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Découverte européenne : La première gorgée de bière

Je n’ai jamais été le genre de personne qui ressent l’absolu besoin de se procurer un souvenir matériel relié à l’endroit qu’elle vient de visiter. J’aime prendre des photos, m’abreuver d’images mentales, garder en tête des recettes locales à reproduire à la maison, etc. Par contre, ma plus grande faiblesse est ma manie d’acheter compulsivement —, et ce, même si mon budget est un peu plus tight — des livres, des éditions spéciales… Puis cet été, je me suis offert, avec mon conjoint, un voyage auquel je rêvais depuis longtemps : un mois backpack en Europe, sans aucun itinéraire précis. Ce mois-là, j’ai passé une partie de ma deuxième semaine de voyage en Belgique, et c’est là que j’ai déniché mon — presque — seul souvenir matériel, aka un livre (badumtsi). Mon choix s’est arrêté sur La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules de l’auteur français Philippe Delerm, et mon seul regret est de ne pas l’avoir acheté à ma meilleure amie qui avait fait un voyage similaire au mien l’été dernier.

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Je cherchais quelque chose à lire lorsque je m’étendais dans un parc, entre deux musées. Un petit page-turner relax, apaisant. Ce petit recueil de nouvelles m’inspirait avec ses douces illustrations signées Jean-Philippe Delhomme et ses référents européens. Je me disais qu’en rapportant La première gorgée de bière chez moi, j’allais posséder un magnifique et authentique souvenir du plus beau mois de ma vie (lol).

Le dimanche soir! On ne met pas la table, on ne fait pas un vrai dîner. Chacun va tour à tour piocher au hasard de la cuisine un casse-croûte encore endimanché – très bon le poulet froid dans un sandwich à la moutarde, très bon le petit verre de bordeaux bu sur le pouce, pour finir la bouteille.

Philippe Delerm saisit merveilleusement bien l’ambiance française, voire européenne en général (qui est un peu plus relax et posée, je trouve). Par sa capacité à saisir les moments les plus anodins de nos vies, Delerm est capable de recréer un sentiment de nostalgie, et ce, avec une étonnante justesse. Pendant ma lecture de ce recueil, il m’est souvent arrivé de m’arrêter de lire afin de rêvasser à des moments précis : écosser des petits pois, mettre son tout premier pull automnal; puis les longues promenades à bicyclettes, les slushs au melon d’eau, etc. Prendre le temps de prendre une pause, d’apprécier des petits moments aussi banals que ceux mentionnés précédemment s’est avéré nécessaire pour mes crises d’anxiété (même si j’étais choyée de pouvoir voyager!). Je devais impérativement m’arrêter sur le beau qui m’entourait, sinon je m’isolais. La première gorgée de bière a été une sorte d’anxiolytique lors de cette expérience, je me sentais presque rassurée de savoir que je pouvais respirer un peu et prendre le temps de lire quelques pages, histoire de feeler un ti-peu mieux. Je dirais que ce recueil en est définitivement un feel good : presque aussi apaisant que de regarder des vidéos Tasty One-Pot, ou de bébés félins, héhé.

      Est-ce qu’il y a un livre qui vous rassure, qui vous fait sentir bien?

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Lorsque booktube sort du web…

Booktube, vous connaissez? Pour ceux et celles qui viennent de répondre « non » à cette question, laissez-moi vous éclairer un tout petit peu. Booktube, c’est une gigantesque communauté d’adeptes qui partagent leur amour de la littérature sur YouTube! Que vous aimiez n’importe quel genre, le fantastique, le YA, le contemporain, etc., je vous garantis que vous y trouverez votre compte! Mais ce qui est encore plus fou, c’est qu’annuellement, tous ces passionnés du monde du livre organisent des événements d’envergure.

Du 24 au 31 juillet, j’ai eu la chance de participer à l’un de ceux-ci, le Booktube-a-thon 2017. En gros, il s’agit d’un défi consistant à lire sept livres en sept jours seulement, mais ça ne s’arrête pas là! Vous devez également respecter des contraintes concernant votre choix de lecture. Voici donc mes sélections dans chacune de ces catégories :

1. Lire un livre avec une personne dessus

Mon choix s’est arrêté sur The Handmaid’s Tale de Margaret Atwood, un récit dystopique mettant de l’avant l’importance des femmes dans la société et le désastre qui pourrait s’ensuivre si on les privait de leur liberté.

2. Lire un livre populaire

Pour l’avoir vu maintes et maintes fois sur les réseaux sociaux, A Monster Calls de Patrick Ness me semblait bien convenir à cette contrainte. Ce roman jeunesse fut une de mes plus touchantes lectures depuis des mois. On y projette un message vrai, sensible par le biais d’une métaphore incroyablement bien maîtrisée.

3. Lire un livre en une journée

Vu sa petitesse et mon désir grandissant d’enfin parcourir les pages de cet ouvrage, j’ai jeté mon dévolu sur Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Un incontournable qui n’avait pas encore fait son chemin jusqu’à ma bibliothèque.

4. Lire un livre dont le personnage principal est différent de vous

Après quelques changements d’idées, j’ai fini par lire L’amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder. Son protagoniste ne pouvait être plus différent de moi, et ce, pour plusieurs raisons : c’est un homme et il ne croit pas en l’amour, le vrai.

