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18 000 km sur deux roues et dans 27 pays : Le récit du voyage de Jonathan B. Roy dans ses Histoires à dormir dehors

«Quel besoin est assez puissant pour pousser un jeune homme à quitter son emploi, sa famille et ses amis, à mettre ses possessions en boîte et à partir pédaler de par le monde?» Ces premières lignes du livre Histoires à dormir dehors sont suffisantes pour me mettre l’eau à la bouche. Je dois dire que j’adore lire des récits de voyage et encore plus ceux dont les séjours racontés s’étalent en longueur et en distance, ou qui incluent une dimension sportive, qui est ici celle du vélo. Et je suis servie : le livre raconte l’incroyable périple de Jonathan B. Roy qui, pendant les années 2016 et 2017, parcourt 18 000 km en vélo et traverse 27 pays. Qui est Jonathan B. Roy? Qu’est-ce qui l’a effectivement poussé à partir? Quels sont les obstacles qu’il a rencontrés, les gens qu’il a croisés, les pays qu’il a visités? Le livre Histoires à dormir dehors est le récit de ses aventures, par lui-même et sur un ton personnel investi d’un très beau regard sur le monde. Personnellement, cette lecture m’a charmée, et il y avait réellement de quoi me faire rêver et… me donner envie (« encore », certain.e.s diraient-ils) de partir.

La genèse du projet

S’il est adepte de vélo depuis son adolescence, Jonathan B. Roy n’est pas pour autant un athlète de haut niveau. Le diplômé en droit et en génie se dit tout de même curieux de nature et un backpacker expérimenté, ce qui le pousse, lorsqu’il a trente ans, à laisser momentanément derrière lui sa vie au Québec pour aller pédaler autour du globe. La volonté de partir pour une longue durée provient du désir qu’il a de savourer réellement le voyage, puisque avoir du temps est ce qu’il qualifie de luxe, qui lui permet de modifier aisément ses plans et de faire ce qu’il veut selon les aléas des rencontres et des événements. Quant au vélo, c’est un moyen de transport qu’il dit idéal, parce qu’il peut avec lui parcourir le territoire qui se trouve «entre» les destinations touristiques, ce qui lui permet d’aller plus facilement à la rencontre des gens, ce qu’il souhaite ardemment. L’objectif de son voyage n’est ainsi pas tant la prouesse physique que l’aspect humain, bien qu’il faille visiblement à ce globe-trotter sur deux roues de l’endurance et du courage — courage dont il ne prend pas les mérites, le définissant plutôt comme «un muscle» qu’il suffit d’entraîner.

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Le projet lui trotte dans la tête plusieurs années avant qu’il ne le réalise concrètement. Dans le touchant prologue de son livre, il raconte comment c’est le décès de sa mère qui est l’élément déclencheur de la mise en branle réelle de son voyage. À force d’attendre, on peut tout manquer, s’aperçoit-il, et cette prise de conscience a un effet choc sur lui. Celle-ci l’oblige à commencer la préparation concrète de son périple et à mettre ses peurs et ses doutes de côté.

«La décision de quitter son confort et tout ce qui est familier n’est facile pour personne. Elle ne l’a certainement pas été pour moi; j’ai pensé à mon projet pendant des années avant de me décider. […] S’il n’y a jamais de moment idéal pour partir, celui-ci peut néanmoins se préparer. Certes, on voudra toujours mettre plus d’argent de côté, prendre davantage de temps pour s’organiser ou se mettre plus en forme. Mais le plus difficile, c’est de faire le premier pas vers le changement.» (p. 257)

Son voyage, qui s’étire sur quatorze mois, n’était pas initialement de cette longueur. Au début, explique-t-il, il pensait partir sept mois, depuis l’Angleterre jusqu’à la Chine — projet tout de même ambitieux pour celui qui craignait de ne pas réussir à franchir les deux premières semaines. Le récit qu’il en fait, après coup et une fois ses incertitudes révélées, est plutôt celui d’un voyage qui dépasse tous les plans planifiés : quatorze mois de vélo, de camping dans sa tente (mais aussi d’invitations spontanées de repas et d’hébergement), d’anecdotes, de sentiers magnifiques ou moins praticables, d’histoires de visa, de moments d’intense chaleur comme de froid, de paysages fantasmagoriques (photos à l’appui!), de déluges, de familles accueillantes, etc. Puis, à l’issue de ces mois, un moment d’arrêt s’impose, et il rejoint Kuala Lumpur en Malaisie, où il se voit offrir un contrat de travail. Puis, la fin du livre laisse présager le retour du cycliste sur les routes, ce qui est, bien sûr, presque inévitable pour ce mordu d’aventures qui ne tient pas en place bien longtemps.

