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Éléonore : les femmes de l’autrice Louise Tremblay-D’Essiambre

Jamais, au grand jamais, je n’aurais pensé écrire à propos d’un roman de Louise Tremblay-D’Essiambre ici, sur Le fil rouge. La raison est simple : je n’aime pas vraiment les livres de cette autrice. À chaque publication, elle fracasse des records, ce sont toujours des best-sellers, ce qui n’est vraiment pas le genre de littérature qui m’interpelle habituellement. Mais je dois avouer que j’ai été intriguée lorsque j’ai lu à la hâte la 4e de couverture du livre Éléonore, une femme de cœur, à sa sortie.

Le monde des années 1920

Premier tome de la série Histoires de femmes, le roman raconte l’histoire d’une  adolescente de treize ans, Marion Couturier, qui est forcée de quitter son foyer afin de travailler dans un manoir et, ainsi, rapporter de l’argent pour subvenir aux besoins de ses parents et de ses (nombreux) frères et sœurs. Alors que Marion vient d’une famille pauvre et sans grande éducation, elle devra apprendre les bonnes manières, et les règles du manoir et de la hiérarchie. Mais Marion est une jeune fille curieuse et allumée qui saura relever les défis qui se présentent à elle.

Une lecture inattendue

On peut trouver l’histoire un peu cliché, j’en conviens, mais il y a un petit quelque chose dans l’écriture et dans le récit qui donne envie d’adopter Marion, de la prendre sous son aile, comme le fait Éléonore, la cuisinière du manoir. Parce que malgré le titre qui met en évidence Éléonore, ce n’est pas elle le personnage central. Son arrivée dans l’histoire constitue plutôt une rencontre charnière dans la vie de la jeune Marion. C’est ce que j’en ai déduit, à tout le moins. J’avais quelques réticences avant d’entamer ma lecture, mais j’ai été conquise dès le début, avant même que l’histoire ne commence, avec une toute petite phrase qui dit :

«Je m’appelle Marion. Marion Couturier. Mais dans ma famille, tout le monde m’appelle Marie. Je déteste quand on m’appelle Marie. C’est Marion, mon nom. Marion Couturier.»

p. 15

J’ai aimé l’entêtement et la force de caractère de cette adolescente qui évolue à une époque (le début du 20e siècle) où les femmes ne sont pas souvent invitées à donner leur avis sur ce qu’elles veulent. La famille de Marion est très pauvre et peu éduquée; aller à l’école n’est pas une priorité, il faut plutôt travailler pour nourrir tout le monde (8 enfants, en plus des parents). Le père boit beaucoup, le frère aîné est un peu fainéant, la mère accumule grossesse après grossesse. La vie n’est pas rose chez les Couturier. Lorsqu’elle devient aide-cuisinière au manoir de la famille O’Gallagher, Marion découvre un monde auquel elle n’aurait jamais pensé avoir accès. Certes, il y a la hiérarchie à respecter et les classes sociales à garder en tête, et on travaille dur au quotidien, mais la vie est remplie d’opportunités et plus vaste que ce que Marion avait imaginé.

Découvrir le monde

Étant une grande amatrice de la série télévisée Downton Abbey, j’ai beaucoup apprécié ma lecture, retrouvant à l’occasion plusieurs similitudes entre les deux récits. Mais l’attention est surtout portée sur la vie dans la cuisine du manoir et sur la famille de Marion. On côtoie un peu la famille O’Gallagher, qui emploie Marion, mais c’est surtout la relation entre Éléonore, la cuisinière, et Marion qui est mise de l’avant. Éléonore contribue en quelque sorte à l’épanouissement de Marion, lui faisant découvrir toutes les possibilités qu’offre le monde. La rencontre avec une famille singulière va également bouleverser l’univers de Marion, lui faire prendre conscience qu’elle peut être libre et vivre autrement.

Puisqu’il s’agit du premier tome d’une série (dont j’ignore le nombre total de volumes), la fin n’est qu’un temps d’arrêt dans l’évolution de la jeune Marion et on a bien hâte de connaître la suite. Le 2e tome est déjà en librairie et je vais certainement y jeter un coup d’œil avant longtemps. C’est le genre de récit qu’on lit dans un joli coin lecture aménagé près d’une fenêtre ensoleillée, avec une courtepointe posée sur les genoux, sans oublier un bon thé fumant posé tout près. Une belle lecture qui coule et qui laisse un goût de miel sur la langue.

Et vous, quelles lectures vous réconfortent le plus?

Mary-Lee Picknell théâtre

Vivre la littérature — Entrevue avec Mary-Lee Picknell

Dernièrement, j’ai lu Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare, qui a toujours été l’une de mes pièces préférées. J’adore sa féérie onirique, qui donne inévitablement lieu à des costumes et des décors magiques, et bien sûr le personnage de Puck, archétype même du trickster jungien. Que serait le théâtre sans un peu de comique de situation?

J’ai été agréablement surprise par mon expérience de lecture, car si j’aime beaucoup assister à une pièce, je dois avouer que, pour moi, lire le théâtre s’est souvent révélé une expérience insatisfaisante. L’absence de chair autour de l’os m’empêche généralement de savourer pleinement les dialogues, même les plus juteux! Après tout, le théâtre n’est pas conçu pour être lu, mais pour être mis en scène, interprété, regardé et écouté. Ce n’est pas une littérature qui se lit, mais qui se vit!

Dernièrement, j’ai eu la chance de discuter avec quelqu’un dont le travail consiste justement à donner vie aux mots — et même à vivre les mots! Mary-Lee Picknell a généreusement accepté de me rencontrer dans un sympathique café du quartier Limoilou à Québec pour me parler de son métier de comédienne…

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Mary-Lee Picknell dans Le songe d’une nuit d’été (crédit : Stéphane Bourgeois)

Pourquoi as-tu choisi le métier de comédienne?

