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Ouvrir son cœur : dans le monde d’une introvertie

Comme beaucoup de lecteurs, je me suis récemment laissé tenter par le dernier livre d’Alexie Morin, publié chez Le Quartanier, Ouvrir son cœur. Du haut de ses 366 pages, ce livre, je l’ai dévoré, un réel festin et, selon moi, il manquait un 100 pages supplémentaires. J’en aurais pris davantage.

Les critiques sont unanimes autour de moi, ce livre est parfait. J’ai proposé à mon amie qui voulait le lire de le lui prêter. Elle m’a répondu qu’elle préférait l’acheter, car elle savait déjà qu’elle le relirait et s’y référerait souvent. Il va sans dire que mes attentes étaient assez hautes avant d’en commencer la lecture et elles ont rapidement été comblées.

Plus que des sujets tabous

Ouvrir son cœur, c’est l’histoire de l’autrice qui, dans un récit fragmenté, raconte divers souvenirs de sa vie, en allant de l’enfance à l’âge adulte, où la honte s’y loge. C’est une prise de parole de l’autrice face à des moments qui l’ont marquée, pas nécessairement de la bonne façon. La vie de la narratrice n’a pas été facile. Une vie imprégnée de silence, de solitude et d’isolement. Elle y aborde plusieurs sujets importants qui marquent une enfant, une adolescente et même une adulte, comme l’intimidation, le rejet, la différence, l’anxiété, la dépression, le TDAH et la solitude.

Il est rafraîchissant de lire une histoire où ces sujets sont abordés naturellement, sans les rendre tabous, sans en faire l’élément principal du livre. Le sujet du texte, c’est la fille et comment il est difficile de grandir, de vivre son quotidien, de faire confiance lorsqu’on ne se sent pas à sa place, peu importe l’endroit où l’on se trouve.

Quand j’étais petite, j’étais une grande braillarde. En tant qu’adulte, j’ai aussi la larme facile. Je pleure dans les mariages, devant les pubs d’assurances et de banques — c’est la musique, la progression d’accords de piano, ils déclenchent un réflexe pavlovien —, je pleure à la fin des spectacles, quand le public applaudit. Je pleure quand je suis contrariée, avant de me mettre en colère. (p. 271)

Une ville sans différence

Ouvrir son cœur, c’est l’histoire d’une fille qui devient femme et qui habite une petite ville lointaine où la différence détonne, où la majorité des gens travaillent à la grande usine de la ville, où les métiers d’art ne sont pas populaires et où détonner n’apporte rien de bon, peu importe l’âge. La narratrice navigue parmi les thématiques mentionnées plus haut, du primaire à l’université, où la différence est toujours marquée, toujours de trop dans le quotidien de la jeune femme.

Plus qu’un livre

J’ai lu dans une critique que la narratrice et sa façon de s’exprimer pousseraient le lecteur à éveiller l’intimidateur en soi. Pour moi, la jeune fille de cette histoire éveille une seconde jeune fille, celle qui aurait été présente, qui aurait accompagné, qui aurait partagé. Le lecteur plonge dans une histoire pas toujours facile à lire, une histoire où il est facile de s’y reconnaître. C’est sans doute l’une des plus belles qualités de ce texte, car comme il est mentionné dans l’un des paragraphes, l’autrice a souvent abandonné l’idée d’écrire ce livre.

Il est compréhensible que cette histoire ait été difficile à écrire, car elle rouvre de vieilles cicatrices. Toutefois, ce livre est thérapeutique pour tous ceux qui ont vécu un semblant de vie comme celui de la fille du récit. Une histoire où, enfin, bien que la solitude soit l’un des thèmes principaux, elle accompagne et détruit toute solitude chez le lecteur. Lire ce livre, c’est être accompagné, être compris. C’est une histoire facile à se réapproprier et concevoir le personnage à notre propre façon.

Avez-vous des livres qui vous accompagnent, qui vous permettent de vous sentir moins seul?

 

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Plath selon Galignani

Commençons avec une bien triste affirmation, une désolante confession : je n’avais jamais entendu le nom de Sylvia Plath avant de me mettre à lire Mourir est un art, comme tout le reste. J’ai donc découvert cette poétesse américaine en même temps que ce livre relatant ce à quoi aurait pu ressembler sa dernière année de vie. Il s’agit d’une œuvre de la journaliste française Oriane Jeancourt Galignani, composée à partir des vers de la poétesse et de son roman autobiographique, La cloche de détresse.

Ce que l’on sait du mythique personnage

Née en 1932 d’un père allemand et d’une mère autrichienne, Sylvia Plath a d’abord vécu aux États-Unis, puis au Royaume-Uni. Elle étudie à la prestigieuse université de Cambridge, où elle rencontre celui qu’elle mariera peu de temps après sa rencontre, le brillant poète Ted Hughes. Après six années de mariage et la naissance de deux enfants, ils se séparent. Cette femme, pourtant dévouée à la poésie depuis l’adolescence, propose un jour à son mari d’arrêter d’écrire, pour se consacrer entièrement à sa famille et, par le fait même, sauver son couple. Pourtant, ce n’est pas sa carrière qui l’éloigne de Ted, mais ses problèmes de santé mentale.

Nous sommes en 1962. Il s’agit d’un hiver particulièrement rude à Londres. Pour Sylvia Plath, ce sera son ultime hiver. Elle se suicidera dans sa cuisine, après avoir pris des précautions pour épargner ses deux jeunes enfants, qui habitent avec elle dans l’ancienne maison du poète irlandais William Butler Yeats. En mettant fin à ses jours, elle met également fin à la période la plus prolifique de sa carrière d’écrivaine. La majorité de ses œuvres seront publiées à titre posthume.