5. Lire un livre en entier dehors

Même si je n’ai pas été en mesure de terminer ce roman dehors à cause de la nuit qui tombait, j’ai lu environ la moitié de La délicatesse de David Foenkinos sur mon balcon. J’avoue avoir été légèrement déçue par ce récit romantique et par cet auteur qui m’avait tant charmée avec Charlotte.

6. Lire un livre à cause de la couverture

On s’entend, la couverture de J’t’aime encore de Roxanne Bouchard est juste parfaite. J’ai lu ce savoureux monologue amoureux en moins de deux, une petite merveille.

7. Lire sept livres

Le seul défi que je n’ai pas été en mesure de compléter. J’ai commencé Nikolski de Nicolas Dickner, mais j’en suis seulement à la page 58/307. Au moins, j’aurai essayé!

Le Booktube-a-thon m’a fait réaliser beaucoup de choses! Cette semaine, j’ai consacré tout mon temps perdu sur les médias sociaux à lire et ça fait beaucoup plus d’heures, de minutes et de secondes qu’on pourrait le croire! Bout à bout, ce temps-là m’a permis de rayer de ma pile à lire des œuvres qui traînaient depuis trop longtemps sur mon bureau. Je pense que de participer à des défis du genre est une excellente façon de renouer avec la littérature ou encore de la découvrir.

Avez-vous participé au Booktube-a-thon 2017 ou à d’autres événements similaires? Seriez-vous prêts à y prendre part l’an prochain?

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Planète végane : pour le grand bien de la planète, des animaux & de nous-même

Dernièrement, je répondais à la question Quels sont tes 5 livres les plus marquants ? Or, je pense que si l’on m’avait posé la question après avoir lu Planète végane, il aura fait partie de ce top. Ce livre est apparu un peu par hasard, suite à un courriel de Hachette, entre mes mains, mais surtout, il est arrivé au bon moment. L’an dernier, j’avais aussi commencé ma réflexion concernant mon mode de vie et mon assiette, mais il faut croire que je n’étais pas encore tout à fait prête. Planète végane est donc arrivé au moment idéal. N’est-ce pas ce que font tous les livres qui nous marquent à jamais ?

Je ne suis pas (encore) végane, j’ai toutefois fait beaucoup de changements dans mon mode de vie, mes croyances bien ancrées et dans mes placards dans les derniers mois, en devenant végétarienne par exemple, et je dois dire que Planète Végane m’a guidée et m’a fait cheminer dans ma réflexion. Je ne crois pas qu’il faut être végane pour apprécier cette lecture, ni végétarien-ne, je crois qu’il faut simplement être ouvert d’esprit et être assez curieux-euse pour en savoir plus sur les façons de vivre une vie sans cruauté. Ce livre est, comme l’indique le quatrième de couverture, pour s‘engager en faveur d’un monde plus juste et solidaire. 

Divisé en cinq grandes parties : Pourquoi Végane, Devenir Végane, Véganisme et santé, Au-delà de l’alimentation et Véganisme et société, ce livre est un incroyable guide qui m’a fait beaucoup réfléchir et a modifié mon rapport à la planète, aux animaux et oui, à l’alimentation.

Je suis littérairement tombée sous le charme d’Ophélie Véron, que je ne connaissais pas du tout. C’est une personne incroyablement intègre, rigoureuse dans ses explications et les informations qu’elle transmet et ayant toujours beaucoup de respect pour les animaux, la planète, mais aussi pour les êtres humains, peu importe ce qui se trouve dans leur assiette. Son écriture est simple, mêlant humour, réflexions et informations. C’est d’ailleurs ce qui m’a fait lire cet essai de plus de 400 pages avec la passion d’un roman policier! Ophélie Véron ne nous culpabilise jamais dans cet essai ; elle informe et explique et ce, avec tellement de passion et d’intelligence qu’on l’a suit et embarque totalement dans sa mission.

J’ai été inspirée par sa démarche, par sa façon d’expliquer, de faire des nuances et de donner des exemples concrets. Ophélie est blogueuse depuis 2012 avec son blogue Antigone 21 que je vous invite à découvrir. Elle est une féministe antispéciste végane et une humaine admirable. D’ailleurs, dans la section À propos de son blogue, Ophélie écrit ceci :

J’ai choisi d’y allier théorie et pratique, car je pense que, pour inciter les gens à changer leur vision des choses, on ne doit pas simplement dire pourquoi changer, mais comment changer.

C’est exactement ce qu’elle a réussi à faire avec Planète Végane, qui non seulement nous donne d’innombrables explications et nous instruit sur divers domaines liés au végétarisme (passant du choix du mot végane en francophonie, par l’histoire du végétarisme dans diverses civilisations, ainsi que par des interrogations plus éthiques concernant, par exemple, les vêtements), mais surtout, elle aborde ces thématiques de façon concrète et pratique. Le chapitre Véganisme et société répond à toutes sortes de questions, par exemple, comment être végane au bureau, en vacances et entre amis. Toutes des situations qu’on redoute ou qu’on questionne lorsqu’on entreprend de devenir végane.

Une question de justice et d’éthique

Dans Planète Végane, Ophélie Véron nous explique qu’être végane n’est pas quelque chose de simplement alimentaire, c’est un choix personnel, mais qui s’applique néanmoins à la société et à la justice. Être végane, ce n’est pas seulement de ne pas consommer de produits d’animaux, croyance que j’aurais pu avoir auparavant. C’est littéralement de faire preuve de compassion, de justesse et d’éthique envers tous, et ce, sans causer de souffrance animale. Ainsi, cela se passe  et se joue dans toutes les sphères de la vie.