C’est arrivé assez tôt. Je pense que j’avais 7 ans. En rentrant chez moi, après avoir vu un spectacle, j’ai dit à mes parents que je voulais absolument faire du théâtre. J’ai joué ma première pièce l’année suivante. C’était Les Belles-sœurs de Michel Tremblay.

Après ça, j’ai fait du théâtre jusqu’au cégep, où j’ai commencé des études en langues. C’est une prof qui m’a convaincue de tenter ma chance aux auditions du Conservatoire de Québec. Finalement, j’ai été acceptée du premier coup, à 18 ans.

Ma mère, elle, pense que c’est parce qu’elle a fait du théâtre amateur pendant qu’elle était enceinte de moi. Elle aime se donner ce crédit-là. Je trouve ça très cute!

Qu’est-ce que tu aimes dans ton métier?

Je n’aime pas la routine et c’est un métier où il y a toujours du changement. Avec chaque nouveau projet, on rencontre des personnes différentes et inspirantes.

Le théâtre, c’est aussi un lieu où je peux vivre des émotions fortes sans me mettre en danger. Dans la vraie vie, on ne peut pas crier après le monde en cassant des tasses, fesser dans les murs et brailler à tous les jours! Au théâtre, on peut, et c’est tellement satisfaisant!

Mais le plus important, c’est le contact avec le monde. Dans la vie de tous les jours, je suis un peu timide. Mais au théâtre, on te donne un texte qui te permet de dire les choses que tu as envie de dire. Ça fait du bien de pouvoir communiquer, d’avoir une connexion avec les spectateurs, de leur faire vivre quelque chose de fort.

Tu dis que tu ne voudrais pas te mettre en danger, mais tu t’es pourtant impliquée dans des projets audacieux!

Ce n’est peut-être pas si vrai, que je n’aime pas le danger… Je ne sauterais pas en bungee, mais j’aime l’adrénaline!

Quills est définitivement un projet qui a fait tomber beaucoup de mes barrières. La nudité, c’est quelque chose que je n’avais jamais fait avant. Mais finalement, c’est vraiment comme porter un costume! Je suis contente de l’avoir fait.

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Robert Lepage et Mary-Lee Picknell dans la pièce Quills (crédit : Stéphane Bourgeois)

Quand j’ai accepté de jouer dans Conversation avec mon pénis, je ne réalisais pas dans quoi je m’embarquais! À partir du moment où j’ai eu le costume, tout était drôle : un pénis qui boit du thé, c’est drôle! Un pénis qui lit le journal, c’est drôle! Quand on est arrivé au show, je me suis demandé : «Mais qu’est-ce que j’ai fait là? Pourquoi je fais ça?» Finalement, on a été sold-out! C’est rare! Ça donne des drôles de photos dans les journaux, mais j’ai eu du fun!

La pièce Hypo était-elle un projet plus personnel?

C’est mon ami Nicola-Frank Vachon qui l’a écrite. Quand j’ai lu sa première version, j’ai vu qu’il abordait des thèmes importants pour moi, qu’il mettait des mots sur des choses que j’avais besoin de verbaliser. C’était extraordinaire! Il a continué d’écrire le rôle de la fille avec moi en tête, alors elle me ressemble un peu. Quand on l’a jouée, ça a été thérapeutique!

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Nicola-Frank Vachon et Mary-Lee Picknell dans la pièce Hypo (crédit : David Mendoza Helaine)

As-tu d’autres passions?

Mes collègues rient de moi parce que j’ai beaucoup de passe-temps! J’aime colorier, je joue de la guitare et je fais du tricot. J’aime apprendre de nouvelles choses. Dans un univers parallèle, j’aurais pu être dans un band, parler six langues ou faire le tour du monde… Mais on ne peut pas tout faire!

Je me trouve déjà très chanceuse de faire le métier de comédienne!

Les suggestions de lecture de Mary-Lee :

Nord Alice de Marc Séguin

Le jeu de la musique de Stéfanie Clermont

La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette

Le plongeur de Stéphane Larue

La virevolte de Nancy Houston, ou les livres de Nancy Houston en général!

Quelques projets auxquels Mary-Lee a participé :

Quills (texte : Doug Wright, mise en scène : Jean-Pierre Cloutier et Robert Lepage, production : Ex Machina)

Conversation avec mon pénis (texte : Dean Hewison, adaptation : Marc-André Thibault, production : Théâtre Bistouri)

Hypo (texte : Nicola-Frank Vachon, mise en scène : Maryse Lapierre, production : Les Hébertistes)

Le songe d’une nuit d’été (texte : William Shakespeare, adaptation : Michelle Allen, mise en scène : Olivier Normand, production : Le Trident et FLIP Fabrique)

1991 (scénario et réalisation : Ricardo Trogi)

Remerciements spéciaux : à Mary-Lee Picknell et à Raphaël Thérien Touchette! (crédit photo d’en-tête : Hugo B. Lefort)

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Salvador : l’écrivain de la montagne

J’ai un amour inconditionnel pour tout ce qui touche de près ou de loin au théâtre. Rien ne bat le plaisir d’aller voir une nouvelle pièce et d’en absorber les moindres détails, de se laisser submerger par les personnages, les dialogues et la mise en scène. Lire une pièce de théâtre, bien que très différent, est tout autant gratifiant. On en apprend beaucoup sur les personnages en découvrant tout ce qui ne se voit pas lors du spectacle : les didascalies, les titres des scènes, les précisions de l’auteur. Tout cela change l’expérience du tout au tout. Salvador : La montagne, l’enfant et la mangue de Suzanne Lebeau ne fait pas exception.

