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L’univers magique de Fairy Oak

On a tous une part de magie en nous. Enfant, j’aimais m’imaginer que nous étions entourés de petites fées, d’elfes protecteurs et d’autres farfadets invisibles à l’oeil nu, mais pourtant bien présents. Aujourd’hui, je replonge dans ces croyances lointaines avec mes enfants, à travers la lecture de récits fantastiques comme celui de Fairy Oak, d’Elisabetta Gnone.

Retrouver la magie

Ce livre, il est arrivé justement «comme par magie» un jour où l’on farfouillait à travers les rayonnages de la bibliothèque à la recherche de quelque chose de différent. Une lecture de jeunesse qui ne serait pas à l’image de tous ces maudits dessins animés que l’on voit sur les écrans, hyper-énervés, hyper-colorés, hyper-stimulants, hyper-chargés… Oh! comme ces livres sont trop chargés en informations! Ils laissent si peu de place au silence, ce silence nécessaire à l’imagination. Je cherchais de l’authenticité, un beau récit de qualité, propice au rêve et qui me ramène à ma propre enfance. En fait, ce livre, je le cherchais davantage pour moi que pour ma fille, il faut l’avouer. J’avais besoin de retrouver ce goût de mon enfance, sincère, profond.

Ah oui, j’ai oublié de vous dire, je traverse le cap de la quarantaine.

Ceci peut expliquer cela.

Comme un vieux grimoire…

Finalement, je me rends compte que, souvent, les lectures de mes enfants sont un prétexte pour replonger dans des récits ou me permettre d’en découvrir de nouveau vers lesquels je ne serais pas forcément allée en tant qu’adulte. Et c’est plutôt plaisant.

Fairy Oak, c’est un conte plein de joie et d’enchantement, un univers romantique plein d’aventures. C’est l’histoire d’une fée prénommée Féli (de son vrai nom Silebonheurestlàmoiféelivreusedebonheurvousloffrirai) chargée de veiller sur deux sœurs jumelles, Vanilla et Pervinca, habitant la vallée de Verte-Plaine, à Fairy Oak, un village magique et ancien où cohabitent créatures fantastiques, sorcières, magiciens et simples mortels.

Au-delà du récit, j’aime l’ouvrage en tant que tel. C’est une part importante dans mes choix de lecture. Je ne saurais dire pourquoi, mais je n’aime pas seulement lire un livre, j’aime le tenir entre mes mains, le sentir, le toucher, le respirer! Toujours est-il que la série Fairy Oak (composée de sept romans) fait partie des livres que j’aime avoir dans ma bibliothèque. La couverture, le grammage du papier, l’encartage, les illustrations, la composition… Le livre tout entier nous invite à plonger dans ce monde féerique où la lumière côtoie l’obscurité, tel un vieux grimoire prêt à nous révéler ses secrets…

«À Fairy Oak, depuis plus de mille ans,
quand sonne minuit,
de minuscules fées lumineuses
racontent des histoires de petits enfants
à des sorcières attentives.
Insolite, n’est-ce pas?!
Chacun sait en effet que les fées
et les sorcières ne s’entendent pas très bien
et que ces dernières n’aiment pas
du tout les enfants.
Mais nous sommes dans la Vallée
de Verte-Plaine, dans le village
de Fairy Oak, et ici,
les choses ne se passent pas
comme ailleurs…»

Une écriture poétique

L’écriture d’Elisabetta Gnone est poétique, sensible, pleine d’humour. Ses personnages sont attachants et c’est avec une certaine curiosité que je suis partie à la découverte de cette écrivaine italienne ayant fait ses débuts en tant que journaliste pour la compagnie Walt Disney. Les trois premiers tomes de la série Fairy Oak ont d’ailleurs obtenu deux prix littéraires italiens (Bancarellino) destinés aux livres de fiction pour enfants.

Sachant qu’il y avait une bande dessinée à l’origine de tout cela, ma fille a littéralement plongé dans W.I.T.C.H., aux éditions Glénat. Depuis, nous partons à l’aventure…

Si vous ne connaissez pas encore Elisabetta Gnone, je vous invite à découvrir l’univers de Fairy Oak sur le site: https://fairyoak.com/fr !

On a tous une part de magie en nous. Quelle est la vôtre?

 

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Quand les femmes racontent leurs monstres et leurs fantômes

On le sait, les auteurs et les autrices du Québec ne sont pas particulièrement reconnus pour la littérature d’horreur. Je suis persuadée qu’un seul nom vous vient en tête dès que vous entendez « littérature d’horreur au Québec », et vous avez raison de penser cela. Patrick Senécal (c’était lui, n’est-ce pas?) a pratiquement l’entièreté de la tribune accordée à ce genre dans notre belle province. En ce sens, nous pourrions donc en conclure que l’une des seules visions (je fais quand même la part des choses) de ce qu’est la littérature de ce genre au Québec est celle décrite par un homme blanc d’une cinquantaine d’années. Nous sommes d’accord? Bon, le problème, ce n’est pas Senécal. J’ai lu la majorité de son oeuvre et je l’ai appréciée plus souvent que le contraire. En réalité, la problématique réside dans le fait que nous ne connaissons pratiquement que cette avenue. Qu’en est-il du regard des femmes? De celles qui sont un peu plus jeunes? Qu’est-ce que l’horreur, le suspense et l’effroi sous une plume québécoise qui n’est pas celle de Senécal? C’est exactement ce que le collectif Monstres et fantômes a tenté de nous faire découvrir.

