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Le fil rouge; le fil rouge lit; bibliothérapie; littérature; lecture; livres; les livres qui font du bien; Il pleuvait des oiseaux; Jocelyne Saucier; XYZ éditeur; Vieillir; vieillesse; liberté; libre; bois; reclus; ermite; littérature québécoise

Trouver sa liberté au fond des bois

Il y a de ces romans qui nous remuent, sur le coup, en les lisant. Et il y en a d’autres dont on sent qu’on restera marqué, à jamais. Il pleuvait des oiseaux, par Jocelyne Saucier, fait partie de ceux-là. Reçu en cadeau (merci, Arianne!), il est resté beaucoup trop longtemps dans ma pile à lire. Un roman qui bouleverse. Vraiment. Mais positivement. Pas nouveau, ce quatrième roman de l’auteure, sorti en 2011 sous XYZ Éditeur, a gagné plusieurs prix, dont celui du Grand Public 2012 du Salon du livre de Montréal.

L’histoire

Elle nous plonge au nord du 49e parallèle, dans un coin de forêt très perdu. On y fait la rencontre de 2 vieillards, Charlie et Tom de leur nom d’emprunt, qui y vivent reclus, en ermitage, chacun dans leur minuscule cabane vétuste, ayant choisi la seule la vraie liberté qui leur permet de se sentir encore vivants, pour le peu d’années qui leur restent. Leur acolyte décédé Boychuck, figure énigmatique tout au long du roman, prendra une grande part à cette histoire également.

Charlie et Tom reçoivent bien sûr de l’aide occasionnelle de l’extérieur pour pouvoir subsister, en permettant en échange qu’un bout de leur forêt puisse servir à faire pousser de la marijuana. Comme les deux parties sont tenues au silence, il s’agit d’un pacte fiable pour les vieillards qui peuvent dormir sur leurs deux oreilles, tout en pouvant avoir des vivres et recevoir leur chèque de pension.

Une photographe, riche de rencontres de toutes sortes, vient perturber leur quiétude en les visitant et en déterrant ce qui est arrivé en parallèle de l’histoire du Grand Feu de Matheson. Une tragédie qui est en soi un personnage du roman, ayant ravagé de ses flammes au début du 20e siècle tout sur son passage ou presque, et du même souffle a touché la vie de ces vieux protagonistes. La photographe se trouve en quête dans ce coin perdu et s’est laissée toucher par leur histoire qu’elle a devinée, car ils sont plutôt avares de détails. Vient ensuite en cours de route une fragile et âgée Marie-Desneige, qui, après 66 ans d’internement, décide de se donner une vie avant sa propre fin, en se joignant aux 2 reclus volontaires. Un pacte de liberté de vie (ou de mort) est fait entre eux, leur faisant ombrage comme une épée de Damoclès, les sachant vieillissants avec tout ce que cela comporte d’incapacités éventuelles.

 La plume de Saucier

On y est. Les bruits de la forêt, ses odeurs, sa tranquillité et son hostilité aussi, on se sent témoin comme si on était caché tout près d’eux. La résilience de ces personnes âgées et ce qui les lie, tout nous est raconté d’une si douce façon. J’en ai adoré ma lecture. Les sujets qui sont abordés (le grand feu, la quête de liberté, le vieillissement, les amours secrets ou impossibles) auraient pu rendre lourd le récit, mais l’inverse s’est produit avec la magique plume de Jocelyne Saucier. J’ai aussi été vraiment émue à quelques passages. Il y a des descriptions sensibles d’images fortes également.

Il pleuvait des oiseaux. Quand le vent s’est levé et qu’il a couvert le ciel d’un dôme de fumée noire, l’air s’est raréfié, c’était irrespirable de chaleur et de fumée, autant pour nous que pour les oiseaux et ils tombaient en pluie à nos pieds.

Bien sûr qu’il y a ce sinistre feu de jadis comme trame de fond à l’histoire. Il lie les personnages entre eux de diverses façons, que vous remarquerez très habilement ficelées, amenant un gros brin de mystère. Il y a aussi dans ce roman de l’amour inespéré, de la tendresse, et une liberté enfin trouvée. Tous ces éléments viennent réanimer ces vieillards, devenus libres à l’aube de la mort. Il y a aussi de la strychnine pas loin, un poison mortel dans une petite boîte au cas où la liberté venait à les quitter. Il pleuvait des oiseaux est un merveilleux roman qui nous fait nous évader, dont le rythme reste soutenu de page en page et qui fait énormément réfléchir. Un coup de cœur assuré!

Tout Garni : de la pizza aux illustrations

On s’est souvent demandé, dans les dernières années, si la littérature n’allait pas prendre un tournant numérique avec l’ascension des tablettes électroniques. Contre toutes attentes, le livre papier est tout aussi populaire, sinon plus, qu’il y a dix ans. N’empêche que le numérique permet de donner une nouvelle envolée à de nouveaux types de projets, hybrides, alliant illustrations et interactivité. Ni un livre, ni un jeu, ni une BD, mais un peu tout ça à la fois, les plateformes interactives et les créations numériques prennent de plus en plus d’expansion sur le web.

C’est en association avec la productrice Vali Fugulin que la maison d’édition La Pastèque — qu’on adore sur Le Fil rouge — s’est lancée dans ce projet innovateur qu’est Tout Garni.

Mais c’est quoi au juste? 

Douze œuvres, entièrement numériques, seront réalisées par douze de nos plus talentueux artistes, et seront réparties sur les douze mois du calendrier de l’année 2017. Entre janvier et décembre, vous aurez donc la chance de découvrir des créations numériques exclusives, percutantes et innovantes, disponibles sur des supports variés. Du mini-jeu à la réalité virtuelle, en passant par l’exploration en 360 degrés, la BD défilante ou encore l’aménagement d’un terrain de jeu interactif dans l’espace urbain, l’année numérique de La Pastèque verra les choses en grand! Une plateforme en ligne, spécialement conçue pour le projet, réunira aussi toutes les œuvres pour guider les utilisateurs dans leur exploration.