« Au cœur de l’Amérique du Sud, une montagne, aussi belle dans la clarté du matin que cruelle dans l’obscurité des mines qui la sillonnent de toute part. Salvador, un enfant de la montagne devenu écrivain, se rappelle… le départ sans retour de son père et de son frère, les crayons de couleur d’Ana et les rêveries de Teresa, ses sœurs, les cireurs de chaussures dont il aurait dû partager le destin, si sa mère n’avait pas cru aussi fort que tout manguier peut produire des mangues. »

Une réalité différente

Salvador est un jeune enfant né dans les montagnes d’une famille très pauvre qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour survivre. La vie dans leur petit village est bien différente de ce que nous connaissons: les familles sont nombreuses, le travail incessant et tout le monde doit mettre la main à la pâte. Il leur faut partir de rien et réussir à tout faire. Pour eux, le simple fait de mettre des œufs dans une soupe est un véritable festin. Dans leur univers, les enfants ne le sont pas bien longtemps et doivent eux aussi aider leur famille à survivre. Leur condition s’aggrave davantage quand le père disparaît sans laisser de trace. La famille est alors forcée de se débrouiller avec si peu de ressources que c’en devient de la survie quotidienne.

« Mon père a disparu comme un fantôme dans une nuit noire sans lune et sans étoile. Aujourd’hui encore j’ai le regret de ne pas avoir mis mes bras autour de son cou pour lui souhaiter une belle soirée. La vie d’un homme a si peu d’importance dans la montagne. »

Le sauveur

Le prénom de notre héros ne lui a pas été donné par hasard. Salvador le sauveur. À sa naissance, il a frôlé la mort et sa mère, voulant célébrer le sauvé, lui donna le nom qui s’en rapprochait le plus. Par intuition ou par hasard, son nom s’est avéré être si juste que c’en était presque prophétique. À l’âge de 4 ans, il apprend à lire en cachette. Quand sa famille découvre son secret, il en devient la fierté et sa mère ne cesse d’espérer une vie meilleure pour son fils. Elle voudrait qu’il soit écrivain.

Tout au long de la pièce, Salvador nous fait voir plusieurs aspects de sa réalité. On a non seulement accès aux dialogues qu’il a avec les autres personnages, mais aussi à ses états d’âme et ses pensées profondes, qui sont des apartés faits au public sous forme de petits monologues. Ces apartés sont d’ailleurs ce que j’ai préféré de l’œuvre: vraiment m’immiscer dans l’esprit du personnage, me sentir là avec lui et proche de ses émotions. J’ai adoré découvrir un autre univers, très différent du mien, mais qui a tout de même réussi à toucher toutes mes cordes sensibles. J’ai été absorbée par leur réalité et j’en aurais pris encore et encore.

Suzanne Lebeau a réussi à raconter une très grande histoire en peu de mots, un petit contenant pour un grand contenu.

Et vous, quelle pièce de théâtre avez-vous adoré lire?

Anna Caritas : la bénédiction d’une bonne lecture

En ces temps froid, je me suis dit : « Pourquoi ne pas faire accélérer un peu, lire ici beaucoup, mon rythme cardiaque pour me réchauffer? » Et croyez-moi, cela a bien fonctionné avec ce premier titre de la série Anna Caritas de Patrick Isabelle. Un style dans lequel on est moins habitué de lire cet auteur, surtout après des livres comme la série Eux, la série pour plus jeunes Henri & Cie ou encore le roman pour adulte La danse des obèses. Mais il nous prouvera bien qu’il est autant polyvalent qu’un couteau suisse.

Un sacrilège de ne pas le lire

Ce premier tome intitulé Sacrilège nous plonge dans la vie d’adolescents du petit village de St-Hector perdu dans un coin du Québec. Un petit village perdu, mais qui possède un attrait majeur pour sa population, celui d’avoir l’une des écoles secondaires les prestigieuses du Québec.

« Oh wow! Mais quelle frayeur… Attention, j’ai presque peur… », que je vous entends penser.

Méfiez-vous. Après le retour au collège de la très controversée Marianne Roberts, un groupe d’amis décide, lors d’un party plate, d’interroger l’autre monde pour obtenir des réponses à leurs trop nombreuses questions, par le biais d’une planche de Ouija. Mais ne parle pas aux esprits qui veut, et ce groupe d’amis, composé de William, Sabrina, Anthony et Gabrielle, l’apprendra à ses dépends alors qu’il libère quelque chose qui aurait bien dû rester du côté des non-vivants. Une soirée qui se voulait agréable et inoffensive va se conclure en véritable catastrophe. Et c’est là que les ennuis et les frissons commencent. L’étrange impression d’être tout le temps observé, du mobilier qui bouge seul et qui tient dans un drôle d’équilibre, avoir l’impression que son amie est habitée par quelque chose de démoniaque… Toutes ces choses arriveront à nos héros et c’est bien entendu à eux de régler la situation.

Patrick Isabelle ou Harry Potter?

Patrick Isabelle, véritable sorcier de la création d’ambiance, nous plongera sans frayeur dans l’univers hors du commun du jeune William Walker. Jeune adolescent qui ne désire qu’aider ses amis, mais qui regrettera bien vite ses décisions. Un roman pour adolescents bien construit qui tiendra tout lectorat, adolescent ou non, au bout de sa chaise. Croyez-moi, les pages se tourneront aussi rapidement qu’un ventilateur tellement vous voudrez connaître la suite. Un début accrocheur, une quête poignante et une finale à faire dresser les poils de ses bras. Une formule magique? Non, simplement du talent.

Avertissement

Je tiens quand même à vous mettre en garde: si vous êtes d’ailleurs dans la catégorie des chochottes comme moi, je vous conseille de lire ce roman le jour. Je ne vous recommande pas de le mettre en lecture de chevet, car je peux vous assurer que l’esprit qui hante ce roman viendra aussi hanter vos rêves.

Et vous, serez-vous capable de lire ce roman même quand le soleil sera couché?

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Vieilles femmes maléfiques ou femmes indépendantes : qui sont les sorcières?