Monstres et fantômes, c’est quoi?

Ce collectif, qui porte parfaitement son nom, au sens figuré et au sens littéral, rassemble quinze autrices québécoises et leurs quinze nouvelles d’horreur. Précisons que l’utilisation du mot « horreur » est assez générale dans le cas présent puisque plusieurs des récits qui se retrouvent dans ce recueil relèvent davantage de l’épouvante et de la terreur, ces termes n’étant pas tout à fait des synonymes. Bien entendu, ces sentiments sont propres à chacun, mais il demeure que vous ne pourrez pas sortir de la lecture de Monstres et fantômes complètement indemnes. Avec ce collectif, on éloigne le genre de l’horreur, souvent maltraité et sous-estimé, du préjugé tenace qui le poursuit. On ne fait pas que frissonner durant le voyage inquiétant auquel nous invite Monstres et fantômes, on réfléchit, on se questionne, on s’identifie. Au fil des textes, les autrices se complètent dans leurs différences, ce qui, parallèlement et peut-être même étrangement, maintient en équilibre la ligne directrice du recueil et la tension, pendant les 341 pages à parcourir.

Horreur féminine et féministe

L’un des aspects les plus fascinants de l’oeuvre de ce regroupement de femmes est sans aucun doute les thèmes qu’elles abordent. Sujets souvent négligés par les écrivains masculins du genre, le corps, la maternité et la sororité agissent à titre de pierre angulaire dans la plupart des histoires mises en scène. Chacun d’entre eux est traité avec une finesse inouïe et un doigté étonnant. Il y a quelque chose de très personnel, et à la fois d’universel, dans le traitement de ces thèmes. C’est la raison pour laquelle il est si aisé de s’y reconnaître.

D’ailleurs, les protagonistes féminins principaux sont plus que prédominants tout au long des quinze merveilles qu’on nous livre généreusement. Elles viennent avec leurs angoisses, leurs craintes, leurs forces, leurs délires… bref, avec leur histoire. De fait, il faut reconnaître le travail impressionnant que les autrices ont fait sur le développement psychologique des êtres auxquels elles ont donné vie. Elles sont complexes, crédibles et, par moments, terriblement cruelles. Bien qu’elles adoptent, à quelques reprises, la position de victime, elles ne campent pas le rôle de ces typiques malheureuses que l’on retrouve dans les films d’horreur. Au contraire, à l’occasion, elles sont victimes d’elles-mêmes, alors qu’en d’autres moments, elles sont simplement (je me retiens d’écrire « naturellement ») les martyres de la société dans laquelle elles évoluent. Ne serait-ce pas un incroyable pied de nez à notre propre époque? Cela reste à confirmer. Quand elles ne sont pas souffre-douleur, elles incarnent les bourreaux, et ce, de façon extrêmement inquiétante.

Il est très difficile d’entrer dans les détails des nouvelles sans révéler ce qui se cache au plus profond de celles-ci. Je me suis donc abstenue de vous décrire en long et en large chacune d’elles. De surcroît, il aurait été presque impossible de choisir quelles histoires valent davantage la peine d’être présentées puisqu’elles sont toutes extraordinaires à leur façon. Je vais tout de même me commettre pour vous, chères lectrices et chers lecteurs. Vous ne pourrez pas dire que je n’ai jamais rien fait pour vous.

« Agnelet » de Laurence Gough

Mercedes et Marion nous obsèdent autant qu’elles obsèdent l’héroïne. La gémellité qui unit ces deux jeunes femmes est tout aussi fascinante qu’angoissante. On n’en peut plus de ne pas savoir. Et lorsqu’on sait enfin, on ne peut le supporter.

« Renégates » de Jade Bérubé

Puissante par son authenticité, la nouvelle de Jade Bérubé frappe par son ancrage dans la réalité. Cette histoire nous terrifie, car elle existe malheureusement. Une logorrhée bruyante, un monologue intérieur incessant, menant à un silence de fin.

Et vous, vous laisserez-vous tenter par les monstres et les fantômes de ces talentueuses dames?

Monstres et fantômes, collectif dirigé par Stéphane Dompierre, Québec, coll. « La Shop », Québec Amérique, 2018, 350 p.

Autrices : Mélikah Abdelmoumen, Jade Bérubé, Fanny Bloom, Stéphanie Boulay, Catherine Côté, Marie Demers, Fanie Demeule, Laurence Gough, Geneviève Jannelle, Marie-Hélène Larochelle, Véronique Marcotte, Maude Nepveu-Villeneuve, Mikella Nicol, Erika Soucy et Mélissa Verreault.

