Derniers Articles

La petite suceuse, une BD à découvrir

Quel bonheur d’avoir enfin la BD de La petite suceuse dans mes mains, le premier bébé de mon amie D. Depuis l’annonce de la maison d’Éditions BerBer 13-13 qui ont fait confiance au talent de l’artiste D., plusieurs attendaient sa parution, mais pourquoi cette attente? Parce que nous avons affaire à une artiste engagée qui met en oeuvre dans sa BD des personnages de diverses cultures. C’est une mission que D. se donne, de mettre à l’avant des personnages que nous voyons souvent de manière stéréotypée. Elle nous offre une histoire politisée, féministe-Queer, qui parle de xénophobie/racisme. Ce qui fait que je reconnais beaucoup d’elle dans son personnage de Magdalena.

Protéger les humains en échange de sang froid en sac et rempli d’agents de conservation: il n’y a rien de naturel là-dedans.

Pourtant, c’est l’emploi de Magdalena.

Sa patience atteint ses limites un soir de patrouille où elle et son collègue ont pour tâche de former des nouveaux aspirants hemagis.

La petite suceuse n’est pas seulement l’histoire d’une jeune vampire qui rêve de révolution, elle est tout simplement écœurée du rôle que la société lui impose. On se retrouve à Laval dans un Québec/Canada pas si lointain, où la société a changé suite à l’arrivée d’un vampire (appelé ici hemagi).

Ce qui est aberrant quand on lit cette histoire, c’est que même si nous sommes dans une politique de gauche et que nous sommes en 2302, on retrouve encore du sexisme, de la xénophobie, etc. La société n’a toujours pas évolué, elle est restée un peu la même.

Après avoir terminée son histoire, je suis restée sur ma faim. La premier tome est l’introduction à cet univers, et malgré que nous avons déjà eu beaucoup d’informations, il nous en reste beaucoup à apprendre. La fin fut une belle surprise à laquelle je ne m’attendais pas… Je veux savoir la suite! Ce que je sais déjà, c’est qu’on devrait y retrouver 10 tomes.

Outre l’histoire, les illustrations de D. sont magnifiques. La construction de ses personnages est l’une de ses forces, ainsi que l’expression de leur visage. Dans son dessin on peut retrouver sa passion pour les animÉs et les comics, ce qui forme son style à elle.

Saviez-vous qu’on peut retrouver les premières images de La petite suceuse, encore disponibles sur Le fil rouge, c’est l’évolution des dessins de D. La connaissant, je suis certaine qu’elle n’aimerait pas que je vous montre ces images, elle qui veut toujours que j’enlève de mon mur une de ses premières toiles qu’elle a faite et que je m’obstine à la garder parce que moi, je l’aime. Je l’aime surtout parce que je vois son évolution, je vois tout le travail qu’elle a fait et comment plus elle avance, plus elle devient une artiste remarquable.
cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Tout ce qui meurt derrière les apparences

Il y a peu de temps, je me suis plongée au cœur de Chrysalide, un roman d’Aude, choisi au hasard dans ma bibliothèque (j’ai emprunté ce livre à une amie il y a quelque temps). Chrysalide, qui m’a d’abord attirée par son titre, puis par le résumé en quatrième de couverture, raconte l’histoire de Catherine. Enfant unique de deux parents aimants et ne voulant que son bien-être et son bonheur, à l’aube de ses 14 ans, Catherine sent croître en elle une forme d’inconfort qu’elle n’arrive pas à nommer. Le jour même de son anniversaire, où elle est joyeusement entourée de ses amis, de sa famille et de cadeaux, elle fuit et tente de mettre fin à ses jours, comme ça, sans qu’elle-même s’y attende.

Elle ne supporte plus l’univers superficiel dans lequel elle vit depuis toujours, douillet, mais douloureusement vide.

Elle devient une jeune femme, après avoir brisé quelque chose entre elle et les gens qui l’avaient entourée jusque-là.

Catherine les dérange.

Jusqu’à l’adolescence, je m’étais si bien conformée à ce que les autres attendaient de moi que je n’étais plus qu’une belle image, avec rien derrière.

image1 *

J’ai, dans le passé, lu d’autres titres d’Aude, nouvelles et romans. Ce que j’ai particulièrement aimé ici, avec Chrysalide, c’est la proximité de l’auteure avec le début de l’âge adulte, sans sentir un effet moralisateur, de rabaissement, ou de jugement. J’avais réellement l’impression de suivre un pan de la vie de cette Catherine en parvenant presque à m’imaginer à sa place, tellement j’étais sensible à ses états d’âme et à ses choix de vie.

C’est ce qui m’a toujours le plus fascinée : la chrysalide. Il y a une chenille. Un jour, elle tisse autour d’elle un cocon de soie qu’elle accroche à une branche ou ailleurs. Ensuite, enveloppée dans son linceul, elle cesse de bouger. Elle respire à peine. Commence alors le long processus qui va inévitablement la faire disparaître, elle, en tant que chenille. Qu’est-ce qui lui arrive, au juste, pendant cette étape appelée « nymphose »? […] Elle ne se reconnaît plus.

J’ai beaucoup apprécié ma lecture de ce roman et je suis heureuse de savoir qu’il me reste d’autres Aude à découvrir, je m’en garde pour plus tard.

Si on n’en parle pas, non seulement aux autres, mais surtout dans sa tête, si on balaie cela sous le tapis, c’est comme si ça n’existait pas.