Si vous suivez l’actualité, vous n’avez pas pu passer à côté du dernier livre de Mona Chollet : Sorcières, la puissance invaincue des femmes. De mon côté, je l’ai attendu avec impatience, ayant considéré Beauté fatale comme un pilier dans ma culture féministe. Aussitôt reçu, je l’ai aussitôt avalé. Mais il m’a fallu un peu plus de temps pour le digérer. La lecture de cet essai m’a scandalisée, indignée et parfois fortement révoltée, mais j’y ai aussi trouvé une source de réconfort (chaque phrase résonnant avec force en moi) qui est venue nourrir mon engagement féministe.

Une histoire d’autonomie

L’autrice y tisse, de façon brillante, des liens entre la chasse aux sorcières et la peur des femmes libres. En partant de cette période sombre de l’Histoire, Mona Chollet part à la recherche des stigmatisations qui touchent les femmes aujourd’hui. Elle y démontre avec brio comment certaines femmes, qui s’émancipent d’un système social oppressif et choisissent de vivre comme elles le souhaitent, sont les héritières de celles qui ont été traquées il y a des siècles.

Si aujourd’hui nous ne brûlons plus les sorcières sur les bûchers, leurs héritières sont toujours jugées pour leur choix de vivre seule, de militer, de ne pas avoir d’enfants, de ne pas vouloir de compagnon, d’accepter leur créativité, leur âge, leurs cheveux blancs, etc. L’autrice relie cette peur de la femme indépendante, qui se détache de la parfaite ménagère (rôle qui est trop souvent attribué aux femmes par défaut), à la peur des sorcières, perçues comme des vieilles femmes seules, puissantes, pleines de désir et socialement autonomes. Et si elles inspirent la peur, voire la haine, c’est parce qu’elles viennent ébranler les fondements de notre société patriarcale.

Un essai très accessible

Si ma lecture a été assez rapide (je l’ai lu d’une traite en quelques jours à peine), c’est parce que l’écriture de Mona Chollet est très fluide et surtout passionnante. J’ai particulièrement apprécié les éléments biographiques qui ponctuent l’ensemble du texte, nous offrant un point de vue très personnel, tout comme les exemples tirés de la culture populaire. Grâce aux nombreuses citations, elle nous présente aussi un corpus d’analyses féministes qui, loin d’alourdir l’ensemble, éclaire chacune des thématiques abordées : l’indépendance féminine, le non-désir d’enfants, la femme âgée, les violences médicales, etc. Sorcières nous offre une réflexion nécessaire sur les femmes dans notre société encore trop traditionnelle.

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Les filles de Salem

Quelque temps avant de lire Sorcières, j’ai eu l’occasion de découvrir Les filles de Salem de Thomas Gilbert : une bande dessinée féministe sombre, qui nous plonge au 17e siècle, au cœur de la chasse aux sorcières en Nouvelle-Angleterre. On y suit Abigail, une jeune fille qui voit sa vie basculer à la puberté, dans un milieu où règnent l’obscurantisme et le fanatisme religieux. L’auteur illustre le climat terrifiant, misogyne et paranoïaque qui a mené au massacre des sorcières de Salem. Une BD bouleversante et triste, mais aussi très belle, grâce à toutes ces femmes qui s’entraident et se soutiennent, magnifiquement dessinées par l’auteur. Une lecture qui résonne fortement avec l’ouvrage de Mona Chollet.

Sorcières deviendra, je pense, ma nouvelle bible féministe, de celle que j’offrirais et partagerais à tout mon entourage. Et vous, quel livre vous a marqué ces derniers temps?

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La fatigue des fruits : la lassitude du quotidien

Je dois l’avouer, j’ai un petit béguin littéraire pour l’œuvre de Jean-Christophe Réhel ces temps-ci. Après avoir dévoré Ce qu’on respire sur Tatouine l’automne dernier, j’ai récemment succombé à son recueil de poésie La fatigue des fruits. Comme Réhel se définit d’emblée comme un poète, cette lecture a représenté une merveilleuse découverte de sa passion première et une confirmation de son immense talent. Plusieurs personnes m’avaient vivement recommandé la lecture de sa dernière œuvre, et je me suis laissée convaincre sans grande difficulté.

Des thématiques récurrentes 

Les thèmes abordés dans La fatigue des fruits ressemblent à ceux que l’on retrouve dans Ce qu’on respire sur Tatouine : la maladie, la solitude, la lassitude du quotidien et le sentiment d’être inadéquat, notamment. Par contre, dans La fatigue des fruits, l’art de la poésie nous suspend dans un espace-temps indéfini, contrairement au roman. Dans cet état « flottant », on se laisse bercer par l’éloquence de l’écrivain et on peut apprécier davantage toute la beauté de sa plume, vu l’absence des exigences d’un récit narratif :

ça doit être ça

les fenêtres sont parties elles ont laissé

des bouts de ciel sur mes jeans

quand je regarde le monde me regarder

c’est autre chose que je vois

c’est ma santé mentale que j’habille

c’est notre orage préféré

c’est les assurances que je n’ai pas

cette nuit les perséides

sont toutes dans mes poches

je donne de la marde au soleil

parce que je vis caché dans l’esprit fragile

je vois notre lit descendre vers le fleuve

je n’aime pas les enfants

alors j’élève les choses que je peux élever :

le hamster la plante la poussière sur les meubles

je me jette sur une langue

pour sentir l’état du monde

L’éternelle absurdité de l’existence

Il est difficile d’expliquer ce qui réconforte dans l’écriture d’une personne qui raconte son quotidien. De prime abord, ce pourrait être extrêmement banal et inintéressant, mais la plume de Réhel réussit à nous bouleverser par sa beauté, sa tendresse et sa finesse. Bien sûr, la maladie du poète – qui souffre de fibrose kystique, rappelons-le – transparaît dans la fatigue de vivre qu’il expose dans son recueil. Néanmoins, Réhel exprime beaucoup plus que son état maladif dans ses poèmes; il y raconte la détresse et la lassitude de vivre que tout être humain ressent au moins une fois dans sa vie à l’égard de l’absurdité de l’existence. Ses vers révèlent l’absence de sens de la vie et de la maladie. C’est probablement cela qui nous fait du bien : trouver un réconfort dans l’expérience de l’autre, qui réussit à mettre en mots des émotions inexprimées et pourtant si universelles.

