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Men explain things to me : au-delà du mansplaining

Ce recueil d’essais de Rebecca Solnit était dans ma liste de livres à lire depuis bien longtemps. C’est en découvrant l’auteure et ses autres œuvres, à travers le compte instagram Her pickings, que je me le suis finalement procuré. Il faut dire que toute l’actualité autour du terme mansplaining (1) , popularisé par l’essai de Solnit, a aussi pesé dans la balance.

Alors que je croyais me retrouver devant une série de textes personnels racontant des anecdotes mettant en scène des hommes qui remettaient en question les compétences de Solnit parce qu’elle est une femme, c’est devant un tout autre type de texte que je me suis retrouvée et, à tout dire, c’est bien mieux ainsi.

Un titre « click bait » 

Men explain things to me, un titre qui fait jaser, qui fait vendre, mais qui, à mon avis, reflète peu le contenu du livre, passé le premier texte. En fait, il aurait aussi bien pu s’appeler Rebecca explains feminism to you . Dans  chaque essai, l’auteure aborde de manière très politique et publique des thèmes tels que la violence faite aux femmes, le viol, la place des femmes dans l’espace public. Elle se sert de cas très précis tels que le viol collectif d’une étudiante dans un autobus de New Delhi, celui de Steubenville ou bien le scandale de Dominique Strauss-Khan. C’est une série d’essais tous plus intelligents les uns que les autres, ancrés dans une indéniable réalité sur laquelle il est primordial, mais pas nécessairement facile, de lire.

Solnit ne mâche pas ses mots pour parler des problèmes de genres qui sont présents dans notre société, sans pour autant donner à l’homme la figure du bourreau. C’est nuancé, intelligent mais sans pitié. Enracinée dans l’histoire, Solnit, qui est aussi historienne, démontre comment les inégalités de genre ne sont pas d’hier en utilisant des exemples provenant autant de l’histoire de la religion que de la mythologie grecque. Elle ne réinvente rien, mais c’est dans la structure, dans le mélange entre actualité, histoire et anecdotes qu’elle construit des textes qui frappent et font réfléchir.

Au-delà du mansplaining

Vous l’avez peut-être remarqué, je n’ai pas mentionné le terme Mansplaining. Pourtant, Men explain things to me n’est-il pas le livre qui a popularisé le terme ? Oui, mais non. Bien que le premier essai du livre parle d’un homme qui ne croit pas vraiment que Solnit ait pu écrire  « ce livre très important sur Muybridge  » et affirme que ce doit être un autre livre, ne croyant pas qu’une femme ait vraiment pu écrire un livre de la sorte,  l’auteure est elle-même un peu incertaine du terme.

Sans pour autant nier l’importance d’avoir mis en mots un problème bien réel qui ne pouvait être nommé aussi facilement avant, Solnit affirme ne pas avoir inventé le terme, ni vraiment l’utiliser, bien que son essai ait inspiré quelqu’un à le faire. Elle ne l’utilise qu’à une autre reprise lors de ses essais.  Alors que le terme mansplaining n’est pas au centre de l’oeuvre, comme on pourrait le croire, Solnit ne peut pour autant nier être a l’origine d’un essai qui a inspiré des milliers de femmes à enfin mettre en mots un comportement qui, de par sa récurrence, se devait d’être nommé.

Pour une perspective plus complète 

Bien que ce ne soit pas un essai très intersectionnel, Solnit étant consciente, je l’espère, de son féminisme à la fois blanc et privilégié, Men explain things to me reste un essai intéressant, intelligent et important. Il suffit de le prendre pour ce qu’il est et non comme un tout.

Pour une perspective un peu plus complète, racisée et intersectionnelle, je conseillerais de compléter votre lecture de Men explain things to me avec La pensée féministe noire de Patricia Hill Collins aux éditions remue-ménage  ainsi que Dear Ijeawele, or A Feminist Manifesto in Fifteen Suggestions, le second essai féministe de Chimamanda Gnozi Adaichie, disponible depuis le 7 mars. C’est certainement ce que je ferai.

Quels sont vos essais incontournables sur le féminisme ? Lesquels vous offrent une perspective plus complète et inclusive ? 

(1) désigne la situation où un homme se croit en devoir d’expliquer (en anglais explain) à une femme quelque chose qui la concerne directement, généralement de façon paternaliste ou condescendante. ( selon wikipedia )

Nos suggestions de romans tirés de la littérature migrante pour le mois d’avril du défi #jelisunlivrequébécoisparmois

J’ai toujours été fascinée par le parcours migratoire des immigrants du Québec. Je suis heureuse de compter parmi mes ami-e-s quelques personnes qui ont eu ce courage de traverser des continents pour venir vivre dans leur nouvelle terre d’accueil. Il m’était donc important de souligner le travail de ces personnes migrantes qui ont choisi le Québec comme nouvelle maison. J’avais envie qu’on prenne le temps d’écouter leurs histoires. Grâce à eux, j’espère que tout comme moi, vous allez voyager et être fasciné par leur choix de vie. Laissez-vous bercer par leurs histoires, leurs courages et leurs mots.

Les lectures ou suggestions des fileuses :

  • J’ai l’intention de lire Bonheur à la queue glissante d’Abla Farhoud. C’est à la suite de ma lecture de Toutes celles que j’étais que j’ai eu un énorme coup de cœur pour l’univers littéraire de cette femme.
  • Ce que Martine lira : Aki Shimazaki, cette auteure d’origine japonaise qui vit à Montréal depuis des années m’attire depuis un bon moment. On la dit aussi discrète que Réjean Ducharme et que son écriture est d’un minimalisme, sans fioritures, qui va droit au but. Ça pique ma curiosité, c’est avec Hozuki que je pense commencer mon incursion dans son œuvre.