Crédit photo : Michaël Corbeil

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L’odeur du gruau : le réconfort de l’amitié

Mon automne a été parsemé de courtes lectures, pour la plupart, des recueils de poésie, alors que j’étais pratiquement submergée par les lectures et les travaux universitaires. Avec la fin de la session est venue l’envie de me plonger dans un roman, d’accorder du temps à une histoire, à des personnages pour les apprivoiser, les connaître et m’y attacher. Cette envie s’est accompagnée de la découverte de la maison d’édition franco-ontarienne L’Interligne et d’un nouvel auteur, Alexis Rodrigue-Lafleur. C’est le nom de son premier roman, L’odeur du gruau, mais surtout la proposition qui m’a attirée vers ce livre : une bande d’amis dont l’amitié, croquée à trois époques de leur vie, nous est racontée.

L’amitié : témoin fidèle du quotidien

Des liens qui semblent solidement tissés se resserrent et se dénouent dans ce court livre d’à peine 250 pages. On y rencontre Judith, barista dans un petit café; Béatrice et Frédéric, ses collègues; Carl et Léa, ses colocs, ainsi que Paul, un charmant client, aussi coloc de Frédéric. Les chapitres du livre nous proposent de brèves incursions dans leur vie, dans leur cœur et dans leur tête. On passe de l’été 2009 à l’automne 2029, en faisant des allers-retours qui capturent des moments charnières de leur amitié.

On y parle de désir, de séduction, de deuil, de réalisation de soi et d’amour, beaucoup d’amour. Je sais bien que la frontière est souvent ténue entre l’amitié et l’amour, mais j’ai tout de même été surprise que ce soit ce dernier qui prenne le pas sur pratiquement tout le reste, enfin de mon point de vue. C’est vraiment ce qui s’est déposé en moi, ce qui m’est resté de cette lecture : la quête amoureuse imprègne toutes les sphères de notre vie. En fait, le livre nous propose un regard sur l’amour, sur le quotidien de la vie, à travers le prisme de l’amitié.

Une histoire en battements de cœur

L’histoire est narrée tantôt par les personnages, tantôt par un narrateur externe. On est donc tour à tour témoins privilégiés puis simples observateurs. On apprend à connaître les personnages en assemblant les courts fragments qui nous sont livrés, on tisse des liens et on se surprend à imaginer ce qui n’est pas raconté. Le style d’écriture est très travaillé, la prose flirte avec la poésie. On sent le désir de créer un rythme que les éditeurs comparent à un battement cœur, une pulsation qui guide le récit.

« Il dévore sa peau basanée, lui bouffe tout le corps. Il a de l’appétit. Ils ont la soif sur leurs lèvres enflammées. Insatiables jusqu’au matin. Jusqu’à demain. L’envie de vivre qui brûle dans le sang. Qui brûle tellement. À en cirer. Encore. Ça doit sortir. Haut et fort. Oui. La douleur. Le bonheur. Le feu. Le noir. La vie. Impossible de garder ça en dedans. »

Cette rythmique donne une force au récit, aux émotions racontées et aux mots, mais elle entraîne aussi un certain détachement face à l’histoire. Elle nous rappelle la présence de l’auteur et sa démarche d’écriture. Elle amène avec elle des questionnements sur les intentions de l’auteur et les messages qu’il souhaite nous transmettre. C’est une lecture qui implique, je crois, plus qu’un abandon à l’histoire et à la découverte des personnages, sans toutefois être lourde ni exigeante.

Ce court livre s’est avéré être une belle rencontre. Il nous demande une ouverture pour suivre la temporalité fracturée et les changements de perspectives sur le quotidien d’un groupe d’amis qui avancent dans la vie et qui tentent, de leur mieux, de rester unis. Il nous rappelle l’importance de nos amitiés et nous donne envie de les célébrer.

Y a-t-il des œuvres que vous avez lues sur l’amitié qui vous ont fait cet effet-là?

Le fil rouge remercie les Éditions L’Interligne pour le service de presse.

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Combattre pour les droits de l’homme et l’écologie

Cela faisait un bout de temps que j’avais lu une bonne biographie, donc j’errais dans cette section à la bibliothèque lorsque je suis tombée sur ce livre. Mon oeil a d’abord été attiré par les couleurs, puis par le titre. Héros d’humanité, c’est accrocheur. C’est accrocheur, car c’est différent. Les héros que nous connaissons habituellement sont des héros à l’intérieur de combats ou de quêtes contre des vilains, mais dans ce livre de Jean-Marie Pelt, les héros sont tout autre. Ils avaient tous des idéaux bien au-delà des conquêtes territoriales, car ils se sont tous battus pour défendre leurs valeurs. De ce fait, ils ont changé, à leur façon, le sort de l’humanité.

