme étant un dérapage poétique. Un ouvrage assurément grinçant et non moins plaisant à lire, pour le ou la cynique en nous.

Auriez-vous une citation à soumettre pour le collectif?

La page Facebook de Dérapages poétiques se trouve ici.

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L’enfant, et l’espoir, perdus

J’avais rarement attendu un livre comme j’ai pu attendre la venue du dernier tome d’Elena Ferrante, mystérieuse auteure, L’amie prodigieuse tome IV, l’enfant perdue. La date de sortie était écrite à mon agenda et j’étais prête à me lancer dans la première librairie trouvée le jour béni du lancement. Chose prévue, chose faite, je me suis retrouvée avec ce livre volumineux et attendu dans les mains sans réellement savoir qu’en faire. M’y plonger tout de suite ou attendre, savourer, faire venir le désir pour mieux apprécier les pages qui allaient suivre? Le dernier tome d’une série possède toujours un goût doux amer et je me demandais si je saurais repousser cette amertume en me faisant patienter.

Bien entendu, c’est le contraire qui s’est produit. Livre en mains, il n’était plus possible de m’arrêter. J’ai avalé les pages comme on se jetterait sur un repas après avoir été affamé.

J’ai avalé les pages, la gorge bientôt aigre-douce.

On retrouve, dans le dernier livre qui scellera leur aventure, les deux protagonistes principaux de la série, Lina et Elena, qui à la fois ensemble et séparément vieillissent, changent, évoluent, fondent des familles et s’égarent. Alors que le troisième et avant-dernier titre de la série se terminait vers la fuite d’Elena avec Nino, voilà où le dernier tome reprend. Nous devenons les témoins silencieux de la fuite d’une mère de famille pour suivre l’homme de ses rêves. Mais, bien entendu, les choses ne sauraient aller rondement, et Elena se retrouve bientôt submergée par les doutes, par les remords envers sa famille et l’envie d’avoir une vie personnelle et professionnelle qui lui est propre. Tout au long de son évolution, une distance se crée entre elle et sa vieille amie, Lina, restée dans le quartier de leur enfance et qui possède maintenant une entreprise prospère.

Les deux femmes évolueront une dernière fois devant nos yeux, alors que les années s’accumulent sur leurs épaules et que leur vie se complique.

La carrière ou la famille? Ses origines ou la construction de son avenir? L’auteure aborde des questions qui sont toujours d’actualité et pour lesquelles il ne semble pas y avoir de bonne réponse. C’est d’ailleurs avec ces questionnements que tentent de jongler le personnage d’Elena tout au long de son récit.

On retrouve dans ce dernier tome ces personnages que l’on apprécie, qui n’ont rien de particulièrement extraordinaires si ce n’est qu’ils sont remplis de failles, qu’ils semblent sans arrêt faire des erreurs de jugement, ou poser des gestes qui, on le sait, deviendront bientôt regrettables. Des personnages diablement humains, au fond.

Par moment, on les prendrait à deux bras pour les arrêter de poser des gestes insensés, mais elles ne semblent pas pouvoir y échapper. Il y a quelque chose d’extrêmement tragique et douloureux dans la vie que se tracent Elena et Lina. Comme si le malheur qui empreignait le quartier de leur enfance n’arrivera jamais à les quitter malgré tous leurs efforts, elles semblent condamnées à souffrir.

Puis, un événement plus terrible que les autres bouleverse la vie des deux femmes, et l’histoire ne m’a pas semblé s’y attarder comme j’aurais cru bon qu’elle le fasse.

Et c’est ce que je reprocherais à ce dernier tome. D’avoir passé à une vitesse folle, nous laissant parfois avec des questionnements si grands qu’ils nous empêchent de laisser la place à la suite. La dernière partie racontée de la vie de ces deux femmes que nous avons appris à aimer, malgré tout, passe en un éclair. Les années s’envolent parfois en à peine quelques pages, nous laissant pantois devant leur sort.

Et tout ce qui nous reste est une profonde tristesse pour les destins malheureux des personnages d’Elena Ferrante.

 

 

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Annie Sullivan & Helen Keller : le sens du monde

À Noël, mes parents m’ont offert un livre qui a doucement transformé mon rapport au monde. Sachant que j’avais commencé à étudier la langue des signes, et que j’entretiens une affection particulière pour les questions métaphysiques concernant la perception, ils m’ont offert une œuvre illustrée relatant une partie cruciale de la vie de Helen Keller.