Et concrètement? 

J’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l’univers de Tout Garni ainsi que les différentes manières dont chacun des illustrateurs-ices s’est approprié cet univers. En fait, nous suivons les aventures d’Arthur, jeune livreur de pizza qui cherche tant bien que mal à trouver qui a commandé une pizza dans un étrange immeuble résidentiel.

Chaque épisode promet de rocambolesques aventures et un parcours totalement immersif et interactif. Souvent, on y retrouve des jeux. Comme celui de l’épisode deux — de Geneviève Godbout — dans lequel nous devons nourrir les petits enfants qui ont faim, mais à qui la pizza n’appartient malheureusement pas. On parcourt l’immeuble avec Arthur, découvrant quelque chose de nouveau — et bien souvent farfelu — derrière chaque porte.

En plus de Geneviève Godbout, on y retrouve aussi d’autres grands noms de l’illustration au Québec, dont Isabelle Arsenault, Cathon et Jacques Goldstyn. C’est fascinant de voir comment les illustrations sont transposées dans un format interactif et comment tout est pensé de manière à créer un grand tout, un amalgame de différentes techniques qui s’accordent bien et s’imbriquent l’une dans l’autre tout en mettant les différents styles de chacun de l’avant. Un peu comme une pizza aux ananas, quoi!

Je vous invite à découvrir Tout Garni pour votre propre plaisir. Vous ne serez pas déçus. Vous y découvrirez une nouvelle aventure chaque fois.

Pour découvrir la plateforme, cliquez ici.


Découverte #booktube : Alice & Juliette de la chaîne Les sœurs littéraires

Récemment en me baladant sur Youtube, j’ai découvert une chaîne #Booktube qui m’a vraiment plu, il s’agit de Les sœurs littéraires. Je me suis mise à écouter en rafale l’entièreté de leur chaîne, tellement j’étais enchantée par leurs vidéos. Heureusement, elles sont au tout début de leur aventure Youtube, au moment où j’écris ces lignes elles n’ont que 10 vidéos. Autrement, je crois que je serais restée des heures à les écouter parler de leur passion sororale qu’est la littérature.

J’ai craqué pour le duo en premier, deux sœurs, 7 ans les séparant : Juliette et Alice.

J’aime leur complicité et je me retrouve dans leur amour pour les mots, la littérature et les livres.

Je me retrouve dans Juliette, dans nos lectures souvent communes et féministes et je me revois dans Alice, lectrice de romans adolescents tellement posée et rêveuse.

Elles ont eu la gentillesse de répondre à quelques-unes de mes questions et je suis vraiment heureuse de vous les faire découvrir. N’hésitez pas à vous abonner à leur chaîne YouTube; elles sauront vous inspirer par leurs lectures et vous charmer par leur simplicité, leur complicité et leur façon de parler des livres avec amour.

Pourquoi avoir décidé de créer une chaîne booktube et non un blogue?

Juliette : Personnellement, je ne connaissais pas ce phénomène avant qu’Alice m’en parle.

Alice : J’écoute beaucoup de vidéos sur YouTube plutôt que de lire des articles sur des blogues, donc pour moi le choix était évident.

Juliette : On a commencé à regarder des vidéos booktube ensemble et on s’est rendu compte qu’au Québec, il n’y a pas de chaînes littéraires mettant en vedette plus d’une personne, du moins de ce que nous avons vu. Aussi, on trouvait que notre concept et nos personnalités s’appliquaient plus à la plateforme YouTube.

Quels sont les coups de cœur littéraires que vous avez en commun?

Juliette : On ne lit pas vraiment le même genre de livres, mais on s’en recommande souvent. Quelques fois, nous avons des coups de cœur partagés.

Alice : Je dirais que nous avons Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon, Cassiopée de Michèle Marineau et plus récemment la bande dessinée S’enfuir de Guy Delisle.

Racontez-nous comment les livres et la littérature sont devenus votre passion commune.

Juliette : Notre père est professeur de littérature au cégep, donc naturellement, on a toujours été entourées de livres, et ce, depuis notre petite enfance. Nos parents nous racontaient beaucoup d’histoires et nous achetaient des livres.

Alice : Ils ne nous ont jamais forcées à lire et nous ont laissées développer cette passion par nous-mêmes. Je dirais que c’est vraiment cette année que la littérature est devenue une passion commune, puisque pour nous deux, il s’agit de la période de notre vie où on lit le plus.

Juliette : Et puisqu’on est sœurs, on se parle tout le temps de nos lectures!

Avez-vous un rituel de lecture ensemble?

Juliette : Pas vraiment, car on ne lit pas en même temps à cause de nos horaires différents, mais on va souvent à la bibliothèque ensemble!

À quoi peut-on s’attendre avec votre chaîne YouTube?

Juliette : À des vidéos dynamiques où on met en scène notre complicité de sœurs!

Alice : On a beaucoup de plaisir à filmer nos vidéos, même si le fait qu’on soit sœurs est aussi un problème, puisqu’on a moins de gêne et cela cause de petits manques de patience parfois.

Juliette : Mais, vu qu’on est des sœurs justement, on passe par-dessus nos disputes rapidement et facilement. On ne s’en veut pas longtemps.

Selon vous, qu’est-ce que la bibliothérapie?

Alice : Te calmer par les livres? Hahaha

Juliette : Je ne connais pas vraiment comment c’est appliqué concrètement, mais je sais que c’est la thérapie par les livres! Hahaha

Est-ce que les livres ont une place précieuse dans vos vies depuis l’enfance? Comment votre passion vous a-t-elle accompagnée pendant ces années?

Alice : On a un peu déjà répondu plus tôt. On lit toutes les deux depuis longtemps. Ma passion a plus commencé vers l’âge de 9 ans grâce à des séries jeunesse québécoises. Maintenant, je lis de tout et c’est ce qui fait que je lis plus aujourd’hui.