Droits de l’homme et écologie

Ce livre est d’abord séparé en deux parties. La première est réservée aux personnes ayant travaillé pour améliorer les droits des humains et la deuxième traite d’hommes et de femmes ayant fait de l’écologie leur priorité. Chacune des parties est ensuite séparée en courts chapitres, et chaque chapitre présente une personnalité importante. Cette oeuvre est entièrement dédiée aux héros dits modernes. Ne vous méprenez pas, ils ont tous vécu à des époques différentes, parfois bien lointaines, mais les valeurs qu’ils défendaient sont bien modernes. Elles représentent les idéaux des jeunes et moins jeunes d’aujourd’hui, qui ne glorifient plus les batailles armées, mais plutôt des valeurs plus humanistes, plus tournées vers la paix, l’égalité et le sort de la planète.

Biographies résumées

Chaque chapitre résume donc la vie d’une personne ayant travaillé fort toute sa vie pour le bien-être des humains, des animaux ou de la planète. Les chapitres sont plutôt courts, il ne s’agit donc pas de biographies complètes. Des événements et des vies incroyables sont très brièvement résumés et je suis souvent restée sur ma faim. En effet, le livre résume seulement les grandes lignes de la vie de personnes parfois très connues du grand public, comme Nelson Mandela, Martin Luther King et Ghandi, et parfois un peu moins, comme Chico Mendès, Bartolomé de las Casas et Bruno Manser. Par contre, j’ai aimé le fait qu’il est facile de passer au travers d’un chapitre en une seule lecture. De cette façon, il est possible d’espacer nos lectures sans perdre le fil.

Beaucoup de positif

Une chose que j’ai trouvée particulièrement intéressante de ce livre est tout le positif qui s’en dégage. Bien souvent, les épisodes du passé qui sont remémorés sont les plus dramatiques et désolants. Dans ce livre, c’est plutôt l’inverse. Les hommes et les femmes  présentés ont eu un impact très intéressant sur le monde et ont fait avancer la société. Il ne faut pas les oublier et ne remémorer que les événements traumatiques du passé.

J’ai aussi fait de belles découvertes en lisant cet ouvrage. Plusieurs chapitres traitaient de personnes desquelles je n’avais que peu ou pas du tout entendu parler auparavant. Ces brèves lectures m’ont donné envie d’en apprendre davantage sur ces personnes, toutes plus inspirantes les unes que les autres. J’ai notamment l’intention de lire la biographie complète de Dian Fossey, une Américaine ayant œuvré toute sa vie pour étudier et protéger les gorilles de l’Est au Rwanda. Sinon, j’aimerais lire la biographie d’Aung San Suu Kyi, figure de l’opposition non violente à la dictature militaire en Birmanie. Cette récipiendaire d’un prix Nobel de la paix a notamment été arrêtée et assignée à résidence surveillée par le gouvernement militaire à plusieurs reprises, dont une période de six années consécutives. Le fait que l’auteur ait choisi d’intégrer plusieurs personnes dont on parle peu est certainement un plus.

Quelle biographie méconnue mériterait, selon vous, plus de reconnaissance?

Un livre québécois par mois : Janvier : La Peuplade

En janvier, on lit un livre de la maison d’édition La Peuplade!

La Peuplade fut fondée en 2006 par Mylène Bouchard et Simon Philippe Turcot. Elle édite des romans, des recueils ainsi que de la poésie. Les thèmes abordés par les auteurs et autrices de la maison d’édition concernent souvent le territoire. Aujourd’hui, la Peuplade publie en France, ce qui permet à nos merveilleux créateurs et créatrices d’histoires de traverser un océan.

Pourquoi avoir choisi La Peuplade? Et bien, je vous avoue avoir rarement été déçue par les choix de leurs œuvres. Je me suis souvent plus dirigée vers les romans ou les recueils et j’ai souvent été charmée par mes lectures.

Voici quelques suggestions de lectures :

Et puis, quelle sera votre lecture?

En 2019, je lis un livre québécois par mois

Le début de l’année est toujours une période de résolutions et de bonnes volontés! Voici justement les résolutions littéraires des fileuses du Fil rouge! L’une de mes résolutions est de lire PLUS de livres québécois. Ça tombe bien, le Fil rouge a justement le défi de lire UN  livre québécois (ou plus) par mois.

Je vous partage également mes autres défis littéraires de l’année dernière que j’avais notés dans un cahier. Je les continue cette année encore, j’essaie même de m’en créer de nouveaux.

Le défi Je lis un livre québécois par mois existe depuis 2015. Il y a près de 1 200 membres sur le groupe Facebook du défi. Les membres peuvent partager leurs lectures, leurs opinions et même nous aider à trouver des livres suite à la thématique.

Nous avons la tradition de donner une thématique ou un genre par mois. Cette année, nous voulons faire un peu différent : une maison d’édition par mois. Ce que j’aime de ce changement, c’est qu’une même maison d’édition peut vous permettre de lire soit de la poésie ou un roman de fiction.