Bonne lecture et bonne découverte pour les lectrices et les lecteurs qui ne la connaissaient pas encore.

*

Claudette Charbonneau-Tissot obtient un diplôme d’études françaises à l’université de Montréal et d’écriture créative à l’université Laval. Enseignante au Cégep Garneau durant les années 1970, elle écrit notamment dans la revue littéraire La Barre du jour et dans le magazine Châtelaine. Elle publie des récits fantastiques, rassemblés notamment dans le recueil Contes pour hydrocéphales adultes. Elle remporte le Prix du Gouverneur général du Canada 1997 pour son recueil de nouvelles Cet imperceptible mouvement. Son chef-d’œuvre demeure toutefois le roman L’Enfant migrateur (1998), récit étrange d’une gémellité où deux frères jumeaux apparaissent pourtant aussi différents physiquement que liés par des rapports psychiques qui les rendent inséparables. L’auteure est atteinte d’une leucémie, diagnostiquée en 2005. Après la publication du roman Chrysalide, son rythme de travail est affecté par la maladie. En 2012 paraît le recueil Éclats de lieux, dont l’écriture a débuté cinq ans plus tôt. Elle meurt le 25 octobre 2012 dans la ville de Québec.

Ses trois premiers livres sont signés du nom de Claudette Charbonneau-Tissot. Depuis 1983, tous ses textes de fiction paraissent sous le nom de AUDE. C’est ainsi qu’on la désigne désormais en tant qu’auteure, sans nom de famille ou autre ajout de politesse. AUDE n’est pas un pseudonyme, c’est-à-dire un faux nom, mais bien le cœur de son prénom. Ce dépouillement dans le nom correspond à un autre qui s’est opéré progressivement dans le style de l’auteure, d’un livre à l’autre. Par une écriture à la fois dense et simple, et par la mise en place d’univers fictifs évocateurs, AUDE cherche à faire émerger dans la fiction tous ces mondes secrets et indicibles que nous portons en nous et qui constituent la source même de ce que nous sommes.

Chrysalide, Aude, roman, paru en 2006, dans la collection Romanichels chez XYZ éditeur

Bibliographie de l’auteure :

Nouvelles

1974 : Contes pour hydrocéphales adultes (Claudette Charbonneau-Tissot), Montréal, Cercle du livre de France

1976 : La Contrainte (Claudette Charbonneau-Tissot), Montréal, Cercle du livre de France

1987 : Banc de brume, ou Les Aventures de la petite fille que l’on croyait partie avec l’eau du bain, Montréal, Éditions du Roseau

1997 : Cet imperceptible mouvement, Montréal, XYZ

2012 : Éclats de lieux, Montréal, Lévesque Éditeur.

Conte

1983 : Les Petites Boîtes, Franconville, Éditions Arnaud

Romans

1985 : L’Assembleur, Montréal, Cercle du livre de France

1997 : La Chaise au fond de l’œil, Montréal, XYZ; première édition en 1979 sous le nom de Claudette Charbonneau-Tissot, Cercle du livre de France

1998 : L’Enfant migrateur, Montréal, XYZ

1999 : L’Homme au complet, Montréal, XYZ

2002 : Quelqu’un, Montréal, XYZ

2006 : Chrysalide, Montréal, XYZ

 Sources : Wikipédia & littérature.org

 cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Fierce Femmes and Notorious Liars : arriver au bout de sa violence

C’est un mémoire de souvenirs inventés, d’une femme trans qui ment pour mieux décrire sa vérité intérieure. La plume agile de Kai Cheng Thom, dans son premier roman de fiction Fierce Femmes and Notorious Liars, danse avec les archétypes communs dans la littérature trans : elle les renverse et les épouse, successivement. Il faut savoir que les livres écrits par des femmes trans et destinés à raconter leur transition sont assez communs. C’est avec et contre cet héritage que Kai Cheng écrit ses « faux » mémoires.

 « I wanted something kick-ass and intense with hot sex and gang violence and maybe zombies and lots of magic. »

On peut bien cerner l’intention derrière le projet grâce aux quelques pages d’avant-propos. L’auteure raconte une anecdote où elle a vu son téléviseur lui renvoyer l’image d’une femme trans riche au visage d’ivoire, peut-être un peu comme Caitlyn Jenner, à qui on remettait un «prix du courage», ou quelque chose du genre. Ce moment, pour l’auteure qui est aussi une femme trans racisée, représentait un moment de trop où on parlait du vécu trans en répétant toujours la même histoire qui exclue la diversité. Je comprend bien ses préoccupations, j’ai moi-même consacré beaucoup de temps à lire ces histoires réalistes ou de fiction qui, un peu comme des contes de cendrillon, racontent l’histoire d’une fille trans qui vit le malheur, suit des traitements de transition et remporte à la fin le grand prix d’une relation amoureuse ou sexuelle avec un homme. Ces histoires ont été une étape nécessaire pour faire exister l’identité trans dans le discours public, mais elles sont un peu redondantes et peu inclusives. Le défi de Kai Cheng, à la fois politique et esthétique, c’était de faire entrer dans cette histoire la vie des femmes trans de couleurs, des travailleuses du sexes, qui sont souvent mises de côté dans ce corpus. Et finalement, elle voulait inclure la magie et la vie de communauté, des parties prenantes de sa vision du monde trans. C’est ainsi qu’est né le roman Fierce Femmes and Notorious Liars.