Juliette : Je suis vraiment « nerd » et j’ai toujours beaucoup aimé l’école. Quand j’étais plus jeune, je satisfaisais ma curiosité dans les livres. Je lisais surtout des romans fantastiques à l’époque. Depuis, je lis constamment.

Si vous aviez un livre à faire découvrir aux lectrices-lecteurs du Fil rouge, lequel serait-ce?

Juliette : Définitivement Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem de Maryse Condé. J’en parle tout le temps dans nos vidéos! Hahaha! Ce livre m’a bouleversée. L’autrice s’intéresse à la vie de Tituba, une jeune femme antillaise qui a réellement existé et qui est connue dans l’histoire pour son implication dans le procès des sorcières de Salem dans les années 1600. Elle a toutefois été victime du racisme de l’histoire, puisqu’on n’entend que très peu parler d’elle. Maryse Condé lui a donc inventé un passé et un futur. Ce personnage partiellement inventé m’a énormément inspirée! Je recommande ce roman à tous! Il offre une très belle réflexion sur le féminisme et l’intersectionnalité! À découvrir!

Alice : Jusqu’à présent, mon coup de cœur 2017 est Dépourvu de Victoria Grondin. Dans ce roman, les rôles sont inversés : les autistes sont majoritaires et quelques personnes ne le sont pas. Ces personnes-là sont énormément marginalisées et vivent dans un monde adapté pour les autistes. J’ai beaucoup aimé, car il est facile de s’identifier au personnage principal, qui n’est pas autiste, et ressentir les inégalités que peuvent vivre les autistes.

Dans votre vidéo Habitudes de lectrices, on a pu voir que vous étiez différentes autant dans vos lectures que dans vos habitudes. Comment décrivez-vous votre sœur en tant que lectrice?

Juliette : Je dirais qu’Alice est une lectrice organisée… Elle prévoit ses lectures et se fait des comptes rendus. Elle tient toutes ses informations dans de petits cahiers! C’est très cute de la voir aller. Elle lit vraiment beaucoup et me tient au courant CHAQUE jour de ce qu’elle a lu. Elle lit beaucoup de nouveautés jeunesse et j’ai remarqué que ses préférés parlent souvent de personnes marginalisées ou qui vivent de la discrimination. Elle aime aussi pas mal les romans policiers.

Alice : Je dirais que Juliette est une lectrice diversifiée, même si ça finit souvent par toucher au féminisme! Elle est passionnée aussi, car elle lit beaucoup de livres… et en achète beaucoup… et en loue beaucoup à la bibliothèque! Même si elle a peu de temps pour lire, elle en trouve quand même, car elle aime vraiment ça. Elle aime donner le goût de la lecture aux autres, et ça marche!

 


Pour les suivre :
@les.soeurs.litteraires

Les sœurs littéraires 

Crédit photo de couverture : Stéphane Boivin

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Entre amour, obsession et jalousie : les sœurs du Musée des espèces disparues

Ayant seulement une petite sœur, je trouvais que le premier roman de Nina Berkhout, Le musée des espèces disparues, me parlait tout particulièrement. Plus on vieillit, moins on se voit sans cette sœur qui a toujours été présente pour nous, dans les bonnes et les pires situations. On ne l’échangerait pour rien au monde et on ne lui souhaite que du bonheur.

Comment se déroulerait une vie où l’on voit cette sœur, toujours près de nous, s’éloigner, s’embourber et disparaître? Comment réagirait-on? C’est ce qu’a représenté Nina Berkhout dans son roman, et ce, avec une délicatesse teintée d’espoir, mais aussi d’un peu d’amertume.

Le poids familial

L’idée centrale de l’œuvre est le développement de la relation entre deux sœurs que tout oppose, Vivienne et Édith (pour Vivien Leigh et Édith Piaf, vouant ces enfants à un destin difficile déjà tracé d’avance par le choix de leur prénom). L’une est semblable à la mère, l’autre au père. Une mère névrosée, nostalgique d’une vie qu’elle n’aura jamais; un père collectionneur, passif, retiré dans l’art et la création. Édith, narratrice, nous permet de suivre le parcours de sa sœur dans les concours de beauté, la déchéance de celle-ci et la dynamique tendue entre les deux, affres d’une enfance particulièrement mouvementée.

Tous les personnages de ce roman sont des êtres en voie de disparition : Constance (la mère), Henry (le père), Vivienne et Liam (le grand amour d’Édith). Édith tente tant bien que mal de les conserver bien vivants, mais…

« […] il est impossible de transformer une personne en quelque chose qu’elle n’est pas. » 

Édith lutte pour conserver intacte sa famille, elle fait des compromis, s’endette, souffre, mais elle ne parvient jamais à les préserver comme elle les voudrait, dans son musée familial.

Les espèces disparues

Le titre Le musée des espèces disparues provient du travail de Theo de Buuter, cryptozoologiste :

CRYPTOZOOLOGIE, nom, Étude des animaux dont l’existence ou la survie sont disputées ou infondées, tels le monstre du Loch Ness et le sasquatch. 

La présence de ce personnage est discrète, mais elle constitue un appui de taille pour comprendre la signification de l’œuvre. Theo de Buuter cherche un oiseau dont l’existence est contestée, le koao. Les discussions qu’il aura avec Édith permettront à cette dernière de mettre un baume sur ses douleurs et donner un sens à son existence.

La licorne, animal dont l’existence est légendaire, hante l’esprit de la narratrice. Et ce n’est pas pour rien, la licorne incarnant cette jeunesse supposément éternelle qui s’estompe au fil des années. Cette créature peut tout à fait représenter l’œuvre dans son entièreté, métaphorisant ainsi les relations familiales d’Édith.

Si les relations sororales vous intéressent, je vous suggère Les sanguines d’Elsa Pépin, Les filles de Lori Lansens et Les filles de l’Allemand d’Annie-Claude Thériault, qui abordent ce même sujet.

Autres propositions des fileuses :

  • Les filles de Geneviève Brisac
  • L’autre moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichie
  • Le tueur aveugle de Margaret Atwood
  • Raisons et sentiments ou Orgueil et préjugés de Jane Austen

Merci aux Éditions XYZ pour le service de presse.

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Une auteure et son œuvre : Sophie Bienvenu

Sophie Bienvenu est une écrivaine franco-québécoise, d’origine belge et française. Elle s’installe au Québec en 2001, après avoir fait ses études à Paris. Aujourd’hui, elle s’identifie presque davantage à son pays d’adoption qu’à la France, car les Québécois lui semblent plus proches de sa culture belge. Elle œuvre dans les milieux du web, du journalisme et de la communication, mais écrire des romans demeure sa passion la plus puissante. Une passion qui se sent à travers ses mots, et qui est particulièrement contagieuse.

Lucie le chien (2006) 

Cette première publication de Sophie Bienvenu rassemble les meilleurs billets de son blogue du même nom. Plutôt court, écrit dans un style léger et facile à lire, ce petit livre est parfait pour les lectures à temps perdu; en attendant l’autobus, par exemple. Il annonce également un thème que l’on retrouvera souvent au cœur des œuvres de l’auteure : les chiens. Étant elle-même une grande amoureuse des animaux, Sophie Bienvenu trouve important de parler de ces bêtes souvent mal-aimées, particulièrement dans notre province. Et il ne faut pas se méprendre : ce livre a beau parler d’un chien, il n’est pas destiné aux enfants! La narration entre dans la tête de Lucie, qui nous parle de son quotidien aussi bien que de questions existentielles propres à l’humain. Le tout avec une bonne dose d’humour, parfait pour égayer une grise journée.

Et au pire, on se mariera (2011)

Premier roman de l’auteure, ce livre sera aussi celui qui aura changé sa vie, car son immense popularité lui permet de quitter son emploi et de se consacrer à l’écriture. Sophie Bienvenu fait parler une jeune fille de 13 ans, Aïcha, amoureuse d’un homme ayant le double de son âge, Baz. Ce dernier veut aider l’adolescente qui lui semble perdue, mais Aïcha est prête à tout pour obtenir de lui ce qu’elle désire : connaître l’amour. La protagoniste ne connaît pas non plus son père biologique; elle vit seule avec sa mère, avec qui elle entretient une relation houleuse. Racontée dans les mots d’Aïcha, l’histoire se transforme en un labyrinthe où vérité et mensonge se confondent. Cette voix d’enfant, d’une naïveté et d’une dureté qui s’opposent, rend la narration percutante. La jeune Aïcha s’exprime en un québécois vibrant, à fleur de peau : l’auteure adore écrire le parler québécois, car cette langue vivante confère à ses récits une certaine authenticité documentaire, aspect très important de ses œuvres.

Et au pire, on se mariera est présentement à l’affiche au cinéma depuis le 15 septembre, ce qui consiste aussi en une première pour Sophie Bienvenu, qui a endossé le rôle de coscénariste aux côtés de Léa Pool pour cette adaptation. Nul doute que le succès remporté par l’auteure grâce à cette œuvre n’est pas près de s’éteindre!

En fait, je voudrais être une pute, oui, mais juste avec un client. […] On aurait un contrat qui dit que je peux juste être sa pute à lui, et lui mon client à moi, et qu’il doit s’occuper de moi, et moi de lui. Ce serait la loi. Mais au pire, si c’est trop compliqué, on se mariera.

Chercher Sam (2014)

C’est l’histoire de Mathieu, en situation d’itinérance au moment du récit, qui cherche sa chienne Sam, une jolie pitbull. Le jeune homme a tout perdu et lui est très attaché, car l’animal reste son dernier lien avec sa vie passée, et le deuil tragique qui l’a fait sombrer. C’est pourquoi, lorsqu’il perd sa trace par une journée comme les autres, Mathieu est au désespoir. Le lecteur est appelé à le suivre dans ses recherches courageuses et inlassables, et à se perdre dans la touchante histoire du protagoniste, laquelle se dévoile de manière à nous tenir solidement en haleine jusqu’à la dernière ligne, caractéristique bien propre au style de Sophie Bienvenu. Chercher Sam donne la parole à ceux qui n’en ont pas, en choisissant un homme itinérant, mais aussi une pitbull, la race de chien la moins aimée actuellement. Cette thématique de la relation homme-chien reviendra dans Autour d’elle, où une jeune fille remplit son vide intérieur grâce à l’amour qu’elle développe pour un chiot trouvé au fond d’une poubelle. Sophie Bienvenu aime secourir les mal-aimés sans défense, les victimes de notre société. Elle aime aussi s’adresser aux jeunes, leur donner le goût de lire; cette mission sera particulièrement réussie avec son deuxième roman, qui s’est avéré très populaire auprès des jeunes garçons, tant au secondaire qu’au cégep. Je vous avais bien dit que sa passion était contagieuse!

Autour d’elle (2016) 

Ce roman fut mon plus grand coup de cœur parmi les œuvres de Sophie Bienvenu : je n’ai pu me plonger dans aucun autre livre depuis que je l’ai terminé, il y a quelques semaines, tant sa lecture m’a marquée. C’est le genre de livre qui reste avec nous pendant longtemps, qui s’obstine à ne pas quitter nos pensées.

Sophie Bienvenue change de style pour cette œuvre, et décide d’abandonner la narration à la première personne pour laisser une vingtaine de personnages raconter leur histoire. Tous très différents les uns des autres, ces narrateurs ont cependant tous un souvenir à nous raconter à propos d’un certain Adrien, mais surtout de sa mère, Florence Gaudreault, car c’est autour d’elle que tourne le récit. Cette jeune femme, que l’on touche presque uniquement à travers le regard d’autrui, cache un lourd passé et un abandon déchirant : celui de son fils, résultat de son amour et de sa confiance envers un garçon qui ne les méritait pas, et qu’elle met au monde à 16 ans. Après cette épreuve, Florence laisse sa vie derrière elle pour se reconstruire ailleurs, loin de son enfant placé en adoption auprès d’une riche famille, de sa ville natale et de ses parents absents. Tous ceux qu’elle croise ont vécu le même genre d’expérience : l’auteure présente ici des abandons ordinaires, car la perte est selon elle une souffrance universelle.