Je vous invite également à partager le défi et ce hashtag : #jelisunlivrequebecoisparmois

Janvier : La Peuplade

Février : La Pastèque

Mars : Alto

Avril : Leméac

Mai : Boréal

Juin : Pow Pow

Juillet : La courte échelle

Août : Éditions de Ta Mère

Septembre : Mémoire d’encrier

Octobre : Les Herbes rouges

Novembre : La Bagnole

Décembre : les 400 coups

P.S.

Merci aux Libraires.ca pour le petit clin d’œil à notre défi littéraire!

Anatole qui ne séchait jamais : l’album jeunesse qui séchera des larmes

Régine regarde son petit frère Anatole pleurer, pleurer et pleurer, sans jamais s’arrêter. Elle n’en peut plus de le voir souffrir ainsi. Elle décide donc d’essayer de comprendre la raison derrière cette pluie de larmes. Avec beaucoup de bienveillance, cette petite fille ouvrira son cœur à Anatole et avec l’aide de leur père, Anatole retrouvera le sourire. 

Premier roman jeunesse de Stéphanie Boulay, que nous avions connu en littérature grâce à ce très beau À l’abri des hommes et des choses, Anatole qui ne séchait jamais est illustré par la talentueuse Agathe Bray-Bourret. C’est une œuvre exceptionnellement importante en littérature jeunesse au Québec et je me réjouis énormément de cette publication. Elle brise des stéréotypes qui persistent et ouvre la porte à de belles et nécessaires discussions avec les enfants.

C’est avec son langage coloré, ses images évocatrices et sa grande douceur que Stéphanie Boulay prend la plume pour nous raconter cette histoire familiale qui porte sur les questionnements identitaires. On craque pour sa façon bien singulière de raconter des émotions d’enfants et de se mettre à la place des petits. Je suis arrivée à saisir parfaitement ce que ressentait le petit Anatole et même à être bouleversée par cet enfant souhaitant tout simplement être lui-même.

Le père a aussi une place importance dans cet album, celui-ci étant troublé comme sa fille de ne pas comprendre pourquoi Anatole souffrait. C’est avec beaucoup d’amour et de respect pour ses enfants qu’il se met à accepter les désirs et les besoins d’Anatole, et ce, sans jugement. C’était beau de voir les membres de cette famille unie qui tentent du mieux qu’ils peuvent de s’aimer pour ce qu’ils sont, au creux du cœur.

Les illustrations d’Agathe Bray-Bourret sont aussi très jolies et viennent bien appuyer le propos. C’était la première fois que je découvrais le travail de cette illustratrice et j’avoue avoir bien aimé la façon qu’elle a choisi de démontrer la tristesse d’Anatole.

L’ère de l’ouverture

Il y a une belle ouverture en littérature jeunesse en ce moment au Québec et c’est tant mieux. Plus il y aura d’œuvres qui briseront les stéréotypes de genre et qui aborderont des questionnements identitaires, moins les enfants vivant avec des questionnements et des troubles comme celui d’Anatole se sentiront seuls. En plus, il sera facile pour les adultes de les comprendre et pour les enfants de les accepter. Je me réjouis de savoir que cet album aura une longue vie, qu’il fera réfléchir et ouvrira les consciences dans les écoles, garderies et maisons.

Album parfait pour ouvrir la discussion sur des questions identitaires et de genres, Anatole qui ne séchait jamais devrait se retrouver dans toutes les bibliothèques d’école, ne serait-ce que pour mettre des mots sur des émotions que plusieurs vivent sans parvenir à les nommer.

Avez-vous d’autres suggestions d’albums jeunesse qui brisent des stéréotypes?


Le fil rouge remercie les éditions Fonfon pour le service de presse.

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Watchmen : le super-héros du roman graphique

Nous sommes en 1985. Dans un monde parallèle au nôtre, les super-héros font partie du quotidien. Dans ce monde dystopique, la guerre règne en maître. La corruption n’a plus aucune limite tandis que Richard Nixon en est à son cinquième mandat. L’angoisse est à son comble, et même les idoles d’autrefois ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes.

La mort d’un comédien

Cette histoire commence par la mort d’un ancien super-héros. C’est sur le pavé, après une chute de plusieurs étages, que la vie d’Edward Blake prend fin. Fidèle à lui-même, son ancien collègue fait de la découverte du coupable sa mission. Sa paranoïa l’entraîne à croire qu’une conspiration est derrière cet assassinat et que ses semblables et lui-même en sont les prochaines cibles.