Une artiste revenue d’elle-même

Kai Cheng Thom revêt plusieurs chapeaux, elle est à la fois performeuse, travailleuse sociale, chroniqueuse à propos de questions trans, entre autres pour le magazine littéraire Feministing et chez BuzzFeed. Ses premiers pas dans le monde de la publication se sont fait notamment avec Giving Birth to Yourself : Poems for Combat, un livret artisanal autopublié. Ce projet constituait un acte de résistance contre le monde de l’édition qui filtre la voix des femmes trans et racisées pour n’en garder que ce qui convient au statu quo. Ici, il n’était pas question du style littéraire ou de l’emplacement des virgules si précieux aux œuvres convenables.

« when I die, I want my body donated to art:
let it be sripped
and gutted, dissected

and bound, let it be hacked, exposed, nailes, torn,

eaten exposed pointed at mocked »

« and this poem had to be angry to survive

and this poem is still walking

this angry spoken word poem is looking for a way out. »

kaicover

Du défoulement à la méditation

Pour moi, Poems for combat représentait une tentative d’exprimer de la colère et de dénoncer nombre de situations. Fierce femme représente plutôt la recherche de la paix par la violence dans toutes ses formes. Le roman est composé de six parties et, à l’image d’un journal intime, il possède plusieurs chapitres d’environ quatre pages surmontés d’un titre accrocheur : How to kill a man with your bare hands, Social Justice Warriors of the Ivory Tower, Dr. Crocodile, … L’histoire commence avec la prise de parole d’un jeune garçon, enfant d’immigrants chinois, un incompris qui déçoit les attentes de ses parents en se révélant être une jeune fille. Pour des parents immigrants, avoir un garçon peut parfois représenter une garantie pour davantage de sécurité financière ou de meilleures chances d’intégration sociale pour leur jeune.

Pour être libre, la jeune fille choisit de déménager dans la grande ville : « I’m going to leave town soon (…) I’m going away to become a woman ». J’ai trouvé ça singulier que malgré sa promesse d’être subversif, le livre reprenne un motif si commun aux histoires trans: le déménagement dans la grande ville. Mais après tout, il faut se placer dans un héritage pour l’enrichir et il est vrai que beaucoup de femmes trans déménagent pour se rapprocher des services essentiels à la transition, rares en province.

À son arrivée dans la ville appelée « City of Smokes and Lights », l’héroïne trouve la rue des miracles. On raconte que cet abri pour les femmes trans a vu le jour quand a été déversé le sang de la First Femme. Dans cette légende, on peut voir l’habileté de Kai Cheng à mélanger les passages vraisemblables et ceux davantage du registre de l’imaginaire ou du spirituel. La First Femme, cette figure de déesse, veille sur les femmes que va rencontrer la fugeuse, comme Rapunzelle, si énorme qu’elle peut cacher le soleil partout où elle va ; ou bien Valaria, grande déesse de la guerre aux cheveux rasés. Sous les conseils de ses amies, la protagoniste poursuivra sa transition, et trouvera tranquillement sa place dans la vaste communauté.

Dans le cadre de l’histoire survient le meurtre d’une des femmes trans de la rue des miracles. Quelqu’un propose de créer un gang de justicière, pour repousser les attaques des policiers et des hommes qui menacent l’intégrité de la communauté. Leur victoire est improbable: historiquement, la force a toujours été du côté des oppresseurs. Heureusement, une bonne étoile, ou plutôt The First Femme, veille sur elles toutes et leur donne les moyens de mener le combat pour la justice.

first-femme

Un projet aux formes multiples

Le roman, en plus des passages qui ressemblent à des entrées dans un journal intime, possède certaines autres formes d’écriture qui révèlent d’autres aspects de la protagoniste.

Dès le début de son déménagement, ou plutôt de sa fugue, l’héroïne entretiendra des échanges de lettres avec sa sœur. Ces passages, disponibles sporadiquement à la fin de certaines sections, contiennent de véritables perles : « What’s a sanctuary? (…) A sanctuary is a place where the door only locks from the inside. »

De temps à autre, nous pouvons lire les poèmes du personnage, notamment la série « a song for the pocket knife ». Le couteau de poche, à la fois arme retournée vers soi-même, arme de combat, épée de Damoclès, incarne la multiplicité des sources de violence qu’une femme trans racisée peut s’imposer, déverser sur les autres ou subir.

 « when there are too many insects –
angry – alive – wriggling – under my skin,
I take my pocket knife and
open up mouths in my skin
to try
and let them
out. »

Les conseils de sa grande sœur

Par moment, l’engagement du livre en tant qu’anti-mémoire prend un peu le pas sur l’intrigue présentée, comme si les choix du personnage principal étaient uniquement ancrés dans la volonté de contredire les clichés des récits trans. Pourtant, l’héroïne ne semble pas dans l’histoire avoir été particulièrement influencée par la littérature trans ou exposée à celle-ci. On accepte toutefois inconditionnellement le projet, qui est autant un conte novateur et un commentaire sur le champ littéraire.

