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Les gens fidèles ne font pas les nouvelles Nadine Bismuth Titre de transport Alice Michaud-Lapointe Nu Stéphane Dompierre Ce que les hommes ne savent pas Le sexe vu par les femmes Lucia Etxebarria Le fil rouge le fil rouge lit bibliothérapie littérature lecture livres les livres qui font du bien

4 recueils de nouvelles à lire cet été

Pendant longtemps, je n’ai pas aimé lire des nouvelles. Je trouvais cela frustrant. Cela finissait toujours trop vite.

Depuis, j’ai appris à les apprécier. C’est agréable de pouvoir lire une histoire jusqu’au bout pendant le peu de temps que j’ai chaque jour pour lire. Une petite nouvelle pendant mon trajet de métro. Une autre petite nouvelle avant de me coucher. Avec un roman, on a souvent envie de commencer le prochain chapitre tout de suite, mais je ne peux plus me permettre de dévorer un gros bouquin en une journée!

Et puis, c’est un genre parfait pour l’été qui commence. Voici donc 4 recueils qui m’ont marquée dans la dernière année!

Les gens fidèles ne font pas les nouvelles de Nadine Bismuth

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Je déambulais dans Hochelaga lorsque je suis tombée sur une petite librairie de livres usagés en désordre total, coincée entre une boulangerie et un vieux dépanneur. Je suis ressortie avec ce merveilleux recueil de Nadine Bismuth : des petits aperçus de la vraie vie de gens banals. On a l’impression d’être dans leur cuisine, salle à manger ou chambre à coucher et on vit avec eux un instant de leur quotidien de couple, de célibataire en quête d’amour, d’amant, de maîtresse, d’ex… L’auteure arrive parfaitement à sublimer l’ordinaire en captant le petit moment qui sera captivant. On ne dirait pas qu’on lit des nouvelles, mais plutôt des chapitres en parfaite cohésion. Je l’ai dévoré en une soirée en ayant l’impression d’avoir compris quelque chose de plus sur les gens, sans vraiment savoir quoi exactement.

Titre de transport de Alice Michaud-Lapointe

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J’ai lu Titre de transport à la fin de l’été dernier, au bord de la piscine de mon quartier. C’est le recueil qui m’a redonné envie de lire plus de nouvelles. Je n’étais pas frustrée à la fin de chaque histoire, car la chute était trop parfaite. La fin arrivait au bon moment. Au gré des récits et des stations de métro, on découvre la diversité de Montréal et de ses habitants. En étant née à Montréal, le métro, je connais. J’ai une relation d’amour-haine avec lui. Il m’a tant aidée pendant mon adolescence à m’émanciper de mes parents, mais je le déteste quand il tombe en panne. J’essaie de l’éviter le plus possible en prenant mon vélo la moitié de l’année. Mais je suis bien heureuse de le retrouver quand il fait -40 dehors ou quand il y a une tempête de pluie. Bref, je trouvais vraiment captivant qu’un livre en fasse le personnage principal, car Montréal ne serait pas la même ville sans lui.

Nu – Recueil de nouvelles érotiques sous la direction de Stéphane Dompierre

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Nu, c’est le recueil que je ne traînerai pas dans le métro. J’avais failli l’acheter en ligne et finalement, j’ai assumé mon geste et le sourire du caissier, et je l’ai acheté au Salon du livre. Ça a été mon coup de cœur de l’hiver. Je n’avais jamais vraiment lu de littérature érotique; aucun livre de ce genre ne m’avait jamais attirée. Mais Nu, c’est le parfait mélange de l’écriture bien sentie, du récit captivant et de l’érotisme excitant. J’ai toujours l’impression que le genre érotique est mal écrit ou très pauvrement. Pour Nu, comme les nouvelles sont écrites par des écrivains renommés et doués, l’histoire est très intéressante et les mots, toujours bien choisis pour imager. De plus, le genre de la nouvelle fait en sorte qu’il n’y a jamais de temps mort. On est dans l’érotisme et on ne s’égare pas dans des parenthèses inutiles. À lire sur un balcon avec un bon verre de rosé (ou à en faire la lecture…)

Ce que les hommes ne savent pas – Le sexe vu par les femmes présenté par Lucia Etxebarria

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Ce recueil est basé sur le même principe que Nu, c’est-à-dire que ce sont plusieurs écrivaines qui ont écrit les nouvelles érotiques, mais elles ont toutes été choisies par une auteure : Lucia Etxebarria. Par contre, ce ne sont que des femmes qui ont été sélectionnées. De plus, on n’est plus au Québec, mais bien en Espagne. Lucia Etxebarria est une romancière très connue de Madrid. J’avais lu tous ces romans au début de ma vingtaine. J’aimais sa plume vivante et découvrir à travers chacun de ses livres un pays que je connaissais peu : l’Espagne. Elle met toujours en scène des femmes et raconte des histoires d’amour dévastatrices.

Puis, j’ai découvert son recueil cette année. « Tout ce qu’on a pu lire sur la sexualité féminine a été écrit par des hommes, qui nous voient comme des objets et pas comme des sujets. » A-t-elle expliqué en le lançant. Le livre commence d’ailleurs par un texte très intéressant explicitant les faiblesses de la littérature érotique féminine. Les nouvelles illustrent à merveille la complexité et la grande diversité du désir féminin. Que ce soit en Espagne ou au Québec, ça fait du bien d’entendre des voix féminines.