Une vie enfouie dans les textes

Ce livre est infiniment triste; on y lit toute la détresse de la jeune femme, toutes les choses qui l’ont façonnée et qui l’ont menée à cette fin tragique. Sylvia Plath souffrait de bipolarité. Elle avait fait une tentative de suicide à l’âge de 19 ans, tentative ratée qui l’avait menée à une période d’hospitalisation dans une institution psychiatrique où elle a notamment été traitée aux électrochocs. Cette période est relatée dans son roman autobiographique La cloche de détresse et perceptible dans bon nombre de ses vers. Ensuite, il y a, parmi les nombreuses choses qui ont marqué sa vie, l’emprise et la dureté de son père, puis de son mari. Ce père, adorateur des nazis, décédé alors qu’elle avait 8 ans, et ce mari qui l’a quittée pour une autre après la naissance de leurs deux enfants.

« Elle aurait pu affirmer l’existence des grenouilles, son père l’en aurait fait douter, « ne dis pas n’importe quoi Sylvia, ça te perdra ». Dix-sept ans plus tard, dans la chambre de l’université de Cambridge, elle faisait lire ses poèmes à Ted. « Ils te mentent tes poèmes, Syl, tu t’en rends compte j’espère? Pas un ne sonne juste. » »

À travers ses mots et ses réflexions, on comprend que Sylvia Plath, qui avait pourtant en apparences tout d’une vie rêvée, vivait en fait dans un constant sentiment d’insuffisance, de ne jamais être assez. Elle ne semble réussir dans aucun des rôles qu’elle occupe : fille décevante, femme qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était, écrivaine incompétente, mère indigne. La poétesse, durant sa courte vie, a vécu plus d’un drame. Chacun a pesé lourd sur elle, et chacun est perceptible à l’intérieur de ses écrits.

Mots entrelacés

L’histoire de Sylvia Plath est dramatique, mais l’écriture est aussi belle que les mots sont tristes. Moi qui aime lire dans le métro, j’ai préféré lire ce roman tranquillement à la maison. J’ai lu de longs passages à voix haute pour en apprécier les enchaînements de mots, les sons et les rythmes, ce qui n’est vraiment pas dans mon habitude. J’ai particulièrement apprécié le fait que les mots de la poétesse se mêlent à ceux de l’autrice. Après avoir lu une description déjà poétique des événements, on a droit à quelques vers de la poétesse, qui se lient bien à l’événement. Tout s’enchaîne très facilement, Plath est le prolongement de Galignani. Elle ajoute son grain de sel à la description déjà faite, sorte d’addition de mots tristes qui rend le récit très poignant.

«De tout ce qui a la vie et la pensée, nous sommes, nous autres femmes, les créatures les plus misérables.»

Une chose est sûre, ce livre, poétique en soi, parsemé des vers de Sylvia Plath, m’a donné envie de lire plus de poèmes. Si certains ont la chance d’être capables d’écrire d’aussi belles choses, s’ils sont en mesure d’imager avec des mots, ils méritent d’être lus.

Quel autre poète emblématique aurais-je pu négliger jusqu’à présent?

Boo de Neil Smith

Boo : un livre « cool as a cucumber »

Un peu de contexte

J’ai toujours été attirée par les romans que je qualifie de «contes pour adultes». «Contes» en ce qu’ils racontent quelque chose d’invraisemblable, d’une façon un peu enfantine, et «pour adultes» en ce que les sujets qu’ils traitent sont assez sombres et/ou lourds. J’adore ce type de livre : ça vient me pogner dans les tripes et ça ne me lâche plus, longtemps même après avoir refermé le livre. C’est ce qui s’est passé avec Boo de Neil Smith : j’ai ghosté mon copain pendant deux jours après le boulot parce que j’avais trop envie de terminer ce livre.

Sur l’histoire

Une très bonne critique a déjà été écrite sur ce livre, je ne tomberai donc pas dans les détails et ne m’attarderai pas trop à vous résumer le roman; je ne vous épargnerai cependant pas mon fameux questionnaire skyrock-style :

  1. Le style : conte pour adultes
  2. Le lieu : le paradis pour les jeunes Américains de 13 ans (oui, c’est sélectif comme ça!)
  3. Les personnages : ils sont plusieurs, mais le plus intéressant et celui sur lequel je m’attarderai est Boo, autrement appelé Oliver Dalrymple
  4. L’intrigue : deux adolescents sont morts lors d’une fusillade dans une école secondaire et se retrouvent ensemble au paradis. Pour faire simple, ils partent à la recherche de leur meurtrier, qu’ils pensent être également arrivé (mais par erreur) au paradis.
  5. Les sujets d’envergure : la mort, la vengeance, l’amitié, l’autisme et la religion.

N. B. Je tiens à spécifier que j’ai lu le roman en anglais, parce que je préfère généralement lire les romans dans leur langue d’origine. Je ne peux donc pas témoigner de la qualité de la traduction, mais je fais amplement confiance à Alto d’avoir su traduire avec justesse l’écriture et les émotions de ce roman.

Sur les sujets

Parmi les sujets, je ne m’attarderai pas sur la vision de la mort, de l’amitié ou de la vengeance dépeinte dans le roman, parce que c’est ce qui, à mon avis, se trouve à sa surface (et qui y est très bien exploité d’ailleurs). Ce qui m’a profondément touchée dans ce roman plein de délicatesse et de dureté, ce sont principalement les traits autistiques et la perception de la religion. C’est ce qui fait en sorte que je qualifie ce roman de «conte pour adultes» : il semble s’adresser à un public plus jeune (malgré un sujet «dur» comme la fusillade), mais les concepts qui le sous-tendent sont très profonds. Ce qui fait le charme du récit, ce sont également les petites pointes d’humour qui percent à travers des sujets qui, autrement, seraient probablement très lourds.