  • Marjorie Rhéaume : En avril, je crois bien que je vais me lancer dans mon premier Laferrière. J’ai deux de ses livres à la maison et je n’en ai jamais lu un, alors c’est l’occasion parfaite.
  • Tout comme Martine, Megan Deslongchamps lira un roman d’Aki Shimazaki. Sa lecture sera Zakuro!
  • Karine : « Je voudrais lire Les Lettres chinoises de Ying Chen. J’ai lu le dernier de Ying Chen pour lequel j’ai écrit un article dans le blogue et j’ai vraiment aimé l’écriture de l’auteure et les réflexions. Je voulais alors lire d’autres ouvrages de cette écrivaine. Je saisis l’opportunité de le faire avec le défi du mois d’avril. Les lettres chinoises me semble tout à fait à propos avec le thème, dans la mesure où il s’agit d’un échange épistolaire entre une personne qui a quitté la Chine pour le Canada et une autre personne qui est restée au pays. »

D’autres suggestions de lectures :

Ce qu’on a lu comme roman écrit par une femme pendant le mois de mars #Jelisunlivrequébécoisparmois

J’étais impatiente de commencer ma lecture du mois de mars : un roman écrit par une femme. Je trouvais important de renouveler le défi et j’étais curieuse de découvrir vos choix de lectures pour ce mois.

Ma lecture fut Partir de rien de Maude Nepveu-Villeneuve. Ce livre m’a été offert dans l’un des coffrets littéraires du Fil rouge. Je dois remercier Martine et Marjorie pour leur choix parce que ce fut un vrai coup de cœur. Me retrouver dans l’univers coloré de Chloé et d’Almée fut réconfortant et envoûtant. L’amitié qui existe entre les deux personnages m’a ramenée en enfance et a créé un vrai sentiment de nostalgie. Et il existe entre les deux jeunes filles/femmes (le mystère de leur âge restera tout le long du roman et c’est ce qui fait que c’est magique) une amitié très malsaine. Elle l’est, parce qu’elles n’arrivent pas à survivre l’une sans l’autre et plus elles quittent l’enfance, plus il est difficile pour elles de faire leurs propres choix. Chloé est un personnage que j’ai aimé détester, parce qu’elle me rappelle mon insécurité face à la nouveauté ou aux nouvelles amitiés de mes ami-e-s (la peur d’être oubliée).

J’ai adoré ce roman que je vous conseille fortement! Il a, disons, un petit côté féerique!

Les lectures de Martine

Pour ce défi, j’ai lu deux romans écrits par des femmes. Le premier était La mort d’une princesse d’India Desjardins. J’ai passé un agréable moment de lecture, mais j’ai quand même refermé le livre en ressentant une déception. J’étais une admiratrice de la série Aurélie Laflamme, il y a déjà un bon nombre d’années, et je ne pense plus autant apprécier l’écriture d’India Desjardins et ce, malgré que je reconnaisse son talent. Bref, j’avais envie d’un moment de lecture léger et facile et je n’ai pas été déçue à ce niveau. Néanmoins, l’histoire un peu classique ne m’a pas plu et charmée tant que ça.

Par la suite, j’ai décidé de lire le recueil de nouvelles de Marie-Hélène Poitras réédité chez Alto, La mort de mignonne et autres histoires. C’est en lisant Les superbes que j’ai davantage connu l’auteure et c’est cela qui m’avait donné envie de découvrir son œuvre littéraire. D’emblée, je l’avoue, je suis moins une fan des nouvelles, et comme le dit en préface Samuel Archibald :

« Les recueils de nouvelles ont rarement le même pouvoir d’attraction que les romans, de nos jours, mais ils ont ce charme qui parle beaucoup aux mélomanes comme Marie-Hélène et moi : celui de fonctionner comme des albums. Un grand recueil de nouvelles est comme une bonne playlist, dont on ne peut isoler les morceaux et les jouer dans le désordre, mais aussi en admirer la séquence et la laisser agir sur nous au fil du temps. »

 

Certaines nouvelles m’ont énormément plu, telles que C’était salement romantique et Protéger Lou, tandis que d’autres ne m’ont fait ni froid ni chaud. J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce recueil publié en 2005 et je comprends tout à fait le choix de la réédition 12 ans plus tard. C’est un recueil de nouvelles vraiment bien écrit et cela m’a donné envie de lire son roman Griffintown, et ce malgré le fait qu’à la base il ne m’attirait pas tellement!

                

La lecture de Marjorie R.

En mars, j’ai voulu lire Prague, de Maude Veilleux. Tout le monde semble l’avoir lu et je voulais comprendre le buzz. C’est une petite plaquette que j’ai lue en quelques heures, un matin de la fin mars. Je ne dirais pas que j’ai été déçue, puisque je n’avais pas d’attentes particulières, mais je pensais certainement plus apprécier. Je comprends pourquoi plusieurs ont adoré et j’ai beaucoup apprécié l’aspect écriture de soi, écriture d’un roman. Par contre, j’ai eu du mal à comprendre les actions de la narratrice, je n’ai pas embarqué dans son parcours autodestructeur. C’est vers la fin du roman, lorsqu’elle décide qu’elle veut être seule, même si tout reste un peu flou, que j’ai apprécié un peu plus ma lecture, l’expérience; l’idée est bonne, ça n’a juste pas eu l’effet escompté sur moi et c’est bien correct aussi. Je suis tout de même bien contente d’avoir pris le temps de le lire.

La lecture de Louba

On a recouvert de rouge, de vert, de brun les murs de l’appartement et même la neige, comme les pages du roman se sont décomposées sous mes yeux acidulés par les mots tranchants de Rosalie Lavoie.

Mon premier réflexe lorsque j’achète un livre, c’est d’écrire, sur la première page, souvent blanche, mon nom, l’année de l’achat et la ville où je me trouve lors de l’achat. Quand j’ouvre ma copie du roman Le sang du cerf, sur la première page blanche, c’est écrit : Louba-Christina Michel, Montréal, 2012. Le livre a été écrit en 2012 et je l’ai probablement acheté cette année-là. Donc, ce roman de quelques 118 pages me suit depuis un certain temps, sans que je prenne le temps de m’y plonger. J’ai vu le défi du mois de mars comme une belle opportunité.

Avertissement : âmes sensibles s’abstenir ou y aller tout doucement…

Je trouvais le titre poétique et attirant, Le sang du cerf, mais outre l’histoire en tant que telle, je ne croyais pas être si inconfortable face aux images violentes et dégoûtantes sans cesse proposées.

