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Soirée littéraire en compagnie du collectif Les Intimistes

Pour la rentrée et le début de l’automne, le collectif Les Intimistes – composé uniquement de comédiennes – a convié Le fil rouge à leur onzième prestation de lecture publique au café littéraire Chez l’Éditeur, à Montréal. Ce onzième chapitre explorait les histoires d’été en long et en large, en passant du premier amour de vacances aux voyages mémorables en Europe. Chacune des sept intimistes ont partagé sur scène un récit d’autofiction, touchant de près ou de loin à la saison estivale, dans une ambiance chaleureuse et détendue.

Je suis allée à cette soirée littéraire sans trop savoir à quoi m’attendre, n’étant jamais allée à une soirée de ce genre, mais j’ai été agréablement surprise.

Le sujet des histoires d’été a été abordé de toutes sortes de manières différentes et je n’y ai ressenti aucune redondance. Une a raconté son besoin de «devenir femme» à 18 ans, une autre a parlé de son expérience de psychotrope avec de l’ayahuasca – une boisson hallucinogène d’Amérique du Sud -, une autre, de sa recherche de reconnaissance perpétuelle en ne se donnant pas une seconde de vacances. Je croyais qu’on aurait fait rapidement le tour du sujet, mais les Intimistes nous ont amenés à des endroits que je ne pensais pas explorer en ce vendredi soir. Petite mention à Audrey Lavigne qui a parlé de tas d’excréments humains trouvés proche d’une plage au Portugal, ce qui a mené à parler d’environnement et de campagne électorale. C’était inattendu!

Chacune a bien rendu justice à son texte, avec énormément de sensibilité. Nous avons pu passer des rires aux larmes, parfois même les deux en même temps!

Je tiens à souligner la grande force de Tania Arana et Laurence A. Perrault qui, malgré les grandes émotions qui les traversaient, ont réussi à livrer leurs textes à fleur de peau. C’était beau à voir.

* * *

Tout au long de la prestation, je ressentais une grande vague de bien-être et de calme m’envahir. Écouter les histoires des autres, auxquelles je me m’identifie de près ou de loin, m’a fait énormément de bien à l’âme. Les Intimistes sont comme des grandes soeurs qui te racontent comment la vie est pleine d’embûches parfois, mais qu’elle est belle malgré tout. J’adorerais revoir ces femmes exposer leurs réflexions, leur vulnérabilité et leur coeur un peu plus souvent. Ça fait du bien de ne pas se savoir seule. Je suis sortie de l’évènement en ayant le coeur et la tête un peu plus légers.

Et vous, connaissez-vous le collectif Les Intimistes?

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Soyez au courant de leurs prochaines lectures publique en les suivant sur Facebook, Instagram, et sur leur site internet. Je vous invite aussi à aller lire la critique de Kim Daoust Loiselle, une autre Fileuse, sur le chapitre 3 de ce collectif.

Le chapitre 12 aura lieu le 30 novembre 2018.

 

 

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Mystères et souvenirs de jeunesse

L’automne est de retour et pour être franche, l’été torride que nous venons de traverser ne me manque pas du tout! Par contre, je me surprends à m’ennuyer de mes étés de jeunesse, quand j’attendais avec impatience le moment où mes parents me déposeraient pour une semaine au camp Baseley. C’est probablement parce que je viens de terminer ma lecture du deuxième tome de L’Esprit du Camp. Les artistes Axelle Lenoir et Caroline Breault nous ont offert dernièrement la conclusion de ce diptyque.

L’histoire se déroule en 1994 dans une colonie de vacances près du petit village de Dégelis. L’héroïne, Élodie, se voit forcée par sa mère de passer son été comme monitrice au camp du Lac à l’Ours. Elle se retrouve ainsi à devoir gérer une troupe de campeuses rousses diaboliques et prouver à ses collègues qu’elle peut survivre à cet été d’enfer. Elle se noue d’amitié avec une monitrice, Catherine a.k.a. Miss Perfection, et découvre qu’une terrible créature semble menacer leur sécurité. Un récit intrigant agrémenté par les magnifiques illustrations d’Axelle et la touche colorée de Cab.

J’ai trouvé les personnages à la fois vrais et originaux. La troupe de petites terreurs rousses provoque toujours des situations hilarantes et ça les rend adorables! Les transitions entre les moments d’humour et de mystère étaient bien réussies grâce aux contrastes entre les planches colorées et celles plutôt sombres. On se laisse ainsi facilement transporter d’une intrigue à l’autre. J’ai beaucoup ri en tombant sur les références musicales ainsi que les glossaires de québécismes au début de chaque chapitre.

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Il s’agit de la dernière bande dessinée qu’Axelle Lenoir publie sous le nom de Michel Falardeau. Je l’ai connue grâce à French Kiss 1986 et Le domaine Grisloire. À mon grand plaisir, L’Esprit du Camp mélange la nostalgie du premier et le côté fantastique du second. Par contre, je ne connaissais pas Cab et ça m’a donné envie de découvrir la série Hiver nucléaire. Ce sont deux artistes pleines de talents et j’ai bien hâte de voir ce qu’elles nous réservent dans l’avenir.

Les soirées dans la grange, les chansons devant la cafétéria, les moniteurs qui jouent de la guit… Tout cela sonnait comme un refrain familier. L’Esprit du Camp réunit humour, amitié et mystère afin de nous replonger dans nos étés d’enfance. Une recette parfaite, selon moi, pour créer une BD envoûtante. À lire si vos parents vous ont déjà expédiés dans un camp de vacances, et encore plus si vous y avez travaillé.