Le décor de l’Espagne et la chaleur qui se dégage de chaque histoire donnent particulièrement envie de lire ce livre en pleine canicule!

Et vous, aimez-vous lire des nouvelles? Prévoyez-vous en lire cet été?

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(Biblio)thérapie de couple, évoluer ensemble par la lecture

Tous les couples peuvent (et vont sans doute) passer par des moments difficiles. C’est ce qui nous est arrivé, à mon copain et moi : horaires de travail opposés, inquiétudes respectives, etc. Notre quotidien avait raison de nous peu à peu. Il nous fallait sauver le bateau. C’est à la suite d’une discussion autour de l’îlot de cuisine que l’idée nous est venue : il nous fallait trouver des activités communes afin de passer du temps ensemble, comme avant, et ainsi raviver la flamme.

Nous sommes deux êtres très (mais très) différents.

Lui : amateur de jeux vidéo, maniaque de jeux de société, sportif et surtout amoureux de bandes dessinées.

Moi : amatrice de yoga, maniaque de thés, adepte de cocooning et surtout amoureuse de romans.

Nous avons un intérêt qui n’est pas trop éloigné : la lecture. C’est alors que l’idée d’une bibliothérapie de couple nous est apparue comme une solution plausible. Comment exploiter cet intérêt commun afin de nous faire évoluer ensemble?  Voici certains conseils, qui sont loin d’être universels, afin de réussir avec brio cette aventure en duo.

Trouvez un terrain littéraire commun

Afin de maximiser notre expérience, il ne nous suffisait pas de nous dire qu’on allait lire ensemble. Ho non. Nous avions envie de partager une lecture commune, sans lire le même livre. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué me direz-vous? Eh bien, parce qu’on a toujours été comme ça. Par chance, mon copain lisait les bandes dessinées de l’auteur britannique Neil Gaiman depuis des années. Sa série Sandman mettant en scène différents Éternels (incarnations anthropomorphiques de la Mort, du Destin, de la Destruction, du Désir, du Délire et du Rêve) est l’une de ses lectures préférées de tous les temps (l’idée de nommer notre chat en l’honneur d’un des personnages lui a même traversé l’esprit).

Neil Gaiman est également un auteur prolifique de romans fantastiques, chose que j’ignorais jusqu’alors. Bingo, c’était le compromis parfait. Je ne suis pas forte sur le genre, mon copain n’est pas fort sur les romans. On se déstabilise tous les deux, c’est du donnant-donnant.

Après une visite à la librairie, je me suis procuré deux romans de l’auteur : American God et Stardust, tous deux étant de grands classiques de l’auteur et ayant également été adaptés au petit et au grand écran. Je ne vous ferai malheureusement pas la revue de ces œuvres dans le présent article. Mais qui sait, peut-être un jour!

Créez des moments de lecture en duo

Que ce soit à la maison, dans un parc, dans l’autobus, dans une salle d’attente, créez-vous des moments de lecture communs. Être assis l’un près de l’autre à partager un moment de tranquillité, ça crée une proximité physique tout en étant chacun dans notre univers littéraire. Je ne vous dis pas de toujours lire ensemble, loin de là. Mais créez ces moments et chérissez-les!

Ouvrez le dialogue

Cette expérience a ouvert de nouvelles pistes de discussion encore jamais explorées dans notre couple : les sujets abordés dans nos romans respectifs, notre appréciation générale, les comparaisons possibles entre les deux œuvres, etc. Tous les dialogues internes que nous avions chacun de notre côté habituellement étaient verbalisés.

Surtout, n’hésitez pas à poser des questions, à partager, à vous intéresser à l’expérience de lecture de l’autre. L’important est de mettre cette lecture en commun afin que vous puissiez évoluer ensemble.

Regardez la magie opérer!

Appréciez les petites découvertes venant de tout cela. Voyez comme vous évoluez en diapason. Dans notre cas, ce ne fut que bénéfique!

Je me suis découvert une fascination pour Neil Gaiman, pour sa plume, pour le genre fantastique (que j’avais délaissé depuis l’adolescence). J’ai découvert l’univers littéraire de mon copain qui m’était jusqu’alors pratiquement inconnu. J’ai appris à le connaître un peu mieux à travers cette lecture. Et qui sait, peut-être vais-je me mettre aux bandes dessinées par la suite!

Il a découvert le charme de mes petits rituels de lecture. Au lieu de jouer aux jeux vidéo dès son retour du travail, il partait vers le salon, livre en main, afin de mettre de la musique en attendant le thé que je nous préparais à la cuisine. Il a appris à apprécier mon univers douillet que je me crée au moment de lire, et l’a adopté.

Nous nous sommes découvert une nouvelle complicité, un univers juste à nous l’espace d’un roman, un juste milieu à nos deux mondes. Il est certain qu’une bibliothérapie de couple n’est pas la réponse à toutes les embûches que la vie peut mettre sur votre chemin commun. Par contre, elle peut vous apprendre à mieux naviguer ensemble, une page à la fois!

Et vous, quelle place occupe la lecture dans votre relation de couple? Quels sont vos petits rituels, vos habitudes?

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L’un l’autre les uns les autres, s’observer

Comme c’est souvent le cas pour les livres qui deviennent de beaux coups de cœur (ceux dont je ne veux plus me séparer), il s’agit de lectures que je laisse venir à moi par un amoncellement de synchronies. Ici, je vous parle de ma rencontre avec Moi aussi, un carnet écrit en dialogues de Sylvie Cotton et Nathalie de Blois. Je ne pouvais souhaiter plus grande source d’inspiration pour le moment où je me situe dans ma vie intime et créative.

Aujourd’hui, je décide de mélanger mes deux passions : la littérature et les arts visuels. Elles se lient en moi pour me permettre de trouver un certain équilibre et pour définir mon langage intérieur et intime, celui que je partage ensuite avec d’autres âmes sensibles. La petite histoire qui suit en est une de rencontres entre plusieurs personnes pour qui le partage est forgé d’empathie, de désir de liberté, de curiosité et de passion. Nadia, Joëlle et Eric, c’est un genre d’hommage que je vous rends avec ce texte, votre passage dans ma vie est lumineux et inspirant. À votre contact, je me reconnais. Tout cela suit le même chemin qu’un tout petit livre, tout à fait intrigant : Moi aussi, un carnet dialogue entre l’artiste visuelle Sylvie Cotton et la commissaire Nathalie de Blois.

L’été

L’été dernier, j’ai partagé quelques moments, à la galerie d’art, avec une jeune artiste dotée d’une sensibilité émouvante: Joëlle Henry. De ces instants où l’on était à la galerie naissaient des conversations effervescentes sur l’art, la vie, l’art-vie. Je me souviens vaguement qu’elle m’ait parlé d’une certaine artiste qui avait capté mon intérêt, sans que je pousse pour autant mes recherches par la suite. J’aime apprivoiser les sujets, les gens, les œuvres à mon rythme et je les laisse venir à moi, je les apprivoise tranquillement. Je laisse cette part de hasard agir avec naturel et sauvagerie (pour moi, le terme sauvage signifie le retrait, la nature, l’intériorité, le primitif, l’ancré, le vrai).

L’hiver

Quelques mois passent, et un certain jour d’hiver, très froid, je rends visite à une autre amie artiste, aussi humaine, captivante et passionnée, Nadia Aït-Saïd (je vous invite fortement à découvrir son travail). Pendant qu’elle me prépare un délicieux café oriental, je me dirige, comme je le fais chaque fois que j’en ai l’occasion, vers sa bibliothèque. Elle m’invite à fouiller. Je suis immédiatement attirée par un mignon petit livre blanc, à la bordure orangée et avec sur le dessus, le dessin d’une patte de chevreuil. Elle me propose de le prendre avec moi. J’accepte. Je n’ai aucune idée de ce dont il s’agit, un carnet où deux femmes ont écrit, voilà tout ce que ça me dit. Chez moi, je dépose le livre sur ma grande commode, avec les autres livres qu’on m’a déjà prêtés. Je le laisse là, l’oublie presque.

Le printemps

Il y a peu de temps, avec des amis artistes, écrivains et penseurs, nous nous sommes retrouvés au pub de Percé (Pit Caribou) pour échanger, nous nourrir d’idées les uns, les autres, pour nous aventurer hors des sentiers trop connus du quotidien. Un peu plus tôt, cette journée-là, j’avais pris la décision de me passionner d’un ami à moi et d’en faire le sujet de mes prochaines créations visuelles pour une future exposition dialogue que nous préparons ensemble : Eric Robinson. Joëlle est là, fraîchement atterrie de la vieille capitale. À travers les diverses conversations, elle parle à nouveau de cette artiste qui l’inspire, Sylvie Cotton. Dans mon petit carnet, où je poétise ces temps-ci, je note le nom de l’artiste, ainsi que cette phrase : « L’art consiste à montrer ce que l’on cache. » Puis la conversation prend de nouveaux chemins et nous nous quittons remplis du besoin de nous retrouver à nouveau pour échanger.

Corder le chaos

Depuis peu, ma vie affective, sociale et de travailleuse est vive, bruyante, lumineuse, douloureuse, elle est Vie. Je la sens me traverser comme jamais auparavant. Ma chambre à coucher est le reflet de ce chaos qui s’agite en moi. Je suis peu à la maison, j’y passe en tourbillonnant et pour dormir quelques heures. Je vis. Un soir, j’ai ce besoin vif de réparer le chaos, de l’organiser et de me poser pendant quelques heures. J’entreprends alors de ranger ma chambre-atelier-bureau.

Mon meuble à vêtements est si entièrement recouvert que c’est à peine si j’en vois la surface. Je le dégage et je retrouve des livres empruntés cordés en attente, silencieux. La petite bordure orangée a attiré mon attention, je fais glisser le livre vers moi et je lis le titre : Moi aussi – Sylvie Cotton*Nathalie de Blois.

Je dépose le livre sur mon lit, je suis attendue à un feu.

Le lendemain, je rejoins à son travail, mon ami (celui dont je me passionne présentement) et j’ouvre Moi aussi, immédiatement après avoir terminé Les luttes fécondes de Catherine Dorion (À LIRE).

Moi aussi, c’est l’artiste visuelle Sylvie Cotton (à découvrir pour sa grande poésie, pour la beauté de sa lenteur et pour son regard singulier sur l’autre) et la commissaire Nathalie de Blois, qui, pendant 4 années, se sont observées l’une et l’autre. De ce dialogue est né ce petit carnet tout précieux et révélateur de chacune d’elle.

[…] parallèlement au travail qui m’a menée à dresser son portrait au moyen de l’écriture, elle s’est appliquée à dresser le mien à l’aide de schémas, du récit de certaines expériences partagées, de la reproduction de mes marques corporelles, les lignes de ma main, mes grains de beauté, ma tache de naissance. Elle a établi la liste des titres dans ma bibliothèque et des œuvres en ma possession et elle a reproduit en dessin mes trophées de chasse, objets chéris. Nous avons convenu de suivre un même mouvement l’une envers l’autre, celui de dépeindre, de dévoiler et de se laisser dévoiler. Sylvie, j’ai peur. Nathalie de Blois

Apprendre l’autre, c’est dresser son propre portrait, son histoire, c’est se situer dans le temps, c’est de s’observer en observant l’autre.

Travailler avec les autres, c’est travailler avec la peur des autres : celle qu’ils éprouvent et celle que nous avons d’eux. Sylvie Cotton

Et toi, chère lectrice, cher lecteur, as-tu déjà vécu pareille expérience à la fois littéraire et humaine?

 

Nadia Aït-Saïd : http://www.ait-said.net/Nadia_Ait-Said_Francais/index.html

Sylvie Cotton : http://www.sylviecotton.ca/

Catherine Dorion : https://boutique.atelier10.ca/products/d11-les-luttes-fecondes-par-catherine-dorion-papier

Moi aussi, Sylvie Cotton, Nathalie de Blois : http://esse.ca/fr/publication-moi-aussi-sylvie-cotton-et-nathalie-de-blois

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Coffret de juin : Entrevue avec Abla Farhoud

Voici l’entrevue que nous avons réalisée avec Abla Farhoud, auteure du livre du mois : Au grand soleil cachez vos filles, ainsi que Le sourire de la petite juive et Toutes celles que j’étais, entre autres.

Nous avons décidé de sélectionner ce roman parce qu’Abla Farhoud est une grande auteure québécoise à la plume exceptionnelle et qu’on avait envie de vous la faire découvrir. Nous avons aussi été touchées par le récit de cette famille qui se cherche, qui s’aime maladroitement, et surtout, le récit d’émancipation et d’affirmation de Ikram, un personnage féminin fort, courageux et superbe, nous a émues et inspirées.

Quel effet a eu sur vous le fait de retourner dans votre passé, plus précisément à vos 20 ans, où vous retourniez dans votre Liban natal?

Pendant longtemps, chaque fois que je pensais à mes années passées au Liban, j’avais beaucoup de peine, j’avais l’impression d’avoir perdu quatre ans de ma vie, et de garder une souffrance qui ne voulait pas s’en aller.
En donnant la voix à plusieurs narrateurs pour écrire Au Grand Soleil cachez vos filles, j’ai été délivrée du poids d’être seule à revivre les émotions du passé. Cela m’a soulagée. Je ne voulais pas sombrer dans le ressentiment et les comptes à régler. (Je n’aime pas les romans revanchards, et je ne voulais pas en faire un.)
En me glissant dans d’autres vies que la mienne, en inventant et en transposant, ça m’a amenée à voir d’autres côtés de la vie au Liban.

D’ailleurs, c’est au moment où j’ai trouvé cette structure narrative à quatre voix que j’ai commencé à écrire. Et je savais que de cette manière, j’irais jusqu’au bout.

Écrire ce retour — une deuxième immigration, en ce qui me concerne — m’a permise de retourner au Liban en imagination et de transformer la souffrance de la jeune fille que j’étais en roman. 226 pages que tout un chacun peut lire pour imaginer à son tour et peut-être même sentir de l’intérieur ce que c’est que de débarquer dans un pays que l’on ne connaît pas; en un mot, immigrer.

Diriez-vous que l’écriture de ce roman a été salvatrice? Vous êtes-vous sentie libérée d’un poids lourd qu’étaient ces souvenirs en les écrivant?


Écrire un roman n’est pas une psychothérapie. Pour se libérer d’un poids, névrose ou autre, ou apprendre à vivre avec, c’est beaucoup mieux d’aller voir un psy.

Cela dit, écrire est un travail. Long, dur, exaltant et parfois salvateur.

Salvateur, du moins, pendant qu’on écrit.

On oublie le monde qui nous entoure et on crée un autre monde, composé de 26 lettres de l’alphabet comme dit Dany Laferrière. D’autres personnes le lisent et on se sent moins seul… si quelque chose traverse le cœur d’un lecteur…

En fait, l’art est là pour rompre la solitude des humains. Car grâce à la fiction, l’autre, qu’on ne connaît pas et qui ne nous connaît pas, peut à travers cette fiction entrer profondément en lien avec un inconnu, un autre être humain…

On écrit pour comprendre le monde dans lequel on vit, on écrit pour saisir ce qu’on  n’est pas arrivé à saisir en le vivant.

Écrire nous permet d’arrêter le temps, de le décortiquer, d’en extraire toute l’humanité que l’on peut y trouver ou que l’on voudrait y trouver;  écrire nous permet de voir la vie sous plusieurs angles, dans son mystère, sa laideur et sa beauté.

Nous avons eu un réel coup de coeur pour Ikram qui est un peu votre alter ego, pour son courage et sa détermination. Nous avons aussi un peu reconnu Aablé de Toutes celles que j’étais, de quelle façon arrivez-vous à vous mettre en scène, tout en créant de la fiction?

Merci pour ce coup de cœur pour Ikram, que j’aime beaucoup moi aussi.

La fiction est une chose bizarre…

Jean Cocteau a dit une phrase que j’aime beaucoup : Écrire c’est mentir vrai.