Comme toujours, Kai Cheng Thom nourrit sa communauté en offrant avec générosité des réflexions informées sur la littérature trans, en faisant mentir la prépondérance des perspectives blanches et cis dans les œuvres de fiction. Je suis heureuse de pouvoir l’inclure dans ma bibliothérapie, pour laquelle je lis des auteures trans pour m’aider à mieux me connaître. Les mots de son personnage, je les reçois comme les confidences d’une grande sœur imaginaire, pour qui je m’inquiéterais et dont je serais fière. Une amie qui aurait traversé les mêmes obstacles que moi, d’autres qui m’attendent et certains que je ne rencontrerai jamais. Grâce au chemin parcouru par l’auteure, les lectrices trans sauront un peu mieux ce qui se trouve au bout de leur soif de justice, alors que cette avenue, dans le monde réel, est barrée par des gens hostiles qui possèdent le monopole de la violence légitime.

 

Bibliographie

Fierce Femmes and Notorious Liars
Kai Cheng Thom
Metonymy Press, 2016
188 pages

Le livre est disponible à Montréal à la librairie Drawn and Quarterly
211 Rue Bernard O
Montréal
QC H2T 2K5

ou en ligne sur le site de l’éditeur.

cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Le livre du Hygge : entre détente, réconfort et bibliothérapie

Le mot hygge est un peu à la mode ces derniers temps. Il ne passe pas une journée sans que j’aperçoive ce mot soit dans un article, sur Instagram ou que je le vois sur un bouquin. J’ai eu envie d’en lire un, pour mieux comprendre toute la philosophie danoise qui y réside. Le livre du hygge, mieux vivre la méthode danoise, m’intéressait, non seulement car il a été écrit par Weik Wiking, président de l’institut de recherche sur le bonheur de Copenhague, mais parce que j’avais envie d’en apprendre plus sur le Danemark, ce pays qui gagne, année après année, le plus haut taux de bonheur chez ses habitants.

Alors pour commencer, comment on prononce hygge? Bonne question. Le livre nous dit de prononcer HOU-GA (et j’ai trouvé ce petit vidéo qui aide un peu, mais ça reste mystérieux…) Et surtout, ce n’est pas très important. Comme l’introduction le cite, Winnie L’ourson a déjà dit « Ça ne s’épelle pas, ça se vit » et cela s’accorde aussi le hygge.

Brièvement, le hygge est un terme danois qui parle d’expérience, d’émotion, c’est un sentiment de sécurité, avec soi et les autres, un réconfort de l’âme. Les définitions sont nombreuses, mais reviennent un peu au même. L’essence du hygge y est présent. Le terme est aussi un adjectif, un verbe et un complément. Effectivement, le livre nous apprend qu’il est possible de trouver quelque chose ou un moment très hygge. Malgré toutes ses complications à nommer simplement ce qu’est cette méthode danoise pour être heureux, je pense qu’il faut se laisser bercer par la philosophie qui découle du hygge : celle de préférer le confort, les petites choses qui font du bien à tout le stress et le terne du quotidien. Je pense avoir véritablement compris toute la profondeur du hygge en lisant la dernière page :

 « Le hygge nous donne les mots, l’objectif et les méthodes pour prévoir et préserver le bonheur – et pour en vivre un peu chaque jour. Le hygge est peut-être ce qui se rapproche le plus du bonheur quand nous rentrons à la maison après une longue journée de travail, un jour de pluie de janvier. 

Et, soyons-en bien conscients, c’est là que la plus grande partie de nos vies se joue. Pas les jours pluvieux de janvier, non, mais chaque jour. […] Mais le hygge c’est tirer le meilleur de ce que nous avons en abondance : le quotidien. » 

Si vous me connaissez un peu (ou que vous avez lu cet article), vous savez que j’aime beaucoup passer du temps bien confortablement à la maison, à lire, à écrire, etc. C’est en vieillissant que j’ai découvert toute la nécessité de ces moments de ‘pause’ du quotidien pour mon bonheur personnel, mais aussi pour mon équilibre mental. Alors, il est évident que l’esprit même du hygge m’attire beaucoup et même que je me considère un peu comme une hygge professionnelle (haha)!

J’ai trouvé fort simplistes beaucoup de passages et je l’avoue, j’ai tourné plusieurs pages sans même les lire (des recettes ou des bricolages… non merci!). Il y a avait dans la réflexion et la façon de présenter le hygge un côté fort superficiel, en nous disant ce qu’était le code vestimentaire, un repas et même un éclairage. Même si ces éléments nous en apprennent plus sur les danois (heureusement, plusieurs statistiques et études sont nommées à l’appui), j’avais espoir de lire un texte plus informatif et théorique. J’étais attirée par l’idée d’en apprendre plus sur les danois, sur leur mode de vie et même si en partie, j’ai été satisfaite, j’ai trouvé des lourdeurs inutiles qui enlevaient un peu de sérieux à la démarche de Meik Wiking.

Le livre, en tant qu’objet, est tout simplement magnifique et prend plaisir à être lu. Il est parsemée d’images qui donnent réellement envie de se lover dans une couverture et de lire un bouquin. Le graphisme est aussi très bien et rend la lecture agréable et légère.

La lecture est une des activités les plus hygge, donc je pense que nous le sommes tous, si vous aussi, vous appréciez un moment simple de lecture, au creux d’une couverture chaude en buvant un thé.

Finalement, je pense qu’il y a effectivement une leçon à apprendre du hygge et de ces mouvements de #slowlife, c’est important et tellement salvateur d’imprégner son quotidien de petits plaisirs, de prises de conscience, de gratitude, de petits gestes qui font du bien, de moments rassembleurs, mais si simples. Ce que nous apprend le hygge au fond, c’est de cultiver le présent, le savourer, le chérir, en faire quelque chose d’extra(ordinaire). Ainsi, je suis bien contente de ma lecture et je pense même continuer à m’informer sur ce mot si difficile à prononcer…!

