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« Les fleurs, ce sont les poèmes de la nature »

La littérature jeunesse est une façon délicate d’aborder avec les enfants et les adolescents des sujets plus difficiles et complexes. En lisant des histoires abordant des thèmes tels que le racisme, l’homosexualité, le terrorisme et dans ce cas-ci, la vie dans un camp de réfugiés, les enfants apprennent à parler de ces sujets plus sensibles, développent leur sens critique et par le fait même, leur compassion, leur empathie et leur ouverture d’esprit.

L’enfant qui n’avait jamais vu une fleur d’Andrée-Anne Gratton et Oussama Mezher est l’histoire d’une petite fille, Samia, qui comme le titre l’indique, n’a jamais vu une fleur de sa vie. Elle est née et habite avec ses parents dans un camp de réfugiés situé entre deux pays en guerre. Son quotidien n’est pas composé de couleurs, de fleurs, de nature. C’est son voisin Mayi qui lui dira cette phrase d’une telle beauté et poésie pour lui décrire ce que sont les fleurs et c’est aussi à ce moment qu’il décidera que Samia doit voir une fleur, une fois au moins dans sa vie.

« Les fleurs, ce sont les poèmes de la nature »

Après une entente avec un jeune soldat qui s’occupe de surveiller le camp de réfugiés, son vieux voisin Mayi réussira à avoir une fleur à montrer à Samia, pour ainsi lui faire voir une autre réalité, lui donner de l’espoir et lui faire voir toute la beauté du monde qu’elle habite.

Publié chez les éditions La bagnole dans la collection « La vie devant toi », cet album jeunesse arrive à merveille à nous toucher, petits et grands, et à nous faire réaliser toute la dureté de la vie dans un camp de réfugiés. Je crois que cet album aborde des thèmes nécessaires et qu’il créera des discussions riches entre parents ou enseignants et les enfants. Cette collection, « La vie devant toi », démontre qu’il ne faut pas avoir peur d’engager la discussion avec les enfants et qu’au contraire, celle-ci les enrichira et fera d’eux des êtres plus informés et propices à l’acception des autres et de la différence.

Bref, cette courte lecture m’a chaviré le coeur. Je me suis prise d’affection pour la jeune Samia et j’ai eu envie de l’emmener avec moi, visiter un jardin… parce que des poèmes de la nature, il y en a tellement…


Le fil rouge tient à remercier Marylene Kirouac, relationniste et les éditions La Bagnole pour le service de presse.

Autour des livres : rencontre avec Vanessa Bell

Responsable aux communications pour le buffet de l’antiquaire, chroniqueuse poésie à l’émission Les bouquins d’abord de CKRL et chroniqueuse danse pour Québec, Réveille! de CKIA, Vanessa Bell est une fille pas mal occupée, mais surtout très impliquée dans le milieu culturel québécois. Elle a récemment piloté le (super!) numéro spécial poésie de la revue féministe Françoise Stéréo dans lequel elle propose ses propres textes aussi. Elle a présenté des créations au Musée national des beaux-arts de Québec, dans le cadre du festival littéraire Québec en toutes lettres, à la Maison de la littérature de Québec, et dans le cadre du Off-festival de poésie de Trois-Rivières, entre autres. Vous pouvez écouter ses superbes chroniques radio ici! Et si un besoin de contemplation vous prend soudainement, allez faire un p’tit tour sur son instagram tout en douceur, dépouillé. Elle a publié IMPERMANCE en décembre dernier en collaboration avec le photographe Renaud Philippe. Vanessa Bell vit entre Trois-Rivières et Québec. Heureusement, nous avons eu la chance de l’attraper entre deux envolées pour lui poser quelques questions.

  1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

Mon père dans mon lit qui, à la fin de l’histoire, me demande d’inventer une autre fin ou de lui en raconter une nouvelle, une qui « dort dans ma tête ».

Plus tard, au contact direct avec le livre, ce sont les romans de La courte échelle qui ont pris toute la place. Je me souviens très bien des aventures de Notdog et la découverte des orchidées.

  1. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Enfant : Enfant je lisais partout, alors aucun rituel ne tenait. Déjà, l’écriture prenait la plupart de mes temps libres. J’écrivais tout le temps des histoires, que ce soit à l’écrit, dans ma tête ou en chanson, mais principalement des pièces pour la radio.

Quand j’en étais satisfaite, j’insérais une cassette dans ma radio, pesais sur « record » — le français existait peu sur les produits électroniques à l’époque — et enregistrais par dessus des classiques (honte à moi), mes pièces en faisant tous les personnages, la narration et le bruitage à l’aide de différents jouets et objets collectionnés. La littérature occupait une grande partie de mon temps, aux côtés de la musique, de la gymnastique et jouer dans la ruelle.

Un livre marquant serait pour moi Anna Karénine de Tolstoï. Le premier livre que j’ai acheté avec mes sous à douze ans alors que je m’étais rendue seule à la grande fête annuelle des Bouquinistes de Québec qui se tenait chaque année pendant la saison estivale sur la terrasse Dufferin. Ce livre marque le tournant dans mon parcours de lectrice d’une littérature jeunesse et québécoise uniquement vers une littérature classique internationale. D’ailleurs, j’espère que Parcs Canada a honte d’avoir tué de cette manière une tradition littéraire superbe sur un de nos meilleurs sites touristiques. Quelle célébration du livre en expression française c’était!