C’est dans une ambiance de polar illustré que les personnages se présentent à nous.  Reconnu comme étant un mercenaire sarcastique et violent qui est tout sauf attachant, Edward Blake porte comme un gant le surnom de Comédien. Pour lui, la vie est une blague. De nature indépendante, Rorschach n’a besoin de rien ni personne pour lui permettre d’arriver à ses fins : pour lui, tout est soit noir, soit blanc. Il ne prend pas son rôle à la légère et est le dernier de ses semblables à être encore actif, malgré l’interdiction du gouvernement. Il y a Le Hibou, un geek attachant qui n’a rien à envier aux Batman de ce monde. Il vit dans le passé et est le seul qui semble nostalgique de ce qu’il considère être la belle époque. S’ajoute ensuite Ozymandias, l’homme le plus intelligent de la planète. Arrogant et manipulateur, ses priorités sont l’argent et le pouvoir. Dr. Manhattan, un véritable dieu, voyage à travers l’espace et le temps en quête de réponses. Il se détache de l’humanité et néglige celle-ci au profit de son travail. Sa copine, Sally Jupiter, une rebelle à la tête de cochon, n’a jamais voulu faire partie de ce monde : elle ne l’a fait que pour avoir l’approbation de sa mère. Les Watchmen, tous plus différents les uns que les autres, forment le tout le plus complet qu’un univers littéraire pouvait créer.

Les auteurs, Dave Gibbons et Alan Moore, ont réussi toutes leurs missions, mais principalement celle-ci : raconter notre monde tel qu’il serait si des justiciers en faisaient partie. L’écriture nuancée permet d’inclure à un univers réaliste des personnages surréalistes.

 La nouvelle image du roman graphique

Avant Watchmen, le roman graphique était considéré comme étant inférieur au roman en tant que tel. Dave Gibbons et Alan Moore, les créateurs de ce chef-d’œuvre, avaient d’ailleurs comme objectif de rehausser l’image du roman graphique pour que celui-ci soit reconnu par le milieu littéraire. Ils ont remporté leur pari haut la main, car Watchmen s’est retrouvé dans la liste des 100 meilleurs livres du New York Times. Le roman graphique a donc gagné sa place dans le cœur des lecteurs et continue de gagner en popularité d’année en année. Cet ouvrage est la preuve de tout ce que la bande dessinée peut réaliser en termes de création d’un monde et d’une histoire complexe.

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Mais comment, considérant le contexte dans lequel elle est sortie, une telle œuvre a-t-elle pu créer un pareil engouement? Le médium de la bande dessinée, qui suivait depuis toujours le modèle instable des grilles changeantes et des couleurs primaires, se voit ébranlé par Dave Gibbons. Avec son utilisation exclusive de couleurs secondaires – comme le vert et le violet – et d’une mise en page constante de neuf cases de même format, il a réussi à réinventer quelque chose qui semblait coulé dans le béton. Plusieurs de ces cases se répètent, avec un simple élément changeant dans celles-ci, créant plus de mouvement et rappelant le stop motion – ou animation en volume – que l’on retrouve dans le monde cinématographique. Dave Gibbons a lui-même dit en entrevue que l’aspect le moins intéressant de l’ouvrage est l’histoire, tout le reste étant encore plus fascinant.

Étant moi-même une grande admiratrice du médium de la bande dessinée et du roman graphique, cette œuvre m’a fascinée de la première à la dernière page. Tout est en finesse et en détail, et découvrir cet univers était un réel plaisir. L’histoire est étoffée et réfléchie, les personnages développés avec une grande richesse et les illustrations sont tout simplement sublimes. Il ne reste qu’une seule question à vous poser :

 Si vous ne l’avez pas encore fait, qu’attendez-vous donc pour lire Watchmen?

 

 

 

 

Les coups de coeur littéraires des fileuses en 2018

Ariane 
Castagnettes, de Marie-Élaine Guay, un recueil de poèmes qui m’a tour à tour fait rire et pleurer… et le tout, en public.

Les prénoms épicènes, d’Amélie Nothomb, qui m’a fait renouer avec cette autrice que j’ai pratiquement adulée toute mon adolescence pour ensuite la bouder.

Konbini, de Sayaka Murata, un roman empreint d’humanité, qui parle du fait que certaines personnes sont plus heureuses dans une vie toute simple qui sort des cadres de la «normalité».

Les furies, de Lauren Groff, un roman aux personnages complexes, où il est jouissif de pouvoir lire les deux versions différentes de la même histoire.

Frédérique 
L’étang, de Claire-Louise Bennett, roman qui rend hommage aux détails quotidiens avec un mystère et un cynisme décapants.

Hôtel Lonely Hearts, d’Heather O’Neill, dont l’ambiance est demeurée en moi, même plusieurs mois après avoir terminé le livre.

Grosse, de Lynda Dion, qui m’a ouvert tout un pan de réflexions sur la manière de voir son propre corps.

Virginie 
Le chant de la terre blanche, de Jean Bédard, un roman qui m’a happée, et que j’ai recommencé immédiatement après l’avoir fini. Je ne voulais plus le quitter. Il m’a tellement touchée que j’étais pas loin du syndrome de Stendhal. J’ai aussi adoré La femme aux trois déserts.

Écorchée, de Sara Tilley et De vengeance de J.D. Kurtness. Toutes les deux sont autochtones (Tilley de Terre-Neuve, Kurtness est innue), mais ont mis en scène des personnages qui ne le sont pas et ont développé leurs histoires d’une façon bien singulière.