Et surtout, j’ai hâte d’avoir les sous, parce que mon prochain voyage sur ma liste de rêve, c’est d’aller lire dans un chalet à Copenhague.


Le Fil Rouge tient à remercier Martine Côté d’Interforum pour le service de presse.
cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Trois souris… dans la souricière

Agatha Christie, la reine du crime, a de nombreux classiques du roman policier à son actif : Le crime de l’Orient-ExpressLes dix petits nègresLe meurtre de Roger Ackroyd et Mort sur le Nil, pour n’en nommer que quelques-uns. Elle est la spécialiste du mystère et s’amuse à angoisser l’homme avec des énigmes qui sollicitent la logique. Agatha Christie écrit autant pour les enfants que pour les adultes : ses lecteurs se comptent par millions.

Dans la nouvelle Les trois souris, parue en 1948, Agatha Christie réussit à intégrer cette morbidité enfantine à son mystère. Trois souris, une comptine anglaise du 17e siècle, donne son nom à la nouvelle.

15310487_10155645147027818_1877838849_n

L’histoire est donc écrite dans le respect de cette petite comptine, où la mort de trois personnages est réalisée dans un huis clos pratiquement charmant, une pension familiale perdue en pleine tempête de neige. Un de ces personnages dit même lors du premier acte :

J’adore les comptines, pas vous? Elles sont toujour15609165_10155707034237818_624369602_os tragiques et macabres. C’est pourquoi les petits enfants les aiment… 

L’adaptation de cette nouvelle policière est la pièce phare du répertoire théâtral d’Agatha Christie. En clin d’oeil à Hamlet, elle la nomme La souricièreLa souricière, pièce en deux actes, est toujours jouée à Londres depuis sa création en 1952 et compte plus de 26 000 représentations. La pièce a forgé sa notoriété sur son dénouement surprise et l’aura de mystère qui entoure l’identité du meurtrier.

Résumé de la pièce : Dans les années 1950, en banlieu de Londres, Mollie et Giles Ralston transforment le manoir Monkswell en auberge. Le jour de l’ouverture, ils sont immobilisés par une tempête de neige avec leurs six pensionnaires. Puis soudainement, un des clients est assassiné. L’inspecteur Trotter mène l’enquête. Le meurtrier est l’un d’entre eux. 

Les productions La Comédie Humaine ont décidé de présenter la pièce au Québec, traduite par René-Daniel Dubois et mise en scène par Michèle Deslauriers. Je me suis prêtée au jeu en assistant à la représentation près de chez moi.

L’adaptation reste fidèle à la nouvelle, malgré quelques petits écarts dans l’histoire de certains personnages, et est supportée par une équipe d’acteurs talentueux qui accomplissent à merveille le défi qui leur est imposé. Marc-François Blondin, Jean L’Italien, Guillaume Champoux et Louise Deschâtelets, entre autres, illuminent la scène de leur présence.

acteur_042_web_zone-ecole

Crédit photo: lacomediehumaine.ca

Les spectateurs dans la salle ont poussé des exclamations de surprise en découvrant le coupable, preuve qu’Agatha Christie a encore une fois réussi à brouiller les pistes, à décortiquer les intrigues pour ensuite résoudre les énigmes avec logique et intelligence. C’est un véritable succès auquel je vous conseille d’assister.

Selon vous, quel autre roman d’Agatha Christie mériterait sa propre adaptation théâtrale?
cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Un peu de plomberie, de salon du livre et beaucoup d’amour..

La tendresse attendra de Matthieu Simard, c’est le genre de roman qu’on oublie difficilement. Le genre de roman touchant, mais en même temps juste assez brutal, qui donne des frissons. C’est aussi le genre de roman qui nous garde un petit sourire au visage tout le long de notre lecture et qui nous surprend en nous faisant verser quelques larmes au passage. J’ai d’ailleurs écrit récemment sur celui-ci, au moment de ma lecture, que du Matthieu Simard c’était doux, triste mais  »mauditement » beau et c’est exactement ce que je pense de ce roman.

J’ai toujours adoré ce livre qui, à la minute où je l’ai fini la première fois il y a près de 5 ans, a fait automatiquement partie de mon top 10 de livres à lire dans une vie. D’ailleurs, je l’avais même écrit au moment de poser ma candidature pour devenir une collaboratrice du Fil Rouge pour les convaincre de me choisir. La tendresse attendra fait définitivement partie des romans que j’ai le plus conseillés autour de moi dans les dernières années et il vieillit terriblement bien, donc je risque de continuer d’en parler encore longtemps.

J’ai toujours aimé les romans écrits par des gars d’ici qui nous racontent leur vision du couple, leurs questionnements et leurs soucis sur l’amour et sur la vie en général, un peu comme du Stéphane Dompierre que j’aime d’amour ou du Stéphane Bourguignon, mais Matthieu, il a une touche bien à lui.