Pour moi, tous mes personnages sont une partie de moi. Pendant que je fais parler Adib,  je suis Adib, pendant que j’écris Faïzah ou Youssef, je suis Faïzah ou Youssef.

J’irais jusqu’à dire que je ne suis pas plus Ikram que les autres personnages, mais c’est son amour du théâtre qui vous le fait croire.

Biographiquement, Ikram, tout comme Aablé dans Toutes celles que j’étais me ressemblent, parce que j’ai joué et plus tard écrit pour le théâtre.

Mais intérieurement, je suis dans chacun de mes personnages ou mes personnages sont toujours une partie de moi.

S’il n’y a pas ce fil qui lie le personnage à l’auteur, le lecteur a tendance à ne pas croire à ce qui est écrit. Et il a raison : ça sonne faux.

Si vous avez cru à cette histoire, c’est que « j’ai menti vrai ».

Montréal a été une de vos muses, dans Le sourire de la petite juive par exemple, de quelle façon, êtes-vous attachée à cette ville?

Difficile à dire. J’ai écrit Le sourire de la petite juive et pas une fois je n’ai dit « j’aime Montréal » et pourtant je suis sûre que vous l’avez senti, cet attachement, cet amour pour les gens qui m’entourent. Dans Au Grand Soleil cachez vos filles, et même si ça se passe au Liban, on sent l’attachement des personnages à Montréal et au Québec. Dans Toutes celles que j’étais, mon amour pour ce pays et pour les gens qui y habitent traverse le livre d’un bout à l’autre, ou mieux : de bord en bord, expression québécoise de ma jeunesse.

Nous avons appris, à notre grand bonheur, qu’il y aurait un dernier roman qui terminera cette trilogie, pouvez-vous nous en dire un peu plus?

J’ai vécu 4 ans à Paris, ça pourrait faire facilement 40 romans! Mais quel est ce roman que seule moi pourrais écrire?…

Je cherche, mais je n’ai pas encore trouvé comment faire? C’est toujours le même problème quand on écrit : ce n’est pas le sujet qui est difficile à trouver, ce n’est pas le QUOI, mais le COMMENT.

Je vous souhaite une belle lecture!

Quand vous aurez fini de lire, et surtout si vous avez aimé, passez le livre à vos ami.e.s.

Écrivez-moi, si vous en avez envie. Moi aussi, j’aime lire!

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Cacher ses soucis dans ses poches

Bien qu’il s’agisse d’un livre pour enfants, le titre Des roches plein les poches m’a toute de suite séduite. C’est que j’ai moi-même tendance à cacher des « roches », mes soucis et mes émotions négatives, non pas dans mes poches, mais derrière la tête, là où les problèmes vont fermenter pour en ressortir plus aigres.

Ce court livre de grand format est très joli et communicatif. Les illustrations de Marie-Ève Tremblay forment le visuel parfait, juste assez imaginatif tout en restant dans le réalisme, pour accompagner l’histoire de Frédérick Wolfe, pertinente en tout point.

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L’histoire

On rencontre la petite Alice, pour qui la vie n’est pas tout à fait rose. Il y a souvent des conflits à la maison dont elle est témoin malgré elle, mais elle n’ose en parler à personne. Sur le chemin de l’école, elle prend l’habitude de ramasser des cailloux et de leur raconter ses problèmes, puis elle les cache dans les poches de sa robe. À force d’accumuler les petites roches, elle n’arrive plus à courir ni à jouer avec les autres enfants.

Un matin après une dispute particulièrement terrifiante, Alice s’assied sur une roche près de l’eau et attend. Un marchand de fleurs passe par là et voit la petite fille qui semble bien triste. Il la salue, puis aperçoit des roches qui semblent sortir de ses poches. Il lui montre comment lancer une roche sur la surface de l’eau et lui faire faire des bonds. Alice, bien impressionnée, veut elle aussi faire des bonds avec les autres roches. Elle n’y parvient qu’à la toute dernière roche qu’elle cachait dans sa poche.

La formule

L’écriture de Wolfe est très intéressante, on sent un mouvement de vague à chaque phrase et la plupart des paragraphes forment des rimes. Une introduction facile à la poésie pour vos petits, en plus de présenter une situation souvent ignorée : les enfants aussi ont des émotions négatives dont ils n’osent pas parler. Ça n’apparaît pas à l’âge adulte, on le développe au courant de notre jeunesse. Ce que vit la petite Alice pourrait arriver à vos enfants ou à leurs petits amis.

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J’ai été touchée par le réalisme de l’histoire d’Alice. Elle a peur et se sent seule, alors elle s’isole encore plus. Les seules à qui elle ose se confier sont des roches. J’ai trouvé que c’était une très jolie métaphore. Et elle finit par lancer tous ses cailloux, un par un, avec le marchand de fleurs, qui l’observe, l’aide à améliorer son lancer, et elle réussit à se débarrasser de toutes ses petites histoires refoulées.

Fait encore plus pertinent, la dernière page présente des petits trucs faciles pour les enfants qui vivent une situation semblable. Que ce soit de trouver quelqu’un à qui l’on fait confiance, comme le marchand de fleurs, de trouver une activité physique ou artistique pour se défouler ou de se donner des repères visuels afin de comprendre quelles émotions sont négatives et positives, ce livre ne nous laisse pas que sur une jolie morale, il offre des pistes pour s’ouvrir et se défaire de nos émotions négatives. Bref, une petite histoire pour enfants qui peut avoir bien des répercussions positives sur la manière dont ceux-ci partagent leurs émotions.