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Le récit de son voyage dans Histoires à dormir dehors

Je crois sincèrement que la manière dont Jonathan B. Roy a décidé de livrer le récit de son voyage est la bonne, la meilleure qui soit. Les témoignages qu’il fait sont sincères, touchants et teintés d’un regard sur le monde qui est vrai, beau, voire émerveillé, mais pas idéalisé. C’est la réalité du monde qu’il nous raconte au fil des pages de son livre. En ce sens, l’écriture laisse parfois voir un sentiment d’inconfort ou de douleur qu’il assume, que ce soit face au passé violent de certaines villes, dont il relate certains faits de manière plus historique, ou par la constitution de son identité touristique blanche et favorisée, dont il a conscience. Le résultat est un récit personnel, riche et tout en nuances, agrémenté de photos magnifiques qui m’ont laissée à plusieurs reprises ébahie. Je pense que le désir qui sous-tend le voyage de Jonathan B. Roy, qui est de voir le monde autrement et d’aller à la rencontre des gens de manière authentique, est très bien transmis dans ce livre, qui laisse voir toute la beauté du monde et des gens. Ses réflexions, qui démontrent les immenses transformations positives que son voyage a entraînées sur lui, sont aussi tournées vers ce qui l’entoure, vers le souhait d’un monde meilleur dans lequel les frontières des différences seraient abolies, puisque les humains, constate-t-il, sont en fait tous pareils, partout.

«En cette époque de murs, réels ou psychologiques, je me demande sincèrement si la véritable identité entre les humains ne passera pas, un jour lointain, par l’abolition de ce concept inventé que sont les frontières. La première étape de cette utopie serait sans doute de laisser tomber ses barrières intérieures et d’accepter les différences.

J’ai d’ailleurs senti mon propre horizon mental s’élargir pendant que j’avançais dans ces vastes paysages. J’ai gagné en confiance, perdu en stress. Le voyage m’a fait comprendre que certaines choses se contrôlent et d’autres pas. J’ai fait quelques pas le long de cette lente progression qui mène de la naïveté à la sagesse.

En transportant ma vie dans quelques sacs, j’ai appris à mieux apprécier le peu que je possédais. On n’a pas besoin de beaucoup pour être heureux.» (p. 259)

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Personnellement, j’ai adoré la lecture de ce récit de voyage, qui a donné — si cela est possible! — encore plus d’ardeur à mes envies de partir de nouveau, plus longtemps et plus loin. C’est que Histoires à dormir dehors réussit à raconter avec justesse et enthousiasme ce qui en pousse plusieurs à voyager et ce qui nous comble lors de ces périples, c’est-à-dire un «je-ne-sais-quoi» d’incroyable qui advient lors du contact avec de nouveaux endroits et paysages, lors du hasard des rencontres avec d’autres (locaux comme voyageurs expérimentés), et ce qu’il provoque de transformations profondes, ainsi que la liberté qu’il amène. Ce livre est une ode magnifique aux longs voyages, à la découverte, à l’aventure et au dépassement de soi, qui vaut la peine d’être lu par tous les voyageurs ou aspirants, ou simplement les rêveurs.

Pour suivre Jonathan B. Roy dans ses périples

Avant d’être un livre, les aventures de Jonathan B. Roy étaient relatées sur son blogue, qu’il continue d’alimenter de la suite de ses aventures — puisque depuis, il n’a cessé de repartir sur les routes. Enrichi de vidéos, de témoignages et de billets de nature plus explicative (comment il choisit son équipement, comment il réussit à voyager sans se ruiner), le blogue est extrêmement intéressant. Tout comme son livre, ses chroniques sont livrées avec grande humanité et avec une proximité sincère avec le public (par exemple, il ne cache pas ses multiples essais pour tourner certaines scènes de ses vidéos et ne montre pas seulement le «bon» côté des choses). Pour l’humour, la simplicité et la richesse de son contenu, je vous invite à le suivre.

Pour son blog, c’est par ici.

Pour un aperçu de son projet, il y a une chouette vidéo de présentation ici.

Pour quelques capsules vidéo humoristiques, c’est ici.

Y a-t-il des livres qui vous font rêver de voyages et d’aventures?

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Ces livres qui rendent hommage aux livres

Les livres dans les livres

J’ai toujours été fascinée par les livres qui abordent la lecture. J’aime noter les livres que les personnages de roman lisent. Muriel Barbery m’a donné envie de découvrir l’œuvre de Tolstoï; Haruki Murakami, celle de Tchekhov.

Je jubile devant une référence littéraire.

Quelques-uns de ces petits bijoux de papier se retrouvent dans ma bibliothèque jeunesse. Voici mes incontournables :

Les livres de Madame Sacoche – Angèle Delaunois, Caroline Merola

« Quelques fois, ses histoires sont tristes, d’autres jours, elles nous font rire ou encore réfléchir. Mais toujours, elles font pétiller nos yeux. Avec elle, on voyage partout. Dans le passé, dans l’avenir, et même dans des mondes qui n’existent pas. Madame Sacoche est championne pour développer notre imagination. »

Madame Sacoche a au moins douze sacoches remplies de ses histoires préférées. Elle a une telle passion des livres qu’elle en parle partout où elle en a l’occasion, surtout dans les écoles. Son talent indéniable pour raconter des histoires transporte les enfants dans des mondes de rêves. Inspirée d’Andrée Racine – la vraie Madame Sacoche -, ce magnifique album illustré par Caroline Merola fait l’éloge des livres, mais aussi de l’imagination et du partage.