J’ai aimé aussi que l’auteure ne porte pas de jugement sur les difficultés, les montagnes, les détours, tous les écarts qu’on peut faire en devenant végane. Jamais elle ne dit que c’est facile ou qu’il n’y a qu’une façon d’être végane. Elle milite pour informer et pour inspirer les gens à agir autrement, et ce, avec au centre de sa démarche une grande compassion humaine qui m’a personnellement beaucoup touchée et impressionnée. J’en retiens surtout qu’être végane, c’est de mettre la compassion au centre de tous ses gestes et personnellement, c’est une façon de vivre qui m’attire et entre en connivence de façon très forte avec mes valeurs intimes.

Envie d’en découvrir plus et d’en apprendre plus sur le véganisme? Lisez ces deux articles de Fanie : Histoire d’une fille (pas toujours ) végétale et la partie deux Inventaire de mes essentiels.

Envie de participer au Défi Végane 21 jours lancé par Élise Desaulniers? Fanie vous en parle ici.

PS: Chez Hachette, on m’a indiqué qu’Ophélie Véron devrait être au Festival Végane de Montréal en novembre!

Bref, dans la lignée de cette lecture, je suis à la recherche d’autres titres abordant l’éthique animale. Avez-vous des suggestions pour moi ?


Le Fil Rouge tient à remercier Hachette pour le service de presse.

Croyez-vous en l’âme sœur?

Ça fait un petit bout de temps que je cherchais un vrai bon livre sur l’amour, le vrai, celui qui donne envie de se lever le matin, celui qui donne des frissons, celui qui donne des ailes, celui qui nous fait vivre une montagne d’émotions et surtout celui qui nous permet de croire qu’il surpassera le temps.

Tu verras, les âmes se retrouvent toujours quelque part de Sabrina Phillippe est ce type de roman là. Certes, je lui ai trouvé quelques longueurs, mais dans l’ensemble, ce livre à mi-chemin entre la croissance personnelle, le conte spirituel et le magnifique roman d’amour m’a plu énormément.

Petit résumé :

L’histoire se passe comme suit : 2 femmes se rencontrent dans un café de l’Île Saint-Louis à Paris, la plus jeune est psychologue/chroniqueuse à la télé (comme l’auteure!), la plus vieille est une ancienne journaliste. Les 2 ont plusieurs points en commun, mais ce qui les réunit c’est l’amour, le vrai. La plus jeune donne des conseils à la télévision aux gens et aux couples, la plus vieille a connu sa véritable âme sœur et en parle avec passion. De toute évidence, cette rencontre viendra bouleverser notre jeune chroniqueuse au point où ceci modifiera non seulement sa façon de travailler avec les gens, mais aussi sa façon d’être, tout simplement. Cette conversation qui s’échelonne sur plusieurs heures est fascinante et nous donne terriblement envie de croire en cet amour si fort qui nous est si bien décrit. Trouver son âme jumelle, sa véritable âme sœur, et se retrouver de vie en vie pour arriver à finalement s’aimer comme il se doit, n’est-ce pas incroyablement romantique? J’ai été véritablement touchée par cette histoire, moi qui crois depuis toujours que je suis une vieille âme, que nous vivons plusieurs vies, et donc que nous pouvons retrouver des âmes jumelles dans différentes vies. J’ai adoré la façon de l’auteure de décrire ce sentiment si profond qu’on doit ressentir quand on rencontre la véritable âme sœur (si elle existe), les émotions fortes que cela procure et la description un peu plus scientifique à la fin du roman.

Évidemment, j’ai eu les yeux pleins d’eau à quelques reprises (un classique!), j’ai vraiment aimé ce feel good book sur l’amour, parfait pour les journées pluvieuses de notre été cette année.

Et vous, y croyez-vous, en l’âme sœur, aux vies antérieures, qu’on se retrouve tous quelque part?

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Un soir de juin, la poésie a pris toute sa place — Chapitre I

J’ai longtemps imaginé que c’est moi qui faisais un poème mais je me trompais.

C’est lui, secrètement, qui me fait. 

Michel Pleau

L’Anse se poétise

Le 5 juin dernier, L’Anse-à-Beaufils recevait des poètes de La Maison de la poésie de Montréal en tournée dans le cadre du Festival de la poésie de Montréal. Le concept était simple, quatre poètes, un musicien et un poète invité dans chaque lieu d’arrêt de la tournée. Les poètes Paul Bossé, Véronique Cyr, Lise Gaboury-Diallo, Sébastien Dulude, le musicien Carl-Éric Hudon et l’artiste invité Philippe Garon ont offert un spectacle de poésie qui nous amenait littéralement dans une multitude d’espaces intérieurs et de sensations différentes, puisque ça passait de l’un à l’autre, que tous avaient des styles, des thèmes et des propositions poétiques différentes.

L’agitation

Je dois sans plus attendre partager ma passion pour la poésie. L’agitation incessante se manifeste de plus en plus en moi. Quelque chose de fou se passe, les choses changent. La vie se meut en vue d’une forme plus lucide, plus piquante du Monde.

Sur nos têtes comme la bruine

Il faut nourrir la poésie, pour l’activer ou l’habituer à s’inviter. L’accueillir aussi souvent que nécessaire.