2La tendresse attendra raconte la vie d’un jeune auteur qui vient de se faire laisser par sa copine et qui ne va pas très fort. Étant donné que son ex n’aimait pas trop sa carrière, il se met en tête que pour la reconquérir il doit changer de carrière et devenir plombier, mais pas n’importe où,  juste en face de son ancien appartement, bien évidemment pour la croiser, mais ce n’est pas aussi simple et pas aussi facile. Par contre, ce qu’il ne sait pas, c’est que ce plombier-là n’est pas exactement comme les autres, et je vous laisse apprendre pourquoi. L’ex de notre narateur est aussi particulièrement difficile à reconquérir, et ce bien malgré lui… Matthieu nous livre ici une oeuvre terriblement touchante, qui peut faire juste assez mal ou au contraire juste assez de bien quand notre cœur va mal comme celui de son personnage ou comme le mien au moment de cette même lecture il y a quelques semaines…

La tendresse attendra est définitivement une perle de la littérature québécoise à mon humble avis… à découvrir sans aucune hésitation !

PS: Un film inspiré du roman Ça sent la coupe de Matthieu Simard sortira en Février 2017 mettant en vedette Louis-Josée Houde…  une autre occasion de découvrir l’incroyable talent de cet auteur ! J’ai tellement hâte !
cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Autour des livres : rencontre avec Marie-Claire de chez Les libraires

Pour notre questionnaire Autour des livres, nous avons eu envie de jaser à quelqu’un qui travaille dans le milieu des livres et qui y fait bien sa place. C’est pourquoi nous avons décidé de nous entretenir avec Marie-Claire, coordonnatrice aux communications et au marketing chez Les libraires depuis un peu plus d’un an. Elle a d’ailleurs célébré son premier anniversaire au Salon du livre, là où nous avons eu la chance de lui parler, entre deux stands.

Chez les libraires, Marie-Claire est responsable de « tout ce qui touche à la promotion de la coopérative Les libraires, qui regroupe plus de 100 librairies indépendantes au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Ça passe par la gestion des réseaux sociaux, les partenariats (notamment avec la Fabrique culturelle, l’émission Web Lire et le club de lecture de l’Émission Marina Orsini et des festivals, comme Métropolis Bleu et le FBDM), l’organisation de la Journée des librairies indépendantes. »

En plus, elle tient aussi son propre blogue, Le guide pour la survie de la jeune adulte responsable  en plus de collaborer au blogue Les inspirées. Bref, elle ne chôme pas.

Pour en découvrir un peu plus sur ses goûts littéraires, on vous invite à découvrir ses réponses à notre questionnaire inspiré de Proust.

Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

La lecture a toujours fait partie intégrante de la vie à la maison. Mon plus vieux souvenir est probablement la routine du dodo. Le soir, avant de me coucher, je passais un moment avec mon père qui me faisait la lecture. On avait ce gros livre de 365 histoires : une pour chaque jour de l’année. Je me souviens encore de certaines d’entre elles.

  1. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Petite, j’ai grandi avec les Martine, les albums d’Astérix et les romans de La courte échelle. J’adorais aller à la bibliothèque de la ville avec ma mère. Je choisissais mes livres en vitesse, puis je m’installais dans un rayon pour lire en cachette.

Aujourd’hui, je lis dès que je le peux. J’ai toujours un livre (ou 2… ou 3!) avec moi. À la maison, c’est étendu sur le divan, sous une couette lourde, un café à la main, que la lecture se fait le mieux. Et quand mon chaton Ernest Hemingway se colle sur moi, c’est pas mal le top. Je suis dans un mode cocon de douceur, ces temps-ci. 😉

  1. As-tu une routine d’écriture, des rituels? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

J’écris dans ma tête constamment, depuis que je suis toute petite. J’ai eu mon premier journal intime à 7 ans. J’ai des cahiers remplis de notes. La plupart du temps, les idées viennent quand je fais autre chose. (Sous la douche, en marchant ou encore au travail.) J’ai toujours un calepin près de moi ou un document d’ouvert sur mon ordinateur au bureau.

Chose certaine, je ne peux pas écrire dans un silence complet; j’ai besoin d’un bruit de fond pour me concentrer. Quand je me mets à la rédaction, je m’installe habituellement dans un café de mon quartier. Il y règne une ambiance calme, mais le petit brouhaha des discussions et des machines espresso fait de la vie. Je me crée une bulle en portant mes écouteurs… même si je n’écoute pas de musique!

  1. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire?

Les films ont fort probablement eu plus d’influence sur mon envie d’écrire que les livres. Je crois que j’ai toujours eu en moi cette envie de raconter des histoires.

Je me souviens cependant d’une visite de Dominique Demers dans ma classe au primaire. Je devais avoir 8 ans. Elle faisait une petite conférence sur le métier d’écrivain, sur ses méthodes de travail, son processus créatif, ses recherches. Elle travaillait à ce moment-là sur Maïna. Ce jour-là, j’ai eu un déclic : je voulais faire comme elle.

  1. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi?

Sans aucun doute All my Friends are Superheroes d’Andrew Kaufman. J’ai l’impression de vivre une drôle d’histoire d’amour avec ce livre. Il est apparu dans ma vie un peu par hasard quand je travaillais en France après mes études, en 2011. Je l’ai découvert à la librairie Shakespeare & Co de Paris. C’est un petit bonbon qui se lit très rapidement et dans lequel on peut se retrouver facilement. Il répondait à beaucoup de questions que je me posais à l’époque : sur ma vie, sur qui j’étais et ce que je voulais être. Ça amène aussi l’idée qu’on est tous un superhéros, chacun à notre façon. Je l’ai laissé en cadeau à une personne qui comptait beaucoup pour moi. Quand j’ai emménagé à Québec en 2013, la ville était tapissée de l’affiche du livre qui venait d’être publié en version française chez Alto. Ça m’a fait un bien fou! J’ai racheté le livre plus d’une fois, pour moi et pour l’offrir en cadeau. Depuis 2015, je travaille chez Les libraires et notre voisin de palier, c’est Alto. C’est un peu comme une boucle; comme si le livre réapparaissait dans ma vie à des moments où j’avais besoin qu’on me confirme que j’étais sur la bonne voie.