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L’enfant des livres – Oliver Jeffers, Sam Winston

« Nous sommes d’un monde d’histoires…

Notre maison est une maison que nous inventons. »

Une petite fille invite un enfant à voyager avec elle dans un monde de mots et d’aventures. Avec ses illustrations faites de dessins, de peintures et surtout de collages de mots et d’histoires provenant de la littérature classique, chaque page est une œuvre d’art. Je conseille ce merveilleux album autant aux enfants qu’aux adultes, qui seront touchés par sa poésie et son ode à la richesse de l’imaginaire. Pour aller plus loin et découvrir les œuvres citées dans les illustrations, un index se trouve sur la page de garde.

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Un livre, ça sert à quoi? – Chloé Legeay

« Un livre, c’est un coin de tranquillité. »

« Un livre, ça fait grandir. »

Dans cet album mettant en vedette un jeune lecteur et sa petite peste de sœur, on répond à cette question : un livre, ça sert à quoi? Évidement, il y a une pluralité de réponses, et chaque enfant risque d’y trouver son compte. Le point fort de ce livre est l’humour que l’on retrouve dans les nombreux détails des illustrations, dans les titres des livres, par exemple : un monstre qui lit « Vaincre nos peurs », le lapin qui lit « Arsène Lapin » ou bien le garçon qui lit « Contes pour enfants pas sages » à sa petite sœur (il y a aussi de l’humour moins subtil, comme le bébé qui lance ses excréments ou qui s’est fait une « beauté » avec le maquillage de sa mère). À la fin de l’album, on invite l’enfant à créer son propre livre.

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#instaquestion

La littérature jeunesse regorge de livres qui font l’éloge de la lecture. J’ai demandé des suggestions à des amoureux.ses des livres via ma page Instagram . Les voici :

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@vikoulka : Le gros monstre qui aimait trop lire (Lili Chartrand – Rogé)

@sabrinaaydora : La montagne de livres (Bonilla Roccio)

@chacunsoncrayon : L’extraordinaire garçon qui dévorait les livres (Oliver Jeffers)

@nos_petites_lectures : Nous sommes dans un livre (Mo Willem)

@folies_livresques : Lili Pinson et le secret des lettres (Véronique Gagnon-Pelletier – Enzo) et Moi, Albert, détestateur de livres (Ingrid Chabbert – Raul Guridi)

Quelles sont vos suggestions?

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Tant que nous sommes vivants, conte moderne tendre et captivant

J’ai reçu Tant que nous sommes vivants en cadeau de Noël. Malgré que le roman soit classé dans la section jeunesse chez Gallimard, on m’a assuré que l’histoire n’était toutefois pas enfantine. J’ai d’abord été intriguée par la couverture; les dessins représentent quelques intrigues de l’histoire et piquent juste assez notre curiosité pour nous donner envie d’y plonger.

Je ne m’étais pas fait beaucoup d’attentes avant d’en commencer la lecture, j’ai préféré me laisser absorber dans l’histoire sans attente ni jugement et je crois que c’est pour cela que j’ai finalement autant apprécié ce livre.

Selon la quatrième de couverture, Anne-Laure Bondoux décrit son oeuvre comme un conte moderne rare, puissant et hypnotique. L’histoire d’une grande aventure de deux amoureux qui devront traverser un périple unique pour faire survivre leur amour.

L’histoire de Bo et Hama

Tout commence dans une petite ville ouvrière quelque part dans un pays en guerre et en pleine crise économique. Les emplois sont rares, et l’usine est l’unique moteur des environs. Bo y travaille de jour; Hama, de nuit. Ils se croisent au changement de quart de travail pour quelques minutes, puis passent tous leurs dimanches ensemble. Leur amour n’est fait que de courts moments presque volés, mais survit malgré tout jusqu’à la conception d’un enfant.

Une tragédie survient, l’usine est détruite et le couple n’a pas le choix de fuir ce qu’il a toujours connu. Il s’enfonce dans la nature sauvage, croise d’autres villes en ruines et trouve finalement refuge dans une série de cavernes creusées jusqu’aux entrailles de la terre, habitées par une ribambelle de frères et sœurs à la peau verdâtre et au cœur sur la main. En sécurité, Hama et Bo s’y bâtissent un quotidien rythmé par les saisons, calmes et entourés de leurs nouveaux amis. Hama finira même par y donner naissance à Tsell, leur fille, et à l’élever.

Encore une fois, une tragédie survient et le couple n’a pas le choix de quitter les cavernes avec Tsell, là où leur histoire prendra un nouveau tournant. Tsell rencontre un jeune soldat de 13 ans, Vigg, qui l’aide à retracer son passé et à comprendre toute la route qu’ont parcourue ses parents pour en arriver jusque-là.

« Il faut toujours perdre une part de soi pour que la vie continue. »

Cette citation est au cœur de l’histoire. Bo et Hama sont constamment émiettés par la vie, perdant à chaque étape un peu plus d’eux-mêmes. C’est avec une certaine tristesse que nous assistons à leur lutte et à leurs pertes, mais nous ne pouvons qu’être inspirés par leur résilience et leur force de caractère. J’ai particulièrement été touchée par le personnage de Hama, une femme forte qui, malgré ses cauchemars et ses peurs, ne se laisse jamais abattre. Tsell, sa fille, hérite sans contredit de son côté aventureux, de son courage et de sa détermination.

