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3 livres qui m’ont marquée lors de mon passage de l’adolescence à l’âge adulte

Devenir une adulte n’a rien de facile. Se préparer à sortir du cocon de l’enfance, là où on est protégé par nos parents et l’école, n’est pas inné.

Je me souviens de la dernière année de mon CÉGEP comme une période d’éternel questionnement, de recherche de qui je suis et surtout, de malaise et d’impression de ne jamais être à la bonne place. Plus tard, à l’université, cela ne s’est pas forcément amélioré tout de suite. Ça prend des années encore pour devenir adulte, même si on effectue toutes les tâches associées : habiter en appartement, payer ses factures, payer ses impôts, ne plus pouvoir compter sur sa maman lorsqu’on tombe malade ou encore, vivre sa première peine d’amour mature.

Cependant, j’ai eu de la chance par rapport à d’autres.

J’ai été accompagnée par mon amie, la littérature.

Les livres m’ont aidée à me sentir moins seule, et à comprendre que d’autres personnes vivaient la même situation que la mienne. Ou au contraire, une qui était complètement différente.

 Ils m’ont poussée à relativiser.

Dans cette période, qu’est la fin de l’adolescence / début de la vie adulte, on a tendance à s’imaginer que nos problèmes sont pires que ceux des autres. Pourtant, bien souvent, on passe tous par les mêmes gammes d’émotions et les mêmes expériences à quelques détails près.

On est tous plus pareils que ce qu’on pense.

Sans livres, c’est difficile de le comprendre. On ne communique pas forcément très bien à cet âge-là, on ne sait pas encore mettre les bons mots sur ses sentiments.

On ne sait pas que finalement, la plupart ressentent le même inconfort. Beaucoup de gens portent un masque et agissent comme s’ils étaient plus forts, plus à l’aise.

Dans les livres, il n’y a pas de déguisement. Les personnages nous apparaissent comme ils sont vraiment. On a accès à leurs états d’âme et à leurs pensées les plus intimes. On voit leurs faiblesses, leur tristesse, leurs bons coups et leurs forces. On voit tout d’eux. On peut faire le lien avec sa réalité et mieux la comprendre.

Je n’ai jamais été friande de ce qu’on appelle la littérature Jeunes adultes. Il n’y en avait pas beaucoup encore à mon époque, ce n’était pas devenu encore le gros marché qu’on connaît aujourd’hui. Maintenant, il y a de très bons romans qui existent pour accompagner les adolescents dans leur passage à la vie adulte. Mais de toute façon, j’avais plutôt envie qu’on me parle comme un adulte, pas comme une personne entre-deux.

Voici donc de mon côté, les 3 livres qui m’ont marquée lors de mon passage de l’adolescence à l’âge adulte.

L’Amant de Marguerite Duras

L'amant Marguerite Duras

 

Ce livre magique de Marguerite Duras m’a marquée, car elle nous donne accès à toutes ses pensées les plus privées. C’était la découverte d’un roman de confidence après des années de lecture de grands classiques au narrateur omniscient. Là, j’étais dans la tête de l’auteure. En plus, c’était une femme. Même si l’histoire se passe il y a des décennies et au Vietnam, tous les sentiments décrits sont intemporels et universaux. Le premier Amour.  L’Amour infidèle. L’émancipation de sa famille.

L’étudiant étranger de Philippe Labro

Philippe Labro L'étudiant étranger

À 18 ans, je suis partie étudier la littérature en France. L’année d’avant, j’ai lu ce roman : un Français débarque dans une université de Virginie et découvre la vie américaine des années 1960. Le chemin opposé que j’ai fait. Mais le récit autobiographique parle de toutes les premières fois vécues lors des premières années d’université, peu importe dans quel pays vous vivez. De plus, il les raconte d’un point de vue d’un étranger et ça, ça me parlait énormément puisqu’en arrivant en France, j’ai tout de suite été cataloguée comme l’étudiante québécoise, malgré mon origine française. Cette impression d’être toujours un peu décalé, je l’ai pleinement ressentie et j’ai été reconnaissante à Philippe Labro de l’expliquer dans ces beaux mots.

Un été dans l’ouest de Philippe Labro

Philippe Labro Un été dans l'ouest

Oui, encore une livre de Philippe Labro. C’est la suite de L’étudiant étranger. Suite à son année à l’Université, le jeune français part travailler tout un été dans le sud-ouest Colorado. Le livre commence avec un road trip à travers les États-Unis. Puis, il arrive dans un camp perdu au milieu des arbres habité par des travailleurs de tous horizons. Il passera l’été à découvrir tous ces gens. Ce roman m’a parlé, car il parlait de découverte des autres, de sortir de sa zone de confort (le héros n’a rien d’un sportif et il part travailler dans la forêt pendant 2 mois), de la splendeur de la nature et de rapports amoureux atypiques. Bref, que des choses qui m’intriguaient à cet âge-là. Ce roman m’a donné envie de me bouger et de vivre une vie d’aventures.

Et vous, quels romans vous ont marqués quand vous aviez 18 ans?