«This is the first time Johnny Henzel has laughed since his passing. I feel prouder than the time I increased the pH of my urine by consuming citrus fruits.» (p. 59)

Sur l’autisme

Je ne me prétendrai jamais experte sur la question de l’autisme, mais mon ancienne colocataire (et toujours meilleure amie) était éducatrice spécialisée avec une clientèle autiste, ce qui m’a énormément sensibilisée à ce sujet plutôt délicat au Québec. C’est probablement ce qui m’a rendue aussi sensible aux traits spécifiques du trouble du spectre de l’autisme (TSA) chez Boo, qui n’aime pas particulièrement les gens et qui préfère rester seul avec son tableau périodique. En fait, ce n’est pas qu’il n’aime pas les gens, c’est plutôt que les gens l’indiffèrent. Pourtant, dans ce roman, ses amis parviendront à percer sa carapace, à force de persévérance et de respect : une première belle, très belle leçon de tolérance.

«Before she leaves, she wraps her arms around herself and squeezes. This is our code: when she hugs herself this way, she means she is hugging me.» (p. 196)

Et vlan. Une petite flèche droit au cœur. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est venu me chercher jusque dans les orteils. Peut-être parce que j’ai trouvé ça vraiment beau de voir comment la répulsion de Boo à être touché est exploitée : plutôt que de lui apprendre à se laisser toucher par les autres, ce sont les autres qui s’adaptent à lui. Comme ça, tout bonnement : il n’est pas question d’un enfant anormal qui doit apprendre à être comme tout le monde, juste de deux amis qui s’apprivoisent mutuellement.

Tout, jusque dans l’écriture du roman, laisse percer une sensibilité, une sensibilisation au TSA. C’est ce qui ajoute une saveur toute particulière à l’histoire : il ne s’agit pas de n’importe quel garçon au paradis. La vision particulière qu’a Boo de ce qui l’entoure participe à cet effet un peu surréaliste qui flotte à la surface du roman : les descriptions sont très cliniques, tout est décrit comme il est vu et non comme il est perçu. Les perceptions et les émotions sont analysées, décortiquées et rationalisées, ce qui nous permet (combiné au fait qu’il s’agit d’un récit à la première personne) de réellement nous mettre à sa place, et de comprendre son raisonnement et son cheminement à travers l’histoire. Boo, c’est plus qu’un récit de vengeance dans l’au-delà : c’est aussi le récit d’une ouverture sur l’autre et d’un apprivoisement de l’inconnu.

Sur la perception de Dieu

Une autre raison pour laquelle j’ai adoré ce roman, c’est qu’il fait également une certaine critique de notre perception de la religion. Personnellement, j’ai toujours eu une pensée un peu ésotérique : je crois très fortement qu’il y a un au-delà, et un quelqu’un dans cet au-delà, mais je crois également que cet être ne se sent pas très concerné par nous, et que ce n’est pas réellement lui qui choisit le cours de nos vies (qui doivent lui paraître plutôt insignifiantes, en fait). Et c’est exactement cette vision que Neil Smith semble dépeindre.

«As time passes in heaven, the stars do not change places, not till the day when Zig changes the complete backdrop. I tell my students this is a metaphor for life: we go along thinking nothing will be different, till the day everything suddenly changes at once.» (p. 268)

De prime abord, Boo, tout scientifique qu’il est, ne peut s’empêcher de croire en un dieu, puisqu’il est dans un au-delà. Cependant, il n’adhère pas à cette pensée qu’il s’agisse de Dieu, Boudha ou encore Allah. Et, puisqu’il ne sait pas trop comment gérer cette multiplicité de dieux, il décide tout candidement de le renommer « Zig ». Je trouve qu’il y a quelque chose de profondément absurde et cathartique là-dedans. Il remet également en cause cette notion que tout, au paradis, est parfait :

«“That’s not fair,” he says, winded.

“Afterlife ain’t fair,” I reply. This is something Esther always says.» (p. 129)

Les choses sont plutôt comme elles sont, et, au final, elles ne sont pas bien différentes de sur la Terre, et encore moins parfaites : c’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, le mystérieux meurtrier des adolescents, renommé «Gunboy», aurait été admis au paradis. J’y vois là une belle remise en question de notre perception de la religion salvatrice, du paradis parfait, puisque la vie là-haut ressemble énormément à la vie ci-bas, avec seulement quelques détails qui diffèrent (les bâtiments qui se réparent tout seuls, par exemple). Ce qui m’amène à penser, par syllogisme, que si le paradis ressemble autant à ici-bas, peut-être que c’est parce qu’il serait temps de considérer que nous vivons déjà dans ce qui aurait le potentiel d’être le paradis? (Ou alors qu’en tant qu’humains corrompus, nous ne mériterions même plus un vrai «paradis»… Mais je ne m’aventurerai pas là-dedans!)

Le mot de la fin

Boo de Neil Smith est une vraie petite perle à lire, autant pour son style d’écriture et ses pointes d’humour, que pour les nombreux messages qu’il véhicule. C’est le genre de roman qu’une fois qu’on l’a refermé, les émotions continuent de s’entrechoquer de l’intérieur : le genre de roman que j’ai déjà envie de relire, encore et encore, parce qu’il me semble qu’à chaque lecture, une nouvelle couche de sens apparaîtra entre ses lignes.

«“But promise me, Johnny, that if you think you spot Gunboy, you won’t lose your cool.”

“I’ll be as cool as a cucumber,” Johnny says, smiling slyly.» (p. 86)

Et vous, quels livres continuent de vous hanter même une fois terminés?

 

photo du livre fair-play avec plante verte

Fair-play de Tove Jansson, pour la liberté

En février, j’ai eu la chance d’aller au spa pour mon anniversaire. Ce n’est vraiment pas quelque chose que je fais souvent, et pour moi, la journée entière doit servir à se faire plaisir, incluant le choix d’une œuvre littéraire qui correspond à l’ambiance. Je m’étais procuré, à sa sortie, la traduction de Fair-play par La Peuplade, qui combine le travail d’une de mes maisons d’édition préférées et l’œuvre d’une autrice qui m’intrigue. Je ne suis d’ailleurs pas la seule à m’y intéresser chez Le fil rouge! J’attendais un bon moment pour commencer ma lecture, et cette journée spéciale me semblait toute désignée.