Ombre et lumière

J’ai particulièrement aimé l’ambiance dans laquelle baigne toute l’histoire. Les décors à la frontière entre le réalisme et la fable, avec des personnages humains aux caractéristiques extraordinaires. Parmi mes préférés : les petits habitants des grottes, hauts comme trois pommes à la peau verdâtre et aux prénoms numériques attribués selon leur ordre de naissance. Ils apportent une touche humoristique et font le pont entre l’ordinaire et l’extraordinaire. Le village d’origine de Bo et Hama n’a pas de nom, pas même de location géographique précise; il m’évoque n’importe quelle ville ouvrière de l’entre-deux guerres, avec une usine noircie par la pollution, des maisons abîmées par les attaques et des citoyens fatigués, mais remplis d’humanité et, surtout, d’espoir.

Tout au long de l’histoire, il plane quelque chose de mystique, preuve d’une grande imagination de la part de l’autrice, ce qui nous permet de voyager dans un univers totalement rafraîchissant. Dans un quotidien bombardé de productions américaines basées sur un modèle similaire, j’ai aimé m’évader dans une fable imprévisible, émouvante et grandiose. Je n’avais pas plongé dans une histoire du genre depuis très longtemps et, honnêtement, ça m’a fait du bien.

Je comprends pourquoi Gallimard le considère comme un livre jeunesse, mais je crois que ça ne devrait pas décourager quiconque de vouloir le lire!

Et vous, aimez-vous les contes modernes? Seriez-vous intéressés à découvrir l’histoire de Bo et Hama?

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Marina de Carlos Ruiz Zafón: le mystère du teufel

Ce qui se cache dans les ombres de Barcelone

«À la fin des années soixante-dix, Barcelone était une fantasmagorie faite d’avenues et de ruelles où l’on pouvait voyager trente ou quarante ans en arrière rien qu’en franchissant le seuil d’un immeuble ou d’un café. Temps et mémoire, histoire et fiction se mélangeaient dans cette ville ensorcelée, comme des couleurs d’aquarelle sous la pluie.  C’est là que, lointain écho de rues qui aujourd’hui n’existent plus, des cathédrales et des édifices échappés de légendes ont formé le décor de cette histoire.» (Zafón, 1999, p. 13).

Ainsi débute l’histoire du roman Marina de Carlos Ruiz Zafón, publié dans sa version originale en espagnol en 1999. On se retrouve plongé dans une Barcelone peuplée de fantômes, d’ombres et de souvenirs, dans une Espagne nouvelle. Jeune étudiant de quinze ans, c’est lors de l’une de ses nombreuses excursions à la rencontre de cette capitale catalane qu’Óscar Drai fait la rencontre de Marina Blau, dans le quartier de Sarriá. Jeune femme du même âge avide d’aventures, elle l’entraîne dans une investigation des plus dangereuses alors qu’ils cherchent à découvrir l’indicible secret de la femme en noir dont le visage demeure caché aux autres et qui dépose sur une tombe sans nom une rose rouge comme le sang le dernier dimanche de chaque mois. Ils se lancent alors à la poursuite de la vérité sur le mystère de l’homme au papillon noir, Kolvenik, de sa femme, Eva Irinova, des mannequins et de la créature à l’odeur putride qui semble les traquer. C’est à force d’entrées par infraction, de rencontres, de témoignages, de filatures et de découvertes de photographies des plus inusitées que la lumière se fait lentement sur la folie que peut entraîner la mort.

«Ce sentier semblait ne mener nulle part. Sans prendre la peine de me répondre, Marina s’y engagea. Au bout, un chemin montait vers un portail flanqué de cyprès. Et au-delà s’étendait pâle sous des ombres bleuâtres, un jardin enchanté peuplé de dalles, de croix et de mausolées couverts de moisissures. Le vieux cimetière de Sarriá.» (Zafón, 1999, p. 35-36).

La fascination du mystère

«- Parfois, les choses les plus réelles ne se passent qu’en imagination, Óscar.  Nous ne nous souvenons que de ce qui n’est jamais arrivé.» (Zafón, 1999, p. 101).

Récit envoûtant mêlant tragédie, horreur et fantastique, Marina se veut un roman accessible, bien qu’il soit porteur de frissons et d’angoisses. Détenteur d’une superbe plume, Carlos Ruiz Zafón tisse une intrigue dans une langue soutenue où les mots s’enfilent en des phrases mélodieuses, qui nous enchantent alors que l’on parcourt les pages. C’est dans cette richesse langagière que se construisent des personnages des plus tourmentés. On y retrouve des âmes brisées par la perte et la peur de la mort, qui arborent une psyché bien souvent complexe. C’est effectivement d’une brillante façon que l’auteur aborde la question de la mort et du dépérissement, et de la crainte qu’ils inspirent chez certains hommes. La quête, bien ficelée, suit un rythme des plus captivant, nous forçant à poursuivre notre lecture, avides que nous sommes de savoir quelle conclusion aura le roman. L’énigme se résout avec brio, satisfaisant notre curiosité en ne laissant rien de nébuleux. Marina s’achève dans une finale touchante où l’écho de toutes les histoires précédemment racontées semble se faire sentir.  