En lisant L’Esprit du Camp, je ne peux m’empêcher de penser aux légendes du camp Baseley. Et vous, gardez-vous de bons souvenirs de vos séjours en colonie de vacances?

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Une ficelle qui relie tous les livres

L’autre jour, je lisais Captive de Margaret Atwood et j’ai réalisé qu’il y avait beaucoup de citations d’auteurs en début de chapitres. Celles qui ont davantage attiré mon attention étaient d’Emily Dickinson. Pourquoi? Parce qu’une de mes récentes lectures portait sur sa vie, Les villes de papier de Dominique Fortier (vous pouvez d’ailleurs lire ici mon article au sujet de cette œuvre remarquable). Je me disais : quelle coïncidence! Captive était dans ma bibliothèque depuis plus de six mois mais j’ai choisi par hasard de le lire tout juste après avoir lu un livre sur la poète.

La révélation

Je me suis rappelé une phrase frappante que m’a déjà dite une amie : tous les livres sont liés entre eux. À cette époque, je lisais très peu et je ne savais jamais quoi choisir comme lecture. Cette amie m’avait répondu qu’elle en avait trop à lire et que chaque livre la menait vers un autre… J’étais restée figée sur place, me demandant si c’était vrai. Puis, j’ai commencé à lire un roman qu’elle m’avait recommandé qui, par la suite, m’en a fait découvrir un deuxième, et ainsi de suite. Vous voyez le portrait? Le flot ne s’est jamais arrêté depuis. Cette amie m’a carrément fait redécouvrir le plaisir de la lecture et m’a prouvé hors de tout doute qu’il existe une connexion entre les livres.

L’influence du milieu

Ce sont parfois des citations d’auteurs, mais il peut aussi être question de lectures que font les personnages de l’histoire. Ça pique toujours la curiosité de connaître les goûts littéraires d’un personnage qu’on aime bien. Pour ma part, ça m’incite à aller fouiner pour savoir si j’apprécie les mêmes lectures que celles du héros du roman que je viens de dévorer. Ainsi, une lecture en amène une autre. On remarque aussi que les personnages d’auteurs dans les livres sont de plus en plus fréquents. Normal, puisqu’il est souvent dit qu’il faut écrire sur ce que l’on connaît alors quoi de mieux pour un auteur d’écrire sur son propre métier. On s’attend donc à voir apparaître des références à d’autres auteurs au fil de l’histoire.

Une œuvre marquante

Un roman qui m’a particulièrement remué les méninges cette année est sans aucun doute Le meilleur dernier roman de Claude La Charité. Dans cette œuvre délicatement ficelée, un groupe de professeurs universitaires doit déterminer les critères de sélection ainsi que le lauréat d’un prix pour le moins inattendu : le meilleur dernier roman. On énumère pratiquement tout le patrimoine littéraire québécois page après page, de sorte que l’œuvre pourrait faire office de cours d’histoire de la littérature québécoise. D’Anne Hébert à Michel Tremblay, en passant par Réjean Ducharme, on est tenté d’aller jeter un coup d’œil à tous ces grands de notre petit coin de pays afin de combler nos lacunes en classiques. Je me souviens même d’avoir vérifié si le personnage lauréat du prix, Henri Vernal, était oui ou non un vrai auteur. Je vous laisse le découvrir vous-mêmes.

Je crois que la littérature fait partie d’un tout et que cet art tient en place grâce à une longue ficelle qui maintient une connexion entre les différentes œuvres de ce monde. Il suffit de suivre cette corde et de se laisser guider par les livres.

Portez attention lors de votre prochaine lecture et dites-nous quels livres vous ont mené vers d’autres lectures.

Le phénomène Marie « Kon Marie » Kondo, et pourquoi ranger inspirerait la joie ?

Pour commencer, je vais vous faire un aveu, je suis une fille bordélique. Voilà, c’est dit. J’ai même songé à partir un club pour les bordéliques anonymes comme moi:  les «BA», haha ! Sans blague, je dois avouer que je trouvais que j’étais une cause perdue jusqu’à tout récemment. Dans mon ancien appartement, un minuscule 3 1/2, le rangement s’imposait de lui-même vu l’espace habitable, mais dans mon nouvel appart, un immense 3 1/2, je trouve déjà que c’est un travail colossal de maintenir tout en place, et juste d’y penser, je fais de l’anxiété ! J’exagère à peine. J’ai la terrible «maladie» de tout garder au cas où, et j’ai celle aussi de me dire «voyons on ne peut pas jeter ça». Je vous le jure, je suis, limite, une cause perdue.

J’ai eu le deuxième livre de Marie Kondo, Ranger inspire la joie en service de presse  et j’attendais le bon moment pour le lire depuis disons quelques mois.  Pour une bordélique anonyme, vous vous doutez que le bon moment de lire un livre qui vous obligera à

ranger, et ce, apparemment dans la joie, est rare. Étonnamment, dès les premières pages de ce second livre, Marie nous dit que le moment idéal pour commencer notre lecture et mettre en place ses conseils était pile un mois avant un déménagement. Ça tombait curieusement bien, je déménageais exactement un mois plus tard. Je sais, drôle d’adon non ? Je l’ai déjà écrit ici, mais parfois je crois que c’est le livre lui-même qui choisit naturellement son moment et non le contraire malgré ce qu’on peut penser.