Avez-vous d’autres suggestions de livres pour enfants qui abordent les émotions négatives et la façon de les exprimer?


Le fil rouge tient à remercier les éditions Fonfon pour le service de presse.

Nos suggestions de lecture (et d’achat!) pour le #12août j’achète un livre québécois du défi #jelisunlivrequébécoisparmois

Je pourrais vous dire que le thème du mois d’août est tout simplement la littérature québécoise. En fait, le livre sera votre choix. Pour le mois d’août, il n’y a pas de « contrainte », de thème. Tout simplement parce que le #12août est la journée officielle pour encourager la littérature québécoise, parce que Le 12 août j’achète un livre québécois. Voici le lien de l’événement Facebook : ICI. Ainsi, c’est le mois où vous pouvez lire le genre qui vous plaît! De vous permettre de retrouver un vieux livre qui traîne dans votre bibliothèque depuis trop longtemps ou encore d’aller vous en procurer un tout nouveau pour l’événement!

Je vous annonce également que Le fil rouge sera présent à la Librairie de Verdun (une de mes librairies chouchou) pour souligner l’événement. Quelques fileuses seront présentes sur place, ça sera le moment idéal pour parler de notre amour pour les livres!

Nos suggestions / lectures

À l’occasion du #12août, j’en profite pour lire le roman de l’une de nos fileuses : Petite laine d’Amélie Panneton. C’est également l’un des romans qu’on retrouvait dans un coffret littéraire mensuel du Fil rouge. Je compte donc suivre la suggestion de lecture de Martine et Marjorie! De plus, je n’entends que de bons commentaires sur le livre, je suis curieuse de le découvrir moi-même!

 

Martine vous conseille, si ce n’est pas déjà fait, de découvrir l’œuvre de Sara Lazzaroni, jeune auteure québécoise ayant à son actif déjà trois romans. Elle vous conseille Veiller la braise, une histoire d’amour réaliste et banale, mais écrite avec le talent de Lazzaroni, on devient vite enchanté par ses phrases ensorcelantes. À lire de préférence avec un crayon à la main pour souligner tous les beaux passages.

 

 

 

Elle vous conseille aussi de découvrir la bande dessinée Journal de Julie Delporte, qui aborde le thème de la création et de la peine de cœur. Avec le style bien distinct de Julie Delporte, on se laisse emporter dans cette quête intime de la narratrice de se retrouver et de s’émanciper seule, sans son ex. C’est un récit touchant dans lequel on peut très bien se retrouver et en plus, c’est un plaisir pour les yeux de lire Julie Delporte.

 

Marjorie vous conseille L’imparfaite amitié de Mylène Bouchard ainsi que Quelque chose comme un coup de poing de Mathieu Leroux. Ce sont deux romans/essais bien différents, qui n’ont pas tant de liens l’un à l’autre, si ce n’est de leur rapport à l’art et aux autres (c’est déjà beaucoup en commun, dans un sens). L’imparfaite amitié nous transporte au cœur de nos propres choix, des rapports humains, de l’amitié et de l’amour alors que Quelque chose comme un coup de poing est plutôt axé sur le théâtre, l’autofiction, la mise en scène de soi, mais d’une certaine façon, j’ai l’impression qu’ils se complémentent bien.

 

D’autres suggestions :

  • L’autre Jeanne de Marie Larocque : qui est en fait la suite de Jeanne chez les autres de la même autrice. Une magnifique découverte et une plume digne de la littérature québécoise.
  • Nous sommes bien seules de Julie Bosman : des petites nouvelles qui n’apportent que du bien.
  • Bordeline de Marie-Sissi Labrèche : qui est maintenant un classique de la littérature québécoise et pour la beauté de ses mots qui font mal.
  • Mon fol amour de Dominique Demers : le petit dernier de Dominique Demers.
  • Le plongeur de Stéphane Larue : un roman qui a fait beaucoup jaser.

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Plongeon dans l’univers des Aveugles, par Bi Feiyu

Des fois, la ligne est mince entre la sociologie et la littérature. Un bon ouvrage sociologique peut se lire comme un roman policier avec un mystère, l’observation d’une anomalie et une enquête pour en découvrir la source. De même, certains romans sont tellement précis dans leur représentation de l’univers dans lequel évoluent les personnages et le type d’interaction qu’il y a entre ceux-ci, que l’on dirait de l’observation sociologique. Il ne manque plus qu’une question de recherche et une analyse des données! C’est pour ça que je crois que certains auteurs, comme Léon Tolstoï, Virginia Woolf et Annie Ernaux, auraient aussi fait de bons sociologues. C’est aussi le cas de l’auteur qui nous occupe dans cet article : Bi Feiyu.

Bi Feiyu est un auteur chinois qui écrit à la fin du XXe siècle, alors que la Chine connaît un début d’ouverture sur le reste du monde et que les écrivains sont à la recherche de leurs racines culturelles. Dès ses premières publications, il connaîtra une grande popularité, autant chez les critiques que parmi les lecteurs. Il sera influencé par les auteurs réalistes et les auteurs du 4-Mai (dont je vous ai parlé ICI). Bi Feiyu s’attarde à décrire la psychologie complexe des êtres humains, particulièrement des groupes marginalisés. Les Aveugles se veut une incursion psychologique et sociale dans le monde des non-voyants en Chine. L’histoire se déroule principalement sur leur lieu de travail, le centre de Tuina, où les personnages sont des massothérapeutes certifiés. Leur condition d’aveugle est censée faire en sorte qu’ils sont les meilleurs dans ce domaine parce que leur sens du toucher serait plus développé que la moyenne. À travers ce roman on rencontre des personnages qui tentent, à travers des jeux de pouvoir complexes, de faire la place dans le monde. Plus que tout, ils veulent être traités comme des êtres humains à part entière, être reconnus pour ce qu’ils sont, trouver le bonheur et peut-être même l’amour.