L’histoire de Florence m’a beaucoup touchée, car cette dernière a osé ce que peu d’entre nous ont le courage de faire, soit de tout abandonner. Bien que ce courage soit le résultat d’une brisure, il n’en demeure pas moins honorable. J’aimerais qu’elle soit réelle afin de pouvoir la rencontrer, ce qui ne m’était jamais arrivé avec un personnage fictif auparavant. Sophie Bienvenu rend ses personnages vivants, avec une adresse éblouissante qui illumine chacun de ses mots.

Je vais sonner vieille conne, justement, mais la vie, c’est ça : une série de deuils. Même quand t’es heureux, les moments de joie passent, et il ne te reste plus rien que du vide, à la fin. J’ai vécu des années à vouloir ne rien avoir à perdre. Et tu vois, aujourd’hui, j’ai pas accumulé grand-chose. Du moins rien d’important. Et j’ai souffert pareil.

Sophie Bienvenu est une auteure assez prolifique : loin de se limiter aux récits nommés plus haut, son œuvre se garnit également d’un recueil de poésie, ainsi que de plusieurs nouvelles et autres contributions à divers magazines et collectifs. Elle vient tout juste de publier sa première histoire pour enfant, La princesse qui voulait devenir générale, un conte féministe paru aux Éditions de la Bagnole.

Grâce à sa plume foudroyante, qui dépeint avec réalisme les réalités les plus tristes de la société occidentale d’aujourd’hui, Sophie Bienvenu assure à ses œuvres contemporaines une place parmi les classiques. Pour ma part, elle est une  importante source d’inspiration.

Et vous, avez-vous eu la piqûre pour les mots de cette écrivaine?

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Grandir avec les livres

J’ai commencé à lire très jeune. Bien que je ne me rappelle plus le titre du premier roman que j’ai lu (faute d’avoir beaucoup cherché), je me rappelle l’immense satisfaction que j’ai ressentie. Comme l’approche du Fil Rouge le mentionne : «la lecture procure un bien-être et les œuvres littéraires peuvent nous aider à cheminer personnellement.» C’est d’ailleurs depuis plus de 22 printemps que la littérature me permet de me découvrir, en plus d’être devenue une passion incroyable. Dans cet article, je vous raconte mon parcours littéraire en vous révélant les livres qui m’ont le plus marquée jusqu’à maintenant en tant qu’enfant, adolescente et jeune adulte.

Enfant

Même si je ne lisais pas de romans en 1ere année du primaire, je me rappelle d’un livre au service de garde de l’école que j’aimais bien consulter, et j’en suis certaine, je ne suis pas la seule. Il s’agit d’Arc-en-ciel le plus beau poisson des océans, j’étais éblouie par la beauté du livre, tout en découvrant différentes espèces de la vie marine.

Par la suite, vers la deuxième moitié du primaire, la série Noémie était une véritable addiction pour la jeune enfant que j’étais. J’adorais la relation entre Noémie et sa grand-mère, qui me rappelait celle que j’avais avec la mienne. Je me rappelle l’avoir dévoré en classe, mon livre jamais bien loin dans mon pupitre et en route vers les maritimes.

La nouvelle maitresse et la suite de la série écrite par Dominique Demers est un autre de mes coups de cœur d’enfance. J’ai adoré cette série, j’espérais du plus profond de mon cœur voir Mlle Charlotte arriver dans ma classe un jour et pouvoir vivre ce que les élèves vivaient à travers l’histoire. D’ailleurs, quand le film est sorti, je me rappelle l’avoir écouté plusieurs fois.

 

 

 

 

 

 

 

Adolescente

Commençant au primaire, mais finissant au secondaire, les livres d’India Desjardins, Aurélie Laflamme, sont probablement les livres qui m’ont le plus marquée. J’ai même écrit à India une fanletter pour lui expliquer qu’Aurélie c’était moi, comme probablement plusieurs autres jeunes filles de mon âge. Comment expliquer mon amour pour ces livres! J’ai grandi en même temps qu’Aurélie pendant un moment et j’aimais voir l’authenticité qu’il y avait dans la vie d’ado d’Aurélie. India Desjardins a su créer une ado qui ressemblait à celles du moment, en plus de créer une amie de plus pour celles-ci. J’ai même auditionné pour le rôle de la meilleure amie d’Aurélie pour l’adaptation cinématographique, j’étais fan à ce point.

 

 

 

 

 

Au secondaire, j’ai commencé à lire différents genres littéraires, comme des romans d’horreur pendant un petit moment. J’ai trouvé un bon mélange avec l’auteur Patrick Sénécal. Aliss a été pour moi une grande aventure, si vous l’avez déjà lu, vous savez qu’une fois commencé, il est difficile, voire impossible de s’arrêter. Beaucoup de mes ami.es l’ont ensuite lu et ont adoré comme moi. Aliss est un mélange entre horreur, suspens et découverte de soi. Sénécal a le don de créer des histoires intenses et enlevantes.

 

 

 

 

 

Dans la même suite d’idée, Pet Semetary de Stephen King, m’a accompagnée pendant une partie de mon secondaire 5. Avec le stress des demandes dans les cégeps, les examens finaux, la graduation et majoritairement les changements à venir, cette lecture a su être un petit réconfort dans son intensité. C’était une bonne façon de penser à autre chose que son quotidien.

 

 

 

 

 

Adulte

Bien que ma période ‘’adulte’’ dure depuis seulement quatre ans, et qu’il me reste encore beaucoup de coups de cœur à découvrir et lire, j’ai quand même trois œuvres charnières dans ma bibliothèque qui m’ont fait découvrir bien des choses.