Marie Kondo, c’est qui ça ?

Soyez sans crainte, c’est tout à fait possible que vous ayez loupé le phénomène Marie Kondo dans les dernières années si, comme moi, vous êtes toujours, ou étiez une «BA»,  et que ranger était loin d’inspirer la joie chez vous. Marie Kondo, selon notre ami  «Wikipédia», est une essayiste japonaise spécialisée dans le rangement et le développement personnel. Dans la réalité, Marie Kondo, c’est LA sauveuse du rangement de votre appartement ou de votre maison ! C’est LA fille qui va vous faire réaliser, «oh mon dieu mais pourquoi je conserve ça depuis des années ?» «À quoi je pensais en me disant que ce chandail reviendrait à la mode ?» «Pourquoi j’ai gardé 1000 enveloppes (parfois vides) avec des comptes de 2009-2010, des livres de math du secondaire et des photos d’une personne dont je ne me souviens même pas du nom ?» Attention, la prise de conscience sera violente mes chers amis BA, mais ceci est nécessaire. J’avais lu l’article de Martine à l’époque sur le premier livre de Marie, mais je crois que je n’étais pas vraiment prête pour bien comprendre la joie que procure le rangement, aussi comme Martine n’avait pas adhéré totalement à la méthode, disons que j’étais assez sceptique…

Pourquoi ranger inspire la joie et comment ça fonctionne ?

Pour commencer, je n’ai pas lu le premier essai de Marie Kondo, Le pouvoir étonnant du rangement, mais mon impression est que dans Ranger inspire la joie,  il est beaucoup plus simple de comprendre la méthode pour arriver à mettre le tout en pratique rapidement. J’ai aussi l’impression qu’on est moins là pour nous vanter les mérites de la méthode mais plus pour nous aider à mieux la comprendre. J’ajouterais qu’il est totalement possible de commencer par le deuxième sans avoir lu le premier.

Donc, dès les premières pages de ce deuxième opus, – et je suis certaine qu’avec le premier le sentiment était semblable – on réalise l’ampleur des dégâts dans notre vie. Le concept de Marie est très simple: si un objet ou autre ne vous inspire pas la joie, c’est direction la poubelle ou alors à donner, comme Martine disait dans son article. Je préfère de loin recycler que jeter, mais dans tous les cas, ça doit sortir de chez vous. En un mot, il faut ÉPURER votre maison.

Selon son plan, on doit commencer par les vêtements, et ça tombait franchement bien pour moi, car je dis souvent à la blague (pas vraiment…) que je pourrais vivre sans faire de lavage au minimum 4 mois. J’avais alors des vêtements dans 3 garde-robes, 4 tiroirs remplis à rebord sous mon lit, 1 immense support en métal fixé à mon mur qui me suppliaient d’arrêter d’y accrocher des choses et plus ou moins 200 paires de chaussures… Oups. Étape 1, selon la méthode Kon Mari, on doit commencer par grouper l’ensemble des objets d’une même catégorie, disons les t-shirts, et commencer par sélectionner nos 3 préférés. Vient ensuite le reste de la démarche qui se limite à se poser la question suivante: Est-ce que ce t-shirt / objet m’inspire la joie ? Je sais que ça peut avoir l’air très niaiseux, mais je vous le dis ça fonctionne, et rapidement on se détache assez facilement de beaucoup de choses.  Le reste de la méthode est la même pour les différentes sphères de votre vie, en passant par toutes les pièces de la maison et en terminant par les souvenirs, cette partie plus difficile de se séparer. Comme pour Martine, la seule partie qui selon moi est complètement impossible à respecter est celle de se débarrasser de nos livres une fois qu’ils sont terminés… Seigneur Marie, voyons donc ! Je suis prête à faire sortir des chandails que je ne reporterais plus jamais ou de vieilles cuillères en bois de cuisine mais pas mes livres !!!

Attention la méthode devient très addictive et vite vous aurez envie de le faire chez votre mère (comme j’ai fait un dimanche après-midi) ou chez vos amis dont l’appartement est tellement embourbé qu’on ignore où l’on doit regarder.

Résultat, le jour de mon déménagement, je dirais que j’avais 1/4 de moins de boîtes que le précédent et, surtout, l’esprit et le coeur plus léger (vraiment!). Je dois avouer à mon tour que, bon, finalement, ranger inspire véritablement la joie. Je songe tout de même à me partir un groupe de soutien avec les autres BA pour mes futures rechutes.

Avez-vous lu les livres de Marie Kondo ? Êtes-vous devenu adepte aussi ?

*Merci aux éditions Flammarion Québec pour le service de presse.

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Suggestions de lecture afin de réfléchir sur les classes sociales

C’est en terminant ma lecture de Retour à Reims de Didier Eribon que j’ai réalisé qu’il y avait un point commun entre mes dernières lectures : la narratrice ou bien l’auteur ou l’autrice étaient tous des personnes issues d’un milieu défavorisé ayant réussi à se sortir de ce milieu grâce à l’éducation. Bien qu’ils s’agissaient de livres de genres différents, je réalisais que la vie avait bien fait les choses, car la lecture de ces livres au cours d’une même période m’a permis d’approfondir mes réflexions quant aux inégalités et aux conditions sociales qui rendent très difficile d’aspirer à plus lorsque l’on naît dans un milieu modeste. Comme quoi la séquence dans laquelle on lit des livres peut avoir une influence sur ce que l’on retient d’une lecture.

Voici donc trois lectures qui, à leur manière, abordent les sociétés de classes :

Retour à Reims de Didier Eribon 

Retour à Reims est un essai biographique dans lequel l’auteur, un intellectuel né au sein d’une famille de la classe ouvrière, revient sur son milieu d’origine. Plusieurs années après avoir coupé les ponts avec sa famille, l’auteur reprend contact avec sa mère à la suite du décès de son père. Il constate alors qu’il a toujours attribué le fait de s’être éloigné de sa famille à son homosexualité. Or, ayant toujours ressenti une forme de honte de ses origines, il réalise que cet éloignement était aussi une forme de rejet du milieu populaire dans lequel il avait grandi. S’ensuit donc une analyse sociologique de la société de classes entremêlée à l’histoire personnelle de l’auteur.

Bien que l’essai biographique peut comprendre une part de subjectivité, il demeure que, pour un lecteur plus ou moins connaisseur de la sociologie, cet ouvrage constitue un bon moyen de se familiariser avec cette discipline et ses schèmes de pensée.

Une femme d’Annie Ernaux

Dans Une femme, Annie Ernaux raconte la vie de sa mère, à la suite du décès de celle-ci. Sa mère née dans un milieu défavorisé n’a pas eu la chance d’étudier très longtemps. Ouvrière dans une usine, elle aspire à acquérir une épicerie pour améliorer son sort, ce qu’elle réussira.

Contrairement à l’ouvrage de Didier Eribon, ce livre n’est pas accompagné d’une analyse de la société de classes. Toutefois, par la description du parcours de sa mère et le sien par le fait même, Annie Ernaux met surtout en évidence la honte provoquée par la domination sociale et la nette séparation entre les classes.

La série L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante

Cette série composée de quatre tomes n’a plus besoin de présentation. D’ailleurs, vous pouvez lire les articles de Martine et Andréanne sur celle-ci.

Bien que cette série puisse d’abord sembler traiter de l’amitié, je trouve qu’elle amène une réflexion intéressante sur la société de classes en dépeignant les trajectoires de vie distinctes de deux jeunes filles d’un quartier malfamé de Naples. Alors qu’Elena, la narratrice, poursuit ses études jusqu’à l’université, son amie d’enfance, bien que douée, arrête d’étudier après l’école primaire. Dans cette fiction, la hiérarchie sociale de l’Italie de la seconde moitié du vingtième siècle est très bien dépeinte.

La lecture qui fait réfléchir 

Didier Eribon, Annie Ernaux et le personnage d’Elena ont tous réussi à sortir de leur milieu d’origine grâce à l’éducation. Par contre, on réalise que, pour chacun d’eux, il  aurait fallu de peu pour que leur parcours prenne une autre trajectoire. En fait, même le système scolaire opère une certaine sélection sociale.

Autre point commun entre ces lectures: le sentiment de honte ressenti lorsque l’on est issu des classes populaires. Par exemple, dans ces livres, il est question de renier la façon de parler des milieux populaires ou bien d’éviter de présenter sa famille à son nouveau cercle social.

Et vous, est-ce qu’il y a des livres qui vous ont amené à réfléchir sur l’égalité des chances et la société de classes?

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Sentiers littéraires pour enfants

Je cherchais un titre à donner à mon article.

Habituellement, je le trouve toujours à la fin, lorsque tout est écrit. J’essaie qu’il donne le ton à mes propos, qu’il soit accrocheur. Cette fois-ci, pourtant − peut-être parce que je n’avais pas écrit d’article de l’été − j’avais envie de le trouver avant d’écrire, comme pour me donner un élan d’inspiration. 

Puis, ça m’a frappé : le nom du site dont je voulais parler, Sentiers littéraires pour enfants, était suffisamment évocateur comme ça. 

Sentiers.

Il me semble que le mot lui-même invite à la découverte. Une découverte non pas en terrain inconnu, mais plutôt le long d’un chemin que d’autres ont déjà foulé, pour en faciliter le passage… 

Deux mille oeuvres de fiction et documentaires pour enfants de 0 à 12 ans.

Le site existe depuis 2008. Il s’agit d’une importante sélection de littérature jeunesse francophone récente, provenant de plusieurs maisons d’édition québécoises et étrangères et destinée à tous les éducateurs, parents et adultes reconnaissant le pouvoir de la littérature dans le développement des enfants. 

Plus qu’un simple répertoire, le site se veut une sélection d’œuvres de qualité et propose des analyses − réalisées par une quinzaine de collaborateurs du milieu littéraire et de l’éducation −  faisant ressortir les forces de chacune quant au contenu, à l’écriture, aux illustrations et à la présentation matérielle. 

« Aider les adultes intéressés par la littérature jeunesse à faire de bons choix » 

La femme à l’origine de ce beau projet s’appelait Charlotte Guérette et était professeure à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, à Québec. Durant sa carrière, elle a beaucoup travaillé à valoriser la littérature jeunesse et à en faire reconnaître, non seulement le côté ludique, mais également le pouvoir pédagogique. Un des objectifs du site, à sa création, était donc justement « d’aider les adultes intéressés par la littérature jeunesse à faire de bons choix ».

Aujourd’hui, la littérature jeunesse est une branche de la littérature que les auteurs et illustrateurs sont nombreux à enrichir et qui offre de nombreuses possibilités ; les rayons jeunesse regorgent de livres de toutes sortes ! Il est donc agréable, face à toutes ces options, d’avoir une référence, un guide… un sentier.  

La littérature comme une forêt

Brigitte Carrier est chargée de cours à l’Université  Laval et professionnelle de recherche en littérature pour enfants. Elle a collaboré avec Charlotte Guérette à la création du site et en est aujourd’hui responsable, à la suite du décès de celle-ci en 2010. Je l’ai interrogée sur le choix du nom du site, si inspirant : 

« L’idée que la littérature est une immense forêt luxuriante offrant de nombreux sentiers fort différents les uns des autres mais tout autant stimulants, le mot sentiers a été retenu pour désigner les œuvres parcourues par les lecteurs sous la suggestion de cette sélection. Ou encore, pour désigner le parcours littéraire que chacun effectue au cours de sa vie, de son enfance et qui lui permet de découvrir une partie de la forêt, un certain corpus littéraire. »

Brigitte et Charlotte souhaitaient en arriver à un nom évocateur et symbolique, à l’image de toute bonne littérature : à mon avis, c’est réussi. 

D’ailleurs, si le nom du site en soi est évocateur, l’illustrateur Stéphane Poulin a récemment transformé l’image du site, en actualisant les images de son interface pour qu’elles soient en harmonie avec son nom : encore une fois, à mon humble avis, c’est réussi ! Mais allez constater par vous-mêmes, c’est par ici. 

Un site vivant avec une mission à poursuivre 

En 2007, un an avant la création du site, la Banque TD s’engage à verser une somme de 400 000 $ répartie sur 7 ans pour financer le projet. En 2015, elle renouvèle son don pour 10 ans, donnant à nouveau du vent dans les voiles à Brigitte et à ses collaborateurs : 

« Les enfants ont le droit à une littérature de qualité. Ils ont le droit de lire le meilleur. Il faut des ressources pour guider les éducateurs, enseignants et parents en ce sens, car la production est quantitativement importante. »

Le site, doté d’un moteur de recherche, permet de trouver des ouvrages par titres, par auteurs, par âge de lectorat ou par thèmes. Il fournit également des activités littéraires clé en main − une formule généralement appréciée des enseignants − pour exploiter les livres en classe. Développer le sens critique et la connaissance de la production littéraire des adultes, qui sont des médiateurs entre les œuvres et les enfants, est d’ailleurs une autre motivation de Brigitte et son équipe : 

« Plusieurs futurs enseignants ont exprimé un grand intérêt envers la littérature pour enfants et le besoin de se familiariser avec des critères pour mieux choisir. Il faut impérativement développer le sens critique et la connaissance de la production littéraire chez les adultes qui seront les médiateurs entre les œuvres et les enfants. Ces rencontres sont précieuses et doivent s’articuler autour d’œuvres tout aussi précieuses! »

Ces dernières années, un volet «développement durable» a également été créé sur le site afin de proposer des œuvres aux adultes qui souhaitent aborder les problématiques liées à l’environnement avec les enfants : 

« La littérature de qualité portant sur des thèmes et des sujets liés à notre situation planétaire et à notre rapport à la nature nous apparaît être une voie à privilégier. »

Alors, qu’en dites-vous ? On va faire un tour dans ces sentiers ? 

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Les peurs : 4 albums jeunesse pour les aborder en toute simplicité

Cet été, un de mes plus grands rêves s’est enfin réalisé : travailler dans une bibliothèque (la plus belle à part de t’ça!). J’étais aux anges, je touchais le ciel de mes longs bras et des palpitations de bonheur m’ont parcourue toute entière lorsque mes collègues m’ont demandé d’élaborer une heure du conte. Imaginez la joie : quand j’étais petite, j’adorais aller aux heures du conte et, maintenant, c’est moi qui allais les faire! Wô.

J’étais libre de choisir les livres, la thématique et la formule. Toutefois, malgré cette latitude, je ne vous cacherai pas que l’angoisse me tenaillait juste à imaginer un groupe d’enfants, leurs yeux rivés sur moi, mes mains tremblantes tenant un livre et ma voix chevrotante incapable de lire comme du monde. J’étais terrorisée à échouer ce rêve tant désiré. Un éclair de génie m’a alors traversé : pourquoi ne pas faire une heure du conte sur les peurs? Lire des albums jeunesse qui abordent toutes sortes d’angoisses pendant que je tente de vaincre l’anxiété de prendre parole devant un groupe : quelle belle mise en abyme salvatrice! Ma petite personne apeurée s’est alors attelée au boulot de dénicher des livres sur les peurs. En voici quatre de mes préférés :

  • Plus noir que la nuit de Chris Hadfield et les frères Fan

Vous connaissez Chris Hadfield? Cet astronaute canadien qui a chanté Space Oddity de Bowie dans une navette spatiale? Et bien, croyez-le ou non, il a publié en 2016 un album jeunesse autobiographique illustré par les frères Fan (Terry et Eric). À travers une maîtrise impeccable des tons de bleu, le récit aborde la plus grande peur de Chris Hadfield lorsqu’il était garçon : la noirceur. Incroyable, non? Un astronaute anciennement angoissé par l’obscurité. L’auteur raconte – accompagné de son adorable chien carlin – comment il a réussi à vaincre cette peur qui allait totalement à l’encontre de ses aspirations, c’est-à-dire parcourir l’espace, plus noir que la nuit… Une histoire inspirante appuyée par des illustrations contemplatives et débordantes d’espoir.