Maintenant : Je ne peux dire que j’ai un rituel, mais assurément affirmer que certaines choses ne changent pas! Par exemple, j’ai toujours 2 à 5 livres dans mon sac, prête à toutes éventualités pour mes journées. Je lis principalement à mes maisons, mais aussi en camping, dans les bars, à la Maison de la littérature de Québec que j’aime appeler mon bureau, chez mes amis, en marchant, avant le coucher de mon fils. Bref, je lis tout le temps, entre 1 et 3 livres (dépendant de la forme) par jour.

  1. As-tu une routine d’écriture, des rituels? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

Non, je n’ai pas de routine ou de rituels d’écriture.

Souvent, je lis compulsivement avant d’écrire. Je me sature et ne lis rien pendant quelques jours, je laisse reposer. Ma tête doit avoir le luxe d’aller là où elle a envie, même la joie de se surprendre elle-même. Par ailleurs, j’écris beaucoup sans mettre sur papier; je formule, j’oublie souvent, puis je suis prête à écrire. J’écris aussi quand j’ai de trop grandes émotions et un peu chaque jour, je dois dire. Écrire est pour moi un mélange de passion et de discipline.

Mais ce que j’écris de meilleur, à mon très humble avis, c’est quand je sens monter le besoin, l’urgence des mots. Alors j’écris en fleuve ou note pour plus tard quand il m’est impossible de le faire tout de suite.

Bien sûr, la douche demeure le meilleur endroit pour commencer l’écriture.

  1. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire?

Pour vrai, j’y ai bien pensé, sûrement trop longtemps d’ailleurs, et je ne vois pas de livre qui m’ait donné envie d’écrire. Plusieurs m’ont donné envie de lire, de rencontrer, de partager, mais aucun ne me vient en tête pour l’écriture. Ce que je trouve dans la lecture est un écho qui ne me donne pourtant pas l’élan vers l’écriture. Ce sont, pour moi, deux mondes distincts.

  1. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi?

J’ai envie de répondre Le grand cahier d’Agota Kristof. J’avais accepté de lire et d’écrire par la suite la dissertation de mon chum de l’époque (oui, je sais). Stupéfaite, envoûtée, j’avais dévoré le livre en moins d’une heure, j’en étais insatiable. J’étais aussi bonasse qu’amoureuse, mais ça a donné ça de bon : la rencontre avec un univers qui faisait écho à mon monde intérieur. Humour noir, écriture du réel où un chien pouvait donner du plaisir à une adolescente, où le sexe voulait dire autre chose que l’amour, où je sentais qu’on s’adressait à l’intelligence du lecteur.

Ce livre ne m’a pas fait cheminer personnellement de la manière où l’on entend une révolution spirituelle ou la révélation à soi. Il m’a montré un visage de la littérature que je n’avais jamais jusque-là fréquenté, et il m’apparaissait qu’il y avait là beaucoup pour la lectrice et l’humain que j’étais.

  1. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel?

Franchement, je ne sais pas. Chose certaine, je suis baroque.

Je prends les suggestions!

  1. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner?

La ronde des jours de Lucie Papineau et Hélène Tran-Duc chez Caractère. D’une part parce que mon fils me demande de le lire tous les soirs ou presque depuis deux ans, d’autre part parce que je le trouve drôle, touchant, stimulant et qu’il permet des tonnes de discussions entre mon enfant et moi. Un livre intelligent qui ouvre les possibles en s’asseyant dans le quotidien de la vie familiale.

  1. Quel est ton mot de la langue française préféré?

Patate.

J’aime le passage de l’air dans les joues et le relâchement nécessaire de la mâchoire pour le P bien senti, la répétitivité de l’alternance entre consonnes et voyelles et sa chute. Quelle chute!

Pas très intellectuel, je sais. J’aimerais sincèrement dire mieux, mais ce serait mentir.

  1. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit?

Juste un? Vous êtes cruelles!

Dans le désordre : Bec-de-lièvre d’Annie Lafleur au Quartanier, Il fait un temps de bête bridée de Mathieu Simoneau au Noroît, Nous sommes beaucoup qui avons peur de Geneviève Amyot au même éditeur. Si j’avais un talent quelconque pour le théâtre, j’aurais aimé avoir écrit l’adaptation de TRAGÉDIES ROMAINES telle que présentée en 2010 au Carrefour international de théâtre de Québec par la fabuleuse équipe d’Ivo van Hove du Toneelgroep Amsterdam. Quel génie cette relecture!

Bien sûr, la liste change au fil des lectures, mais pour le moment, ce sont ceux qui m’accompagnent.

  1. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre?

 [keepsake]

Crédits photo : Llamaryon

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Toute la beauté du monde

Je me promenais dans la rue, en larmes, sans égard pour les gens qui pouvaient croiser ma route. Je me cramponnais à mon livre comme si je pouvais avaler toute la beauté qui courait entre ses pages. J’avais bien dû le lire dix fois ce livre-là, mais rien à faire, chaque fois, je me transformais en pleureuse incapable de m’arrêter. C’était le livre que j’aurais voulu écrire, les mots que j’aurais tout donné pour mettre en phrases. C’était l’hymne à l’art par excellence, c’était le beau, le grandiose fait mots. Je ne me lassais pas. Je ne me lassais pas de pleurer toute la beauté que Muriel Barbery avait réussi à mettre en place.

L’élégance du hérisson est un de ses ouvrages que l’on décide d’ouvrir une première fois par curiosité. Le titre nous plaît, la quatrième de couverture aussi. On commence notre lecture sans réellement savoir ce qu’on espère y trouver. Et l’on se fait happer par ce qu’on y décèle.

Il y a d’abord Madame Michelle, la concierge d’un immeuble où les gens riches et fortunés vivent. Une concierge qui, en apparence, ressemble à ce que l’on attend d’elle : simpliste, rude et qui fait le travail sans demander son reste. Sous ses airs sauvages, et ses habits négligés, Madame Michelle conserve toutefois un secret bien gardé. Bien installée dans la pièce secrète qu’elle s’est créée, elle dévore les ouvrages de Tolstoï, écoute des films japonais ou se pâme sur un morceau de musique d’un autre temps pendant que, dans l’autre salle, sa télévision crache quelque insipidité pour donner le change. Elle ne souhaite pas que l’on connaisse sa vérité, elle ne souhaite pas que l’on sache qu’elle peut être autre chose qu’une femme dure et inculte. Qu’attendons-nous d’autre d’une concierge, de toute façon?

Et il y a Paloma, une petite fille à l’intelligence saisissante qui vit dans l’édifice de Madame Michelle. Sa famille est fortunée, se complaît dans le luxe et dans les faux savoirs, mais Paloma y voit clair. La vie la dégoûte, et, du haut de ses douze ans, elle a décidé d’avorter l’existence qui la mènera de toute façon à la mort. Pour Paloma, le chemin est tout tracé, elle se suicidera le jour de ses treize ans.

De leur rencontre naîtra un échange sur l’art et la vie, à la fois touchant et puissant, qui plongera le lecteur dans des questionnements qui lui sont propres. Et qui changera les chemins des protagonistes de façon remarquable.

Avec L’élégance du hérisson, Muriel Barbery ouvre la porte à une multitude de réflexions sur la place de la beauté et de la culture dans le monde, sur les effets de l’art sur l’être humain. Sur ces instants grandioses qui semblent arrêter le temps et qui surviennent lorsqu’on ne les espère plus.

Avec L’élégance du hérisson, Muriel Barbery vient nous toucher en plein coeur, elle vient nous rappeler toute l’importance du beau, du doux dans nos existences.

Et la nécessité d’insérer la vie dans nos vies.

Améliorer votre processus d’écriture : les conseils des fileuses

J’aime beaucoup écrire. Bon, aimer c’est peut-être simplifier à outrance cet acte complexe. Disons que je ne m’imagine pas vivre sans, mais est-ce que c’est l’activité la plus apaisante et réconfortante au monde? Vous vous doutez bien que non! Ça fait quand même quelques années que j’écris. Toutes ces années d’écriture et j’ai comme l’impression que ça n’aboutit pas vraiment. 

Tourner en rond

La majorité du temps, je réécris autour des mêmes sujets, en rangeant loin mes cahiers complétés et ne faisant pas de réel travail d’écriture, de réécriture, même d’idéation! Prête pour un réel changement, je me suis donc questionnée sur l’importance de la méthode adoptée en faisant le constat que la mienne n’avait rien d’optimale. Les fileuses sont pleines de ressources, alors je les ai questionnées! Voici la première partie!

Quelle méthode adoptée vous permet de mieux penser et d’avancer dans votre écriture? exemple : directement sur l’ordinateur, dans un cahier ligné, quadrillé, à la mine, à l’encre, réécriture… Auriez-vous des conseils pour améliorer le processus d’écriture? 

Camille Beauchamp : J’écris directement à l’ordinateur, mais j’ai un cahier permettant de développer mes personnages et mon plan à part !

Megan Deslongchamps : Je préfère écrire à l’ordinateur car j’ai moins peur de me tromper et de devoir effacer. Ensuite je réédite tout de fond en comble. J’aime changer de plateforme ex: de Word à Wordpad ou Blogger. Ça me permet d’avoir un autre angle de vue sur mon texte.

Anne-Mary Shink : Pour moi, l’écriture c’est surtout académique, donc j’ai toujours un cahier avec moi, le processus de réflexion n’arrête jamais et il te faut un truc pour prendre des notes si le lien qui te manque depuis des jours t’apparaît par magie! D’ailleurs, tu ne peux jamais te fier sur ta mémoire, il vaut mieux tout noter.

Raphaëlle B. Adam : Pour ma part, je préfère vraiment écrire à l’ordinateur, comme je dois toujours m’y prendre à plusieurs reprises pour formuler les phrases à mon goût, je passerais ma vie à raturer! Sinon, le meilleur conseil d’écriture qu’on m’a toujours donné (et qui fonctionne fichtrement bien), c’est d’essayer d’écrire à tous les jours! On évolue nettement plus rapidement de la sorte.

Fanie Demeule : J’écris uniquement à l’ordinateur car je trouve mon écriture manuscrite tellement inesthétique qu’elle me décourage.

Marion Gingras : Je suis peut-être de la vieille école, mais j’effectue toujours mes plans et mes « tempêtes d’idées » au crayon à l’encre sur des feuilles brouillon. Cela me permet de structurer mes idées, de faire des listes, de trouver mes problématiques. J’aime le crayon et la feuille, car je peux avoir une vue d’ensemble de ce sur quoi je travaille, et bien sûr, mes feuilles sont remplies de flèches et de lignes de toutes sortes. Souvent, même, je fais mes plans sur plusieurs feuilles, et ainsi j’aime pouvoir les avoir toutes devant moi, ça facilite le classement des idées (et c’est pour ça qu’à cette étape, je n’utilise pas de cahiers, qui me gênent parce que je n’ai pas tout à la fois devant les yeux). Et au fur et à mesure que mes plans se définissent, je recopie des versions améliorées sur d’autres feuilles, jusqu’à avoir ce que je veux, et passer à la rédaction sur l’ordinateur. 

Louba-Christina Michel : La seule que j’ai trouvée qui fonctionne réellement et qui demande une complète implication, c’est de me mettre en « réclusion artistique » c’est-à-dire en isolement. Pour créer j’ai besoin que le chaos se concentre dans ma tête au lieu de continuer de s’éparpiller tout autour de moi, alors je coupe tous rapports extérieurs (contacts humains, téléphone, Internet, etc.). Je n’ai alors d’autres choix que de me faire face et de me mettre en création avec toutes ces émotions qui grippent en moi comme une végétation qui a enfin l’espace et le calme pour prospérer. L’espace, la solitude, le silence, le lieu, et beaucoup de courage, voilà ce que ça prend, selon moi, pour écrire (ici je parle de l’écriture d’un roman,  la poésie et je sens qu’elle prend vie dans un brouhaha différent). Le processus se vit pendant l’acte d’écrire et de s’y mettre quotidiennement, même si ce n’est que pour quelques minutes, écrire, écrire, écrire. Aussi, je suggère de consacrer un petit coin physique exclusivement à l’écriture et à l’écriture d’un projet en particulier. Je crois que le roman n’est pas très nomade … En retournant souvent dans ce petit lieu dédié à l’écriture que nous avons préparé avec attention, nous ouvrons une porte directe sur l’univers que nous tentons de mettre au monde.

Roxane Nadeau : Quand j’écris de la poésie, ça va souvent mieux de d’abord jeter mes idées sur une feuille de papier. Ça permet un peu plus de latitude dans la forme, plus que dans les fichiers formatés de word. Je me laisse aller : il n’y a rien d’aligné dans les vers ou les strophes. Mais éventuellement je mets tout sur l’ordinateur pour le reste du travail. Pour les textes avec un plus grand nombre de mots, j’essaie de travailler sur l’ordinateur dès que possible. Avec une aussi grande quantité de texte et différentes versions, c’est plus facile de s’organiser que de jongler avec des feuilles volantes fragiles et pas datées. Souvent je me fais un fichier « brouillon » où j’écris beaucoup de trucs pêle-mêle, un peu de hors sujet. Je crée ensuite un nouveau fichier et je tente de rattacher les idées pertinentes en un texte.

Résumé 

Devant ces témoignages, je pense instaurer une discipline d’écriture aux deux jours. À la veille de l’écriture de cet article, je suis allée dans un café que je fréquentais beaucoup comme étudiante à l’UQAM, oubliant qu’il n’y avait pas de Wi-fi! Ce fut quelques heures très productives. Ce sera donc ma réclusion, l’absence de Wi-fi, et trouver un lieu physique dédié à l’écriture. 

Puis, j’aime beaucoup la technique de créer sur plusieurs feuilles, comme un tableau, ça permet de rebrasser les idées concrètement. Souvent, j’omets la retranscription du support papier à numérique puisque voir les mots hors de moi, dans l’écran, me choque. Je devrai donc m’habituer et recopier à l’ordinateur de manière assidue.

Enfin, je dois accepter que c’est un travail, ce ne sera donc pas parfait la première fois! Peut-être est-ce le plus important des facteurs !? Qu’en pensez-vous?

Pas pire début quand même!

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Prix littéraire des collégiens 2017 : Ce que des étudiants ont pensé des Maisons de Fanny Britt

Enseignante de littérature dans un cégep, j’ai motivé un groupe de douze étudiants à participer au Prix littéraire des collégiens 2017 au cours de la session d’hiver. Toutes les deux semaines, nous nous rencontrons pour discuter des œuvres sélectionnées, pour les décortiquer et les critiquer et ainsi en déclarer une gagnante du Prix littéraire des collégiens 2017.

Les maisons de Fanny Britt était la lecture pour la quatrième rencontre du Prix.

« Tessa est égoïste, m’a lancé une étudiante. Égoïste de penser partir aussi facilement, laisser tout en plan. Ça fait encore plus mal de savoir que son mari Jim l’aime autant. »

Roman sur l’envie d’adultère, Les maisons aborde avec féminité et justesse le sujet.

L’écriture a plu aux étudiants : l’expérience dramaturgique de l’auteure paraissait dans les dialogues par le franc-parler des personnages, leurs expressions, leur façon de communiquer; Fanny Britt possédant un style plus clair que les autres auteurs, plus doux.

L’histoire

Tessa, agente immobilière, mère de trois enfants, femme de Jim, rencontre son amour de jeunesse. Elle se remettra en question sur ses choix personnels et familiaux.

À l’aide de petites bribes du passé, on découvre la personnalité de Tessa. Une femme qui ne s’aimait pas, dont la vie n’était pas contrôlée, anxieuse. Les gens qu’elle avait aimés de tout son cœur sont coincés dans le passé : son frère, mort lorsqu’elle était plus jeune, et Francis, ancien amoureux. Ils étaient restés immortels, parfaits; ses souvenirs d’eux étaient intacts. Elle les idéalisait et cette rencontre inattendue avec Francis remet les choses en perspective.

L’amour

Les étudiants ont décortiqué les relations amoureuses de l’œuvre: l’amour « amoureux », celui de Jim envers Tessa, un amour simple, chaleureux et sain; l’amour « raisonné », celui de Tessa pour Jim, vu qu’elle étudie constamment son couple, qu’elle se remet en question à maintes reprises; l’amour « passionné » de Tessa et de Francis, qui n’aura que brièvement survécu, étant déjà impossible dès son commencement.

La rencontre avec Francis a été un moment marquant, surtout grâce à l’étude de ses mains, de ses cheveux, au moment où cette ombre qui planait sur elle lors des dernières semaines disparaît. Où elle comprend que l’homme qu’il est aujourd’hui n’est plus du tout cet idéal qu’elle avait créé, que son Jim l’attendra à la maison, sans se douter de rien, qu’elle peut enfin mettre ses doutes de côté.

N’est-ce pas d’une éclatante évidence? Est-il encore possible que ce soit lui, mon amour torrentiel? Ses cheveux grisonnants mais surtout clairsemés […] ses cheveux changés, en tout cas, et puis les vêtements, ceux-là mêmes qu’il aimait à l’époque, mais qui désormais lui donnent un air tristounet, ce Francis réel, en somme, que vient-il faire dans mes délires? (p. 205)

Fanny Britt nous livre la gestion de la crise de la quarantaine d’une femme anxieuse et elle le fait avec brio. Les personnages sont complexes, ont une profonde psychologie et nous confrontent à nos valeurs.

Le moment intime entre Tessa et son premier enfant a charmé les étudiants, ils le décrivaient comme une « chose parfaite », le lien familial idéal où pour une fois, Tessa réussissait à perdre toute l’angoisse qu’elle avait en elle. Toutes les mentions du projet du pont d’un de ses enfants montraient la banalité du quotidien avec ses activités familiales, si bien décrite par Britt.

Un verdict oscillant entre 6/10 et 8/10, les étudiants ayant apprécié la lecture de l’œuvre, mais ne la considèrent pas comme un classique, comme une œuvre qui perdurera dans le temps à cause de son sujet, l’amour infidèle, et du fait qu’il est très féminin.

Pourtant, moi, je l’ai adoré et je le trouve efficace, aussi pertinent maintenant que dans trente ans. C’est peut-être l’âge, me direz-vous.

Si Les maisons vous intéresse, allez lire l’article de Martine pour obtenir une seconde critique. 

La prochaine et dernière lecture du Prix littéraire des collégiens sera Des femmes savantes de Chloé Savoie-Bernard.

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Le charme évident des écrits d’Amélie Panneton

Les blocs appartements sont pleins de vide. De mystère. On entend souvent le voisin d’au-dessus marcher sur nos têtes, mais on ne l’a jamais vu. On croit savoir que les gens qui vivent à côté se chamaillent beaucoup parce que leur voix transpercent souvent les murs, mais peut-être que ce sont des acteurs qui pratiquent une pièce, au fond. On connait souvent bien peu les gens qui nous entourent lorsque l’on vit en appartement. Ces gens qui partagent nos pas mais desquels on n’aperçoit souvent que l’ombre.

Avec Le charme discret du café filtre, Amélie Panneton tente une percée réussie dans cet univers qu’est celui de locataire. Étage par étage, elle nous convie à la découverte des résidents d’un immeuble rue St-Joseph, dans le quartier St-Roch de Québec. Et si on tentait de découvrir qui sont les gens qui nous entourent? En faisant défiler les résidents de l’immeuble, on découvre des récits à la fois banaux et uniques, des récits de gens comme tous les autres. Des gens qui pourraient être nos voisins, voire nous-mêmes. On aime découvrir ces parcelles du commun, ce quotidien étalé au grand jour.

Au premier étage, on rencontre des jeunes adultes qui vivent dans un grand 6 ½ et qui doivent apprendre à concilier leurs caractères et leurs différences. Leurs particularités et leurs fragilités. Puis, juste au-dessus, au deuxième, deux hommes partagent leur passé, les moments doux qui bercent leurs journées et les difficultés qui les guettent. Et ça continue. Il suffit d’ouvrir une nouvelle porte, de monter un nouvel étage pour découvrir une nouvelle vie, un nouvel éclat qui nous fera connaître brièvement l’humain qui habite à quelques pas.

Des moments, des idées, des perles que l’on découvre au passage, que l’on prend avec avidité parce qu’ils sont mis en place par des mots d’une grande délicatesse. Ces moments d’une simplicité extraordinaire deviennent soudainement grandioses lorsqu’ils sont écrits avec la plume de Panneton. Une soirée au cinéma, une sortie à l’épicerie, un souper raté, tout se transforme, tout devient nôtre, tout devient réel. Ces aventures nous ressemblent, nous touchent et viennent nous rappeler comme nous sommes semblables les uns aux autres, au fond.

On parcourt les récits avec lenteur, pour être certains de bien attraper toute la beauté que l’auteure a réussi à glisser entre les lignes de ces nouvelles courtes et vives, écrites avec une plume magnifique.

Avec le Charme discret du café filtre, Amélie Panneton rend ses lettres de noblesse à la simplicité qui berce nos vies et dont on oublie bien souvent de faire l’éloge.

 

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Un univers canadien à travers la plume d’Alice Munro

Il y a quelques années, je me suis aperçue que mis à part Lucy Maud Mongmery avec Anne la maison aux pignons verts et Émilie de la Nouvelle Lune, je ne connaissais absolument rien à la littérature canadienne. Des auteurs québécois oui, bien sûr j’en avais lu plusieurs, mais je pouvais difficilement nommer un auteur d’une autre province.

Alors, lorsque la Canadienne Alice Munro a gagné le prix Nobel de littérature en 2013, je me suis empressée d’acheter un de ses recueils de nouvelles et je l’ai ajouté à ma longue liste de « à lire ». C’est trois ans plus tard que j’ai finalement ouvert le livre, prête à plonger dans l’univers d’Alice Munro.

Au moment où j’ai commencé son recueil Amie de ma jeunesse, je venais de lire plusieurs romans américains et je m’attendais à rester dans le même ton avec le même genre de références socioculturelles. Quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver dans un univers si proche et pourtant si différent du mien. Ni littérature québécoise, ni littérature américaine, j’avais l’impression de plonger dans un nouveau monde et de rentrer à la maison en même temps. Ce n’était assurément pas une pâle copie de la littérature américaine, les nouvelles avaient leur propre système de référence socioculturelle. Soudain, il n’y avait plus de distance entre francophones et anglophones, il y avait juste une expérience canadienne, une parmi tant d’autres possibles.

J’ai aimé ces voix de femmes, de l’Ontario à la Colombie-Britannique, qui nous offrent des petits bouts de leur histoire, profondément enracinée dans les grands espaces. Les grands espaces de la campagne canadienne, que ce soit au Québec ou en Ontario, ont tous quelque chose qui se ressemble, qui font de nous des bâtisseurs, un point d’union dans notre identité. Il est intéressant de voir les différents thèmes de l’œuvre : voyage, mariage, carrière, religion, éducation et bien d’autres encore, abordés à travers le regard de femmes. Le XXe siècle apparaît soudainement différemment, bien que toujours pris dans ce mouvement de balancier entre la tradition et la modernité. Alice Munro ajoute aussi une nouvelle facette aux thèmes du divorce et de l’adultère, montrant qu’il n’y a pas toujours un coupable, que parfois ce sont juste de mauvaises circonstances. Les nouvelles de ce recueil présentent presque toutes une narration double, complexe, mais fluide, qui restitue vraiment le sentiment de se faire raconter une histoire.

Bref, ce fut une magnifique découverte de la littérature canadienne pour moi. Il me tarde déjà d’aller lire d’autres nouvelles de cette auteure et de continuer de découvrir toute la richesse littéraire que nous offre le Canada. Et vous, quel roman canadien vous a marqué?

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Dear Ijeawle : petit manifeste en 15 suggestions

C’est lors de la journée internationale des droits des femmes, une journée après sa sortie, que je me suis retrouvée en librairie avec la ferme intention de me procurer le nouvel essai de l’auteure Chimamanda Ngozi Adichie. Dans la même veine que Nous sommes tous des féministes, elle  nous revient avec une autre petite plaquette ; Dear Ijeawele, or A Feminist Manifesto in Fifteen Suggestions.  

Sous forme de missive, elle prodigue 15 conseils et suggestions  à une amie, nouvellement maman d’une petite fille.  Tout en nuances, Chimamanda offre son opinion sur les possibles marches à suivre pour élever une fille forte et indépendante dans une société qui valorise plus souvent qu’autrement  le contraire.

La perspective d’Adichie est intersectionelle, racisée et bien évidemment féministe. Elle crée un espace pour discuter des stéréotypes de genres, des standards de beauté, de la sexualité, en remettant le tout dans un contexte bien ancré dans la culture de son pays d’origine, le Nigéria.

D’à peine 80 pages, ce petit essai est rempli de bon sens. Je dois avouer avoir eu, à quelques reprises, quelques difficultés avec le ton, mais le contenu a vite rattrapé la donne. J’admire énormément toutes les nuances que l’auteure y fait. Ces nuances sont, à mon avis, la force de cet essai. Rien n’est encarcané, ni dicté. L’auteure cherche simplement à ouvrir la conversation sur ce que représente le fait d’être une femme  au 21ième siècle, sachant pertinemment qu’il n’y a pas qu’une façon d’être.

N’empêche qu’Adichie n’y va pas pour autant d’une main morte pour parler des problèmes de notre société, de la ferme place que doivent prendre les femmes dans celle-ci et des difficultés que cela implique. Elle assume ses opinions et points de vue, mais ne prétend pas tout savoir, ni avoir raison sur tout.

À travers ses suggestions et conseils, Chimamanda offre deux outils féministes en guise de prémisse. Les voici, en version anglaise, ne voulant pas en changer le sens en essayant de les traduire.

The first is  your premise, the solid unbending belief that you start of with […] Your feminist premise should be: I matter. I matter equally.  Not « if only. » Not « as long as. »

The second tool is a question: Can you reverse X and get the same results?

Ce sont ces deux lignes directrices qui, tout au long de l’essai, permettent nuances et questionnements.

Elle y parle du  fait que l’égalité ne devrait pas être conditionnelle, de l’importance du langage utilisé au quotidien,  de l’identité, du  fait de rejeter ce besoin d’être appréciée de tous. Elle aborde aussi  l’importance d’être une personne entière et non seulement une mère, que tout commence par soi. Un peu comme son premier essai sur le féminisme, Chimamanda Ngozi Adichie nous offre un texte tout en finesse et en justesse. C’est un ouvrage accessible, ouvert et fort.

C’est un texte que je conseille non seulement aux futures mamans, mais autant aux femmes qu’aux hommes, parents ou non, futurs parents ou sans enfants, qui cherchent à explorer des questions qui touchent toute la société dans laquelle on évolue, ensemble.

Quel livre sur le féminisme conseilleriez-vous à tout le monde ? 

La mort de la lecture pour le plaisir

Quand nous faisons le choix de nous inscrire dans un programme collégial ou universitaire en littérature, nous choisissons délibérément de consacrer la majorité de notre temps libre à la lecture. Il était plus qu’évident, dès mon jeune âge, que j’étais destinée à travailler et à vivre parmi les livres. J’ai donc suivi un parcours plus ou moins classique, c’est-à-dire en commençant par le programme d’arts et lettres, profil littérature au cégep pour poursuivre au baccalauréat en enseignement du français au secondaire et pour finalement me rendre à la maîtrise en études littéraires, profil recherche. On m’a déjà dit que les deux seuls endroits où nous pouvions lire sans arrêt, et ce, sans que personne ne nous le reproche, sont la prison et l’école. Ceci n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Ceci dit, entre les lectures obligatoires et les lectures théoriques, je constate que mes lectures personnelles deviennent plus ou moins inexistantes. En somme, je ressens tristement ce sentiment de ne pas lire avec liberté.

Les lectures obligatoires

Évidemment, les cours offerts sont également accompagnés de lectures obligatoires. Les corpus sélectionnés par les enseignants ne répondent pas toujours à nos goûts personnels et il arrive bien souvent qu’ils ne satisfassent pas notre soif de lecteur expérimenté. Je dois tout de même soulever que ce sont des enseignants qui m’ont fait découvrir Miron, Poe et Huston. Cela dit, il demeure que ces expériences de lecture s’accumulent et qu’elles finissent par peser lourdement sur nos épaules. Nous avons parfois l’impression de devenir des lecteurs robotiques qui exécutent une tâche routinière qui consiste à gober le plus de mots possible dans un laps de temps prescrit afin de pondre une rédaction. De surcroît, dans ces moments, nous mettons bien souvent nos lunettes d’analyste. Dès lors, nous sommes à la recherche de procédés stylistiques, de champs lexicaux et de caractéristiques propres au genre dans lequel s’inscrit l’œuvre en question. Il arrive même que nous en oubliions l’histoire ainsi que le plaisir et la réflexion que nous sommes censés retirer de celle-ci.

Les lectures théoriques

Déjà au baccalauréat, les enseignants nous demandent de nous familiariser avec les critiques littéraires afin d’appuyer nos propres analyses des théories des spécialistes. À la maîtrise, tout cela devient indispensable. La rédaction d’un mémoire implique de nombreuses lectures théoriques, qui se veulent la plupart du temps très touffues, parfois assez obscures et qui demandent plusieurs relectures. Dans mon cas par exemple, les ouvrages psychanalytiques sont très difficiles à déchiffrer et ils obligent un niveau de concentration extrêmement élevé afin d’accéder à une compréhension complète. Par conséquent, impossible ou presque pour moi de lire ces livres dans le transport en commun ou à la pause au travail. Il faut donc choisir des moments propices à ce genre de lectures, ce qui restreint davantage notre temps pour la lecture pour le plaisir. D’ailleurs, lorsque nous venons de passer un bon trois heures à décortiquer ce que tente de nous dire Lacan alors qu’il traite de la Chose, nous n’avons plus aucune envie par la suite de nous étendre à nouveau devant un livre ne serait-ce que pour se relaxer et c’est exactement à cet instant que Netflix prend le dessus.

Les lectures personnelles meurent

Avec ma naïveté d’utopiste bien endurcie, j’ai pensé longtemps que je pourrais passer mes journées à lire comme bon me semble pendant mes études. Je dois vous avouer que je me suis rapidement désillusionnée. En fait, plus j’avance dans mon parcours scolaire et plus je me rends compte que mes lectures personnelles deviennent inexistantes. Ce constat me fait particulièrement peur. D’une part, je vois ma PAL prendre de l’expansion, car non je n’arrête tout de même pas d’acheter des livres dans mes temps libres. D’autre part, je vois mon temps consacré à mes lectures personnelles rétrécir, voire devenir complètement néant. De surcroît, lorsque je décide enfin de laisser tomber un ouvrage théorique pendant quelques jours afin de m’octroyer un petit plaisir personnel avec l’un de mes romans qui commence à prendre la poussière dans la bibliothèque, je finis toujours par ressentir un sentiment de culpabilité, me reprochant constamment de procrastiner et de repousser le travail qui devrait être fait dans les plus brefs délais.

Je trouve bien dommage que les études auxquelles je rêve depuis mon enfance grugent finalement ce qui me plaît le plus dans celles-ci, à savoir le plaisir de lire. Et détrompez-vous, ce n’est pas que mes lectures théoriques me déplaisent. Il serait bien triste que mes recherches ne m’apportent aucune satisfaction. Cependant, ce n’est pas du même registre que de s’asseoir dans notre fauteuil favori pour commencer le nouveau roman que nous venons tout juste de nous procurer. Il y a cette liberté de choisir et de ne pas devoir rendre de compte après notre lecture. Il est bien différent de simplement devoir savourer les mots que de devoir bien les mastiquer pour les digérer comme il se doit, comme il est attendu qu’on le fasse. Du moins, lorsque le constat se fait sentir davantage, je me dis vivement les vacances d’été pour me replonger à nouveau dans ce qui me procure un réel soulagement, la lecture strictement réservée à mon bien-être.

Et vous, comment arrivez-vous à départager le tout entre lectures obligatoires, lectures théoriques et lectures personnelles? Avez-vous cette impression parfois de perdre votre liberté de lecteur et lectrice?

 

Jane Eyre, Les Hauts du Hurlevent et La Recluse de Wildfell Hall : les bris de conventions des soeurs Brontë

On m’a souvent demandé de dresser de petites listes exhaustives de mes œuvres littéraires préférées (n’est-ce pas la pire tâche à accomplir pour tout bibliophile de ce monde?). Si la réalisation de ces petits « tops 5 » ou « tops 10 » s’avère complexe devant l’immensité des romans lus et aimés, les œuvres des sœurs Brontë (Charlotte, Emily et Anne) arrivent, en revanche, toujours en tête de liste. Bercée depuis fort longtemps par leurs univers, j’avais hâte de vous partager les multiples raisons (qui pourraient s’allonger bien au-delà d’une page en entier, il va sans dire!) rendant compte de mon admiration à leurs égards. Laissant derrière elles un héritage littéraire hors du commun, les sœurs Brontë fascinent et marquent l’imaginaire, que ce soit pour l’originalité, l’avant-gardisme (les aventures et la personnalité de leurs protagonistes viendront chambouler les mœurs de l’époque victorienne), la richesse et la complexité de leurs œuvres respectives.

Voici donc un résumé de mon appréciation générale sur leurs trois ouvrages principaux!

Les Hauts du Hurlevent (Emily Brontë) 

Tragédie et amour impossible sont au rendez-vous au sein de l’étrange manoir de la famille Earnshaw : le récit relate principalement les sombres desseins d’un jeune homme prénommé Heatcliff, qui, animé par la vengeance, tentera d’assombrir le destin de deux familles…

J’aime : l’intensité, la folie et la violence dans lesquelles le récit est trempé. Pour la cruauté et les choix immoraux de certains personnages, motivés par la vengeance, qui m’ont littéralement sidérée et ébranlée. Pour cette ambiance oppressante et sombre, dépeinte au sein de ces cimetières lugubres et ces landes interminables, rappelant un certain décor de fin du monde. Pour cet étrange envoûtement, cette attirance ensorcelante entraînant rapidement le lecteur dans la tourmente et les tribulations familiales (certes insolites) des Earnshaw. Bref, ce roman recèle des qualités immenses, notamment pour la fine analyse psychologique des personnages, ainsi que pour son aspect nuancé, nous rappelant que les frontières entre la raison, le délire, l’amour et la haine se juxtaposent, s’entrechoquent, s’embrouillent, se mêlent et n’établissent enfin jamais réellement de limites ou de séparations clairement définies. Un roman à lire et à relire.

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(Source : Indie Wire)

Jane Eyre (Charlotte Brontë) 

Ce roman relate les tribulations d’une jeune orpheline : à sa sortie de l’internat, celle-ci sera engagée comme préceptrice auprès d’Adèle, la protégée d’un certain Rochester (le nom vous dit sûrement quelque chose n’est-ce pas?) au château de Thornfield-Hall. Quelques mois plus tard, Jane fera alors une découverte insolite, levant ainsi le rideau sur le lourd secret d’Edouard Rochester…

J’aime : le personnage fut (et demeure encore aujourd’hui) l’une de mes héroïnes littéraires préférées! L’écriture habile et brillante de Charlotte Brontë dépeint avec brio l’intelligence, la ténacité et la fougue passionnée de Jane. Agréable à lire, Jane Eyre est un récit qui nous plonge toutefois aux confins d’une Angleterre victorienne intransigeante, parfois même impitoyable (quelques passages du roman, grandement inspirés de la vie de l’auteure, sont ainsi témoins d’une époque ou la précarité des conditions de vie et la sévérité de certaines mœurs ne laissaient guère de place à l’émancipation). De ce fait, les décisions que prendra Jane tout au long du roman contrastent fortement par rapport au modèle féminin de son temps : l’héroïne, à l’aube de l’âge adulte, est entièrement maître de ses choix, que ce soit sur le plan relationnel ou professionnel.

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(Source: Pinterest)

La recluse de Wildfell Hall (Anne Brontë) 

Le roman raconte l’histoire d’une jeune femme (Helen Graham) qui, après avoir fui son mari (violent et alcoolique), décide de s’établir à Wildfell Hall en compagnie de son fils. Cette arrivée impromptue fera ainsi l’objet de rumeurs et de curiosité auprès des villageois : le caractère, la franchise et le franc-parler d’Helen surprennent et choquent bon nombre d’entre eux! Comment réagiront-ils quand la vérité sera étalée au grand jour? À vous de découvrir…

J’aime : Souvent boudé par autrui (pauvre Anne, c’est bien dommage!), The Tenant of Wildfell Hall recèle pourtant de très grandes qualités : considéré comme l’un des premiers ouvrages féministes, le roman contient également quelques parcelles autobiographiques, présentes principalement chez le personnage d’Arthur Huntingdon (l’époux d’Helen, dont la folie et la violence seront souvent comparées au frère des soeurs Brontë, Branwell). D’un point de vue plus personnel, je me suis rapidement attachée au personnage d’Helen, emplie de volonté, de courage, de détermination et de sensibilité. Le procédé narratif m’a également plu : le récit, raconté par Helen (en deuxième partie) et par le fermier Gilbert Markham, nous permet ainsi de connaître différents points de vue et perceptions sur les événements traités. Plus réaliste que les romans de ses sœurs, l’oeuvre d’Anne Brontë est franchement intéressante et fut pour moi une belle surprise!

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(Source: livraddict)

Voilà mon petit moment « groupie » des romancières Brontë! Si vous êtes familiers avec leurs œuvres, laquelle préférez-vous et pourquoi?

*Petite note : l’illustration est une réalisation d’Élodie Trudel, étudiante en graphisme à Montréal. Pour jeter un œil à son univers, ses illustrations et ses photographies (charmantes et super jolies!), c’est par ici : instagram.com/oh.elo