«Soudain un bruit résonna à l’intérieur de la serre. Je scrutai le manteau d’ombre qui nous entourait. J’entendis de nouveau ce bruit indéfinissable. Hostile. Maléfique. Je remarquai alors une odeur de pourriture, une puanteur pénétrante. Elle venait de l’obscurité comme l’haleine d’une bête sauvage. J’eus la certitude que nous n’étions pas seuls. Il y avait quelqu’un. En train de nous observer. Marina contemplait, pétrifiée, la muraille de ténèbres.» (Zafón, 1999, p. 48-49).

En finissant, Carlos Ruiz Zafón livre dans Marina une histoire intrigante où naît une amitié sincère entre deux personnages attachants en quête de la vérité sur une sombre histoire. L’énigme, bien travaillée, saura captiver autant adulte qu’adolescent par cette épopée dans les sombres rues d’une ville enchanteresse. Car le secret du teufel est caché à la lumière du jour, au plus profond des égouts de Barcelone…

Et vous quel est le dernier roman découlant du réalisme magique que vous avez lu?

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Claude La Charité et son meilleur premier roman

Le meilleur dernier roman est le tout premier roman de Claude La Charité. Et heureusement pour nous, ce n’est pas son dernier. Moi qui viens tout juste de terminer un baccalauréat en études littéraires et qui pouvais choisir n’importe quel livre, mon dévolu est finalement tombé sur celui-ci, dans lequel l’action principale se passe dans le département de littérature d’une université.

En effet, l’histoire se déroule en grande partie dans les réunions des professeurs de littérature de l’Université du Québec maritime (ne cherchez pas, elle n’existe pas). Ces professeurs, soucieux du nombre décroissant des inscriptions, veulent se démarquer des autres universités pour eux aussi avoir la cote. Pour s’y prendre, ils décideront de créer le prix de littérature Anthume du meilleur dernier roman, aussi appelé le prix Anthanase-David.

Cela peut sembler macabre à première vue, mais il en est tout autrement. Je me suis rendu compte, après cette lecture, que le roman de Claude La Charité me rappelait un peu mon ascension de l’Acropole des Draveurs. C’est abstrait, mais je tâcherai de bien m’expliquer.

L’ascension

Les premières pages peuvent parfois être autant apaisantes qu’essoufflantes. La trame du récit commence en plein milieu de la cérémonie de remise du premier prix Anthume qui tourne au vinaigre à cause des interventions de Son Immensité, l’auteur récompensé. 

Le lecteur voyage ensuite à différents moments de l’histoire en suivant les personnages présents lors de cette dite cérémonie. Il se promène entre des réunions du département de littérature qui mènent à la création du prix, un lancement de livre de Son Immensité, et se rend même jusqu’à des mois après la remise du prix.

Plus il poursuit son ascension sur le chemin du récit, plus il se rend compte que la création du prix n’est finalement qu’un décor pour la mise en scène d’une belle rencontre, celle entre Son Immensité et le narrateur, qui se voit alors investi d’une nouvelle mission. 

Il peut être difficile pour un lecteur distrait de suivre la narration. Il faut donc rester alerte pour être bien certain de ne manquer aucun beau moment, puisque ce livre en est rempli.

Le top de la montagne et sa vue

Après les ellipses temporelles, le lecteur arrive au dernier chapitre et il ne peut qu’être touché par cette douce sensibilité d’une vision panoramique et profonde des personnages. C’est la fin des faux-semblants, la finale d’un parcours qui ne fait qu’ouvrir les yeux sur le monde.

Personnellement, cela m’a fait prendre conscience des masques que nous portons parfois en société et avec lesquels on apprend à vivre et auxquels on finit par se conformer. Ce personnage, il nous est imposé et nous acceptons par dépit de le jouer, même si ce n’est au fond qu’une parodie de nous-mêmes.

Bref, la finale, je dois l’avouer, m’a fait monter les larmes aux yeux. Ce qui est chavirant aussi, c’est qu’il y a parfois des moments où l’on doute si nous sommes dans le réel ou la fiction. Je vous donnerais bien des exemples, mais j’aurais peur de trop en dévoiler. Cette autofiction donnera envie à celle ou à celui qui le lit de tout lire de Claude La Charité. Surveillez bien ses prochains titres, vous ne serez pas déçus!

Et vous, à qui donneriez-vous un prix Anthume?

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Faunes : une lecture à dévorer

Lune verte, brume tenace et pluie diluvienne plantent le décor de Faunes, le premier roman de Christine Vadnais que j’ai dévoré. Le livre nous plonge dans un futur pas si éloigné où les changements climatiques ont forcé la faune, autant animale qu’humaine, à s’adapter, à évoluer. On y suit l’histoire de Laura, une biologiste, qui assiste, aux premières loges, à cette évolution alors qu’elle étudie une nouvelle forme de parasite qui vicie les eaux et met en jeu notre survivance.