Longtemps j’ai cru n’être poète qu’en fantasme. Que sur ce chemin, jamais je ne parviendrais à poser les pieds. Les mots, les images, on m’a dit que je ne savais pas les écrire en poésie. Je ne savais donc pas la lire non plus ni l’apprécier, je ne la comprenais pas, je croyais ne pas la saisir. Je n’étais pas fait pour ça. Pendant l’écriture de mon roman, je ne pouvais exister qu’à travers une seule voix narrative, alors j’ai commencé à écrire du fragment poétique, ça provenait d’ailleurs, de je ne sais où, c’était encore tellement flou. Je parlais poésie à des ami(e)s qui avaient déjà, en quelque sorte, apprivoisé cette toute petite bête de la forêt, cet animal sauvage et mystérieux.

Je me suis mise à jouer avec les mots, à jouer littéralement, comme s’il s’agissait de puzzles. Je devais trouver la manière de donner naissance à un langage tout neuf et vierge, celui que je sens depuis toujours dans le creux de mon ventre, sans savoir comment l’atteindre. Alors je jouais, je devais retourner à l’enfance pour l’entendre, le voir apparaître.

Ça me faisait terriblement souffrir de ne pas trouver la ligne, ce fil qui part de ce que je suis de plus cru pour se rendre sur la feuille. Ce souffle, le transformer en mots (là où les mots s’élèvent). J’ai commencé à trouver, à déterrer en fixant dans les yeux plusieurs monstres qui voulaient me faire voir et comprendre quelque chose qui devait garder une certaine part d’insaisissable. C’était douloureux jusqu’à ce qu’enfin la lumière apparaisse et que la poésie devienne un langage naturel, encore gorgé d’émotions profondes, mais sans que j’aie à souffrir de l’écriture elle-même.

Le geste, le mouvement, l’ouverture.

Et toi, comment la poésie est-elle entrée dans ta vie? Par quel chemin? Par quel hasard? Par quel désir?

 

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Ceux qui ne renoncent pas

Il ne pensait pas que c’était possible, en venir à cette alternative. Il s’agissait d’une erreur de jugement, sans aucun doute, d’un égarement passager. Il ne pouvait pas être mis dans cette position. Il ne pouvait pas avoir accepté de laisser tomber l’être qui lui importait le plus au monde, le compagnon de son enfance, l’ami, celui qui le réconfortait dans les temps difficiles. Il ne pouvait certainement pas non plus être en train de le chasser à l’aide d’une ruse. D’une activité qui allait prendre des airs de jeu. Il n’allait pas lancer ce petit soldat, le même qu’il lui avait déjà lancé cent fois. Il n’allait pas lancer ce jouet, attendre qu’il coure vers lui, heureux, certain d’avoir affaire à un jeu de routine. Il n’allait pas lancer le petit soldat de plastique, regarder son renard partir à sa poursuite et s’enfuir en courant. Il n’allait pas l’abandonner dans une étendue sans fin et le supplier de le pardonner.

Et pourtant, si.

Peter a douze ans, et c’est la guerre. Son père, qui part pour s’y impliquer, l’a bien averti, il faut laisser tomber certaines choses en temps de guerre. Pour Peter, il s’agit d’abandonner son renard, Pax. Un renard qu’il a trouvé alors qu’il n’était qu’un bébé et dont il a pris soin durant plusieurs années. Un renard qui est aussi, étrangement, comme son double.

Après avoir abandonné son ami, à des centaines de kilomètres de chez lui, Peter se rend compte qu’on ne peut se départir de son double aussi facilement et qu’il a fait une erreur. Il décide donc de retourner sur ses pas, seul, et de marcher les centaines de kilomètres qui le séparent de Pax. Son périple sera complexe, alors qu’il doit passer inaperçu et se faufiler dans des forêts dont il ne connaît rien. Sur son chemin, il rencontrera une vieille femme, Vola, brisée par une guerre d’une autre époque, qui a fait le choix de se punir d’avoir participé à la mort des hommes en s’isolant du monde. Malgré les obstacles et les rencontres, Peter ne conserve qu’une idée : celle de retrouver son renard.

De l’autre côté, on assiste, impuissant, à la douloureuse constatation que fait Pax alors qu’il se rend compte que son ami ne revient pas le chercher. Qu’il est maintenant seul dans la forêt, et qu’il doit à tout prix retrouver Peter. Car, bien entendu, son ami ne l’aurait pas abandonné ainsi. À travers ses yeux et son odorat, l’animal nous racontera le monde de la forêt, celui que l’humain n’arrive pas à apercevoir. Il y rencontrera d’autres renards, comme lui, qui détestent les humains, et des soldats, ces malades de la guerre, qui recouvriront de noir la forêt et tous ceux qui y vivent. Malgré les obstacles et les rencontres, Pax ne conserve qu’une idée : celle de retrouver Peter.

Le roman, Pax et le petit soldat, écrit par Sara Pennypacker chez Gallimard jeunesse nous amène dans un monde trouble où la guerre s’avance insidieusement vers les protagonistes. On y découvre des personnages dotés d’une belle profondeur et porteurs de grandes blessures qui tâchent de retrouver ce qu’ils sont vraiment, ce qui compte vraiment.