 Courte histoire longue

Née en 1880 en Alabama, Helen Keller souffre, à 19 mois, d’une maladie inconnue à l’époque, qui la rend sourde et aveugle. Quand Helen a sept ans, ses parents se font suggérer de contacter l’Institut Perkins pour les Aveugles afin d’obtenir de l’aide pour l’éducation de leur fille. Le directeur, Michel Anagnos, choisira de leur envoyer une de ses anciennes élèves, Annie Sullivan, une orpheline de 20 ans souffrant elle-même d’une cécité partielle. Elle deviendra la gouvernante, l’enseignante, et la grande amie de Helen Keller. Au cours de sa vie, Helen est devenue auteure, activiste et conférencière, et elle fut notamment la première sourde-aveugle à obtenir un baccalauréat. Au-delà de l’histoire grandiose que nous connaissons, le livre illustré de Joseph Lambert parle du sens sous sa forme la plus vaste et la plus riche, pour nous faire percevoir un monde qu’on effleure à peine, malgré notre capacité (malheureusement assumée) de le voir et de l’entendre.

Voir, autrement

Dès la première page, j’ai été complètement absorbée par les dessins aussi bien que par les subtilités qu’ils illustrent. La première page est marquante: on y discerne seulement la forme d’une petite fille marchant à tâtons dans le noir. Puis, un objet de couleur apparaît, suivi d’une paire de mains bleues qui saisissent la petite fille. Que se passe-t-il? On se sent, nous aussi, marcher prudemment dans un monde qui nous est inconnu, hostile même, et tenter d’y mettre un peu de sens. Les pages se tournent lentement, malgré le peu qu’il y a à voir, parce qu’on doit comprendre autrement l’action qui nous est présentée. Brusquement, le ton est rompu, et la vision et «l’audition» nous sont permises à nouveau: on y voit la maison, les visages, et les gens parler. C’est presque surprenant…

C’est ainsi, en alternant entre un point de vue «aveugle-sourd» et un point de vue «voyant-entendant», que Joseph Lambert réussit à nous faire saisir la tâche colossale face à laquelle Annie Sullivan s’est retrouvée à l’âge de vingt ans: faire saisir à Helen, jusqu’alors isolée de l’extérieur, que tout a un sens, que chaque chose à un nom, et que la nature répond à une logique infaillible. Au fil des pages, toutefois, la vie de Helen se dote de belles couleurs. C’est qu’on apprend en même temps qu’elle.

D’humilité

Il aura fallu plusieurs mois à Annie Sullivan afin de se faire apprivoiser par la petite Helen. J’ai été profondément touchée par la résilience, la ténacité et l’inventivité de Annie. Face aux défis qui lui bloquaient sans cesse la route, elle a su répondre de sa créativité, et de son amour. Sa sagesse se trouve là, dans sa capacité de laisser l’expérience la transformer, et dans la grandeur de ses questionnements.

Quant à Helen, vous le devinez, elle finira par tout comprendre. Au-delà de sa façon de saisir et d’imaginer le monde se trouve l’urgence de s’y inscrire avec singularité.

Sous le récit biographique que nous dessine Joseph Lambert se trouve aussi une histoire qui remet en question les méthodes d’enseignement occidentales, limitant parfois la curiosité sans borne des enfants. On y découvre que Helen a pu se faire du monde une idée aussi juste et sensible parce qu’Annie, plutôt que de se placer comme figure d’autorité face à Helen, a eu l’humilité d’admettre qu’elle ne savait pas, et le courage de chercher à comprendre. Le livre nous est servi comme précieux témoin de ce cheminement unique.

Le simple grandiose

Si je vous ai dit que cette lecture a transformé mon rapport au monde, c’est qu’elle m’a rappelé toute la force qui peut se dégager d’un esprit curieux et insatiable qui ne se connait pas de limites. Elle m’a révélé la richesse des sensations dont peut se doter la plus simple des choses. J’ai fini ma lecture complètement inspirée, profondément reconnaissante, et en quasi béatitude. J’y pense encore souvent, et je commence bientôt la lecture des œuvres écrites par Helen elle-même. À suivre…

Et vous, y a-t-il des livres qui vous ont subtilement changés?