Le résumé

Voici le résumé de l’éditeur. Si vous suivez ce lien, vous trouverez aussi quelques critiques.

« Jonna et Mari partagent leur vie entre leur appartement situé non loin du port de Helsinki, où leurs deux ateliers sont séparés par un grenier commun, et leur maison sur l’île, difficilement accessible lorsque le brouillard se lève. Partenaires bienveillantes et bavardes, les femmes peignent, écrivent, sculptent, filment, se retrouvent pour les pauses-café et cigarettes; elles se disputent, se soutiennent, philosophent à propos de tout et de rien. Au crépuscule de sa pratique, Tove Jansson conjugue dans Fair-play trois passions indissociables – le travail, l’amour et la liberté – et offre une profonde leçon de jeunesse, celle de toujours faire de sa vie une œuvre d’art. »

Trois éléments que j’ai particulièrement appréciés

    • Les personnages sont âgé.e.s. J’ai une affection particulière pour les histoires de vieilles et de vieux. J’adore quand on nous montre des personnes âgées intéressantes, pertinentes, vivantes.
    • Le style. Les chapitres sont courts, et malgré des ellipses temporelles, il y a une uniformité et un rythme qui s’installent au fil de l’histoire. Les dialogues sont faits de peu de mots et les échanges entre les deux protagonistes tablent souvent sur les non-dits. J’aime les non-dits et les silences qui parlent d’eux-mêmes et je trouve que c’est difficile à montrer par l’écriture. C’est vraiment réussi dans Fair-play.
    • La liberté. Elle est partout. Tout comme le contexte et le style, qui ne sont pas exactement typiques de la fiction contemporaine, Jonna, Mari et leurs ami.e.s semblent se sentir très libres de ne faire que ce qui leur convient. Par exemple, Jonna et Mari annulent parfois des rencontres prévues avec d’autres pour visionner un film ensemble et en discuter entre elles, mais elles se laissent aussi toute la liberté de faire des activités chacune de leur côté avec d’autres personnes importantes dans leur vie. Elles ont une vie hors norme, et leur liberté traverse l’entièreté du roman.

J’ai bien aimé ma lecture, mais je dois avouer honnêtement que ça m’a fait moins forte impression que je ne m’y attendais. Et ce, malgré les éléments cités plus hauts, qui avaient tout pour me plaire. Peut-être que j’ai été surprise par le style de Tove Jansson, de qui je connaissais surtout les Moomins et que j’imaginais raconter des histoires « pour adultes » tout aussi chaleureuses, mais j’ai trouvé l’œuvre un peu froide et les personnages pas particulièrement sympathiques. Remarquez que c’est aussi ce qui les rend remarquables, leur grande liberté et cette absence de volonté de cadrer avec les normes sociales. Bref, une lecture un peu chaud-froid pour moi (à l’image de ma journée, entre sauna et douche froide!), mais que je recommanderais à n’importe qui, au moins pour la liberté d’être et d’aimer qu’on y présente.

Avez-vous d’autres œuvres à suggérer qui montrent de personnages menant leur vie comme bon leur semble?

 

Ménager la chèvre et manger le chou: Découvrez comment l'alimentation végétale peut transformer votre santé, cuisine, alimentation végétale, végétarisme, lecture, le fil rouge, le fil rouge lit, bibliothérapie, littérature, livres, les livres qui font du bien, Hélène Baribeau, Marjolaine Mercier, nutrition, Éditions la Semaine, santé, environnement, critique littéraire, flexitarisme, livres de cuisine, cuisine santé, véganisme, végétarien

Ménager la chèvre et manger le chou : mise en bouche pour débuter une réflexion face à l’alimentation végétale!

Depuis quelque temps déjà, je m’efforce graduellement de diminuer ma quantité de viande pour privilégier les options végétariennes. D’ailleurs, le 22 janvier dernier, le nouveau guide alimentaire canadien a enfin été dévoilé. Celui-ci fait une plus grande place, entre autres, aux protéines végétales. Toutefois, quand nous sommes habitués depuis tout jeune à manger de la viande, il peut être ardu de débuter un tel changement alimentaire. J’ai donc voulu bien me renseigner avant de débuter mes changements afin de m’assurer que la transition serait un succès. À travers ma recherche de livres sur le sujet, mon attention s’est arrêtée en particulier sur le livre d’Hélène Baribeau et de Marjolaine Mercier, Ménager la chèvre et manger le chou : découvrez comment l’alimentation végétale peut transformer votre santé. Tout d’abord, pour son titre original. Puis, pour le propos que se promettait de présenter ce livre : les raisons pouvant mener à une alimentation végétale, des moyens pour bonifier notre alimentation végétale et des recettes. Voici ce qui est ressorti de ma lecture!

Esthétisme et beauté

Tout d’abord, je me dois de souligner l’esthétisme de ce livre. Personnellement, quand je lis un ouvrage abordant la cuisine ou l’alimentation, de belles images vont toujours augmenter mon intérêt et ma satisfaction même. Ici, avant tout, la superbe page couverture, tout en couleur et présentant de beaux aliments. Automatiquement, cela donne envie de le feuilleter pour en savoir plus. À l’intérieur, même charte graphique : un vibrant vert utilisé en accent et rappelant les végétaux, des images à plusieurs endroits dans le texte pour appuyer le contenu et des reproductions d’aliments à chaque première page de chapitre permettant d’identifier des ingrédients utilisés en alimentation végétale. Il est clair que sur le plan du contenant, le pari est réussi!

ménager la chèvre

Crédit photo: Maxime Juneau

Lexique, mythes/réalités et le secret de la longévité

Les trois premières parties de l’ouvrage étaient prometteuses pour le reste du livre. Pour commencer, un lexique simple, clair et fort pertinent puisqu’il est facile de se perdre parmi tous ces termes nutritionnels. Ensuite, les autrices démystifient des mythes et réalités par rapport à la nutrition. Encore là, une partie tout à fait nécessaire et appropriée considérant toutes les mauvaises informations qui circulent concernant l’alimentation et les régimes alimentaires. Puis, est présenté un chapitre sur la longévité et l’impact que l’alimentation peut y avoir. Des habitudes de vie des personnes centenaires y sont répertoriées, entre autres, permettant ainsi d’amorcer une belle réflexion sur nos propres habitudes de vie et de réajuster le tir au besoin.

Lourdeur scientifique

La lecture se poursuit avec une suite de chapitres abordant les bienfaits de l’alimentation végétale par rapport à diverses maladies. Cette section de l’ouvrage est laborieuse avec toutes ses statistiques, tableaux et études pour comparer divers types de régimes alimentaires et leurs effets. Il apparaît clairement que le but des autrices était de faire ressortir les bienfaits de l’alimentation végétale sur la santé. Toutefois, même pour moi qui suis une travailleuse de la santé, la lecture m’a paru chargée et interminable (presque 100 pages!). Il faut dire toutefois que mon objectif en lisant ce livre était d’en apprendre plus sur l’alimentation végétale et d’obtenir des outils pour débuter ce mode de vie alimentaire. En ce sens, il se peut que cette section m’ait moins parlé pour cette raison. Cependant, si vous désirez connaître les bienfaits de l’alimentation végétale sur la santé et que vous aimez que les propos soient appuyés sur des faits et données scientifiques, cette partie du livre vous conviendra parfaitement. Les autrices ont vraiment fait un travail colossal en passant à travers toute la littérature scientifique.

Dernier droit

La suite de l’ouvrage m’apparaît être le segment le plus intéressant pour tout lecteur qui désire en savoir plus sur l’alimentation végétale, sur les carences nutritionnelles possibles et comment les prévenir, sur les raisons menant à adopter ce type d’alimentation, sur comment s’y prendre pour effectuer le changement et sur des recettes possibles pour débuter la transition. Toute l’information y est bien expliquée dans une perspective scientifique, encore, mais de façon plus vulgarisée et plus allégée. Petit bonus avec le chapitre sur le réchauffement climatique qui fournit une mine de renseignements sur lesquels nous ne sommes pas toujours portés à faire des recherches. Cela permet une prise de conscience et une envie de modifier nos habitudes de vie et de consommation. L’alimentation intuitive est également abordée dans les derniers chapitres et permet une belle réflexion sur notre façon de manger et sur les raisons réelles sous-jacentes à notre désir de changement d’alimentation. Bien évidemment, cette dernière section m’a plus interpellée puisqu’elle répondait à mon objectif de lecture du départ.

Somme toute, cet ouvrage est complet, bien fait et permet d’approfondir ses connaissances sur l’alimentation végétale. Et vous, quel ouvrage suggéreriez-vous pour amorcer un changement vers l’alimentation végétale?

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La limite est atteinte

Trente, c’est une obsession. C’est l’âge maudit. C’est vieillir. Et ça vient parfois avec une dépression.

Trente, c’est le récit d’une femme qui décrit son état psychologique en détresse à l’approche de l’âge qu’elle croit fatidique pour elle.

Trente, c’est le tout dernier livre et premier récit d’autofiction de la poète et autrice Marie Darsigny publié chez les Éditions du remue-ménage.

 

« …trente ans, c’était le début de la fin, le moment où l’on commence à glisser sur une longue pente et moi je voulais échapper à la descente, m’éteindre soudainement, sans adieux dégoulinants de drame pour ce monde qui ne m’a jamais comprise de toute façon. Ça vient donc d’il y a longtemps, ça s’est forgé tranquillement dans mon esprit… it happened gradually, then suddenly. »

Style journal intime, le roman est le récit des 12 mois précédant le jour des trente ans de la narratrice, qu’on devine très proche de l’autrice. Ce sont de longues longues phrases, qui viennent à bout de notre souffle. Réflexions, pensées, anecdotes, toutes empreintes de sentiments de détresse, d’inconfort dans une situation dans laquelle elle se sent impuissante. Il y a beaucoup de références à ses muses, des figures marquantes de la culture populaire comme Angelina Jolie et des modèles littéraires, des autrices mortes ou déprimées comme Marie-Sissi Labrèche et Nelly Arcan.

Vieillir

Dans une ère où on est catégorisée, définie par un chiffre, celui de notre âge, celui du nombre de nos followers sur Instagram ou Facebook; où le modèle que nous avons de la femme est celui que l’on voit dans les films romantiques américains avec Julia Roberts : avec l’âge, les filles deviennent laides et méchantes, sans valeur; où seule la femme jeune et belle est valorisée dans la culture pop; elle a l’impression qu’elle ne va jamais bien vieillir, qu’elle restera toujours une sad girl aux yeux des autres, une jamais-satisfaite.

L’autrice propose une intéressante réflexion sur ce que c’est de se sentir dévalorisée. Elle déplore que la dépression soit souvent expliquée, comprise, comme étant un phénomène biologique et médical, alors qu’on l’aborde rarement comme étant un phénomène social et culturel. C’est vrai, l’image des femmes dans la société, dans les médias, dans la littérature, au cinéma, sur Internet, est-elle bien réaliste?

Trente est le récit d’une souffrance intérieure. De la souffrance que toutes les femmes ressentent plus, quand elles avancent en âge. Pression sociale ou trouble psychologique? Certaines lectrices qui se disent incomprises se sentiront peut-être un peu moins seules avec ce récit cru, cruel et criant de réalisme.