« Il est dit que le ciel est bleu et que l’eau traversée par sa lumière adopte la même couleur; mais dans ce lieu, l’air embué tient à la fois du vert et du gris, teintes tantôt parfaitement mates, tantôt fluorescentes. La rivière cache sous ses reflets des créatures et une menace inédite, croisement de milliards d’années d’évolution et de bouleversements climatiques récents. »

On se laisse glisser dans cette histoire, dans son atmosphère mystérieuse, empreinte de sensualité, qui flirte avec l’horreur. C’est un court roman qui emprunte la forme du recueil de nouvelles : c’est une suite de moments, presque comme des captures d’écran, dans la vie de la jeune femme.

On laisse beaucoup de place à l’imagination, à l’interprétation; l’univers du récit est riche, mais davantage suggéré qu’énoncé, ce que j’ai beaucoup apprécié. L’autrice fait vraiment confiance aux lecteurs et ne leur donne pas tout, tout cru dans le bec. L’écriture est fine et imaginée. Le corps et le territoire y occupent une grande place et nous amènent à nous questionner sur notre propre place et notre rôle dans ce grand ensemble qu’est la faune. Cette mise en perspective est presque troublante, mais le constat est inéluctable : animal, humain, aucun n’échappe à l’évolution.

Tout dans Faunes m’a séduite : le sujet, le style, le ton, la forme. Bref, ce roman met la barre haute pour mes lectures de 2019.

Et vous, avec quel titre avez-vous démarré l’année?

Le fil rouge tient à remercier les Éditions Alto pour le service de presse.

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Manuel de la vie sauvage : Transformer le deuil

Le titre reste vague, son long sous-titre pareillement, mais tout prend son sens une fois dépassé plus de la moitié du nouveau pavé de Jean-Philippe Baril Guérard, chez les Éditions de Ta Mère. Après avoir abordé des mythes locaux aux allures de fables animalières dans Ménageries, fait une satire de la vie huppée de jeunes vedettes dans Sports et divertissements et traité avec froideur du BAC en droit à l’Université de Montréal dans Royal, l’auteur nous plonge cette fois dans les étapes cruciales, voire inévitables, de la création d’une entreprise de technologie. Kévin, le narrateur, raconte son parcours rempli d’embûches en s’adressant au lecteur, comme dans une bonne autobiographie à la Steve Jobs.

Faire de son mieux avec l’information disponible

C’est l’idée qui traverse le livre, et ça explique aussi pourquoi il peut sembler si difficile d’en parler sans divulguer l’intrigue et les épreuves vécues par les personnages de ce « manuel ». Toutes les pièces, aux dires du narrateur, sont déjà en place depuis longtemps et nous obligent à constater que, même en se construisant mille scénarios dans lesquels on peut s’en sortir indemne, le destin est scellé. Rien qui ne se soit déjà produit ne pourra jamais nous permettre de revenir en arrière. Et cela va sans dire en ce qui concerne le principal produit de Huldu, la compagnie fondée par les trois personnages principaux, Ève, Laurent et Kévin. Ce sont des chatbots, d’abord conçus pour assurer le service à la clientèle de compagnies d’assurance, qui serviront ensuite à parler avec les gens décédés. Grâce à une quantité de données et de phrases utilisées, les utilisateurs peuvent nourrir la personnalité des robots de discussion qui servent d’avatars aux morts.

Résurrection par les mots

N’importe qui se sentant près d’une phrase, d’un livre, d’une œuvre, s’est un jour mis à parler avec l’auteur qui n’est plus de ce monde. C’est un fantasme naturel, même si frustrant, que de vouloir se faire expliquer tel passage ou tel personnage, sans avoir cette personne pour répondre de sa véritable plume. En donnant la parole à ces gens, enfreint-on un droit à la vie privée? La responsabilité morale et éthique réside-t-elle dans les mains d’une compagnie qui offre la possibilité de parler aux morts ou dans celles de ses utilisateurs qui leur fournissent le matériel? Avec ce conflit, l’auteur fait une référence claire à l’éclat médiatique où le géant Facebook était mis devant les faits entourant Cambridge Analytica, en y apposant son prisme.

Manuel de la vie sauvage amène plusieurs réflexions et ne se contente pas de simplicité. Les personnages révèlent plusieurs de leurs facettes au cours du récit et finissent toujours par nous prendre de court. Et puis, quand vient le temps de tourner la dernière page, on se dit qu’il n’y aurait pas pu y avoir d’autres résultats, telle une fatalité.

Avez-vous lu des livres qui vous poussent à poser des questions d’éthique, à vous dépasser malgré les obstacles qui semblent insurmontables?

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Le défi #Lirelesabsentes : pour faire rayonner la littérature écrite par des femmes

Du blogue au livre… 

Connaissez-vous Le bal des absentes? Personnellement, j’ai mis la main sur cet ouvrage écrit par Julie Boulanger et Amélie Paquet lors du Salon du livre de Montréal, il y a deux ans. La couverture, qui ne contient pas de titre, mais seulement une femme qui écrit avec tête barbouillée de jaune, m’avait intriguée. Je la trouvais parlante, forte. Elle posait une question que nous ne nous posions pas toujours : où sont les femmes qui écrivent?

À l’université depuis plusieurs années déjà, je me sens particulièrement interpellée par cette question de l’absence des femmes dans les corpus étudiés. J’ai encore le souvenir de ce cours dans lequel j’avais dû lire 10 œuvres écrites par des hommes et dans lequel il n’y avait eu aucune place pour ne serait-ce qu’une seule femme. Je m’étais alors questionnée pour la première fois sur la manière dont les professeurs choisissaient les œuvres enseignées et, surtout, celles qui ne l’étaient pas.