Le premier coup de cœur est Les filles bleues de l’été, un roman de Mikella Nicol, grandement apprécié des fileuses. Pour moi, ce livre m’a fait comprendre l’importance de l’amitié, mais surtout la nécessité de bien s’entourer et de couper dans les amitiés douloureuses. Après tout, c’est la qualité avant la quantité qui compte. C’est un livre que j’ai conseillé à plusieurs personnes, le résultat est unanime, tout le monde aime ce roman.

 

 

 

 

 

Ensuite l’oeuvre de Tolstoï, Anna Karénine, est un roman que j’ai tout simplement adoré. Il m’a été difficile de le finir. J’ai passé des mois sur cette brique de littérature russe, mais en finissant la dernière phrase j’étais séduite par l’écriture de l’auteur. C’est une lecture à laquelle je repense souvent, je devrais assurément relire le livre au cours de ma vie.

 

 

 

 

 

Finalement, si vous avez lu quelques uns de mes articles, vous connaissez mon amour inépuisable pour Sylvia Plath. La cloche de détresse (The Bell Jar) est probablement le livre le plus marquant de ma vie jusqu’à maintenant. La façon dont l’auteure témoigne de sa douleur dans une écriture aussi belle est chavirant. C’est un livre à lire absolument dans sa vie, et si plus haut je mentionne relire Anna Karénine, ce livre je le relirais chaque année.

 

 

 

 

 

Voici donc les œuvres qui m’ont le plus marquée du haut de mes 22 ans. Je suis encore jeune et  je suis impatience de découvrir de nouvelles œuvres qui auront l’honneur d’avoir marqué ma vie de jeune adulte.

Quels sont les livres qui vous ont le plus marqués dans votre vie et pourquoi?

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Pinkerton; blâmer la musique des années ’90 pour expliquer ses échecs amoureux

Avant de lire cet article, je vous propose d’écouter cette chanson afin de vous mettre dans l’ambiance :

 

J’étais jeune, j’avais l’amour douloureux et une de mes activités favorites était de trouver écho à mes sentiments déprimants dans des paroles de chansons. Je faisais des mixtapes avec ma radiocassette; Nirvana, Radiohead, The Used (eh oui, notez que je suis née en 87 et non en 79) et Weezer. Mais pas n’importe quel album de Weezer; Pinkerton, le seul album de leur discographie qu’il est possible de confondre avec le journal intime d’un adolescent désillusionné en peine d’amour.

Le conditionnement romantique négatif

Je ne fut certainement pas la seule adolescente hyper-émotive à avoir validé ses douloureux sentiments amoureux dans la musique où l’échec et la mélancolie étaient glorifiés. Les personnages de la bande dessinée Pinkerton pensent plus loin que la simple validation des sentiments; ils croient que la musique les a conditionnés à les rendre sentimentalement malheureux. Ils nient leur responsabilité personnelle en mettant la faute sur la musique pop-rock des années ’90, qui par l’entremise de ses chansons, aurait appris aux jeunes de leur génération à craindre le couple avant même d’avoir vécu l’amour.

bd pinkerton

Unique en son genre

Les longs dialogues des personnages intellectualisant leurs échecs amoureux sont brillants et cette façon qu’ils ont de philosopher sur la vie tels des érudits est vraiment hilarante. Le texte est intelligemment drôle; un bijou! Si la plume est complexe, le trait du dessin est plutôt simple et naïf (mais non sans charme!). Fait ironique et assez cocasse : les personnages, étant très verbomoteurs, sont pourtant dépourvus de bouches.

Pour son originalité, sa multitude de références sur la musique et la culture populaire, son humour, ses théories comme la conception du mixtape cathartique de rupture ou du rituel ancestral du rebound; je vous recommande cette œuvre unique. Il n’est pas obligatoire d’être mélomane pour apprécier cette bd, mais l’expérience en sera assurément bonifiée.

Précédement publiée dans la Nouvelle Collection Colosse, cette bande-dessinée de François Samson-Dunlop et Alexandre Fontaine Rousseau est publiée aux éditions La mauvaise tête.

Quels livres suggérez-vous aux lecteurs mélomanes ?

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Éloge du « pavé », ou comment lire à l’infini sans que ça soit fini

Quand j’étais jeune, je dévorais les livres à une telle vitesse que si on ne m’avait pas vue les lire, installée soit dans la cuisine, le salon ou ma chambre – je lisais PARTOUT – on aurait pu facilement croire que je ne disais pas la vérité, que je ne les lisais pas vraiment. Mais il a fallu se rendre à l’évidence: malgré mon jeune âge, je passais à travers des livres et des livres, et même si ceux-ci étaient gigantesques. En fait, mes livres préférés étaient justement ces briques volumineuses, souvent de style « fantastique » ou fantasy que je dévorais avidement, et dont Harry Potter, Le seigneur des anneaux, À la croisée des Mondes, Narnia et Les Chevaliers d’Émeraude faisaient partie.

Ces temps-ci, à cause des lectures obligatoires, du temps incroyable que je passe devant mon ordinateur à écrire ou lire des textes, ou juste à cause des horaires mélangeant pas toujours harmonieusement les études, le travail et le social, je préfère largement écouter des films, le soir, afin de me changer les idées. Mais dernièrement, j’ai décidé de renouer avec les lectures colossales en sautant à pieds joints dans L’assassin Royal de Robin Hobb. Et donc, cela fait trois semaines que j’ai le nez dans mon pavé. C’est long, un pavé! Mais c’est incroyablement génial.

Éloge du « pavé »

D’emblée, pour moi, la lecture s’inscrit comme un acte lent au milieu des tumultes du quotidien. Lire, c’est un ralentissement au cœur de nos vies rangées, organisées, occupées à l’extrême. Lire, c’est déjà militer pour le temps, le silence et la paix. Que dire de la lecture de « briques » ou de « pavés » littéraires? Elle apparaît, pour moi, doublement comme une résistance.