  1. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel?

Dans celui des Quatre filles du docteur March! Juste pour les robes et la force de caractère de Jo… et pour l’histoire d’amour avec Laurie.

  1. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner?

Il y a trop de livres à découvrir pour relire deux fois le même livre! Le seul que j’aime rouvrir, c’est All my friends.

  1. Quel est ton mot de la langue française préféré?

Hasard. Il a une sonorité étrange; c’est doux et dur à la fois. J’aime surtout ce que ce mot représente : les aléas de la vie, les rencontres fortuites. Ça laisse place à un peu de magie dans la vie, selon moi. (Ah! Je viens de réaliser qu’il fait aussi partie de ma réponse no. 5!)

  1. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit?

Une sacrée tonne! Mais dans un top 5, je dirais La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette, Hiroshimoi de Véronique Grenier, Petite armoire à coutellerie de Sabica Senez, Faire l’amour d’Anne-Marie Olivier et Ventre de Steve Gagnon.

  1. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre?

Voilà une question difficile! Je porte plusieurs chapeaux dans la vie, alors je crois que ça dépendrait du style littéraire! Si j’étais…

  • un recueil de poésie : La liste des pourquois
  • un livre de voyage : Le bout du monde est juste ici
  • un livre jeunesse : Les aventures d’Ernest
  • une bande dessinée : La porte rouge
  • un roman de chicklit : SPM et pizza napolitaine
  • un essai : La vie, c’est (insérer ici le terme qui vous convient)
  • un livre de psychologie : Le bonheur ne se cherche pas
  • un livre de médecine : Comprendre le TDPM, ou comment devenir amie avec ses hormones
  • un manuel d’instruction : Le guide pour la survie de la jeune adulte responsable (ben t’sais :P)

Crédit photo : Merryl B Photographe

 

Nos suggestions d’autofiction/biographie pour le mois de janvier du défi #jelisunlivrequébécoisparmois

Pourquoi ai-je choisi l’autofiction ou la biographie comme premier genre? Simplement parce que je crois c’est un des moyens de se rapprocher de l’auteur-e. C’est une lecture très personnelle qui nous permet de faire une introspection sur soi-même (bonjour bibliothérapie!). Souvent, les « histoires » racontées dans ces livres nous touchent encore plus, car nous les savons vraies, permettant alors de se reconnaître plus facilement.

Les lectures ou suggestions des fileuses :

  • Je compte lire Borderline de Marie-Sissi Labrèche.
  • Laurence Lacroix : « J’avais bien aimé Le feu de mon père de Michael Delisle. »
  • Marie-Lou Beaudin : « J’ai bien aimé Qui de nous deux de Gilles Archambault, un récit sur les mois entourant le décès de sa conjointe de longue date. Le avant et le après. Touchant et inspirant. »
  • Amélie Panneton : « Ma suggestion, un livre que j’aime d’amour : Journal de Julie Delporte, qui est (comme son nom l’indique) un journal illustré, très doux-amer et très beau. Et j’aimerais beaucoup lire Prague de Maude Veilleux ce mois-ci (à peu près dix-huit mois après tout le monde, j’ai l’impression). »
  • Vanessa Coutu : « Je vais lire Le plongeur de Stéphane Larue et Déterrer les os de Fanie Demeule. »
  • Martine Latendresse Charron : « Je pense que je vais lire La détresse et l’enchantement de Gabrielle Roy! »
  • Alexandra Girard  : « Je vais lire Prague de Maude Veilleux! »
  • Louba-Christina Michel : « Je vais lire Drama queens de Vickie Gendreau. »
  • Émilie Ratté et Marjorie Rhéaume : « Je vais lire Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire de Roxane Desjardins. »
  • Roxane Nadeau lira Shrapnels d’Alice Rivard.

D’autres suggestions de lectures :

Et vous, que comptez-vous lire?

Je vous invite également à vous inscrire à notre groupe Facebook : Un livre québécois par mois.

Ce qui se passe dans la forêt : adolescence et petites violences

Ce qui se passe dans la forêt, en Suède, n’est pas bien différent de ce qui pourrait se passer en forêt ici au Québec. Dans ce roman graphique aux magnifiques images au plomb, on retrouve trois adolescentes suédoises qui explorent les relations avec les garçons, expérimentent avec l’alcool et doivent faire face aux changements qu’apporte l’adolescence.

«Aida Karlsson, une jeune suédoise de quatorze ans, vit à proximité d’une petite ville dans la région du Småland. Elle et ses amies, Tess et Marlène, sont en classe de cinquième et se retrouvent confrontées à de nombreux changements dans leurs relations avec les garçons ; nouvelles règles du jeu, nouveaux comportements, attouchements qui dégénèrent en agressions, relations amour/haine et cette frontière parfois ténue entre les simples jeux d’enfants et la violence… Les trois amies réalisent qu’elles vont devoir s’endurcir pour ne pas perdre leur place dans la nouvelle hiérarchie qui s’instaure dans ce monde où les adultes sont presque perçus comme une menace, un monde où elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes.»