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Retrouver son coeur d’enfant avec Dialogues d’hommes et de bêtes

Lire Dialogues d’hommes et de bêtes, c’est faire un retour dans le temps. C’est remonter à ces doux moments de l’enfance, juste avant le dodo, où on se laisse bercer par une histoire de souris, de lièvres ou de grenouilles.

C’est aussi remonter jusqu’à la fin des années 40, où certains de ces Dialogues ont été interprétés à la radio nationale. En parcourant les textes de théâtre, je me suis imaginée à cette époque, dans le salon d’une chaumière de la campagne québécoise, assise tout près d’un poste de radio qui crachote, des voix douces livrant ces contes et ces fables où animaux de cirque, rats, oiseaux et plantes s’animent.

Ces histoires ne sont pas du tout enfantines. Elles sont intemporelles et de tous âges : Félix Leclerc amène le lecteur à réfléchir sur l’envie et le désir, le jugement et le respect, le rêve et l’amour aveugle. Le chansonnier de la Haute Mauricie, – aussi comédien, romancier et poète – fait l’éloge de la nature, en utilisant de magnifiques images et métaphores.  Son écriture est sincère et universelle.

J’ai quelques textes préférés dans le recueil, mais celui qui m’a le plus touchée est La nichée. Sa forme est un peu différente des autres, s’apparentant plus à une nouvelle qu’à une pièce de théâtre et il met en scène des êtres humains plutôt que des animaux. Il raconte l’histoire d’un couple d’agriculteurs, pauvre et sans éducation, ayant décidé d’adopter huit frères et sœurs, convaincu de pouvoir leur apporter, malgré tout, un peu de bonheur. L’homme témoigne du moment où il a rencontré les enfants pour la première fois:

Personne bougeait.

J’ai sorti le gros argument :

  • L’homme qui vous aime, c’est moi.

À cette parole-là, tous, moins les deux dans les berceaux, sont venus se prendre à mes doigts. Six qu’ils étaient. Seulement dix doigts que j’ai et j’en avais assez… Six branches greffées à mon vieux tronc. Six branches vertes, claires, neuves, qui ne demandaient rien qu’un petit peu de brise le long de leur jeune vie.

L’homme s’est vite épris de la vie de famille.

On marchait dans le bonheur comme on marche dans le jeune trèfle un matin de juin. Parce qu’on était heureux, ma femme et moi.

FEMME. Mais c’était beaucoup d’ouvrage.

HOMME. Oui, mais on était heureux.

Leur troisième enfant est malentendant et l’homme éprouve une affection particulière pour lui. Un jour, le jeune est retrouvé mort dans les eaux froides du fleuve. Le père est dévasté.

C’était bien lui. Lui que j’avais aimé. Je l’ai aimé. Fini. Han han. Sa visite à la maison finissait là. Parti. Il a possédé tout. Un cœur d’homme, c’est pas facile à avoir. Un cœur d’homme dur, à barbe de broche, à épaules de bois, à mains comme des rames, c’est plus difficile encore. Il a possédé le mien.

Peu à peu, les enfants grandissent et prennent leurs distances. Certains ne reviendront plus à la maison. Malgré tout, le père est serein, confiant d’avoir donné tout ce qu’il avait à ses enfants.

On avait un bagage d’amour à semer quelque part. On l’a épuisé.

Dialogues d’hommes et de bêtes est parfait pour une petite pause à l’ombre d’un arbre, une chaude journée d’été. Ou lors de votre prochaine visite dans le salon au décor rétro de grand-mère, assis sur la berçante tout près du poste de radio empoussiéré. Peu importe le lieu ou le moment, cette lecture vous fera assurément sourire.

Quel livre vous rappelle votre enfance?

Dialogues d’hommes et de bêtes est publié chez Fides, dans la collection Biblio.

Montréal, tu es magnifique !

À l’occasion du 375e de Montréal, j’ai décidé de me plonger dans le recueil d’histoires que Portait de Montréal proposait, et franchement quelle façon magnifique de tomber en amour avec cette ville encore plus. Je ne suis pas née à Montréal, je suis une petite fille de la banlieue, mais j’ai toujours été fascinée par cette ville, son histoire, ses gens, sa magnifique mixité, et d’avoir l’impression que de quartier en quartier on voyage, donc naturellement que ce livre m’appelait dès l’instant que je l’ai vu.

Crédit photo: Facebook de Portrait de Montréal

Si comme moi vous êtes fan de HONY (human of new-york), vous connaissez bien évidemment la page Facebook du même nom. Portrait de Montréal est le penchant montréalais de cette page. Le concept est très simple, un photographe parcourt la ville à la recherche de visages ou d’histoires intéressantes et raconte l’histoire de la personne sur la photo qu’elle a bien voulu lui raconter en retour pour ensuite publier le tout sur Facebook. Le livre Portrait de Montréal est donc un recueil des histoires racontées sur cette page.

Dans le livre, on retrouve bon nombre de sourires et moments heureux, mais on retrouve également des gens écorchés, ou tristes suite à différents événements dans leur vie, des jeunes, des vieux, des parents, des amoureux, des itinérants, des gens malades, des gens ayant un petit ou gros handicap, bref on fait vraiment le tour sur ce que Montréal peut nous offrir. Cependant, nous n’avons jamais l’impression de tomber dans la lourdeur en le lisant et je dirais même que c’est au final beaucoup d’espoir qu’on ressent envers l’humain en parcourant ces quelques pages.

Des histoires marquantes dans ce livre, il y en a plein, et c’est vraiment un livre parfait à laisser sur la table du salon pour engendrer de belles discussions. J’ai souri, ri et même eu les yeux pleins d’eau en parcourant ce livre. Si vous êtes comme moi, pas une journée ne passe sans que je me dise, mais ma foi pourquoi cette personne est aussi pressée, où va-t-elle, que se passe-t-il dans sa vie ? Oh wow, cette dame et cet homme sont supers chics, je me demande dans quel genre de soirée ils s’en vont. Trop mignon, ce petit garçon vêtu d’une cape dans le métro ce matin ! Bref, l’humain me fascine, et j’avoue avoir ce petit côté voyeur en moi qui m’amène à vraiment m’intéresser à ce que les autres vivent et comment ils le vivent, et ce qu’ils font et où ils vont… et Portrait de Montréal permet de comprendre et de faire tout ça dans le confort de son chez soi !

Un livre magnifique à offrir en cadeau aux personnes amoureuses de cette ville ou tout simplement des humains qui nous entourent…

À lire, sur le balcon au gros soleil avec la tête légère et une bière des brasseurs de Montréal (évidemment) à la main…

Bon 375e Montréal, tu es magnifique.

*Merci Hikari édition pour le service de presse.

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L’autre Marie et la même Jeanne

En décembre dernier, j’ai découvert Jeanne chez les autres et Marie Larocque grâce à la réédition du roman chez No de série. C’était aussi le choix de notre groupe du samedi de notre club de lecture et ce fût vraiment une lecture appréciée par les membres, et par moi aussi! J’ai rapidement été charmée par la petite Jeanne, par sa famille toute croche, mais surtout, j’ai été éblouie par l’écriture de Marie Larocque. Sa plume est extrêmement orale, tellement qu’on entend les dialogues en les lisant, ce qui est un talent des plus chers et importants comme auteur-e, à mon sens.

Ce printemps, Marie Larocque nous offrait L’autre Jeanne et ce, plusieurs années après la parution de Jeanne chez les autres, qui était en 2013. Sans le vendre comme une suite, on y découvre les mêmes personnages que dans Jeanne chez les autres qui quant à lui, devient le premier roman écrit par Jeanne. Du nom de Marie chez les autres dans le roman, on y décèle clairement un jeu de mise en abîme entre l’auteure et ses deux romans. Qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Aucune importance parce qu’on se laisse encore entraîner de plein fouet par la sublime narration dans L’autre Jeanne.

On retrouve Jeanne, jeune adulte qui décide de prendre un billet d’avion pour la France, parce qu’il y avait un bon spécial. Tout simplement. Jeanne est habitée d’un désir de liberté, de découverte et veut aussi s’éloigner de sa famille de fou. Elle n’en peut plus d’être une simple caissière et décide de vivre sa vie, comme elle l’entend.

Voyager pour mieux se retrouver

C’est à travers de nombreuses expériences de voyage en France, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, que Jeanne nous revient avec le plus de force ; dans son caractère d’entêtée, par son franc parlé, par sa vision si libre et chaotique de la vie. On rit beaucoup dans L’autre Jeanne, autant par les pensées de Jeanne que par les situations dans lesquelles elle se plonge. Cette dernière n’aura pas le moindre sous, donc mendiera chaque jour pour avoir les sous quotidiens pour survivre. Elle fera aussi la rencontre de nombreuses personnes, bonnes et moins bonnes, qui viendront, à leur façon, l’aider à survivre, à avoir de la nourriture et parfois, un toit.

Rien de facile dans la vie familiale de Jeanne, de sa mère, sa marraine et ses sœurs. Une famille démunie, pleine de secrets, de noirceur, mais qui jamais ne baisse les bras. On suit, parallèlement au voyage de Jeanne, l’histoire quotidienne de sa famille et plus précisément de sa mère, Elizabeth, qui s’inquiète beaucoup pour sa fille partie dans les Europe. Il y a aussi le père, un joueur compulsif qui a profité et manipulé tous ceux qui l’entouraient.

Publié chez VLB, le roman se divise en différentes narrations ; il y a le journal de Jeanne qui nous donne sa version des faits, toujours colorée, et il y a la narration extérieure qui nous fait voir les autres facettes des événements racontés par Jeanne.

Écrire pour devenir quelqu’un

Jeanne tente sa chance et décide d’envoyer son manuscrit dans les maisons d’édition. Ce sera aussi un peu grâce à sa mère qu’elle réalisera ce rêve d’être enfin quelqu’un, d’être écrivaine. Son manuscrit Marie chez les autres racontant son enfance dans les centres jeunesse, ses nombreux déménagements et ses problèmes familiaux, sera publié et c’est ce qui fera revenir Jeanne chez elle, au Québec.

Dire que j’ai aimé ce roman est peu dire. Je l’ai lu avec avidité, rapidité et le sourire agrippé au visage. Rares sont les auteures qui me semblent si authentiques dans leur façon d’écrire. La voix de Marie Larocque s’entend dans ses romans et fait que ses personnages sont plus vrais que nature. Ils prennent vie au fil de leurs dialogues colorés, de leur vie poquée et de leur sincérité.