Qui plus est, tous ces sujets sont évoqués avec une écriture très accessible, les vers de l’écrivain étant à la fois si simples et si bouleversants. Il est rare qu’une poésie rassemble à la fois une grande accessibilité et une émouvante beauté. Beaucoup de gens sont rebutés par la poésie parce qu’ils croient ne pas avoir les codes littéraires ou les connaissances nécessaires pour la comprendre. Or, on n’a pas besoin de connaître de codes avec Réhel. On a seulement besoin d’être humain pour comprendre sa poésie :

des larmes tellement lourdes et solides

des larmes que je dois jeter

une par une

à la poubelle

et vider la poubelle et la remplir chaque jour

et vivre en sachant

qu’il n’y aura jamais assez de sacs

pour les larmes à jeter

pour les larmes à garder

pour les larmes qui me font penser

à la douceur de ta peau

à la douceur infinie de ta peau

À mes yeux, l’écriture de Jean-Christophe Réhel ne ressemble à aucune autre; elle sort du lot et m’épate continuellement. Réhel est le genre d’auteur qui suscite en moi un désir de lire tout ce qu’il écrit, ce qui me semble un exploit en soi. Ma prochaine étape littéraire : la lecture de ses autres recueils de poésie, notamment La douleur du verre d’eau et Les volcans sentent la coconut, dont le titre me donne déjà envie de le dévorer (littéralement).

Et vous, quel.le.s sont les auteurs.trices dont vous souhaitez lire l’entièreté de l’oeuvre?

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« Ça commence par moi » : un manifeste optimiste pour changer le monde

Le Français trentenaire Julien Vidal a étudié en droit et en politique internationale avant de s’engager quatre ans dans la voie du travail humanitaire. Rien de mieux que quelques chocs culturels pour faire une bonne mise au point de nos valeurs, de notre vie… et de notre empreinte écologique. En étant confronté pendant des années aux situations de vie précaires d’autres pays, le jeune homme s’est vu remettre en question sa manière de consommer, de vivre et de voir le monde.

365 jours de défis

C’est en se réinstallant en France que Vidal a vu l’opportunité de changer son mode de vie. Repartant presque à zéro, il lui semblait plus facile d’adopter un style de vie écoresponsable en modifiant petit à petit ses mœurs. C’est comme cela qu’est né le site web Ça commence par moi : pendant 365 jours, Julien allait adopter quotidiennement une nouvelle habitude, qu’il allait partager avec son lectorat afin de les inciter à en faire de même.

Ce que l’auteur voulait démontrer, d’abord avec son site et ensuite avec son livre, c’est qu’il est très possible pour monsieur et madame Tout-le-Monde d’effectuer un virage vert important, graduellement… et dans la joie! Car ce qui frappe dans ce guide pratique à saveur de manifeste, c’est l’optimiste qui s’en dégage. Nous sommes si habitué.e.s au ton moralisateur des essais écologiques nous sommant de changer du tout au tout en brandissant la menace d’une apocalypse imminente que ce livre arrive comme un véritable vent de fraîcheur.

Réaliste… et optimiste!

Divisé en 16 parties thématiques, le bouquin explique le cheminement de son auteur en mélangeant avec brio les anecdotes personnelles, les informations factuelles et les astuces. Honnête et humble, Vidal nous fait part tout autant de ses réussites que de ses difficultés, ce qui en fait un manuel réaliste positif, oui, mais pas naïf. Et l’auteur ne laisse rien de côté, en nous parlant même de l’aspect économique des changements apportés! C’est que souvent, les gens ont tendance à croire qu’être écolo, en plus d’être rébarbatif, c’est nécessairement plus cher… et on voit bien, avec les démonstrations de Julien, que quand on fait le calcul, ce n’est pas le cas.

Des changements accessibles

Ce que l’on retient après avoir terminé notre lecture, c’est qu’il est relativement accessible pour tout le monde d’effectuer quelques changements visant à avoir une moins grande empreinte négative sur notre environnement. Bien sûr, certaines choses sont différentes en France, jouant parfois en notre faveur, et parfois non (comme par exemple, les Québécois ne peuvent pas vraiment choisir quelle compagnie les fournit en électricité). Mais dans l’ensemble, Ça commence par moi nous donne envie de marcher dans les pas de son auteur, et de débuter dès maintenant!

D’ailleurs, voici 3 astuces à tester dès maintenant :

– Réduire sa consommation de viande

Acheter en vrac

Acheter usagé

Et vous? Y a-t-il un livre qui vous a incité à modifier votre mode de vie?

Si oui, lequel?

Le fil rouge tient à remercier Dimedia pour le service de presse.

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Mes livres coup de cœur pour vous aider à planifier votre prochain voyage

Quand vient le temps de m’informer pour planifier ma prochaine aventure, j’aime me référer aux livres. Et je ne me fie pas seulement qu’aux guides touristiques. J’aime me plonger dans de bons récits de voyage de grands aventuriers qui ont fait le tour du monde et qui veulent partager leurs expériences avec leurs lecteurs. Ces récits me font toujours rêver.

À ce sujet, je pense à deux livres en particulier que je voulais partager avec celles qui sont aussi habitées avec ce désir de s’évader. Et puis aussi avec celles qui ont besoin d’un petit coup de main pour planifier, organiser, faire leurs choix de destinations, etc. Voici mes deux plus récents coups de cœur.

Voyages d’une vie, 15 récits inspirants et plein de conseils pour planifier, d’Isabelle Marjorie Tremblay aux Éditions Trécarré

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Crédit photo: Catherine Drapeau

Moi qui adore discuter de mes expériences de voyage, mais surtout entendre celles des autres, j’ai été comblée avec ce livre qui a tout de suite attiré mon attention à la librairie. Il ne s’agit pas d’un roman, ni d’un guide de voyage, mais de courts récits que l’autrice nous partage à propos de ses voyages les plus marquants. Tout au long de ma lecture, j’ai été captivée par ses histoires quasi surréelles, mais j’ai surtout trouvé utile le fait que l’autrice nous partage ses conseils et plusieurs ressources que, personnellement, je ne connaissais pas et qui vont beaucoup m’aider dans la planification de mes futurs périples.

Divisé en 15 récits, le livre présente différentes thématiques qui vous aideront à trouver celle qui vous convient le mieux. En effet, on ne voyage pas sans raison ou sans but. C’est pourquoi il y a plusieurs sections telles que les voyages en backpack, les voyages intergénérationnels, les voyages en croisière ou en train, les voyages de solidarité internationale ou de tourisme durable, les voyages de ressourcement ou encore les voyages en solo quand tu es une femme. Pour chaque thématique, elle présente les pour et les contre et nous donne des références où l’on peut trouver de l’information et de l’aide pour organiser un voyage sur mesure, qui nous ressemble, selon nos envies. Je me suis laissée guider à travers les pages et je me suis rappelée la raison pour laquelle, moi, je voyage.

Non seulement ces histoires sont inspirantes et incitent à voyager, mais Voyages d’une vie est un livre auquel on retourne pour trouver de bons conseils, comme auprès d’un ami.

« Les voyages embellissent la vie, vous ne trouvez pas? Les gens sont plus gentils, ailleurs et moi aussi. Les plats et les vins sont plus savoureux. Les odeurs qui nous lèvent le cœur chez nous nous font sourire à l’étranger. Même le ciel semble plus beau. Et si c’était l’étincelle dans les yeux des globe-trotter qui magnifiait le monde? » 

Le voyage pour les filles qui ont peur de tout, d’Ariane Arpin-Delorme et Marie-Julie Gagnon aux Éditions Michel Lafon

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Crédit photo: Catherine Drapeau

Je m’étais référée à ce livre lors de mon premier voyage seule en Europe et il m’avait rassurée, réconfortée, en quelque sorte. En fait, je pense que c’est un bon livre que je recommanderais à celles qui souhaitent s’initier aux voyages ou qui planifient de partir pour la première fois. Avec son titre très parleur, le livre regorge de petits outils très utiles qui vous ôteront du stress lors de la planification de voyage. En effet, les listes et les conseils sont très variés. Toutes les questions que vous pourriez vous poser, les filles y répondent. Même celles que vous ne pensiez pas pouvoir vous poser…

Des conseils tels que comment choisir sa destination, les bons vêtements ou son assurance voyage jusqu’à des recommandations sur la sécurité, l’hébergement, le budget, ce livre est un véritable guide de survie qui vous aidera à ne rien oublier.

Même s’il est nécessaire de parler de formalités, de paperasse à organiser pour un voyage, il y a aussi un certain coté ludique dans le livre Le voyage pour les filles qui ont peur de tout. Les autrices nous proposent de découvrir quelle type de voyageuse vous êtes : la fauchée, la baroudeuse de l’extrême, l’hyperactive, l’exploratrice urbaine, la serial shoppeuse ou la gourmande?

Impossible de refermer ce livre et de ne pas tout de suite vouloir organiser sa prochaine escapade. Même pour celles qui ont de l’expérience derrière la cravate en matière de voyage, ce livre a certainement quelque chose à vous apprendre.

Vos premières expériences de voyage vous feront peut-être réaliser que votre quotidien vous convient tout à fait. Partir pour des vacances, oui, mais sans plus! Ou alors grossirez-vous, au contraire, le rang des accros, qui ressentent le besoin de s’offrir une parenthèse plus ou moins longue de ce que plusieurs appellent « la vraie vie », avec un job régulier et un chez-soi?

Avez-vous des livres ressources auxquels vous vous référez souvent en matière de voyage?

Le chavirement de nos cœurs

La peur est une dictature bien présente dans nos existences communes. Elle se cache sous différentes formes étranges. Elle fait de nous des êtres exigeants du moment présent et de ses conséquences immédiates sur nos vies. Cette peur nous rend parfois bestiaux ou même amorphes. Elle fait de nous des êtres humains curieux et aussi sensibles qu’un mollusque.

J’ai la malheureuse tâche de vous affirmer que nous sommes tous une huître. Nous sommes parfois ceux ou celles qui ne peuvent concevoir de s’ouvrir aux autres de peur de tout perdre, ceux ou celles qui ne désirent rien d’autre que de disparaître et de ne déranger personne. Et pourtant, nous trouvons tous le courage de nous ouvrir, d’apprendre et de nous épanouir, car chaque petit trésor en nous a droit à son moment de grâce.

Nous appréhendons la peur plutôt que de l’accepter et de faire d’elle cette vieille amie. Même si elle résonne à nos oreilles comme un vieux cauchemar, elle reste un passage obligé qui, au final, nous permet de nous ouvrir davantage à l’autre. Si la peur nous rend aussi vulnérables, elle demeure le sentiment le plus universel qui soit. Nous l’expérimentons tous et devrons y faire face toute notre vie. La seule façon d’y survivre est d’accepter de vivre avec elle et de la chérir jusqu’à ce qu’elle ne se résume qu’à une petite étincelle au plus profond de nos cœurs.

Par curiosité et par nostalgie, j’ai décidé de replonger dans les écrits de Simon Boulerice, auteur multipolyvalent chouchou des Québécois. Encensé par la critique, Je t’aime beaucoup cependant est l’avant dernier ouvrage de l’auteur paru l’automne dernier chez Leméac. Boulerice nous revient avec un récit ancré dans le deuil et dans les rites de passage qui marquent nos vies, plus particulièrement la fin de notre jeunesse et de notre innocence.

Te chercher parmi les débris de mon cerveau

Il s’agit de l’histoire de Rosalie et de sa meilleure amie, Annie Claude. Disparue depuis neuf ans, celle-ci laisse un vide palpable dans la vie de Rosalie qui, malgré la peur et les blessures, choisit de se reconstruire une nouvelle vie à Montréal.

À l’aube de l’âge adulte, elle découvre son amour pour la littérature et commence à affirmer qui elle est vraiment et ce qu’elle veut réellement. Mais un beau soir, elle apprend à la télévision que les ossements d’Annie Claude ont été retrouvés dans un champ. S’en suivra un profond épisode de noirceur qui poussera la jeune femme à fermer son cœur à quiconque et à ressasser le passé pour comprendre ce qui s’est véritablement passé neuf ans auparavant.

Inspiré du cas de Cédrika Provencher, Je t’aime beaucoup cependant est un roman sur les rites de passage, le deuil et la peur engendrée par celui-ci. Il s’agit d’une œuvre douce et nostalgique qui nous replonge dans les moments forts de notre jeunesse et dans ceux qui ont forgé les adultes que nous sommes devenus au fil des échecs et des moments les plus sombres. 

Fuis-moi je te suis, je te suis fuis-moi

Je t’aime beaucoup cependant est une œuvre qui se raccorde énormément avec les écrits de Boulerice. Travail déjà entamé avec L’enfant mascara, Boulerice continue sur sa lancée des grandes tragédies modernes. Trouvant écho dans le récit de Cédrika Provencher, l’auteur nous offre un récit articulé autour du personnage d’Annie Claude, jeune fille au goût douteux et à l’apparence négligée. Il nous y présente la mémoire d’une enfant peinte de pauvreté, d’échecs et de moqueries. Même s’il s’agit de la meilleure amie de Rosalie, il ne passe pas sous silence l’accoutrement hors du commun de la jeune Annie Claude et les moqueries de ses camarades d’école.

L’élément clé du roman est l’honnêteté des personnages et leur transparence face à leur sentiment et à leur rapport avec les autres. Ainsi, on nous offre une Rosalie par moment agaçante et par moment si vulnérable qu’on aimerait la prendre dans nos bras. Personnage principal du récit, on sent la jeune fille déchirée par les grands chavirements de la vie moderne, soit la rupture amoureuse, la séparation du nid familial, la perte d’un être cher, mais surtout la culpabilité engendrée par la malhonnêteté. Lorsque Rosalie pleure la perte de sa meilleure amie, on y découvre une jeune femme honteuse de ses rapports avec la défunte, ne cachant pas son dégoût et sa peur d’être vue en public accompagnée d’une jeune fille dite pouilleuse.

Si Je t’aime beaucoup cependant s’intéresse essentiellement au vide laissé par la mort, on y aborde en premier plan l’intimidation faite aux jeunes et l’hypocrisie qui pousse plusieurs enfants à « s’entretuer » pour sauver leur propre peau. Bien que subtilement intégrée au récit de Boulerice, cette métaphore reste pour moi l’élément fort du roman. Rarement la perte et la culpabilité ont été si bien expliquées du point de vue d’un enfant.

Je suis tienne > tu es mienne à tout jamais

Se consacrant sur peu de personnages pour laisser la lumière sur Rosalie, Je t’aime beaucoup cependant nous propose des personnages clairs aux buts précis et aux actions calculées. On sent le roman séparé par le rythme des saisons et par la mélancolie que nous procure l’hiver. On suit le cheminement d’une jeune femme cégépienne en quête d’identité et en quête d’amour face à sa propre indépendance. Il s’agit d’un beau portrait sur les responsabilités, la solitude et l’affirmation de ses propres valeurs.

Au cours des chapitres, on découvre une Rosalie troublée, hantée par la peur et par les bouleversements de sa vie personnelle. Mais malgré toute cette vulnérabilité, quelque chose reste empathique chez ce personnage. On la sent éparpillée, partagée par ce désir de lumière et ce sentiment constant de honte. C’est un portrait curieux, qui nous hante certes, mais qui nous questionne sur les profondeurs mêmes du personnage. Il est plus facile de trouver écho dans les personnages l’entourant, soit sa meilleure amie excentrique ou bien ses parents très conventionnels.

S’articulant autour de plus de 200 pages, le roman comporte certaines longueurs marquées par la froideur du personnage principal et l’absence de l’objet de notre curiosité. Malgré qu’il s’agit d’un roman inspiré de la relation entre Cédrika Provencher et sa meilleure amie, on a l’impression que le personnage lui étant dédié n’est que vaguement accessoire.

N’approfondissant pas ou peu la relation entre les deux filles et remettant souvent la faute sur plusieurs déceptions générales, on vient à se demander si l’emploi de cette grande tragédie québécoise n’est pas seulement une façon de capter notre attention. Par le fait même, le roman nous laisse sur certaines questions face aux intentions de l’auteur.

Malgré certaines faiblesses, ce roman reste fort par la plume excentrique et réfléchie de Boulerice. On adore les écrits uniques de l’auteur, captivants du début à la fin, car là réside la plus grande force de Simon Boulerice : il sait trouver la lumière là où tout nous semble éteint et impossible à affronter. On sent l’optimisme et le courage de l’auteur tout au long du roman. 

Aucun doute, l’écriture de Boulerice est unique. Ainsi, le passage sur l’alphabétisation des malheurs nous fait rire et nous émeut par la fragilité de Rosalie. Chacun de nous peut trouver son compte dans les peurs ancrées chez ce personnage, soit celles de perdre ou de trop donner.

Je t’aime beaucoup cependant est un roman à offrir à son jeune soi-même. C’est un rappel comme quoi la douleur est éphémère et l’espoir n’est jamais bien loin de chaque petite parcelle de noirceur. C’est un roman doux, mélancolique et réconciliant.

De plus, l’écriture dynamique de l’auteur nous tient en haleine, si bien qu’on enchaîne les pages les unes après les autres sans pouvoir s’arrêter. Malgré ses thèmes abordés, Boulerice nous offre un de ses romans les plus lumineux et les plus réconfortants. C’est un hymne au cœur brisé et aux procédés pour trouver ces petits morceaux manquants.

Ce roman m’a permis de faire la paix avec une certaine partie de mon passé. Nous sommes rapidement plongés dans l’âge adulte, si bien que nous oublions souvent que la souffrance, l’amour et la douleur sont des sentiments égaux qui méritent tous de faire leur entrée dans nos vies.

Malgré les années, malgré l’expérience et la désillusion, la peur reste implantée en moi et j’espère un jour avoir le courage de l’accepter et de la traiter à sa juste valeur. Je n’ai pas besoin de la refouler, de la distinguer du bien ou du mal. Je n’ai qu’à trouver le courage de l’affronter, l’accepter et… lui fermer la porte au nez lorsque le bon moment se présentera. D’ici là, il y aura les livres pour calmer mes maux. Et je l’espère, à tout jamais.

Et vous, quels livres vous rendent nostalgiques de vos premières peines? 

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Hochelagurls : une poésie coup de poing

J’avais besoin d’un peu de poésie. C’est un manque constant qui me rappelle à la raison le moment venu. Mon choix a été rapide. Sans regret, d’ailleurs. J’ai vu le petit recueil sur le présentoir au Salon du livre. Le titre m’a tout de suite interpellée. Hochelagurls. Je suis de celles-là, habitant le quartier depuis bientôt six ans. Je me suis identifiée, je l’ai pris, j’ai payé et j’ai lu. Avec frénésie, malgré que ce ne soit pas recommandé quand il s’agit de poésie. Je n’ai pas pu arrêter. Audrey Hébert m’excusera.

Hochelagurls, c’est une ode au quartier Hochelaga, vous l’aurez compris, mais surtout à ses habitants, souvent venus d’une autre planète. Plus particulièrement, c’est un témoignage poignant sur la sororité entre filles, celles qui ne l’ont pas toujours facile, celles qui partagent leur rien avec toutes, celles qu’on ne peut pas ignorer en raison de la présence bruyante et manifeste. Entendues, peut-être pas comprises. Du moins, Hébert aura su élever leur voix avec sincérité, sans aucun détour, droit au but. Elle le dit elle-même :

« ma poésie

un uppercut sur le nez » (p. 90)

Je ne pourrais mieux dire pour décrire son art.

Amalgame

Une chose frappe dans le recueil d’Audrey Hébert et difficile de ne pas s’en rendre compte puisque cela nous poursuit de page en page. Il s’agit de l’heureux mélange entre les références à la culture populaire et celles plus nichées, plus intellectuelles. Cette façon de faire me rappelle très certainement le courant postmoderne. Aucun doute, Hébert s’inscrit bien dans cette tendance. Le name dropping excessif corrobore d’ailleurs son entrée dans la grande famille des postmodernes.

On voyage donc à travers les méandres de ces cultures qui se confrontent et s’entrechoquent. De l’art (Hébert a une formation en art) au karaoké. De Roland Barthes à Paris Hilton. Les mots de la poétesse nous ouvrent une fenêtre brisée sur un monde de dualité, où tout est à prendre ou à laisser. Pas de demi-mesure. Même la langue est un entremêlement du français et de l’anglais. À défaut d’être compris, aussi bien rejoindre le plus de gens possible.

« le Bistro de Paris Hilton

aka le bar de la dernière chance

clientèle hétéroclite

motards gamblers cokés hipsters

un garçon avec la barbe de Dostoïevski

joue aux machines à sous

à côté de lui le Plongeur

les gurls chantent Chained To The Rhythm

de Katy Perry au karaoké » (p. 48)

Exception du franglais et de cette valse unissant les cultures, Hébert s’amuse à citer maladroitement les auteurs d’hier et d’aujourd’hui. Je m’explique. La poétesse joue à « Qui a dit? », mais gagne rarement, voire jamais. Elle attribue à Bouddha le fameux « it’s the hard knock life for us » originalement de la comédie musicale Annie, reprise plus tard en partie par le rappeur Jay-Z. Elle fait dire à l’honorable Emily Dickinson des vers de la « poésie » de Nicki Minaj. Bref, tout est permis et tout un chacun y passe.

Des clichés singuliers

La poésie d’Audrey Hébert aurait pu facilement tomber dans les stéréotypes et s’y ensevelir pour ne plus jamais en sortir. Heureusement, elle échappe habilement à ce piège. Bien que la jeune femme pige dans les clichés attachés au quartier Hochelaga, elle les redirige intelligemment pour en faire quelque chose de bien singulier, de bien personnel. Nous sommes loin du prémâché et du prévisible. Il n’y a d’ailleurs aucune condescendance de sa part, notamment, car elle participe elle-même à cette vitalité hochelagienne. Elle en est le cœur, le pouls. Elle ne met pas de gants de soie. Elle en parle comme il se doit. Hochelaga, c’est beau, mais c’est dur.

« filles kidnappées par des gang members

dès que les seins bourgeonnent 

l’escouade des gurls doit se transformer

en groupe paramilitaire

pour les weapons on va demander 

aux cellules dormantes du FLQ

Hochelag beautiful Hochelag

ce livre ne s’appelle pas Straight Outta Hochelag 

parce qu’on ne sort jamais de ce quartier » (p. 78)

À lire, ne serait-ce que pour le rappel à la réalité. À lire, pour une vision commune du monde qui nous entoure, du mode de vie auquel on adhère. À lire parce qu’une vérité se cache sous toute cette dérision et cette irrévérence. Une VÉRITÉ, en majuscule. Non négligeable parce que hurler des plus profonds abîmes, ceux de l’être et de ses tripes.

Et vous, quelle poésie d’ici vous bouleverse, vous chamboule jusqu’au questionnement?

Crédit photo : Michaël Corbeil