Le constat de cette absence des femmes dans les corpus enseignés, les autrices l’ont eu au cours de leur expérience d’enseignement. C’est à la suite de cette prise de conscience qu’est né le blogue Le bal des absentes en 2015, puis le livre du même nom, deux ans plus tard. Il devenait impératif de dénoncer le manque d’autrices lues et étudiées, mais surtout, de mettre en valeur les œuvres écrites par les femmes pour les faire rayonner. (Note : pour lire un entretien avec les autrices et une collaboratrice du blogue, c’est par ici!)

Les « absentes » ne sont pas bien loin, il suffit de les trouver, de les redécouvrir, de les lire!

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Participer au défi Lire les absentes

Pour propulser l’initiative encore plus loin, les éditions La Mèche invitent cette année toutes et tous à prendre part au défi #Lirelesabsentes.

Comment participer? Il suffit de lire massivement des œuvres écrites par des femmes – celles commentées dans l’ouvrage Lire les absentes, mais aussi toutes les autres, d’ici ou d’ailleurs – et de les partager au sein de notre communauté.

C’est avec grand enthousiasme que le blogue Le fil rouge participera au défi! De plus, tout au long de l’année, des articles paraîtront afin de suivre notre progression de lecture, ainsi que pour aborder plusieurs sujets liés à la littérature écrite par des femmes.

Pourquoi participer? Chacun.e peut trouver ses propres raisons. Pour ma part, c’est pour rattraper le temps perdu. Tant d’années à étudier la littérature, et je n’ai lu que quelques autrices dans la liste proposée par Julie Boulanger et Amélie Paquet!

Vous aimez les défis? Personnellement, j’en raffole. Et il ne manquait peut-être qu’une opportunité comme celle-ci pour m’amener à lire toutes ces œuvres que je n’ai pas lues. Et vous?

Voici la liste des 22 œuvres commentées dans l’ouvrage Le bal des absentes:

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Pour un avant-goût littéraire, sachez que plusieurs collaboratrices du Fil rouge ont déjà lu et commenté de nombreux livres de la liste. Voici quelques suggestions d’articles à consulter!

Pour le roman Autour de ton cou de Chimamanda Ngozi Adichie, c’est ici!
Pour mieux connaître Gabrielle Roy, c’est ici!
Pour approcher Virginie Despentes, c’est ici!
Pour s’initier à Simone de Beauvoir, c’est par ici et aussi ici!
Pour le roman Demoiselles-cactus de Clara B.-Turcotte, c’est ici!
Pour Folle de Nelly Arcan, c’est ici
Pour La cloche de détresse de Sylvia Plath, c’est ici!
Pour Mettre la hache de Pattie O’Green, c’est ici!
Pour La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette, c’est ici!
Pour découvrir Olympe de Gouges, c’est ici!

Ensemble, nous pouvons participer à redonner à la littérature des femmes la place et le rayonnement qui lui reviennent.

Et vous, relèverez-vous le défi? Quelles sont vos raisons de le faire?

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Trust – la poésie et le heavy metal

J’ai toujours cru que la musique et la poésie partageaient la même magie créative. Le rythme qu’on retrouve dans un poème ou les vers imagés qui composent les paroles d’une chanson en sont la preuve. Poète et musicien, Pierre Labrie représente bien cette communion entre les deux formes d’art. C’est en réunissant ses passions que son recueil Trust a vu le jour.

À l’image des albums concept, Trust est un amalgame de littérature, de musique et d’art. Dans ce recueil de poésie autobiographique, Pierre Labrie nous raconte comment la musique métal l’a accompagné dans les moments marquants de sa vie. On le voit évoluer à travers l’enfance et ses épreuves. On assiste à ses découvertes dans l’univers du métal et à ses premiers pas comme musicien, puis comme écrivain.

Chaque page et chaque vers composant Trust sont imprégnés de la culture heavy metal. Elle est citée dans les épigraphes et les textes, et on la retrouve même dans la mise en page, qui rappelle celle des pochettes d’albums vinyles. On la ressent jusque dans les illustrations de Michel Langevin, aussi connu comme Away, batteur pour le groupe Voïvod. Une petite touche qui enrichit à merveille ce livre concept.

Plusieurs paroles des chansons s’immiscent entre les vers, rendant la lecture agréable pour l’œil qui sait les reconnaître. Lorsque c’était le cas, je me plaisais à faire jouer la toune en question puis je relisais le dernier passage. Il en ressortait un feeling complètement différent, comme si la musique venait mettre l’emphase sur les émotions transmises dans le texte.

Je n’aurais jamais cru embarquer dans une œuvre aussi personnelle. Par moment, j’avais l’impression d’espionner la vie d’un inconnu. Je pense que j’ai accroché grâce à cette passion pour la musique que j’ai en commun avec l’auteur. Le heavy metal a cela de particulier : il abaisse les barrières de la société pour réunir des personnes différentes et les amener à se comprendre. Je me sens honorée d’avoir pu partager ces moments-là avec un gars que je ne connaissais pas.