Os, La montagne blanche, de Steve Gagnon. Je l’aime d’amour cet homme-là. Oui, je suis un vrai cœur d’artichaut. Et quand j’aime, je lis tout (cette année du moins), alors il y a aussi Chaque automne j’ai envie de mourir (avec Véronique Coté) qui m’a fait chavirer.

Quelque chose continue d’être planté là, de Maude S. Pilon. De la poésie du territoire, des mots qui remplissent l’espace, qui poussent à aller plus loin et font tellement de bien.

La cantine de minuit, de Yaro Abe, un manga qui raconte la petite vie des habitués d’un restaurant nocturne. Si intime et chaleureux, on en sort avec l’envie de cuisiner japonais.

Marie Anne
L’empire familier de François Rioux, qui m’a  fait renouer à la poésie québécoise.

New and selected Poems de Mary Oliver, qui m’a confirmé que cette femme est définitivement une de mes poétesses préférées.

Le jeu de la musique de Stéfanie Clermont, qui m’a fait vivre énormément de choses.

Et puis Aria de laine de Meb, qui m’a fait découvrir d’autres formes de poésies.

Camille
N’essuie jamais de larme sans gants, de Jonas Gardell

Martine
N’essuie jamais de larme sans gants, de Jonas Gardell : LE roman qui m’a fait pleurer cette année. J’en ai parlé ici.

«  La famille qui les laisse être ceux qu’ils sont librement et simplement. Cette famille qu’on se choisit et qui nous permet de nous épanouir. Il y avait tellement d’humour et d’amour entremêlés à ce groupe d’amis vivant dans la douleur et la violence et c’est ce qui m’a fait tomber sous le charme de ce groupe qu’on sait bien condamné à exploser. Les dernières pages du roman en sont d’ailleurs l’exemple parfait de cette famille soudée remplie d’amour qui transcende la mort.» 

Le dernier chalet, d’Yvon Rivard : Une oeuvre qui m’a donné envie de prendre mon temps, de lire, d’écrire, de contempler et d’aimer plus fort. J’en ai parlé ici.

« Que ce soit en admirant un oiseau qui vole, un arbre ayant passé les décennies ou en relisant des œuvres qui rendent plus vivants, Yvon Rivard donne envie, avec ce livre, de ne pas craindre la fin ni la mort. Il donne envie de se poser doucement devant le fleuve, de respirer profondément en relisant encore et encore des mots qui, comme les siens, donnent tout son sens aux mots «vivre» et «aimer». Des mots qui donnent envie de lire, d’écrire, de vivre et d’aimer. »

Sorcières, la puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet : Mon dernier gros coup de cœur. J’adore Mona Chollet que je trouve toujours pertinente, juste et incroyablement intelligente. Sorcières est une ode aux femmes qui osent être elles-mêmes envers et contre le patriarcat. J’ai appris plein de choses sur la chasse aux sorcières, j’ai été révoltée et convaincue de l’importance de me nommer sorcière.

Les villes de papier, de Dominique Fortier : Pour la beauté du texte, mais aussi pour la découverte de cette poétesse qu’est Emilie Dickinson.

L’art de perdre, d’Alice Zéniter
Un magnifique roman sur l’identité, la transmission et nos racines. J’en ai parlé ici.

« Ce qui me reste de cette lecture, c’est l’importance des racines que l’on se crée soi-même, tel un authentique retour à soi. C’est exactement l’histoire de Naïma qui retourne chez elle, dans son chez elle sans frontières ni passeport. C’est aussi l’amour qui réside entre des membres d’une même famille, et ce, sans avoir les mêmes croyances, repères et vécus. »

Caroline L.
Février de Lisa Moore
Six degrés de liberté de Nicolas Dickner
Le grand marin de Catherine Poulain
Jane Eyre de Charlotte Brontë

Marika
Monstres et Fantômes, Collectif, qui m’a fait frissonner et réfléchir.

Mercy on Me de Reinhard Kleist, qui m’a fait tomber en amour une deuxième fois avec Nick Cave alors que je ne croyais pas qu’il était possible d’aimer encore plus.

Le ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras, parce que je ne l’avais jamais lu encore et que Duras me fait chavirer à chaque lecture. Je l’ai parcouru à petits pas, furtivement, comme une voyeuse qui ne veut pas voir, car ce qu’on exhibe fait trop mal.

Camille M
Petit pays, de Gaël Faye, offert par une amie lors d’un échange de livres de Noël. Je l’ai dévoré et je crois que c’est ce qui m’a donné envie de plus de littérature étrangère en 2019. Je vous en parle d’ailleurs bientôt sur le blogue, alors je ne vous vends pas trop la mèche ici, mais disons seulement que les thèmes d’enracinement, de liberté et du souvenir m’ont particulièrement touchée.

Joëlle
La Tourbière des cauchemars de Frédéric Raymond et A Whole New World de Liz Braswell, tous les deux à cause de leurs clins d’oeil à H.P. Lovecraft.

Anaïs 
Mon coup de cœur pour 2018 a définitivement été Les villes de papier de Dominique Fortier. Un bijou dont j’ai parlé sur le blogue puisqu’il mérite toute notre attention.