Ce roman, séparé en courts chapitres, alternant les pensées et la vie de Peter à celles de Pax, conserve un rythme tout particulier qui ne nous lasse pas. On tourne plutôt les pages rapidement, avec la hâte de découvrir les prochaines aventures de Pax et de Peter. J’ai particulièrement apprécié les passages qui se passent avec le renard, alors qu’on y découvre le monde sous un nouvel angle. L’auteure décrit avec une beauté et une facilité déconcertante le monde des animaux, leur façon de communiquer et de ressentir les bêtises humaines.

Au fil des pages, on va à la rencontre de personnages qui remettent en question le monde des hommes et ses lois, l’impact de l’humain sur l’environnement et la guerre. De grands sujets bercés par l’histoire toute simple d’un petit garçon qui s’éprend d’un renard.

C’est d’ailleurs sans doute ce qui fait la force de la littérature jeunesse : celle de pouvoir aborder des sujets durs à travers des univers d’une grande beauté.

La croisée des chemins incertains

Le temps des premières fois est un moment marquant de nos vies qui ne laisse personne indemne. C’est une période d’éveil, de concrétisation et de tangibilité du monde adulte. À mi-chemin entre la douce naïveté de notre enfance et la pleine conscience du beau et du laid caché dans les plus petits détours de l’être humain.

Oui, l’adolescence est un combat parfois difficile. On nous empiffre d’excuses et d’encouragements, car si quiconque peut survivre au secondaire, il peut survivre au monde adulte. C’est, du moins, ce que les grands disent.
 
J’ai survécu à mon secondaire. J’en porte encore les cicatrices, mais je partage maintenant le discours que mes parents et que les adultes autour de moi m’ont transmis. Ce fut une aventure difficile certes, mais en m’accrochant aux petites parcelles de lumières dispersées par certains amis, par l’art, le sport et principalement par la lecture, j’ai forgé petit à petit la femme que je suis aujourd’hui. Car les livres m’ont permis de trouver réconfort quand rien ne semblait fixe et que la tempête n’était jamais loin.

Encore aujourd’hui, près de dix ans plus tard, je replonge souvent dans la littérature jeunesse, celle qui a façonné la petite fille que j’étais en jeune femme. Car les romans jeunesse resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Ils viennent nous capter, nous donner espoir et nous permettre de nous évader dans un monde plus réaliste que le nôtre ou plus fictif, nous donnant le nécessaire pour nous accrocher aux jours gris des casiers oranges.

Ainsi, je me suis laissé charmer de nouveau par certaines œuvres qui m’ont échappé au courant des années. À commencer par un livre ayant généré un gros buzz sur les réseaux sociaux et dans le monde littéraire américain. Sujet d’une prochaine adaptation cinématographique, je vous propose ce mois-ci mes pensées sur le huitième livre de Jennifer Niven, All the bright places.
Avec ce roman de 350 pages, on nous plonge dans le quotidien de deux jeunes brisés par le passé qui ne savent pas si le futur leur réserve une place ou si l’instant présent est assez fort pour leur permettre encore de rêver.

Espoirs inconnus

Il s’agit de l’histoire de Finch et Violet. Lui est la risée de tous, elle est la populaire et talentueuse jeune fille de l’école. Entamant leur dernière année d’études secondaires dans l’Indianapolis, ils se rencontrent tous les deux sur le sommet de l’immeuble scolaire. Dans un geste de désespoir, tous les deux s’y retrouvent dans le but de sauter. Elle ne trouve plus de sens au quotidien depuis la mort de sa sœur, lui est pris de trouble bipolaire qui altère son jugement et ses humeurs. Tous les deux sont répugnés par leur ville, leurs conditions, et par ce que la vie leur réserve. Leur rencontre les sauvera mutuellement. Particulièrement lorsque Finch et Violet deviendront partenaires pour un travail scolaire où ils devront fournir une liste des merveilles de l’Indianapolis. S’en suit une chasse au trésor qui les mènera à mieux se connaître et à réaliser que leur quotidien, bien que différent à bien des égards, a beaucoup plus en commun que ce qu’ils pensaient. Mais lorsque le monde de Violet s’épanouit, celui de Finch se détériore petit à petit.

Histoire d’amour et d’amitié, All the bright places est un hymne à la jeunesse, à la beauté et à la littérature. Mais avant tout, c’est une œuvre qui traite de la maladie mentale chez les jeunes sans y porter de jugement. Pour cette raison, on en sort chamboulé et convaincu que ce livre, bien que semblable à plusieurs autres sur certains points, laisse sa marque dans le monde de la littérature jeunesse. Certains pourront reconnaître des similitudes avec certaines œuvres de John Green ou Rainbow Rowell, à commencer par l’une des œuvres les plus connues de la littérature jeunesse contemporaine : The fault in our stars. Car All the bright places est une tragédie en elle-même, c’est le destin tragique d’amoureux qui ne pourront pas être sauvés par l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre. C’est une œuvre nostalgique, touchante et nécessaire. Traitant de dépression, d’abus, de deuil et de suicide, c’est une œuvre profonde qui se définit par ses propos plus matures et par la manière dont l’auteure amène le lecteur à se questionner sur les réels troubles auxquels sont confrontés les adolescents. Les deux protagonistes illustrent bien les difficultés que plusieurs jeunes devront surmonter durant leur passage au secondaire, soient l’intimidation, les préjugés, la violence verbale et physique, mais surtout le premier amour. Celui qui nous touche, qui nous bouleverse et qui change notre vision du monde.

Le temps des premières et dernières fois

Bien que différents à plusieurs niveaux, Finch et Violet sont deux personnages complémentaires. Si le personnage féminin est cliché sur quelques points (jeune fille populaire, talentueuse, petite amie du plus beau gars de l’école, bref la fille parfaite), on ne peut pas en dire autant sur le personnage masculin. Finch, jeune homme bipolaire aux multiples personnalités, est l’élément clé de ce livre. Avec ses bons jours et ses mauvais, on tombe vite attaché à ce personnage éclaté, sans fil conducteur apparent qui brise toute notion de réalisme et d’apparence. C’est un personnage coloré et extrême qui nous bouleverse dès les premières lignes. D’une grande intelligence, on aime apprendre à le connaître au fil des chapitres par le biais de la musique, mais principalement par le biais de la littérature, sujet qu’affectionnent nos deux amoureux. Ainsi, on peut s’attendre à beaucoup de citations de Virginia Woolf jusqu’à finir par voir Finch et Violet composer leurs propres articles et poèmes. Aussi, 
un élément clé du livre est le projet qui les unit, celui de trouver du beau dans le laid, qui les habite constamment. À chacun de ces moments, on sent l’œuvre en suspens, ne sachant pas ce qui pourrait arriver dans le futur. C’est le seul moment où les personnages ne sont pas habités par une tristesse constante. Lorsque les deux partent en expédition, on assiste vraiment à de beaux moments. Loin de toutes technologies, de tous les doutes et les peurs qui les habitent, ce sont des passages clés de l’œuvre où leurs faiblesses deviennent leurs forces. C’est la tombée du rideau, leur jardin secret et le seul projet tangible qui les habite.

Le monde extérieur > soi

Certaines lacunes restent tout de même présentes dans l’œuvre. À commencer par l’emploi de la maladie mentale chez les deux protagonistes. Bien que ce soit le sujet clé du livre et qu’il soit exploité tout au long de l’œuvre, on a l’impression qu’on met un peu tout dans le même bateau. Lui, souffrant de troubles bipolaires et elle, d’une dépression majeure, on en vient à penser que les personnages ne sont rien d’autre que la maladie qui les habite. Ce qui est dommage, car rares sont les œuvres où l’on peut parler ouvertement de la maladie mentale. On nous présente ces deux jeunes sans vraiment nous présenter de schéma sur leur passé, sur leurs aspirations ou sur le bien que leur procurent certaines activités. Comme quoi on ne leur attribue que le moment présent, que la tristesse qui les habite. Même chose concernant les adultes qui gravitent autour d’eux. Ce sont des portraits mal dirigés qui nous donnent l’impression que leur vision des choses est complètement à l’opposé de celle de leurs enfants alors que la maladie mentale, peu importe son âge, reste universelle. On ne sent aucun soutien, aucune ouverture, comme si ces deux jeunes étaient réellement laissés à eux-mêmes, ce qui est dommage. Car certaines pistes, tout au long du livre, nous montrent que l’espoir est présent, que certains gestes, peut-être minimes à certains égards, demeurent importants et prouvent qu’il y a toujours une ressource, même dans les moments les plus sombres.

Ceci étant dit, j’ai la certitude que le livre ouvre un débat sur la maladie mentale. Tout comme 13 reasons why ou The perks of beeing a wallflower, l’œuvre amène une vision différente sur les façons d’agir et de penser. Bien que plus romancé que ses deux dernières œuvres, All the bright places offre un portrait émouvant de jeunes gens sans espoir et sans quête apparente. Jennifer Niven finit par trouver l’équilibre et nous offre un peu de lumière pour terminer ce roman fort. Ce n’est pas une œuvre pessimiste, ni déprimante. Bien au contraire, c’est un portrait lucide sur la difficulté de trouver sa place, de s’affirmer et sur la nécessité d’apporter l’aide nécessaire aux jeunes souffrant de troubles quelconques.

Sans en sortir bouleversée, je garde un souvenir clair et précis de cette lecture qui me replonge dans ces années marquantes. Bien que parsemées d’embûches, elles n’en demeurent pas moins une grande fierté pour moi. Celle d’avoir réussi à tracer mon chemin, d’avoir grandi et d’avoir gardé la curiosité qui m’animait déjà à l’époque. 

Car rien n’est éternel, tout n’est que passage. Quand vient la défaite, c’est que la victoire n’est pas très loin, et encore plus forte. Il faut simplement garder espoir.

Et vous, quelles œuvres ont marqué vos jeunes années?

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Rencontre intime avec Geneviève B-Blain auteure de La cellule naïve

C’est à mon appartement que j’ai rencontré pour la première fois l’auteure Geneviève Bilodeau-Blain afin de discuter de la création de son premier livre La cellule naïve publié aux Éditions Omri et propulsé dans le monde à la Galerie BBAM le 11 mai dernier!

À la fin de notre rencontre officieuse, me demandant comment j’allais structurer les propos retenus, elle m’a lancé : « La bière est bonne, j’ai fait une psychose, voici mon recueil. » C’est pas faux, mais encore?

Ce recueil est présenté en trois parties, La Sournoise, La Plaie et L’Apothicaire, qui recensent chronologiquement l’événement de psychose sous un échantillonnage bien poignant. Voici le ramassis structuré de notre rencontre éclatée!

Ce qui l’a menée à l’écriture de ce recueil

Elle a d’abord été en contact avec la poésie et l’écriture grâce à son responsable de stage. Les deux passaient de nombreux moments à déterrer des mollusques sur les berges de Larochelle en Charentes-Maritimes, en France, terre de ses ancêtres. Ce professeur, aussi hôte pour un événement de poésie, l’avait aiguillée sur des poètes français.

C’est en pleine formation universitaire en biologie, empreinte d’une vision romantique et contemplative de la nature, qu’elle a grandement été inspirée par le concept du chaos et de l’héritage génétique. Lors d’un cours, on faisait la démonstration que les gênes des ancêtres portaient une histoire cumulative qui était transmise aux descendants, jusqu’à elle. S’écriant « Hérrriiitaaage! » en plein cours, magnifiée par ces concepts et en couple avec une personne tortueuse qui rabaissait ses capacités et talents, l’inspiration a vrillé en épisode maniaque.

Cet état, avant le diagnostic de psychose, est particulièrement pénible puisque souvent caractérisé d’hystérie chez les femmes. En cette période faste de projets qu’elle aurait souhaité engendrer, créer, entreprendre, on lui répondait qu’elle ressemblait trop à Jean Leloup.

La Sournoise

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Pourquoi et où écrire?

Elle a finalement été internée, trois semaines. Isolée du reste du monde, on lui a conseillé un livre parlant de maladie mentale, Le drame de l’enfant doué. Ces enfants hypersensibles, qui incorporent trop d’informations, se retournent souvent vers la nature et développent, sur le tard, des troubles mentaux. En psychiatrie, elle s’est aussi rendu compte que plusieurs écrivaient de la poésie.

Après ce repos forcé, elle a su profiter d’un chômage pour partir trois mois en période d’écriture à l’Auberge à Trois-Pistoles. Entourée de punks militants écologistes, elle a affirmé sa voix, son militantisme à travers son art, son écriture et sa peinture. Lors de cette résidence d’écriture, un bateau accosté nommé « Héritage » a confirmé qu’elle était à la bonne place au bon moment.

La Plaie

la sournoise

« Les poètes sont pauvres, mais le monde nous appartient »

Au lancement, lors de son discours, elle n’a pu ignorer l’éléphant dans la pièce, la psychose, la raison pour laquelle quelque 150 personnes étaient là! Tenir un objet tangible qui représente cette période, créer du sens à travers les épreuves, lui a permis d’apprivoiser toutes les facettes de sa personne, sa petite créature maintenant connue grâce à une traversée houleuse. Ce lancement a aussi permis de constater sa capacité d’accomplir des projets jusqu’au bout sans demander l’approbation, sans attendre après personne. Pour la première fois de sa vie, elle s’est sentie accomplie comme femme.

L’Apothicaire

la suite des choses

« Commence par la fin »

Un recueil de poésie intimiste et puissant publié par une ambitieuse maison d’édition indépendante dont je vous avais entretenus plus tôt cette année. Le recueil est disponible chez plusieurs libraires (Euguélionne, Flèche Rouge, Verdun, Port de tête, Zone Libre) ainsi qu’en ligne chez Le Pressier.

la créature

Comment rester insensible envers une poésie si sentie? Est-ce que ce genre vous interpelle aussi?

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Le fight club féministe : un abc de la conduite en milieu de travail sexiste

Une couverture jaune qui tape à l’œil, un titre qui intrigue, des doodles à profusion, Le fight club féministe de Jessica Bennett a tout pour capter l’attention. Le livre se voulant être un manuel de survie contre le sexisme en milieu de travail, Bennett balance avec doigté et humour études et anecdotes personnelles. Ce livre à la prémisse prometteuse a-t-il réussi à garder mon attention une fois l’introduction passée? Parfois oui, parfois non.

Réalisant qu’elle était loin d’être la seule à faire l’expérience de sexisme dans son milieu de travail, Jessica Bennett décida de créer un groupe de soutien, avec des amies et connaissances, pour avoir un espace sans jugement où parler de leurs expériences communes. De là la naissance du fight club féministe. Cette idée m’a bien plu, on y parle d’entraide entre femmes, d’empowerment.

Débutant par ce qu’on ne pourrait qu’appeler un manifesto, le livre se divise par la suite en 5 parties distinctes. La journaliste y couvre toutes les sphères et possibles situations menant à du sexisme au travail, des plus subtiles aux plus flamboyantes démonstrations d’inégalités de genre.

Insidieux sexisme

Au tout début, je ne peux nier que le ton m’a déplu. J’ai bien l’impression que c’est plutôt une question de traduction que de contenu, mais quand même. C’était déplaisant au point de me faire poser le livre à plusieurs reprises.

Par moment, j’ai aussi trouvé que l’auteure semblait utiliser des scénarios un peu tirés par les cheveux, qu’elle prenait un peu trop le taureau par les cornes, que les solutions qu’elle proposait étaient un peu trop drastiques. En m’arrêtant pour réfléchir à mon agacement envers le ton et certains des propos, j’ai réalisé que c’était justement en raison de ma réaction qu’un livre comme celui-ci est important. Si moi, féministe bien assumée, trouve que l’auteure propose des solutions un peu trop fortes – qui ne le sont pas vraiment, en fait – c’est peut-être que je ne suis pas assez sensibilisée au sexisme parfois si insidieux qui s’immisce dans trop de milieux de travail.

Un problème de forme

Malgré l’importance du propos, je dois avouer avoir eu de la difficulté avec la forme. Le livre est proposé sous forme de guide, avec beaucoup d’énumérations et de petits dessins. C’est comme si l’auteure avait voulu alléger son propos en jouant sur les blagues et l’esthétisme du livre. Au final, c’est un peu plus encombrant qu’autre chose et, surtout, pas nécessaire.

Prendre la parole

Passer outre la forme et les deux premiers chapitres qui m’ont moins plus, j’ai vraiment trouvé que l’accent mis sur le langage était un aspect intéressant à aborder. On y explique comment certains types de discours, certaines manières de parler, peuvent avoir plus d’impact et de force. Pour quelqu’un comme moi qui infuse ses récits d’un peu trop de hummm, euuuu et tséééé, sans trop m’en rendre compte, ce fut intéressant d’en comprendre la nature et d’y trouver des alternatives.

Prendre la parole, de vive voix, peu importe le langage utilisé, est aussi un aspect bien présent dans le manuel de Jessica Bennett. Tous les chapitres offrent des exemples qui poussent les femmes à prendre leur place, à s’affirmer et à ne pas avoir peur de prendre les devants. Après tout, pour les hommes que Bennett prend en exemple dans son livre, ce n’est que seconde nature. Alors pourquoi pas pour les femmes?

En somme, je n’ai pas détesté, j’ai trouvé les propos intéressants, mais mal apportés. Comme si l’auteure avait voulu faciliter l’approche, couvrir le véritable sujet de beau et de drôle. Il n’en reste pas moins que c’est un guide qui a une raison d’être et qui met bien de l’avant le sexisme ordinaire qui persiste dans bien des milieux de travail.

Et vous, connaissez-vous d’autres livres qui abordent ce sujet? 

Je vous invite à jeter un coup d’œil à cet article qui offre un résumé – en anglais – très complet de tous les chapitres du livre.

Le fil rouge remercie les éditions Autrement pour le service de presse.

Photo : Martine Latendresse Charron

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Valet de pique : Quand Joyce Carol Oates m’épate encore

J’aime me sentir obnubilée par une lecture. Avoir l’impression d’être complètement investie dans un récit et ne pas réussir à fermer le bouquin, avant de savoir. Savoir, tout simplement. Savoir comment les événements défileront.

Vous connaissez sans aucun doute ce sentiment, vous lisez et hop, vous reprenez conscience de ce que vous étiez en train de faire! Quel plaisir de s’évader le temps de quelques pages, voire quelques heures, avec un bouquin entre les mains!

C’est ce qui m’est arrivé à nouveau avec Joyce Carol Oates. La lecture de Sacrifice, un de ses derniers romans, m’avait totalement ravie et j’étais restée avec la forte impression que Carol Oates maîtrise à merveille les codes du thriller psychologique. En recevant Valet de pique, j’étais nerveuse à l’idée de lire à nouveau un de ses livres. Ça me fait toujours ça, quand j’aime trop un roman, je crains d’en lire d’autres du même auteur-e de peur de briser ce sentiment si fort que j’avais ressenti la première fois. Or, avec Valet de pique, je me suis sentie aspirée par ce récit.

Dans celui-ci, on suit un auteur à grand succès assez populaire, Andrew J. Rush. Cet auteur est aussi un père de famille des plus normaux et classiques. Il est marié et a des enfants qui ont maintenant quitté la maison familiale. Rien de plus normal… jusqu’à ce qu’on découvre le Valet de pique…

Un peu à l’image de Dr Jekyll et Mr Hyde, Andrew écrit des romans sous le pseudonyme de Valet de pique, mais personne n’est au courant, même pas l’éditeur. Dans les romans du Valet de pique, il est beaucoup plus violent, agressif, voire vulgaire. L’écriture des romans du Valet de pique vient défouler, fasciner, obséder Andrew qui se voit inspiré plus que jamais lorsqu’il emprunte la plume de ce cher Valet de pique :

Étrange que, incapable d’écrire en tant que Andrew J. Rush et incapable de dormir, je puisse écrire des heures, dans une sorte de délire, en qualité de Valet de pique. Les pages défilaient. Ma respiration s’accélérait.

Par la suite, il y a une plainte le concernant, d’une vieille dame de son quartier, Madame Haider. Elle l’accuse de plagiat (comme elle a fait à plusieurs autres comme Stephen King!). Cette accusation rend Andrew de plus en plus fébrile, agressif et incontrôlable.

Au même moment, la fille d’Andrew qui aura lu des romans de Valet de pique par fascination (elle porte un regard dédaigneux sur ces livres, mais ne peut s’empêcher de les lire!) remarquera des similitudes avec sa propre vie… Et ira jusqu’à croire que ce Valet de pique espionne sa famille et connaît son père.

Ces événements viennent chambouler Andrew, le rendent anxieux et le changent tranquillement…

Je n’en dirai pas davantage parce que le plaisir de cette lecture, c’est de découvrir les revirements que nous offre la très talentueuse Joyce Carol Oates! Or, je peux terminer en vous disant que ce thriller m’a fait vivre de belles émotions (et perdre quelques heures de sommeil, mais que ne ferais-je pas pour ce plaisir de déguster un bon thriller au petit matin!)

Et vous, avez-vous un autre roman policier/thriller à me conseiller pour me garder éveillée une nuit durant?


Le Fil rouge tient à remercier Johanne Paquette de Dimédia pour le service de presse.