Sous ces allures de récit d’adolescence se cache bien de petites violences. À travers le parcours des trois jeunes filles, on découvre comment elles tentent, tant bien que mal, de naviguer à travers leurs nouvelles relations avec les garçons qui se croient tout permis. Bien qu’il n’y ait pas de profonde réflexion dans le discours des filles, les parcelles de textes qu’on y retrouve et la force des images conviennent à nous faire comprendre l’ampleur des défis et de l’adaptation auquel ces jeunes filles font face pour essayer d’entrer dans le moule.

Les garçons sont les meilleurs, rient des filles et en profitent pour leur faire des attouchements parfois de manière violente et grossière comme si de rien était, une chatouille déplacée par ici, une fesse par là. Comme le quatrième de couverture l’indique, les trois amies se retrouvent prises entre de simples jeux d’enfants et de la violence, sans trop en comprendre les frontières.

Le tout se déroulant sur l’espace d’environ un an, on passe par de petites à de plus grandes violences, dont la perte de la virginité d’une des filles, avec un garçon qui n’a pas voulu arrêter malgré le mal de cette dernière. À travers leurs déboires d’adolescentes, c’est l’amitié qui prévaut et qui leur permet de passer à travers le temps, de la première page où elles discutent des garçons comme d’un concept un peu lointain, jusqu’à la dernière page où elles se rendent, ensemble, à la clinique pour se faire prescrire la pilule contraceptive.

Bien que j’aie apprécié les thématiques ainsi que le style un peu « brouillon » de type crayon à la mine de plomb, la traduction a rendu ma lecture moins agréable. Traduit dans un français très européen, à coup de « fastoche » « mecs » et « putain », j’ai trouvé ça un peu moins crédible, mais ce n’est probablement qu’une question de références culturelles.

Outre cela, c’est une courte lecture qui reste intéressante et qui, à mon avis, dépeint à la fois avec force et subtilité l’adolescence, le sexisme ordinaire chez les jeunes et les petites violences qui passent sous le silence.

cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

 

Une curieuse histoire d’amitié : L’homme blanc de Perrine Leblanc

Kolia n’est pas un enfant de cœur. Il vole, se bat et boit. Mais il est très attachant. Ayant grandi dans les goulags de Staline, c’est par chance qu’il apprend à lire. Iossif, un prisonnier d’origine suisse, lui apprend à lire le russe et le français. Il lui apprend surtout le goût des mots. Un jour, Iossif disparaît. On ne lui dit pas pourquoi, ni où il est allé.

Lorsqu’il est finalement relâché du goulag, Kolia est presque un adulte. Il se rend à Moscou où la soeur d’Iossif l’aide à s’établir. Il devient clown. Il devient l’homme blanc, le mime silencieux, le clown muet.

« Dans la Zona il dirait aux autres prisonniers : J’ai volé pour la première fois à l’âge où les enfants apprennent à lire. C’était sa façon de résumer les premiers temps de son art. Il s’appelait Nicolas mais tout le monde le surnommait Kolia. En prison, après l’implosion de l’Union, il découvrirait la pérennité de certaines conditions d’existence dans les enclos, où les hommes devenaient des bêtes marquées. Il traîna avec lui dans le monde libre l’odeur des chiottes du camp et des morts qui se découvriraient au printemps. Cette odeur reste en mémoire et sur soi. Les corps qui revenaient du bagne étaient indécrottables. » (p. 13)

Ainsi commence L’homme blanc (Le Quartanier) de Perrine Leblanc, un livre étonnant. Parfaitement lucide, la prose de Leblanc nous engage jusqu’à la fin sans perdre de son rythme rapide ou de sa construction impeccable. Elle nous livre les pensées et les espoirs de Kolia avec une grande humanité. Le roman débute en 1937 et suit le personnage principal jusqu’après la chute de l’Union soviétique en 1995.

L’histoire d’une amitié inachevée, d’apprentissage, de curiosité, L’homme blanc est un premier roman fort impressionnant. Surtout lorsqu’on apprend que l’auteure n’est pas Russe et trop jeune pour avoir mis les pieds dans l’URSS et s’en souvenir. Il y a une énorme recherche derrière le livre. Or, il ne s’agit pas d’un roman historique pour autant. Le personnage de Kolia est inventé et mis dans des circonstances « réalistes » de l’époque et de l’endroit.

Lauréat du Grand prix du livre de Montréal l’année de sa parution, en 2010, L’homme blanc a beaucoup fait jaser de lui. J’y suis arrivée un peu tard, c’est vrai. En fait, c’est grâce à l’article de Martine sur Les Superbes que j’ai lu le roman. Elle mentionne que « le passage où l’auteure Perrine Leblanc s’est fait dire que son succès était dû à sa beauté [l]’a mise en furie » et moi aussi ça m’a beaucoup choquée. Je ne connaissais pas l’auteure, mais j’avais déniché le livre dans une librairie usagée quelques mois plus tôt en reconnaissant la couverture du Quartanier. Je l’ai lu et je l’ai adoré. Je ne sais toujours pas de quoi a l’air Perrine Leblanc et je m’en fous. Elle écrit foncièrement bien; il suffit de faire l’éloge de son écriture, pas d’y voir là le reflet de son physique attrayant. Franchement! Depuis, elle a écrit Malabourg, paru chez Gallimard, en 2014.

cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne