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Les filles font la loi!

Depuis les années 60, les marvels ont captivé plusieurs générations de lecteurs avides d’aventures fantastiques. Qu’elles frappent fort, voyagent à travers les dimensions ou soient dotées d’une super intelligence, les super-héroïnes de Marvel savent toujours tirer leur épingle du jeu. Powers of a girl leur rend non seulement hommage, mais nous transmet aussi un message inspirant. Parce qu’on n’a pas besoin de posséder des super-pouvoirs pour être une super-fille ou une super-personne.

Ce petit bijou est écrit par Lorraine Cink qui en connaît long sur l’univers de Marvel. Par le passé, elle a coécrit deux ouvrages sur le sujet. On peut dire que c’est une geek professionnelle. Powers of a girl est le premier livre qu’elle écrit seule. Le style d’écriture est très dynamique et va surtout rejoindre un lectorat jeune. Honnêtement, je l’ai acheté en premier lieu pour regarder les illustrations. Je ne m’attendais pas à le lire d’une traite. Mais dès que j’ai lu l’introduction de Lorraine, je me suis sentie envahie par une fierté exaltante, assez pour me lancer tête première dans l’aventure!

Et que dire des merveilleuses illustrations d’Alice X. Zhang! Cette artiste s’est fait connaître dans le milieu du comics grâce à ses fanarts. Elle a commencé en vendant ses œuvres sur le web et dans les conventions. Elle a ensuite signé des contrats importants comme celui d’illustrer les couvertures pour les bandes dessinées de Doctor Who. Son talent unique attire les regards. Avec ses traits vifs aux couleurs attrayantes, elle a su rendre justice aux héroïnes de Marvel. Son style éclaté s’accorde à merveille avec la narration de Lorraine.

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Powers of a girls nous offre le portrait d’une quarantaine de filles badass qui tracent leur chemin et se démarquent dans un milieu où les hommes peuvent parfois être sexistes. Quelques fiches supplémentaires nous parlent également de leurs collaboratrices et mentores. Détail intéressant : les faits mentionnés dans cet ouvrage sont uniquement tirés des comics. Les histoires originales ne sont donc pas mélangées avec celles présentées dans les films. J’ai d’ailleurs réalisé que les femmes avaient une place beaucoup plus importante dans les BD qu’au cinéma!

Ces super-héroïnes peuvent aussi être femmes d’affaires, scientifiques, avocates, enquêtrices, espionnes ou pilotes de chasse. On apprend à connaître leurs cheminements, leurs qualités comme leurs défauts, et on prend conscience des sacrifices et du labeur derrière chaque exploit. Leurs parcours sont tous différents, et cela nous permet de nous identifier aux personnages qui nous correspondent le plus. On y trouve de l’inspiration pour laisser notre propre marque dans l’univers.

La forme et le contenu ne sont pas sans rappeler le livre québécois Nos héroïnes. Une leçon enrichissante ressort de chaque histoire. Ces filles foncent, tombent et se relèvent. Elles prennent parfois le temps de s’arrêter pour déjouer les épreuves grâce à leurs méninges. Elles font preuve d’intelligence, d’empathie et de maturité. La plupart connaissent la force de l’amitié et du travail d’équipe. Ça peut sonner cute par moment, mais je vous promets que ça rend la lecture motivante et très inspirante!

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Powers of a girl ne s’adresse pas uniquement aux filles. Bien au contraire, son message positif rejoint également les garçons, comme tout le monde, peu importe le sexe, l’âge ou l’origine. Il s’agit d’un magnifique cadeau à faire à un enfant, car il pourra s’identifier à des modèles féminins forts et apprendre que les super-héroïnes peuvent être aussi redoutables que leurs acolytes masculins.

À mon avis, ce livre devrait être mis dans les mains de tous et de toutes. Que ce soit pour faire une incursion dans l’univers de la BD de Marvel ou simplement pour découvrir les pouvoirs cachés en eux. Ce qui m’amène à vous demander : avez-vous une super-héroïne ou un super-héros qui vous inspire dans la vie de tous les jours?

 

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Confessions d’une japanophile

Longtemps, j’ai essayé de nier les faits, de cacher la vérité. Mais aujourd’hui, le temps est venu pour moi de faire face à la réalité et de l’admettre : je suis une incorrigible otaku! Il faut dire que je suis tombée dedans quand j’étais petite, en écoutant des tonnes de séries japanime comme Le Petit Castor, Les trois mousquetaires ou Les mystérieuses cités d’or.

Aujourd’hui, j’en porte encore les séquelles, arborant en public des t-shirts à imprimés kawaii et visionnant en boucle les vidéos perturbantes de Kyary Pamyu Pamyu — déconseillées aux personnes souffrant d’épilepsie! J’aime le dépaysement et la surprise perpétuelle engendrés par les explosions multicolores et les débordements absurdes de ces artéfacts excessifs et surchargés.

J’ai malencontreusement transmis mon addiction à mes enfants, qui ont grandi entourés de Pokémon, d’Hello Kitty et de Mario Bros. Gamer invétéré, leur père a également contribué à leur perdition en les initiant à des jeux comme Kirby’s AdventureMegaman et La légende de Zelda. Résultat : il n’est pas rare de les trouver en train de faire de l’origami au son frénétique de la J-pop vocaloïde, et l’Halloween, chez nous, se transforme immanquablement en convention de cosplay!

Bien entendu, ma consommation abusive de produits culturels japonais influence également mes choix de lecture. Voici quelques exemples de livres ayant contribué à ma déchéance, me faisant sombrer dans l’enfer de la monomanie nippone!

Mangacadabra!

Quand il est question du Japon et de livres, la première chose à laquelle on pense est bien évidemment les bandes dessinées. J’ai toujours aimé l’esthétique manga, mais il arrive que les personnages stéréotypés au contrôle émotionnel déficient finissent par m’énerver. Rassurez-vous : ce n’est pas le cas de Coco, l’héroïne de L’atelier des sorciers, ma dernière découverte du genre, créée par la très talentueuse mangaka Kamome Shirahama.

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L’atelier des sorciers, tomes 1 et 2, de Kamome Shirahama

Forcée d’intégrer une école de sorcellerie pour sauver sa mère — et, accessoirement, le monde! —, Coco doit apprendre à maîtriser les éléments et repousser de puissants ennemis; le tout, bien entendu, en vivant des intrigues de cours d’école avec ses nouvelles camarades apprenties sorcières!

J’ai subtilisé les deux premiers tomes de cette série dans la bibliothèque de ma fille, par curiosité, et je dois dire que j’ai été impressionnée tant par la qualité des illustrations, précises et détaillées, que par celle du scénario. J’ai hâte de lire la suite!

Tutti frutti

Depuis l’adolescence, j’éprouve également une fascination obsessionnelle pour l’étonnante street fashion du quartier Harajuku, à Tokyo. Dans les années 1990, le photographe Shoichi Aoki a commencé à documenter le phénomène, puis il a fondé plusieurs magazines de mode. Fruits est un recueil de ses photographies. Gothic Lolita, Fairy Kei, Decora, Cyberpunk… Autant de styles vestimentaires hallucinants à découvrir!

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Fruits : recueil de photos de Shoichi Aoki

Ce livre est une overdose de couleurs et d’originalité! Pas de texte : que du bonbon pour les yeux! Les photos éclectiques sauront plaire à tous les amateurs de pop art, de mode alternative et de contre-culture. Je ne me lasse jamais de les regarder!

Doki doki Murakami

Dans une perspective plus littéraire, j’aime beaucoup lire Haruki Murakami, le maître incontesté du roman moderne au Japon. J’aime son univers onirique et sa façon d’écrire, énigmatique. Ses histoires fantaisistes se caractérisent par des personnages désabusés, des réflexions existentielles et des épisodes de réalisme magique troublants.

J’apprécie particulièrement les nouvelles qui sont magnifiquement illustrées par la dessinatrice allemande Kat Menschik. C’est le cas de L’étrange bibliothèque, une fable angoissante dans laquelle une banale visite à la bibliothèque municipale tourne au cauchemar surréaliste! C’est un récit initiatique hypnotique, un labyrinthe métaphorique inextricable, pour les lecteurs qui sauront se résigner à en refermer la couverture sans avoir tout compris…

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L’étrange bibliothèque de Haruki Murakami, illustré par Kat Menschik

Colorée, vivante et éclatée, la culture populaire japonaise est un puissant psychostimulant qui exalte ma créativité et surexcite l’enfant en moi. Il faut se rendre à l’évidence : toute tentative de sevrage est vaine, car la rechute est inévitable! En attendant de pouvoir réaliser mon rêve de visiter le Pays du Soleil levant, je devrai satisfaire ma geekitude à doses homéopathiques de ramen et de Cardcaptor Sakura!

Et vous, êtes-vous friand(e)s de littérature exotique? Quels pays vous font rêver?

 

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Le petit Roberge un petit peu illustré : la vision (hilarante) de Jonathan Roberge

On connaît Jonathan Roberge pour son humour mordant et grivois. Que ce soit sur le web ou à la radio, l’humoriste québécois n’y va jamais de main morte quand vient le temps d’aborder différents sujets. Je l’ai découvert avec sa série web Fiston, dans laquelle il s’est filmé en train de donner des « conseils » à son fils sur divers sujets de la vie.

Son humour vient beaucoup me chercher. J’apprécie particulièrement ses références, étant de la même génération que lui. Je n’ai jamais écouté ses chroniques radiophoniques sur les ondes d’Énergie 94.3, d’où proviennent les textes du Petit Roberge un petit peu illustré, mais j’ai été emballée lors de la sortie du premier tome en 2017, et encore plus pour le deuxième tome en 2018.

«Ami(e) n. m. ou f.

[…]La vérité, c’est que lorsque tu es un enfant, un ami désigne quelqu’un avec une piscine. Alors que quand tu es un ado, un ami représente quelqu’un qui a un char. Et une fois adulte, un ami correspond à quelqu’un qui possède un chalet.» (Tome 2, p. 11)

Des sujets variés

Les livres sont construits comme des ouvrages de référence, clin d’œil au Petit Robert illustré, et on peut lire une centaine de définitions dans le premier volume (plus de 80 pour le deuxième). Avec l’aide de Mathieu Genest, Jonathan Roberge nous offre sa définition de l’adolescence, de l’homme, du Yoga, de l’hiver, de Donald Trump, des toilettes publiques, en passant par le shower de bébé, les lumières de Noël et le Canadian Tire.

Chaque texte fait de 2 à 4 pages, ce qui permet de passer rapidement d’une définition à l’autre. L’auteur l’a dit lui-même: c’est un bon livre de toilette! On le laisse traîner dans la salle de bain afin d’en faire profiter nos invités ou on l’emmène lors d’une fin de semaine au chalet entre amis. On peut aussi le garder pour soi sur la table de chevet et rire un bon coup avant d’aller au lit.

«Malade adj.

Adjectif employé pour décrire un humain qui parle comme Pierre Bruneau par la faute de ses ancêtres ayant eu l’excellent flash, il y a 500 ans, de venir faire du camping dans de la slush.» (Tome 2, p. 116)

L’humour qui fait du bien

Ce n’est certes pas de la grande littérature, mais c’est un ouvrage qui fait du bien à consulter. Si on a envie de rire aux larmes, de se divertir ou de simplement sourire, on tient le bon livre. Jonathan Roberge me fait mourir de rire quand il décrit avec irritation le concept d’une fête d’enfant. Dans ma tête, j’entends sa grosse voix expliquer qu’une fête d’enfant prend trop souvent «la forme d’une cérémonie digne des obsèques d’un pharaon».

L’auteur enrobe allègrement ses propos d’une ironie tordante qui nous fait éclater de rire aux deux phrases. Il réussit à aller chercher la référence que la majorité des gens pourra comprendre et à laquelle elle pourra s’identifier. C’est vrai que les sujets s’adressent à une tranche d’âge plus spécifique, mais tout le monde peut y trouver son compte.

«Bébé n. m.

[…] Il se peut qu’un bébé, de temps en temps, soit affreusement laid. Il est donc important de bien jouer ses cartes devant un couple qui te présente leur brouillon de bébé, aussi mignon qu’un vieux pug avec une haleine d’usine d’épuration.» (Tome 2, p. 32)

Jonathan Roberge est cru et incisif dans ses textes, mais il ne faut pas le prendre au premier degré. Je crois que ça vaut la peine, pour ceux et celles qui ne sont pas familiers avec son humour, d’aller jeter un coup d’œil à ses capsules web ou encore de l’écouter à la radio pour comprendre le personnage et apprécier pleinement l’un des deux tomes du Petit Roberge un petit peu illustré. Ça aide aussi à ne pas se prendre trop au sérieux, à décrocher et à s’amuser avec une lecture plus légère.

Et vous, les ouvrages humoristiques font-ils partie de vos lectures?

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À la verticale de soi, de Stéphanie Bodet

Déjà le titre, rien que ça. Comme un appel à se hisser sur des hauteurs qui nous dépassent.

Et puis la couverture, vertigineuse ascension sur une paroi exempte de toute aspérité hormis cette faille, mince et étroite.

Enfin la préface — bien sûr! — de Sylvain Tesson.

TOUT dans ce livre m’appelait, sans compter ces incroyables similitudes avec l’autrice: la littérature, la région grenobloise, la montagne, l’escalade, la quarantaine: l’âge où l’on prend rendez-vous avec soi-même…

Plus qu’un récit d’aventure

Je suis comme ça, j’aime les récits qui me font voyager, m’emmènent hors de ma douce zone de confort. Lors de mon dernier voyage en France, qui fut un retour aux sources pour moi, je suis allée avec bonheur errer dans une de mes librairies préférées à Grenoble. Je ne saurais décrire le sentiment qui m’habite quand je rentre dans la section dédiée aux « Grands » de la région : alpinistes, grimpeurs, explorateurs, skieurs hors pair… C’est comme un second voyage! Je retrouve alors tout ce qui me fait vibrer, et principalement la montagne.

Le récit de Stéphanie Bodet fait partie de ces récits-témoignages que j’affectionne tout particulièrement pour leur authenticité. Il fait partie de ces récits qui montrent la voie, qui donne un sens à tout ce que l’on entreprend par passion dans nos vies.

«En escalade, on parle de style. Le style! La chose la plus importante de la vie. Le style est le principal point commun de la grimpe avec la littérature. Stéphanie Bodet avoue qu’elle est autant éprise d’escalade que de mots. Et c’est une aubaine pour nous qui découvrons dans ces pages la formulation de ce que nous allons obstinément chercher dans la montagne sans jamais être fichu de savoir ce que c’est.»

Ces mots de Sylvain Tesson en préface au récit m’interpellent avec force. Car oui, il y a un lien selon moi, entre les mots que l’on tente de poser sur le papier sans parfois y parvenir et les maux que l’on tente de soigner par d’autres voies. L’escalade, la randonnée, la nage… tous des sports où l’on cherche à se dépasser (pour ne pas dire à se surpasser).

Se retrouver dans le dépassement de soi

On est tous à la recherche de notre paroi, de ce rocher qu’il nous faut gravir pour en atteindre le sommet. Je trouve que cet ouvrage est une merveilleuse métaphore du dépassement et de la connaissance de soi. Et c’est ce qui me plaît! Je suis loin des guides de développement personnel qui pullulent dans les étalages des librairies. Ce que je recherche avant tout, c’est du vrai, du sincère, de la sueur! Pas une formule toute faite sortie d’un cours de coaching lambda.

Le récit de Stéphanie Bodet m’emmène sur des hauteurs que j’aime. Celles de ma région, des massifs montagneux; celles que je voudrais un jour atteindre moi-même.

«Grimper m’a apporté cette confiance. Il existe un lieu où trouver la stabilité et le corps unifié dans le mouvement nous y transporte. Savoir que tout est là, en soi, et que c’est dans sa recherche que l’équilibre advient.»

Il y a effectivement un équilibre à trouver lorsque l’on grimpe. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé d’escalader une paroi : cela demande une certaine forme de souplesse, certes, mais également un gros self-control lorsqu’on se retrouve à plusieurs mètres au-dessus du sol. Ce récit me ramène aux années où je m’agrippais moi-même sur ces roches calcaires, suspendue dans le vide au bout d’une corde de rappel de 10 mètres… Et puis toujours pour aller plus loin, avancer, coûte que coûte, pour atteindre ce sommet.

Ce sommet… Quel bonheur, une fois assise dessus!

Certains d’entre nous ont besoin de grimper. D’autres ont besoin de défis. D’autres encore ont besoin d’écrire sur ces défis.

Et puis il y a ceux qui les lisent, parce qu’ils retrouvent une vibration d’eux-mêmes à travers ces récits.

Je suis de tous ceux-là.

Jouir de la vie

«De quoi sera fait demain? Nul ne le sait! « Jouissez de la vie; il est beaucoup plus tard que vous ne le pensez... » À la veille d’une expédition, ces mots de Claude Lelouch sont à prendre à la lettre.»

Aller au-delà de soi, c’est aussi accepter les dangers. Comment expliquer ce besoin d’aller chatouiller de près la mort, suspendu dans le vide? L’autrice aborde ce point à travers une conversation qu’elle a avec son amie, Sadiya.

«Comment t’expliquer, à toi qui bats ton linge l’hiver dans l’eau glaciale de la rivière, que pour nous, les cures d’inconfort sont une question de survie?»

Nous sommes las de nos vies sans prise de risques, en fin de compte. Nos vies si bien organisées et planifiées manquent de spontanéité et de rudesse. Nos corps, trop bien préservés, rarement mis à rude épreuve, réclament à cor et à cri de s’écorcher sur la roche, de sentir, de s’agripper à d’infimes prises et de vibrer de bonheur arrivés au sommet!

Vibrer pour se sentir vivants. Sentir les battements de notre cœur à travers la poitrine, sentir comme nous sommes fragiles, en fin de compte, et pourtant si forts!

Ce récit me ramène à la verticale de moi, au pied de ce mur immense qui m’empêche d’avancer et qu’il me faut gravir. Ce n’est pas un livre confortable…

S’il faut parler de bibliothérapie, alors oui, cet ouvrage en est un bel exemple, tout comme ceux de Cheryl Strayed, Elizabeth Gilbert ou Sarah Marquis, dont j’ai apprécié l’authenticité et la plume.

Avez-vous lu dernièrement un livre qui vous fasse vibrer de la sorte? Que représente-t-il pour vous?

Un livre québécois par mois : Avril : Leméac

En avril, on lit un livre de la maison d’édition Leméac!

Leméac a été fondé en 1957 par Gérard Leméac-Vigneau qui était le fils du libraire René-Jules Leméac. Alors qu’au départ, on y retrouvait des livres scientifiques, d’arts et des ouvrages d’intérêt général, aujourd’hui, nous connaissons surtout la maison d’édition pour ses romans, ses œuvres de théâtre ainsi que sa magnifique section jeunesse! On peut dire que la maison Leméac offre une littérature très variée. On peut aussi constater, depuis les années 2000, une tendance à traduire les œuvres d’auteurs et d’autrices canadien.ne.s anglais.e.s.

On pourrait en conclure qu’elle est l’une des maisons d’édition les plus présentes et importantes au Québec.

Pourquoi avoir choisi Leméac? Je crois que cette maison d’édition offre tellement de choix en ce qui a trait à la littérature qu’il est certain que je pourrais, ou que vous pourrez, tomber sur une oeuvre que vous allez aimer. De plus, elle sont rares les fois où j’ai été déçue de mes lectures. J’ai  un coup de cœur particulièrement pour leur sélection de livres jeunesse.

Voici quelques suggestions de lecture :

Et puis, quelle sera votre lecture?

 

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Portrait d’un être fictif : le cas de Jane Eyre

Malgré tout ce que j’ai lu par le passé, je ne croyais pas, encore aujourd’hui, qu’il était possible qu’un personnage créé en 1847 puisse me paraître à ce point contemporain. Jane Eyre, autant le roman que la protagoniste portant son nom, m’aura amenée à faire ce constat. Sa lecture a suscité chez moi plusieurs questionnements rattachés à l’actualité, notamment en ce qui a trait à l’éducation, au féminisme et à la maladie mentale.

Force est de constater que ce roman de Charlotte Brontë est intemporel et qu’il aborde des sujets universels qui traversent les âges. Cette oeuvre pourrait être analysée sous plusieurs angles vu la richesse dont elle regorge, mais j’ai décidé de me pencher plus spécifiquement sur la véritable perle de ces quelque 500 pages, à savoir, le personnage de Jane Eyre elle-même.

Détermination et caractère

Dès son enfance, Jane se présente comme une jeune fille déterminée, et ce, malgré les nombreuses années qu’elle passe à se faire humilier et maltraiter par son cousin, ses cousines et sa tante. En effet, elle a été recueillie par le frère de sa mère, décédé avant le début du roman, alors que ses propres parents ont quitté le monde des vivants peu après sa naissance. Peut-être est-ce d’ailleurs cette solitude presque innée qui la rend aussi têtue. Une chose est sûre, la petite ne s’en laisse pas mener. Elle n’hésite pas à tenir tête à son monstre de cousin et à sa tante qui prend sans cesse la défense de celui-ci.

« Ce sont eux qui ne méritent pas d’avoir affaire à moi. »

Mrs. Reed était assez corpulente, mais, en entendant cette étrange et audacieuse déclaration, elle monta lestement l’escalier, m’emporta en un tourbillon dans la nursery et, m’écrasant sur le bord de mon petit lit, m’interdit, d’une voix autoritaire, de me relever, et de prononcer une syllabe durant tout le reste de la journée.

« Que vous dirait oncle Reed s’il vivait encore? »

Cette question fut presque involontaire. Je dis presque involontaire, car j’avais l’impression que ma langue prononçait les mots sans le consentement de ma volonté; quelque chose s’exprimait par ma bouche, sur quoi je n’avais aucun contrôle.

« Quoi? » dit Mrs. Reed à voix basse.

Ses yeux gris, calmes, habituellement froids, furent troublés par une sorte de crainte; elle retira sa main de mon bras, me regarda fixement, ayant vraiment l’air de se demander si j’étais une enfant ou un démon. 

Je n’avais plus maintenant qu’à continuer.

« Mon oncle Reed est au ciel, il voit tout ce que vous faites, ce que vous pensez; papa et maman le voient également; ils savent que vous m’avez enfermée tout un jour, et que vous souhaitez vivement me voir morte. » (p.40-41)

Cette audace lui vaudra d’être envoyée à l’internat de Lowood. Ce qui devait s’avérer être une conséquence à une trop grande force de caractère prendra plutôt la forme d’un lieu d’épanouissement pour la jeune femme que devient Jane.

Effectivement, la tante Reed sait très bien où elle envoie sa nièce et dans quelles conditions la pauvre devra grandir. Les orphelines de l’établissement sont sous-alimentées, en manque flagrant de vêtements adéquats durant la période hivernale et  fréquemment humiliées par les femmes chargées de leur éducation. Sans parler de l’épidémie de typhus qui frappe l’établissement.

Tous ces événements malheureux laissent Jane pratiquement indemne. Une fois de plus, elle parvient à tenir bon et à passer à travers ces difficultés nombreuses. Elle réussit à parfaire son éducation, à se faire des amies et à se faire respecter de ses pairs. Elle trouve une alliée importante en Miss Temple, la supérieure de l’école, et c’est grâce à la bienveillance de cette dernière que Jane devient professeure dans l’établissement où elle a étudié pendant six ans.

Manifestement, l’évolution de la protagoniste, incarnant la jeune orpheline maltraitée avant de devenir une professeure respectée de ses pairs dans une école qui a repris du poil de la bête, démontre bien que la ténacité de Jane caractérise et forge son parcours à travers le récit. Et il ne s’agit que de la première partie du roman.

Conscience morale

Les ambitions du personnage ne s’arrêtent pas à Lowood. Alors que Miss Temple quitte l’établissement, Jane décide de dénicher un poste de préceptrice. C’est ainsi qu’elle devient la gouvernante d’une enfant, Adèle, et qu’elle fait la rencontre du tuteur de celle-ci, M. Rochester, propriétaire du luxueux château de Thornfield-Hall. Rapidement, la jeune femme tombe follement amoureuse de l’homme, et ce, malgré leur grande différence d’âge et de statut.

Gardant le secret pendant plusieurs mois, voire quelques années, par manque de confiance en elle, Jane apprend de la bouche de M. Rochester qu’il ressent les mêmes sentiments qu’elle à son égard. Un mariage est prévu et les deux tourtereaux semblent filer le parfait bonheur jusqu’à ce que… le lecteur apprenne que l’homme richissime est déjà marié et que la pauvre Mme Rochester souffre de maladie mentale. Elle est donc cachée et gardée cloîtrée par son propre mari. Jane ne peut le tolérer et c’est là que nous assistons à la révélation de la grande conscience morale du personnage.

Il est important de souligner qu’il ne s’agit pas du premier passage qui prouve l’empathie et le bon cœur dont fait preuve Jane, mais dans cette scène précisément, on comprend que la protagoniste se prive de sa part de bonheur afin de ne pas enfreindre ses propres convictions et ses propres valeurs.

[…] je me demandai : « Que vais-je faire? » Mais, si soudaine, si redoutable fut la réponse de mon esprit : « Il faut quitter immédiatement Thornfield », que je me bouchai les oreilles. Je ne pouvais encore supporter de telles paroles. « Ne pas être la femme d’Edward Rochester, c’est le moindre de mes malheurs, alléguai-je; me réveiller après de si merveilleux rêves pour m’apercevoir de leur vaine illusion, est quelque chose d’affreux que je puis cependant supporter, dominer; mais le quitter résolument, sur-le-champ, complètement, cela est intolérable, je ne le puis. » Cependant une voix intérieure m’assura alors contre ma propre détermination; j’aurais voulu être sans force, pour éviter le terrible passage que je voyais s’ouvrir devant moi, les nouvelles souffrances qui m’y attendaient. Mais ma conscience, muée en tyran, saisit la passion à la gorge et lui dit d’un ton railleur qu’elle n’avait fait que plonger son pied délicat dans le gouffre, et jura que, d’un bras implacable, elle allait la précipiter dans des profondeurs insondables d’atroces souffrances. (p. 344-345)

Elle s’impose ces privations pour cette femme qu’elle ne connaît même pas, mais surtout, pour le respect qu’elle a envers elle-même. Elle sait, elle en est convaincue à présent, qu’elle mérite mieux que cela. Il en est de même pour la pauvre épouse qui demeure confinée dans une chambre éloignée, perdue dans le palace de son mari.

– Monsieur, interrompis-je, vous êtes sans pitié pour cette infortunée, vous en parlez avec haine, avec une aversion vindicative. C’est cruel, elle n’est pas responsable de sa folie. (p. 349)

Et bien que Jane prévoie que les années qui suivront seront empreintes de douleur, elles le seront seulement pendant un certain temps. Bientôt, elles seront marquées par de nouvelles amitiés, une famille toute neuve, un nouvel emploi ainsi qu’une demeure inattendue. Tout ceci sera possible en raison de la détermination sans faille et de la conscience morale pratiquement irréprochable de la jeune femme, celle qui manquait de confiance auparavant et qui se croyait, par moments, bonne à rien. La capacité de Jane à se refaire est infaillible et sa résilience lui permettra de réaliser le plus grand de ses souhaits: obtenir une vie heureuse et à la hauteur de sa propre personne.

Je suis heureuse d’avoir fait la connaissance de Jane Eyre. Il y a longtemps que le roman trônait sur ma pile à lire. Comment pouvais-je savoir que cette jeune femme du 19e siècle allait marquer mon esprit ancré dans l’époque moderne?

 

Crédit photo : Michaël Corbeil

 

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Le Mile End selon Michel Hellman

Quand j’ai vu Mile End de Michel Hellman dans le corpus de livres à lire dans le cadre de mon cours de paralittérature, j’ai ressenti un bonheur qui ne m’arrive que très peu souvent : avoir hâte de lire un livre obligatoire. Depuis un moment déjà, je le reluquais dans toutes les librairies que je croisais, le feuilletant et essayant de trouver une bonne raison de l’acheter, considérant que ma pile à lire contient déjà plus d’une centaine de livres. J’avais maintenant une raison parfaite : être une élève modèle.

La bande dessinée déconstruite

Cette lecture, je l’ai savourée une tasse de thé à la main et un sourire aux lèvres. C’est avec une grosse dose d’humour et une touche de douceur que Michel Hellman nous amène dans son univers d’écrivain vivant dans le Mile End. Son personnage, qui est autobiographique, est représenté sous la forme d’un ours, ce qui le rend attachant à souhait. C’est le genre de livre qui nous donne envie de nous lover dans une couverture et de passer des heures à lire chaque page, simplement pour en apprécier les moindres détails.

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Ce qui est fascinant avec Mile End, c’est que la forme prend bien souvent le dessus sur le texte, par son originalité et sa finesse. C’est elle qui impressionne, qui attire le regard et qui subjugue. Il n’y a pas de structure formelle des cases. À chaque page tournée, la volonté artistique de Michel Hellman de ne pas se faire limiter par les contraintes typiques de la bande dessinée nous frappe. C’est le dessin qui guide le récit, et non le contraire.

Au fil des saisons

L’histoire se découpe en quatre parties : l’automne, l’hiver, le printemps et l’été. Chacune des saisons est racontée dans un univers typiquement montréalais. Curieusement, malgré mon aversion totale pour la neige et le froid, la partie sur l’hiver est ma préférée. L’auteur a si bien su, avec humour et autodérision, illustrer cette saison sous toutes ses coutures.

Grâce à son style littéraire impeccable, ses sublimes illustrations et ses nombreux bris du quatrième mur, Michel Hellman nous amène dans un tout autre monde, avec le plus grand des bonheurs. Il met la barre haute pour quiconque tenterait de suivre ses traces.

Et vous, avez-vous déjà eu le plaisir de lire une des œuvres de Michel Hellman?

 

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Un roman en 130 épisodes

Le roman Épisodies est arrivé un peu par hasard dans ma pile de livres à lire. En fait, je souhaitais explorer des nouvelles avenues en littérature, et c’est dans la section «microrécits» de La Peuplade que j’ai pu assouvir ce besoin de variété. Je n’avais jamais lu quelque chose qui ressemblait de près ou de loin à cette création de Michaël Lachance.

130 microrécits

La toile de fond de ce roman est ce que Michaël Lachance appelle «l’Hôtel du Temps». Il s’agit en quelque sorte d’un non-lieu : jamais abordé de front, jamais réellement décrit en détails, l’Hôtel du Temps habite presque tous les microrécits et est aussi habité par eux: il permet donc de les relier entre eux. C’est en fait une réflexion générale sur la mémoire, sur notre lien avec le temps qui est tout à fait modulable et sur la présence forte des souvenirs et du ressenti dans nos parcours de vie. 

«À l’Hotêl du Temps, je ne sors pas de mon crâne, pourtant le crâne peut recueillir l’Obscur, sinon les suies et cendres qui tourbillonnent dans les mondes sans étoiles. Car il me faut des échafaudages invisibles pour construire le visible, pour édifier l’évidence.»

Le livre est assez particulier dans sa forme. En effet, il est composé de 130 microrécits à travers un peu plus de 200 pages, donc on passe rapidement d’une histoire à l’autre. L’avantage, c’est que ce livre nous apprend à prendre des pauses dans la lecture, lorsqu’on veut pouvoir s’attarder sur la réflexion d’un microrécit. Mise en garde: il ne faut pas s’attendre à s’attacher à des personnages ou à découvrir un fil conducteur solide, car on pourrait être déçu.

Prose philosophique

Rien d’étonnant lorsqu’on découvre que l’auteur de Épisodies est un philosophe et qu’il compte parmi ses productions littéraires de la poésie et des essais. Michaël Lachance a su rendre hommage à la langue française: le roman est un enchaînement de mots ordinaires et communs, liés à d’autres, très précis et poétiques. Évidemment, certains passages m’ont touchée plus que d’autres, comme celui-ci, d’une grande beauté:

«Le lendemain, les avis seront partagés, certains prétendront que ces cris étaient des appels à l’aide, que l’épisode avait été un spectacle honteux. Je me souviens pour ma part de la grande quiétude du lac, de l’eau tiède de la fin d’été. Certes, dans l’encre visqueuse de la nuit sans étoiles, lorsque la profondeur du ciel se confond avec celle des eaux, la distinction devient très mince entre un geste de réconfort et un appel de détresse.»

Le calme, la nature, l’introspection et la diversité des points de vue sont à l’honneur dans Épisodies. Riche de matière à questionner notre environnement et notre lien avec celui-ci, le livre permet, entre autres, à chacun des lecteurs de réfléchir sur son lien avec soi-même, à travers les paysages splendides qui sont brièvement illustrés dans les récits.

Un choix audacieux

Ce livre, assez récent par ailleurs (2014), est un choix audacieux. À plusieurs reprises je me suis sentie un peu perdue dans le roman en raison de sa forme, mais aussi de son contenu. Par exemple, le livre foisonne de références intellectuelles, qui ne sont pas toujours accessibles: il y a à cet effet une notice bibliographique à la fin du roman. Toutefois, j’avoue que le découpage en 130 petits moments de réflexion permet de se raccrocher rapidement, ou encore de sauter de l’un à l’autre, si on se sent moins interpellé par une section du roman.

Loin de me faire décrocher de mon quotidien à travers l’imaginaire, ce roman de Michaël Lachance m’a plutôt recollée avec la réalité et les sujets sous-jacents à la vie, auxquels il est parfois plus facile de ne pas penser. Cependant, il se dégage de Épisodies une certaine légèreté et une beauté certaine qui permettent de le lire d’un bout à l’autre avec plaisir et surprise, puisqu’on ne sait jamais ce que la page suivante nous réserve!

Et vous, quelle lecture vous a le plus déstabilisé dans sa forme ou son contenu?

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Des souris et des hommes : l’œuvre intemporelle de John Steinbeck

Il y a de ces livres qui peuvent être lus et relus sans jamais perdre de leur intérêt. Des souris et des hommes de John Steinbeck en fait partie. Je l’ai récemment relu pour une troisième fois et je suis sortie de cette lecture tout autant émue que la première fois que je l’ai lu, il y a déjà dix ans de cela. En à peine plus de cent pages, l’auteur nous fait entrer dans un univers complètement différent du nôtre, qui nous rappelle cruellement que rien n’est noir ou blanc dans la vie.

Dans les années 1930, deux amis d’enfance essaient tant bien que mal d’atteindre leur objectif ultime : s’acheter une petite terre et y vivre en paix entourés d’animaux. George, un homme dévoué et intelligent, et Lennie, un grand colosse atteint d’une légère déficience mentale, survivent du mieux qu’ils peuvent aux épreuves qui semblent s’accumuler sur leur chemin. C’est que Lennie, malgré toutes ses bonnes intentions et son insouciance, n’est pas conscient de sa force et finit souvent par se mettre les pieds dans les plats. Les deux amis doivent donc recommencer à zéro encore et encore.

Un classique éblouissant

Cette œuvre me fascine en tout point. Je trouve formidable que l’auteur ait réussi, en si peu de pages, à me bouleverser et à me faire questionner ma façon de voir le bien et le mal. Dans ce livre, il n’y a pas de bons ou de méchants, que des humains imparfaits qui croient faire ce qui est le mieux pour eux. On en vient à se demander ce que nous, nous aurions fait dans une pareille situation, avec le même vécu, le même passé.

Je suis également fascinée par le magnifique contraste qui oppose les deux amis. George est petit, frêle, intelligent, réaliste et parfois méchant. Lennie est grand, fort, niais, naïf et innocent. Cette opposition accentue d’autant plus leur union, les rendant inséparables et complémentaires. On comprend rapidement que George a autant besoin de Lennie que Lennie a besoin de lui.

Des souris et des hommes est un livre hors du commun, qui mérite amplement la reconnaissance qu’il a reçue. Il saura, j’en suis certaine, laisser une marque dans votre cœur de lecteur.

Et vous, qu’attendez-vous pour aller lire ou relire ce classique de la littérature?

Le renard roux de l’été – Françoise de Luca

Dans Le renard roux de l’été, Françoise de Luca manie la plume avec dextérité et douceur et nous emporte, lecteur, vers une planète pas si lointaine, celle de la famille, de l’enfance difficile, mais dans laquelle tous peuvent se reconnaître. Cette autrice a un véritable don pour décrire la complexité des relations humaines. Dans ce roman, toutes les familles sont racontées à travers l’histoire d’une seule. D’une main experte, elle brosse le portrait d’une famille qui peut sembler banale de prime abord, mais qui renferme ses petits défauts et penchants déviants comme toute autre.

J’avais déjà été séduite par le roman Sèna, paru en 2015 à la même maison d’édition, j’avais donc hâte de me replonger dans cette écriture toute en délicatesse et en dentelle. Encore une fois, de Luca frappe fort en décrivant les émotions les plus complexes avec une rare justesse.

L’histoire

Ce roman raconte la vie de Mathilde en commençant par ses plus lointains souvenirs d’enfant. Dès la naissance de son petit frère Mathéo, c’est l’amour fou entre ces deux bambins qui ne se lâchent pas d’une semelle. Or, petit à petit, leur relation se transforme et devient de plus en plus toxique. Leurs jeux sont malsains, ils quêtent l’attention des adultes au détriment l’un de l’autre. Puis, d’autres amis s’immiscent entre le frère et la sœur et la vraie destruction commence. L’écart se creuse, jusqu’à devenir un océan infranchissable de non-dits, d’incompréhensions et d’actes irréversibles.

La famille est selon moi le sujet le plus intéressant du roman. L’autrice a réussi à mettre en scène une famille dysfonctionnelle, certes, mais pas de manière extrême. Il n’est pas question de parent alcoolique ou drogué, de violence ou même de disputes animées. Le poison qui s’infiltre dans cette maison est autrement plus insidieux. La jalousie, bien cultivée, peut avoir des effets dévastateurs. De Luca gagne ainsi son pari : qui n’a jamais ressenti ne serait-ce qu’une once de jalousie envers un proche?

« Le frère aîné adore Mathilde. Dans cette famille, on ne peut aimer qu’au détriment d’un autre, comme s’il n’y avait qu’une seule quantité d’amour disponible. » p.27

Mathilde grandit et vit ses premiers amours alors que son frère détesté se dessine en arrière-plan. Il faut mentionner que les passions amoureuses qui peuplent les romans de cette autrice n’ont rien de cliché. On pourrait penser que le sujet est éculé, mais de Luca le réinvente sans complexe avec profondeur et fulgurance, ce qui nous renvoie directement à notre plus vif espoir et désespoir amoureux.

Gros plus

La mère de Mathilde est un personnage qui m’a surprise. Après quelques lignes, je pensais avoir saisi cette femme. Je l’avais mise dans la case « mère détestable » et ne pensait jamais revenir sur ma décision. Néanmoins, elle aussi change au cours du roman. On est amené à comprendre ses failles et elle-même admet ses torts et en ressort grandie. J’avoue que je ne m’attendais pas à ce qu’un personnage aussi secondaire connaisse une si belle évolution. Comme quoi, les mères nous surprendront toujours! Blague à part, j’ai trouvé d’autant plus juste ce portrait de la mère qui est trop souvent cantonné à la mère parfaite ou la mère antipathique. L’autrice nous offre une mère somme toute normale, avec ses défauts et ses qualités, mais surtout son désir constant d’être meilleure pour ses enfants.

Petit moins

Bémol qui n’est pas vraiment un bémol : j’en aurais pris davantage. Alors que le personnage de Mathilde est exploré de fond en comble, celui de son frère Mathéo reste dans l’ombre. Pourtant, c’est entre Mathilde et Mathéo qu’une jalousie perverse s’installe pour détruire leur relation. J’aurais voulu avoir accès à sa version, peut-être parce que j’ai besoin de pouvoir le réhabiliter, ou peut-être parce que je suis trop curieuse et que j’adore les analyses profondes de personnages. Je pense tout de même que l’autrice laisse intentionnellement planer le mystère sur ce personnage parce que dans la vie, on ne peut pas toujours tout savoir. Dans le roman Sèna, un personnage était aussi cantonné à ses actes sans qu’on ait accès à ses motifs. Peut-être que l’autrice cherche tout simplement à nous faire comprendre que certains gestes resteront toujours incompréhensibles et impardonnables.

Assurément, Françoise de Luca est une autrice à découvrir et à suivre, elle nous réserve sans aucun doute d’autres perles de lecture à déguster lentement au coin du feu.