Décider de lire un livre de 800, 900 ou plus de mille pages demande du temps. Plus qu’une lecture en passant, ces « briques » nous obligent à nous asseoir et à nous plonger pendant de longues heures dans un dédale de pages qui s’étirent à l’infini. C’est presque un engagement à long terme, puisque nul sait le nombre d’heures qu’on devra y passer pour en venir à bout. Ainsi, lire un « pavé » littéraire, c’est dire « non », c’est dire « attends ». C’est aussi dire « pas tout de suite » ou « peut-être plus tard ». Lire un « pavé », c’est se poser à contre-courant de la rapidité et la spontanéité, pour étirer tout en longueur le moment de la lecture. C’est volontairement dire oui aux heures interminables qu’elle occupe.

Mais surtout, la lecture d’un « pavé » se veut souvent une expérience intense. Souvent, malgré leur longueur, on les lit vite, car on est happés par l’histoire. Mais malgré qu’on n’arrive plus à les lâcher, les « pavés » durent longtemps, et c’est ce qu’il y a de merveilleux. Car lire un « pavé », c’est vivre une épopée, c’est rentrer de tout son corps et son cœur dans une histoire et la vivre passionnément pendant des heures et des heures et des heures. C’est suivre des personnages sur une longue période de temps, comprendre ce qu’ils sont, suivre leur développement et ne plus pouvoir les lâcher puisqu’ils deviennent peu à peu une part de nous-mêmes. Souvent, on vit les émotions en même temps qu’eux, que ce soit les drames déchirants ou les joies fabuleuses. Le « pavé » se superpose presque à notre vie.

On peut même voir en le « pavé » une version livresque de la série-télé : on a des pages et des pages d’aventures et parfois, même, plusieurs tomes qui se suivent, avec tout autant de pages.

 

Mon « pavé » du moment: L’assassin royal de Robin Hobb

À mon grand bonheur, la série complète des ouvrages de Robin Hobb se déroulant dans le royaume des Anciens (Realm of the Elderings en version originale), compte 13 tomes, dont le dernier vient tout juste de sortir en anglais. Ça tombe bien, je suis tombée complètement sous le charme de ces livres, juste après le troisième, et je ne suis que plus heureuse d’avoir de quoi à me mettre sous la dent encore longtemps.

Ce pavé était peut-être ce ça me prenait, en ce moment, dans ma vie. Moi qui virevolte entre plusieurs projets et engagements, et qui se couche le soir sans lire puisque trop fatiguée, j’avais besoin d’un projet à long terme, d’un défi de lecture, ou tout simplement d’une stabilité. Et c’était un plaisir, voir un besoin, de retrouver Fitz, Umbre, Vérité, Burrich et Molly, mes personnages préférés, à chaque soir. Rapidement, le goût de replonger dans ma lecture m’a fait écarter les possibles films et séries télévisées de l’heure. Et dès la fin du souper, je m’installais soit dans mon salon ou sur mon balcon pour continuer l’histoire bouleversante, trépidante et un peu étrange qu’est la saga de l’assassin.

L’assassin royal, la brique regroupant, dans une version française, les trois premiers tomes de la série et constituant le premier cycle trilogique (la série est constituée de plusieurs trilogies et cycles), raconte l’histoire de Fitz, batard du roi qui, à l’âge de 6 ans, revient vivre au château de son père. Recueilli d’abord par Burrich, aux écuries, il devient peu à peu le bras droit du roi en incarnant son assassin officiel. L’action se déroule principalement au château de Castlecerf, mais aussi dans ses alentours, au fur et à mesure que Fitz se joint aux combats qui cherchent à repousser les Pirates Rouges qui attaquent les villes aux alentours et qui en rendent les habitants pires que morts. Le lecteur assiste en ce sens à plusieurs intrigues se déroulant dans et autour du château, à des histoires de pouvoir, de rois et reines et d’apprentissage de magie comme l’Art, que Fitz possède.

Je crois que ce que j’ai le plus aimé de ces livres, c’est que l’écriture est lente, détaillée, et qu’on a vraiment l’impression d’apprendre pas à pas tout ce qu’on doit savoir de l’univers dans lequel se déroule l’histoire. En plus que les intrigues sont complexes et riches, les personnages, que l’on suit depuis leur jeune âge, notamment Fitz, sont particulièrement attachants, forts, nuancés et intéressants.

Je me suis littéralement laissée emportée par la série. J’en ai lu de gros morceaux en peu de temps. Ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une telle faim de lecture d’un même livre jour après jour. Je crois que j’ai retrouvé, avec L’assassin royal, mon goût pour la lecture longue. Et malgré ma hâte de continuer ma lecture, je me demande bien ce qui attend le héros pour les dix prochains volumes! Tant de possibilités d’histoires sont possibles!

Et vous, c’est quand la dernière fois que vous avez plongé dans un pavé volumineux? Ça vous tente?

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Bibliothérapie pour coeur en miettes : les choix des fileuses

On a tous déjà eu le coeur brisé (et si non, tant mieux !) C’est jamais facile, même si on en ressort toujours plus fort. Pour mettre un petit baume sur un coeur brisé, il y a toujours la littérature, les livres et leurs mots qui savent ce qu’on ressent sans qu’on le sache parfois nous-même. Ils deviennent un refuge où tout est possible et dans lequel une phrase peut nous happer et nous faire comprendre, nous aider à faire face ou bien simplement nous faire du bien.

Nous avons donc demandé aux fileuses quels étaient, selon elles, les livres à lire lors d’une rupture.

Marie-Charlotte conseille : Tous les livres de Steve Gagnon (Montagne rouge (sang)), Maxime Olivier Moutier (Marie-Hélène au mois de mars) et Matthieu Simard (La tendresse attendra)  

Amélie conseille :  Journal de Julie Delporte, je pense que c’est d’une belle douceur pour les cœurs amochés.