Avez-vous des héroïnes dans la littérature qui vous font sentir moins seules et moins incomprises?

 

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Autour des livres : rencontre avec Marilyn Frenette, youtubeuse pour la chaîne LuluneTV

Qui est Marilyn Frenette ?

Elle est la booktubeuse de la chaîne spécialisée en bande dessinée qu’elle a créée il y a 3 ans; LuluneTV.  La Bachelière en Arts et design – concentration bande dessinée nous parle de BD qu’elle a lues, espérant nous faire découvrir de nouveaux artistes et auteurs-autrices. Ses capsules vidéo intelligentes, dynamiques et punchées sont à découvrir absolument.

Marilyn a accepté de répondre à notre questionnaire… sous forme de vidéo, évidemment!

Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

Je pense que c’était Le petit prince, d’Antoine de Saint-Exupéry. Je l’avais même en vinyle 33 tours! Mon premier souvenir serait l’incompréhension que j’éprouvais en écoutant le disque et de constater que ça ne suivait pas exactement le livre… (Ils ont probablement coupé beaucoup de texte pour le faire rentrer sur un 33 tours.)

Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Un rituel? Non. C’est davantage une question de temps libre. Je n’aime pas briser l’immersion et, que ce soit pour un livre, un film ou même un jeu vidéo, je dois m’assurer que rien ne me dérangera durant la prochaine heure ou deux. J’envie beaucoup ceux qui sont capables de lire quelques lignes d’un roman à chaque cinq minutes qu’ils ont de libre! Moi, je garde ces cinq minutes-là pour regarder des vidéos drôles de chats sur YouTube…

As-tu une routine d’écriture, des rituels? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

Pour moi, le moment parfait pour commencer à écrire est précisément quand la lune est dans la septième maison et Jupiter est aligné avec Mars… L’inspiration me vient toujours aux mauvais moments, comme dans la douche ou quand j’essaie de m’endormir. Et évidemment, quand vient le bon moment et que je suis assise devant mon ordi, j’ai le syndrome de la page blanche! Mais, n’importe quels auteurs vous diront que le remède contre le syndrome de la page blanche, c’est un bon coup de pied dans le cul! Même si on manque de motivation et qu’on n’a pas d’idée, pas grave! L’important, c’est de commencer à écrire, même si c’est pourri et l’inspiration viendra en temps et lieu.

Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire?

Depuis ma tendre enfance, j’aime écrire et me raconter des histoires, mais cet amour ne provient pas d’un livre en particulier. Avant même de savoir écrire, je me rappelle d’un personnage que j’ai dessiné et j’avais demandé à ma mère d’écrire son histoire au fur et à mesure que je la récitais. En fait, j’ai toujours eu le besoin de créer quelque chose, que ce soit un dessin, une nouvelle, une pièce de théâtre, une bande dessinée, un site web ou même une vidéo sur YouTube! Il y a quelque chose de très satisfaisant, ou plutôt gratifiant, dans le processus de création.

Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi?

Un livre qui m’a beaucoup aidé à l’époque où j’étudiais la bande dessinée à l’université, et que je recommanderais fortement à tous ceux qui veulent se lancer dans ce domaine : L’art invisible de Scott McCloud. Ce n’est pas un roman, mais bien une bd qui explique le concept de ce qu’est une bd. Un ouvrage de référence et une lecture indispensable qui me sert encore aujourd’hui.

Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel?

50 nuances de Grey?… Euh non, attends! Non! NON!!!

Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner?

Adolescente, j’ai eu une phase où j’étais obsédée par la trilogie des mousquetaires d’Alexandre Dumas, et ça m’avait vraiment donné le goût d’en apprendre plus sur cette période de l’histoire de la France. Lors de mes recherches, je suis tombée sur Histoires d’amour de l’histoire de France, de Guy Breton. C’est mon plaisir coupable! Les anecdotes racontées sont si croustillantes… comme des chips! T’en prends une et tu ne peux plus t’arrêter! C’est comme lire un journal à potins, mais les célébrités sont remplacées par la noblesse du Moyen-Âge jusqu’à la Révolution française… et tu te sens moins honteux de le lire.

Quel est ton mot de la langue française préféré?

Ambigu.

Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit?

La série Harry Potter parce que… $$$$$$$$$!!!

Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre?

50 nuances de Marilyn… (s’cusez).

 

Les grille-pain d’Heather O’Neill

Cela faisait longtemps que j’avais La vie rêvée des grille-pain dans ma bibliothèque, beaucoup trop longtemps. Ce fut un délice de livre, ce recueil de nouvelles de Heather O’Neill, anglophone montréalaise. Le fait qu’elle soit anglophone ne l’empêche pas de nous parler en français avec son doux accent lorsque nous la rencontrons, c’est ce que j’ai pu constater lorsque je l’ai rencontrée au Salon du livre de Montréal. La vie rêvée des grille-pain fut finaliste aux prix Scotiabank Giller, et elle a remporté le prix Paragraphe Hugh MacLennan. Nous pouvons également retrouver trois autres titres de Heather chez la maison d’édition Alto.

Dans ce recueil qui comprend une vingtaine de nouvelles, on découvre divers personnages inspirés de l’univers imaginatif de Heather. On y retrouve de la magie, de la féerie, de la vérité, etc. Lors de ma lecture, j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir la plume de l’autrice. Elle a une écriture envoûtante.

Ces nouvelles se lisent comme des petits contes modernes. Je fus charmée par ses morales qui touchent notre vie de tous les jours et l’actualité (le racisme, la pollution, etc.) On sent dans l’écriture de Heather les observations qu’elle porte sur notre monde. On sent qu’elle le voit capitaliste, individualiste et on ne peut se le cacher, c’est vrai. Cette vérité est écrite avec douceur et sans moralité. Le décor qu’elle semble utiliser pour construire ses œuvres ressemble à Montréal. On y retrouve les parcs, le centre-ville, la population diversifiée, etc.