Le narrateur écrit une lettre à Hannah, cette violoniste qu’il vient d’assassiner et dont le corps se décompose à côté de lui. Cette lettre fait le récit de leur histoire et met en scène le malaise éprouvé par quiconque croise ces êtres qui dérangent, ces parias, ces « non-personnes » qui ne s’inscrivent pas dans l’ordre social. Hannah ne peut devenir que le personnage du roman en train de s’écrire alors que la putréfaction achève de faire disparaître son corps. http://www.lemeac.com

Lu sur quelques jours, le court roman de Rosalie Lavoie m’a traînée avec lui dans une atmosphère dérangeante et dégueulasse. J’ai voulu me rendre au bout de ma lecture et je ne sais pas s’il existe réellement un meilleur moment pour se plonger dans ce type de récit glauque. Plusieurs images décrites dans l’histoire rejoignent déjà mon imaginaire littéraire personnel, je n’ai pas peur d’écrire certaines choses, mais de les lire, de les vivre par les mots d’une autre, d’y être invitée comme témoin, de voir se dérouler ces scènes dans ma tête… malaise. J’ai beaucoup dormi durant la période entourant la lecture, comme pour me plonger davantage dans l’univers des personnages de Rosalie Lavoie. J’ai peut-être voulu fuir cet univers en m’enivrant de sommeil. Je restais chaque fois longtemps empreinte du malaise de ce côté très sombre, le décor vert et noirci par la mort, la putréfaction et le désir brutal. Dès l’ouverture du livre, les pages blanches, l’appartement blanc et le décor enneigé perdaient toute leur luminosité et je me retrouvais alors coincée et spectatrice, le cœur en étau, le corps asphyxié, comme le personnage d’Hannah aux prises avec le narrateur, cet écrivain cinglant.

Rosalie Lavoie c’est une voix puissante que je suis heureuse d’avoir découverte. Une voix qui ose nous ramener vers l’état sauvage et animal de l’humain, qui ne détourne pas le regard sur la laideur et la violence.

Rosalie Lavoie est née en 1977. Après des études en littérature, elle publiait en 2012 un premier roman, Le sang du cerf. Ses lecteurs y ont découvert une voix authentique, une écriture juste et sans compromis. http://www.lemeac.com

J’ai hâte de lire Choir (publié chez Leméac, en 2015), qu’on m’a fortement conseillé.

Évanouies de Megan Miranda : relaxer par le policier

Le week-end dernier, j’avais vraiment envie de lire quelque chose de très relaxant et selon moi, les romans policiers sont les livres parfaits dans ce genre de cas. Rien ne me fait plus décrocher que simplement me plonger dans un thriller psychologique. Étrangement, je n’ai pas lu une tonne de romans policiers, simplement parce que tant d’autres livres me tentent… (Encore un moment où je reprends conscience de tous les livres que j’aimerais avoir la chance de lire, mais que je ne pourrai tout simplement pas, par manque de temps!)

J’ai donc décidé de lire Évanouies de Megan Miranda. Ce livre était sur ma table de chevet depuis plusieurs mois, j’avais prévu le lire à Noël… mais je n’avais pas eu la chance. Bref, je me suis plongée dans ce roman policier le temps d’un week-end et j’ai été globalement satisfaite.

Le roman raconte l’histoire de Nicolette Farrell qui retourne dans sa petite ville natale, Cooley Ridge. Elle avait quitté cette ville à la suite de la disparition de sa meilleure amie Corinne. Dès qu’elle y remet les pieds, une autre femme disparaît et tout cela est relié, et loin d’être anodin.

Entourée de son petit copain avocat, de son frère Daniel, de son père atteint d’Alzheimer, de son ex-copain Tyler, Nicolette nous entraîne dans une narration au « je » qui nous rend complice de ses doutes, de ses questionnements, de ses secrets et des profonds sentiments qu’elle cache à ceux qui l’entourent. Difficile de dire si je me suis attachée à cette femme. Je ne crois pas, elle m’a semblé manquer de profondeur, ce que j’aime le plus dans les romans psychologiques. J’aime quand on prend davantage le temps de m’expliquer le passé d’un personnage et qu’on y voit davantage de vulnérabilité. Il y a un passage dans le roman où Nicolette fait enfin preuve de douceur et de tendresse : lors du baby shower de sa belle-sœur, quand elle prend conscience que jamais sa mère décédée ne pourra être présente si elle a un enfant un jour. Je nomme ce passage tout simplement parce que je pense que c’est le seul moment où j’ai réellement compris un peu le personnage, sa profondeur, sa douleur, sa douceur, mais encore loin… Nicolette m’a semblé moins profonde et attachante que ce que j’apprécie habituellement dans les thrillers psychologiques.

« Cette histoire, je ne peux la raconter que par fragments. En la retraçant petit à petit. En remontant petit à petit le cours des événements. Pour vous montrer sa beauté, avant son ignominie. » 

Le plus intéressant dans ce thriller psychologique est, selon moi, le fait que l’histoire est racontée à l’envers. En débutant du jour 15 jusqu’au jour final, le jour où tout devient enfin clair et précis. Cette petite variante dans la narration crée l’effet de fascination et m’a impliquée dans le récit : je ne pouvais tout simplement pas reposer ce bouquin jusqu’au moment où j’allais connaître, enfin, la véritable histoire de ces deux disparitions.

La narration m’a un peu titillée et cela s’est ressenti principalement lors des dialogues que j’ai trouvé très souvent faux. Je ne sais pas si cela est dû à la traduction française… mais je me suis posé la question lors de ma lecture. Je n’ai pas été entièrement conquise par l’histoire, espérant souvent que le dénouement viendrait plus rapidement, mais j’ai quand même été assez aspirée par ce récit de Cooley Ridgey pour vouloir continuer ma lecture.

Plusieurs ont comparé ce roman à La fille du train de Paula Hawkins, ce succès incroyable que j’ai aussi beaucoup aimé. Or… je n’oserai pas les comparer, tout simplement parce que je crois que La fille du train est beaucoup plus haletant, psychologique, et disons-le terrifiant. Comme je le disais précédemment, Rachel, le personnage principal dans La fille du train, est extrêmement plus multidimensionnelle et son intériorité est plus dévoilée, c’est ce qui m’a fait préférer La fille du train à Évanouies.

La vérité, avant tout

Dans Évanouies, on y côtoie des personnages qui portent des masques et des secrets un peu trop simplistes, gardés longtemps si secrets qu’ils en deviennent des immenses. Finalement, ce roman est parfait pour une lecture relaxante de week-end, le ratio entre thriller psychologique et niveau d’écriture s’équilibre et, ainsi, Évanouies est un roman que je conseille si vous avez envie de décrocher le temps de 438 pages.

Avez-vous des thrillers policiers à me conseiller pour mon prochain week-end de lecture relaxante 🙂 ? 


Le fil rouge remercie Marion Van Staeyen des diffusions Dimédia pour le service de presse.

Illustration : Claude K. Dubois Album : Pas belle Collection Pastel aux Éditions École des loisirs

Être femme et la difficulté de l’acceptation de soi : un sujet à aborder jeune

Il y a l’estime de soi, l’affirmation, la confiance.
S’aimer pour ce qu’on est entièrement.
Il y a la difficulté de ne pas se comparer, de ne pas se diminuer face aux autres… et ce malheureusement dès le très jeune âge. Lorsque le dénigrement pointe le bout de son nez, il ne laisse aucune chance. Avec tout ce que l’on impose aux filles / aux femmes au quotidien; l’importance de la beauté, des normes, de l’apparence… trop souvent l’envie de disparaître nous prend.

pas-belle-2Illustration : Claude K. Dubois

Il y a de ces livres canon. De ces livres / albums / romans marquants, rencontrés au hasard devenant automatiquement indétrônables pour nous. Ce genre de livre qui aide au cheminement intérieur des petits comme des grands. Pas belle de Claude K. Dubois en est un qui m’a fait verser quelques larmes, m’a fait réfléchir, m’est resté en tête très longtemps avec cette envie de l’offrir à quiconque croisant mon chemin. Lire Pas belle ne vous laissera aucunement indifférent et suscitera énormément de conversation avec les enfants. 

Je ne suis pas comme les filles dans les magazines.
Moi, on ne me choisirait pas!
Je ne suis pas idiote. J’ai réfléchi à ça…

Dans cet album, nous retrouvons la douce Stéphanie.
Stéphanie ne se trouve pas assez jolie. Voire pas du tout.
Pas belle. Pas belle. Pas belle.
Son père a beau lui dire qu’il la trouve profondément jolie et que ce sont les qualités intérieures qui font que l’on est beau/belle, elle trouve que c’est insuffisant. Stéphanie persiste donc à se comparer; à Vanessa une copine de classe ou aux mannequins des magazines. Avec ce texte minutieusement poétique de Claude K. Dubois, on vient à se questionner avec la petite sur ce qu’est la « beauté » réellement. Après discussions et réflexions, nous réalisons avec Stéphanie qu’il existe une multitude de beautés. Une beauté propre à chacun. Ce qui nous rend magnifiquement uniques.

 

Il dit que mon visage est un pays à découvrir.
On y trouve son coin à soi, que personne ne connaît.

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Un texte sensible ciblant avec brio une détresse que chacun (enfants comme adultes) peut ressentir lorsqu’il ne parvient pas à s’aimer, à s’apprécier et à reconnaître ses qualités. Claude K. Dubois pointe du doigt avec finesse là où c’est plus douloureux. Un texte poignant, sur la déconsidération de soi, pour nous apprendre comment réapprivoiser notre reflet en douceur.
Nous refermons l’album en retrouvant le sourire au même moment que Stéphanie.

Un album majeur, abordé avec intelligence, pour les petites filles comme pour les femmes, mais aussi pour les garçons, qui seront aussi pris dans le tourbillon des images et des normes de beauté imposées par la société.

Et vous? Quel est votre livre favori pour discuter de diversité corporelle?

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Pas belle
Claude K. Dubois

Pastel, École des loisirs
19,95 $
Dès 5 ans

 

ton petit look caroline et josiane strates les filles sont-elles folles? littérature québécoise éditions cardinal maladie mentale

Les filles sont-elles folles?

Quand j’avais douze ans, j’ai arrêté de manger.

Au secondaire, Léa prenait des antidépresseurs.

Avant ça, mon amie Jessica voulait mourir.

Quand les gens dans notre entourage n’allaient pas bien, on ne disait rien. On savait, mais on ne disait rien. On n’en parlait pas parce que c’était comme ça. Pas de mots, pas de maux, nous disions-nous, peut-être? Ou l’on se contentait de pointer du doigt, en murmurant en silence, pour éviter d’avoir à comprendre.

J’ai longtemps pensé que parler feelings était un signe de faiblesse, le propre des personnes pas solides, pas endurcies. À force de côtoyer les gens, et la vie, je me suis rendue compte que c’est moi qui m’empêchais de régler des choses en refusant d’en parler. Qu’au fond, je faisais partie du problème si je préférais me complaire dans le jugement plutôt que d’essayer de comprendre. Me comprendre, moi, ou comprendre les autres.

Les filles sont-elles folles?

On connait bien Carolane et Josiane Stratis pour leur blogue Ton petit look. Après avoir écrit un premier livre avec leurs collaboratrices, elles ont décidé de réitérer. Cette fois, pourtant, le sujet est différent. Avec Les filles sont-elles folles?, les sœurs Stratis nous convient dans leur passé, leurs expériences, dans le vécu de dizaines de femmes qui ont chacune quelque chose à nous raconter. Leur point commun? La maladie mentale.

Au fil des chapitres qui abordent tous un thème relié au corps (La tête, le cœur, le ventre et la vulve), on découvre les expériences de femmes qui vivent au quotidien avec la maladie mentale: la leur, ou celle de leur proche. Les textes des jumelles Stratis, tantôt drôles, tantôt touchants, toujours honnêtes, entrecoupés des témoignages de leurs collaboratrices, viennent donner un regard vrai sur les différentes formes que peuvent prendre les maladies mentales.

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De la nécessité de parler de la maladie mentale

S’il n’y avait qu’un mot qui servirait à décrire l’ouvrage, ce serait celui-là: nécessaire. Nécessaire de lever le voile sur les tabous, sur les silences, sur la honte que l’on traîne jour après jour. Nécessaire de dire et de comprendre les maladies mentales, de ne pas nier la douleur des gens qui les vivent.

Les filles sont-elles folles, c’est un peu, au fond, un hymne à l’échange et au partage. Un safe spot où on peut dire les vraies choses, et où on peut essayer de s’aider, et d’aider les autres.

Ce que les soeurs Stratis semblent nous dire avec leur dernier livre, au fond, c’est: Et si on parlait un peu? Si on s’assoyait ensemble, qu’on se sortait la tête du sable et qu’on osait mettre les vrais mots dans notre bouche. Si on avait l’audace d’aborder les problèmes, de les nommer, de les tendre aux autres pour qu’ils les comprennent. Pour qu’ils enlèvent de leur esprit cette impression que la maladie mentale, c’est la faiblesse.

Si on se contentait d’ouvrir un livre, tout simple. Un livre magnifique, soit dit en passant, aux allures léchées et élégantes, et qu’on abordait de front ce qui existe et que l’on cache. Si on entendait le discours de femmes, de femmes belles, fières et fortes, qui ont dû braver les tempêtes, et qui le font d’ailleurs encore, et qui disent. Qui nomment. Qui crient. Qui osent parler de leurs maux,  de leur maladie. Si on ouvrait ce livre et qu’on se donnait la chance de grandir, en tant que société, peut-être, ou en tant qu’individu, plus simplement. Si on se retrouvait dans les témoignages de celles qui parlent. Si on effaçait les tabous, les non-dits, les regards en coin qui sentent le jugement. Si on se regardait et qu’on se disait qu’on s’aimait à la place?

« Si être indépendantes, fortes, loquaces, assumées, passionnées et politisées, c’est être folles, alors je souhaite à toutes les femmes de l’être. « -Alex, 22 ans.

S’offrir une expérience de lecture personnalisée en 3 étapes

Lorsque nous avons décidé de nous lancer dans la grande aventure que sont les coffret littéraires Le fil rouge, nous savions déjà que nous voulions donner une place importante non seulement à la littérature québécoise, mais aussi aux produits faits ici, aux artisans qui travaillent fort pour offrir des produits de qualité et qui font tourner l’économie d’ici.

En plus, il y a tellement de beaux produits faits au Québec. Pourquoi aller voir ailleurs lorsqu’on peut offrir une expérience de lecture complète avec des produits et des livres d’ici?

Si, vous aussi, vous avez le goût de personnaliser votre propre expérience de lecture, on vous propose quelques produits d’ici qui vous permettront d’adoucir vos moments de lecture et de détente.

Le confort

Le confort, lorsqu’on lit, c’est primordial. Parce que peu importe l’évasion que nous offre un livre, lire sur une chaise inconfortable durant des heures rend l’expérience un peu moins agréable. Qu’est-ce que ça prend pour être confortable lors de sa lecture? Ça, ça dépend de chacun. Pour nous, l’important c’est de s’asseoir confortablement et de toujours avoir une couverture près de soi. C’est pourquoi on vous propose deux produits d’ici qui vous permettrons de lire des heures durant, confortablement.

Hamac urbain, comme le nom l’indique, fait des hamacs. Parfaits pour accrocher dans votre salon, sur votre balcon, vous pourrez vous y lover pour plonger dans un long roman sans y être inconfortable.

En plus, les deux designers redonnent vie à de vieilles cordes d’escalade lors de la confection des hamac. De plus, leur ambition est de « rapprocher les individus autour d’un hamac comme autour d’un café pour un moment de détente»  C’est parfait, non? Bien que c’est un peu – beaucoup – trop gros pour un jour se retrouver dans un coffret, c’est un investissement parfait pour les lecteurs et lectrices qui veulent faire changement, tout en ne sacrifiant pas leur confort .

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Hamac urbain Design

La famille Nomade est une entreprise d’ici qui offre  des foutas, des couvertures d’origine tunisienne  tissées 100 % coton, parfaites pour vous réchauffer, pour décorer votre salon ou pour faire un pique-nique .

Leurs valeurs d’entreprise sont belles et inspirantes , tout comme leurs produits.

Notre gamme reflète la simplicité, l’authenticité et le raffinement. Les foutas signées Famille Nomade sont une invitation au voyage, au partage de moments précieux en famille ou entre amis ou une façon toute simple de rechausser l’élégance et le charme de votre demeure.

Quoi de mieux qu’une belle couverture pour lire lors d’une froide journée, ou pour passer une chaude journée au parc accompagné d’ami-e-s ou d’un bon roman.

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Famille Nomade

L’ambiance

Même en étant confortable, c’est aussi parfois agréable de se créer une petite ambiance lors de ses lectures. Ici, on aime bien s’allumer des chandelles – ou une lumière tamisée- , se faire couler un bon bain chaud ou bien se faire chauffer un chocolat chaud même si on sait qu’il deviendra bien vite froid, à mesure que notre lecture avance. L’ambiance est une composante particulièrement importante dans nos coffrets littéraires. C’est pourquoi on vous offre toujours un thé et que le produit d’artisan sert souvent à vous faciliter la tâche, à créer, pour vous, une ambiance relaxante.

La parfaite chandelle : À l’automne 2016, nous avons fait affaire avec une petite compagnie trifluvienne – Marée– pour offrir une chandelle à odeur automnale dans notre coffret. En plus de sentir bon et d’être faite à partir de soja, sa couleur s’agençait bien à celle du livre. L’attention est dans les petits détails, non? On vous invite à découvrir leur boutique etsy. Vous y trouverez certainement l’odeur parfaite pour votre détente.

Coffret Septembre 2016

Coffret Septembre 2016

D’autre chandelles d’ambiance à découvrir 

Lire dans son bain : Outre la concentration requise pour ne pas échapper son livre dans son bain, prendre le temps de se détendre dans un bain tout en lisant, c’est comme faire d’une pierre deux coups côté self-care . La première petite entreprise avec laquelle nous avons travaillé, lors de la campagne de soci0financement, était Hygée Pure . C’est notre collaboratrice Laurence et sa mère qui en sont à l’origine et qui confectionnent, à la main, savons et bombes de bain. Leurs bombes de bain sont juste assez odorantes, douces pour la peau et vous pourrez les conserver quelques mois sans problèmes.

Coffret campagne de sociofinancement

Coffret campagne de sociofinancement

D’autre produits pour votre bain

  • Bkind ( qui fut aussi dans nos coffrets, en novembre, avec des échantillons d’exfoliants) offre aussi une belle gamme de sels de bain .
  • Dot & lil 

L’art du parfait breuvage : Avec les coffrets, la lecture est, pour nous, devenue indissociable du thé. Chaque mois, on offre un format trois portions de thé pour accompagner le livre choisi. Nous trouvions qu’il n’y avait pas meilleur moyen de rapidement et facilement créer une ambiance de lecture qu’avec un bon thé. C’est pourquoi on fait affaire avec Pretty Tea, chaque mois. C’est une petite compagnie d’ici qui offre de bons thés et une multitude de saveurs qui sauront vous combler.

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Pour ceux et celles qui n’aiment pas le thé

  • Hebdo & Co : Comme nous, Hebdo & co est un concept d’abonnement qui permet de recevoir du bon café, directement à vos portes. C’est avec eux que nous avons fait affaire pour notre coffret Gilmore Girls.
  • Pops art : Pops art, ce n’est pas seulement des pops glacés aux fruits, mais aussi des sachets et mélanges à chocolat chaud. À découvrir pour les amateurs de chocolat chaud de toute sorte.

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Introspection

L’une des composantes les plus importantes pour nous lors d’une expérience de lecture, que ce soit à travers nos coffrets ou non, c’est l’introspection. C’est vrai que, souvent, on lit un livre, on le termine, on le met de côté sans trop s’attarder à ce qu’il a suscité chez nous. Pourtant, parfois, on se surprend soi-même à être touché et chamboulé par une lecture, et c’est dans ces moments que c’est plaisant d’avoir un cahier à portée de main pour y écrire nos réflexions.

Alors, que ce soit simplement pour tenir à jour votre pile à lire – il y a aussi goodreads pour ça – ou bien pour vous pencher plus profondément sur ce qu’a suscité en vous votre dernière lecture, tenir un journal de lecture est toujours un concept bien intéressant.

À chaque nouvelle saison de nos clubs de lecture, on offre aux participantes un petit cahier pour y écrire leurs réflexions. Nous l’avons aussi fait dans le coffret d’août et, chaque fois, c’est un plaisir de mettre de l’avant les magnifiques cahiers de Joanie Houle.

 

Joannie Houle Art

Joannie Houle Art

Quelques autres options de papeterie 

  • Le Baltic Club : Cette compagnie montréalaise est toujours une valeur sûre lorsque vient le temps de trouver un parfait cahier de notes .
  •  Lili Grafitti 

Alors voilà. On espère que, avec toutes ces suggestions, vous vous offrirez une expérience de lecture personnalisée et adaptée à vos goûts et besoins.

 

 

 

 

 

 

Le pouvoir de l’imaginaire

Je ne suis pas de ceux qui ont un grand génie de Sévryna Lupien est le dernier roman à paraître chez Stanké et le premier de l’auteure. Cette jeune libraire, également artiste multidisciplinaire, signe un roman drôle et touchant. Auguste est le personnage principal et le narrateur du récit. Dans la lignée des voix narratives de Room, C’est pas moi je le jure, To Kill a Mockingbird ou encore le magnifique La vie devant soi du côté des grands classiques, on a affaire à un narrateur à la voix candide de l’enfance. Cette candeur lui donne aussi une énorme franchise qui lui permet de poser un regard très juste sur le monde, malgré (ou grâce à?) sa grande naïveté : « Je ne suis peut-être pas de ceux qui ont un grand génie, mais je sais que les gens bien, c’est important pour notre existence. » (p. 138) Et les gens bien, Auguste aura la chance d’en rencontrer!

Orphelin, Auguste vit au centre Saint-Marie-des-Cieux où des religieuses s’occupent de lui. Il en a marre d’être dans cet endroit sans vie, alors il planifie et réussit son évasion. On le suit au fil de ses rencontres, parfois hasardeuses, parfois gourmandes (oh le plaisir de manger son premier croissant!), souvent attendrissantes, qui le mèneront à vivre dans un endroit qui ressemble beaucoup à Central Park avec d’autres itinérants plus âgés : Georges et Marie. Ensemble le trio d’infortune forme un « organisme » qui s’entraide et s’aime. Mais malgré sa chance dans la malchance, au fur et à mesure que l’histoire avance, Auguste se rend bien compte que « c’est compliqué de se gérer tout seul » (p. 152).

Être naïf, Auguste ne cesse de multiplier les idées saugrenues, qui font parfois rire et toujours sourire. Une de mes préférées : « Une fois, la sœur supérieure m’a surpris à faire mes devoirs sous le lit avec ma main gauche et j’ai eu droit à vingt coups de règle en bois sur la main. Ce jour-là, j’ai compris que Dieu était droitier et qu’à cause de ça nous devions tous l’être. » (p. 61) Par ses notions un peu rocambolesques, Auguste finit par charmer tous ceux qu’il croise, et surtout le lecteur.

L’idée est venue à Lupien d’un coup. Une sorte d’épiphanie. « C’est le titre qui est venu en premier. C’était en 2010, je crois. J’étais dans le grand ménage de mon atelier et cette phrase m’est venue en tête. J’ai ouvert l’ordinateur pour la noter. J’ai arrêté d’écrire cinq jours plus tard, à la fin de la troisième partie. J’ai enregistré le tout et je me suis relue. Ce fut une longue illumination spontanée en quelque sorte! » a expliqué Lupien dans un entretien avec Les libraires. Ce n’est que quelques années plus tard qu’elle y est revenue pour le lire à nouveau et ajouter la quatrième partie tellement surprenante.

L’écriture est très rythmée; les phrases s’enchaînent rapidement. En quatre parties avec de nombreux chapitres très courts, le roman se dévore quasiment d’un coup. Mais, en même temps, la voix d’Auguste est attachante et c’est bon de prendre son temps pour s’émerveiller avec lui devant ses découvertes anodines. La simplicité de la narration a été pour moi un grand coup de cœur. Vraiment, l’écriture est un plaisir qui vaut le coup à lui seul.

Seul bémol… je ne sais pas vraiment si la quatrième partie « surprise » m’a vraiment convaincue. Mais je ne peux pas vous en dire plus! Donc, ce n’est pas tellement un bémol, car ça vous invite quand même à lire le roman et à revenir me dire ce que vous en avez pensé ici-bas! Il est disponible en librairie depuis le 15 février.


Le fil rouge remercie les éditions Stanké pour le service de presse.
Lupien, Sévryna. Je ne suis pas de ceux qui ont un grand génie, Montréal, Stanké, 2017, 179 p.

L’Art de la joie : Quand l’art emprunte son thème à la littérature

Du 17 février au 14 mai se déroule à Québec Manif d’art 8 — La biennale de Québec. Le thème de l’événement, L’Art de la joie, est emprunté au roman de l’auteure italienne Goliarda Sapienza qui porte ce titre. Amatrice d’art à mes heures, j’ai décidé de profiter de l’occasion pour lire ce roman que je m’étais procuré à vil prix dans une librairie usagée, mais que je n’avais pas encore lu, manquant de courage pour attaquer les 800 pages. L’idée de combiner art et littérature m’a donné la motivation nécessaire pour entamer la lecture de ce roman majeur de la littérature italienne publié en 1998 pour la toute première fois.

L’Art de la joie, c’est l’histoire de Modesta née en 1900 dans un petit village de la Sicile en Italie. Au début du roman, elle est une jeune fille et elle vit dans la pauvreté avec sa mère et sa sœur trisomique. Son père est inconnu. Puis, une tragédie survient et elle devient orpheline. Elle est recueillie dans un couvent par des religieuses. Alors destinée à un avenir plutôt modeste, elle peut aspirer tout au plus à un emploi de servante, à rester au couvent et à devenir religieuse ou à se marier avec un homme qui n’a pas beaucoup de moyens. Or, Modesta en décide autrement. Déterminée, elle jouera d’astuces pour atteindre le statut de princesse et se hisser à la tête de la lignée des Brandiforti. À partir de ce moment, le roman devient une sorte de saga familiale pendant laquelle nous suivons la vie de Modesta et de son entourage au cours d’une grande partie du 20e siècle.

De cette trame narrative, il est difficile de comprendre la raison pour laquelle ce roman a pour titre L’Art de la joie. En fait, dans ce livre, la joie s’exprime à travers les choix, le mode de vie et la personnalité de Modesta et non à travers les événements qui sont dépeints. Modesta est une femme qui réussit à s’affranchir de la pauvreté, de l’Église et des conventions sociales. Non, la vie de Modesta n’est pas toujours heureuse, mais sa quête de la joie, elle la mène en faisant fi des convenances et en acquérant une indépendance morale, idéologique ainsi que financière et en étant libre sexuellement. C’est là-dedans que réside la beauté du livre : d’assister en tant que lecteur à la résistance d’une femme qui tente d’échapper à son destin alors que l’Italie vit une période plutôt sombre avec l’installation du fascisme et, éventuellement, l’arrivée au pouvoir de Mussolini.

La citation suivante d’Alexia Fabre, commissaire de Manif d’art 8 — La biennale de Québec, reflète bien en mon sens ce que représente la joie dans ce roman de Sapienza :

« L’Art de la joie n’est pas forcément joyeux. La joie est un combat, elle est une arme face à la violence. Elle appartient à chacun et il revient à chaque individu qui en fait le choix de la cultiver et de la chérir. »

L’oeuvre de BGL exposée au Musée des beaux-arts du Québec, Canadassimo (L’Atelier)

Ce roman n’est pas un page-turner, mais il demeure captivant malgré l’absence de grande intrigue. Ce qui est plutôt intéressant, c’est d’observer la manière dont Modesta s’affranchit des barrières érigées par la société et de réaliser à quel point les conventions sociales nous conditionnent à suivre un parcours déterminé. Bien que long, ce roman mérite à mon avis d’être lu, surtout pour bien comprendre à quel point le patriarcat et le sexisme ont pu être un obstacle à l’émancipation des femmes et, bien sûr, pour s’inspirer un peu de Modesta dans notre quête de la joie.

Enfin, je vous invite également à visiter les différentes expositions de la Manif d’art pour voir comment les artistes ont interprété ce thème de L’Art de la joie. Pour connaître les expositions à voir : http://manifdart.org/manif8/

 

Hollywood est mort, vive Hollywood!

Si j’ai longtemps critiqué les biographies, c’est que leurs 1546 pages m’effrayaient. Je les trouvais déjà ennuyeuses avant de les avoir lues. Car même en étant fascinée ou pas par cette personne, j’avais le pouvoir de m’informer sur elle d’une manière beaucoup plus rapide qu’une lecture quotidienne et assidue de plusieurs mois. Avoir accès aux personnalités publiques est de plus en plus simple. Vous n’avez même pas le temps de poser votre question que Wikipédia vous offre déjà une réponse instantanée. Eh oui, le progrès.

Je l’avoue, j’ai longtemps rigolé des biographies de célébrités. Coupable. Mais le fait est que le progrès (sujet tabou de ma chronique) n’est pas arrêtable et son attaque peut avoir des conséquences parfois surprenantes. C’est grâce à lui que la biographie s’est modernisée et transformée.

Depuis quelques années, nous sommes témoins d’une montée fulgurante du féminisme dans divers domaines. C’est le cas particulièrement du domaine du show-business américain. Les femmes ne se contentent plus de rôles de soutien, elles deviennent les modèles de milliers de jeunes femmes. Elles sont à la fois Katniss Everdeen, Meryl Streep et Wonder Woman. Mais avant tout, elles sont drôles, brillantes et engagées. Elles ont le désir d’avoir une influence positive sur leur auditoire et de profiter du certain avantage qu’elles possèdent pour s’exprimer, se définir et aider son prochain à en faire autant.

C’est ainsi que plusieurs d’entre-elles se tournent vers la biographie pour faire part de leur histoire et des chemins sinueux qu’elles ont arpentés au courant de leur carrière.