Bi Feiyu nous offre donc une incursion dans le monde des non-voyants avec une construction narrative par portrait et non pas de façon chronologique. Ceci permet à chaque personnage d’avoir son heure de gloire, d’être le temps d’un chapitre ou deux le personnage principal du roman. La grande force narrative de Bi Feiyu réside dans la fluidité que l’on retrouve en passant d’un tableau à l’autre. L’important n’est pas tant la chronologie des événements que de comprendre la fierté et l’orgueil qui habitent chacun des personnages. Ils cherchent à sauvegarder leur amour propre en refusant la pitié des voyants, en refusant d’être jugés en fonction de leur handicap, en refusant de se sentir constamment redevables envers la société.

Quel univers méconnu avez-vous découvert grâce à un roman?

Ce qu’on a lu comme recueils de poésie pendant le mois de juillet #Jelisunlivrequébécoisparmois

Lorsque j’étais au secondaire, j’écrivais beaucoup de poèmes, mais avec le temps j’ai arrêté. Ça me manque parfois, je retrouve mes vieux poèmes et je me trouve bien naïve. Le mois de juillet était parfait pour me rendre un peu nostalgique. J’espère que dans votre lecture vous avez croisé un poème, des mots qui vous ont touché et qui vous ont fait du bien.

Nos lectures 

Ma première lecture fut Testament de naissance de David Goudreault. Je crois que j’ai bien fait d’aller avec une valeur sûre. Je réalise de plus en plus que l’écriture de David Goudreault, et cela peu importe sa forme, me correspond. Dans ce recueil de poèmes, Goudreault nous parle de l’arrivée de son premier enfant, sa petite fille. Il y a la grossesse, l’accouchement, les premières fois. Il nous partage d’une manière franche ses peurs, ses désirs, son amour. En fait, il semble découvrir pour la première fois le vrai amour. Ce que j’apprécie dans les oeuvres de Goudreault est son écriture imagée. Il n’y va pas par quatre chemins. Je n’ai pas le temps de m’imaginer diverses histoires. Je comprends parfaitement où il veut m’emmener avec ses mots. Pour une personne comme moi qui n’est pas une grande lectrice de poèmes, son univers était parfait.

Ma deuxième lecture fut Pages intimes de ma peau de Josée Yvon. Son univers est assez différent de ce que David Goudreault m’a offert. Alors que Goudreault me parlait de la naissance de sa fille, Josée Yvon me raconte des histoires de la rue où l’on retrouve prostituées, appartements délabrés, etc. J’aurais cru que le discours engagé d’Yvon m’aurait touchée, que j’aurais voulu lever le poing sous ses mots pour me révolter. Malheureusement, j’ai eu plus de difficulté à tout saisir et à me laisser emporter par ses mots.

La lecture de Martine

Ce mois-ci, je me suis amusée à visiter l’inspirant @despoemes sur Instagram pour découvrir de nouveaux poètes québécois. Ainsi, j’ai pu me faire une liste de plusieurs recueils de poèmes qu’il me tarde de découvrir! Voici quelques-unes de mes découvertes :

  • Mèche, Sébastien B. Gagnon
  • La rivière jusqu’au genoux, Geneviève Blais
  • Pangée, Isabelle Gaudet-Labine

C’est l’un des rares mois où je n’ai pas réussi mon défi, mais je crois bien me rattraper sous peu. 🙂

La lecture de Marjorie

Je ne suis pas très à l’aise avec la poésie puisque je n’en lis pas beaucoup, mais j’adore tout de même en découvrir. Pour juillet, j’ai lu Tu me places les yeux d’Aimée Lévesque. C’est un recueil qui aborde surtout son enfance et sa grand-mère. J’ai trouvé ça beau et doux, facile d’approche et simple, au meilleur sens possible, c’est une belle découverte qui me réconcilie un peu, doucement, avec la poésie. Pour reprendre les mots de Martine :

Il s’agit d’un très touchant et tendre recueil de poésie, le genre de lecture qui fait vraiment du bien, qui nous attendrit un peu et qui, à mon sens, m’a fait réaliser toute la beauté de cette relation grand-mère/petite-fille que j’ai été choyée de vivre. Tu me places les yeux, c’est un baume sur cette douleur intense que je ressens de vivre sans cette femme à mes côtés et de passer mon temps à me demander comment serait la vie si elle nous accompagnait, si son rire faisait partie de notre quotidien, à ma famille et à moi.

Et vous, qu’avez-vous lu?

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« Ukraine à fragmentation », ou des morceaux de guerre

À en croire les critiques, Ukraine à fragmentation est LE livre qu’il fallait avoir lu pour comprendre le conflit ukrainien. Je n’en avais entendu parler que brièvement, pourtant, mais assez pour me dire qu’il était temps que je me mette aux faits de cette guerre. Jusqu’alors, la Crimée, Viktor Ianoukovitch et la place Maïdan n’étaient que langage lointain, termes qui ne m’appartenaient pas. Désormais, je ne comprends pas pourquoi, justement, personne ne sait de quoi il s’agit…

Là réside le tour de force de l’auteur et journaliste, Frédérick Lavoie : le conflit est expliqué de manière claire, mais surtout, humaine. C’est qu’il l’explique à Artyom Bobrychev, petit garçon de 8 ans, mort collatéral de cette guerre. Petit homme dont il a lui-même entendu parler alors qu’il était sur les lieux du conflit, en 2015.