Des grille-pain qui ont un rêve…

On retrouve diverses nouvelles dans ce recueil, dont l’une de mes préférées au nom original de La vie rêvée des grille-pain. On y retrouve un monde où les robots (ou androïdes) et les humains se côtoient. Les androïdes sont semblables aux humains, sauf qu’ils sont incapables de ressentir le moindre sentiment. Cependant, un jour, 4F6 rencontre BX19 et souhaite explorer des choses qu’elle n’est pas censée désirer. Elle veut un baiser. Chose qu’aucun robot ne désire, car ils ne sont là que pour la productivité. Elle lui demande alors un baiser. Et voilà que le lendemain matin, une chose tombe d’entre ses jambes. J’ai rapidement compris qu’il s’agissait d’un enfant robot. Est-ce que cette petite créature réussira à réunir les deux univers qui se côtoient? À suivre…

« J’avais peur de toutes les idées qu’il y avait dans ma tête. J’étais incapable d’accepter la responsabilité qui vient avec le fait d’être intelligent. Alors je me suis mis à prendre de la dope parce que ça m’engourdissait. Et je me suis détruit juste pour ne pas être extraordinaire. » p.114, L’homme sans cœur

Des personnages et une écriture poétiques

Dans ses contes modernes, Heather touche divers sujets de notre société. Elle y parle de religion avec finesse, elle a même créé un conte inspiré du célèbre ballet Le lac des cygnes où elle a créé un monde de la perfection. Ses contes, en plus d’être très imagés, peuvent se passer dans un décor complètement imaginaire, tout comme il peut nous être connu, par exemple, le Québec. On sent l’amour qu’elle porte à ses origines montréalaises, québécoises. Elle rassure les Québécois-e-s qui ont peur que des anglophones volent notre culture, notre français. Elle nous ouvre les yeux sur notre cohabitation et sur ce qu’on peut apporter l’un à l’autre (francophones et anglophones québécois-e-s). En plus des robots sentimentaux, on retrouve des anges luxueux, des poupées pensantes ou encore des clones rebelles! Elle parle de pauvreté, de guerre, de marginalisation, de problèmes de société, etc.

Une chose dont je suis certaine, c’est que vous allez être charmé par son écriture et ses mots. Elle est une autrice qui mérite d’être connue! Heather décrit le monde qui nous entoure avec une dureté poétique.

Heather compare et fait plusieurs métaphores avec des images qui  sont connues de tous. Ce qui met encore plus de magie dans son écriture. Elle nous fait même réfléchir sur certains sujets tabous, par exemple dans « L’homme sans cœur » où un toxicomane itinérant se retrouve à être un homme significatif pour un jeune garçon qui n’a que sa mère près de lui.

Quel est votre dernier-ière auteur-trice coup de cœur?

Merci aux Éditions Alto pour cette découverte!

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Sylvia Plath et sa recherche de la reconnaissance

J’ai une relation ambiguë avec la grande autrice et poétesse américaine qu’est Sylvia Plath. Je connais son oeuvre depuis le début de mon adolescence, mais cela m’a pris du temps à m’y mettre. L’aura, l’engouement autour de ses livres étaient trop sinistres et glauques pour moi. À l’aube de mes 19 ans, j’ai lu The Bell Jar, son premier roman publié tout juste avant sa mort. Mon ressenti après cette lecture est encore présent en moi, des années plus tard. Cette lecture m’a marquée par l’histoire très teintée de vérités biographiques, sur cette autrice qui s’est suicidée à 30 ans, la tête dans un four. L’ombre du suicide et de la dépression était entre chaque phrase, et malgré cette lecture très prenante, je me suis surprise à ressentir tout ce que Plath avait vécu. J’ai remis le livre à la bibliothèque et j’ai essayé d’oublier, jusqu’à ce que je tombe sur ses journaux.

J’étais réticente au départ, mais l’idée de lire les journaux de Sylvia Plath était une tentative de comprendre le pourquoi du comment. Je m’y suis mise pour ne plus que son fantôme me hante.

Recherche de reconnaissance

Les journaux couvrent le début de ses études universitaires, son mariage avec Ted Hugues et ses déceptions du monde littéraire. Toute sa vie, elle va lutter pour se faire reconnaître comme autrice, pour sortir de l’ombre de son mari. Malgré quelques poèmes publiés par-ci par-là et The Bell Jar, Sylvia Plath ne va jamais être reconnue à sa juste valeur de son vivant.

« Tu cherches une issue, mais elles sont toutes hermétiquement closes. Tu vis jour et nuit dans la prison sombre et étroite que tu t’es créée. Et aujourd’hui tu sens que tu vas éclater, exploser, si tu ne peux lâcher la bombe de ce grand réservoir bouillonnant, qu’il puisse répandre par une fissure dans la digue. » page 46

Je me suis beaucoup reconnue dans la force que veut se donner Sylvia; travailler fort, toujours et toujours, au péril de tout. Travailler d’arrache-pied pour avoir une vie professionnelle épanouissante, essayer d’être à la fois une bonne épouse et une bonne mère. Elle s’est donnée corps et âme dans ses études littéraires et dans son oeuvre. C’était beau à lire et à comprendre, toute cette bonne volonté à recevoir cette reconnaissance qui ne venait jamais.

Plath et Hugues

La lecture de ses journaux intimes m’a laissé l’impression que son mari, grand poète anglais, a freiné ses ambitions. J’ai relevé plusieurs passages où Plath mentionne que les réussites professionnelles de son mari pouvaient éclipser ses nombreux refus de publication des maisons d’édition. Comme si les déceptions répétées de ne pas être capable de publier s’effaçaient de son esprit dès que son mari réussissait à accomplir ce qu’elle voulait pour elle-même. Elle se disait qu’être la femme de Ted Hugues était bien assez, que de toute façon, il avait beaucoup plus de talent qu’elle. 

Sylvia Plath a vécu dans l’ombre de son mari célèbre toute sa vie. Et c’est dommage.

« Si j’étais un homme, je pourrais en faire un roman. Étant femme, pourquoi ne puis-je rien faire d’autres que pleurer et être pétrifiée.

Il faut que je sois forte, dormir pour être forte, que mon intelligence me rende forte, forte aussi dans mes fibres et mes os. » page 156

Après avoir fini la dernière page de ses journaux, j’ai enfin compris la complexité du personnage. Je peux me permettre de dire que je me suis réconciliée avec elle et ses crevasses. J’ai compris pourquoi tout ce qu’elle faisait était vécu de façon si intense.

Si vous êtes tentés de lire cette autrice, je vous conseille de commencer par The Bell Jar ou par un de ses recueils de poèmes. Cela vous donnera un bagage pour comprendre ses réflexions.

Et vous, êtes-vous fascinés par Sylvia Plath?

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Embrasser Yasser Arafat – Chroniques palestiniennes d’Anaïs Barbeau-Lavalette : un autre regard sur la Palestine

Petit bouquin de moins de cent pages, Les chroniques palestiniennes de l’autrice Anaïs Barbeau-Lavalette (pour d’autres articles sur les romans de l’autrice, cliquez ici, ici et ici!) n’est pas une critique politique ou encore un historique complet du conflit qui oppose la Palestine et Israël depuis plusieurs années maintenant. C’est plutôt la Palestine vue à travers les yeux de l’autrice. Son témoignage nous transporte directement dans une Palestine que l’on ne nous montre pas, territoire désertique parsemé d’arbres fruitiers, où une population continue de vivre malgré la guerre qui fait rage. L’autrice a un véritable don pour nous faire sentir les choses, nous les faire voir, et ce, avec des mots couchés sur quelques feuilles de papier. À travers les pages, on peut sentir sa volonté de rendre un récit honnête.

L’image médiatique de la Palestine : critique

En toute franchise, je ne connais pas grand-chose sur le conflit israélo-palestinien. Toutefois, automatiquement, comme si c’était programmé dans ma tête, lorsque j’entends le mot « Palestine » me viennent (malheureusement) à l’esprit, comme probablement plusieurs d’entre vous, des mots tels que guerre, terrorisme, kamikazes, bombes, checkpoints, tensions et j’en passe. C’est ce que l’on voit dans les médias, quoi. Et d’ailleurs, on tente de nous incruster dans la tête, plus souvent qu’autrement selon moi, que les Palestiniens sont les gros méchants de l’histoire. Mais n’avons-nous pas oublié qu’ils sont d’abord et avant tout des humains avec, comme vous et moi, des émotions, des passions et des ambitions, et qu’ils ont à cœur ce territoire disputé? Ne manque-t-il pas, trop souvent, un côté à la médaille?

Même si ce n’est pas avec ce livre que j’en ai nécessairement appris plus sur l’historique du conflit qui oppose Israël et la Palestine, j’en sais toutefois plus sur les difficultés quotidiennes du peuple palestinien, ces difficultés dont on parle peu, qui constituent ce revers de la médaille.

Un autre visage : la résilience

À travers ses mots, Anaïs Barbeau-Lavalette nous fait voir un visage différent du peuple palestinien, un visage qui nous est inconnu. Elle nous raconte leur vie quotidienne et le lot de défis qu’elle comporte. On peut le sentir, ce climat de tensions incrusté dans les phrases, les mots, les pages du petit bouquin, cette violence, cette tristesse et ce désespoir, la douleur d’avoir perdu des êtres chers. On les voit, ces gens blessés et tristes. On ressent aussi toute cette nostalgie d’une Palestine qui n’est pas celle d’aujourd’hui. On le sait que ce n’est pas la joie.

Mais le témoignage de l’autrice vise surtout à nous présenter des jeunes, des familles et des plus âgés rencontrés lors de son séjour. Ces gens dont on parle peu, ou pas du tout. C’est un récit de leur vécu, de leurs points de vue et de leurs émotions. Certains résistent par la vengeance, mais la plupart résistent par leur résilience, soit en continuant, malgré la guerre qui sévit, à vivre au quotidien.

« Si on décernait des prix aux artisans de la vie, j’en donnerais un à Siham. Que ça explose, que ça pleure ou que ça crie, tant pis : la vie, elle se la fabrique jolie. »

Après avoir lu le témoignage de l’autrice, on comprend bien que la Palestine ne se résume pas qu’à ces mots sanglants et violents. La Palestine, c’est aussi de la résilience, beaucoup de résilience.

Un amour pour le territoire

Les chroniques palestiniennes nous montrent que la Palestine est bien plus qu’un conflit. Anaïs Barbeau-Lavalette nous présente des personnes résilientes et qui aiment profondément le territoire. L’autrice porte un autre regard sur un peuple qui est squeezé sur un bout de terre de la planète, coincé entre des checkpoints, des soldats armés et des murs. Malgré cette apparence de prison, les Palestiniens ne se laissent pas marcher sur les pieds. Ils résistent par leur amour pour le territoire.

« (…) Même si je voulais la traîner de force, je ne pourrais pas. Mon âme ne traverse pas le checkpoint. Même si je pouvais déménager loin (…), j’irais seul, vide, je mourrais par en dedans, parce que mon âme est palestinienne et attachée à cette terre. »

Merci Anaïs Barbeau-Lavalette pour ce témoignage touchant et honnête, qui nous sort de notre ignorance. Une ignorance dont je suis tannée.

Et vous, comment la littérature a eu un impact sur la perception que vous aviez d’une problématique?