Si le mouvement persiste depuis plusieurs années, Tina Fey a lancé la danse en 2011 avec son livre autobiographique extrêmement drôle et touchant, Bosssy pants. Depuis, Amy Poehler, Mindy Kalling, Lena Dunham (lire l’article de Louba-Christina ici ) et Amy Schumer (pour ne compter que celles-ci) se sont passé le mot. 
Le autobiographical book est le nouveau meilleur ami de ma génération.

Devenue fervente lectrice du genre, je me suis laissée tenter par le premier ouvrage de l’actrice Anna Kendrick, Scrappy little nobody. 
Bien sûr, nous connaissons tous la célèbre Beca de Pitch Perfect, ou l’attachante Natalie du film Up in the air. Mais encore ? Ce premier livre nous ouvre une porte sur la jeune femme derrière le glamour et sur son cheminement professionnel et personnel.

Parue en novembre 2016, l’autobiographie de la populaire actrice se divise en différentes étapes cruciales de sa vie. Enfance, deuil, Sexualité, succès et amour seront donc abordés tout au long des 300 pages. Parsemé de photos, d’illustrations et de citations, le livre est une ode à l’âge adulte, au féminisme et à la persévérance.

L’authenticité qui nous unit

Bien que moins puissant que certaines œuvres du genre, il n’en demeure pas moins que Scrappy little nobody est réussi. Drôle, sincère et naïf, c’est un livre sans prétention.

Si l’actrice se dit souvent sujette à un trouble de l’imposteur, ayant l’impression d’être extrêmement privilégiée, on ne peut qu’admirer sa persistance. Ce livre traduit la difficile ascension vers le succès et les pièges qui la parsèment. Workhaolic depuis l’âge de douze ans, l’actrice ne s’est jamais remise en question. Préférant foncer sans jamais s’arrêter, elle nous livre plusieurs anecdotes juteuses sur les nombreux processus d’auditions ratées et les deuils vécus à chaque refus. Ce sont des extraits très personnels qui, malgré la conviction de l’auteur qui semble inébranlable, nous ramènent à nous-mêmes et à l’importance d’avoir confiance en soi.

C’est un travail sans fin qui nécessite beaucoup d’écoute, de laisser-aller et de courage. Cette leçon est d’ailleurs au centre de l’ouvrage.

Car derrière son côté bubbly et comique, Anna Kendrick cache plusieurs petites batailles.

Prise de troubles d’anxiété depuis un très jeune âge, elle se livre avec honnêteté et humour sur son cheminement et sur son trouble au quotidien. Que ce soit l’achat d’une voiture, ou une prestation devant des millions de gens aux Oscars, le moindre petit moment peut être empreint d’une grande signification émotive.

Tous les mêmes

Avec Scrappy little nobody, l’actrice tente de démontrer la banalité de l’extraordinaire, que son quotidien est aussi sans artifices et que la célébrité, bien que l’objet de l’envie de millions de personnes, n’est qu’une mascarade.

Elle n’hésite pas à le rappeler à chaque chapitre ; nous sommes tous égaux et extraordinaires.
Ainsi, lorsqu’elle aborde son propre éveil sexuel, elle se livre avec beaucoup de franchise, faisant tomber plusieurs barrières et tabous qu’ils l’ont longtemps associée à l’image de jeune fille parfaite. Elle s’offre également beaucoup quant à son parcours d’actrice, n’hésitant pas à parler d’argent, sujet qu’elle dit elle-même angoissant. Car, malgré le succès présent, elle ne se cache pas pour avouer que certains jours ont été plus longs et difficiles que d’autres. En effet, ses premières années à Los Angeles ont été synonymes de pauvreté. Ainsi, elle nous explique ses angoisses reliées à ce moment de sa vie, ce qui l’a menée à devenir une workhaolic et pourquoi ce terme n’est pas toujours synonyme de sérénité.

On se sent proche d’elle, à mi-parcours entre l’enfance et l’âge adulte. Cette éternelle enfant insiste sur les nécessités de l’indépendantisme et des responsabilités, mais aussi sur l’importance de rêver et de garder les choses aussi simples qu’imaginées au point de départ. 
Son parcours atypique nous émeut, nous ramène nous aussi à l’enfance et à l’importance d’honorer nos rêves. Mais avant tout, il nous fait rire.

Tomber, se relever, rire. 

Car il n’y a pas meilleur remède que Scrappy little nobody pour sourire. C’est une porte rationnelle sur un autre monde. Ainsi, lorsqu’elle laisse échapper le nom de telle célébrité ou tel acteur, on a l’impression que tout est relatif. Le gossip prend une tout autre dimension. Il devient anecdotique. Tout au long de la lecture, on ressent la sincérité de l’actrice, si bien qu’on se croirait en train d’avoir une conversation avec sa meilleure amie. Sa parole est très candide. Elle ne se prend pas au sérieux, et c’est ce qui nous charme dès les premières lignes.

Malgré quelques longueurs et quelques répétitions, la proposition d’Anna Kendrick est charmante et rafraîchissante. C’est une incursion dans l’esprit d’une jeune femme dynamique, curieuse et passionnée. 
C’est un ouvrage lumineux, qui nous propulse dans un état paisible et nous amuse du début à la fin.


Si plusieurs disent que c’est la fin d’Hollywood, j’ai la conviction que c’est le début d’une nouvelle ère. Une ère juste, équitable et diversifiée.

À la fin de ma lecture, j’en suis venue à la conclusion que les biographies ne sont pas chose du passé. Bien au contraire, elles sont le commencement de quelque chose de plus grand que nous.
J’ai beaucoup d’admiration pour ces modèles qui décident de prendre ‘’le pouvoir’’ qu’elles ont pour créer quelque chose de plus grand. La parole de ces femmes est honorable et rassembleuse. Son influence sur les femmes d’aujourd’hui et de demain est puissante et, même si des milliers de choses nous sépare d’elles, elles réussissent, par leur plume, à nous rapprocher d’elles. C’est le pouvoir des mots qui nous uni et qui nous donne le courage d’avancer dans nos combats quotidiens.

Ces routes sinueuses n’ont fait que forger nos caractères. Et si ces femmes ont le courage d’aborder des enjeux modernes avec humour et fierté, pourquoi, à notre tour, ne pourrions-nous pas combattre la peur par le rire et l’ardeur?

Le monde est petit, mais notre combat est immense.