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Trembler sous le regard du vampire

Je ne sais jamais à quoi m’attendre quand je commence la lecture d’un classique. En connaissant déjà le récit, souvent repris et repris jusqu’au cliché dans la littérature et au cinéma, écrit dans un style d’un autre temps, vieilli sans doute, j’ai l’impression que je vais m’ennuyer. Je me trompe. Malgré toute la poussière qui recouvre ces œuvres consacrées, elles me surprennent inévitablement. La magie opère, mes réticences tombent et je suis séduite. Du moins, c’est l’effet qu’a produit sur moi Dracula, roman d’horreur qui a popularisé la figure du vampire.

Roman horrifique

Jonathan Harker, jeune notaire, se rend en Transylvanie rencontrer le comte Dracula pour régler une transaction immobilière. Ce dernier vient d’acheter une demeure à Londres et souhaite s’y installer. Hébergé dans le château du comte, Jonathan se rend rapidement compte qu’il en est le prisonnier et que le comte lui-même n’est pas un homme ordinaire, mais plutôt une créature étrange et terrifiante. Le lecteur partage rapidement la détresse de Jonathan, suffoque à l’idée d’être enfermé dans un château obscur où toutes les portes sont barrées. En parallèle, on suit Mina, la fiancée de Jonathan, sans nouvelles de son aimé, en vacances au bord de la mer chez son amie Lucy en proie à de curieux épisodes de somnambulisme.

L’horreur du récit, son caractère terrifiant, se traduit surtout dans les ambiances, l’atmosphère, le mystère qui plane. Les lieux où se déroule le récit sont d’ailleurs associés aujourd’hui à l’imaginaire de l’horreur : le château gothique oppressant, l’asile psychiatrique, la mer déchaînée et dévorante, le cimetière où se promène une ombre inquiétante. Même lorsque Dracula est loin, le récit est submergé dans un climat inquiétant.

« Et comme si cela ne suffisait pas, des masses de brume marine envahirent l’intérieur des terres. Des nuages blancs, gorgés d’eau, parcouraient le ciel comme autant de fantômes entraînés par le vent, et si humides, si détrempés qu’il n’était pas besoin d’avoir une imagination débordante pour penser que les esprits perdus en mer étaient venus toucher leurs semblables encore vivants de leurs mains poisseuses porteuses de mort… » p.148

Suspense et enquête

Si l’horreur se manifeste dans les ambiances du récit et les descriptions des lieux, la forme du roman devient le meilleur support au suspense et à l’enquête qui se déploie. Le roman est composé d’extraits de journaux intimes des différents personnages, de lettres et d’articles de journaux qui deviennent des pièces à conviction, des témoignages relus par les personnages pour comprendre les événements et pour appréhender les gestes du comte. Le roman se transforme en une chasse au vampire, Dracula doit être retrouvé et éliminé afin d’éviter qu’il fasse d’autres victimes. L’utilisation des journaux intimes permet aussi de présenter des visions diverses et subjectives et de nuancer la vision parfois tranchée du bien et du mal.

Mina : un personnage féminin central

Dracula est aussi un roman d’amour. Jonathan et Mina semblent tirer dans leur amour la force de continuer à se battre, malgré leurs traumatismes. Traitée parfois avec paternalisme, Mina reste un personnage féminin intéressant. Narratrice grâce à son journal, elle partage sa voix et construit le récit. Courageuse, elle n’hésite pas à prendre de nombreux risques pour « sauver l’humanité » et même si, « pour son bien », on préfère lui cacher une partie de la vérité, elle comprend rapidement ce qui se passe et ses raisonnements sortent les personnages de l’impasse. Elle échappe ainsi quelque peu à la vision des femmes qui se dégage du roman, celle des femmes de bien pures et innocentes opposées aux femmes du mal, femmes vampires, séduisantes, mais sexualisées et vulgaires.

Dracula : figure mythique

Le vampire n’a cessé de se transformer et de se réinventer depuis Dracula pour devenir une créature de plus en plus romantique. Le comte Dracula est loin du vampire séducteur moderne sur lequel on peut fantasmer.

« Ses sourcils étaient plus qu’épais, presque au point de se toucher au-dessus du nez et leurs poils étaient si touffus qu’ils semblaient boucler naturellement. Ce que je pouvais voir de sa bouche, sous son épaisse moustache, lui conférait une impression d’impassibilité mâtinée d’une certaine cruauté, accentuée par ses dents qu’il avait très blanches et pointues. » p.41

Créature maléfique qui cherche à sucer le sang de ses victimes pour les transformer, elles aussi, en vampires, Dracula hypnotise sa proie pour la convaincre de le laisser entrer. Seule dans mon lit, je l’ai imaginé rôder et, suspendu dans le vide, écarter une latte du store de la fenêtre de ma chambre pour m’appeler et m’inviter à le laisser entrer. Et j’en frissonne encore.

Et vous quel livre vous a fait frissonner?