Ce n’est pas nécessaire, à mon avis, d’avoir lu Jeanne chez les autres pour apprécier celui-ci, toutefois je pense que de l’avoir lu, aura rendu ma lecture plus profonde et m’aura permis de mieux voir les ficelles qui les relient l’un et l’autre.

Un roman à lire à haute voix, à déclamer, juste pour entendre toute la musicalité et la poésie de l’écriture de Marie Larocque.

Avez-vous déjà lu Jeanne chez les autres ? Pensez-vous lire L’autre Jeanne?


Le Fil Rouge tient à remercier les Éditions VLB pour le service de presse.

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Bitch Planet, une dystopie (trop) vraie

Bitch Planet est une bande dessinée écrite par Kelly Sue Deconnick et illustrée par Valentine De Landro, publiée par le célèbre éditeur Image Comics en 2014. C’est l’œuvre de deux féministes engagés, une femme et un homme. C’est d’ailleurs le but de cette oeuvre graphique, dénoncer la misogynie et la société patriarcale.

Une idée extrême, ou pas

Ce que j’ai aimé tout d’abord de cette bande dessinée, c’est la thématique évidente et la façon dont elle est exploitée. L’auteure crée une dystopie sans compromis d’une société futuriste où le patriarcat règne comme il n’a jamais régné. Les hommes gouvernent et les femmes qui refusent de se plier à leurs attentes et volontés doivent être ‘’rééduquées‘’. Elles sont envoyées sur Bitch Planet, une planète prison pour les femmes non-conformes aux yeux des hommes. Parmi ces femmes, on y retrouve des femmes qualifiées de trop grosses, trop minces, trop bruyantes, trop religieuses, trop pudiques, trop sexuelles, trop queer, etc., ce sont les principales raisons pour aboutir sur la Bitch Planet.

Il va sans dire que ce simple concept est aberrant et choquant. Je me suis demandée lors de ma lecture: « comment peut-on penser à une idée aussi extrême ? » puis j’ai analysé ce concept en fonction de la société actuelle. Résultat: je comprends. Les auteur.e.s modernes créent des fictions puissantes pour dénoncer des réalités graves, comme Margaret Atwood avec La servante écarlate. Bitch Planet est comme un miroir déformant, ce qu’on voit n’est pas tout à fait la réalité, mais on y discerne les éléments majeurs qui permettent d’identifier le vrai du faux et d’en faire un portrait global.

Des propos qui font réagir

Toute cette idée de planète est déchirante, car bien qu’elle soit poussée à l’extrême, elle propose une vérité tout aussi atroce. Les femmes sont toujours jugées, autant de l’intérieur que de l’extérieur.

Penelope, un personnage attachant, se voit ‘’rééduquée’’ à travers un chapitre de l’histoire. Cette ‘’rééducation’’ a lieu comme un tribunal, devant une dizaine d’hommes qui vont juger à sa place si elle est acceptable à retourner en société et qu’est-ce qu’elle pourrait améliorer pour le bien des hommes sur la Terre. Bien que cela soit écrit avant l’élection de Trump, cette bande dessinée et le message qu’elle dénonce prend encore plus de valeur en 2017 où le féminisme se doit d’exister et d’être défendu.

Du Girl Power

Cette B.D. regorge de girl power et on aime ça. Les détenues de la planète vont s’unir pour tenter de faire tomber le gouvernement pour retourner auprès de leur famille sur Terre. Elles vont unir leur force et combattre ceux qui se trouveront sur leur chemin, au grand plaisir du lecteur. Ce que j’ai lu, soit le premier volume de la série, Bitch Planet : Extraordinary Machine, laisse sur un suspens, je me procurerai donc sans trop attendre le deuxième volume en espérant voir les femmes gagner.

Du sarcasme éducatif

Un autre point fort du volume est sans doute la fin des chapitres. On sort du contexte narratif pour avoir une page de petites annonces qui expliquent aux femmes divers faits avec un sarcasme fendant. Voici quelques exemples d’annonces :

  • ‘’Laissez-nous changer votre personnalité’’
  • ‘’Lunettes rayon X pour voir à travers ses intentions’’
  • Un parasite qui vous promet de perdre votre balance, votre énergie, votre joie de vivre, mais le plus important votre poids en surplus.
  • une annonce mentionnant ‘’votre vagin est dégueulasse, achetez notre produit nettoyant’’

Ces annonces sarcastiques, parfois poussées à l’extrême, dénoncent des propos que les femmes ont déjà entendus maintes et maintes fois et qui sont d’ailleurs complètement ridicules, mais qui démontrent à nouveau pourquoi le féminisme existe.

Si vous voulez une lecture graphique magnifique, féministe, attachante, étonnante et intense je vous conseille celle-ci. Ça fait changement des lectures plus théoriques, quoique très enrichissantes et intéressantes, et vous divertit énormément.

Connaissez-vous d’autres livres ou roman graphiques qui dénoncent la misogynie actuelle et le patriarcat ?

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Futur Sex : les expériences et impressions d’une journaliste en quête de réponses

Alors qu’elle se retrouve célibataire à 30 ans, Emily Witt, journaliste pour la prestigieuse revue N+1 à New York, se pose des questions sur l’amour, la sexualité, le couple. La révolution sexuelle est loin, les relations amoureuses ont bien évolué, et elle décide d’enquêter, tant pour comprendre ce qu’est devenu le couple que pour mieux connaître sa propre sexualité. Elle pose ses bagages à San Francisco et dresse le portrait de nouvelles pratiques sexuelles : sites de rencontre virtuels, gigantesques festivals libertaires, castings pornographiques extrêmes, méditation orgasmique, polyamour. Emily Witt les explore tous et va jusqu’à tester elle-même certaines de ces méthodes. Elle met en scène ses doutes, ses fous rires, ses angoisses et ses coups de spleen, et questionne ce qu’est devenu le sexe dans une société ultramoderne.

Divisé en 9 textes mettant en scènes différentes expériences et questionnements, Émily Witt aborde la sexualité, les rapports humains, l’esprit de communauté et certains tabous avec l’esprit ouvert, sans pour autant mettre de côté son sens critique. Alors que certaines des expériences qu’elle expérimente m’ont surprise et ont égayé ma curiosité, c’est véritablement son approche et son ouverture qui m’ont accrochée tout au long de Future Sex.

Une approche à la fois journalistique, pratique et personnelle.

On ne peut passer à côté du fait que, à la base, Emily Witt est journaliste et ça transparaît vraiment à travers ses textes. Comme le dit si bien le quatrième de couverture, ses écrits sont entre parcours initiatique et récit d’investigation. Elle ne parle pas sans connaissance de cause et expérimente ses propres questionnements. Lorsqu’elle parle des applications de dating, elle s’y inscrit. Lorsqu’elle parle de pornographie hardcore et BDSM, elle assiste à un tournage pornographique, discute avec l’actrice, avec la réalisatrice et cherche simplement à comprendre, sans jugements, tout en ne s’enlevant pas le droit de donner son point de vue. On se retrouve donc face à des textes en équilibre entre recherche et perception et ça marche vraiment bien. J’ai véritablement adoré le style de l’auteure, simple, personnel tout en étant recherché et appuyé par des faits, des entrevues, des conversations et des expériences qui la poussent à sortir de sa zone de confort.

Ça prend aussi un grand désir d’authenticité pour se mettre en mots, en action et à nu (dans tous les sens du terme) comme le fait l’auteure. À travers des questionnements qui résonnent en nous, c’est aussi une quête bien personnelle qu’elle offre à tous. C’est inspirant de voir une femme qui se questionne ainsi sur le désir sexuel, sur les pratiques de notre génération, sur l’industrie du sexe et sur l’amour de manière aussi ouverte.

Une approche féministe et assumée.

On retrouve, dans Futur Sex, une approche féministe qui m’a vraiment plu. C’est assumé et bien présent, autant dans ses choix d’expérimentations que d’entrevues. Dans le second chapitre, elle s’intéresse à la méditation orgasmique, une technique inventée par une organisation semi-sectaire qui met de l’avant le désir féminin et l’importance du sexe sans attachement. Lorsqu’elle s’intéresse à la porno, c’est en parlant des préjugés du milieu, en discutant avec des réalisatrices féministes qui proposent aux femmes de se réapproprier leurs désirs, sans censure. Vers la fin, Witt consacre aussi un chapitre entier à la contraception et la reproduction. C’est un chapitre qui, bien qu’il n’ait pas de lien direct avec les autres, est d’une importance capitale, car il fait partie intégrante de son exploration et de ses questionnements sur sa propre sexualité.

Sans équivoque, l’écriture de Witt est féministe, non seulement dans le sujet, mais dans l’approche. C’est, à mon avis, bien conscient et tellement important d’en reconnaître la valeur et l’impact.

Future Sex représente quatre ans de recherche, de travail, d’enquête, de vécu et d’expériences. Alors qu’il serait bien difficile de condenser quatre ans en à peine 300 pages, Witt réussit à ressortir l’essence et l’importance de ses propos et de ses questionnements, tout en laissant une place au quotidien, aux gens, aux peurs et à la mise à nu de soi. C’est déroutant, authentique, drôle et tellement important. C’est un plaidoyer pour l’amour et la sexualité post-moderne, peu importe la forme que cela prend pour vous. Que vous vous questionniez ou non sur notre propre rapport à la sexualité, aux relations dans notre ère post-moderne, vous trouverez certainement quelque chose sur quoi réfléchir dans ce livre de Emily Witt.

Quel livre vous a fait le plus réfléchir sur les relations humaines?

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La bible des allergies alimentaires

Vos allergies alimentaires vous rendent anxieuse?

Vous avez le cœur brisé lorsque votre petit garçon ne peut pas manger sa part du gâteau lors d’un anniversaire?

Penser au jour où votre enfant aura envie de frencher d’autres jeunes gens n’ayant pas le même régime alimentaire que lui/elle vous fait faire des cauchemars?

Vous rêvez d’un repas au restaurant en famille ou avec votre gang d’ami.e.s?

Vous voyez la liste des allergies de chéri.e s’allonger et vous vous sentez impuissant.e?

Vous craignez les diaboliques écureuils, ces vilaines bêtes qui déposent des allergènes dans tous les coins de la métropole?

Des connaissances minimisent le danger des allergies de vos enfants ou pire, des membres de votre propre famille pensent que vous exagérez ou que vous faites des caprices?

Vous ne savez plus quoi mettre dans la boîte à lunch de votre chéri.e polyallergique?

Alors vous DEVEZ, si ce n’est pas déjà le cas, prendre le temps de vous intéresser au merveilleux travail de Marie-Josée Bettez, la reine de la gestion des allergies alimentaires.

Dernièrement, la fondatrice de Déjouer les allergies a coécrit un nouveau livre de cuisine avec son fils Christophe Bettez-Théroux, qui va bien au-delà de ses délicieuses et pratiques recettes : Lunchs réinventés, Déjouer les allergies alimentaires. Un livre de cuisine sur un blogue littéraire axé sur la bibliothérapie? Absolument! Ce livre fera un bien fou aux personnes souffrant d’allergies alimentaires ainsi qu’aux parents des petits allergiques. Je vous propose aussi, si vous en ressentez le besoin, de joindre le groupe facebook, un groupe de soutien que j’adore pour l’aide, le soutien, le non-jugement et la solidarité entre ses membres.

La Bible des allergies alimentaires

J’exagère à peine en qualifiant l’ouvrage de Bible. Le livre offre davantage que des recettes. Il accompagne, guide, éduque, éclaire, dédramatise et fait sourire les gens souffrant d’allergies et leurs proches. Il dépoussière les mythes concernant les allergies alimentaires, il nous informe à propos de l’auto-injecteur, nous présente des chefs cuisiniers sensibilisés aux allergies, nous donne des trucs pour éviter la contamination, nous aide à déjouer les allergies à l’école ou au camp de jour, etc. C’est une véritable mine d’informations sur le sujet!

Son message est : vous n’êtes pas seul.e.s, il y a des solutions et vous avez aussi le droit au plaisir gustatif !

Les détails originaux

Des livres de recettes sans allergènes, il y en a d’autres, mais celui dont je vous parle a une touche personnelle et originale qui risque particulièrement de vous plaire. Ce livre est une histoire de famille d’une mère et d’un fils polyallergique qu’on apprend à connaître un peu à travers les pages. Tout au long du livre, on peut lire des petites annotations utiles et parfois cocasses dans les marges. On y retrouve même des citations de Harry Potter et de Bilbo le hobbit! Vraiment, ce livre est agréable à lire, sans même chercher une recette à produire. Je vous laisse le découvrir!

Petit mot de l’auteure allergique

En tant que personne allergique aux arachides – et autrefois aux œufs -, j’ai reçu ce livre comme des mots doux. J’ai maintenant envie de l’offrir à ceux qui m’ont cru capricieuse ou difficile, à celui qui m’a dit ne plus vouloir aller au restaurant avec moi parce que c’était trop compliqué, à celle qui m’a dit que j’avais juste à utiliser mon EPIPEN s’il arrivait que le peut contenir en contienne réellement, mais plus que tout, aux mamans et papas essoufflés et aux personnes allergiques qui peuvent vivre leur condition comme une grande source d’anxiété.

Quels livres vous ont aidé à déjouer les allergies ?

Le Fil rouge remercie QuébecAmérique pour le service de presse.

Littérature américaine; Autobiographie; Relation avec sa mère; Maya Angelou; Lady B; Le fil rouge; L fil rouge lit; Bibliothérapie; Littérature; Lecture; Livres; Les livres qui font du bien

Lady B, Par Maya Angelou ou l’empreinte d’une mère

«Et c’est au cours de cette visite que je compris clairement, et pour la première fois, pourquoi une mère est si importante. Pas seulement parce qu’elle nourrit, aime, dorlote et même chouchoute un enfant, mais parce que d’une façon mystérieuse et presque surnaturelle, elle se tient au-dessus du vide. Elle fait le lien entre l’inconnu et le connu.»

Maya Angelou c’est un de mes plus grands coups de foudre littéraires. Pendant toute ma lecture de Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage je me demandais pourquoi personne ne m’avait fait lire cette autrice avant. C’est comme si elle et moi nous étions faites pour se rencontrer sur le papier. J’étais tout simplement renversée face à sa prose, presque muette devant la résonance que son écriture avait en moi, bien que ma vie soit si différente de la sienne. Ses autobiographies sont, pour moi, un coup de poing au ventre, mais aussi un baume pour le cœur.

L’autrice Afro-Américaine a connu une vie difficile. Née en 1928, elle grandira en Arkansas, un état ségrégationniste, puis en Californie, où les épreuves et les coups durs s’enchaîneront. Pourtant, ce qui ressort de son oeuvre ce n’est ni de la pitié, ni de l’apitoiement, ni même du désœuvrement, mais bien de l’espoir et c’est pour cette raison que les livres de Maya Angelou font du bien. Ils nous demandent de comprendre, de témoigner, d’apprendre. Ils nous proposent de toujours travailler à être la meilleure version de nous même, sans jamais imposer une pression de performance. C’est l’équilibre.

Dans son premier récit autobiographique Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, l’autrice nous raconte son enfance, qu’elle a passée en grande majorité auprès de sa grand-mère autoritaire en Arkansas. Si cette situation ne lui permet pas de créer des liens avec sa mère lorsqu’elle est jeune, le renversement sera total lorsqu’elle arrivera à l’adolescence et qu’elle s’installera avec sa mère pour de bon. Sa mère lui avouera ne pas avoir su comment s’y prendre avec de jeunes enfants, mais que maintenant qu’elle est grande elle sait qu’elle sera la meilleure mère possible. Vivian Baxter deviendra alors Lady B et sera toujours présente pour sa fille. C’est auprès de sa mère que Maya Angelou apprend la détermination et la persévérance. C’est elle aussi qui lui apprend que parfois il ne suffit pas de vouloir prendre sa place, il faut se battre pour faire sa place. Vivian Baxter l’accompagnera dans tous les moments importants de sa vie, l’encourageant à être celle qu’elle veut être, sans porter de jugement sur les choix de sa fille, mais lui rappelant qu’elle doit apprendre de ses erreurs et qu’elle sera là quand elle aura besoin d’elle.

Après ma lecture de Lady B, j’ai appelé ma propre mère, émue, je voulais juste la remercier d’être là pour moi, présente dans ma vie. Lire du Maya Angelou me donne le goût de me dépasser. Et vous, quel livre vous donne le goût de réaliser vos rêves?

Allez, on va danser au bal des absentes!

De La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette à Mettre la hache de Pattie O’Green, en passant par Autour de ton cou de Chimamanda Ngozi Adichie et Femme, réveille-toi! d’Olympe de Gouges, Amélie Paquet et Julie Boulanger racontent leur amour de l’enseignement de la littérature et leur amour de la littérature tout court dans leur essai Le bal des absentes paru chez La Mèche, ce printemps. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelle littérature : la littérature des femmes. Grâce aux voix fortes d’autrices trop peu enseignées par leurs collègues, Paquet et Boulanger essaient de faire réfléchir leurs étudiant.e.s sur de nombreux enjeux : les rapports familiaux, les classes sociales, l’inceste, la place de la femme dans la société québécoise, etc. En commentant ces autrices dans leurs courts chapitres, les deux enseignantes font découvrir des inconnues, dépoussièrent leurs propres histoires de jeunesse et surtout, donnent le goût de courir lire toutes ces femmes férocement vivantes.

Divisé en cinq parties (La littérature et la vie; Mésententes; L’étudiant.e vis-à-vis de l’école; Figures de l’absente; La professeure vis-à-vis de l’école), Le bal des absentes reprend des textes publiés précédemment dans leur blogue qui porte le même nom. Or, les textes gagnent en force à être regroupés ensemble entre deux couvertures (drôlement bien illustrées par ailleurs!). Lus un à la suite de l’autre, les textes dessinent une constellation d’autrices qui se parlent et se font écho à travers les continents et les époques.

D’après elles, «le travail le plus urgent que les professeurs de littérature ont à accomplir au cégep, c’est de faire croire, ne serait-ce que momentanément, à la valeur de la littérature, c’est de montrer que la littérature permet de réfléchir, qu’elle n’est pas un savoir détaché du monde, qu’elle fait ce qu’il y a de plus important : elle aide à vivre» (p. 37).

Un jour, j’aimerais être prof de cégep, pour l’instant j’enseigne déjà le français langue seconde dans une école d’été. Avec les mots de Boulanger, Paquet et les nombreuses autrices citées en tête, je me sens bien outillée pour m’aventurer en terrains moins connus cet été. Pourquoi ne pas prendre un extrait de Les fées ont soif de Denis Boucher pour étudier le futur simple ou un poème de Marie Uguay pour le présent de l’indicatif? Pour montrer que la littérature peut nous aider à comprendre notre langue (ou une nouvelle langue), mais aussi notre monde, pour nous «aider à vivre» comme elles disent si bien.

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P.S. J’ai eu la chance de rencontrer Julie Boulanger et Amélie Paquet lors de leur lancement à la librairie L’Euguélionne, mais aussi avant, virtuellement, en échangeant avec elles pour notre questionnaire «Autour des livres». Si vous êtes encore curieux.se de les connaître, allez dont lire leurs réponses!

Julie BOULANGER et Amélie PAQUET, Le bal des absentes, Montréal, La Mèche, 2017, 280 pages.

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Nos plumes comme des armes : un recueil nécessaire et poignant.

Nos plumes comme des armes – Our words as weapons- est un recueil de poèmes engagé et  bilingue qui a pris vie suite à la colère et l’indignation de son instigatrice, Elisabeth Massicoli. J’ai décidé de lui poser quelques questions pour en savoir un peu plus sur ses motivations, ainsi que le travail derrière la création d’un recueil comme celui-ci.

Le recueil

Le recueil de 25 textes et de 20 illustrations est, dans un premier temps, magnifique. On ne peut passer à coté de l’attrait visuel qui est un beau plus value à la puissance des textes, tout en leur laissant la place nécessaire pour être et se tenir entièrement d’eux-mêmes.

À l’intérieur, on retrouve donc 25 poèmes, en anglais, en français, courts, longs, de tous les genres. On y parle de féminisme, de racisme, de la place des femmes. Les sujets sont tout aussi variés et uniques que les formes et les personnes qui les ont écrits.

C’est vraiment dans cette diversité des textes et des approches que se trouve la force de Nos plumes comme des armes.  Le pari de créer un espace sans jugements, inclusif, pour des femmes, par des femmes, est bien réussi. On ressent la colère, mais aussi l’espoir et, surtout, la nécessité d’un tel ouvrage.

Lors du lancement, à l’appart 200, quelques uns des poèmes furent lus à haute voix. C’était une expérience doublement poignante et puissante d’entendre ces femmes lire leurs propres écrits avec autant de force et ça donnait encore plus le goût de se plonger dans chacun des poèmes, dans chacune des illustrations.

Pour vous procurer le recueil, vous n’avez qu’à vous diriger sur le site web Nos plumes comme des armes . Sachez que tous les profits des ventes irons à trois organismes luttant contre l’intolérance. (Action Réfugiés Montréal, Hélem Montréal et le Centre multiethnique de Québec)

Photo : Kim DL

Quelques questions à Elisabeth Massicoli.

Dans la préface du recueil, tu parles un peu de tes motivations derrière la création de ce projet, peux-tu nous en dire un peu plus ? 

C’est suite aux attentats de Québec, en janvier dernier, que j’ai eu comme un trop-plein de colère. À l’ère de Trump, c’était comme la chose de trop. J’étais enragée, triste et j’avais peur. Fallait que je fasse quelque chose de constructif avec ça. Comme écrire et éditer est mon métier, j’ai pensé écrire quelque chose, mais je me suis rendue compte que, dans le fond, c’était pas à moi de prendre la parole. Je suis quelqu’un d’extrêmement privilégié. Je suis une femme blanche, hétérosexuelle, cisgenre, en bonne santé physique et mentale, riche… Disons que, même si je peux avoir de l’empathie pour les struggles des autres, moi, je ne vivrai jamais vraiment de discrimination. J’ai donc décidé de créer un recueil qui, justement, servirait de porte-voix à d’autres femmes. Des femmes de tous les milieux, de tous les âges, de toutes les confessions, de toutes les origines, de toutes les orientations sexuelles. J’ai lancé un appel de textes, et j’ai reçu plus de 100 textes et une quarantaine d’illustrations. Visiblement, les femmes étaient aussi fâchées que moi – sinon plus! – et avaient envie de se vider le cœur.

Quels étaient tes critères de sélection pour les textes et les illustrations ? Es-tu plus allée avec tes émotions, avec certaines valeurs ou ligne éditoriale ? 

Dans mon appel de texte, j’avais mentionné qu’il n’y avait pas de ligne éditoriale. Que j’allais en créer une par la suite, en regardant les thèmes abordés par les auteures et les illustratrices. Je voulais qu’elles écrivent ou qu’elles illustrent leur colère, ou leur tristesse, ou leur indignation, ou leur espoir… Je voulais que ça parte de leur cœur, de leurs tripes! Après avoir lu et regardé toutes les soumissions, je me suis rendu compte que le thème, c’était ça : la colère. Une écoeurantite du climat social actuel. Tous les textes étaient poignants, mais j’ai choisi – avec l’aide de mes amies Théo et Gabrielle qui se sont beaucoup impliquées dans le projet – 33 textes  et 17 illustrations qui résonnaient plus fort.

Chacun des textes porte la voix d’une femme unique et pourtant le tout est très rassembleur, on y retrouve une belle unicité dans le message. Comment expliques-tu ce résultat ? Est-ce un travail d’édition ou est-ce que c’est ce qui est ressorti naturellement des textes sélectionnés, sans que ce soit nécessairement conscient ?

C’est ce qui est ressorti naturellement des textes sélectionnés. Comme mentionné plus haut, on a choisi ceux qui résonnaient le plus, qui nous parlaient le plus. Et comme on est nous-même en colère et qu’on a choisi les textes subjectivement, je pense qu’on a gardé les plus fâchés! Reste que, même si de la rage émane des mots et des images du recueil, il n’y a pas que ça. Il y a aussi des messages d’espoir et de solidarité.

C’est un recueil poignant et fort qui contraste avec son visuel plus « doux  » est-ce une métaphore à ne pas sous-estimer les femmes et le pouvoir de leurs paroles, autant de manière individuelle que collective ? 

En fait, je n’y avais pas pensé! Pour moi, féminité n’est pas synonyme de douceur, au contraire. J’ai fait – en fait j’ai rien fait, c’est la merveilleuse Elsa Rigaldies qui a fait tout le graphisme et Valery Lemay qui a illustré la couverture – un recueil que je trouvais beau, tout simplement. Les images qu’on a reçues étaient toutes très pastel, très douces, c’est ce qui a donné le ton au résultat final.

– Nos plumes sont des armes est un recueil qui s’inscrit bien dans les lignés -de plus en plus grandes- des oeuvres qu’on dit « nécessaires ». S’il n’y avait qu’un message à retenir de tous les textes, lequel serait-il, à ton avis ? 

Je pense que c’est que les femmes sont en colère, et que cette colère est légitime.