  • Frisson l’écureuil de Mélanie Watt

Il n’y a pas plus drôle que Frisson l’écureuil, fameuse série de Mélanie Watt, auteure et illustratrice montréalaise, qui met en scène depuis 2009 un sympathique écureuil peureux. Juché sur le haut de son arbre, Frisson n’a qu’une envie : vivre simplement en évitant tout ce qui pourrait lui causer des angoisses (les abeilles meurtrières, les extraterrestres, les bactéries, les requins et l’herbe à puces). L’inconnu est ce qui l’effraie plus que tout. L’anxiété est palpable à travers les péripéties de cet écureuil stressé qui tente par tous les moyens de se soustraire des situations pouvant troubler sa tranquillité. Avec humour et légèreté, l’autrice dédramatise les peurs irrationnelles de ce personnage attachant qui, toujours, finit par apprivoiser l’inconnu à travers quelques maladresses.

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  • Le chien de la bibliothèque de Lisa Papp

Cet album est magnifique en tout point. Il se démarque par son texte réfléchi et mesuré, ses illustrations délicates et son sujet tout particulièrement unique : la peur de lire en public et les difficultés liées à la lecture. En classe, Madeline déteste que sa maîtresse lui demande de lire à haute voix. Elle n’y arrive pas. Ses compagnons explosent de rire à chaque fois qu’elle se trompe et, malgré tous ses efforts, personne ne la félicite. C’est à la bibliothèque qu’elle découvre un service incroyable pouvant lui venir en aide. Dans une petite pièce se trouvent des chiens capables d’écouter les jeunes lecteurs éprouvant certaines difficultés. La vie de Madeline est sur le point de changer et, bientôt, ses plus grandes peurs seront surmontées, grâce à Bonnie, un gros toutou blanc.

  • Je veux pas aller à la piscine! de Stephanie Blake

Qui n’aime pas Simon le lapin : ce personnage coloré aux émotions exacerbées qui n’a pas sa langue dans sa poche? Toujours accompagné d’illustrations vives et éclatantes, Simon a cette fois-ci peur d’aller à la piscine. Dès qu’il entend quelqu’un proférer le mot « piscine » – ce mot qui l’emplit de frayeurs – Simon ne se gêne pas pour crier : JAMAIS DE LA VIE! À la suite d’une rencontre inattendue, notre lapin trouvera le courage nécessaire d’aller rigoler sous l’eau. Un album encourageant la participation des enfants qui seront divertis, à coup sûr, par cette formule répétitive.

Quatre exemples inspirants, simples et efficaces, qui prouveront à tous les enfants qu’il est possible d’aller au-delà de leurs angoisses. Et vous, quel album jeunesse vous a permis de vaincre vos plus grandes peurs?

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Crazy Rich Asians, le livre que j’attendais

D’abord, laissez-moi vous raconter un peu mon histoire. Je suis née en Chine, puis j’ai été adoptée par un couple de Québécois alors que je n’avais que six mois. J’ai grandi à la campagne, puis en banlieue de Montréal, avant d’aménager dans la métropole il y a de cela déjà quelques années. J’ai donc grandi dans un milieu plutôt occidental, sans toutefois renier ou nier mes origines que représentent mon physique. D’ailleurs, je me faisais rappeler assez fréquemment mes origines, que ce soit lorsqu’un inconnu me félicitait pour mon aisance en français ou encore lorsque quelqu’un me lance un Ni Hao!  ou encore Konichiwa! dans la rue, qu’il soit bien intentionné ou non. J’avoue que c’était parfois difficile de grandir ainsi, entre deux cultures. Pas 100% occidentale, pas 100% orientale.

Lorsque j’ai vu le titre Crazy Rich Asians dans la liste des films attendus en 2018, je me suis sentie interpellée. Après une recherche rapide, j’ai découvert qu’il s’agit du premier roman de la trilogie, écrit par Kevin Kwan et publié pour la première fois en 2013. Je l’ai donc loué, puis dévoré les quelques 500 pages en quelques jours.

24 ans d’attente

L’histoire commence à New York, où est née et vit toujours Rachel Chu, une jeune professeure en économie. Elle est ce que l’on appelle une ABC, american born chinese, c’est-à-dire qu’elle présente un physique aux traits asiatiques, mais que ses valeurs, ses centres d’intérêts et sa culture sont plutôt occidentales. Elle sort avec Nicholas Young depuis un moment déjà et il la convainc de l’accompagner à Singapour pour le mariage de son meilleur ami. Il en profitera également pour la présenter à sa mère et le reste de sa famille.

Ce que Rachel ne sait pas, c’est que Nicholas Young est l’héritier d’une fortune inestimable. Il est le fils unique d’une famille dirigée d’une main de fer par Eleaonor Young, très attachée à la tradition et prête à tout pour marier son fils à une Singapourienne digne de ce que représente la famille Young. Rachel fera donc des pieds et des mains pour prouver son amour pour Nicholas et prouver que ce n’est pas parce qu’elle est américanisée qu’elle n’est pas moins qu’une autre.

J’avoue que l’histoire n’a rien de nouveau. C’est avant tout une histoire d’amour, avec des personnages que nous connaissons déjà: la fille d’à-côté, le bel homme musclé, beau et riche, la belle-mère stricte et méprisante; rien de nouveau sous le soleil. C’est toutefois une belle manière de se familiariser avec la culture et les valeurs plus traditionnelles qui règnent encore dans certaines familles de Singapour et des alentours. La richesse, l’opulence, tout y est grandiose et démesuré. L’architecture, la nourriture, les vêtements, tout est décrit à la perfection pour nous permettre de voyager non seulement dans un autre pays, mais aussi dans une toute autre classe sociale. Après tout, ils sont censés être crazy rich et Kevin Kwan y met vraiment le paquet.

Mais de voir ses personnages être interprétés entièrement par des asiatiques est pour moi extraordinaire, surtout pour quelqu’un qui a grandi entouré de gens qui ne lui ressemble pas, du moins physiquement. C’était agréable d’entrer dans un Renaud-Bray ou chez Indigo et de voir le roman de Kevin Kwan trôner dans le top 10, de réaliser que c’était devenu un produit mainstream.

J’ai attendu ce moment depuis longtemps, de voir des visages semblables au mien sur les couvertures des romans montant dans le top 10 des ventes. J’essaie d’expliquer aux gens pourquoi je trouve ça important de voir un roman et un film mainstream mettant en vedette des acteurs asiatiques, mais je ne parviens pas toujours à trouver les bons mots. C’est une sensation unique de regarder un film en se reconnaissant dans chacun des visages à l’écran. Je trouve ça extraordinaire de pouvoir regarder une comédie romantique dans un Cineplex du centre-ville de Montréal mettant en vedette des dizaines de talents provenant d’Asie. C’est accessible, drôle, loin des stéréotypes présentés habituellement dans les films américains. Ici, les Asiatiques peuvent être sexy, forts de caractère, drôles, habiles socialement, ils peuvent être tout ce qu’ils veulent.

Pour regarder la bande-annonce du film, c’est ici!

Pas que du positif

Il y a toutefois quelques critiques plus négatives à la suite de la montée populaire de ce livre. Plusieurs critiquaient le fait que Crazy Rich Asians véhiculaient le fait que les Asiatiques sont plutôt tournés vers l’argent, qu’ils possèdent plusieurs propriétés un peu partout dans le monde et qu’ils sont plutôt radins. À Vancouver, plusieurs des affiches du film ont été vandalisées par des commentaires racistes.

Certains reprochaient également à Kevin Kwan de ne pas démontrer la réalité de Singapour et de ne parler que des gens ultra-riches qui ne représentent qu’une infime partie de la population. Toutefois, je crois que ce serait un peu comme reprocher à Sexe à New York de ne pas parler de toutes les réalités de la vie américaine, une oeuvre ne peut pas couvrir toute la culture et toutes les classes sociales d’une population.

Croyez-vous que Crazy Rich Asians aura un impact à long terme sur la diversité des comédies romantiques présentées en Amérique?

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Lire et acheter avec discernement

Il y a déjà un bon moment qu’une problématique bien précise déclenche en moi des questions morales auxquelles je tente de répondre de façon avisée. Or, malgré mes nombreuses discussions sur le sujet et les multiples divergences d’opinions sur celui-ci, je ne connais toujours pas mon propre point de vue sur la chose. Mon questionnement repose sur la distanciation entre l’auteur et son oeuvre. En d’autres termes, pouvons-nous détacher l’auteur ou l’artiste de sa création? Devons-nous continuer de consommer une oeuvre même si nous ne respectons pas l’artisan derrière le projet en raison de ses comportements ou de ses valeurs? En somme, devrions-nous continuer d’acheter le travail d’un créateur pour notre plaisir personnel en mettant de côté les débats éthiques ou faudrait-il plutôt cesser d’encourager l’oeuvre en la boycottant?

Le mouvement #metoo, qui a d’abord vu le jour dans le monde cinématographique, aura grandement contribué à nourrir ma réflexion sur le propos. Cela dit, une situation spécifique au sein de l’univers littéraire est véritablement parvenue à ébranler mes convictions sur le sujet. Voici la courte histoire. Je suis une grande admiratrice de la série de bandes dessinées Rat Queens de laquelle je vous ai déjà parlé dans un article sur le Fil Rouge. Je me fais plus précise: il s’agit de ma série de BD favorite. Jusque-là tout est parfait dans le meilleur des mondes. Cependant, j’apprends sur le tard que le dessinateur et cocréateur de l’oeuvre, Roc Upchurch, est accusé et reconnu coupable de violences conjugales sur sa femme. Kurtis J. Wiebe, autre fondateur des quatre aventurières irrévérencieuses, écarte son collègue du projet. Il demeure que Roc Upchurch conserve ses droits d’auteurs et donc, qu’il continue de recevoir une part des bénéfices engendrés par la vente des volumes de Rat Queens qui n’arrête pas de rouler sa bosse, et ce, malgré un avenir incertain à la suite de la publication du troisième tome.

Désormais, que me reste-t-il comme solutions? D’emblée, Kurtis J. Wiebe n’a pas hésité une seconde en éjectant son partenaire dès les accusations déposées. Je ne peux donc pas lui en vouloir. Aurait-il pu faire plus? Peut-être. Comment? Était-ce de son devoir d’arrêter la série? Aurait-il dû mettre à mort le projet des Rat Queens? Laissez-moi en douter. De mon côté, que puis-je faire? Arrêter de consommer l’oeuvre? Arrêter de l’acheter tout simplement? L’emprunter à la bibliothèque seulement? Il reste que la bibliothèque a payé pour obtenir la bande dessinée. Le tout me semble sans issues.

Dès lors, je me dois de choisir entre mon amour pour les Rat Queens ou le respect de mes convictions. Choix déchirant. Est-ce un choix obligatoire? Laissez-moi en douter. Selon moi, il est possible de ne pas faire fi des événements troubles entourant les créateurs de l’oeuvre en s’informant, par exemple, et en soulignant les enjeux moraux qui en découlent. De fait, cet article prouve ma bienveillance et mon niveau de conscience en ce qui a trait à ma propre consommation. Bref, il faut en parler et dénoncer ce qui va à l’encontre de nos valeurs fondamentales. Il suffit de ne pas se mettre la tête dans le sable et de reconnaître ce qui doit l’être. Bien souvent, une équipe complète est responsable du travail derrière l’oeuvre et il serait dommage de les priver de leur art en fonction d’un seul individu et de ses déviances. Après, chaque cas doit être pesé individuellement en prenant compte des paramètres qui lui sont propres et du contexte l’entourant. Il nous appartient donc de demeurer des consommateurs avertis et alertes.

Et vous, que pensez-vous de cette problématique?

Crédit photo : Michaël Corbeil

 

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Le jour où j’ai lu un livre sur ma tablette

Je n’aime que le papier. J’aime son odeur, le bruit qu’il fait lorsqu’on le tourne, qu’on le plie et le déplie. J’aime ses coins qui se cornent et ses lignes qui se raturent. J’aime que l’on puisse raconter l’histoire du lecteur à travers le défilement des pages.

Partie au Japon pour trente jours, le tiers de mon sac était représenté par les livres. Que voulez-vous, je prévois lire tant et tant une fois sur un autre continent que je m’assure de ne pas manquer de romans à dévorer. Habituellement, j’arrive bien à trouver de nouveaux livres si mes réserves viennent à manquer dans l’endroit que je visite. Cette fois, je me doutais bien que mon pays d’accueil ne déborderait pas de littérature en français. Réserve fut donc prévue.

Les jours défilaient, ma collection de bouquins aussi. Après avoir terminé 1Q84 (oui, on m’a fait la remarque qu’il était cliché de lire du Murakami au Japon), je me suis lancée dans une nouvelle série dont on m’avait fait l’éloge: La Passe-Miroir.

Écrite par Christelle Dabos dans le cadre d’un concours de littérature jeunesse, le premier tome de la série, Les fiancés de l’hiver, a atteint une grande popularité très rapidement. Puis se sont enchainé les suites, les tomes 2 et 3, qui ont à nouveau été accueillis de façon favorable. Pour ma part, j’avais vu à de nombreuses reprises les couvertures de ces romans dans les librairies sans toutefois y voir un intérêt quelconque. Le fantastique m’intéressait de moins en moins avec le temps et j’étais occupée à dévorer toute la littérature québécoise que je pouvais me procurer. C’est en discutant avec la libraire de chez Bric à Brac que je me suis laissée tenter. Je les lirai en voyage, tiens, que je me suis dit. Armée des tomes 1 et 2, le troisième n’existant pas encore en poche et voulant alléger ma valise malgré tout, je me suis lancée dans la lecture. Je n’avais pas prévu un tel effet.

Ophélie est une jeune femme sans histoire, si ce n’est qu’elle possède le don de lire les objets et de passer à travers les miroirs. Elle se passionne justement pour l’histoire et l’origine des choses, passion qu’elle partage avec son vieil oncle excentrique. Sa famille et elle vivent sur l’arche d’Anima quand elle apprend qu’elle sera la promise d’un pur inconnu appelé Thorn et qui vit à des milliers de kilomètres, sur une arche glacée et inconnue. Complètement outrée de l’avenir qu’on lui propose, d’autant plus que lorsqu’elle arrive dans le lieu de résidence de son futur mari, elle doit éviter à tout prix que l’on sache qu’elle se trouve parmi les habitants du Pôle, elle doit découvrir des codes et des moeurs bien différents de ce qu’elle connait. Un mystère plane sur l’endroit et Ophélie n’est pas au bout de ses peines.

Je suis tombée à la renverse dans le monde mené par Christelle Dabos. Un monde captivant qui a été créé avec patience et minutie, que l’on nous décrit avec moult détails. Un monde aux personnages complexes, jamais prévisibles, et diablement attachants. Et surtout, un monde où une magie, un mystère incroyable plane sur tous les habitants du monde habité par les protagonistes. Il y avait longtemps que je n’avais pas été happée par une lecture comme cette série m’a happée. Il n’y avait plus que les habitants du Pôle et leur destin sombre, plus que l’attente de la prochaine page, du prochain événement, du prochain tome.

Devant mon impatience de connaître la suite, je n’ai pas réfléchi une seule seconde à la chose à faire lorsque je me suis retrouvée à la fin du deuxième tome, sachant qu’une suite m’attendait quelque part. J’ai acheté le roman numérique et je l’ai lu sur ma tablette. Pas de bruissement, pas de pages à tourner, pas de feuilles que l’on corne.

Mais du bonheur, oui, de retrouver mes personnages quittés précipitamment et de découvrir leurs nouvelles aventures, leurs nouvelles tragédies, les violences qui se préparent, les destins incertains qui nous laissent pantois.

Un dernier et quatrième tome est à prévoir.

Et pour lui, sans hésiter, s’il le fallait, je réitérerais le numérique.