« Je vais t’expliquer pourquoi le 18 janvier 2015 à 8 h 10 du matin, au 5, rue Ilinskaïa à Donetsk, ta vie a pu t’être interrompue à quatre ans, quatre mois et quatorze jours par une erreur de trajectoire d’une roquette Grad sans que cela altère le moins du monde le cours de la guerre. »

Ukraine à fragmentation

Il raconte donc au petit Artyom toute la complexité de cette guerre, mais avec une rigueur et une précision qui rendent le récit fluide, et surtout, accessible. En adressant des lettres à Artyom, il plonge ses lectrices et lecteurs au cœur du conflit tout en leur permettant de suivre son avancement, de la genèse au décès d’Artyom.

Rangé dans la catégorie « Récit » de La Peuplade, Ukraine à fragmentation est une œuvre de non-fiction, que, pour ma part, j’associe à des sortes de longs reportages écrits. Frédérick Lavoie est d’ailleurs journaliste indépendant depuis de nombreuses années. Malheureusement, donc, tous les faits sont vrais, entre ces pages : les morts, les bombes, les familles détruites, d’autres morts… Mais heureusement, aussi, car Lavoie offre une vision neutre du conflit ukrainien, qui permet aux lectrices et aux lecteurs d’en comprendre tous les fragments. C’est d’ailleurs ce qui m’a plu : l’auteur ne prend pas parti, expose les deux côtés de la médaille, et souhaite présenter cette guerre le plus près possible de ce qu’elle est réellement. Pas de manichéisme, ici. On a jeté des bombes de tous les côtés.

Le travail d’un journaliste de terrain qui a fait naître un récit : moins « lourd », donc, qu’un reportage sur une chaîne de nouvelles, mais tout aussi réel, sinon plus. Lavoie explique avec une sincérité, qui m’a personnellement beaucoup touchée, comment un pays peut en arriver à la guerre, comment plus il est fragmenté, plus il est difficile de trancher entre les bons et les méchants. Pas besoin de s’intéresser à la politique pour lire ce récit, simplement détenir la curiosité de comprendre pourquoi l’Ukraine ne fait plus les manchettes, alors que des gens continuent de mourir.

Êtes-vous informés sur le conflit en Ukraine? Quelles sont vos sources d’information?

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Un journal de création pour mieux saisir les départs

Un tout petit livre qui raconte pourtant de bien grandes histoires.

Tout doit partir de Johanne Fournier se lit avec lenteur, délectation et douceur. Il laisse place aux changements des saisons, au charme lourd et puissant d’un fleuve qui devient le phare d’un deuil. Il s’agit d’une oeuvre collage, collage entre le journal, la création, la poésie et le cinéma.

Johanne Fournier est une cinéaste, c’est la première fois qu’elle prend le crayon et elle le fait nettement bien. Elle dira en entrevue que ce livre est le film qu’elle n’a pas fait concernant le décès de son père.

Le temps qui file et les saisons qui bercent…

Il y a quelque chose de très franc dans ce récit, on sent dès les premières pages l’authenticité de la voix qui nous raconte, de nombreuses façons et moments, la vie de son père. Essayant de faire du sens de cette perte, de ce deuil qu’elle se doit d’apprivoiser comme nouveau quotidien, Johanne Fournier fait preuve d’une grande vulnérabilité et parallèlement, elle nous dévoile ses racines.

Les saisons passent dans ce court roman et nous bercent, on les voit défiler sur nos yeux entourés de cette nature si pure, si forte, fidèle et chère à l’auteure. Sous un décor Gaspésien, l’auteure nous fait saisir le passage du temps, comme le cheminent d’un deuil qui s’accompagne de la création. L’écriture l’accompagne au fil de ses étapes et c’est ce qui en a fait un bel amalgame de textes qui devient un peu une bouée de sauvetage pour l’auteure, mais peut-être aussi pour nous, les lectrices et lecteurs.

« Tout doit partir avec le temps. Les êtres chers comme les amours, les illusions comme les objets. »

J’ai toujours été fascinée par le temps qui passe, par ces souvenirs qu’on conserve des époques vécues, par cette façon bien à nous – qui aide à vivre, à survivre parfois – qu’on a de raconter nos histoires, de leur donner du sens, une chronologie, des étapes. C’est un peu ce que cette lecture m’a fait ressentir, ce besoin de faire un sens d’un départ qui n’en a pas au fond, car quoi de plus  incompréhensible et douloureux que le départ de ceux qu’on aime ? Elle arrive à donner un sens à la vie, et ce, en pleine période de deuil entremêlée de perte.

C’est une lecture douce, poétique, tendre, qui fait mal, tout en faisant du bien. Le décor gaspésien, bien que je n’aie jamais eu la chance de le voir (à remédier!), m’a semblé être primordial dans cette quête d’écriture et j’ai eu l’impression d’y voyager par le pouvoir de ces mots.

Avez-vous déjà lu un livre qui aborde le thème du deuil de manière si juste ?


Le Fil Rouge remercie les éditions Leméac pour le service de presse.