Marie-Lou conseille : je pense à Lori Lansens (Un si joli visage). À mon souvenir, le conjoint du personnage principal disparait sans laisser de trace. Dépendante, elle commence par le chercher, mais finit par prendre confiance en elle et vivre avec plaisir son indépendance. Ça m’avait fait beaucoup de bien, après une rupture difficile.

Ariane conseille : Je sais qu’on en parle souvent, mais je reviens toujours à Milk & Honey de Rupi Kaur. Dans toute son intensité, elle sait tellement mettre les mots justes sur mes différentes émotions. Ça m’aide à les exorciser (et ça m’a fortement aidée dans le passé).

Sinon, L’Envie, de Sophie Fontanel est aussi un livre auquel je retourne souvent. Il a remis en perspective mes relations (amoureuses et sexuelles), en approfondissant la thématique de l’auto-suffisance (à plusieurs niveaux).

Aussi, un classique de « feel good book » depuis mon adolescence est le Mademoiselle Liberté, d’Alexandre Jardin. Léger mais songeur, ludique mais (légèrement) philosophique, je l’ai même déjà traîné à la Ronde pour le lire dans les files d’attente des manèges.

Nathalie conseilleLes maisons de Fanny Britt, mon choix par excellence. Ça aide à relativiser les choses, à regarder notre ancienne relation de couple d’un autre oeil, et surtout, à faire la paix avec nos regrets.

Et pour les ruptures amicales, qui sont souvent tout aussi difficiles, Laurence conseille  :  Les filles bleues de l’été fait réaliser la force d’une réelle amitié et sinon L’imparfaite amitié. Il y a des phrases coup de poing qui laisse place à la réflexion.

 

 

Et vous, quelles sont vos lectures favorites pour passer à travers une rupture amoureuse ou amicale ? 

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Lachine, ma belle

Salut Lachine. C’est moi, Geneviève. Oui, je sais que ça fait plusieurs années que je te rends rarement visite, mais ça ne veut pas dire que je t’aime moins. Je suis un peu la fille ingrate qui semble venir te voir afin de se soulager l’âme, mais sache que c’est loin d’être le cas. Je suis toujours la petite Lachinoise que tu as vue grandir. Tu fais partie de moi. Tu fais partie de tout un chacun qui a grandi avec toi ou que tu as adopté. Voilà pourquoi j’ai voulu faire ton éloge en ce 375e de Montréal. Tu mérites aussi qu’on te fête. Tu souffles tout de même tes 350 bougies cette année, toi aussi! De tes débuts modestes dans le commerce de la fourrure à aujourd’hui, tu en as vu passer des années d’histoire.

Lachine. Ton nom sent le bord de l’eau : ces soirées passées à nourrir les canards au quai de la 32e avenue, après être allés nous chercher une crème glacée au Dairy Queen de l’autre côté de la rue. Ces journées passées à vélo sur ta piste cyclable à longer le lac Saint-Louis. Ta marina. Ton phare. Ton canal. Tes rapides. Ton architecture de village côtier quand on longe le bord du lac.

Tu as l’âme d’un petit village, justement. Du haut de tes presque 42 000 habitants, les visages familiers sont étonnamment fréquents, et ce, même loin de toi! Si par hasard deux personnes de Lachine se croisent dans un évènement, tu peux être sûre que tu vas faire jaser. Tu crées des liens entre les gens. Tu fais partie de leur identité. Tous se posent la même question en se revoyant des années plus tard : « Es-tu toujours à Lachine? »

Tu as tes propres petits quartiers. Le haut et le bas de Lachine (division nette établie unanimement à ta 32e avenue), le village Saint-Louis (ou Prével pour les intimes), Duff Court (une rue ayant sa propre réputation, peu glorieuse, étant devenue à elle seule une région de la ville), Ville Saint-Pierre (officiellement district Saint-Pierre selon la ville de Montréal). Tu es peut-être devenue un arrondissement en 2002, mais ta vibe de ville n’a pas été touchée pour autant.

On te sous-estime souvent. Je le sais. Mais tes efforts ne passent pas inaperçus. Depuis quelques années, tu te refais une beauté. Tu as complètement rénové ta bibliothèque, ton bord de l’eau se réaménage, tes écoles se transforment l’une après l’autre, tu te fais belle pour tes anciens et nouveaux habitants. Ta rue Notre-Dame n’est peut-être plus ce qu’elle était, mais cela n’empêche pas d’irréductibles nouveaux commerçants d’aller y tenter leur chance. Ton marché public a de quoi en rendre plusieurs jaloux. Tu es pleine de potentiel. Ne laisse jamais quelqu’un te dire le contraire!

Les mots me manquent pour te décrire. Tes mardis cyclistes qui attirent des gens de partout. Tes musées. Tes spectacles pour les grands et petits. Tes activités nautiques. Tes terrasses. Tes parcs. Ton paysage à couper le souffle. Tu fourmilles. Tu rayonnes.

Je ne suis pas encore prête à venir te rejoindre, ma belle. Je t’ai quittée du haut de mes 21 ans avec le sentiment que tu étais trop petite pour moi. J’ai habité le Plateau, ensuite Villeray, et maintenant Verdun. Je le vois maintenant. C’est moi qui étais trop petite pour te voir comme tu es réellement. Je me rapproche peu à peu. C’est toujours avec plaisir que je te redécouvre à chacune de mes visites à ma famille. Compte sur moi, un jour je viendrai te voir, les yeux et le cœur débordants de fierté, avec mes futurs enfants pour leur montrer l’endroit où j’ai grandi. Et qui sait, peut-être qu’ils auront la chance de grandir avec toi, eux aussi. Bon 350e ma belle, et bon 375e Montréal!

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Si ça vous intéresse, il reste encore quelques belles semaines d’activités pour fêter Lachine en grand! Consultez le site officiel du 350e de Lachine pour tous les détails.

http://350lachine.com/