J’ai vécu une expérience des plus agréables en lisant Trust. Ça m’a rappelé à quel point la musique nous accompagne dans les moments importants de nos vies. À quel point elle nous suit et nous entoure dans tout ce qu’on fait! On a tous des tounes qui nous ramènent à des souvenirs particuliers lorsqu’on les entend. La musique laisse une trace dans nos vies. Trust est une trace métal laissée sur papier pour le bonheur de nos yeux et de nos oreilles.

In metal we trust!

Et vous, croyez-vous aussi que la musique et la littérature vont de pair? Avez-vous d’autres exemples à me donner?

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Annihilation : l’hybridation symbiotique du roman et de l’écran

Comme bien d’autres avant moi, je suis entrée dans le merveilleux monde de la littérature par la grande porte du roman à suspense. Adolescente, je passais mes nuits agrippée comme si ma vie en dépendait aux pages d’un Frissons, incapable de m’arrêter de lire et encore moins de trouver le sommeil, tant et aussi longtemps que je ne connaissais pas le fin mot de l’histoire. J’adore être prise en otage par une bonne intrigue! S’il arrive parfois que les récits de ce type manquent d’originalité, heureusement, des romans comme Annihilation de Jeff VanderMeer existent pour sauver la réputation du genre.

Avant d’avoir lu le livre, le film, tu ne visionneras point

Attirée par sa couverture aux couleurs contrastantes et sa quatrième de couverture intrigante, j’avais acheté Annihilation sans trop savoir à quoi m’attendre. Il dormait dans ma pile à lire depuis un bon moment déjà quand j’ai vu qu’une adaptation avait été produite. L’envie de voir le film m’a donné envie de lire le livre : hors de question de commettre l’odieux sacrilège de procéder dans l’ordre inverse! J’ai donc profité des vacances des Fêtes pour m’y plonger. Et quel plongeon!

Tomber dans le terrier du lapin mutant

L’auteur ne s’embarrasse pas de détails – les personnages n’ont même pas de noms! – et nous précipite directement dans son univers énigmatique. On ne sait rien du comment ni du pourquoi, ce qui pourrait être frustrant, mais est au contraire captivant. C’est un récit de science-fiction qui flirte subtilement avec la métaphysique, tout en faisant de l’œil au militantisme écologique.

L’écriture habile et efficace crée une ambiance immersive inexplicablement angoissante, agrémentée de scènes d’épouvante franchement réussies. Le paradoxe du huis clos en pleine nature sauvage est particulièrement intéressant, sans parler du fait que l’équipe d’exploration envoyée dans l’inquiétante Zone X est entièrement composée de femmes scientifiques. Il y avait longtemps que je n’avais pas lu un roman à suspense aussi fascinant.

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Gina Rodriguez, Tessa Thompson, Tuva Novotny, Natalie Portman and Jennifer Jason Leigh in Annihilation from Paramount Pictures and Skydance.

Lire ou ne pas lire la suite d’abord : telle est la question

Après une expérience de lecture si hautement satisfaisante, j’avais d’autant plus hâte de voir le film, mais j’avais un peu peur qu’il ne me gâche la suite. Il faut savoir qu’Annihilation est le premier tome d’une série : la trilogie du Rempart Sud. Le scénario de l’adaptation est basé sur le premier livre uniquement. Le film ne traite donc pas des deux tomes suivants. Cependant, il propose inévitablement une conclusion à l’histoire, là où le mystère demeurait en suspens dans la version écrite. Le risque de divulgâchage était réel. La résistance fut futile.

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Gina Rodriguez, Tessa Thompson, Tuva Novotny, Natalie Portman and Jennifer Jason Leigh in Annihilation from Paramount Pictures and Skydance.

Miroir, miroir… Dis-moi lequel du livre ou du film est le meilleur?

Le réalisateur Alex Garland, à qui l’on doit notamment le meilleur film de zombies post-2000, a choisi de faire une adaptation très libre du roman, en exploitant davantage l’angle de la psychologie des personnages et de leurs comportements autodestructeurs. Moins de mystères entourent la fameuse Zone X, puisqu’on peut évidemment la voir et découvrir les créatures qui y vivent, mais il y règne la même atmosphère glauque, et à la fin, de nouvelles interrogations en émergent.

Même si plusieurs éléments clés de la version originale sont absents du film ou y sont traités différemment, l’essence de l’histoire ne s’en trouve aucunement dénaturée. L’ensemble forme étrangement un tout cohérent, comme si Garland avait si bien saisi le roman qu’il avait pu en tirer une histoire différente, mais qui résonne en nous de la même façon. COMME LA SYMBIOSE CHIMÉRIQUE DE DEUX ÉLÉMENTS AUTREMENT INCONCILIABLES QUI CRÉERAIT QUELQUE CHOSE DE COMPLÈTEMENT NOUVEAU…

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Dire que l’adaptation cinématographique surpasse le livre duquel elle est tirée serait blasphématoire, mais on peut affirmer que celle-ci l’égale, à tout le moins, et en complète merveilleusement bien l’expérience de lecture.

Selon vous, quels films inspirés de livres sont absolument incontournables parce qu’ils contribuent à l’appréciation de l’œuvre?